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DOSSIER
- Forum
Social
Forum
social du Burkina
Une autre organisation est possible

Par Idrissa Barry
La deuxième édition du Forum
social du Burkina s'est tenue du 27 au 29 mars à Ouahigouya,
chef-lieu de la région du Nord. Des centaines d'altermondialistes
ont fait le déplacement dans cette ville réputée
pour la dureté de son climat et le courage de ses habitants.
Si les débats ont été très riches
et animés, l'organisation restait, elle, à désirer.
Samedi 29 mars. Il est 16h. Nous sommes dans la cour de l'école
Dindélin où s'est déroulé l'essentiel
des travaux du forum. La cérémonie de clôture
du forum a pris fin il y a de cela 4h. Le départ des
participants était prévu pour 14h, juste après
le déjeuner. En principe, à 15h, la plupart
des participants devraient être partis. Effectivement,
à cette heure, plusieurs délégations
avaient déjà quitté la ville. Il reste
les participants venus de Ouagadougou et la délégation
togolaise. Ils attendent depuis deux heures leur départ.
Le car de l'archevêché qui les a transportés
dans la cité de naaba Kango a percuté la veille
un poteau électrique et se trouve immobilisé
à la police. Il ne reste plus qu'un mini car pour ramener
la quarantaine de personnes. Il appartient à l'ISSP
de l'Université de Ouagadougou. Il ne peut prendre
qu'une vingtaine de passagers. La solution trouvée
par les organisateurs, c'est de payer des tickets pour la
moitié de gens dans une gare de la place. C'est quand
ceux-ci étaient dans le mini car pour la gare que les
gendarmes sont arrivés. Ils ont demandé au chauffeur
de descendre. Ils l'ont conduit à leur poste de surveillance
situé à quelques mètres, dans la cour
de l'école. On lui signifie que le car ne peut bouger
car il y a certains frais qui n'ont pas été
honorés par les organisateurs. C'est le commandant
de la gendarmerie de Ouahigouya lui-même qui aurait
ordonné l'immobilisation du car. Ils ont libéré
le chauffeur qui est réparti demander à ses
passagers de descendre, car le départ n'est pas pour
bientôt. Il était presque 17h. Les organisateurs
restés sur place couraient alors de gauche à
droite pour débloquer la situation et permettre aux
gens de regagner Ouagadougou. Les gendarmes ont bloqué
également les clés du Centre de formation professionnelle
de Ouahigouya (CFPO) qui héberge une partie des organisateurs.
Ceux-ci ne pouvaient donc plus avoir accès à
leurs matériels qu'ils devaient ramener à Ouaga.
Qui appeler au secours ? Le président du comité
national d'organisation, Pierre Nacoulima était injoignable.
Il a quitté Ouahigouya depuis 15h pour la capitale.
Depuis lors, ses camarades de l'organisation tentent de le
joindre en vain. En effet, c'est tout fâché qu'il
a quitté la ville. Depuis le début du forum,
il est à couteaux tirés avec le président
du comité local d'organisation, Amidou Ouattara. Renseignements
pris, il s'avère que c'est Ouattara qui a demandé
à la gendarmerie de bloquer le mini car et le matériel.
Il explique qu'il y a des dépenses qui n'auraient pas
été honorées auprès de certains
fournisseurs et des frais de location et services. Il serait
harcelé par ces derniers depuis la matinée et
Pierre Nacoulima n'a rien voulu comprendre. Le forum ne lui
a remis aucun kopeck pour régler toutes les dépenses
engagées. Comme c'est son nom qui figure sur les contrats,
il craint qu'après le départ des participants,
il se retrouve seul face à ses prestataires. La quarantaine
de personnes se retrouvaient ainsi pris en otage. Pire, on
ne leur dit rien. On tente de leur cacher ce qui se passe.
Il faut se débrouiller pour avoir l'information. Même
dans des cas sérieux de prise d'otages, ceux-ci sont
informés par leurs ravisseurs de leur situation. Les
otages de Ouahigouya n'avaient pas ce privilège. Certains
organisateurs ont réussi à s'extirper, les abandonnant
avec les jeunes membres du comité face à Ouattara
et à ses forces de l'ordre. Cette comédie ubuesque
a duré jusqu'à 21h. Les organisateurs vont se
résoudre à louer un car pour ramener ceux qui
ont eu la malchance de venir avec les membres du comité
de Ouaga. On ignore ce qui s'est passé entre temps
pour que l'autorisation soit enfin donnée de laisser
partir le mini car. C'est ainsi qu'ils ont pu regagner la
capitale tard la nuit.
Quand un général
abandonne sa troupe
L'attitude du président du comité national d'organisation,
Pierre Nacoulima, a été décriée
par tout le monde. Non seulement, il s'éclipse sans
crier gare, mais il se permet de couper toute communication
en fermant son cellulaire. Une attitude que certains mettent
sur le compte du mépris à leur égard.
C'est tout au moins une fuite de responsabilité de
sa part. Un général qui abandonne sa troupe
mérite-t-il encore ses galons ? C'est la question que
se sont posées bon nombre de personnes. Le comportement
de Nacoulima vient atténuer le comportement inqualifiable
du président du comité local, Amidou Ouattara.
Ayant démarché lui-même pour être
à la tête du comité, il s'est contenté
d'assurer le service minimum tout au long du forum. D'abord
il se fait attendre même par les officiels invités
à la cérémonie d'ouverture. Le gouverneur
est arrivé avant lui au lieu de la cérémonie.
Il était injoignable et n'a pas daigné appeler
pour prévenir de son retard. C'est lui qui aurait donc
causé le grand retard constaté lors de l'ouverture.
Pendant le forum, la plupart des éléments de
son comité ont brillé par leur absence. Les
femmes commises à la restauration ont littéralement
déserté leur commission sous le prétexte
que l'argent est géré par leurs camarades venues
de Ouaga.
Pilotage solitaire
du président local
Aucun travail sérieux n'a été fait avant
le forum. Le président du comité local n'a pas
travaillé à rassembler les autres acteurs de
la société civile du Nord. " La faute revient
aux responsables de Ouaga. Quand on veut organiser une telle
rencontre, il faut avoir une approche plus participative dans
le choix des membres du comité d'organisation local.
Il fallait faire des communiqués dans la presse invitant
toutes les structures à la mise en place du comité",
soutient Etienne B. Ouédraogo du Mouvement pour la
promotion de la dignité. Tasséré Savadogo,
coordonnateur des organisations de la société
civile du Nord affirme n'avoir pas été associé
non plus. Cela a conduit à un quasi boycott du forum
par les nombreuses organisations de la société
civile de la ville. Si fait que la plupart des habitants de
Ouahigouya ignoraient la tenue du forum chez eux. Les médias
locaux ont été peu mis à contribution
avant et pendant le forum. Ce volet qui fait le succès
des forums des autres pays a été négligé
par les organisateurs de Ouaga comme de Ouahigouya.
Entre les commissions, il y avait énormément
de dysfonctionnements. La dernière journée a
été la plus éprouvante. Le programme
de la journée n'est pas très chargé comme
les deux précédents jours. Une marche, des rencontres
paysannes et de femmes sont au programme avant la clôture
officielle du Forum prévue pour 12h. Mais ce programme
reste indicatif. Il ne sera pas du tout respecté. D'abord
la marche a débuté avec une heure de retard
et sans une bonne partie des participants au forum. Hébergés
sur trois sites différents, les participants n'ont
pu se retrouver à la même heure pour la marche.
La faute revient aux deux commissions hébergement et
transport qui n'ont pu coordonner le déplacement des
gens sur le site du départ de la marche. C'est donc
un petit monde qui a arpenté quelques artères
de la ville. On aurait espéré mieux d'un forum
social qui est à sa deuxième édition
et tenue dans une importante ville comme celle de Ouahigouya.
Le pari de l'organisation reste à gagner. Comme les
altermondialistes eux-mêmes le disent et le réclament
" un autre monde est possible ", on pourrait dire
du forum du Burkina qu'une autre organisation est possible
et souhaitable.
Les producteurs
au rendez-vous
Les conférences, ateliers et espaces de débats
n'ont pas été les seules activités du
forum social tenu du 27 au 29 mars à Ouahigouya. En
marge du forum, il y a eu une foire des producteurs agricoles
qui a permis de traduire les débats pendant les rencontres
sus-citées en actes concrèts. Cette activité
a répondu également à l'esprit du thème
du forum qui était : "intégration régionale
et souveraineté alimentaire ". Les producteurs
des petites agglomérations non loin de Ouahigouya étaient
au rendez-vous. Ils ont montré ce qu'ils produisent
avec les moyens de bord. C' est ainsi que les maraîchères
et maraîchers de Bourbo dans le département de
Oula ont exposé des oignons. Adama Sawadogo le représentant
de l'association à la foire a déclaré
qu'ils produisent des oignons, des tomates, des choux, des
pommes de terre, de la salade, du piment, des poivres et des
aubergines. Pour réussir dans le maraîchage,
il faut de l'eau en quantité suffisante. Le Yatenga
est réputé cependant etre une zone aride. Alors
que font- les producteurs ? Sawadogo soutient qu'ils ont profité
d'une barrière occasionnée par la réfection
d'une route. Le fait que la barrière retienne les eaux
des pluies leur permet d'arroser des périmètres
de maraîchages qu'ils ont aménagés à
coté. Le soutien de l'association mixte des maraîchers
du village de Bourbo est l'association Koom qui s'investit
dans l'aide à la production agricole. Le gros lot des
travailleurs dans ces périmètres maraîchers
sont des femmes. Elles sont plus de 100 et les hommes sont
au nombre de 17. Leur souhait souligne Adama Sawadogo c'est
de disposer d'un grillage d'enclos, des moyens pour creuser
des puits et des motos pompes pour l'aspiration de l'eau.
Cela pour faciliter l'arrosage dans les périmètres.
Le goulot d'étranglement a expliqué le représentant
de l'association de Bourbo c'est l'écoulement. La commercialisation
des productions est problématique. "C'est des
individus qui viennent acheter. Il y a des moments où
certains légumes pourrissent faute d'acheteurs. Des
fois, on est obligé de les brader". S'indigne-t-il.
L'Association Bagyalgo s'investit dans le même secteur
d'activité avec 107 femmes et 13 hommes Youssouf Ouédraogo
l'un des leurs se dit confronté aux mêmes problèmes
matériels. Le souci actuel des membres de Bagyolgo
c'est d'avoir des charrettes pour le transport des légumes
et des brouettes pour des travaux dans les périmètres.
A la foire des altermondialistes on pouvait trouver outre
les produits maraîchers, du lait pasteurisé,
du soumbala amélioré et plusieurs articles venant
de la production agricole du pays de naaba yadéga.
La mobilisation n'était pas des grands jours pour cause
de défaillance du comité local d'organisation,
mais en terme de symbole la foire a tenu son pari.
Merneptah Noufou Zougmoré
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Les APE au centre
des débats
Les accords de partenariat économique (APE)
occupent l'actualité. Les organisations de la
société civile de l'espace de la Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'ouest
(CEDEAO) se sont mobilisées pour dire non à
leur signature. La signature était prévue
pour le 31 décembre 2007. Elles ont gagné
la bataille mais pas la guerre car la signature des
APE est toujours à l'ordre du jour. La date butoir
était prévue pour le 31 mars dernier.
Le forum social de Ouahigouya s'est penché sur
cette réalité à travers le thème
: "accords de partenariat économique, produits
sensible et souveraineté alimentaire". La
confédération paysanne du Faso, une des
têtes de proue de la lutte au Burkina, à
travers un de ses membres, Amadou Tamboura a donné
le point de vue de la structure paysanne à travers
une communication. Pour lui la pression exercée
par la société civile à permis
aux négociateurs de l'union Européenne
de proposer des produits sensibles à exclure
de la négociation. La confédération
paysanne du Faso ne se fait d'illusion quant aux effets
néfastes que cette signature pourra produire
sur la production agricole des pays ACP dont l'Afrique
de l'ouest fait partie. C'est en cela que Tamboura croit
que tout produit agricole est sensible. Par conséquent,
pour préserver la sécurité alimentaire
et la souveraineté alimentaire, il y a lieu de
considérer que tous les produits agricoles sont
sensibles. Pour ce qui concerne les conséquences
de la signature des APE, Amadou Tamboura a dit ceci:
"le rapport du parlementaire français Jean
Claude Lefort en parlant de choc budgétaire,
industriel et agricole démontre bien les conséquences
d'un APE tel qu'il se présente sur notre système
de fiscalité de porte (Recettes douanières),
sur nos industries toujours embryonnaires et sur notre
agriculture. Une agriculture faut-il le rappeler, peu
productive en dépit de ses performances."
Outre l'atelier sur les accords de partenariat économique
et la souveraineté alimentaire les jeunes se
sont retrouvés dans un espace pour débattre
de leurs préoccupations. Il s'agissait "du
rôle de la jeunesse dans l'altermondialisme".
Mais le débat s'est focalisé beaucoup
plus sur la problématique de l'engagement des
jeunes dans les différentes luttes pour leur
épanouissement. Pour certains intervenants, les
jeunes ne sont pas suffisamment engagés .Pour
d'autres, c'est le contraire. Ces derniers s'appuient
sur les hautes luttes mémorables du peuple malien
à travers sa jeunesse pour l'instauration de
la démocratie au Mali en 1991. Le combat de la
jeunesse ivoirienne pour faire face à l'hégémonie
française soutenue de l'intérieur par
une horde de bandits en est une autre illustration.
Les jeunes ont émis le vu que des débats
sur la nation, sur l'Afrique et sur l'avenir du monde
nourrissent les causeries dans les grains de thé
et dans d'autres lieux de rencontre de jeunes.
Merneptah Noufou Zougmoré
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Foncier
rural
Zone pastorale de
Samorogouan
Une pression folle contre la nature
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Des milliers d'hectares décimés
dans l'indifférence
Par Idrissa Barry
Depuis une dizaine d'années, la zone de
Samorogouan subit une déforestation à
grande échelle. L'environnement se dégrade,
les tensions sont vives entre les différents
acteurs, l'Etat n'agit pas. La situation est inquiétante.
" Je connais un autochtone qui a installé
à lui seul 70 personnes l'année dernière.
Toutes ces personnes cultivent dans la zone pastorale
et paient à leur logeur bailleur 15 000f l'hectare.
", affirme Yacouba Ouattara, vétérinaire
du Centre d'encadrement des zones d'intensification
de l'élevage traditionnel (CEZIET). La course
au défrichement anarchique prend des allures
inquiétantes dans la zone. De milliers d'arbres
sont abattus chaque saison pour la culture. Les migrants
venus du Centre et du Nord du pays rivalisent avec
des Burkinabè rentrés de Côte
d'Ivoire dans l'occupation de l'espace jadis réservé
aux éleveurs.
Le CEZIET est une longue histoire qui remonte à
1975. Nous sommes au lendemain de la grande sécheresse
de 1973-1974. Il fallait trouver une zone fertile
pour fixer les éleveurs très touchés
par la catastrophe climatique. Le ranching comme mode
d'élevage a été retenu de commun
accord entre l'Etat burkinabè et la Banque
mondiale, le bailleur du projet. C'est ainsi que le
Centre d'aménagement des ranchs collectifs
(CARC) a vu le jour avec une superficie de 302 000
ha. Au total, 9 ranchs collectifs devraient être
aménagés. Pour le financement du projet,
la Banque mondiale avait exigé le consentement
des populations locales. L'Etat avait donc négocié
et signé un bail pour une durée de 50
ans avec les villages dont les terroirs seraient occupés
par le centre. Il s'étendait sur 5 départements
et englobait les 3/4 de la superficie du département
actuel de Samorogouan. Dès 1976, les éleveurs
ont commencé à s'installer avec les
premiers aménagements du Centre : points d'eau,
centre d'embouche bovine, pare-feu, cultures fourragères,
parcs de vaccination, centre laitier et même
des infrastructures socio-sanitaires et scolaires,
des logements et bureaux. En 1981, 02 des 09 ranchs
prévus avaient été aménagés
pour une superficie de 124 500 ha. A l'avènement
de la Révolution en 1983, la Banque mondiale
se retire. Ce retrait impromptu du bailleur oblige
l'Etat à revoir à la baisse les ambitions
du projet. Le CARC est alors transformé en
zone pastorale appelée CEZIET. A partir de
1986, le projet bat de l'aile. Faute d'argent, l'Etat
arrête plusieurs activités. Les éleveurs
commencent également à quitter la zone
au grand bonheur des agriculteurs. Les villages avec
lesquels l'Etat avait négocié et signé
un bail de 50 ans souhaitent retirer leurs terres.
Mais entre temps, ces terres sont devenues propriété
de l'Etat avec l'adoption de la Réforme agraire
et foncière (RAF). Ne pouvant pas légalement
les réclamer, les autochtones adoptent une
stratégie consistant à envoyer les migrants
demandeurs de terres s'installer dans la zone. Devant
l'inaction des autorités, ces installations
se sont poursuivies jusqu'à l'ingérable
entre les autochtones qui se convoitent la zone.
En 1999, au moins 20 000 personnes résidaient
dans ou autour de la zone pastorale. Ce qui correspond
à peu près à 3 300 ménages.
Selon les estimations de la DAPF reprises par la SNV,
ces ménages agricoles occupaient plus ou moins
52 500 ha, ce qui correspond à 40% de la zone
pastorale. En 2002, la Direction provinciale des Ressources
animales du Kénédougou avait recensé
13 900 agriculteurs dans la zone. Selon les prévisions,
en 2006, 78% de la zone pastorale seraient occupés
par les ménages agricoles. Aujourd'hui, plus
de 20 000 personnes habiteraient le CEZIET, selon
plusieurs sources.
La zone pastorale
est devenue un champ
Le préfet de Samorogouan dresse un constat
amer de la situation : "Le CEZIET n'existe plus,
il est devenu un vaste champ." Le maire de Samorogouan
se demande pourquoi les différents services
techniques de l'Etat chargés de la gestion
de la zone sont restés inactifs. "J'ai
fait le tour de la zone, mais le spectacle est désolant
et très lamentable. Je me demande toujours
comment l'Etat a pu laisser faire des choses pareilles.
Il faut stopper ces installations anarchiques et catastrophiques
pour l'environnement.", plaide-t-il, la voix
entrecoupée d'émotion. Un tour dans
la zone montre effectivement des arbres terrassés
de gauche à droite, des hectares de champs
à perte de vue, des hameaux de culture qui
dépassent la taille des villages traditionnels.
A l'intérieur de la zone, on dénombrerait
huit hameaux d'agriculteurs. Ils font plusieurs types
de cultures dont le coton qui exige beaucoup d'espaces.
Avec l'arrivée massive des migrants sont développés
des conflits multiformes. Il y a celui plus classique
entre cultivateurs et éleveurs. " Les
éleveurs souffrent ici. Nos animaux n'ont pas
où paître, toute la zone est truffée
de champs. A la fin des récoltes, nous n'avons
pas non plus la paix. Ils mettent le feu à
la brousse et aux abords des cours d'eau, ils font
la culture de contre saison. Les agents forestiers
nous rackettent en plus quand ils nous voient avec
un coupe-coupe. Le CEZIET est une zone d'élevage
de nom. ", se plaint Sadou Diallo, éleveur.
La pression sur les éleveurs est telle que
beaucoup ont dû quitter la zone. Ceux qui sont
restés font face à l'avancée
des agriculteurs. Un de leurs hameaux est situé
juste à 1000 m du camp des éleveurs
installés par le CEZIET. Toutefois, les conflits
les plus fréquents aujourd'hui, ce sont ceux
opposant les agriculteurs eux-mêmes : entre
migrants et autochtones et entre autochtones eux-mêmes.
Ces derniers ne s'entendent plus sur la délimitation
des terres appartenant à chaque lignage. La
vente des terres aux migrants étant une activité
très lucrative, certains individus vendent
des espaces qui n'appartiennent pas à leur
famille. D'autres outrepassent même les limites
territoriales de leur village pour octroyer aux plus
offrants des superficies situées dans d'autres
villages. Très souvent, ce sont les migrants
qui paient les pots cassés car sommés
de déguerpir les lieux alors qu'ils ont déjà
réglé les sommes aux prétendus
propriétaires terriens. Ces cinq dernières
années, ce sont ce genre de conflits que les
autorités locales gèrent. "Pendant
l'hivernage, nous sommes assaillis par des litiges
fonciers. Chaque semaine, je gère pas moins
d'une dizaine.", confie le haut-commissaire du
Kénédougou.
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Des
règles locales de gestion à l'épreuve
En 2001, une opération
dénommée "déguerpissement"
a été déclenchée contre
les migrants agricoles installés dans les limites
territoriales réclamées par les villages
de Djégouan, Diankinabougou et Sourou II. Les
autochtones de ces villages estiment que leurs terres
sont devenues insuffisantes au regard de leur démographie
pour que d'autres personnes viennent s'y installer.
Les comités de gestion des ressources naturelles
(sous comités des commissions villageoises de
gestion des terroirs) avec l'appui des responsables
administratifs locaux s'insurgent contre les installations
illégales sur leurs territoires des migrants
venant essentiellement du plateau central. Sur le terrain,
on les appelle simplement " les mossi ". Pour
ces populations, elles risquent d'être minoritaires
dans leurs propres villages si les installations continuent.
Devant les risques de généralisation des
déguerpissements et pour éviter des affrontements
à grande échelle, un cadre de concertation
regroupant tous les acteurs du foncier a vu le jour
en 2001. Les services techniques, les projets et ONG
du département de Samorogouan pilotent ce cadre
de concertation avec l'appui accompagnement de l'ONG
néerlandaise SNV. L'ONG organise des rencontres
de réflexions dans les villages pour aboutir
à l'élaboration et à la mise en
uvre de règles locales de gestion des ressources.
En 2002, le préfet avalise ces règles
par un arrêté. Désormais, pour bénéficier
d'un lopin de terre, il faut signer un contrat de prêt.
Si le demandeur est un migrant, il doit d'abord s'adresser
à un logeur autochtone qui le conduit chez le
chef de terre ou un chef de lignage détenteur
de terres. En cas d'accord avec celui-ci, le délégué
du village est informé. Il saisit à son
tour la commission villageoise de gestion des terroirs
en présence du logeur et du demandeur qui fournit
une photocopie de sa carte d'identité. Et il
paie la somme de 2 500f . La CVGT enregistre la demande
et instruit la sous commission foncière qui prend
rendez-vous avec le donneur et le demandeur pour une
vérification terrain. C'est pour s'assurer que
la parcelle respecte les dispositions de l'arrêté,
à savoir le respect des distances avec les cours
d'eau, les parcs de vaccination et campement et le CEZIET,
et qu'elle appartient bien au donneur. Après
cette étape, la sous commission foncière
procède à la délibération
et donne ou non son accord à la signature du
contrat. Le président de la CVGT transmet ensuite
les contrats approuvés au préfet qui,
s'il le souhaite, demande une vérification terrain
par les services techniques avant de procéder
à la signature. Ces règles concernent
également les autochtones demandeurs de terres
dans la zone. Ils s'adressent directement aux propriétaires
fonciers et la procédure reste la même.
Cinq ans après l'adoption de ces règles,
la SNV a réuni les différents acteurs
pour faire l'évaluation de leur application.
Les 18 et 19 mars derniers à Orodara, ils ont
fait un diagnostic de la situation et aussi des recommandations.
Il ressort que ces règles sont peu suivies, notamment
le volet contrat de prêt de terre. On dénombre
seulement 133 contrats signés depuis 2002. Un
chiffre insignifiant au regard du nombre de personnes
installées dans la zone à la même
période. Des centaines de ménages ont
occupé des terres sans passer par la procédure
retenue. Les responsabilités sont partagées.
Les autochtones non seulement ne se soumettent pas aux
règles, mais installent des migrants à
l'insu de la commission. Il se trouve aussi des migrants
qui installent d'autres migrants, leurs frères
et cousins sans s'en référer ni aux propriétaires
fonciers ni à la commission. Le préfet
de Samorogouan n'a pas également facilité
l'application des règles car, il a refusé
à la dernière minute, de signer le contrat
de prêt de terre. Ce qui lui enlevait toute caution
administrative, donc toute force légale. Les
juristes présents à l'atelier d'Orodara
ont enfoncé le clou en déniant à
ces règles locales toute légalité.
Même sentence pour le contrat de prêt de
terre même au cas où le préfet l'aurait
signé. Il ne respecterait pas la RAF qui fait
de l'Etat et des collectivités décentralisées
les seuls propriétaires des terres. Toutefois,
tous les participants saluent cette tentative d'élaboration
des règles commune de gestion du foncier. Elle
a le mérite de mettre les acteurs ensemble pour
trouver des solutions à leurs problèmes.
Ces règles auraient permis de désamorcer
au niveau local de nombreux litiges fonciers. Il reste
à poursuivre le travail de concertation au-delà
du département de Samorogouan pour impliquer
tous les départements confrontés à
la pression démographique liée à
l'occupation des terres cultivables. Mais que devient
la zone pastorale dans tout cela ? Gardera-t-elle sa
vocation pastorale ? Auquel cas, il faut déguerpir
les milliers d'occupants illégaux ? Ou sera-t-elle
transformée en zone sylvo-agro-pastorale ? Le
décret interministériel de 2000 ne tranche
pas définitivement la question. Il reste muet
sur les procédures d'occupation de la zone et
ceux qui sont habilités à le faire. Pendant
ce temps, l'environnement continue à être
saigné et les tensions se multiplient. La catastrophe
n'est pas loin. L'Etat doit bouger ou donner les moyens
aux collectivités locales d'agir n
Idrissa
Barry
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