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DOSSIER - Legislatives 2007


 

PARIS
Le Kadiogo ne sourit pas à Cyril Goungounga

Cyril Goungounga, Président du PARIS


Par Arsène Bationo Flavien

Au Kadiogo, 09 sièges étaient à pourvoir. Selon les résultats provisoires, le CDP s'en tire avec 04 sièges suivi de l'UNIR/MS (02). L'ADF/RDA, le PAREN et l'UPS obtiennent chacun 1 siège. Contrairement à bien d'autres chefs de partis, Cyril Goungounga du PARIS s'était présenté sur la liste provinciale de son parti et non sur celle nationale. Challenge intéressant. Mais l'essai n'a pas été transformé.

" Je préférerais ne pas être élu député du tout que de l'être sur la liste nationale ". Propos de Cyril Goungounga le jour des élections. Pour lui, la liste nationale n'a pas de valeur politique véritable. Elle consacrerait la fuite de responsabilité et serait le recours de ceux qui n'auraient pas de base politique réelle. De l'avis du Président du PARIS, le contrôle de la province est capital. Il est donc partisan du scrutin uninominal à deux tours et estime que la liste nationale devrait être purement et simplement supprimée. Natif de Saaba, Cyril Goungounga a été député à 03 reprises. Avec L'ODP/MT en 1992 ; puis le CDP en 1997 et sous les couleurs de l'ADF/RDA en alliance avec le PARIS en 2002 sur la liste nationale. Le président du PARIS est particulièrement remonté contre le financement hors campagne. A ses yeux, cet argent ne profite qu'aux partis qui n'en ont pas besoin parce qu'il est indexé sur le nombre de sièges et de voix obtenus aux dernières législatives. Cyril, dont le domicile a été pris d'assaut par des militants réclamant leur part du gâteau, est moins catégorique sur le financement des campagnes. Celui-ci devrait être maintenu. Toutefois, non pas en numéraires, mais uniquement en nature (gadgets, moyens matériels….). L'Etat rendrait ainsi plus service aux partis politiques. " Si la subvention se fait en nature, nul ne viendrait réclamer quoi que ce soit ", se convainc-t-il. Le 02 mai, lors de son dernier meeting à Saaba, Cyril Goungounga axe son discours sur la jeunesse, la sécurité immobilière, le respect de la hiérarchie et de la famille. Il mentionne que " ces valeurs sont en train de décamper de la scène républicaine ". Au regard de son cheminement politique, Cyril Goungounga n'a pas que des amis. Il s'élève du reste contre l'acharnement et les coups de boutoir dont son parti est victime (arrachage d'affiches, perturbation et interdiction de meetings, instrumentalisation de militants…) et s'en remet à la " maturité politique du peuple ". Considéré comme le principal instigateur du ralliement de l'ADF/RDA à Blaise Compaoré lors de la présidentielle, il démissionne du " parti de l'éléphant " et lance le PARIS.

Saaba reste de marbre

Saaba, fief du PARIS, est une bourgade située à une dizaine de kilomètres de Ouagadougou. Le PARIS, le CDP, et L'UNIR/ MS y sont les partis les plus en vue. Ces élections enregistrent 19 608 inscrits. 39 bureaux de vote sont prévus pour l'expression du suffrage. Mais les électeurs se signalent au compte-goutte. Dans certains bureaux de vote, les attitudes sont pour le moins rocambolesques. Ainsi, des représentants de partis politiques dorment pendant que les électeurs qu'ils sont censés surveiller pour éviter toute velléité de fraude accomplissent leur devoir civique. D'autres se retrouvent à " prendre l'air " sous les arbres au moment où les choses se passent à l'intérieur. La disposition des représentants des partis politiques dans les bureaux de vote visités ressemble à une mise en quarantaine. Au moment du vote, ils ne contrôlent rien. Pas même les pièces d'identité. Tel fut le cas au niveau des deux bureaux de l'école protestante et de ceux de l'action sociale. Au délà du cas de Saaba, c'est à croire qu'un véritable problème de formation se pose. Conséquence, bien de représentants de partis politiques ne sont pas au fait de la mission qui leur incombe. Pourtant, les méthodes frauduleuses se peaufinent de jour en jour. Il y a aussi le syndrome des représentants fictifs. Il s'agit de ceux qui, bien qu'ayant été dûment mandatés, brillent par leur absence le jour même des élections. Le vote n'est pas un acte banal. Pour cela, des conditions minimales de quiétude sont requises. La finalité c'est de permettre au citoyen d'exprimer son choix en toute âme et conscience. Dans les bureaux de vote de l'école protestante, on se croirait dans une foire. Dans la même cour, il y a d'un coté les bureaux de vote puis de l'autre une manifestation festive de femmes.
Le bruit est assourdissant. La sécurité ne réagit pas. Les responsables des bureaux semblent s'en accommoder. Ce qui n'est pas le cas de certains électeurs qui ne sont pas de la même confession religieuse que celles qui se trémoussent. Dans la même logique, la disposition de l'isoloir et/ou sa forme (secco de fortune en certains endroits) n'assurent pas l'intimité nécessaire. L'interaction de ces différents éléments objectifs et subjectifs peut créer le trouble chez l'électeur et perturber son vote.

Les déçus de la politique

A Saaba, ce 06 mai est un jour de réjouissance. C'est le " 21 ". Il s'agit du grand marché qui a lieu toutes les 03 semaines. La place grouille alors de monde. Certains préfèrent y passer toute la journée plutôt que d'aller " remplir uniquement des urnes ".Eux, ce sont les déçus de la politique. Tindano Issa en fait partie. Pour lui, " avec le système actuel, le vote n'a plus de sens. Quoique l'on fasse, les mêmes seront reconduits. C'est une constante en Afrique ". Quand on lui fait remarquer que l'élection est tout de même une arme entre les mains du citoyen en ce qu'elle lui permet de conférer la légitimité aux gouvernants, il ne veut en croire aucun mot. Tout comme Issa, ce groupe de jeunes de Saaba estiment que les politiciens sont plus préoccupés par leurs propres intérêts que par le sort des électeurs. Ils optent alors pour le " pragmatisme ". Il s'agit pour eux de chercher à s'en sortir par eux-mêmes au lieu de compter sur d'hypothétiques réalisations politiciennes. Une vision quelque peu généralisée. La pratique électorale a en effet entraîné une grande confusion à telle enseigne que les missions du député (voter la loi, consentir l'impôt et contrôler l'action du gouvernement) en sont galvaudées. Pour bien de jeunes de Saaba, la députation est alors l'une des meilleures voies pour s'enrichir. Et l'Assemblée nationale de plus en plus budgétivore ne fait qu'apporter de l'eau à leur moulin n

Vote à Ziniaré
Faible engouement et méconnaissance du processus

C'est à 5h30 que les membres du bureau de vote de Sawana, petite commune à 17 kilomètres à l'est de Ziniaré, sont convoqués en ce dimanche 6 mai 2007. Parmi eux, Appolinaire Zoungrana, étudiant en droit à l'Université de Ouagadougou, est nommé second assesseur. C'est la troisième fois qu'il participe aux élections en tant que membre d'un bureau : la première fois il était secrétaire pour l'élection présidentielle, ainsi que pour les municipales. Le secrétaire a pour mission de dresser le procès-verbal des élections, il rédige les remarques faites par les candidats et remplit la troisième feuille de dépouillement. Cette fois-ci, en sa qualité de second assesseur, il vérifie l'inscription de l'électeur sur la liste électorale, émarge par signature devant le nom de l'électeur sur la liste électorale et enfin estampille la carte de l'électeur avant de la lui remettre. C'est auprès de la CECI (Commission électorale communale indépendante) qu'Appolinaire a pris ses dispositions pour participer en tant que membre d'un bureau de vote. Concernant le village de Sawana, Appolinaire est l'unique étudiant du bureau et se félicite de pouvoir se compter parmi les membres : " C'est motivant de pouvoir partager avec ces personnes qui exercent un emploi intéressant, ça me pousse à étudier davantage pour pouvoir à mon tour faire le métier que je souhaite." Etudiant en droit depuis plusieurs années, Appolinaire s'intéresse de près à la politique de son pays. C'est, entre autres pour cela qu'il fait partie d'un bureau de vote lorsque des élections ont lieu. Il le dit lui-même : " C'est en étant sur le terrain que la réalité fait face. " En effet, même si Appolinaire ne compte pas s'orienter vers le droit administratif, cette expérience est formatrice pour lui car il peut se faire une opinion plus lucide des politiques du Burkina Faso. Dans son bureau de vote, le CDP a largement remporté les élections avec 250 voix, suivi de loin par le PLB avec 11 voix … Quant aux autres partis, les voix oscillent entre 1 et 4… Appolinaire regrette que les partis politiques voient seulement la conquête des électeurs sans mener à bien leur campagne électorale. Selon lui, beaucoup de citoyens ne savent pas voter et ce tort revient aux partis : " Il y a encore beaucoup de gens qui n'ont ni téléviseur ni radio et qui n'ont aucune idée du déroulement d'un vote. Dans ce cas, la meilleure façon de leur apprendre est de venir sur place pour expliquer à la population. Mais les partis politiques préfèrent conquérir les électeurs au détriment de l'apprentissage du vote. Les citoyens ne mettent pas à bien l'un de leurs devoirs civiques." En ce dimanche, jour de marché dans le village de Sawana, les électeurs ont afflué entre 6 et 8 heures. Sur 474 inscrits, seulement 287 ont voté. Le bureau a fermé ses portes à 18 heures, comme dans tous les autres bureaux de vote du pays, et a commencé alors le dépouillement. Ce travail est long et fastidieux. Il demande beaucoup de concentration parce que la moindre erreur n'est pas admise n

Claire Pinsard

 

Boulkiemdé
Kokologho, Poa, Bingo : y avait-il un enjeu ?



Par Merneptah Nouffou Zougmoré

Dans le Boulkiémdé, le CDP et l'ADF/RDA se sont livrés à une rude bataille pendant la campagne électorale. Les résultats provisoires placent le parti au pouvoir en tête avec 3 sièges. Le " parti de l'éléphant " arrache le dernier siège. L'UNDD de Maître Hermann Yaméogo sort bredouille. Le jour du scrutin, nous avons fait le tour de deux départements de la province (Kokologho et Poa) pour saisir l'ambiance dans cette circonscription jugée bouillante.

Kokologho, Poa, Bingo sont considérés comme le fief de l'ADDP (Alliance pour la Défense de la Démocratie et le Progrès) de Michel Nana. Pour ces élections, il se présente sur la liste de l'ADF/RDA (Alliance pour la Démocratie et la Fédération/ Rassemblement Démocratique Africain) dans la Province de Boulkiémdé. Comme cette vieille à qui on avait demandé pendant le baptême chrétien qui est son sauveur et qui a répondu : " c'est Lalé de Mokin1 " parce que dit-elle, " c'est lui qui m'a aidé la saison dernière pendant la période de soudure. " L'impression qui se dégage après avoir écouté quelques électeurs est similaire à la réaction de cette vieille. Plusieurs personnes à Kokologho nous ont confié qu'elles ont voté l'ADF/RDA parce que Michel Nana a fait beaucoup de réalisations pour le département. De la construction des établissements scolaires à l'octroi des micros crédits aux groupements de femmes, toutes ces œuvres sont citées pour magnifier l'effort que le porte- fanion de l'ADF/RDA a accompli pour les populations d'une partie de sa province. La population de Kokologho et de Bingo retiennent que c'est grâce à lui que les deux départements ont eu des établissements secondaires. Jugé plus proche de la population, Michel Nana a réussi à avoir l'adhésion de la population, réussissant même à s'imposer à Imasgo. Il est 10h moins quand nous rentrons à Kokologho, une bourgade qui se trouve à quelques encablures de la capitale. Le marché situé au bord du bitume qui mène à Bobo-Dioulasso n'est pas animé parce que ce n'est pas le jour j. Pour un étranger qui est de passage, il ne peut pas réaliser que ce 6 mai 2007 est un jour particulier pour ce département et pour le pays en général. Sauf dans les bureaux de vote. A l'école Centre de la localité où se situe le bureau de vote N°3, l'affluence est moyenne. Joanny Bama, président dudit bureau, affirme que des électeurs sont passés tôt le matin pour voter et pouvoir se rendre à la messe. Comme difficulté, c'est la problématique du vote des personnes âgées. Elles ont des problèmes parce qu'elles n'assimilent pas toujours les démonstrations qui sont faites avant le scrutin, souligne toujours le président Bama.

Seydou Bouda, candidat
de " l'épi et la daba "

Même son de cloche chez les représentants des partis politiques. Pour eux, un nombre important d'électeurs ne savent toujours pas voter. 15 partis sont en compétition dans le Boulkiémdé mais 3 se concurrencent à Kokologho et ses environs. Ce sont l'ADF/RDA, le CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès, et l'UNDD (Union Nationale pour la Démocratie et le Développement). La situation est identique à Poa. Il n'y a pas d'ambiance particulière. Quelques électeurs s'affairent dans les bureaux de vote pour accomplir l'acte civique. Dans le bureau N° 6, les membres en charge de la supervision des élections et les représentants des partis aux environs de midi se restaurent. Il y a au menu du riz gras. Le domicile du ministre de l'Economie et de développement, Seydou Bouda, un des candidats du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (parti au pouvoir), un vaste domaine fait office de quartier général du CDP dans le département. Des va et vient sont observés. Au centre de Poa, dans un débit de boisson, nous avons voulu connaître les partis qui se neutralisent dans le département. Le tenancier de la buvette nous a assuré sur la victoire du CDP et de l'ADF/RDA. Pour ce dernier, seuls les résultats des urnes peuvent déterminer le victorieux parce que les électeurs changent d'avis comme la direction du vent. Les responsables des partis en vogue dans ces 2 départements sont affairés. Ils font le tour des différents départements. Le ministre Bouda est en tournée dans les départements alentour de Poa. Michel Nana en fait de même. Si bien que les états major départementaux des partis sont tenus par les seconds couteaux. Le représentant de l'ADF/RDA à Poa, Pierre T. Zoubga, assure que le scrutin se déroule normalement. Pour lui, pendant la campagne, ils ont privilégié la campagne de proximité. Il se dit confiant sur l'issue du scrutin. Parmi les partis en compétition, le CDP est seul a organiser un meeting pendant la campagne à Poa. Les autres, pour les quelques poalais rencontrés, étaient moins visibles. A la Commission Electorale Communale Indépendante (CECI), le président de ladite structure, Thomas S. Ouédraogo, fait office de permanent. Les anomalies signalées à la CECI sont entre autres les noms des détenteurs des cartes d'électeurs qui ne se trouvent pas sur les listes des bureaux qu'ils doivent voter. Il y a également des bulletins mal imprimés mais, selon le président, les palliatifs sont trouvés à ce genre de situation.

Le challenger
de l'ADF/RDA, c'est le CDP

Le département de Poa a 22 bureaux de vote qui se trouvent dans 10 villages, 10 508 personnes se sont inscrites pour ce scrutin. A Kokologho, Antoine Nana, un des lieutenants à Michel Nana, se dit confiant au regard du travail qu'ils ont abattu sur le terrain. Pour ce qui concerne leurs adversaires, ils avaient vite crié à la fraude quand ils ont vu des électeurs venus de Ouagadougou voter massivement. Selon des informations reçues, ces électeurs sont des fils du département résidant à Ouagadougou, ils ont préféré venir voter au village, ce qui est normal, de l'avis du président du CECI de Kokologho. Antoine Nana estime que leur challenger dans le département, c'est le CDP. Les autres partis s'amusent. A Kokologho, il y a eu 32 bureaux de votes, 13 310 inscrits, 81,41% de retraits des cartes. La CECI dit n'avoir rien constaté de fâcheux dans le déroulement des élections. Elle est pourtant remontée contre la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) qui, de son avis, ne fait pas suffisamment d'efforts pour ses démembrements. La CENI a convenu de rétribuer les distributeurs des cartes à 1500fcfa mais c'est finalement 1000f/jour qui leur a été donné. Aux élections précédentes, les membres des bureaux de vote percevaient 9500 fcfa mais à ce scrutin, le montant est tombé à 7500fcfa par personne. Toutes les CECI ont la même dotation de 50 000fcfa alors que le nombre de bureaux de vote varient selon les communes. La commune de Koudougou a 130 bureaux pendant que certaines communes ont 9 bureaux. Pour la CECI de Kokologho, ces dysfonctionnements méritent d'être corrigés pour les scrutins à venir. Pour ce scrutin, l'enjeu était capital. Dans le Boulkiémdé, Michel Nana de l'ADF/RDA a testé sa popularité et le CDP sa suprématie. Les résultats provisoires créditent le CDP de 3 sièges et l'ADF/RDA de 1 n

1 Lalé de Mokin était un homme charitable au point que la vieille dame a cru que le prêtre faisait allusion à lui en demandant qui est son sauveur.
Mokin est un village de Kokologho. Lalé en était ressortissant.

Fichier électoral: On peut éviter les fraudes

Aux élections Municipales d'avril 2006 beaucoup d'électeurs avaient déploré des manquements dans l'organisation du scrutin. Des électeurs sont repartis dans les bureaux où ils avaient voté lors de l'élection présidentielle sans voir leurs noms sur les listes. Pour se justifier la CENI à travers son Président les avaient accusés de s'être inscrits doublement. Pour les partis politiques qui s'étaient insurgés contre la non fiabilité du fichier électoral, le Président Tapsoba et ses lieutenants sont à l'époque tombés sur eux à bras raccourcis. Ils ont même menacé de les envoyer devant les tribunaux. A ce scrutin tous les problèmes évoqués précédemment sont revenus. Pendant le temps mort d'entre deux élections où était la CENI ? Pourquoi n'avoir pas pu corriger ces insuffisances ? Nous ne sommes pas loin de croire que la CENI se complait dans ses défaillances, autrement des erreurs perçues pendant les scrutins antérieurs ne devraient pas revenir, ou alors elle est laxiste. Tous ces problèmes sont liaisons parce que Moussa Michel Tapsoba a été reconduit dans des conditions scabreuses avec un fichier qui est à l'image du fichier national. Quand on admet des associations de dolotières comme organisations de droits humains pour le vote de représentant des droits de l'homme ceux qui sont à la base de cette forfaiture ne peuvent que se complaire dans de l'a peu près une fois à la tête de l'organisations des élections. Les représentants des partis politiques à la CENI sont aussi fautifs. Quand on les envoie là-bas, ils finissent par se bureaucratiser et deviennent moins regardants sur les intérêts de ceux qui les ont envoyés. Vivement qu'il y ait une alternance pour qu'on sorte de cet immobilisme qui ne ramène que d'anciennes fautes à la surface à chaque élection n

MNZ

Ce n'est pas 1997 et ça pourrait être mieux que 2002 !

Etienne Traoré, l'un des rescapés des candidats PDP/PS à l'AN

Par Newton A. Barry


On sait maintenant avec précision la configuration de la nouvelle Assemblée nationale. La quatrième législature avec la perte des places fortes et puis l'érosion des emprises des caciques de tous les bords.

A cette législature, le CDP sera encore majoritaire. Mais une situation de majoritaire avec l'assurance en moins. Symbolique, mais important tout de même, le CDP qui règne sur Ouagadougou et ses cinq arrondissements a perdu la ville politiquement. Le CDP est désormais minoritaire à Ouaga, malgré l'appui tacite des coutumiers, à travers le Larlé naaba, qui en met musique les préférences de la cour de Ouagadougou.
La capitale n'est plus donc entre les mains du CDP. Par erreur de casting, sans doute, on ne comprend toujours pas pourquoi Simon Compaoré s'entête à porter et à imposer ainsi dame Séraphine de Boulmiougou. On aimerait percevoir les qualités que " Teb djéré " (le surnom donné au bourgmestre de Ouaga) voit en elle que nos yeux à nous ne cernent pas. Les déçus CDP de Ouagadougou des municipales d'avril 2006 n'ont pas été rassurés par les dispositions qui ont gouverné les législatives actuelles et les inimitiés se sont fortement personnalisées. C'est devenu une affaire de " eux et Simon ". Bien plus que la défaite du CDP, c'est celle d'un homme Simon et de sa méthode. Mais ce n'est pas la seule explication. Il reste d'ordinaire que les capitales sont frondeuses et plus éclairées. On peut donc considérer que pour Ouagadougou, c'est le retour à l'ordre normal des choses. Il faudra attendre de voir plus clair sur le sens des votes pour arrêter des diagnostics définitifs.
Ces élections, c'est aussi la fin de l'ère PDP/PS. Pendant les deux premières législatures, le parti de Ki-Zerbo avait été un des rares (et le seul en 1997) à forcer la main au CDP à lui céder un siège de député au Kadiogo. A présent, non seulement le Kadiogo échappe au PDP/PS, mais dans l'ensemble du pays, c'est même la bérézina. Les seuls qui auront directement un mandat, ce sont le Boussouma et l'intrépide Etienne Traoré, le dernier des Moyikan, est-on tenté de dire. Il va être très difficile au PDP/PS de constituer un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. C'est la fin d'une époque.
Dans la capitale, les sankariste se positionnent comme la deuxième force après le CDP. L'UNIR/MS et l'UPS ont ensemble trois députés à Ouagadougou. Le fruit d'une meilleure stratégie qui leur permet de transformer une situation qui leur a toujours été favorable, même si leur division légendaire ne leur avait pas permis d'en profiter politiquement. Pour l'avenir surtout, il leur reste des marges de progrès s'ils vont jusqu'au bout d'une union effective. Ce qui est moins sûr, tant Maître Sankara est devenu aux yeux des autres l'ennemi à abattre. Or, celui-ci aura confirmé, cette fois encore, qu'il reste aux yeux d'une frange importante de l'opinion nationale, le leader sankariste le plus crédible. En terme de sièges de députés, l'UNIR/MS devrait sensiblement améliorer son score de 2002. Enfin ! Norbert Tiendrébéogo devrait siéger à l'Assemblée nationale. Ce qui n'avait été jusque là possible dans le cadre étriqué du Front des Forces Sociales (FFS) le devient dans le regroupement UPS (Union des partis sankaristes).
Le PAREN de Laurent Bado est par contre en net recul. Bado aura réussi à sauver son siège de député, mais dans l'ensemble, le PAREN n'a pas réédité l'exploit de 2002. Même son meilleur joker, le Colonel Zouré, à Garango n'a pas finalement réussi, alors qu'il avait le crédit nécessaire. C'est un des hommes avec Palguim Sambaré qui donnent du fil à retordre à Alain Yoda dans le Boulgou.
L'ADF/RDA devrait au sortir de ce scrutin se stabiliser dans la position de deuxième parti politique après le CDP. Acceptera-t-il de faire le saut et de devenir le premier parti de l'opposition ? Il va lui être difficile de se complaire dans sa situation actuelle. Avoir les avantages de la majorité et de l'opposition sans en assumer les conséquences. Autrement dit, la politique des " droits " sans risques. Pour l'instant, cela lui réussit plutôt bien. En attendant éventuellement que Salif Diallo "n'enterre définitivement les pieds de l'Eléphant ".
Arba Diallo du PDS aura réussi à confirmer son leadership, malgré la cabâle qui devrait l'enterrer définitivement. Perdre la députation pour mieux lui arracher la mairie. Quant à Philipe Ouédraogo, il ne reviendra pas à l'Assemblée nationale.
Dans le Sahel particulièrement, et après l'entourloupe de Kader Cissé qui a ruiné pour longtemps les chances politiques de l'Emir, le PDS et Arba Diallo devraient renforcer leur implantation. Kader Cissé survivra politiquement difficilement à cet énième revers. Depuis 2002, le Sahel ne cesse d'échapper au CDP. N'eût été le ralliement de l'Emir, même l'unique siège de député n'aurait pas été conservé au Séno. L'Emir s'étant de la sorte offert en mouton de sacrifice pour sauver Cissé. A quel prix ? Il n'est pas impossible que la rivalité ABC contre CDP soit passée par là.
Voilà la configuration de l'échiquier politique au sortir de ces législatives. Il restera maintenant sa traduction en politique gouvernementale. Sur ce point, franchement la situation de Blaise Compaoré n'est toujours pas facilitée. Peut-être fera-t-il le pari " protocolaire " sans son géniteur, en confiant le gouvernement à Gilbert Ouédraogo ? Cela parait improbable, n'est-ce pas ?



L'administration des élections s'améliore

Il est 18 heures ce 6 mai 2007, le bureau de vote numéro 2 de Gnangdin, dans la commune de Bittou ferme ses portes. Disons plutôt qu'il arrête son opération, puisque c'est sous un hangar servant de salle de classe, que le bureau a été institué. Un bureau de vote sous le hangar, mais y en avait de plus insolite comme ces nombreux bureaux des villages périphériques de la commune de Tenkodogo qui sont institués sous les arbres. A Gouni, c'est le papier pointé sur le tronc de l'arbre qui indique " Ici Bureau de vote ". Et son président de nous montrer la liste des bureaux qui, sur le papier, sont dits institués sous un hangar, alors qu'en réalité, c'est sous un arbre. Qu'adviendra-t-il si une brusque tornade, comme on en rencontre dans la zone en ce début d'hivernage précoce survenait ? Réponse amusée du président : " on ira chez l'habitant le plus proche si on a eu le temps ".
Effectivement, la moindre difficulté pour le personnel chargé des opérations de vote, ce n'est pas tant l'absence de locaux, mais aussi le matériel pour le dépouillement. Quand vient 18 heures, il n'y a dans de nombreux bureaux de vote que la lampe tempête pour éclairer le dépouillement et le décompte des bulletins. Ce jour donc, nous décidons d'assister au dépouillement dans un de ces bureaux indigents. Quand le dépouillement commence, tout le monde est mis à contribution. La lampe est unique et éclaire mal. Elle servira au scrutateur à lire péniblement le choix de l'électeur sur le bulletin. Ensuite, la seule lampe torche de l'agent de sécurité éclaire tour à tour les deux assesseurs qui consignent les choix sur la feuille de dépouillement. Travail extrêmement pénible après avoir toute la journée supervisée les votes. Mais nous y avons vu des gens consciencieux qui prennent le plus grand soin pour lire et noter les votes. Quand ils se trompaient, ils reprenaient méticuleusement. Quand sur un bulletin, le choix portait à équivoque, le bulletin est considéré comme nul. C'était un formidable esprit citoyen auquel il nous a été donné d'assister. Peut-être qu'ailleurs, les choses se sont moins bien passées.
Mais pour ce que nous avons vu à Gnangdin et qui nous parait refléter la situation de nombreux bureaux votes, il faut croire que l'administration des élections s'améliore

 



 


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 Mai 2007