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DOSSIER - Université


Université de Ouagadougou
Vers une sortie de crise ?


Magloire Somé, SG du SYNADEC

Par Moussa Zongo


On s'achemine vers une sortie de crise à l'université de Ouagadougou. A l'issue de multiples rencontres entre le SYNADEC et les autorités toute la dette sociale des enseignants est en voie d'apurement. A partir du 16 février les négociations débuteront sur la revalorisation du statut de l'enseignant chercheur.

Les activités académiques devraient pouvoir reprendre à l'université de Ouagadougou dans les prochains jours. Les autorités et le Syndicat national autonome des enseignants chercheurs (Synadec) semblent avoir trouvé un consensus pour que les activités reprennent au campus de Zogona. Les enseignants ont engagé leur lutte dans le cadre du SYNADEC depuis le 21 décembre dernier. En suspendant les activités académiques, ils ont contraint les autorités après un mois de lutte à prendre leur problème au sérieux. La rencontre entre le syndicat et les autorités tenue le 22 janvier a permis d'apaiser la situation. Le payement des dettes et la revalorisation du statut de l'enseignant chercheur sont les deux points d'achoppement qui continuaient de polluer l'atmosphère entre les deux parties. A l'issue de la rencontre avec les autorités, sur le premier point, tous les enseignants devront être payés d'ici la fin du mois de janvier. Des instructions auraient été données par le premier ministre lui-même pour que toute la dette soit payée le plus vite possible. Après la première rencontre avec les autorités le 27 décembre dernier, 117 millions avaient été débloqués pour payer les heures supplémentaires. Pourtant le SYNADEC avait estimé cette dette à 151 millions. Selon le président de l'université le Pr. Jean Kouldiaty, ces écarts sont dus au fait que les 117 millions ne prenaient pas en compte les dossiers arrivés après le 10 décembre. C'est à ce jour que la situation a été faite aux autorités. Pour le Synadec, il est vrai qu'il y a des retardataires mais ces derniers sont minoritaires. "Les dossiers de certains enseignants ont été égarés. On leur a demandé de remplir de nouveau, ils ont rempli." Explique le président du SYNADEC.

Valorisation du statut
de l'enseignant

Sur la question de la valorisation du statut, une rencontre entre les autorités et le syndicat est prévue pour le 30 janvier. Rencontre à laquelle, les deux parties devraient échanger des documents et fixer les modalités de négociations qui doivent débuter le 16 février. C'est une grève silencieuse aux lourdes conséquences qui se déroule actuellement au campus de Zogona. C'est le 17 juillet 2008 que le Synadec a déposé sa plateforme revendicative auprès des autorités. Et c'est le 27 décembre qu'ils ont été reçus pour la première fois par les autorités après avoir lancé leur premier mot d'ordre. Les responsables du Synadec ont organisé une assemblée générale le 14 janvier dernier pour faire le point à la base et analyser ensemble la situation pour décider de la suite à donner au mouvement. Selon le président du SYNADEC, Magloire Somé, après analyse de la situation, l'assemblée a estimé que les objectifs fixés n'étaient pas atteints et a décidé alors du maintien du mot d'ordre. Mais en réalité, il semble que la direction partait pour proposer la suspension du mot d'ordre à l'assemblée. Une chose que les militants ont rejetée. Ils ont estimé qu'à ce stade de la lutte, les acquis n'étaient assez solides pour justifier la suspension du mot d'ordre. A cette date, de nombreux enseignants n'avaient toujours pas encore perçu leur dû. Sur la question des heures supplémentaires et des primes de logement, tout le monde n'avait pas encore été payé. Beaucoup craignait alors que la situation de ceux qui n'avaient pas encore été payés ne soit réglée avec la suspension du mot d'ordre. Il y a aussi l'épineuse question de la valorisation du statut de l'enseignant chercheur. Les enseignants ne sont plus prêts à attendre et voulaient un engagement ferme de la part du gouvernement que cette question soit prise au sérieux. Sur le principe de la valorisation du statut de l'enseignant, les militants exigeaient également un engagement de la part des autorités sur la question. Autorités et syndicat vont se retrouver le 30 janvier pour discuter de commun accord des modalités des négociations sur la valorisation du statut de l'enseignant. A la date d'aujourd'hui, c'est le seul point qui n'a pas connu de traitement dans le fond avec les négociations. Mais d'ores et déjà, le principe est acquis. Le gouvernement semble disposé à écouter les enseignants et à faire des propositions sur ce point fondamental de la plate-forme revendicative des enseignants.

Début des négociations
pour le 16 février

Le gouvernement avait proposé que les négociations commencent le 05 mai. Chose que le Synadec a refusé. Sur proposition des présidents d'universités, les deux parties ont accepté de commencer les négociations sur la question de la valorisation du statut de l'enseignant à partir du 16 février prochain. Mais cela ne suffisait pas pour rassurer les enseignants sur la bonne foi des autorités à prendre au sérieux leurs revendications. Raison pour laquelle, ils avaient exigé un engagement de la part du gouvernement. C'est ainsi qu'à l'issue de la rencontre que le Synadec a eu avec les autorités ce 22 janvier, une lettre leur a été adressée. Lettre dans laquelle les autorités ont voulu traduire leur engagement et leur disponibilité à prendre en compte les revendications des enseignants. Du coté des enseignants, on semble décidé cette fois ci à faire aboutir la question sur la valorisation de leur statut. Dans la sous- région, les enseignants chercheurs du Burkina sont les plus mal lotis comparativement à leurs collègues des autres pays. Même si comparaison n'est pas raison, le Synadec avait publié au début de sa lutte un tableau comparatif des salaires des enseignants chercheurs du Burkina avec ceux de leurs collègues de la sous région. Mais pour le président du Synadec, le premier salaire net d'un assistant burkinabè est de 124 000f au lieu de 148.000f comme cela a été mentionné dans le tableau. En attendant que les négociations commencent, le SYNADEC devrait très probablement organiser une assemblée au cours de la semaine pour analyser la situation et éventuellement suspendre le mot d'ordre. Jusqu'à présent, les négociations se déroulent entre le Synadec et les autorités. Les autres syndicats dont le Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur (Sness) et le Syndicat national des travailleurs de l'éducation et de la recherche (Synter) ne sont pas associés aux pourparlers. Le SYNTER dans une déclaration publiée dans la presse a regretté le déficit de communication et l'absence de concertation entre eux et le Synadec dans la lutte. Sur cette question, Magloire Somé est clair. "La déclaration du Synter vaut ce qu'elle vaut. Nous avons initié à 2 reprises des luttes qui ont échoué par leur faute.". Cette fois ci, le Synadec a préféré faire cavalier seul. Leur mouvement touche 6 des 8 établissements de l'université. Seuls : l'Institut burkinabè des Arts et Métiers (IBAM) et l'Institut des Sciences exactes et appliquées (SEA) ont délibéré et commencé les cours. Dans les autres établissements les résultats sont toujours bloqués jusqu'à ce jour. C'est l'année académique 2007-2008 qui se poursuit. Pourtant l'année 2008-2009 commençait officiellement le 1er décembre 2008 et devait se terminer en fin juillet 2009. Avec la situation actuelle, c'est probablement en début février que les cours pourront commencer. Et on se demande comment le présent calendrier pourra être respecté. Pourtant, on se rappelle qu'à la faveur de la crise universitaire de juin 2008, les autorités avaient pris de nouvelles mesures rendant désormais le calendrier académique immuable.
Tableau recapitulatif des salaires des enseignants de la sous-region


Conférence de presse aux allures d'une AG
Le Syndicat national autonome des enseignants du secondaire (Synadec) à rencontré la presse ce vendredi 23 janvier. Cette rencontre de " bilan à mi parcours de la lutte " a été plutôt une conférence de presse atypique. C'était une occasion d'une pierre deux coup a-t-on pensé. Dans l'amphithéâtre de l'UFR/SVT, on ne distinguait pas les journalistes des militants du syndicat qui ne se sont pas fait priés pour encombrer la salle. Peut être à juste titre. Après plus d'un mois de débrayage, c'est seulement le 22 janvier que les propositions du Gouvernement ont été des plus satisfaisantes et l'occasion n'a pas été donnée à la tête du syndicat pour rendre compte à sa base avant de rencontrer la presse. Après l'exposé introductif fait par le SG du Syndicat, Magloire Somé, la parole était à qui la veut. Chaque question des journalistes faisait le tour de la salle allant du présidium aux militants qui prenaient leur temps de commenter et de décrire leur " misère " sur le campus universitaire de Zogona. Certaines questions ont même été entièrement prises en charges par les militants laissant ainsi le présidium au dépourvu. C'était du singulier et de l'inédit comme par exemple quand un enseignant lança du fond de la salle, " à l'intention des journalistes, écrivez ceci………. ". Il y'a eu de la rigolade à " gogo ". Certains enseignants se réclamant de l'aile dur du Synadec ont soutenu que le temps était arrivé pour les enseignants de se reposer convenablement. Pour ces enseignants, le temps des sacrifices sont révolus car les enseignants de l'Université de Ouagadougou se sont toujours sacrifiés pour les étudiants au point même de s'écrouler souvent dans les amphis avant d'être secourus par les services de santé du CENOU. C'est pourquoi cette année, le syndicat à sa première grève depuis sa création en 2003 " n'a pas eu d'état d'âme " pour conduire sa lutte. Une lutte qui a payé net. Au moment même où la conférence de presse se tenait, certains enseignants passaient à la caisse pour toucher les dettes qui leurs sont dues. Pour l'avenir de l'année académique, le Synadec n'a pas de proposition miracle. Une assemblée générale devra se tenir dans la semaine pour penser à une éventuelle levée ou suspension du mot d'ordre de grève.

B.O.

Interview de Jean Kouldiaty, Président de l'Université de Ouagadougou
" L'issue des négociations est heureuse ! "


Pr Jean Kouldiati, Président de l'Université


Après un mois de grève engagée par les enseignants, les points de vue se rapprochent entre syndicat et autorités. Dans cette interview qu'il nous a accordé le 22 janvier dernier, le président de l'université parle des avancées obtenues dans les négociations. Il aborde également les conditions de travail des enseignants, le déficit du personnel, ses projets pour que l'université puisse répondre au besoin du marché de l'emploi et attirer les jeunes chercheurs.

Evé : A quel niveau vous vous trouvez dans les négociations avec le SYNADEC ?

Pr Jean Kouldiaty :Le dernier point a été fait hier au premier ministre qui a voulu définitivement régler cette affaire de dette sociale et il a ordonné que l'ensemble de tous les actes académiques non payés à ce jour le soient. Nous avons fixé avec son autorisation, le payement des actes académiques à vendredi 23 janvier à partir de 10h. On commence demain à partir de 10h ( nous étions le 22) et on n'arrête que lorsque l'ensemble de la dette a été payée. D'autre part, il y avait le 2e point de revendication. Déjà la semaine passée, le gouvernement a adressé une lettre au syndicat les invitant à un échange de documents le 30 janvier, puis à l'ouverture des négociations le 16 février. Cette ouverture avait été bien appréciée. Cependant comme on n'est jamais assez prudent du côté des acteurs sociaux, ils ont souhaité qu'il y ait un engagement plus profond du gouvernement qu'il y aura revalorisation. Le gouvernement a alors initié une lettre adressée au syndicat pour leur dire qu'il s'engage à l'occasion des différentes négociations qui auront lieu, à entamer une procédure de revalorisation de la fonction enseignante. Les modalités de l'entente qui sera issue de ces rencontres seront arrêtées d'un commun accord par les deux parties. Voici l'historique et le futur. Nous émettons le voeu qu'enfin on retrouve la direction des amphis. Que les copies et l'ensemble des notes qui ne sont pas rentrées puissent rentrer et qu'on termine les délibérations là où ce n'était pas fait afin de commencer l'année universitaire pour ne pas avoir à jouer les prolongations.

le Synadec a pourtant maintenu son mot d'ordre.
C'était leur position le jour de leur assemblée générale. Ces éléments nouveaux n'étaient pas encore connus. Les éléments nouveaux, c'est l'implication de son excellence M. le premier ministre qui a ordonné un nouveau décaissement pour satisfaire les enseignants, c'est aussi la rencontre entre le gouvernement et le syndicat ce matin même. C'est également la lettre du gouvernement pour réaffirmer son engagement à revaloriser et à rassurer les partenaires sociaux de sa bonne foi. Ce sont les éléments nouveaux qui vont permettre que la décrispation soit là. J'ai compris avec les syndicats qu'il n'y a pas un problème de confiance entre eux et le gouvernement. Il n'y a pas de problème entre eux et les autorités académiques. Le seul problème qui était là et qui a amené la situation là où elle est, c'est un problème d'écoute. Maintenant ils ont le sentiment qu'ils ne sont pas méprisés.

Donc, cela voudrait dire à la date du 22 janvier qu' il n y a plus rien qui oppose les autorités et le syndicat par rapport à leur plateforme ?
De mon point de vue, les points d'achoppement c'étaient la fin du paiement des actes académiques. Nous avons suffisamment de ressources financières pour faire face à l'ensemble de tous les actes. Deuxièmement, c'était d'être rassuré par rapport à l'issue des négociations. Aujourd'hui, je crois que l'issue des négociations est prévisiblement heureuse. Maintenant l'ampleur de ce bonheur sera connue à l'issue des négociations.

On a eu l'impression que dans l'établissement, des états pour le paiement de la dette, certains de vos services n'ont pas bien fonctionné. Est-ce que ce n'est ça qui a causé le retard?
C'est une impression. La dette qui a été prise en charge sur la base des chèques remis le 10 décembre était le pointage du 10 décembre à 18 heures. Après le 10 décembre il y a eu d'autres actes qui sont venus mais il se trouvait que le déblocage de fonds n'avait pris en compte que ce qui était connu comme dette au 10 décembre. A partir du 23 ce qui va être payé, c'est tout ce qui est rentré et pointé après le 10 décembre.

Parlons de la formation à l'université. Est-ce que vos produits répondent aux besoins du marché ? Quand on prend des établissements comme les sciences économiques et de gestion (SEG) ou encore en droit, on a plus de 3000 étudiants dans certaines promotions , est ce qu'il n'y a pas problème ?
C'est vrai. Il y a un problème de gouvernance. C'est un problème de prospective. Naturellement vous savez lorsque on a envie de réfléchir on a besoin de sérénité on ne peut pas être là à vouloir éteindre le feu à tout moment et en même temps faire de la prospective. Cependant, nous avons quand même mis en place ce qu'on pourrait appeler un projet d'établissement. Et un certain nombre de commissions avant même la crise, avant même le mouvement estudiantin avaient été mises en place pour justement parler de cette affaire. On ne parlerait pas de refondation mais pour voir au clair quelle est l'université qu'on veut, quel est l'avenir de notre université à tous les niveaux. Au niveau enseignement, au niveau de la reforme des curricula, au niveau de la recherche, au niveau du management, au niveau de la gouvernance universitaire, la gouvernance académique, la gouvernance financière… Et l'ensemble des résultats de ces différentes commissions sera soumis naturellement au conseil scientifique et soumis à débat. C'est vrai, le SYNADEC a demandé des assises. Si ce sont des assises nationales, ce n'est pas de mon ressort à moi président de l'Université. Mais au niveau de l'Université de Ouaga on ne peut pas économiser ces débats. Ça couvre l'ensemble du projet d'établissement et ça couvre l'ensemble des préoccupations de l'Université allant depuis l'académique jusqu'à la gestion financière. Dès lors que nous aurons les résultats, nous allons naturellement partir à l'étape suivante qui sera de se réunir. Ces genres d'assises ont déjà été organisées par mes prédécesseurs, notamment par le Pr. Filga Sawadogo en 1998. Je pense que compte tenu que ce même professeur Filga qui est quand même une autorité dans cette université est même président d'une des plus grosses commissions, il y'a des choses intéressantes qui vont en sortir, que ce soit en matière de professionnalisation, en matière de relations internationales, en matière de recherche, d'enseignement, d'évaluation des curricula.

Vous avez raison parce que c'est justement la préoccupation de notre université. Nous avions appelé ça, professionnaliser autrement. Et avant moi, le professeur Paré avait mis en place le Cadre de concertation, université-monde de l'emploi (CUME) qui mérite encore d'être perfectionné. Et justement ce cadre de concertation avec son comité de pilotage sont en train d'être reformatés par l'actuel vice-président. Et j'espère avec le soutien de notre collègue et ami, le ministre de l'emploi, nous allons dynamiser ce genre de structure. A partir de ce moment, nous allons pouvoir mettre en place une sorte de répertoire des emplois du Burkina, des répertoires des domaines qui ont besoin de personnels qualifiés, des répertoires des domaines qui marchent et qui peuvent permettre la création de richesses au Burkina. C'est là le contenu réel de notre projet d'établissement. Vous savez aussi que quand les gens partent vers les sciences sociales, juridiques et économiques, cela pose aussi le problème qu'il n'y a pas suffisamment d'étudiants qui font les séries scientifiques pures comme le BAC C. On ne peut pas développer un pays avec 100 ou 150 bacheliers de séries C par an. Donc nous sommes aussi en train de mettre en place un mécanisme pour pouvoir attirer les élèves vers les séries scientifiques parce que la plupart des gens qui font les séries scientifiques peuvent aussi valablement faire les séries littéraires comme le droit, comme les sciences économiques, comme la sociologie mais malheureusement l'inverse n'est pas possible.

On voit que vous avez de grandes ambitions. Mais avec quel personnel enseignant voulez- vous réaliser tout ça?
Obligatoirement il y'a un déficit. Que ce soit l'enseignement primaire, secondaire ou supérieur. Aujourd'hui les jeunes cherchent là où ils vont maximiser tout de suite. Ils préfèrent même passer des concours à des niveaux inférieurs pour pouvoir tout de suite maximiser parce que l'enseignement et la recherche sont une affaire de passion, une affaire d'engagement personnel, quelques fois un oubli de soi et qui fait que malheureusement ça n'attire pas du monde.

C'est vrai que c'est une passion mais après tout il faut manger. Est-ce qu'avec 124. 000f comme salaire on peut rêver comme vous le pensez
Bien sûr qu'il faut manger et il faut boire. C'est pour cela que je disais tout de suite que compte tenu de la réflexion, quand le Premier ministre a été nommé, l'une de ces premières sorties c'était où ? C'était dans les universités de Ouagadougou, de Bobo et de Koudougou, du CNRST. C'est pour pouvoir se mettre au contact avec les acteurs. On ne peut pas s'asseoir dans un bureau et puis décider. Il lui arrive aussi d'aller de façon non protocolaire dans les campus pour voir si les chantiers avancent. C'est ça qui est important et qui nous donne envie de poursuivre. C'est ça qui va aboutir à une valorisation de la fonction pour permettre non seulement d'encourager les enseignants qui sont là mais aussi de faire en sorte que ceux qui sont déjà là et qui ont envie de partir, qu'ils restent et de faire en sorte que ceux qui hésitent encore à embrasser cette carrière de formateur soient rassurés

Est-ce qu'il n y a pas un travail à faire à ce niveau ?
A l'université de Ouagadougou il n'y a que deux femmes professeurs titulaires j'allais dire même sur tout le Burkina Faso. La deuxième femme titulaire est passée seulement cette année en juillet 2008, le Pr. Ramata Ouédraogo. Si c'était avant cette date on aurait dit une seule, le Pr. Odile Nacoulma sur 45 professeurs titulaires et là effectivement il y'a un travail à faire. Je suis content que vous parliez plus de valorisation parce que la valorisation contient le volet augmentation des salaires mais ça contient beaucoup d'autres choses. Les conditions de travail des professeurs. il y'avait des professeurs qui recevaient des étudiants sous les arbres mais avec la volonté du gouvernement qui a permis de transformer l'ancienne cité universitaire de Zogona en 244 bureaux pour enseignants, même les assistants auront des bureaux.

Mais il a fallu le mouvement du SYNADEC pour que vous pensiez à tout ça
Oui le Synadec est un partenaire social. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils en ont parlé. Il y'a d'autres partenaires sociaux qui en ont parlé. Il y'a toujours eu cette demande de valorisation, c'est une affaire permanente. On n'a jamais fini de valoriser puisque l'homme est un éternel insatisfait.

Est-ce que vous prévoyez un recrutement cette année ?
Chaque année que Dieu fait, depuis que moi je suis recruté dans cette Université en 1993-1994, le gouvernement a toujours recruté entre 14 et 56 personnes. Et cette année, le gouvernement nous a donné l'autorisation de recruter une quarantaine d'enseignants pour l'ensemble de l'enseignement supérieur du Burkina. Ouaga est autorisé à recruter 25 personne et à Ouaga2, 5 personnes. Nous avons les 25 personnes qui ont été recrutées.

Dans quel établissement y a-t-il plus de déficit ?
C'est difficile à dire parce qu'il peut y avoir un déficit en nombre en matière de ratio enseignant-étudiant et en ce moment c'est en sciences juridiques et politiques (SJP) et en sciences économiques et de gestion (SEG) que le déficit est plus énorme, compte tenu du nombre d'étudiants mais aussi compte tenu que ce sont ces compétences qui sont les plus demandées en dehors de l'université, dans les institutions de la République, dans le privé, dans les institutions internationales. Ensuite, il y'a des déficits en Lettres, Arts et Communication (LAC), en Sciences humaines (SH), ainsi de suite…. Dieu merci, le système marche relativement bien au niveau des Sciences de la Santé (SDS) où on a le meilleur rapport enseignant-étudiant et je pense aussi le mieux du point de vue qualitatif puisqu'il y'a quand même un travail qui est fait au niveau de l'agrégation parce qu'ils ont des laboratoires, ils ont des hôpitaux qui sont là et qui leur servent de laboratoires. Mais il faut reconnaître et remettre à César ce qui est à César. Ce sont de grands travailleurs. Ils ne sont jamais assis dans leur fauteuil attendant que quelqu'un fasse le travail à leur place. Ils vont partout, à toutes les conférences. Ils ont toutes les sociétés savantes qu'on peut imaginer dans tous les domaines. C'est pour cela que je dis que l'enseignement et la recherche c'est d'abord une question d'engagement personnel et de passion. Quand quelqu'un n'est pas passionné, il ne fait pas ce travail. Mais comme vous le dites, il faut être passionné et ne pas mourir de faim et le gouvernement en est conscient.

Interview réalisée par
Moussa Zongo


 

 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 janvier 2009