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Pr Jean Kouldiati, Président de l'Université
Après un mois de grève engagée
par les enseignants, les points de vue se rapprochent
entre syndicat et autorités. Dans cette interview
qu'il nous a accordé le 22 janvier dernier, le
président de l'université parle des avancées
obtenues dans les négociations. Il aborde également
les conditions de travail des enseignants, le déficit
du personnel, ses projets pour que l'université
puisse répondre au besoin du marché de
l'emploi et attirer les jeunes chercheurs.
Evé : A quel niveau vous vous trouvez dans
les négociations avec le SYNADEC ?
Pr Jean Kouldiaty :Le dernier point a été
fait hier au premier ministre qui a voulu définitivement
régler cette affaire de dette sociale et il a
ordonné que l'ensemble de tous les actes académiques
non payés à ce jour le soient. Nous avons
fixé avec son autorisation, le payement des actes
académiques à vendredi 23 janvier à
partir de 10h. On commence demain à partir de
10h ( nous étions le 22) et on n'arrête
que lorsque l'ensemble de la dette a été
payée. D'autre part, il y avait le 2e point de
revendication. Déjà la semaine passée,
le gouvernement a adressé une lettre au syndicat
les invitant à un échange de documents
le 30 janvier, puis à l'ouverture des négociations
le 16 février. Cette ouverture avait été
bien appréciée. Cependant comme on n'est
jamais assez prudent du côté des acteurs
sociaux, ils ont souhaité qu'il y ait un engagement
plus profond du gouvernement qu'il y aura revalorisation.
Le gouvernement a alors initié une lettre adressée
au syndicat pour leur dire qu'il s'engage à l'occasion
des différentes négociations qui auront
lieu, à entamer une procédure de revalorisation
de la fonction enseignante. Les modalités de
l'entente qui sera issue de ces rencontres seront arrêtées
d'un commun accord par les deux parties. Voici l'historique
et le futur. Nous émettons le voeu qu'enfin on
retrouve la direction des amphis. Que les copies et
l'ensemble des notes qui ne sont pas rentrées
puissent rentrer et qu'on termine les délibérations
là où ce n'était pas fait afin
de commencer l'année universitaire pour ne pas
avoir à jouer les prolongations.
le Synadec a pourtant maintenu son mot d'ordre.
C'était leur position le jour de leur assemblée
générale. Ces éléments nouveaux
n'étaient pas encore connus. Les éléments
nouveaux, c'est l'implication de son excellence M. le
premier ministre qui a ordonné un nouveau décaissement
pour satisfaire les enseignants, c'est aussi la rencontre
entre le gouvernement et le syndicat ce matin même.
C'est également la lettre du gouvernement pour
réaffirmer son engagement à revaloriser
et à rassurer les partenaires sociaux de sa bonne
foi. Ce sont les éléments nouveaux qui
vont permettre que la décrispation soit là.
J'ai compris avec les syndicats qu'il n'y a pas un problème
de confiance entre eux et le gouvernement. Il n'y a
pas de problème entre eux et les autorités
académiques. Le seul problème qui était
là et qui a amené la situation là
où elle est, c'est un problème d'écoute.
Maintenant ils ont le sentiment qu'ils ne sont pas méprisés.
Donc, cela voudrait dire à la date du 22
janvier qu' il n y a plus rien qui oppose les autorités
et le syndicat par rapport à leur plateforme
?
De mon point de vue, les points d'achoppement c'étaient
la fin du paiement des actes académiques. Nous
avons suffisamment de ressources financières
pour faire face à l'ensemble de tous les actes.
Deuxièmement, c'était d'être rassuré
par rapport à l'issue des négociations.
Aujourd'hui, je crois que l'issue des négociations
est prévisiblement heureuse. Maintenant l'ampleur
de ce bonheur sera connue à l'issue des négociations.
On a eu l'impression que dans l'établissement,
des états pour le paiement de la dette, certains
de vos services n'ont pas bien fonctionné. Est-ce
que ce n'est ça qui a causé le retard?
C'est une impression. La dette qui a été
prise en charge sur la base des chèques remis
le 10 décembre était le pointage du 10
décembre à 18 heures. Après le
10 décembre il y a eu d'autres actes qui sont
venus mais il se trouvait que le déblocage de
fonds n'avait pris en compte que ce qui était
connu comme dette au 10 décembre. A partir du
23 ce qui va être payé, c'est tout ce qui
est rentré et pointé après le 10
décembre.
Parlons de la formation à l'université.
Est-ce que vos produits répondent aux besoins
du marché ? Quand on prend des établissements
comme les sciences économiques et de gestion
(SEG) ou encore en droit, on a plus de 3000 étudiants
dans certaines promotions , est ce qu'il n'y a pas problème
?
C'est vrai. Il y a un problème de gouvernance.
C'est un problème de prospective. Naturellement
vous savez lorsque on a envie de réfléchir
on a besoin de sérénité on ne peut
pas être là à vouloir éteindre
le feu à tout moment et en même temps faire
de la prospective. Cependant, nous avons quand même
mis en place ce qu'on pourrait appeler un projet d'établissement.
Et un certain nombre de commissions avant même
la crise, avant même le mouvement estudiantin
avaient été mises en place pour justement
parler de cette affaire. On ne parlerait pas de refondation
mais pour voir au clair quelle est l'université
qu'on veut, quel est l'avenir de notre université
à tous les niveaux. Au niveau enseignement, au
niveau de la reforme des curricula, au niveau de la
recherche, au niveau du management, au niveau de la
gouvernance universitaire, la gouvernance académique,
la gouvernance financière
Et l'ensemble
des résultats de ces différentes commissions
sera soumis naturellement au conseil scientifique et
soumis à débat. C'est vrai, le SYNADEC
a demandé des assises. Si ce sont des assises
nationales, ce n'est pas de mon ressort à moi
président de l'Université. Mais au niveau
de l'Université de Ouaga on ne peut pas économiser
ces débats. Ça couvre l'ensemble du projet
d'établissement et ça couvre l'ensemble
des préoccupations de l'Université allant
depuis l'académique jusqu'à la gestion
financière. Dès lors que nous aurons les
résultats, nous allons naturellement partir à
l'étape suivante qui sera de se réunir.
Ces genres d'assises ont déjà été
organisées par mes prédécesseurs,
notamment par le Pr. Filga Sawadogo en 1998. Je pense
que compte tenu que ce même professeur Filga qui
est quand même une autorité dans cette
université est même président d'une
des plus grosses commissions, il y'a des choses intéressantes
qui vont en sortir, que ce soit en matière de
professionnalisation, en matière de relations
internationales, en matière de recherche, d'enseignement,
d'évaluation des curricula.
Vous avez raison parce que c'est justement la préoccupation
de notre université. Nous avions appelé
ça, professionnaliser autrement. Et avant moi,
le professeur Paré avait mis en place le Cadre
de concertation, université-monde de l'emploi
(CUME) qui mérite encore d'être perfectionné.
Et justement ce cadre de concertation avec son comité
de pilotage sont en train d'être reformatés
par l'actuel vice-président. Et j'espère
avec le soutien de notre collègue et ami, le
ministre de l'emploi, nous allons dynamiser ce genre
de structure. A partir de ce moment, nous allons pouvoir
mettre en place une sorte de répertoire des emplois
du Burkina, des répertoires des domaines qui
ont besoin de personnels qualifiés, des répertoires
des domaines qui marchent et qui peuvent permettre la
création de richesses au Burkina. C'est là
le contenu réel de notre projet d'établissement.
Vous savez aussi que quand les gens partent vers les
sciences sociales, juridiques et économiques,
cela pose aussi le problème qu'il n'y a pas suffisamment
d'étudiants qui font les séries scientifiques
pures comme le BAC C. On ne peut pas développer
un pays avec 100 ou 150 bacheliers de séries
C par an. Donc nous sommes aussi en train de mettre
en place un mécanisme pour pouvoir attirer les
élèves vers les séries scientifiques
parce que la plupart des gens qui font les séries
scientifiques peuvent aussi valablement faire les séries
littéraires comme le droit, comme les sciences
économiques, comme la sociologie mais malheureusement
l'inverse n'est pas possible.
On voit que vous avez de grandes ambitions. Mais
avec quel personnel enseignant voulez- vous réaliser
tout ça?
Obligatoirement il y'a un déficit. Que ce soit
l'enseignement primaire, secondaire ou supérieur.
Aujourd'hui les jeunes cherchent là où
ils vont maximiser tout de suite. Ils préfèrent
même passer des concours à des niveaux
inférieurs pour pouvoir tout de suite maximiser
parce que l'enseignement et la recherche sont une affaire
de passion, une affaire d'engagement personnel, quelques
fois un oubli de soi et qui fait que malheureusement
ça n'attire pas du monde.
C'est vrai que c'est une passion mais après
tout il faut manger. Est-ce qu'avec 124. 000f comme
salaire on peut rêver comme vous le pensez
Bien sûr qu'il faut manger et il faut boire. C'est
pour cela que je disais tout de suite que compte tenu
de la réflexion, quand le Premier ministre a
été nommé, l'une de ces premières
sorties c'était où ? C'était dans
les universités de Ouagadougou, de Bobo et de
Koudougou, du CNRST. C'est pour pouvoir se mettre au
contact avec les acteurs. On ne peut pas s'asseoir dans
un bureau et puis décider. Il lui arrive aussi
d'aller de façon non protocolaire dans les campus
pour voir si les chantiers avancent. C'est ça
qui est important et qui nous donne envie de poursuivre.
C'est ça qui va aboutir à une valorisation
de la fonction pour permettre non seulement d'encourager
les enseignants qui sont là mais aussi de faire
en sorte que ceux qui sont déjà là
et qui ont envie de partir, qu'ils restent et de faire
en sorte que ceux qui hésitent encore à
embrasser cette carrière de formateur soient
rassurés
Est-ce qu'il n y a pas un travail à faire
à ce niveau ?
A l'université de Ouagadougou il n'y a que deux
femmes professeurs titulaires j'allais dire même
sur tout le Burkina Faso. La deuxième femme titulaire
est passée seulement cette année en juillet
2008, le Pr. Ramata Ouédraogo. Si c'était
avant cette date on aurait dit une seule, le Pr. Odile
Nacoulma sur 45 professeurs titulaires et là
effectivement il y'a un travail à faire. Je suis
content que vous parliez plus de valorisation parce
que la valorisation contient le volet augmentation des
salaires mais ça contient beaucoup d'autres choses.
Les conditions de travail des professeurs. il y'avait
des professeurs qui recevaient des étudiants
sous les arbres mais avec la volonté du gouvernement
qui a permis de transformer l'ancienne cité universitaire
de Zogona en 244 bureaux pour enseignants, même
les assistants auront des bureaux.
Mais il a fallu le mouvement du SYNADEC pour que
vous pensiez à tout ça
Oui le Synadec est un partenaire social. Ce n'est pas
aujourd'hui qu'ils en ont parlé. Il y'a d'autres
partenaires sociaux qui en ont parlé. Il y'a
toujours eu cette demande de valorisation, c'est une
affaire permanente. On n'a jamais fini de valoriser
puisque l'homme est un éternel insatisfait.
Est-ce que vous prévoyez un recrutement cette
année ?
Chaque année que Dieu fait, depuis que moi je
suis recruté dans cette Université en
1993-1994, le gouvernement a toujours recruté
entre 14 et 56 personnes. Et cette année, le
gouvernement nous a donné l'autorisation de recruter
une quarantaine d'enseignants pour l'ensemble de l'enseignement
supérieur du Burkina. Ouaga est autorisé
à recruter 25 personne et à Ouaga2, 5
personnes. Nous avons les 25 personnes qui ont été
recrutées.
Dans quel établissement y a-t-il plus de
déficit ?
C'est difficile à dire parce qu'il peut y avoir
un déficit en nombre en matière de ratio
enseignant-étudiant et en ce moment c'est en
sciences juridiques et politiques (SJP) et en sciences
économiques et de gestion (SEG) que le déficit
est plus énorme, compte tenu du nombre d'étudiants
mais aussi compte tenu que ce sont ces compétences
qui sont les plus demandées en dehors de l'université,
dans les institutions de la République, dans
le privé, dans les institutions internationales.
Ensuite, il y'a des déficits en Lettres, Arts
et Communication (LAC), en Sciences humaines (SH), ainsi
de suite
. Dieu merci, le système marche
relativement bien au niveau des Sciences de la Santé
(SDS) où on a le meilleur rapport enseignant-étudiant
et je pense aussi le mieux du point de vue qualitatif
puisqu'il y'a quand même un travail qui est fait
au niveau de l'agrégation parce qu'ils ont des
laboratoires, ils ont des hôpitaux qui sont là
et qui leur servent de laboratoires. Mais il faut reconnaître
et remettre à César ce qui est à
César. Ce sont de grands travailleurs. Ils ne
sont jamais assis dans leur fauteuil attendant que quelqu'un
fasse le travail à leur place. Ils vont partout,
à toutes les conférences. Ils ont toutes
les sociétés savantes qu'on peut imaginer
dans tous les domaines. C'est pour cela que je dis que
l'enseignement et la recherche c'est d'abord une question
d'engagement personnel et de passion. Quand quelqu'un
n'est pas passionné, il ne fait pas ce travail.
Mais comme vous le dites, il faut être passionné
et ne pas mourir de faim et le gouvernement en est conscient.
Interview réalisée
par
Moussa Zongo
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