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DOSSIER
- Vie
Chère
Suspension
du droit de douane et de la TVA
Hausse continue des prix pour les consommateurs, déficit
pour la douane

Malgré la suspension du droit de douane, le sac
de riz de 50kg est vendu 21 000 F.CFA
Par Ramata Soré
Face à la flambée des prix
due à la vie chère et pour contenir les mécontentements,
le gouvernement burkinabè avait fait appliquer une
mesure de suspension des droits de douanes et de la TVA. Cette
suspension concernait les produits de grande consommation.
Outre le fait d'avoir provoqué un déficit de
recettes pour la douane, cette mesure n'a pas empêché
l'augmentation continuelle des prix des produits de première
nécessité sur le marché.
Face à la grogne de la population en ce qui concerne
l'augmentation des prix des produits de consommation courante,
le gouvernement burkinabè a, par arrêté
signé le 3 mars 2008, suspendu la perception des droits
de douane sur des produits importés de grande consommation
que sont le riz à l'exclusion de celui parfumé,
le sel, le lait, les produits à base de lait tels le
yaourt, les aliments pour enfants, etc. Cet arrêté
a concerné la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
pour ce qui concerne les produits de fabrication locale. Ces
produits locaux sont les huiles et pâtes alimentaires,
les savons. Au mois d'avril, le gouvernement a décidé
d'une prolongation du délai de suspension de trois
à six mois. Il a également prévu des
boutiques témoins censées vendre des marchandises
à des prix sociaux et interdit l'exportation des céréales.
Ces dispositions affirme la Commission ad hoc sur la vie chère
mise en place le 26 mars 2008 par l'Assemblée nationale
dans son rapport général, sont "autant
de mesures qui étaient censées apporter une
réponse immédiate et utile pour le pouvoir d'achat
des Burkinabè, mais dont l'impact à la vérité
est resté peu visible sur les prix à la consommation".
"Les caisses de l'Etat sont comme un canari percé"
Cette situation se justifie par le fait que le prix des produits
notamment celui du riz a continué à augmenter,
passant de 350 dollars à 800 dollars la tonne selon
le Premier ministre Tertius Zongo. Actuellement le sac de
riz de 50 kg, se vend à 21 000 F CFA. Il ya 5 mois
de cela il s'achetait à 12 500 F CFA. Le kilo de lait
en poudre lui est passé de 1 800 F CFA à 3 000
F CFA. D'ailleurs, le gouvernement reconnaît que les
prix en l'espace de quelques mois ont augmenté de façon
exceptionnelle : 51% pour le riz, 74% pour les pates alimentaires,
118% pour le lait, 142% pour les huiles alimentaires. Ces
hausses ont également touché le secteur des
transports, de l'agriculture, de la construction.
Nombreux sont ceux qui ont pensé qu'avec les suspensions
des droits de douane, il y aurait une ruée vers l'importation
du riz. "Le volume d'importation n'a pas augmenté.
Nous n'avons pas constaté une ruée. D'ailleurs,
le riz sur le marché mondial est devenu rare et plus
cher" souligne le directeur général (DG)
de la Douane Ousmane Guiro. Pour ce dernier, "la suspension
des droits de douane ne peut pas compenser l'accroissement
de la montée des prix sur le marché international".
Il assure qu'avec cette mesure de suspension, et pour seulement
la période de mars à mai, sa structure a accusé
un déficit de 800 millions de F CFA de pertes de recettes.
Pour l'année 2008, les prévisions de recettes
étaient de 197 milliards de F CFA. Mais la suspension
des droits de douane pour les trois premiers mois devrait
coûter au Trésor public 6 milliards de F CFA
selon une source. Cette perte selon, un économiste,
qui équivaut aux recettes si les droits et les taxes
avaient été perçus, aurait pu permettre
à l'Etat de subventionner les importations. Et cette
subvention aurait permis, comme au Sénégal,
aux consommateurs burkinabè de mieux ressentir les
efforts sur la baisse des prix. En la matière, Ousmane
Guiro, DG de la douane rétorque que "la subvention
suppose que l'Etat ait de l'argent or lorsque les recettes
entrent dans les caisses de l'Etat il est difficile de les
refaire sortir. Les caisses de l'Etat sont comme un canari
percé".
Concernant la vente des produits de grande consommation dans
les boutiques témoins, le président du syndicat
des petits commerçants, Zongo Dieudonné, soutient
que pour la mise en place de ces structures, son organisation
n'a pas été consultée : "le gouvernement
a discuté qu'avec les grands importateurs". Ces
propos sont confirmés par la Commission ad hoc sur
la vie chère dans son rapport général
: "Les concertations gouvernementales n'ont pas touché
l'ensemble des opérateurs économiques. Les commerçants
détaillants et les gérants des grandes surfaces
n'ont pas été associés aux concertations.
C'est pourquoi à leur avis, la mesure gouvernementale
de compensation financière n'a touché que les
grossistes, mettant de ce fait les détaillants dans
l'impossibilité de répercuter les baisses de
prix suggérés par le gouvernement". Conséquence
de ce manque de concertation globale, selon la Commission
ad hoc les détaillants sont demeurés "dans
une position d'attentisme qui s'est traduite dans certains
cas par la rétention des stocks, ceux-ci refusant de
vendre à perte". Ce qui pour Boris Edson Yaméogo,
secrétaire national à l'information et à
la consommation à la Ligue des consommateurs (LC) a
favorisé la fraude sur la qualité et la quantité
du riz, de l'huile, du pain, etc. Des investigations menées
par sa structure et bien d'autres organisations ont mis à
jour le fait que le poids du pain tout comme du riz a subi
des baisses. Toutefois, ces denrées ont continué
à être vendues au prix habituel. D'ailleurs,
le Premier ministre Tertius Zongo le 10 juin dernier a assuré
que tous les commerçants auteurs de fraudes sur les
produits de premières nécessités sont
incarcérés à la Maison d'arrêt
et de correction de Ouagadougou.
Bonheur des grossistes,
malheur des consommateurs
Partant de ces faits de fraudes, Sagado Nacanabo, chargé
de l'organisation à l'information et à la propagande
à la Confédération Générale
des Travailleurs du Burkina (CGTB) soutient que si la suspension
des droits de douane et de la TVA "n'ont pas profité
aux consommateurs, elle a donc profité aux commerçants".
En effet, le directeur général de la douane
Ousmane Guiro affirme que sa structure est en train de procéder
au "remboursement concernant les importations déjà
effectuées et sur lesquelles nous avons perçu
les taxes". Pour l'heure, le montant des sommes à
rembourser oscille entre 400 et 500 millions de F CFA. Des
dires du directeur général de la douane, le
remboursement perçu par les importateurs ne concerne
par les revendeurs. Une fois le remboursement perçu
par les importateurs, c'est à ces derniers d'en rétrocéder
une part qui peut être soit en produits ou en numéraires
aux acheteurs locaux. Les revendeurs contactés soutiennent
n'avoir rien reçu comme retombées de la suspension
des droits de douane de la part de leurs fournisseurs.
Outre cette situation, certains commerçants selon nos
sources, ont en réserve du riz. Ils attendent le moment
propice pour le sortir. Face à ce cas de figure, le
directeur de la douane soutient qu'il est impossible pour
un commerçant de stocker le riz pour le vendre plus
cher plus tard car "il y a un contrôle de prix
du fait que l'Etat s'est sacrifié. Quand il y a une
faveur fiscale, l'on ne peut plus gérer les produits
comme on le veut". N'empêche que cette situation
risque de perdurer.
La fin de la flambée des prix n'est pas pour aujourd'hui
renchérit Coulibaly Adolphe, conseiller des affaires
économiques à la commission nationale de la
concurrence et de la consommation : "la vie chère
est une aventure et elle ne fait que commencer à cause
du prix du pétrole qui ne fait qu'augmenter" précise-t-il.
La Banque mondiale prévoit une flambée des prix
jusqu'en 2015. D'ailleurs, au cours d'un point de presse,
le jeudi 19 juin 2008, Sanou Mamadou, ministre du Commerce
et de la Promotion de l'entreprise et de l'Artisanat a assuré
: "il faut vous attendre à voir une hausse des
prix du pétrole. Nous n'arrivons plus à résister"
car le prix du baril de pétrole est entre 139,89 et
200 dollars.
Pour sortir de ce tourbillon de la vie chère, la coalition
contre la vie chère formée le 12 mars 2008,
deux jours après l'entrée en vigueur des mesures
gouvernementales de suspension des droits de douane, par six
centrales syndicales, une quinzaine de syndicats autonomes
et des associations et mouvements de la société
civile plaide pour le relèvement de 25% des salaires
et des pensions des travailleurs du secteur public et du privé,
etc. l'Etat se dit incapable de satisfaire à cette
revendication. "Lorsque nous mobiliserons 200 000 personnes
dans la rue, nous aurons satisfaction concernant nos revendications"
assure Sagado Nacanabo. Les syndicats disent se préparer
à poursuivre la lutte et garantir le bien-être
des travailleurs. La Commission ad hoc sur la vie chère
soutient elle aussi la solution de la revalorisation des salaires.
Elle préconise entre autres, l'instauration d'un contrôle
des prix en vue de contenir l'inflation, la relance de l'agriculture
vivrière et du secteur de l'élevage, l'adoption
d'une politique de sécurité alimentaire par
le Burkina Faso.
Ramata.sore@gmail.com
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Tuer la vie chère
en doublant
la production de riz
Abdoulaye
Ouedraogo, Président de l'UCRB
La distribution de semences aux riziculteurs promise
par le premier ministre Tertius Zongo lors de sa conférence
de presse tenue le 10 juin 2008 est effective. "Nous
avons reçu les semences depuis le 17 juin 2008"
assure Abdoulaye Ouédraogo, président
de l'Union des Coopératives rizicoles Faso djigui
de la vallée du Kou à Bama (UCRB). Cette
zone rizicole de 1260 hectares exploitée par
1300 riziculteurs est située dans la vallée
du Kou dans la province du Houet. L'UCRB a reçu,
pour le moment, 101 tonnes de semences vendues à
prix subventionné de 1250 F CFA le sac de 25
kg aux paysans. Si la distribution des semences est
effective, il n'en est pas de même pour l'engrais.
La campagne rizicole ayant commencé, Abdoulaye
Ouédraogo a des appréhensions sur un probable
retard concernant sa livraison.
L'augmentation de la production de riz, selon le Premier
ministre permettra au pays de couvrir 60% des besoins
de consommation du Burkina. Pour ce faire, il a débloqué
7 milliards de FCFA pour soutenir la filière.
Il espère ainsi doubler la production de riz
en encourageant les paysans à produire 260.000
tonnes à la fin de la campagne 2008-09. Annuellement,
la vallée du Kou produit 10 000 tonnes de riz
paddi. Cette année, elle compte respecter ce
tonnage. Sinon faire plus car "Avec la subvention
de l'Etat certains paysans qui avaient abandonné
la culture du riz ont exprimé le besoin de revenir
à la culture " affirme Adama Belem, chef
de zone. Malgré cet engouement, l'inquiétude,
pour les producteurs, demeure. Elle concerne le circuit
de vente de la production. "Nous n'avons pas discuté
de la commercialisation avec l'Etat. Mais en attendant,
nous avons organisé les femmes étuveuses
afin qu'elles nous aident à commercialiser notre
production". S'agissant du circuit de distribution,
le Premier ministre a promis que le gouvernement en
sera le premier acheteur. Il prévoit ravitailler
les cantines scolaires, les forces armées nationales,
les prisons, etc. Cette perspective enchante Abdoulaye
Ouédraogo. Toutefois, il souhaite que le kilo
du riz leur soit acheté à 200 F CFA. A
ce prix dit-il "nous pourrons vivre décemment
et produire du riz en grande quantité afin que
le Burkina n'en importe plus".
A la faveur de la vie chère, Abdoulaye Ouédrago
et Adama Belem sont heureux des dispositions prises
par le gouvernement pour les soutenir. Pour eux, ce
soutien aurait dû être effectif depuis fort
longtemps car "si les Occidentaux soutiennent leurs
producteurs et protègent leur marché,
il faudrait également que notre gouvernement
en fasse autant". Pendant longtemps et du fait
que le riz d'importation était moins cher, ces
producteurs vendaient à perte leur production.
Le kilo de riz paddi était à 110 F. Avec
la forte demande actuelle et le renchérissement
sur le marché international, les producteurs
de l'UCRB ont fait un bénéfice de 235
millions de F CFA sur une production de 9000 tonnes
vendue à 177 F CFA le kilo.
R. S
Le dilemme de l'exo
sur le riz
La conférence de presse animée par le
Premier ministre Tertius Zongo a expliqué en
quoi l'exonération sur le riz accordée
aux commerçants importateurs de riz était
finalement de peu d'intérêt. En tout cas
d'une efficacité discutable. Selon le premier
ministre, la situation sur le marché international
fait que les importateurs de riz n'ont d'autre choix
que de laisser les prix aller à la hausse. En
décembre 2007, la tonne de riz sur le marché
international était de 350 dollars environ. Aujourd'hui,
il est de 800 dollars environ. Les taxes douanières
sur le riz sont de 12% reparties comme suit : 2% pour
la CEDEAO et 10% pour l'Etat burkinabè. Le Premier
ministre n'a pas dit si le riz était frappé
de TVA. Mais on imagine qu'il l'est, comme tout produit
de consommation. Sans vouloir faire des calculs d'hypothécaire
si on part du principe que nous importons mensuellement
40 000 tonnes de riz. Si la tonne coûte 800 dollars,
et l'Etat perçoit 10% de droit de douane, nous
perdons mensuellement 80 dollars multiplié par
40 000 tonnes. Ce qui donne la rondelette somme de 320
000 dollars par mois. Soit au cours du dollars d'aujourd'hui
à 450 F CFA, une perte sèche de un milliard
quatre cent quarante millions de francs cfa (1 440 000
000 f cfa). Reporté sur les six mois que va durer
l'exo, ça fait quand même un joli pactole
d'environ huit milliards six cent quarante millions
de francs cfa (8 640 000 000 F cfa). C'est beaucoup
plus que la subvention que l'Etat envisage accorder
aux producteurs de riz et de maïs pour cette campagne.
On soutiendra que s'il n'y avait pas eu cette exonération
les prix du riz seraient largement au dessus de ce qu'ils
sont aujourd'hui. Le sac de riz coûte environ
21 000 F cfa aujourd'hui. C'est possible, même
si c'est discutable. Le problème du riz au-delà
des cours mondiaux, n'est-il pas lié quelque
part au monopole de fait accordé à des
opérateurs économiques biens connus ?
Si on démocratisait les licences d'importation
tout en veillant sur le contrôle de qualité,
n'aurions-nous pas de meilleurs résultats ? Et
puis si l'Etat avait maintenu les taxes, n'aurait-il
pas eu les moyens de faire vivre ses boutiques témoins
qui n'ont jamais fonctionné? Ou à défaut,
trouver avec cet argent, même si "les caisses
de l'Etat sont un canari percé", le moyen
de subventionner certains produits durablement.
Ce qui est vrai, comme l'a reconnu la commission parlementaire,
c'est que ces mesures ont été prises dans
la précipitation. Elles n'ont pas été
réfléchies. Maintenant que les projections
annoncent une accalmie sur le front des marchés
avec l'arrivée des récoltes de mai -juin,
il faut espérer que cela se ressente sur le marché
burkinabè. Mais de toute façon, la période
de l'exo court normalement jusqu'en fin d'année.
NAB
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