NOS RUBRIQUES


Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier1

Dossier 2

Dossier 3

 

 


 

 

 

 

DOSSIER - Politique


Niger
Echec du "tazartché"


Le duo Ousmane/Tandja contre......

Par Newton Ahmed Barry


Par Newton Ahmed Barry
Le projet de référendum de Tandja n'aura finalement pas lieu. La Cour constitutionnelle l'a déclaré illégal et la CENI a dit qu'elle ne peut pas l'organiser dans ces conditions. Echec et mat pour le mouvement Tazartché. Tandja se prépare à plier bagages avec à la clé des poursuites pour " haute trahison ".
Le dernier acte de la volonté du Président nigérien de faire aboutir son référendum aura été la convocation du Conseil de la république, une instance de médiation, pour voir comment contourner la décision du juge constitutionnel. Il se trouve, pour le malheur de Tandja, que cette instance est composée du président du PNDS/TARAYA, le chef de file de l'opposition nigérienne et farouche opposant au tazartché, Mamadou Issouffou et de la présidente de la Cour Constitutionnelle, l'instance qui venait justement d'annuler le décret du président convoquant le référendum. A la réunion du Conseil de la république, la présidente de la Cour constitutionnelle aurait d'emblée prévenu que la Cour n'allait pas se déjuger. Elle a même prévenu qu'un éventuel arrangement du Conseil pour contourner la décision du juge constitutionnel serait cassé s'il parvenait sur son bureau à la Cour Constitutionnelle. Dès lors, la convocation de cette instance était sans objet et le président Mamadou Tandja n'avait plus d'autres alternatives que de convoquer les législatives anticipées après la dissolution de l'Assemblée nationale, dans les conditions que nous avons expliqué dans le numéro de L'Evénement du 10 juin dernier. Les législatives sont prévues donc pour le 20 août prochain et le projet de référendum abandonné.

L'exemple venu du Niger

La société nigérienne aura montré pendant cette épreuve sa grande maturité politique. Mais il faut sans doute reconnaître la hauteur de vue du constituant nigérien. La constitution actuelle du Niger est un modèle de citadelle législatif inviolable. Il a été bien verrouillé et les instruments de sa protection solidement édifié. D'abord, il y a la Cour constitutionnelle dont les membres, contrairement à ce qui se passe dans notre pays, ne sont pas nommés mais élus par leurs pairs. Ces membres élus le sont pour un mandat déterminé et sont inamovibles pendant ce mandat. Le président de la république n'a aucune prise sur eux. Il ne peut pas les démettre puisqu'il ne les a pas nommés. Ces magistrats peuvent dès lors accomplir leur mission en considérant uniquement l'intérêt supérieur de la nation. C'est ce que les juges constitutionnels viennent de faire au Niger.
Il y a ensuite l'institution d'une CENI véritablement indépendante et non " la CENI de Moussa " comme en vigueur dans notre pays. Les membres de cette commission électorale sont aussi élus et sont inamovibles pendant leur mandat. Dès lors, ils n'ont de compte à rendre à personne. C'est pourquoi la CENI, suivant décision de la Cour Constitutionnelle, a dit qu'elle n'avait pas une base légale pour organiser un référendum. Un scénario pareil est-il envisageable au Burkina Faso ? Non évidemment, puisque la "CENI de Moussa " n'est pas une structure indépendante. Les conditions calamiteuses par lesquelles le président actuel de notre CENI s'est maintenu à la tête de l'institution ne lui donnent aucune légitimité morale pour travailler dans l'intérêt du Burkina Faso.
Le Niger, de ce point de vue, a administré une grande leçon de démocratie aux Africains. C'est pour les démocrates africains désormais une source d'inspiration. Et dans cette formidable aventure, c'est une femme qui était au poste clé, la Cour Constitutionnelle. Les historiens diront une digne descente de Saraouiya, l'héroïne du film du même nom, qui a fait échec à la colonne Voulet Chanoine pendant le processus de colonisation de l'Afrique occidentale française.

Un accord Hama /Issoufou pour gérer l'après Tandja

Les deux enfants terrible de la politique nigérienne Hama/Issoufou

L'ex-Premier ministre nigérien Hama Amadou a interrompu ses soins en France pour assister aux obsèques de Moumini Djermakoye décédé brutalement pendant un meeting de protestation à Niamey contre le projet du président Tandja. Il en aurait profité pour créer son parti, le MODEN qui, à ce qu'on dit, a chiffonné de sa substance le MNSD/NASARA, le parti présidentiel. Sur la scène politique nigérienne, le MODEN et le PNDS/TARAYA devraient normalement se partager les suffrages des Nigériens aux législatives du 20 août prochain.
Ces deux forces politiques que les épreuves de la contestation du Tazartché ont rapproché auraient conclu un accord de gestion du pouvoir dans la perspective des législatives prochaines.
Il y a de fortes chances que deux blocs politiques s'affrontent à ces élections. Le premier bloc est l'alliance Tandja - Mahamane (CDS) mise à rude épreuve ces derniers temps, mais qui devrait se retrouver, maintenant que la perspective du changement constitutionnel est écarté. Le président Tandja va incontestablement jeter tout son dévolu dans la bataille pour éviter une cohabitation avec le bloc de Hama-Issoufou, forcément humiliante pour lui. De l'autre côté, son allié naturel, Mahamane Ousmane, qui en veut à Mamadou Issoufou, qui a causé l'échec de sa présidence à la tête du Niger, a tout intérêt à la victoire aux législatives pour ne pas signer sa mort politique définitive. Ces deux hommes vont se retrouver dans une ultime bataille pour la survie et il n'est pas exclu qu'ils s'en sortent. De toute façon, ils n'ont pas le choix.
De l'autre, Hama-Issoufou sortent ragaillardis de l'épreuve de force qu'ils viennent de remporter contre Tandja. Ils sont de toute façon les deux protagonistes de la politique nigérienne des années à venir. Tous deux ont à peu près le même âge et sont de force politique sensiblement égale. Pour les législatives du 20 août, ils partent avec la faveur des pronostics et ne devraient avoir du mal à se partager les gains de la victoire ; le poste de président de l'Assemblée nationale et celui du chef de gouvernement. Sur ces postes, l'accord serait déjà scellé en cas de victoire. Il va rester la présidentielle de novembre. S'ils sont victorieux en août, dans les proportions actuellement spéculées, ils se seront débarrassés pour toujours de Tandja et de Mahamane Ousmane. Comment gèreront-ils alors ce duel ? C'est là toute la question. Mais ils sont apparemment d'accord pour ne pas se faire trop misère. Cette résolution survivra-t-elle à l'épreuve du pouvoir ? Rien n'est moins sûr.
On doit reconnaître cependant qu'une certaine civilité politique était en train de s'installer au Niger, avant que les folies du pouvoir ne perdent la tête à Tandja. En effet, Mamadou Issoufou, chef de file de l'opposition reconnu institutionnellement avec tous les égards dus à son rang, avait l'habitude d'être reçu par le président Tandja pour échanger sur la situation du pays et être mis au courant des décisions importantes du pays. Les gens peu habitués à pareilles civilités y avaient vu une compromission du leader de l'opposition. C'était mal connaître Mamadou Issoufou. Quand Tandja a franchi le Rubicon, il s'est dressé contre lui. Instruit par cette expérience, il est possible que Hama et Issoufou construisent un système démocratique inclusif fondé sur le respect des valeurs constitutionnelles et démocratiques. Chacun serait alors protégé.

Blaise Compaoré, médiateur en Guinée Bissau
Le dimanche 28 juin prochain, les Bissau guinéens se rendront aux urnes pour élire leur président. L'homme à l'éternel bonnet rouge, Koumba Yalla, sera une fois de plus présent et même peut-être le favori du scrutin. Son challenger, de l'ethnie peulh, aurait dit-on, la faveur des pronostics. C'est en tout cas une élection capitale qui devrait ouvrir, espère-t-on, la voie à un retour de la Guinée Bissau à un système politique plus apaisé. Ancienne colonie portugaise, mais membre de l'UEMOA, la Guinée Bissau se caractérise par la violence inouïe de sa vie politique. L'assassinat des présidents est un rituel dans ce pays. La dernière victime, c'est Bernardo Vierra assassiné sauvagement par les fidèles du chef d'Etat major de l'armée qui l'ont accusé d'être l'instigateur de l'attentat mortel qui a emporté leur chef, un jour avant.
Pour conduire les Bissau guinéens à ce scrutin, le président burkinabè aurait prêté ses bons offices, en parallèle, pour ne pas dire en concurrence avec la médiation libyenne. En tout cas, les intermédiaires bissau guinéens prenaient " les conseils à Kosyam " et sous la tente de Kadhafi. A ce qu'on dit, dans ce duel de " facilitation ", Blaise Compaoré aurait la préférence des protagonistes bissau guinéen. Voilà qui ne va pas arranger le désormais duel à mort entre Blaise et Kadhafi dans la françafrique.

NAB

 



Tertius, en deux ans au pouvoir



Par Germain B. Nama

Les hommes d'Etat ont l'habitude de faire leur bilan à partir de 100 jours. Tertius Zongo qui ne fait jamais rien comme les autres lance le concept des deux ans, 24 mois ou 730 jours. A en juger par le battage médiatique qui a porté ce bilan, on peut être sûr que l'auteur a voulu en faire un événement. Evidemment, dans le contexte de la gouvernance au Faso, où le Premier ministre n'est rien d'autre que l'ombre de son chef, cette sortie de Tertius peut être diversement appréciée.

Dans un régime présidentialiste comme c'est le cas au Burkina, le Premier ministre ne peut être l'auteur d'une politique nationale. Il est plutôt celui qui est chargé de la mettre en œuvre. Le paradoxe est qu'au Burkina, on a tendance à attendre du Premier ministre qu'il fasse la preuve qu'il peut faire bouger radicalement les choses. Certes, la personnalité de ce dernier est un atout dans ce sens, mais on ne peut oublier que quelque soit sa volonté, son action est étroitement encadrée par des balises qui sont d'autant plus pesantes qu'elles ne sont jamais prescrites. Alors qu'est-ce que Tertius a pu faire de la marge de manœuvre qu'on lui a laissée ou qu'il s'est taillée (c'est selon) ? Dans quels secteurs a-t-il agi de manière significative ?
On ne peut répondre à cette question en se perdant dans les méandres du discours du 11 juin dernier, encore moins celui prononcé le 26 mars devant la représentation nationale. L'exercice du bilan conduit forcément à la dispersion de l'action. Les Burkinabè ont des attentes pressantes à partir desquelles ils jugent l'action de leur Premier ministre. C'est sur ce fondement que nous examinons la perception des Burkinabè.
En arrivant à la primature en juin 2007, Tertius Zongo a immédiatement été confronté à un cas de fraude aux examens du BEPC. Le traitement de cette question avait été, on s'en souvient, unanimement salué par la presse. Habituellement, on se contentait de frapper les auteurs directs de la fraude sans toucher aux causes qui les ont rendu possibles. Cette fois là, la chaine des responsabilités avait été vite remontée et chacun en avait pris pour son grade. Naturellement, cette action fut-elle vigoureuse est loin d'avoir mis fin au phénomène de la fraude aux examens qui, à en juger par l'ampleur et l'audace des fraudeurs, est devenue un véritable fléau national. Mais l'impression générale est qu'il y a comme une veille sécuritaire qui pèse telle une épée de Damoclès sur les fraudeurs. Le démantèlement récent d'un réseau de faussaires rompus dans la fabrication de fausses pièces d'identité et du recrutement de candidats mercenaires vient confirmer cette bonne impression générale. Il reste cependant, qu'une opinion persiste, selon laquelle, pour réussir à un concours ouvrant sur un emploi, il faut avoir des bras longs.

Sur le plan de la gestion des sociétés d'Etat, si les assemblées générales consacrées à l'examen critique de la gestion de ces unités sont grosso modo bien perçues, on est tout de même dubitatif en ce qui concerne la suite réservée aux recommandations qui en sont issues. La confidentialité qui frappe les documents de gestion de ces sociétés ne permet pas toujours à la presse d'exercer le suivi indispensable pour la bonne information du public. Mais le constat qui s'impose ici, c'est la faiblesse des conseils d'administration par rapport aux différentes tutelles. Celles-ci ont une fâcheuse propension à empiéter sur leurs plates bandes par le biais des directeurs généraux des unités concernées qui se croient redevables à l'autorité qui les a nommée. L'exemple le plus éloquent est celui de la CARFO dont le directeur général s'était trouvé à une époque, en rupture de ban avec le conseil d'administration. Tertius Zongo avait eu cette idée géniale de soumettre ces postes de responsabilité à un appel à candidatures où le profil et le cahier de charges vont compter parmi les critères de recrutement. Depuis, on attend en vain, la mise en œuvre de cette idée qui pourrait changer radicalement le rapport des sociétés d'Etat à la tutelle. La pratique consacrée actuellement fait la part belle au copinage ou à l'appartenance politique, toutes choses qui n'ont rien avoir avec les principes républicains qui prônent l'égalité des citoyens et partant leur droit égal à assumer des responsabilités élevées au niveau de l'Etat. On observe que sous ce rapport, la nouvelle loi sur le statut de l'opposition qui interdit à certains Burkinabè l'accès à des hauts postes de l'Etat ne peut s'appréhender que comme un grave recul et même une violation de certaines dispositions de notre loi fondamentale. Même la France qui, à bien des égards, est notre modèle politique de référence n'a pas osé aller aussi loin dans la discrimination entre citoyens vivant sous l'empire d'une même norme juridique.
Que dire de la lutte contre la corruption ? C'est un domaine de forte attente où le discours politique a tendance à épouser plus l'air du temps qu'à donner de véritables gages aux citoyens. Certes, le dernier rapport de l'Autorité Supérieure de Contrôle de l'Etat (ASCE) qui porte sur les trois derniers mois de l'année 2008 a montré qu'il est possible de lutter contre la corruption et la mauvaise gouvernance. Des suites administratives et judiciaires ont été données à quelques cas de malversations, mais le sentiment général est qu'il s'agit toujours de la petite corruption. S'il y a un problème que les Burkinabè connaissent bien, c'est la corruption de leur élite politique complètement compromise avec le milieu des affaires. Or le discours gouvernemental fonctionne sur le mode de la phraséologie sans aucune prise avec l'état réel de la corruption. Sur la question du DG de la douane, le gouvernement s'est polarisé sur un juge qui n'aurait pas bien fait son travail et a complètement perdu de vue l'intérêt pédagogique qu'il y avait à instruire correctement ce dossier de fraude (puis que celle-ci était avérée) et à en tenir les Burkinabè informés. Pas sûr qu'il a rendu service au DG. Son intervention intempestive dans le dossier a plutôt provoqué un effet boomerang en renforçant le sentiment dans l'opinion qu'il y avait anguille sous roche. Le premier ministre rappelait lui-même dans son discours du 11 juin, que " l'efficacité du système judiciaire est un indicateur clé du degré d'enracinement de l'Etat de droit. Dans le contexte actuel de mondialisation des échanges et de compétition économique, elle est aussi et de plus en plus perçue comme un élément indispensable à la création d'un environnement attractif à l'investissement notamment privé et aux affaires." Or cela n'est possible, comme l'a souligné par ailleurs le Premier ministre qu'à travers " une justice indépendante professionnelle, respectueuse de la hiérarchie, attribut premier de cette indépendance ".


Dans son discours, le Premier ministre passe également en revue des domaines tels que l'emploi, la décentralisation, la santé, l'agriculture ciblée pour apporter des réponses à la vie chère. Certains de ces secteurs d'activités ont une importance vitale pour les Burkinabè. Il y a Bien sûr dans ces différents secteurs, des actions positives qui ont été menées. Mais les insuffisances sont bien plus liées à une question de moyens. Notre objectif est de porter un regard critique sur l'action du Premier ministre à travers l'évaluation de la volonté politique qui l'anime, mais aussi dans sa capacité à faire bouger les choses. Sous ce rapport, les secteurs ciblés nous paraissent mieux indiqués pour cet exercice. Et nous n'oublions pas pour terminer la crise sociale à l'université qui traîne voici bientôt trois mois. Même si les choses paraissent s'enliser, on retiendra que le Premier ministre est celui qui par son intervention directe aura permis de régler la dette sociale qui faisait alors blocage. C'est aussi lui qui aurait permis d'évoluer sur le dossier des indemnités et de proposer des perspectives pour l'examen de la question de fond sur la valorisation du statut de l'enseignant chercheur. Mais on retiendra aussi que malgré les multiples interpellations et les meetings-marches, Tolé Sagnon et ses camarades syndicalistes n'ont pu obtenir la hausse de 25% des salaires des travailleurs réclamée. On ne saurait non plus passer sous silence les dossiers pendants, lourd héritage dont Tertius assure la continuité. C'est évidemment là le problème des limites du Premier ministre dont l'action est inscrite dans le sillage d'une politique qui n'a pas commencé le 5 juin avec sa nomination. La presse apprécie néanmoins l'hommage qui lui est rendu en raison de "l'important travail d'information et d'éducation citoyenne indispensable à la consolidation de l'Etat de droit " et prend bonne note de " la volonté du gouvernement d'accélérer le processus de relecture des codes de l'information et de la publicité" dont on espère qu'elle ouvrira comme le dit le Premier ministre, d'autres perspectives à l'ensemble des acteurs du secteur.


Révocation du maire de Koubri
Il aurait dissipé pas moins de 8 millions !


Le maire Felix Compaoré, revoqué pour "fautes graves de gestion"


Par Idrissa Barry

Le 20 mai dernier, le Conseil des ministres procédait à la révocation du maire de Koubri, Félix Compaoré. Il lui est reproché de s'être rendu "coupable de fautes graves de gestion". Cette décision est perçue par l'intéressé et ses partisans comme une injustice. Ce que le ministre de tutelle réfute catégoriquement, estimant que l'ex-maire ne dit pas la vérité à ses concitoyens.
L'inspection technique du ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation a fait trois sorties dans la commune de Koubri, située à 25 km au sud de Ouagadougou, sur l'axe Ouagadougou-Pô. L'équipe des inspecteurs s'est rendue à Koubri entre août 2008 et février 2009. Ces sorties font suite aux plaintes de certains conseillers sur la gestion des fonds du lotissement initié par le maire et plus généralement sur la gestion financière de la commune. Les résultats des enquêtes des inspecteurs ont confirmé certaines allégations des plaignants. Les rapports fournis au Conseil des ministres ressortent trois fautes graves commises par le maire. On lui reproche de n'avoir pas pu justifier la disparition d'au moins 8 millions de f cfa. Le contentieux porte sur les carnets utilisés pour encaisser les taxes et recettes de la commune. En juin 2008, le maire Félix Compaoré avait eu l'aval de son conseil municipal pour mettre en place, une commission ad' hoc de recensement de la population, première phase de tout lotissement. Toute personne recensée devrait s'acquitter d'une somme de 1500f cfa. Une vingtaine de carnets ont été utilisés pour encaisser l'argent, soit un milliard par carnet ce qui donne un total d'une vingtaine de millions de f cfa. C'est la gestion de cet argent qui vaut au maire sa révocation avec poursuites judiciaires.

Trois carnets sont portés disparus

D'abord sur les carnets utilisés. Sur 20 carnets, le maire Félix Compaoré n'a pu montrer aux inspecteurs que 17. Les trois carnets manquants n'ont pu être justifiés. Les carnets trouvés dégagent 17 millions de f cfa, ce qui laisse croire que les trois carnets manquants font 3 millions de f cfa. C'est la première faute imputée au maire. Deuxième reproche, c'est la volonté de dissimulation des fonds de la mairie par le non respect des procédures. En effet, sur les 17 millions, le maire a prélevé environ 5 700 000 f cfa pour les placer dans un compte à la caisse populaire de Koubri. Quand il a été interrogé, le maire aurait d'abord nié l'existence de ce compte. Ensuite, il reconnaît son existence, mais jure de n'avoir pas mis une quelconque somme dans ce compte. Finalement devant les preuves récoltées auprès de la caisse populaire, il finit par avouer avoir mis au moins 5 millions dans ce compte qui lui a été rétrocédé par la préfecture de Koubri. Pour le ministre Clément Sawadogo, les pirouettes du maire cachent manifestement une volonté de dissimuler l'argent du contribuable: "Le début de la gestion saine, c'est le respect des procédures. En matière financière, ce respect des procédures n'est pas facultatif. Le maire sait qu'il ne devrait pas déposer l'argent à la caisse populaire, mais auprès du trésor comme l'exige la loi. Pour faire ce qu'il a fait, il aurait fallu l'autorisation du ministre des Finances, ce qui n'a pas été le cas." Le maire aurait donc enfreint les règles orthodoxes du régime financier des collectivités territoriales qui stipule que les comptes des communes du Burkina sont domiciliés au trésor public. Toute dérogation doit être soumise à l'autorisation du ministre des Finances.

Le maire aurait menti
sur le mouvement des fonds

Troisième reproche, c'est la manipulation de l'argent. Là aussi, le maire a commencé par nier qu'il y ait eu un quelconque mouvement de l'argent déposé sur le compte de la caisse populaire. Les inspecteurs sont passés interroger la directrice de la caisse populaire qui a affirmé le contraire, preuves à l'appui. Au moment de cette vérification, le maire était alité à l'hôpital. Il a dépêché un de ses proches auprès de la directrice de la caisse populaire pour le supplier de brouiller les traces des retraits des fonds. La dame aurait refusé, d'ailleurs les inspecteurs ont constaté des ratures sur certains livrets. Pour eux, c'est la preuve que le maire cherchait coûte que coûte à cacher la manipulation de l'argent. Pour se justifier, le maire Félix Compaoré évoque des "urgences administratives". Il aurait été poussé par ces urgences à faire des retraits sur le compte. C'est par exemple lors des manifestations du 11 Décembre et du Tour du Faso. D'autres retraits auraient servi à payer les indemnités de sessions du conseil municipal ainsi que les perdiems. Il affirme avoir toutes les pièces justificatives. Mais pour l'autorité de tutelle, les pièces justificatives que le maire brandit sont faciles à fabriquer. L'essentiel pour elle, c'est que l'argent a pris une destination qui n'était pas la sienne. Même au cas où il ne serait pas établi que le maire n'aurait pas détourné l'argent, il est au moins responsable de sa mauvaise gestion, estime son ministre de tutelle. Sur les 5 700 000 f cfa déposés à la caisse populaire, le ministre affirme qu'il ne restait dans le compte que la somme de 646 150 f cfa. Avec les 3 millions des 3 carnets disparus, c'est environ 8 millions que le maire peine à justifier. La sanction réservée à cet acte, selon Clément Sawadogo, c'est la révocation conformément aux articles 271 et 272 du Code général des collectivités territoriales.

Pourquoi la sanction suprême
et non la suspension

Le maire et ses partisans reprochent au ministère de tutelle d'avoir eu la main lourde. Ils estiment que le Conseil des ministres est allé très loin en faisant fi du Code des collectivités territoriales. Pour eux, au pire, le maire ne pouvait écoper que d'une suspension si ce qui lui est reproché relève de "fautes graves" de gestion. Que disent les articles 271 et 272 ? Le premier cité évoque les conditions de suspension ou de révocation : "Toute suspension ou révocation du maire ou d'un adjoint doit être précédée d'une audition de l'intéressé ou d'une invitation à fournir des explications par écrit dans les délais requis. La suspension ne peut excédée trois mois. La suspension relève de l'autorité de tutelle. La révocation est décidée par décret pris en conseil des ministres." Le ministre se défend d'avoir enfreint à cet article : "A toutes les étapes de la procédure, le maire a eu l'occasion de s'expliquer par écrit. Il raconte donc des histoires quand il dit qu'il n'a pas été entendu. Ce qui est vrai, il est venu me voir chez moi à la maison avant que les inspecteurs ne soient envoyés à Koubri. Ensuite quand ils étaient sur le terrain, il a demandé par deux fois une audience que j'ai refusé de lui accorder pour une raison toute simple : j'ai estimé qu'il n'avait rien à me confier qu'il ne pouvait dire aux inspecteurs commis pour l'entendre. Et puis, que penseraient ces derniers quand ils voient que leur ministre reçoit le maire, le raccompagne aimablement? Ils vont se dire que nous sommes des amis et cela pourrait influencer d'une façon ou d'une autre leur rapport. " L'article 272, quant à lui, dresse la liste des fautes graves susceptibles de faire l'objet d'une suspension ou d'une révocation : "Le maire ou un adjoint peut faire l'objet de suspension ou de révocation en cas de faute grave.

Peuvent entraîner la révocation prévue à l'alinéa ci-dessus, les fautes graves suivantes :

1) détournement de bien et/ou de deniers publics ;
2) concussion et/ou corruption ;
3) prêts irréguliers d'argent sur les fonds de la commune ;
4) faux en écriture publique et usage de faux ;
5) endettement de la commune résultant d'une faute de gestion ;
6) refus de signer et/ou de transmettre à l'autorité de tutelle une délibération du conseil municipal ;
7) refus de réunir le conseil municipal conformément aux textes en vigueur ;
8) spéculation sur l'affectation des terrains publics, les lotissements, les attributions de parcelles, les permis de construire ;
9) absence du président du conseil municipal depuis plus de six mois pour des raisons autres que celles relatives à l'intérêt de la collectivité territoriale ou de santé,
10) poursuite devant un tribunal répressif ou de condamnation pour des faits et actes punis par la loi, à l'exception des contraventions de simple police ou des délits d'imprudence, hormis les cas de délit de fuite concomitant.


En tout état de cause, le maire ou l'adjoint prévenu des fautes graves ci-dessus énumérées peut faire l'objet de suspension préalable prononcée par l'autorité de tutelle". Pour l'autorité de tutelle, le maire tombe sous le coup de plusieurs des points de cet article, sans autre précision. En tout état de cause, elle estime que le maire n'a pas suivi la procédure de gestion de fonds de la commune et 8 millions sont dans la nature, ce qui suffit largement à justifier, à ses yeux, sa révocation.
Pour le maire et ses proches, l'argument avancé est faible. C'est pourquoi ils pensent que derrière la sanction, il y a des considérations politiques. Pour eux, on cherche à dégommer un maire non CDP. Félix Compaoré et la majorité des conseillers sont du RDB, un parti rival au CDP, parti au pouvoir. Le ministre Clément Sawadogo réfute ces propos: "Avant lui, on a révoqué des maires qui sont tous du CDP (à Saaba et à Gaoua pour les plus récents), mais je ne peux pas faire exception si un maire d'un autre parti commet des fautes qui nécessitent qu'on le sanctionne. Nous appliquons la loi et il n'y aura pas d'impunité pour des maires qui s'écartent de la bonne gestion. Si nous laissons faire, ils vont tout saquer dans les communes."
C'est dans ce climat délétère que le véhicule d'un des conseillers ayant interpellé la tutelle sur la "gestion" du maire Félix Compaoré a été incendié dans la nuit du 19 au 20 septembre 2008. Une semaine avant, une marche avait été organisée par les partisans du maire où le conseiller en question, Jérôme Zangré (il est du CDP) avait fait l'objet de menaces. Pour lui, il n' y a pas de doutes que ce sont les proches du maire qui ont mis le feu à son véhicule. L'enquête a été menée par le Service régional de la police judiciaire. Une vingtaine de personnes ont été entendues et le dossier aurait été transmis à un juge d'instruction. L'ex-maire aura donc à répondre sur deux dossiers : le premier sur sa gestion des fonds de la commune et le deuxième sur l'incendie du véhicule du conseiller Jérôme Zangré.

 

 

.



 

 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009