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DOSSIER - Education et Justice


Crise universitaire
Ils se sont mis d'accord pour sauver l'essentiel


A l'UFR/SEG les étudiants sonsultent les programes de reprise


Par Boukari Ouaba
Le 1er septembre, les étudiants ont repris le chemin des amphis après deux mois et demi de repos anticipé. Le 17 juin 2008, alors que l'année universitaire tirait à sa fin, une crise éclate sur le campus de Zogona. A l'origine, un affrontement entre étudiants et forces de l'ordre. Le 27 juin, les autorités décident de la fermeture de l'université jusqu'à nouvel ordre avec au passage la suspension de toutes les œuvres sociales. Après plusieurs mois de tension, la température retombe progressivement. Autorités et étudiants ont décidé ensemble de "sauver l'essentiel" en reprenant les activités le 1er septembre.
Le samedi 30 août jusqu'à 15H, l'incertitude était encore quasi totale quant à un retour unanime des étudiants dans les amphis. En effet, c'est ce jour que les étudiants, sous l'égide de l'Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB-Ouaga) avaient choisi pour donner finalement leur verdict sur la date de la rentrée. Quelques jours auparavant, la date du 1er septembre avait été annoncée par les autorités universitaires et ministérielles comme devant être celle qui mettrait fin à plus de deux mois de vacances forcées des étudiants. Le compte est bon peut-on dire. Puisque, l'ANEB qui jusque-là faisait durer le suspens a enfin " délibéré ", appelant les étudiants à rejoindre les amphis. Le 1er septembre, de bonne heure, le campus de Zogona renouait avec ses pensionnaires. L'université de Ouagadougou présente un nouveau visage. L'université est désormais clôturée des quatre côtés. Une clôture qui ne cesse de diviser la communauté universitaire. Mais pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être dans cette année tumultueuse, les étudiants se contentent de "tenir le mur à l'œil". Quand nous franchissons le portail de l'entrée ouest de l'université, ce matin là, nous ne manquons pas de remarquer une présence quelque peu insolite : les forces de sécurité des universités. Les hommes de sécurité habillés en rouge-noir frappé du sigle "SSU" (entendez Service de Sécurité Universitaire) seraient issus de plusieurs corps dont la gendarmerie, la police et la CRS. Nous n'avons pas pu obtenir un seul mot de ces gens nouveaux sur le campus, leurs responsables s'étant réservés de toute déclaration et nous renvoyant à la présidence de l'université. En attendant le déménagement de cette force de sécurité dans les anciens locaux de la Direction générale du CENOU, pour le moment, c'est un bâtiment avoisinant l'Office du baccalauréat qui sert de caserne pour ceux que les étudiants regardent d'un œil méfiant. Pour beaucoup d'étudiants "il ne peut pas avoir de collaboration entre forces de l'ordre et nous", comme l'avait dit le président de l'ANEB, Derra Moumouni, au cours de l'assemblée générale tenue deux jours après la rentrée. Ce service dont les textes ont été adoptés finalement en 2005 est enfin une réalité à l'université de Ouagadougou (UO) en attendant certainement son déploiement progressif dans toutes les universités du pays. A la faveur de cette crise, les autorités ont profité pour faire passer des projets qui avaient fait la preuve de leur impopularité au sein de la communauté universitaire. Comme après l'invalidation de l'année 2000 qui avait débouché sur une réforme de l'université avec entre autres la dissolution des facultés pour instituer les Unités de formation et de recherche (UFR), l'instauration du système modulaire, cette nouvelle crise apporte ses reformes. Un autre fait qui immanquablement va changer les habitudes à l'UO, c'est la disparition de la cité universitaire de Zogona. L'université grouillait de monde ce 1er septembre, mais du côté de la cité de Zogona, c'était "mou" comme aiment à le dire les étudiants. Sur les lieux, des ouvriers travaillent toujours d'arrache pied au réaménagement de l'ex-cité d'où sortiront très prochainement 244 bureaux et 28 laboratoires de recherche.

AG avant et après la rentrée

Au-delà de ces "situations nouvelles" (l'expression est du président de l'ANEB), les étudiants pensent avoir obtenu des motifs de satisfaction au sortir de leur lutte. Le point de la résolution de leur plate forme revendicative en quatre points leur a été fait par le comité exécutif de l'ANEB, le samedi 30 août à la Bourse du travail. Au cours de cette assemblée générale, les étudiants ont accueilli favorablement et avec réjouissance la décision de la réouverture de l'université ainsi que les autres mesures prises par les autorités dans la recherche d'un climat apaisé. S'agissant des dérogations qui avaient constitué un point d'achoppement de la crise, l'ANEB a apprécié favorablement la dérogation exceptionnelle accordée au 1507 étudiants dont les demandes de dérogations avaient connu plus tôt un rejet de la part des autorités universitaires. Cependant, le président Derra n'a pas manqué de rappeler que la revendication sur la dérogation reste pendante. Selon lui, la réponse apportée par les autorités est une solution conjoncturelle à un problème structurelle. Sur le plan social, la reprise des prestations comme la restauration et les cités universitaires, l'ouverture du siège du CODE, le rétablissement des allocations sociales sont également à saluer. Mais là également, comme pour bien d'autres points, la satisfaction n'était pas totale au regard de la date annoncée pour l'effectivité de ces services. C'est pourquoi au sortir de l'assemblée générale, le comité exécutif a aussitôt rencontré le ministre Paré le dimanche 31 août 2008. Le compte rendu de cette audience a été fait aux étudiants le mercredi 03 septembre dans le nouvel amphi J. A toutes les préoccupations soumises au ministre, celui-ci aurait répondu favorablement, nous a dit le président de l'ANEB. Ainsi les restaurants universitaires ont pu reprendre service le 05 septembre au lieu du 12 comme précédemment annoncé. De même, les cités universitaires ont commencé à revivre progressivement depuis le 08 septembre. La cité de Kossodo tant attendu accueille ses premiers locataires le 12 septembre. Quant au FONER (aides et prêts), les payements ont commencé le 05 septembre pour finir le 13 septembre. Là où ça coince de nouveau, c'est le cas des boursiers. Il y a eu d'abord un retard dans la programmation. C'est après une descente des étudiants au siège du Centre d'information et d'orientation scolaires, professionnel et des bourses (CIOSPB) dans la matinée du vendredi 05 septembre, que la programmation a été faite à 11H et le paiement prévu pour commencer le même jour à 15H. Les bénéficiaires ont vite fait de constater qu'un mois et demi de leur bourse leur a été amputé. Ils ont "solidairement refusé de toucher leur bourse en attendant de mieux comprendre". La tension est vite montée d'un cran et les étudiants ont assiégé les locaux du CIOSPB pour exiger le rétablissement de ce qui leur est dû. De l'entretien qu'ils ont eu avec le directeur du CISOPB, ils ont appris que c'est un arrêté ministériel en date du 28 août qui a ainsi suspendu les boursiers de leur bourse des mois de juillet et août sous le prétexte que les étudiants n'ont pas travailler dans cette période. Pour les étudiants, ils pensent que les autorités ont délibérément choisi de frapper la minorité puisque les boursiers sont les moins nombreux sur le campus. Voici un acte à la limite anti jeu qui n'est pas de nature à consolider la paix encore fragile sur le campus de Zogona.

Une AG houleuse à la Maison du peuple
Nous sommes 30 août 2008. Il est 15h. L'Association nationale des étudiants du Burkina (ANEB/ Ouaga) tient son assemblée générale à la Bourse du travail pour donner sa position sur la reprise des cours à l'université fixée pour le 1er septembre. A la Bourse du travail, l'espace est petit pour contenir les milliers d'étudiants venus écouter la suite à donner à la lutte. Le comité exécutif dirigé par Moumouni Derra lève le suspens. l'ANEB accepte la reprise des activités académiques pour le 1er septembre. C'est la surprise au niveau de la Maison du peuple. Au même moment se tenait en effet, dans cette enceinte, une autre assemblée générale. Trois organisations se sont retrouvées pour inviter les étudiants à reprendre les cours dès le 1er. Il s'agit de la Coordination des syndicats et associations pour une sortie de crise (CSAC), la Coordination des associations des étudiants pour la reprise (CAER) et le Front d'initiatives pour un climat universitaire apaisé (FICUA). Tous les moyens sont mobilisés pour que la Maison du peuple soit pleine. Ce 30 août, ce sont des cars de la commune de Ouagadougou qui ont convoyé des jeunes, femmes hommes et vieux depuis les quartiers à la Maison du peuple pour prendre part à l'AG. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était un échec. Ce jour là, difficile de trouver un étudiant à la sortie de la manifestation pour interviewer en dehors des organisateurs eux-mêmes et quelques uns de leurs amis. Les moyens mis à leur disposition ne laissent aucun doute sur l'origine des soutiens. Les autres participants étaient principalement des femmes commerçantes, des conseillers et députés CDP. D'autres hommes politiques comme le président du Conseil régional du Centre étaient aussi présents. On a vu aussi le directeur du FONER assis à côté de l'ex-directeur de l'UFR/ LAC. La grande partie était des jeunes venus des quartiers. Ces derniers qui sont pour la plupart de non scolarisés sont venus juste pour occuper les places et donner l'impression d'une grande mobilisation contre 1000f. Mais il a fallu discuter longuement avec certains pour les amener à entrer dans la salle. Ces derniers réclamaient les 1000f avant de prendre place dans la salle. "Ils nous ont promis 1000f chacun. Mais nous ne leur faisons pas confiance. Tant qu'ils ne nous donnent pas l'argent, on n'entre pas", raconte ce jeune de la classe de 1ere venu de Gounghin. Après de multiples tractations, les chefs de groupe obtiennent l'assurance qu'ils auront la somme promise et appellent leurs camarades à entrer dans la salle. Z .Y lui, malgré cette assurance, n'est pas convaincu et préfère rester dehors. "Moi, je ne suis pas étudiant. Je ne sais même pas de quoi il s'agit. C'est un étudiant qui nous a contactés au quartier pour nous faire la proposition. Mais arrivé ici, il a disparu." D'ailleurs plusieurs autres de ses camarades qui étaient entrés ne tardent pas à le rejoindre dehors. "C'est des faux gars. On ne comprend rien", nous lance l'un d'eux. Chaque chef de groupe est appelé à faire la liste des éléments de son quartier et de les remettre à un certain Sidibé Bakary qui se dit membre de la CSAC. Mais il a fallu qu'il fasse appel à d'autres camarades quand les journalistes lui demandaient la signification de la CSAC. A la fin de la manifestation, ceux qui doutaient de la sincérité des organisateurs semblaient avoir raison. Il a encore fallu se battre pour avoir les 1000f promis. Les promoteurs n'étaient pas prêts à donner " les feuilles ". Mais devant la détermination des jeunes qui ne voulaient pas aussi se laisser faire, l'argent a finalement été débloqué. " M. le journaliste, c'est réglé. ", nous adresse, avec un sourire, celui qui est resté dehors durant toute la manifestation.

Moussa Zongo

 


Justice
Tribunal de référé
Mme le bâtonnier attrait par Me Sankara


Par Germain Bitiou Nama


Va-t-on vers une nouvelle guéguerre au sein des robes noires ? La question mérite d'être posée avec ce qui se passe autour des honoraires de Me Bénéwendé Sankara. En sa qualité de bâtonnière, donc présidente de fait du Conseil d'administration de la Caisse Autonome de Règlement Pécuniaire des Avocats, en abrégé CARPA, Me Antoinette Ouédraogo décide de séquestrer des sommes qu'elle aurait dû normalement reverser à Me Sankara, avocat conseil des travailleurs de Faso Fani. Elle devrait s'expliquer au cours de l'audience de référé convoquée pour le mardi 9 septembre 2008.

C'est par lettre en date du 6 octobre 1998 que les travailleurs de Faso Fani ont demandé à Me Bénéwendé Sankara de se constituer formellement afin de défendre leurs intérêts dans le cadre de la privatisation de leur société. Un protocole d'accord a été conclu entre les travailleurs et leur avocat conseil qui fixe les missions de ce dernier et les conditions de rémunérations des actes qu'il viendrait à poser dans le cadre de ce dossier. En ce qui concerne sa mission, il est stipulé à l'article 3 qu'elle consiste à "négocier des conditions optimales de la liquidation droits des travailleurs de la société Faso Fani dans le cadre de la privatisation, notamment le paiement d'indemnités négociées ou spéciales ou le paiement de toutes sommes qui seront dues par Faso Fani, l'Etat du Burkina Faso ou toute personne habilitée". L'article précise enfin que la mission s'étend aux procédures individuelles ou collectives en cours soit auprès des inspections du Travail ou les Cours et Tribunaux. Ce même protocole d'Accord traite en son article 5 des honoraires. Il y est mentionné que ceux-ci suivent le barème des honoraires arrêté par le barreau du Burkina en 1995, nonobstant un honoraire additionnel pour le recouvrement au taux de 7% des sommes recouvrées (indemnités négociées ou spéciales, procédures individuelles ou collectives en cours…). Ce protocole d'Accord a été notarié au cabinet de Me Seydou Balama.
On peut se demander pourquoi tant de précautions puisque la loi dit que les "honoraires de consultations et de plaidoiries sont fixées d'accord partie entre l'avocat et son client et matérialisé par un écrit signé des parties." (art. 59 du décret N°2000-426/PRES/PM/MJ portant organisation de la profession d'avocat). Me Sankara a certainement voulu conférer au document un caractère indiscutable pour se mettre à l'abri de tout aléa. Autre garantie supplémentaire, les représentants des travailleurs de Faso Fani, partie au protocole d'accord, ont vu leur mandat de délégués des travailleurs expressément prorogé "pour la gestion du dossier des travailleurs jusqu'à son terme" (cf. procès verbal du 17 mars 1999 de l'Assemblée générale des travailleurs de Faso Fani ainsi que le protocole d'accord du 25 mars 1999).

La défense du dossier Faso Fani par Me Sankara

Le dossier de la liquidation de Faso Fani a été, comme on le sait, porté par les soins de Me Sankara devant plusieurs instances (inspection et tribunal du travail, cour d'appel). En 2001, un procès verbal de règlement partiel l'amiable conclu avec l'inspection du travail a permis de mettre à la disposition des travailleurs, la somme de 2 404 260 824 FCFA. En 2004, l'avocat obtient le paiement de la somme de 51 millions au titre de la reconstitution des carrières de certains travailleurs et enfin en 2003, la sentence arbitrale qui condamne l'Etat à verser aux travailleurs la somme de 848 157 805 FCFA.
N'ayant pas de crédits immédiatement disponibles, l'Etat burkinabè représenté par son ministre des Finances, M. Jean Baptiste Compaoré, décide de conclure avec Me Sankara, un protocole d'accord en vue d'un règlement étalé et par tranches du montant de la condamnation. Le règlement s'étale de 2007 à 2009. Le texte définit en son art. 1 les modalités de règlement des honoraires dus à Me Sankara, représentant 7% du montant total de la condamnation. Il faut cependant noter que l'engagement de l'Etat concernant les honoraires dus à Me Sankara porte uniquement sur l'exécution de la sentence arbitrale. Mais il y a l'indemnité spéciale d'un montant de 813 429 959, qui a déjà été recouvrée et dont on reste redevable à Me Sankara de ses honoraires. Le contentieux actuel est né du fait que Me Antoinette refuse obstinément de rétrocéder les sommes déposées au compte du cabinet Sankara en dépit des instructions émises par ce dernier conformément à la procédure en la matière. En effet, selon le règlement intérieur de la CARPA, l'avocat effectue les maniements de fonds par l'intermédiaire de la CARPA. Cela veut dire que la CARPA est une structure d'accueil des fonds recouvrés par les avocats et a pour mission d'administrer les règlements aux tiers sur la base des instructions reçues des avocats. Le cabinet Sankara a déposé depuis le mois de juin une somme d'un montant de 218 038 414 FCA destinée aux ex-travailleurs de Faso Fani. Alors que le règlement de la CARPA dispose que les fonds, effets ou valeurs sont remis aux clients dans un délai d'un mois, ces derniers ne voient rien venir près de trois mois après.

Les explications de Me Antoinette

Le 2 juillet 2008, Me Antoinette décide enfin de répondre aux différents courriers que lui a adressés le cabinet de Me Sankara. Il y ressort une volonté très nette de ne pas procéder aux paiements des travailleurs conformément aux instructions reçues. Dans sa note, Mme le bâtonnier prétend, sans en fournir la preuve formelle, que Me Sankara a renoncé de lui-même à ses honoraires. Elle refuse d'appliquer le protocole d'accord qui est la loi des parties en invoquant une ordonnance de rétractation qui, comme son nom l'indique, annule une autre ordonnance de taxation qui avait été sollicitée par Me Sankara. Au lieu que l'annulation de ce texte consacre le retour au protocole d'accord, Me Antoinette l'interprète curieusement comme la négation de celui-ci. La conséquence de ce jeu de prestidigitation, c'est que les sous des travailleurs sont pris en otage par le bâtonnier alors même que la rentrée scolaire est imminente. Pour obtenir ce blocage, Me Antoinette s'est appuyé sur un homme, Pierre Lalsaga, qui se serait proclamé responsable des travailleurs de Faso Fani et qui, à ce titre, croit pouvoir remettre en cause la constitution de Me Sankara et tous les engagements pris par les délégués dûment mandatés dans le cadre du dossier. Il faut souligner qu'avant cette manœuvre, Me Antoinette avait convoqué dans son bureau les délégués pour leur dire qu'il leur suffit de refuser de verser leurs honoraires à Me Sankara pour qu'elle exécute. Mais ces derniers n'ont pas marché dans cette combine et ont préféré remettre à Mme le bâtonnier un texte rappelant leurs engagements vis-à-vis de Me Sankara. N'ayant pas obtenu les appuis escomptés auprès des délégués, elle s'est rabattue sur un groupe de travailleurs dont elle connaît l'hostilité vis-à-vis de Me Sankara et des délégués dûment mandatés par les travailleurs de Faso Fani. Le chef de ce groupe a d'ailleurs vainement tenté d'obtenir de la Direction régionale du Travail et de la Sécurité sociale du Centre-Ouest un oukase révoquant le mandat des délégués du personnel. En mettant hors jeu les actuels délégués, ce groupe espère pouvoir torpiller la procédure actuelle dans laquelle Me Sankara demeure un interlocuteur obligé. Devant cet acharnement, Me Sankara a fini par recourir à la justice. Dommage tout de même cette animosité entre confrères du barreau. Au lieu que l'institution se pose en garante des intérêts des avocats, on a l'impression de se retrouver dans une arène politique où les adversaires se livrent une lutte sans merci.

 

Affaire maire de Sig-Noghin/Abitata NACRO
Dans sa livraison n°145 du10 Août 2008, L'Evénement écrivait : "Le procureur à la rescousse du maire boxeur". Cette affaire a défrayé la chronique et amené les citoyens à s'en prendre à la justice en interpellant son premier responsable sur la question. Cette interpellation répétée nous a amené à prendre attache avec le parquet afin de donner l'information juste sur cette affaire qui fait l'objet présentement d'une enquête préliminaire au niveau de la compagnie de la gendarmerie nationale.

Que s'est-il réellement passé ?
Le procureur du Faso a expliqué que le commandant de la brigade de gendarmerie de Baskuy qui lui a rendu compte de ce que cette dam Abiba Nacro se serait présentée à sa brigade pour porter plainte contre monsieur Pascal Ouédraogo maire de Sighnoghin suite à des violences qu'elle aurait subies au cours d'une bagarre survenue à son kiosque. A la demande de monsieur le procureur du Faso qui voulait en savoir davantage, le commandant de la brigade de gendarmerie a dirigé la dame au parquet où elle a pris attache avec le magistrat du parquet pour de plus amples explications par suite desquelles elle a été invitée à déposer sa plainte devant le parquet. Ce qui fut fait. La plainte fut alors confiée au substitut Tapsoba avec la mention " diligentez une enquête à parquet rapide et efficace ". (...)
Au moment où l'enquête suivait son cours, un article est paru dans la presse pour relater les faits. Le procureur connaissant la pression que constitue l'opinion sur un dossier en cours de traitement à la justice a tout de suite fait appeler madame Nacro Abiba pour lui signifier ses préoccupations et lui faire savoir qu'elle doit faire confiance à la justice et laisser les magistrats travailler en toute sérénité sans aucune pression quelconque. Il l'a toutefois rassurée en disant que tous les mis en cause et les témoins seront entendus afin que la vérité jaillisse. Madame Nacro s'est donc confondue en excuse en disant qu'elle avait agi par ignorance et souhaite que le procureur l'aide parce qu'elle vit une situation de détresse depuis la bagarre en ce sens qu'elle n'a plus de ressources pour subvenir aux besoins de sa famille du fait qu'elle n'exerce plus son activité en précisant qu'elle n'est plus en mesure d'ouvrir son kiosque parce qu'elle subirait d'après elle, des menaces de la part des hommes du maire.
En outre, elle a fait état de ce qu'elle aurait subi d'importants dommages matériels et financiers.
Au regard de la gravité de ce qu'elle expliquait, le procureur l'invita à consigner par écrit l'état exhaustif de ses dommages pour lui permettre de prendre des mesures conservatoires urgentes en sa faveur, indépendamment de sa plainte qui fait l'objet d'une enquête à parquet. (...)
Ayant fait savoir qu'elle ne savait pas écrire, la procureur le confia à monsieur Bamouni, secrétaire de greffe et parquet de son état pour l'orienter. C'est ainsi que la petite sœur de Abibata Nacro est allé chercher une feuille de demande pour la rédaction des faits et c'est cette dernière d'ailleurs qui a rédigé le document en question. Voici en substance ce qu'elle a énuméré comme dommages subits :
Cuisine :
Un demi sac de riz à 11250, un demi sac de farine à 6250, 10 paquets de spaghettis à 2000f et un bénéfice de 2000, 3 bouteilles de mayonnaise cassées à 6000f, du foie et du pain à 6400f avec un bénéfice de 4000f, des boyaux à 2000f et un bénéfice de 2000, de la viande à 35000 avec un bénéfice de 1600f, du poisson à 3500 avec un bénéfice de 3000f.
Les condiments à 7500f, sucre-nescafé-thé 600f-2750f-2500f.
Sous-total : 68.350f
Boissons :
18 bouteilles de petite guiness à 10800f, 11 bouteilles de malta guiness à 6050, 22 bouteilles de petites sucreries à 6050f, 10 bouteilles de flags65 à 5500f, 17 bouteilles de sucreries 65 à 5950f, 12 bouteilles de castel65 à 8400f, 31 bouteilles de brakina et sobbra à 15500f
Sous total : 58 250f
Matériel cassé :
18 verres à 8100f, 1 thermos à 6500f, appareil de musique à 17500f, 1 barrique plastique à 10 000f, appareil portable de marque Nokia 1600 à 36 000f, 1 seau plastique à 1750f, congélateur endommagé à 450 000f, transport de bagage à 10 000f.
Sous-total : 539 850f
Sommes d'agent perdues

20 000f (qu'on voulait me remettre quand j'ai reçu un coup de pied au bas ventre) et 53 500f pour mes vacances.
100 135f (mon propre argent que j'ai payé ce jour la boisson 24 865 et le reste perdu, la recette du jour et la petite monnaie que je n'avais pas compté). (...)
Il est à noter que le contenu de cet écrit n'est rien d'autre qu'un état exhaustif des dommages matériels et financiers qu'elle a subit contrairement à ce qu'on a voulu faire croire qu'il s'agissait d'un retrait de plainte. En réalité, en toute bonne foi, le procureur ayant été très sensible à la situation de détresse de dame Nacro a voulu tout simplement l'aider afin qu'elle puisse reprendre son activité immédiatement et pouvoir avoir des ressources nécessaires pour nourrir ses enfants (...) D'ailleurs, comment le procureur ou monsieur Bamouni pouvait imaginer l'état des dommages énumérés dans le document incriminé.
Au regard de la tournure des événements et vu les suspicions et le discrédit que des individus voulaient prêter au procureur, celui-ci a préféré confier l'enquête au commandant de la compagnie de la gendarmerie nationale du Kadiogo et subséquemment mis fin aux démarches qu'il avait de toute bonne foi entreprises auprès du maire pour secourir la dame qui disait être en difficulté pour vivre et faire vivre ses enfants.

DCPM/JUSTICE


NDLR : Nous prenons bonne note des informations que vous nous livrez et vous assurons de notre volonté de ne pas faire de la polémique dans cette affaire. Le directeur de publication de L'Evénement a rencontré le procureur du Faso à sa demande et ce dernier lui a dit toute sa bonne foi dans les initiatives qu'il avait cru devoir prendre. Nous regrettons qu'il ait décidé de remettre le dossier à la gendarmerie en raison de considérations extérieures à la justice. Mais nous espérons qu'étant placé à un maillon de la procédure, il pourra toujours œuvrer de bonne foi à son aboutissement.


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Septembre 2008