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DOSSIER
- Vie
Chère
La
misère enfonce des portes déjà ouvertes

Cette femme cotoie la misère au quotidien...
Par Merneptah Noufou Zougmoré
La flambée des prix des produits de première
nécessité frappe toutes les couches. Mais ceux
qui se débattaient avant cette montée vertigineuse
des prix sont plus exposés et semblent ne pas pouvoir
tenir. Les non-lotis qui sont les nids de la misère
à Ouagadougou subissent de plein fouet cette cherté
de la vie. Toukin, un des quartiers précaires, en est
une illustration.
Une sagesse africaine soutient que : " prends goutter
vaut mieux que va te coucher ". Une frange importante
de la population vit la situation de celui à qui on
a dit d'aller se coucher. Avant que les produits de première
nécessité ne flambent, c'était déjà
la débrouillardise. Maintenant qu'ils ont triplé,
que peuvent-ils faire ? Si ce n'est s'attendre au pire. A
Toukin, un quartier précaire, riverain du quartier
Somgandé à Ouagadougou, la misère semble
y avoir déposé son baluchon. Même avant
la vie chère, les seuls moments qu'on pouvait trouver
les ménagères à la tâche pour la
cuisine, c'était le soir. Le gros lot des habitants
de ce non loti ne mange qu'une fois par jour. On réserve
un peu pour les enfants qui ne peuvent pas supporter la douleur
de la faim. Sibiri Compaoré, résident à
Toukin, mène plusieurs activités. Mais le tout
rime avec la débrouillardise. Il est souvent soudeur,
parfois maçon et livre à des moments de la terre
pour la confection des briques en banco. Il a une femme et
3 enfants. Chaque jour, 1 kg et demi du riz est préparé
pour la " bouffe ". " Avant, dit-il, quand
tu avais un sac du riz et du maïs, la somme de 500fcfa
suffisait pour la popote, mais maintenant, avec les 500f,
la sauce ne peut même pas suffire à un seul enfant.
" Que fait-il ? " On ne donne que ce qu'on a à
l'hivernage ", enseigne les anciens. M. Compaoré
dit ne pas pouvoir donner plus de 500 f. La sauce est souvent
renforcée par de l'eau. Ses activités évoluent
en dents de scie. Tantôt, il peut avoir 1000fcfa, tantôt
5000fcfa, mais il peut aussi faire des semaines sans empocher
un kopeck.
Il n'y a pas que les hommes qui vivent le calvaire de la cherté
de la vie. Les femmes ressentent les mêmes difficultés
que leurs époux. Elles doivent par conséquent
redoubler d'ingéniosité, malgré la modicité
de l'argent qui est allouée à la popote, pour
que leurs familles mangent. Mme Nathalie Garba, commerçante
domiciliée aussi dans le bas quartier de Toukin, assure
que le kg du riz est passé à 400fcfa maintenant
et le plat appelé "yorouba" du maïs
fait 375 f. La grosse boîte de tomate qu'on vendait
à 1350fcfa coûte maintenant 2100fcfa. En ce qui
concerne le savon, "on n'en parle plus", s'exclame-t-elle.
Mme Adama Bonktoogo, une des ses voisines, avoue que les dons
de savons pendant les baptêmes est en train de prendre
fin avec la vie chère. "Je viens d'avoir un bébé
il n' y a pas longtemps, mais je n'ai eu que des habits comme
présents. Le savon coûte excessivement chère."
Dans la boutique du quartier, le gros savon "fanico"
fait 450fcfa, "Maximousse" coûte 400f et "
BF " 350F. Il n'y a pas que les prix des produits provenant
de l'extérieur qui ont flambé. Les produits
locaux ont subi aussi les affres de la vie chère. Le
plat "yorouba" du gombo sec (une unité de
mesure utilisée par les commerçants dans les
marchés) qui se vendait à 800fcfa est passé
à 1500fcfa. La tine de potasse de la cuisine qui s'achetait
à 3750fcfa se vend aujourd'hui à 9000fcfa dans
les marchés.
Quelle solution pour sortir les consommateurs du gouffre ?
Mme Garba semble pessimiste. " On nous dit de consommer
les produits locaux, mais on ne sait même pas où
se vend le riz du Sourou ? " Pour Drissa Kafando, agent
dans une société de la place, la cherté
de la vie est plus qu'une réalité. Sa femme
fait désormais la lessive avec le savon " kabacourou
" qui est moins cher par rapport aux autres savons. Il
a l'impression que l'inflation des produits comme le riz est
due au monopole de fait octroyé à certains commerçants.
Ce qui, de son point de vue, n'est pas normal. Avec la libéralisation,
chaque commerçant qui le désire devrait pouvoir
en commander. M. Kafando souscrit pour la consommation des
produits locaux et exige de l'Etat qu'il ne laisse pas nos
céréales sortir surtout pendant des années
de mauvaises pluviométries. La porosité des
frontières qui permet la sortie des céréales
est une des conséquences des flambées des prix.
Il s'élève contre la fermeture des petites unités
de fabrique d'huile. Selon lui, on devrait procéder
à des contrôles réguliers de ces unités
et leurs soumettre des cahiers de charge. Avec de tels procédés,
on pouvait avoir de la bonne huile et pouvoir juguler les
méfaits de l'inflation des huiles provenant de l'extérieur.
Quant à la montée sauvage des prix, l'Etat,
pour Kafando, ne se foule pas la rate. Il ne se donne pas
les moyens de réglementer les prix malgré les
mesures de suppression de la douane qui devrait profiter aux
consommateurs. La vie chère est ressentie par tout
le monde, mais elle est beaucoup plus accentuée dans
les quartiers à habitations spontanées où
la lutte pour la survie est plus âpre. Abandonner souvent
à eux-mêmes, cette frange des habitants de Ouagadougou
ploie sous le poids de la misère
Merneptah Noufou Zougmoré
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Les APE au centre
des débats
La spirale inflationniste frappe de plein fouet !
" Nous ne mangeons plus qu'une fois dans la journée,
maintenant ", se lamente Alimata, 12 ans. Le visage
émacié et les yeux bouffis par de longues
nuits d'insomnie, elle ne comprend pas ce qui leur arrive
à elle à ses 04 autres frères.
"Papa quitte très tôt pour ne rentrer
que tard dans la nuit. Il nous dit qu'il va au travail.
Il travaille plus qu'avant mais on n'a plus
à
manger". La voix est entrecoupée. La gamine
avale difficilement sa salive. Elle respire avec peine.
Elle fini par éclater en sanglots. Quelques temps
après, sa mère arrive. Même désolation.
Même crispation. Même interrogation quant
à l'avenir. La femme d'une quarantaine d'années
entre et ressort furtivement de ce qui fait office de
cuisine avec deux sacs vides. Elle les secoue avant
de lâcher dans un profond soupir : " Toutes
nos réserves sont épuisées. Mon
mari est vigile. Il gagne très peu à la
fin du mois. Moi je suis employée de maison.
Je gagne moins que lui. Nous avons pourtant 05 enfants
à nourrir. Depuis que les prix ont commencé
à augmenter de manière incontrôlée,
nous n'avons plus le sommeil. Nos maigres ressources
ne nous permettent pas de faire face à nos nombreux
besoins. C'est la mort dans l'âme que j'assiste
à cette insupportable souffrance de mes enfants.
L'heure est grave. Les autorités doivent agir
au lieu de tenter de nous endormir avec de longs discours.
Nous, nous voulons manger !" La vie chère
n'est pas une vue de l'esprit. Bien avant la flambée
des prix, près de 45% de burkinabè vivaient
avec moins de deux repas par jour. La nouvelle situation
a immanquablement grossi le nombre de miséreux.
Aucune couche socio professionnelle n'est épargnée.
Comme un ouragan, la vie chère frappe dans tous
les sens. Paradoxalement, les mesures pour y faire face
ne sont pas suffisamment à la hauteur du péril.
Pourtant, tout indique qu'il est illusoire de compter
sur le temps pour espérer un retour à
la normale. La situation est irréversible et
les choses vont aller en s'empirant. Aujourd'hui, de
nombreux burkinabè souffrent de " faim extrême
".Leur ration journalière se situant en
moyenne à 300 calories en dessous donc du régime
de survie dans des conditions supportables. Selon les
scientifiques, un enfant manquant d'aliments adéquats
en quantité suffisante, de sa naissance à
l'âge de 5 ans, en supportera les séquelles
à vie. Au moyen de thérapies délicates
pratiquées sous surveillance médicale,
on peut faire revenir à une existence normale
un adulte qui a été temporairement sous-alimenté.
Mais pour un enfant de moins de 5 ans, c'est impossible.
Privées de nourriture, ses cellules cérébrales
auront subi des dommages irréparables. Ces enfants
seront donc des "crucifiés de naissance".
Quand le riz flambe,
le Faso tremble
Aujourd'hui, le sac de riz de 50Kg 25% brisure se négocie
à 15 000 FCFA. Il y a quelques mois cependant,
il coûtait autour de 12500 F. Le riz qui est l'aliment
de base de nombreux burkinabè devient donc un
produit de luxe qui se raréfie sur le marché.
Les conséquences de la vie chère sont
perceptibles dans les restaurants. Si les prix du plat
de riz n'ont pas fondamentalement changé, la
ration, elle, a été considérablement
réduite. Le Burkina Faso investi des milliards
chaque année pour importer du riz. Le marché
est donc inondé de riz indien, chinois, thaïlandais
Arguant qu'ils doivent maîtriser l'inflation galopante
mais surtout garantir l'autosuffisance de leurs populations
en matière de riz, la Thaïlande et l'Inde
les plus gros exportateurs mondiaux de riz, ont pris
une série de mesures favorisant une rétention
de la denrée alimentaire. Le 1er avril 2008,
l'Inde a officiellement annoncé la suspension
totale de ses ventes de riz à l'étranger.
Pour les raisons identiques susmentionnées, le
Vietnam (2ème exportateur mondial de riz) a également
annoncé, le 28 mars dernier, la réduction
de ses exportations de riz. 7ème exportateur
mondial de riz, l'Egypte a fait savoir le 28 mars, qu'elle
interrompait ses exportations de riz pour une durée
de six mois.
La Chine n'est pas en reste, elle dont le milliard de
population constitue un véritable enjeu en matière
d'autosuffisance alimentaire. Si le produit même
est introuvable sur le marché, à quoi
servira la prolongation de la suspension des droits
de douanes annoncée par le Gouvernement ? Si
la situation perdure, il est à craindre qu'elle
n'entraîne des " émeutes de la faim
" comme on en a vues en Côte d'Ivoire, au
Cameroun
Rien n'incite à l'optimisme. Réunis
les 12 et 13 avril pour leurs assemblées de printemps
à Washington, les dirigeants du FMI et de la
Banque mondiale ont aussi sonné le tocsin. Pour
Dominique Strauss-Kahn "des centaines de milliers
de personnes vont mourir de faim" si rien n'est
fait pour endiguer l'inflation. Robert Zoellick estime
pour sa part que "le doublement des prix alimentaires
au cours des trois dernières années pourrait
pousser plus profondément dans la misère
100 millions d'individus vivant dans les pays pauvres".
Le Burkina Faso risque donc de payer pour sa trop grande
dépendance vis-à vis de l'extérieur
en matière alimentaire. Cette situation pose
la question de l'orientation de la politique agricole.
Une réforme agraire est nécessaire pour
valoriser les productions locales. Bagré et le
Sourou sont là à cet effet. C'est d'ailleurs
ce que réclament depuis longtemps les organisations
paysannes, dont la production est concurrencée
par des denrées venues de l'extérieur
et vendues à bas prix. C'est un cercle vicieux
: les produits importés déstabilisent
les filières locales et bouleversent durablement
les habitudes de consommation. La vie chère devrait
conduire à plus de clairvoyance. Le gouffre n'est
pas si loin qu'on le pense
Arsène Flavien Bationo
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Vie
Chère
Francis Oubda : "
Pour ne pas crever, il faut revenir aux cultures
vivrières "
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"La solution c'est de subventionner les
produits de grande consommation"
Les prix des denrées de première
nécessité n'ont pas baissé au
niveau souhaité par les consommateurs. Au contraire,
les prix de certains produits ont enregistré
des hausses. Ils sont rares sur le marché.
Les remèdes gouvernementaux tardent donc à
produire leurs effets salvateurs. A quand donc la
fin du calvaire ? Pour M. Francis Oubda, économiste
au Centre pour la gouvernance démocratique
(CGD), le bout du tunnel n'est pas pour demain. Les
solutions adoptées par le gouvernement ne lui
semblent pas non plus adéquates à la
nature de la crise.
Quels sont les facteurs clés de la flambée
des prix sur le marché international ?
Il faut souligner que cette crise alimentaire survient
en pleine crise financière qui a fragilisé
l'économie mondiale au niveau des grandes puissances
comme les Etats-Unis. Les causes de cette crise alimentaire
sont multiples. Tout d'abord,, il faut relever que
les puissances émergentes comme la Chine, l'Inde
où le Brésil et certains pays comme
le Vietnam n'exportent plus leur riz mais le consomment.
La raréfaction du riz fait que les grands pays
producteurs refusent désormais d'exporter.
Ce qui fait que sur le marché mondial, il y
a la pénurie. Ces pays préfèrent
garder leurs stocks pour leurs propres consommations.
Autre facteur, ce sont les mauvaises conditions climatiques.
On dénombre plusieurs bouleversements climatiques
récents. Il y a eu des inondations au Bengladesh,
en Corée, en Chine et en Australie. Les inondations
ont donc aggravé le phénomène.
En plus, l'Union européenne a fortement réduit,
depuis quelques années, ses stocks agricoles.
La campagne écoulée, le déficit
de blé au niveau mondial s'évaluait
à plus de 15 millions de tonnes. Et cela a
eu pour conséquence la hausse des cours sur
le marché international. On a constaté
que cette hausse varie entre 80 et 100% sur le marché.
Il faut ajouter à ce facteur la consommation
du baril du pétrole. A la date du 22 avril,
le baril faisait 118 dollars. Cela induit forcement
une hausse sur les prix de transport. Si vous importer
du riz, vous aurez à supporter une double hausse,
celle du prix du riz lui-même et celle du fret.
Dans la mesure où nous sommes loin des pays
exportateurs, les produits nous reviennent très
chers.
On peut évoquer également les causes
démographiques parce que la population mondiale
ne cesse d'augmenter. En 1980, nous étions
4,5 milliards d'individus et nous sommes actuellement
plus de 6,5 milliards. En 2050, nous serons 9 milliards.
Cette croissance démographique entraîne
les développements des villes. Conséquence,
les terres cultivables deviennent de plus en plus
rares compte tenue de l'extension des villes.
Il faut souligner enfin que durant ces 3 dernières
années, le monde a consommé plus qu'il
n'a produit. Tous ces facteurs de la vie entrent dans
le cadre des causes de la crise alimentaire.
Pour juguler la crise, le gouvernement a pris
un certain nombre de mesures dont une concerne l'exonération
pour 6 mois des droits de douane sur les produits
de grande consommation. Quelles appréciations
faites-vous de ces mesures ?
Effectivement, le gouvernement a exonéré
certains produits alimentaires et d'autres produits
de grande consommation. Mais de façon globale,
on constate que la situation ne s'est pas beaucoup
améliorée sur le marché et les
perspectives ne semblent pas meilleures parce que
les prix ne vont pas baissé. Ces mesures ne
sont pas adéquates, adaptées à
même de résoudre la crise. Un exemple
: les droits des douanes d'un produit comme le blé
s'élèvent à 7%. Ce qui est insignifiant.
Donc même sans ces droits perçus, son
coût ne va pas changer sensiblement. Les produits
dérivés de ce produit comme le pain
ne connaîtra pas donc de baisse. C'est pourquoi,
ces mesures demeurent insuffisantes. Pour avoir les
résultats très concrets, j'estime qu'il
faut maintenir les prix à leur niveau. Parce
que l'avenir ne prévoit pas de baisse des prix.
A mon avis, la meilleure solution, c'est de subventionner
les denrées alimentaires. Que cette subvention
puisse se faire avec des ressources de la remise de
la dette. Avant les produits alimentaires étaient
subventionnés notamment avec la Caisse de péréquation.
Sous les injonctions de la Banque Mondiale et du FMI,
notre Etat a démantelé cette structure
de stabilisation des prix. Conséquence, les
consommateurs sont abandonnés à la merci
des commerçants qui fixent à leur guise
les prix. Ces institutions financières, du
fait de leur responsabilité très grande
dans cette situation devraient aider nos pays par
des remises substantielles de la dette dont les ressources
seront affectées à la lutte contre la
vie chère par la subvention. Quant à
nos gouvernants, ils doivent revoir certains choix.
Continuer à encourager la production des cultures
comme le coton au détriment des cultures vivrières
ne me semble pas judicieux. Le développement
de notre pays passe nécessairement par le développement
de l'agriculture, notamment les cultures vivrières.
Au Burkina, près de 80% de la population est
agricole. L'Histoire a démontré également
que tous les pays développés sont passés
par là. Leur décollage économique
s'est faite grâce au développement de
l'agriculture. Les Etats-Unis sont passés par
cette étape. La Chine est sur la voie. En produisant
beaucoup, on atteint l'autosuffisance alimentaire
; le surplus pourrait être revendu pour engranger
des capitaux qui pourraient financer les industries.
Comme vous le savez, on ne peut parler de développement
sans industrialisation. Il faut avoir des stratégies
pour réaliser ses ambitions. On ne va pas recevoir
les capitaux des bailleurs de fonds pour cela. Ils
ne vont jamais nous financer pour lancer notre industrialisation.
Nous n'avons même pas besoin de beaucoup de
soutiens pour réaliser nos objectifs stratégiques.
Nous avons beaucoup de potentialités. Dans
l'agriculture, nous avons à peine 10% des terres
aménagées qui sont exploitées.
A Bagré, c'est la désolation. Les plaines
aménagées sont désertées
par les producteurs pare qu'ils n'ont pas les soutiens
indispensables de l'Etat. Un pays comme le Burkina
qui importe tout ne doit pas se permettre un tel comportement.
Sinon, on aboutit à la situation absurde d'aujourd'hui
où ce qu'il perd dans l'exonération
des prix des produits de grande consommation suffit
largement pour relancer la production nationale. L'Etat
perd pas moins de 6 milliards de f cfa. Cela pourrait
être utilisé également pour subventionner
plusieurs produits. Ainsi, les plus pauvres pourraient
souffler un tant soit peu. Au lieu des magasins témoins
appartenant aux commerçants, l'Etat rée
lui-même ses propres magasins. Et là,
avec les prix sociaux qui y seraient appliqués,
toutes les boutiques des quartiers deviendront des
magasins témoins. Sinon les mesures actuelles
du gouvernement ne pourront rien juguler et l'expérience
a montré que si vous supprimez un taxe ou un
impôt, pour le remettre, c'est très difficile.
Même au niveau de l'Union européenne,
la farine de blé est subventionnée.
Les producteurs locaux doivent percevoir la juste
renumérotation de leurs efforts. Les échanges
doivent obéir à des règles respectant
à la fois le consommateur et le producteur.
Il est important que le Burkina réalise de
l'agriculture vivrière de la chaîne agro-alimentaire.
Tant que nous dépendrons de l'extérieur,
nous n'aurons pas une autonomie alimentaire. Les décideurs
doivent prendre le problème à bras le
corps et essayer de trouver des solutions durables
et adaptées à la situation. Il ne faut
pas prendre des décisions à chaud, sans
lendemain meilleur. Vous pouvez calmer les gens pendant
un moment, mais après, s'ils s'en rendent compte
qu'on les berne, le même problème va
resurgir. Il faut que le gouvernement mette l'accent
sur l'agriculture vivrière. Nous n'avons pas
d'autres solutions. Si on s'y met, nous pouvons réussir
ce pari. L'histoire récente de notre pays (sous
la Révolution) démontre que cela est
possible n
Interview réalisée
par Idrissa Barry
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Communiqué
au sujet
du forum Social Ouahigouya 2008
Suite à la publication de l'article intitulé
" Forum social du Burkina : une autre organisation
est possible " dans le journal L'événement
du 10 avril 2008, une délégation du comité
national d'organisation du forum social a rencontré
la direction du journal le mardi 22 avril. La délégation
du forum social que conduisait le président du
comité d'organisation Pierre Nakoulima était
composée de André Somé, Djibril
Barry et Georges Compaoré. D'un commun accord,
les deux parties ont convenu de la publication de ce
communiqué. L'entretien qui s'est déroulé
dans une ambiance cordiale a été l'occasion
de passer en revue les aspects incriminants de l'article.
Le président du forum social fait remarquer que
la question financière évoquée
n'est qu'un prétexte pour les détracteurs
de son organisation car il n'est en rien mêlé
à la gestion financière du séjour
des forumistes à Ouahigouya. La commission qui
était chargée de cette gestion a fait
de son mieux et au jour d'aujourd'hui, le forum social
ne doit un franc à personne. Il ne s'agit donc
pas " d'un général qui abandonne
sa troupe " car contrairement à ce que dit
l'article, la communication n'aurait jamais été
coupée entre le président et certains
responsables de commissions restés sur le site
du forum. Il se peut que certains appels aient été
effectués quand le président était
hors réseau au cours de son trajet, laissant
croire à la fermeture de son cellulaire, comme
l'a laissé apparaître l'article.
Il reste donc à regretter l'attitude inexplicable
de la gendarmerie de Ouahigouya dans cette prise d'otages
injustifiée, car jusqu'à ce jour, les
organisateurs n'en connaissent pas les mobiles réels.
Au demeurant, l'organisation nationale du forum n'est
pas fermée à la critique constructive
; elle est même convaincue que le forum social
a encore de beaux jours. La direction de L'Evénement
qui s'est félicitée de cette rencontre
d'explications a de son côté donné
des précisions sur le contexte et le climat particulièrement
tendu dans lequel se sont déroulés les
événements rapportés, et a pris
bonne note des informations complémentaires fournies
par la présidence du comité. Le comité
d'organisation profite de l'occasion pour remercier
les bonnes volontés qui ont uvré
à la tenue de cette première expérience
de décentralisation du forum qui s'est déroulé
non sans difficultés. Un autre monde est vraiment
possible
Site du forum : www.forumsocialburkina.info
Pour le comité d'organisation : Pierre
Nakoulima
Pour le bimensuel L'Evénement : Germain Bitiou
Nama
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