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DOSSIER
- Sortie
médiatique de Salif Diallo
"
Si on aime la démocratie, on ne peut pas se satisfaire
d'institutions de façade telles qu'elles existent au
Burkina "
dixit le Pr. Loada
...
Augustin Loada, professeur de droit public, directeur
du CGD
Augustin
Loada est Professeur titulaire de Droit public et de Science
Politique à l'Université de Ouagadougou. Il
est aussi le Directeur exécutif du Centre pour la Gouvernance
Démocratique (CGD). Il nous livre son analyse sur les
propositions de Salif Diallo et leurs conséquences
sur la vie politique nationale.
Partagez-vous le diagnostic fait par Salif Diallo sur
la faillite des institutions de la 4e République ?
S'il s'agit de l'échec de la transition que notre
pays est censé amorcer vers la démocratie, je
répondrai par l'affirmative. Ceux qui sont au pouvoir
semblent satisfaits du fonctionnement de la démocratie
au Burkina, et pensent que rien ne justifie les réformes
structurelles proposées par Salif Diallo. Tout simplement
parce qu'ils pensent pouvoir continuer à manipuler
les institutions en place pour rester au pouvoir le plus longtemps
possible et repousser aux calendes grecques l'alternance démocratique.
Mais franchement, si on aime la démocratie, on ne peut
pas se satisfaire d'institutions de façade telles qu'elles
existent au Burkina Faso et des maigres performances démocratiques
de notre pays comparées à celles du Bénin
ou du Ghana. L'origine de cet échec est à rechercher
dans la façon dont les choses ont démarré.
Dès le départ, notre processus démocratique
a été verrouillé, confisqué par
Blaise Compaoré et les siens. C'est la conclusion à
laquelle est parvenu le Rapport sur la démocratie d'International
IDEA paru en 1998 à la page 26 : "C'est une démocratie
surveillée, contrôlée, impulsée
d'en haut à bien des égards, un changement dans
le régime issu du coup d'Etat du 15 Octobre 1987 et
non pas un changement de ce régime". On aurait
pu s'attendre à ce que les acteurs évoluent
et acceptent de se plier aux règles du jeu démocratique.
Mais hélas! Plus le temps passe, plus la nature exacte
du régime de Blaise Compaoré est à nu
: une "autocratie électorale", c'est-à-dire
un régime hybride qui a réussi la performance
de combiner à la fois les formes autoritaires et démocratiques,
dont l'objectif n'est pas l'amélioration et la consolidation
de la démocratie, mais la permanence au pouvoir. Quant
à la patrimonialisation de l'Etat, ce n'est pas spécifique
au Burkina. C'est un trait caractéristique de nombreux
présidents africains, qui conçoivent et gèrent
le champ étatique comme leur sphère domestique,
exactement comme le CDP serait géré, selon les
dires d'un ancien député CDP, à savoir
comme "un champ où on vient cultiver pour Blaise
Compaoré".
Etes-vous favorable au changement de type de régime?
Quels sont les avantages et les inconvénients du régime
parlementaire que propose Salif Diallo ?
Je ne crois pas que les problèmes de la construction
démocratique au Burkina puissent être réglés
par le passage au régime parlementaire. Tout d'abord,
il ne faut pas oublier que le régime actuel est un
régime mixte, à la fois présidentiel
et parlementaire. Sur ce dernier aspect, la 4e République
repose en partie sur des mécanismes du régime
parlementaire dont la pierre angulaire est la responsabilité
du gouvernement devant le parlement ! Maintenant pourquoi
les mécanismes actuels du régime parlementaire
ne fonctionnent pas efficacement ? La faute incombe au CDP
qui fait passer la loyauté politique avant l'obligation
de rendre compte, mais la faute aussi à l'opposition
parlementaire incapable de jouer son rôle critique,
en raison de ses propres tribulations et des manuvres
du pouvoir en place qui a uvré pour éviter
l'émergence d'une opposition capable. Un 3e facteur
explicatif peut être invoqué : le présidentialisme,
c'est-à-dire l'irresponsabilité de facto, à
la fois politique et juridique du président Compaoré
devant lequel se prosternent le CDP et sa majorité
parlementaire. Pour moi, c'est le facteur le plus déterminant.
Blaise Compaoré a accumulé tellement de pouvoirs
avec le temps qu'il est devenu un obstacle à la consolidation
de la démocratie dans notre pays.
Ensuite, si en théorie, les spécialistes de
la démocratisation admettent que le régime parlementaire
est plus propice à la stabilité politique en
raison de sa souplesse, dans aucun pays africain, il n'a pu
s'imposer durablement. Partout, il a vite succombé
pour laisser la place aux régimes présidentialistes
autoritaires. Même dans notre pays, l'expérience
du régime parlementaire de la 2e République
(NDLR entre 1970 et 1974 sous Lamizana) a tourné court.
Enfin, dans un régime parlementaire, l'essentiel du
pouvoir exécutif se trouve dans les mains du Premier
ministre. Dans le contexte africain, je ne vois pas Blaise
Compaoré accepter de jouer les seconds rôles
comme la Reine d'Angleterre. S'il y a un modèle de
monarchie qui est plus conforme à sa conception du
pouvoir, je dirai le royaume chérifien (NDLR au Maroc)
où le Roi règne et gouverne à la fois.
Dans un régime parlementaire, la dyarchie au sommet
de l'Etat conduira à la longue à un conflit
entre le Chef de l'Etat et le Premier ministre. Comme ce fut
le cas au Niger où le conflit au sommet de l'Etat s'est
soldé par un coup d'Etat en 1996. C'est pour cela il
vaut mieux laisser la responsabilité entière
de l'exécutif aux mains d'un seul homme, quitte à
lui demander des comptes. Je pense d'ailleurs que Salif Diallo
connaît tout cela, puisqu'il est docteur en droit public.
C'est pour cela que l'enjeu du débat qu'il soulève
se trouve ailleurs.
Selon vous, où se trouve l'enjeu ?
C'est la succession du président Compaoré qui
est posée en filigrane. Dans une démocratie
consolidée, la question ne se poserait même pas
parce que les règles du jeu sont claires. La constitution
fixe les règles pour la vacance du pouvoir, pour la
succession. C'est-à-dire qu'il y a un mandat qui est
là, généralement 4 ou 5 ans renouvelable
une fois. Il se trouve que nous sommes dans un système
politique où les règles du jeu ne sont jamais
claires parce qu'elles peuvent être remises en cause
à tout instant. C'est le premier enjeu qui se profile
à l'horizon dans le débat posé par Salif
Diallo. Quand il propose de redemarrer la machine, cela veut
tout simplement dire que le président Compaoré
pourrait éventuellement se maintenir au-delà
de 2015. C'est le problème que soulève la question
du passage du régime semi présidentiel au régime
parlementaire. Je pense que tous ceux qui se battent pour
la démocratie ne devraient pas accepter que le président
Compaoré reste au pouvoir au-delà de 2015.
Selon vous, quel type de régime serait-il adapté
au contexte burkinabè au regard des expériences
passées ?
Il n'y a aucun régime parfait. Mais personnellement
je serai favorable à un vrai régime présidentiel,
parce que cela est plus conforme à la culture politique
des Africains, tout en mettant les garde-fous nécessaires
pour limiter la dérive vers le présidentialisme
et veiller à ce que le Parlement et la Justice soient
suffisamment forts pour équilibrer l'exécutif.
Sur ce plan, nous pouvons tirer des leçons de l'expérience
de la 4e République, mais aussi des expériences
du Niger pour éviter les dérives que le président
Tandja est en train de commettre, en particulier encadrer
fortement à défaut de supprimer les pouvoirs
de crise confiés au président de la République,
mais aussi tirer des leçons de l'expérience
du Bénin où la confrontation entre le parlement
et l'exécutif menace de bloquer les institutions.
Salif Diallo a été suspendu de toutes les
instances du CDP après son interview. Comment voyez-vous
son avenir politique ?
Je pense que seul l'intéressé peut y répondre.
Il est dans tous les cas obligé de tenir compte de
la réaction du CDP et du président Compaoré.
Mais je pense qu'il doit tenir compte aussi des attentes de
l'opinion pour se déterminer. Il a certes contribué
à asseoir un système patrimonial autoritaire
en place qui menace de le dévorer. Mais je pense qu'il
est capable dans un premier temps d'encaisser et dans un second
se racheter en faisant prévaloir l'intérêt
de la démocratie sur ses intérêts personnels
et sur les intérêts partisans. Toutes les expériences
historiques le montrent, le changement démocratique
ne peut s'opérer sans le concours de certains segments
de l'élite dirigeante en place.
En quoi les propositions de Salif Diallo rejoignent-elles
celles des refondateurs (Hermann et compagnie) et dans une
moindre mesure celles des citoyens de l'alternance ?
Je pense qu'en lisant entre les lignes, l'on se rend compte
que Salif Diallo rejoint et confirme les analyses diagnostiques
des uns et des autres de l'état de notre démocratie.
Mais il ne faut pas oublier l'enjeu essentiel du débat
soulevé par Salif Diallo. C'est la question de la permanence
au pouvoir du président Compaoré et de la succession
qui est posée en filigrane. Cette question se pose
à un double niveau :
- Un premier niveau qui concerne tous les démocrates
du pays, à savoir si l'on doit accepter que l'article
37 de la Constitution soit encore manipulé pour permettre
à Blaise Compaoré de rester au pouvoir au-delà
de 2015, alors que dans 6 ans, il doit quitter le pouvoir
après la formalité de l'élection présidentielle
de 2010.
- Un 2e niveau qui concerne les militants du CDP, à
savoir si l'on peut accepter, au cas où les tentatives
de manipulations de l'article 37 de la Constitution échouent,
que les règles de désignation du candidat officiel
du CDP à la succession de Blaise Compaoré soient
manipulées à l'intérieur du parti ou
à l'extérieur du parti par le biais de la FEDAP/BC
?
Pour moi, ce sont là deux scénarios soulevés
par "l'affaire Salif Diallo", auxquels il faut absolument
s'opposer, parce que cela pose la question de l'avenir de
la démocratie au Burkina. Je suis convaincu en effet
que si Blaise Compaoré reste au pouvoir après
2015, il n'y aura aucune perspective de consolidation de la
démocratie dans notre pays et il y aura le chaos dans
ce pays.
Pensez-vous que la grande coalition des forces de l'alternance
pourrait se nouer autour de Salif Diallo-Hermann Yaméogo
et Zéphirin Diabré ?
Je ne sais pas, mais une chose est sûre: l'alternance
démocratique ne se fera pas si une partie des cadres
du CDP ne fait pas défection. L'expérience du
Sénégal le montre, l'alternance peut être
favorisée par une grande coalition réunissant
les élites du dedans et du dehors favorables au changement
démocratique, à moins qu'un changement brutal
ne vienne mettre tout le monde d'accord ; ce qui risque d'ouvrir
la boîte de Pandore et entraîner le pays sur une
pente glissante.
Certains voient dans les propositions de Salif Diallo
la main de Blaise Compaoré. Quel intérêt
ce dernier pourrait-il tirer d'un changement de régime
?
Je pense que la violente réaction qui s'en est suivie
au niveau du pouvoir montre que Salif Diallo n'est pas manipulé.
Mais cela n'exclut pas une exploitation politicienne de ses
propositions par le pouvoir en place dans le but de prolonger
ce système qu'il qualifie à juste titre de patrimonial
n
Interview réalisée
par Idrissa Barry
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Sortie
médiatique de Salif Diallo
Les opposants entre satisfaction
et expectative
S'il y a des gens qui sont contents des déclarations
tonitruantes du désormais ex-vice-président
du Congrès pour la démocratie et le progrès
(CDP), c'est bel et bien les opposants du régime.
En une sortie médiatique, Salif Diallo crédibilise
ce qu'ils ont longtemps diagnostiquer : la faillite
des institutions de la IVè République.
C'est tout naturellement donc qu'ils applaudissent Salif
Diallo avec néanmoins quelques réserves.
Etienne
Traoré
Etienne Traoré, député et président
de Faso Metba, affirme manquer d'éléments
pour expliquer ce qu'il qualifie de "sortie suicidaire"
de Salif Diallo : "Tant au plan de sa position
diplomatique que de son rang dans le CDP, il savait
bien que ses propos ne convenaient pas du tout. S'il
l'a fait pour se positionner dans la querelle de succession
(en cours) de Blaise Compaoré, il aura fait un
calcul très risqué. Si c'est pour se faire
rappeler au pays et y créer son parti politique,
je l'y encourage fortement". Dans l'état
major de l'Union nationale pour la démocratie
et le développement (UNDD), où les fidèles
lieutenants de Me Hermann Yaméogo sont mobilisés
presque tous les jours pour suivre l'évolution
de la situation, c'est la même surprise. "Salif
Diallo a été le constructeur du système
en place. Nous en particulier au niveau de l'opposition,
c'est Salif qui a été mis en avant par
Blaise Compaoré pour nous détruire. Salif
Diallo n'a pas hésité à le faire.
Mais aujourd'hui, nous on estime qu'il faut mettre tout
cela de côté. Dans ce qu'il a dit, il s'est
attaqué même aux fondamentaux du système.
Il a attaqué le cur même du système
du régime. Il a dit que les élections
ne constituent pas une fin en soi. Quand on a un fichier
mauvais, de multiples documents d'identification pour
voter, des coutumiers qui soutiennent le régime,
l'administration et l'armée partisanes, le vote
n'est plus honnête. Honnêtement, est-ce
qu'on peut nous interdire nous de l'UNDD d'être
contents ? Nous sommes contents de ce qu'il a dit",
affirme Noël Yaméogo, conciliateur à
l'UNDD.
Noël
Yameogo, conciliateur de l'UNDD
Pour Me Bénéwendé Sankara de l'UNIR/PS,
la sortie de Salif Diallo et sa suspension du CDP viennent
rappeler une évidence : le manque de démocratie
"depuis l'accession sanglante de Blaise Compaoré
au pouvoir le 15 Octobre 1987". Selon Etienne Traoré,
Salif Diallo synthétise toutes les critiques
et propositions faites par l'opposition dans notre pays
et notamment par les refondateurs. A ses yeux, Salif
Diallo va même plus loin. Il est convaincu que
l'ensemble des critiques pour montrer la faillite du
régime sont fondées : "une inégalité
réelle des chances (au profit du CDP) entre les
partis politiques lors des consultations électorales
; une opposition que la majorité cherche à
"dompter" et marginaliser au lieu de dialoguer
pour aboutir à un processus électoral
consensuel ; une Assemblée Nationale qui ne joue
pas suffisamment son rôle de contrôle de
l'exécutif ; des pièces de votation peu
fiables car non sécurisées et non consensuelles
; une tendance à une patrimonialisation de l'Etat
par, nous l'aurons compris , un passage du pouvoir d'Etat
du grand au petit frère etc.". Le député
Traoré estime que Salif Diallo ne devrait pas
être étonné de sa suspension. Il
s'agirait d'ailleurs là d'un pas important vers
son éventuelle exclusion du CDP, pronostique-t-il.
Le réquisitoire cinglant fait par l'ancien numéro
2 du parti conduit vers le clash avec ses camarades.
"Bon nombre de militants du CDP n'ont pas supporté
qu'à la veille de leur congrès pour encore
louer le régime de Blaise Compaoré, le
numéro 2 dudit parti, par voie de presse et à
l'extérieur du pays étale des éléments
prouvant la faillite du régime." Mais que
pensent les opposants des solutions proposées
par Salif Diallo ? A l'UNDD, les responsables ne sont
pas pour le moment portés vers le choix d'un
système donné. Ils estiment qu'il revient
aux acteurs de la classe politique et de la société
civile, dans le cadre d'un grand forum national, de
déterminer le type de régime qui convient
à l'heure actuelle au pays. "Au niveau des
refondateurs, nous ne sommes pas entrés dans
les détails pour laisser la place aux concertations.
Quand on aura le point de vue de tout un chacun, on
aura la matière première pour commencer.
Il faut réfléchir sur le type de gouvernance
qui responsabilise les gens. Je pense qu'il revient
maintenant à Blaise Compaoré de prendre
ses responsabilités. C'est à lui de savoir
apporter une réponse nationale. S'il ne prend
pas ça au sérieux, il va en pâtir",
déclare un haut responsable du parti. Me Sankara
non plus n'a pas de préférence pour le
moment. L'important pour lui, ce sont des reformes qui
approfondissent la démocratie. "Il ne s'agit
pas de remplacer une République par une autre
et de continuer avec la même médiocrité.
Je suis pour les reformes sans Blaise Compaoré.
Si aujourd'hui, il faut aboutir à une 5è
République par une mise à plat de toutes
les institutions, il faut d'abord commencer par la première
institution qui est la présidence du Faso",
souligne le président du parti sankariste.
Me
Bénéwendé Sankara, président
de l'UNIR/PS
Etienne Traoré, lui, pose des préalables.
Pour être crédible, Salif Diallo aurait
dû, à son avis, ajouter au moins trois
points à ses propositions : "il devrait
d'abord faire sa propre autocritique puisqu'il a été
une vingtaine d'années durant le principal commando
civil de ce régime qu'il a largement contribué
à asseoir par la répression et la déstabilisation
de toutes les forces ou personnalités politiques
et civiles contestant ce régime. Ensuite il devrait
présenter sa démission du CDP dès
lors qu'il a été désavoué
par ledit parti qui s'apprête d'ailleurs à
faire un contre bilan élogieux du même
régime Compaoré. Enfin il aurait dû
demander poliment au président Compaoré
de démissionner, au regard de son bilan si négatif.
On ne reconduit pas indéfiniment un général
qui perd des batailles et des guerres!" Quant au
fond des solutions proposées par Salif Diallo,
il ne les partagent pas entièrement. Il s'en
explique : "En effet, la démarche vers une
5ème République est justifiée par
la mal-gouvernance doublée d'une crise institutionnelle.
Selon moi, ces deux éléments ne me semblent
pas suffisants (pour la mauvaise gouvernance) ni prouvés
( pour la crise institutionnelle supposée). Faut-il
chaque fois changer de Constitution parce qu'un régime
a échoué ? Non. Je pense plutôt
que l'opposition politique devrait capitaliser cet échec
et le transformer en victoire électorale. Cela
suppose, bien sûr, une très nette amélioration
du système et du processus actuels des élections.
Cette nécessaire amélioration exige que
l'opposition et les forces démocratiques exercent
une pression suffisante forte afin que les différentes
réformes demandées (par l'opposition)
et les recommandations du "Collège des sages"
soient effectivement et entièrement appliquées.
A mon sens, une telle pression ne peut être qu'active,
sur le terrain, et au besoin par la rue !".
Par ailleurs, il ne voit pas en quoi le Burkina vit
une crise institutionnelle. Même si les institutions
fonctionnent mal, elles fonctionnent quand même,
estime-t-il. "Elles ne sont pas bloquées
comme dans un temps passé où le R.D.A.
gouvernait notre pays. Ainsi au lieu d'une véritable
séparation et d'une balance des trois pouvoirs
(législatif, exécutif et judiciaire),
nous assistons à une hiérarchie de ces
pouvoirs où le pouvoir exécutif domine
les autres et est lui-même écrasé
par un chef suprême.", précise le
député et enseignant de philosophie politique
à l'université de Ouagadougou. Etienne
Traoré croit que la Constitution actuelle permet
d'avoir des arguments politiques et juridiques contre
les dérives dénoncées par les uns
et les autres. Les différentes propositions de
formes et les recommandations du "Collège
des sages" iraient, à ses yeux, contre de
telles dérives. "Alors, encore une fois,
seule une pression démocratique organisée
peut arracher au pouvoir les réformes idoines.
Ça s'est ainsi passé dans d'autres pays.
Notre pays vit aujourd'hui plutôt une crise de
succession qui peut engendrer un affaiblissement du
CDP et non pas une crise institutionnelle.", soutient-il.
Tous sont unanimes sur une chose : il faudrait un cadre
institutionnalisé où la classe politique,
toutes tendances confondues, puisse échanger
sur les grands problèmes du pays, obtenir et
améliorer les nécessaires consensus autour
des règles du jeu démocratique, prévenir
quelques dérives vers une logique de parti unique
ou une succession patrimoniale du pouvoir.
Par Idrissa Barry
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