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DOSSIER
- VIE
CHERE
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C'était
une première, mais
Si on n'y prête attention, ce ne serait pas la
dernière. Les Bobolais, contrairement à
ce qu'une certaine tradition a fait croire, veulent
du travail. Et, ils ont le sentiment que l'administration
publique appartient à ceux de Ouagadougou. Des
jeunes vous affirment : "Blaise Compaoré
est le président des Ouagalais, d'abord; ensuite
celui des Ivoiriens. Quant à nous, nous nous
débrouillons nous-mêmes.". Pour un
simple poste de manuvre dans une usine, ils estiment
que "sans bras long", on n'y arrive pas toujours.
Ce sont des hommes, qui voudraient se sentir de la même
appartenance burkinabè : mêmes droits,
mêmes devoirs, mêmes combats
Etant la capitale économique du pays, Bobo-Dioulasso
doit pouvoir nourrir, d'abord ses natifs. Car toute
charité, même excellemment ordonnée,
commence toujours par soi-même. Il est vrai que
tout le monde ressent cette vie. Mais les uns, de façon
plus exagérée, que d'autres. Pourtant,
le progrès continu dans une société
d'espérance. C'est tout le monde qui est concerné.
Même si c'est devenu, la bible ou le coran des
ministres, les Burkinabè entendent profiter des
retombées. Plus que des discours.
La marche pacifique est très vite devenue un
affrontement ouvert, avec toutes ces conséquences
déplorables. Beaucoup plus à cause des
frustrations passées que récentes. Comme
dans le "gbangban des Kundés" à
Ouaga, un subterfuge a suffi pour mettre le feu aux
poudres.
Aujourd'hui, c'est au minimum, un milliard de francs
CFA, qu'il faudrait pour réparer tout le désastre
causé. Mais, il est surtout souhaitable, que
le gouvernement s'implique dans le processus de réconciliation,
entre les pilleurs et les victimes.
Et même, quand on entend des slogans comme : "A
bas Tertius Zongo ! A bas tous ceux qui sont de Koudougou
!" Cela sonne, un peu, une connotation "régionaliste".
Or jusqu'à preuve du contraire, le Burkina est
un seul et indivisible pays. Par conséquent,
il n'a qu'un seul Premier ministre, qu'un seul président
n
S.B.S.G
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Bobo-Dioulasso
La faim ne justifie pas les moyens

Jueles Zoma, le propriétaire du super Shop Shell a
tout perdu
D'une décision des commerçants bobolais
d'observer, 72 heures de ville morte, on en est arrivé
à de dramatiques troubles sociaux avec beaucoup de
dégâts de biens matériels et un jeune
manifestant blessé sérieusement par les tirs
des forces de l'ordre.
Des taxis, plus nombreux que la veille, circulent. Le prix
de la course est redevenu normal : 200 Fcfa. Dans le centre
ville, les magasins ouvrent timidement leurs portes. Les banques
et autres bâtiments administratifs sont, sous la garde
des militaires. Les gendarmes, aux différentes stations
d'essence, veillent sur le bon ravitaillement des automobilistes.
Vendredi 22 février, après 48 heures de troubles,
Bobo reprend vie. A 7 heures, les quatre principales portes
du marché central sont ouvertes. Aussi bien, les commerçants,
que les acheteurs hésitent à y entrer. Le rond
point des Nations unies, route de Banfora, a vu ses héros
démantelés : les présidents Compaoré
et Kadhafi.
Jules n'a pas pu retenir ses larmes, en voyant ses neuf employés,
à 8 heures, dans son bureau. Il était à
Kokologho, Mercredi 20 février, quand il reçoit
un coup de fil de son gérant : "Il faut rentrer,
car à Bobo, plus rien ne va !". Jules est rentré
le soir, mais il ne lui reste plus rien dans son "Super
shop " de la station Shell, située sur la route
de Ouagadougou : rond point, place de la femme. Tout est saccagé
et pillé. Il perd ses mots, en nous expliquant ce qui
lui est arrivé, ce jour-là. Car il a tout perdu.
Et sans "Assurance tout risque" pour son magasin,
l'avenir se présente mal.
Tout est parti de la volonté des commerçants
de Bobo, de marcher contre une hausse de la Tva, et des impôts,
dont ils auraient eu vent. Mais, la marche projetée
devait être pacifique ; sans casse ni slogans violents.
Elle devait permettre de remettre une lettre de protestation
au Premier ministre par l'intermédiaire du gouverneur
des Hauts Bassins. Parce que : "C'est lui, qui a dit
à la télé, qu'on le veuille ou pas la
tva et les impôts vont augmenter. Et nous allons les
payer. En plus, Tertus nous prend pour des paresseux
",
s'indigne Inoussa, vendeur de pièces détachées
au marché central.
Et à l'issue de la marche, une ville morte devait être
observée. Toutes les boutiques et institutions devaient
rester fermées, pendant 72 heures.
Mercredi 20 février, jour prévu pour la manifestation,
dès 7 heures un attroupement se constitue, devant la
porte Est, du marché central de Bobo. Au début
le mot d'ordre, journée ville morte ne semble pas bien
respecté. Des magasins et boutiques restent ouverts.
Des administrations aussi. Ce qui provoque la colère
de certains irréductibles manifestants qui décident
de contraindre les récalcitrants à fermer.
Dans la foulée, la police municipale débarque,
pour protéger la mairie centrale. Certains manifestants
y voient un prélude à la répression.
C'est à ce moment précis que les choses dégénèrent.
Une partie des manifestants prend la fuite tandis qu'une autre
partie s'arme de pierre pour en découdre avec la police.
Un adolescent, dans sa course, en prend une dans le front.
Les sapeurs pompiers sont appelés. Leur sirène
fait répandre dans la ville une rumeur qui se propage
comme une traîné de poudre : "Il y'aurait
quatre morts. Tous des enfants de Diarradougou, le principal
quartier du marché central. ", nous confesse Clément
un parkeur du marché.
Des relais spontanés
Cette rumeur d'enfants tués provoque l'explosion dans
la ville. Les relais se forment, de façon spontanée
dans les quartiers périphériques comme, Colman,
Bolomakoté, Sarfalao, Yenneta. Les mécaniciens
sont dépouillés de leurs pneus. Les usagers,
malheureux de la route, se voient vider les réservoirs
de leurs engins. Des stations d'essence, sont pillées.
Leur super shop, cassé et volé. Henoc Bouda,
en gérait trois. Il en a perdu deux : "Il ne me
reste plus rien. Ils m'ont tout volé : ordinateurs,
caisses d'argent, téléphones mobiles. Les deux
magasins sont d'une valeur, estimative de 10 millions de CFA(
)
Comment je vais faire maintenant ?", se plaint-il amèrement.
Pneus brûlés, feux tricolores brisés l'ampleur
des dégâts surprend même ceux qui sont
à l'origine du mouvement : "Nous voulions seulement
manifester notre ras-le-bol, face à la vie chère.
Donc, nous avions prévu d'avoir 72 heures de ville
morte. Mais une rumeur nous fait croire qu'à Ouaga,
les gens feraient plus que cela. Alors les données
ont changé. Notre naïveté a été
de ne pas vérifier cette rumeur", se morfond Moumouni,
du comité d'organisation, après coup. Ce à
quoi lui répond le vieux Issiaka: "Vous êtes
une bande d'idiots oui. Avez-vous déjà vu des
gens marcher comme cela à Ouagadougou ? Ils vous flattent.
Et vous vous laissez gagner."
Rumeur renforcée
En pleine action, ils apprennent, qu'enfin à Ouagadougou,
les gens ont commencé une marche, il était 10
heures. La fièvre monte d'un cran. La police municipale,
à elle-seule, n'arrive pas à les maîtriser.
Elle se retranche, autour de la mairie centrale, à
moins de 150 mètres du marché.
Certains rejoignent, le groupe de Colma pour atteindre la
mairie de l'arrondissement de Dô.
Chemin faisant, leur nombre augmente. Les vieilles rancurs
surgissent et les mécontents de la gestion de la mairie
se joignent aux manifestants : "Il y a des gens, qui
reprochent beaucoup de choses aux délégués
de la mairie. Et entre travailleurs même de la boîte,
de vieux conflits restent non résolus. Colma est le
quartier le plus politique de Bobo
", avise Ismaël
Koudou, résident de ce quartier. Il n'a pas fallu beaucoup
de temps pour mettre la mairie à sac. Les deux malheureux
policiers de faction ne pouvaient pas contenir l'immense foule.
Le brigadier Adama Zéguéma, assurait la garde
: "La majorité de ceux, qui sont venus, étaient
des artisans, apprentis et forgerons. Nous avons, tout de
suite, alerté les gens de l'intérieur, de sortir.
Ensuite, nous avons appelé notre hiérarchie,
qui a saisi qui de droit. Mais, eux aussi étaient pris
à régler d'autres affaires en ville. Et avant
qu'ils n'arrivent ici, les manifestants nous avaient envahis.
Nous n'avions pas les moyens de riposter. Et, comme cela en
deux tours rapides de quinze minutes, il y a eu tous ces dégâts."
Vie chère
: conséquence d'un choix politique hasardeux
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Nana Tibo se dit déterminé à
aller en guerre contre la vie chère
Les villes de Bobo-Dioulasso, de Banfora et de Ouahigouya
ont été secouées par des manifestations
violentes consécutives à la cherté
de la vie. Chacun après les deux jours d'échauffourée
y va de ses commentaires. Pour les uns, ce raz le
bol est la résultante de l'insouciance des
autorités. Pour les autres, il y a nécessité
de revoir le choix politique du pays. Le libéralisme
tous azimuts ne pourra qu'entraîner le chaos
à l'avenir.
Une sagesse Africaine soutient que : "la faim
gâche la discussion de l'ancien et perturbe
le jeu de l'enfant ". Ce proverbe corrobore la
situation actuellement vécue par les Burkinabè.
Rien ne peut plus s'acheter dit-on. C'est pour cela,
que des initiatives sont entreprises dans le but d'interpeller
les décideurs sur la cherté de la vie.
Si à Bobo, Ouahigouya et Banfora des manifestations
de rues ont cours depuis la journée du 20 février
à Ouagadougou, le conseiller municipal Thibaut
Nana appelle ses "jeunes patriotes" à
prendre d'assaut les grandes artères de la
capitale le 28 février prochain. Cette descente
était initialement prévue pour le 20
février tout comme dans les villes sus-citées.
Mais les initiateurs n'ont pas obtenu l'autorisation
des autorités. Mais Thibaut se dit déterminé
à aller en guerre contre la vie chère
au Faso. Il accuse l'opposition politique dite radicale
et la société civile de se murer dans
un silence coupable. Et assure que le pouvoir de la
4è République abuse également
de la tolérance des Burkinabè. Autrement,
on ne peut pas comprendre la hausse vertigineuse des
prix des produits de première nécessité.
Le président de l'Union nationale pour la renaissance/
mouvement sankariste (UNIR/MS), Me Bénéwendé
Stanislas Sankara quant à lui dénonce
l'insouciance du régime de la 4è République
devant les difficultés auxquelles le peuple
est confronté. Il ne manque pas de conspuer
la connivence des autorités du pays avec les
institutions comme la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international. Pour Me Sankara le
choix politique aujourd'hui c'est de faire la part
belle aux riches. " On a choisi aujourd'hui de
faire la politique pour ceux qui sont déjà
nantis ou qui veulent thésauriser. On choisit
d'aller mettre nos capitaux dans des fonds protégés,
dans les paradis fiscaux en Europe. Même à
l'Assemblée nationale il y a un ministre qui
a poussé le ridicule pour dire qu'au Burkina
on ne peut pas parler de paupérisation parce
qu'elle n'existe pas ! " S'indigne-t-il. "
Un esclave qui ne veut pas se libérer de ses
chaînes ne mérite pas qu'on s'apitoie
sur son sort " souligne le patron des "jeunes
patriotes " Thibaut Nana citant Thomas Sankara.
En ce qui le concerne le peuple Burkinabè aujourd'hui
est dans une position d'esclavage et les fruits de
ses durs labeurs appartiennent à une infime
minorité qui se la coule douce d'où
la cherté de la vie et la paupérisation
persistante. Il revendique la paternité des
différentes manifestations de désapprobations
qui se déroulent dans quelques villes de l'intérieur
du pays. Par contre, il décline toute responsabilité
quant aux pillages opérés ça
et là. "Cela est souvent le fait des forces
de l'ordre. Si elles ne brutalisent pas les gens,
les manifestations sont le plus souvent pacifiques.
Mais s'ils sont brutalisés, les gens rentrent
dans une colère noire d'où les débordements
".
Des dirigeants téléguidés

Le point de vue de Me Sankara sur l'état de
paupérisation continue du Burkina est que le
pays est gouverné de l'extérieur. Les
choix politiques sont imposés. Avec la 4 è
République souligne-t-il, on ne soulève
plus des questions qui répondent aux aspirations
du peuple. Celles relatives à la santé,
à l'avenir de la jeunesse au bien-être
.
Le premier responsable du l'UNIR bat en brèche
l'assertion de Thibaut Nana quant au mutisme des partis
politiques de l'opposition et de la société
civile. Pour Me Sankara, les formations politiques
et la société civile mettent en garde
le pouvoir depuis belle lurette sur les dommages que
peut causer la cherté de la vie dans le pays.
Selon lui, l'opposition et la société
civile analysent la situation mais ne gouvernent pas.
Au vu des expériences des pays comme le Niger,
la Guinée où des mouvements semblables
ont été des échecs, l'UNIR estime
que le Burkina a sa propre démarche. Mais il
reconnaît que c'est le raz-le-bol qui a occasionné
les désagréments constatés dans
les villes de l'intérieur. Dans une déclaration
intitulée : "La flambée des prix
des produits de grande consommation : conséquence
des choix politiques du gouvernement", les centrales
syndicales et les syndicats autonomes font un compte
rendu de leurs rencontres avec une délégation
du gouvernement et donnent leurs lectures de la problématique
actuelle de la cherté de la vie. Les syndicalistes
indiquent que lors des états généraux
du syndicalisme en 1991, ils avaient dénoncé
les privatisations et la suppression des contrôles
de prix et la réponse du gouvernement à
cette époque a été que c'était
un choix politique. Depuis quelques années,
les syndicats demandent une augmentation salariale
de 25%. Cette fois-ci, le gouvernement lui même
situe la hausse des prix de denrées de premières
nécessités entre 10 et 67%. Constat
qui vient conforter la revendication des syndicalistes.
Appel à la mobilisation de tous
Le président du mois des centrales syndicales
et secrétaire général de la confédération
nationale des travailleurs du Burkina (CNTB) Laurent
Ouédraogo assure que c'est pour prévenir
des situations comme celles qui arrivent à
l'intérieur du pays que les centrales syndicales
ne ratent pas l'occasion d'interpeller l'Etat face
aux difficultés que vivent les travailleurs.
Il avoue pourtant que la solution n'est pas dans le
saccage des biens privés et publics parce que
l'expérience du 3 janvier 1966 à démontrer
que ce genre de situations n'engendrent que des problèmes.
Après les casses de cette période, c'est
encore les travailleurs qui se sont saignés
pour remettre les infrastructures endommagées
en bon état. Il soutient que le cadre syndical
permet de gérer ce genre de problème
dans la légalité. Me Sankara estime
que la misère est une vue de l'esprit. Avec
un choix politique conséquent, la cherté
de la vie peut disparaître. Notre sahel dit-il
peut un jour devenir une forêt, mais au lieu
de cela on préfère construire des échangeurs
pour circuler avec des VX. Pour le moment, Thibaut
Nana et ses militants se disent déterminés
à investir les rues de Ouagadougou. Ils comptent
aller remettre leurs doléances main à
main au Premier ministre Tertuis Zongo. Si on leur
refuse le droit de manifester, il ne suivra pas la
logique de la loi. Autorisation ou pas,Thibaut Nana
martèle qu'il ne reportera pas la marche du
28 février. Pour ce qui concerne les hydrocarbures,
Laurent Ouédraogo de la CNTB soutient que les
syndicalistes ont fait de leur mieux pour obtenir
une baisse pendant un moment mais le gouvernement
après une certaine période est revenu
à la charge sous le prétexte qu'il y
a la nécessité d'augmenter. Ce que l'exécutif
peut faire selon lui, c'est d'alléger les taxes
des hydrocarbures pour permettre au consommateur à
la pompe de pouvoir se les procurer à moindre
prix. En tout état de cause, les syndicats,
malgré la promesse réitérée
de la part de gouvernement de prendre des mesures
dérogatoires pour soulager les consommateurs,
ne baissent la garde. Ils soulignent que "la
lutte contre la cherté de la vie dépend
essentiellement de la mobilisation et de la détermination
des travailleurs et de toutes les couches populaires.
Il ne s'agit pas de se demander ce que font les syndicats
et d'attendre la solution des autres, mais de bien
s'interroger sur ses responsabilités propres
dans la survenue et dans la résolution des
problèmes qui nous assaillent. En tout état
de cause, nos organisations syndicales, comme à
leur habitude, travaillent inlassablement et sereinement
à une mobilisation massive des travailleurs
pour des luttes plus déterminées."
Pour le moment les manifestants ont exprimé
leur mécontentement de façon violente.
Certains en sont arrivés à la conclusion
que quand la flamme de l'espoir s'éteint, il
ne reste plus que la solution de la rue. C'est ce
qui semble se passer à l'intérieur du
pays
Par Merneptah Noufou Zougmoré
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