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- DOSSIER
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Affaire Norbert Zongo
La comédie est finie !

Par Newton Ahmed Barry
La justice a prononcé un non-lieu dans le dossier
Norbert Zongo. L'instruction sur la piste ouverte par la Commission
d'enquête indépendante (CEI) s'est éteinte.
Contre Marcel Kafando, le juge n'a rien trouvé. Le mince
indice qui le maintenait sous les liens de la prévention,
le témoignage à charge de Racine Yaméogo,
s'est cassé, puisque ce dernier a dit qu'il n'est plus
"très sûr " de ce qu'il avait dit. Cette
rétractation, considérée comme un élément
important par le procureur Faso, a suffi pour classer le dossier.
Le problème à la vérité, ce n'est
pas le non-lieu en faveur de Marcel Kafando, mais le non-lieu
dans l'affaire Norbert Zongo. Le juge Wenceslas a été
dessaisi et le dossier renvoyé au greffe du Tribunal
de grande instance de Ouagadougou. De façon très
claire, le dossier est désormais classé. Il n'y
aura donc pas, pour l'instant, justice pour Norbert Zongo. Cette
affaire survient au moment où le pouvoir est tout puissant.
En face, la société civile est moribonde et l'opposition
politique morte. Cette dernière vient de faire un sermon,
de principe, sur la tombe de Norbert Zongo, et de constater
en même temps son impuissance : ils étaient terriblement
seuls, les leaders de l'opposition
les élèves
et étudiants étaient en vacances.
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Dossier classé
!
La justice a fini par arriver là où
elle voulait. Le dossier Norbert Zongo est classé.
C'est terminé. De tous les crimes commis dans ce
pays, c'est le plus odieux. Mais ils ont décidé
qu'il n'y aurait pas de justice pour Norbert Zongo. Il
ne reste plus à sa famille, que d'aller s'aligner
pour prendre les millions de l'Etat, pour ne pas tout
perdre.
Terrible nouvelle que celle prononcée le 18 juillet
dernier par la justice burkinabè, sans même
sourciller. La décision vient bien de la justice,
et non du seul juge Wenceslas Ilboudo, qui n'a été
dans cette affaire qu'un instrument consentant. Voici
le film d'un déni de justice.
Depuis le 30 juin 2006, le processus définitif
qui devait conduire au classement du dossier Norbert Zongo
s'est emballé.
Dans une lettre en date du 28 juin et évoquant
l'article 175 de la procédure pénale, le
juge d'instruction s'adresse aux conseils des ayants cause
de Norbert Zongo. Ces derniers, qui ne sont pas dupes,
comprennent que la procédure du classement du dossier
est en marche. En effet, l'article 175 parle justement
des dispositions pour le bouclage d'une procédure
judiciaire.
Flairant les choses venir, Maître Sankara adresse
rapidement un courrier au juge d'instruction pour lui
demander de lui permettre à ses frais " de
faire copie des pièces ( les nouvelles) du dossier
". Le juge Wenceslas accepte la requête et
promet même de s'en charger gratuitement. Les avocats
de Norbert Zongo attendront en vain. A chaque relance,
le juge Wenceslas trouve une esquive. Quand il se décide
le 18 juin à communiquer avec les avocats, c'est
pour leur transmettre une convocation pour ce jour même,
à 16 heures. Et quand les avocats s'y rendent,
ils trouvent sur place leurs confrères de la défense,
conduits par Maître Abdoul Karim Ouédraogo,
l'avocat attitré de François Compaoré.
Aux avocats des partis en présence, il est remis
ce soir-là l'ordonnance de non-lieu, pour le dossier
Norbert Zongo.
Mais quelques jours avant, les choses avaient été
bien ficelées pour que le dossier lui-même
soit définitivement classé. En effet, le
13 juillet, réagissant à l'ordonnance de
soit communiqué du juge Wenceslas, le procureur
du Faso avait définitivement scellé le sort
du dossier Zongo. Dans son réquisitoire définitif
de non-lieu, Adama Sagnon, procureur du Faso près
le Tribunal de grande instance de Ouagadougou, fermait
définitivement les procédures sur l'affaire,
en demandant purement et simplement que non seulement
" Marcel Kafando ne soit plus poursuivi, mais qu'aussi,
le dossier soit déposé au greffe du tribunal
de grande instance de Ouagadougou pour être repris
en cas de survenance de charges nouvelles ". En clair,
le juge Wenceslas est désormais dessaisi du dossier,
lequel dossier est rangé dans un tiroir. Quand
le procureur général dit qu'il attend des
faits nouveaux avant de le confier à un autre juge,
on peut dire qu'il prend ses interlocuteurs pour des imbéciles.
De la décision du procureur Sagnon, il se dégage
deux conséquences de droit : Premièrement,
il a pris avec son réquisitoire définitif
de non-lieu, en même temps un réquisitoire
de non informé. Cela veut dire qu'il intime l'ordre
au juge, d'arrêter ses poursuites. Il lui demande
de lui remettre le dossier qu'il a décidé
de classer. Deuxième conséquence, c'est
désormais lui, le procureur qui jugera de l'opportunité
ou pas, de donner suite à toutes nouvelles preuves
ou nouveaux faits qui seront communiqués. Il est
donc désormais totalement maître de la destinée
du dossier. Et pour que plus jamais personne n'invoque
quoique ce soit dans l'épais dossier d'instruction
conduit par la Commission d'enquête indépendante
(CEI), le procureur Sagnon a pris le soin de préciser
dans son réquisitoire que " les autres suspects
sérieux identifiés par la Commission d'enquête
indépendante sont eux aussi hors de cause ".
Dans ce cas, l'appel des avocats de Norbert Zongo devant
la Chambre d'accusation, n'a aucune chance de prospérer.
C'est très clair, comme l'argumentent le juge Wenceslas
et le procureur Adama Sagnon. Toute la procédure
était basée sur les affirmations de Racine
Yaméogo. A deux reprises, ce dernier avait maintenu
ses déclarations. Mais cela ne semblait pas suffisant
à la justice. On l'a donc mis en confrontation
pour la troisième fois. Et c'est seulement en ce
moment qu'il dit ne plus être sûr. Mais on
pourra quand même lui reconnaître une intelligence
certaine à Racine Yaméogo. Il ne s'est pas
dédit, mais comme la justice n'attendait qu'une
moindre allusion au doute, elle s'en est saisie comme
la preuve pour innocenter Marcel Kafondo. Racine Yaméogo
a dit qu'il préférait " ne pas persister
dans ses déclarations antérieures et accuser
à tort un compagnon d'armes ". Dans cette
affirmation, il n'a nulle part dit que ses affirmations
antérieures étaient fausses. Et par ailleurs,
la défense de Norbert Zongo, comme nous l'expliquions
plus haut, n'a jamais eu accès au procès-verbal
de la confrontation entre Marcel et Racine. Mais cette
" affirmation prudente " de Racine suffit au
procureur Sagnon qui explique dans sa requête que
la dernière version de Racine Yaméogo lui
paraît " la plus crédible car, pendant
que l'inculpé était constant, le suspect
nommé soutenait plusieurs versions quant à
la question de savoir s'il était en compagnie de
l'inculpé à la date du 13 décembre
". C'est quand même fort de café, cette
justification de Sagnon, qui oublie que par deux fois,
Racine Yaméogo a dit la même chose.
C'est vrai qu'à la première audition devant
la CEI, il avait confirmé l'alibi de Marcel Kafando,
mais quelques jours après, il était revenu
devant les mêmes membres de la Commission pour se
dédire et expliquer dans quelles conditions il
avait été obligé de faire ses déclarations.
Devant le juge d'instruction également, il a dit
qu'il n'était pas, le 13 décembre 1998,
avec Marcel Kafando. Il se rappelle avoir essayé,
en vain, de le joindre au téléphone. Deux
fois donc, et devant des personnes dignes de foi (le juge
Kassoum Kambou notamment, dont personne ne met en cause
l'intégrité ), Racine Yaméogo a dit
qu'il n'était pas avec Marcel Kafando. Le procureur
Sagnon a préféré donner du "
crédit " à la dernière version
qui faisait bien son affaire. C'est un choix. Pour le
reste, et selon les mots qu'il a employés, tout
ce que la Commission d'enquête indépendante
avait fait n'est rien d'autre que du " subjectivisme
".
L'affaire Norbert Zongo est donc close. Merci à
la justice burkinabè et bon sommeil à François
Compaoré.
Cette fois, c'est vraiment un passage en force. On ne
s'est même pas embarrassé de farde. C'est
fini pour le dossier Norbert Zongo. Au moins maintenant,
les choses sont très claires. Norbert n'aura pas
la justice dans ce Burkina de Blaise. Sa mère l'avait
du reste prédit : " Que les autorités
burkinabè ne jugent pas si elles veulent. Dieu
jugera ". Certains, en lisant ces pleurs d'une mère
éplorée, pourraient oublier que le jugement
de Dieu n'attend pas forcément l'au-delà.
On ne peut avoir assassiné Norbert de la façon
dont il est mort, et se dire que son séjour sur
terre sera tranquille. Lire à ce propos la description
du docteur légiste des restes qu'il a trouvés
ce jour-là à Sapouy
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| Le
Parquet heureux d'un non-lieu !
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Adama Sagnon et Abdoulaye Barry
( les 2 procureurs)
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Lorsqu'il s'agit d'un crime,
le parquet est toujours intraitable. On a vu nos honorables
procureurs, à l'occasion de la tentative du coup
d'Etat des Ouali. C'est à l'occasion d'ailleurs
que l'expression " ratisser large " a été
inventée par l'un d'entre eux. Et voilà
que pour un crime odieux, comme celui de Norbert Zongo,
nos procureurs oublient de ratisser. Ils se refusent même
à ratisser. Ils sont heureux, comme des gamins,
d'annoncer un non-lieu. C'est-à-dire leur propre
échec.
Fin mai 2006, après la
confrontation entre Racine et Marcel, le procureur Sagnon
est très heureux. Il ne peut s'empêcher d'annoncer
qu'un fait nouveau important est survenu dans le dossier
et qui pourrait déterminer son évolution
immédiate. Quelques jours auparavant, le juge d'instruction
avait auditionné François Compaoré,
pour la dernière fois. Ce jour-là, le procureur
du Faso et le procureur général étaient
eux-mêmes venus accueillir le prévenu, avec
tous les honneurs dû à son rang. Quand le
juge a fini son audition, ils se sont fait fort de l'accompagner
jusqu'à sa voiture. François Compaoré
est un prévenu. Mais pas un prévenu comme
les autres.
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Après ces auditions, il n'y avait
plus de doute : on évoluait sûrement vers
un non-lieu, pas pour Marcel Kafando, mais de l'affaire
Norbert Zongo. C'est le juge d'instruction, comme à
son habitude, qui s'en ouvre à certains de ses
interlocuteurs. Dès le début du mois de
juin 2006, il confie en effet, qu'il allait prononcer
un non-lieu. C'est ce qu'il argumentera d'ailleurs dans
son ordonnance : "
attendu qu'à la deuxième
confrontation entre l'inculpé et le témoin
le 31 mai 2006, celui-ci a soutenu ne plus être
formel sur la date de sa rencontre avec celui-là
.Attendu
qu'il résulte de l'expertise française versée
au dossier que les faits incriminés ont été
commis par plus d'une personne ; qu'après l'audition
de plusieurs témoins, aucun n'a pu apporter des
informations de première source ; que longtemps
confrontés à ce problème, nous n'avons
pas eu suffisamment d'indices pour inculper quiconque
; que même les suspects sérieux désignés
par la Commission d'enquête indépendante
ont été tous couverts par les témoignages
de leurs proches, levant ainsi le doute sur leur emploi
du temps du jour ; que les recherches par nous faites
en vue de retrouver les moyens utilisés et les
éléments de police technique et scientifique
sont demeurées vaines ;
Attendu que des pièces du dossier, aucun indice
précis grave et concordant ne peut être retenu
contre quiconque
"
Voilà, c'est fait en quelques mots, le juge Wenceslas
a innocenté tout le monde : Marcel Kafando et les
autres " suspects sérieux " identifiés
par la Commission d'enquête indépendante.
De la part de ce Juge d'instruction, que nous avons fréquenté
jusqu'en décembre 2003, qui se croyait trop malin
pour berner ses interlocuteurs, nous avions compris depuis
lors, qu'il ne fallait rien attendre de lui. Pendant toute
la période que nous avons pu avoir des contacts
et des échanges, dont une partie a déjà
été publiée dans L'Evénement
du 10 décembre 2003, sous le titre " Wens
m'a dit
; À propos de Marcel Kafando. Nos
apartés avec le juge Ilboudo ", nous avions
la conviction que Wenceslas Ilboudo, malgré les
mises en garde de nombre de ses collègues, était
déterminé à faire aboutir le dossier.
Nous savions que la partie n'était pas simple pour
lui, mais qu'il savait aussi, que sa carrière de
juge allait dépendre de l'évolution de ce
dossier très difficile.
Construit sur cette base de confiance mutuelle, où
du moins, c'est comme ça que nous l'avons cru au
départ, nous avons pu durant des années,
échanger des informations qui nous semblaient importantes.
Sur cette période, le juge Wenceslas Ilboudo nous
a affirmé, plus tard d'autres personnes nous ont
confirmé l'avoir entendu de sa bouche, qu'il avait
l'intime conviction que c'est effectivement " les
éléments de la garde présidentielle
et notamment ceux désignés par la Commission
d'enquête indépendante qui ont perpétré
l'assassinat de Norbert Zongo
" Sur les fameux
" fusils Valtro ", il nous a assuré que
des membres du Régiment de la sécurité
présidentielle (RSP) lui avaient certifié
que ces fusils existaient dans l'arsenal du Conseil de
l'Entente. A cette période, il était dans
le projet de faire une descente inopinée au Conseil
pour inspecter le magasin d'armement. Nous lui avions
fait remarquer qu'en l'absence d'une expertise personnelle
sur les armes, c'est une descente qui pourrait s'avérer
inutile. Il me répond que " tu oublies que
je suis un ancien du PMK ; le Prytanée militaire
du Kadiogo ". J'avoue que çela, je ne le savais
pas, et cette révélation m'a pris de court.
J'ai seulement dit qu'avec le temps qui s'était
écoulé, il n'est pas impossible que ces
fusils aient disparu de l'arsenal du Conseil.
Nous avions aussi parfois échangé sur le
fait qu'il n'a jamais voulu inculper les autres suspects
sérieux, juste le temps d'instruire et de les libérer,
s'il y a lieu. Nous avions insisté sur l'impact
psychologiquement positif qu'un tel acte allait produire
sur la procédure. Sa réponse n'a jamais
été claire sur cette question. En revanche,
sur le projet de constituer un collège de juges
pour prendre le dossier en main, suggestion faite en son
temps, aussi bien par les magistrats eux-mêmes que
la Conseil économique et social, il m'a toujours
dit n'y voir aucun inconvénient.
Dans cette affaire, comme on le voit, le juge d'instruction
peut difficilement affirmer qu'il n'avait pas d'éléments
concordants pour continuer l'instruction. Marcel Kafando,
même s'il ne l'a pas dit dans un procès-verbal,
a toujours dit au juge, qu'il savait comment le crime
a été commis. Il a dit à plusieurs
reprises au juge : " Si je vais mieux, je vais demander
l'autorisation et nous allons boucler cette affaire en
très peu de temps ". Il a aussi fréquemment
dit au juge instructeur que " c'était une
affaire entre militaires
J'ai besoin d'une autorisation
militaire, sinon, ce sont des civils qui ont fait ça
". Quand le juge lui propose de continuer à
nier sur le procès-verbal, mais de lui donner suffisamment
d'informations pour qu'il puisse conduire l'instruction,
sans que sa hiérarchie ne le sache, Marcel Kafando
a répondu : " Vous vous trompez, on le saura
". Quand le juge lui demande alors pourquoi continuez-vous
à couvrir des gens, il répond : " Parce
que tout finit par passer et les gens oublient vite. Au
lendemain du 15 Octobre, tout le monde insultait Blaise
Compaoré. Mais après, tous l'ont rejoint
".
On peut donc dire que le non-lieu de Marcel Kafando est
en réalité un non-lieu dans l'affaire Norbert
Zongo. Les procureurs qui devaient naturellement s'indigner
de l'aboutissement de la procédure, et faire même
appel, sont ceux-là qui défendent le non-lieu.
Ils le justifient même. Ils nous font croire que
toute la procédure était montée sur
la seule base du témoignage à charge d'un
témoin. Ce dernier s'étant rétracté,
c'est fini. Monsieur les procureurs, juste une question
: " Pourquoi fait-on prêter sermon aux témoins
? " Si une rétraction intervient huit ans
après, n'est-il pas de votre devoir d'insister
pour comprendre ce qui est advenu ? N'était-il
pas indispensable de confronter Racine Yaméogo
aux membres de la Commission d'enquête indépendante,
devant qui il avait affirmé ne pas être en
mesure de confirmer l'emploi du temps de Marcel Kafando
le 13 décembre1998 ?
Et puis, franchement, Monsieur le Juge Ilboudo, quand
vous dites que " même les suspects sérieux
désignés par la commission d'enquête
indépendante ont été tous couverts
par les témoignages de leur proches
"
(Extrait de l'ordonnance de non-lieu du 18 juin), est-ce
que vous êtes sérieux ? Peut-on vraiment
reprocher à un proche de mentir pour couvrir un
des siens en difficulté ?
Mais enfin ! Le dossier Norbert Zongo, en ce qui concerne
son aspect judiciaire, c'est terminé. Comme disait
Marcel, avec beaucoup de lucidité : " Les
Burkinabè oublient vite ". Mais peut-on vraiment
s'asseoir sur un dossier comme celui-là ? Où
est-ce un prétexte pour ouvrir une autre initiative
de résolution du dossier ? Même si les interlocuteurs
sont tous " finis ", Alidou Ouédraogo
est malade et interné à Paris grâce
à la générosité de Kanazoé,
un des hommes du régime, les politiques de l'opposition
sont totalement discrédités, il n'est pas
possible de fermer un dossier comme cela, sans ouvrir
une autre alternative
Newton Ahmed Barry
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Insoutenables
images des restes de Norbert Zongo

Norbert reduit en un tas de chair carbonisé.
On peut distinguer le reste des pieds brûlés
et son crâne.
C'est comme si c'était hier. On n'avait
jamais vu cela dans l'histoire de notre pays. Norbert
Zongo et ses trois compagnons ont été
tués et brûlés. Mais quand on
dit cela, on ne peut se représenter l'horreur
des faits. C'est pourquoi nous reprenons pour vous
la description du médecin légiste.
En réponse à la réquisition
de monsieur le commissaire de Sapouy, le médecin
du Centre médical de Léo a produit
un rapport sur la nature de la mort des sieurs Norbert
Zongo, Ilboudo Blaise, Zongo Yembi Ernest et Nikiéma
Ablassé.
De ce rapport dressé par monsieur Guira Oumar,
médecin, il ressort que " nous avons
effectivement procédé à l'examen
corporel à la faveur d'une levée de
corps sur les lieux et certifions en toute âme
et conscience ce qui suit :
Sur les lieux se situant à environ 7 km de
la ville de Sapouy en allant vers Léo, nous
avons trouvé un véhicule à
la carrosserie brûlée et divers éléments
à l'extérieur.
A l'extérieur du véhicule, un corps
inanimé à environ deux (02) mètres
du véhicule côté chauffeur et
tête orientée vers l'Est. La corpulence
forte de teint noir et les cheveux crépus.
L'intéressé portait un pantalon jean
brûlé jusqu'à la mi-cuisse,
un tee-shirt jaunâtre en partie brûlé,
des chaussures basket noires en parties brûlées,
une montre à l'avant-bras.
L'examen externe notait au niveau du crâne
et de la face trois plaies linéaires d'environ
1,5 cm de long, un affaissement des globes oculaires.
Le crâne et la face étaient souillés
de sang séché.
On notait sur le reste du corps une coexistence
de lésions de brûlures de 2e et de
3e degrés siégeant surtout dans la
moitié inférieure du corps, à
l'hémi thorax et l'hémi abdomen gauches
estimée à une surface corporelle de
27% environ. Ce corps correspondrait à celui
de monsieur Nikiéma Ablassé.
L'intérieur du véhicule était
complètement brûlé avec tous
les éléments qui s'y trouvaient ;
l'inspection a permis le constat de trois (03) corps
avec les caractères suivants :
Corps calcinés
Désolidarisation du squelette surtout des
membres
Une disparition des traits anthropométriques
empêchant toute identification objective des
corps.
Des ossements divers plus ou moins calcinés
et parfois réduits en cendre souvent difficile
à identifier.
L'examen individuel des corps a permis de révéler
:
un premier corps retrouvé au niveau du siège
avant côté passager calciné
en décubitus dorsal, tête vers l'arrière
et le reste des deux armes calcinées entre
les membres inférieurs. On observait une
désolidarisation du squelette au niveau des
cuisses droite et gauche mettant à nu des
extrémités fémorales calcinées,
une désarticulation du poignet gauche tandis
que le tiers inférieur de l'avant-bras droit
était désolidarisé par la calcination.
Le crâne était calciné et présentait
de fissures éparses. Le gril costal entièrement
calciné à sa base droite mettait à
nu un foie brûlé et homogène
et la base pulmonaire droite. Après avoir
fait sortir le corps du véhicule, s'est produit
un éclatement de la boîte crânienne
lors de la manipulation laissant épandre
un tissu cérébral. Les traits physiques
étaient méconnaissables. Cependant,
selon l'entourage, ce corps correspondait à
celui de Norbert Zongo.
Un deuxième corps sur le siège arrière
étendu plus ou moins en décubitus
latéral droit, également calciné.
Les membres inférieurs droit et gauche étaient
désolidarisés à l'union tiers
moyen tiers inférieur des cuisses. Les membres
supérieurs étaient coupés du
tiers inférieur des avants-bras. Toutes les
extrémités étaient calcinées.
Le crâne était calciné avec
de nombreuses fissures. Ce corps physiquement méconnaissable
correspondrait à celui de Monsieur Ilboudo
Blaise.
Un troisième corps disposé en décubitus
dorsal entre les sièges avant et arrière,
tête orientée vers le côté
du chauffeur. Ce corps était également
calciné. Une fois à l'extérieur
du véhicule, on notait de fissures linéaires
de la boîte crânienne laissant suinter
du sang. En outre, on notait des anses intestinales
brûlées émergeant à travers
une ouverture abdominale à bords calcinés
sur une bonne partie de la paroi antérieure.
Ce corps méconnaissable serait celui de monsieur
Zongo Yembi Ernest. "
La description faite par le médecin légiste
donne, plus que la photo, l'ampleur de l'horreur.
Les termes sont techniques, mais on aura remarqué,
par exemple que pour ce qui concerne Norbert Zongo,
il a tellement brûlé que lorsqu'on
a voulu le sortir de la voiture, son crâne
a éclaté déversant son cerveau
liquidifié tout autour.
Voilà ce qui est advenu à Norbert
et à ses camarades. Si notre justice n'est
pas capable de leur faire droit, elle devrait avoir
la décence d'éviter des explications
ignominieuses
Newton Ahmed Barry
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"J'ai
peur pour notre avenir!"
J'écris pour vous
faire peur. J'ai moi-même peur. Tous les citoyens
burkinabè devraient avoir peur. Pourtant,
ce qui me fait écrire n'est pas la peur.
C'est bien plus. C'est le mépris que nos
magistrats ont pour nous qui m'a décidé
à prendre encore mon stylo.
Lorsque le 13 décembre 1998, Norbert Zongo
a été assassiné, le Procureur
du Faso, Dramane Yaméogo, après s'être
rendu sur les lieux du crime, a fort opportunément
ouvert une enquête contre X puisque personne
n'était alors directement mis en cause. En
mai 1999, la Commission d'enquête indépendante
rend public son rapport dans lequel elle épingle,
sans équivoque, six sérieux suspects,
tous membres de la garde présidentielle.
Ce dossier a été transmis au juge
d'instruction Wenceslas Ilboudo déjà
en charge du dossier d'assassinat de Norbert Zongo
contre X. Courant 2001, le juge d'instruction inculpe
Marcel Kafando. Puis coup de théatre, le
19 juillet 2006, il rend une ordonnance de non-lieu.
Cette décision pose de nombreuses questions,
surtout après les explications du Procureur
Général et du Procureur du Faso.
L'inculpation
du seul Marcel Kafando
Dans son rapport, la CEI a désigné
six " sérieux suspects ". Pour
la CEI, il existait contre eux des charges sérieuses
d'avoir commis le crime. Il me semble que pour une
instruction crédible, le juge d'instruction
se devait de les inculper. Leur inculpation viserait
d'abord à les soustraire des pressions, ensuite
à éviter qu'ils n'influencent les
témoins et enfin à leur permettre
de bénéficier des droits de la défense.
En effet, contrairement au témoin qui prête
serment de dire la vérité, l'inculpé
n'est pas obligé de participer à sa
propre condamnation. Il a droit à l'assistance
d'un avocat. Mais ce ne fut pas fait. Pourquoi ?
Je ne le sais pas. Le saurait-on un jour ?
La
rétractation de Jean Racine Yaméogo
Pourquoi s'est-il rétracté ? Je ne
le sais pas non plus. C'est l'enquête qui
devait nous éclairer. Malheureusement, il
me semble que cette question que commande le simple
bon sens n'a pas effleuré l'esprit de nos
magistrats. Il n'y a qu'à voir la jubilation
qui se dégageait du visage du Procureur du
Faso à la télévision pour s'en
convaincre. Certes, comme l'a si bien dit le Procureur
du Faso lui-même, il est difficile de se rappeler
de ce que l'on a fait il y a quatre mois. L'ennui,
c'est qu'il accorde volontiers le droit à
l'oubli et à l'imprécision à
Marcel Kafando tout en le refusant au témoin
Racine. N'est-ce pas que c'est seulement le 31 mai
2006, soit huit ans après les faits, que
Racine a été dubitatif ? Et, ce sont
des magistrats visiblement satisfaits qui annoncent
que ce doute doit bénéficier à
l'accusé.
Le doute profite à
l'accusé
Oui en droit, le doute profite à l'accusé.
Seulement, je pensais que cela signifiait que lorsque
la matérialité des faits et leur imputation
à l'auteur ne sont pas établies hors
de tout doute raisonnable, alors l'accusé
ne peut être retenu. Je ne savais pas que
les choses étaient aussi simples. X déclare
qu'il a vu Y commettre un crime, on l'inculpe et
s'il ne connaît personne, on le détient
à la Maco. S'il est content ou mécontent,
c'est selon, il revient voir le juge pour dire qu'il
n'est plus sûr et la procédure tombe.
Non Messieurs les Magistrats ! Que Racine doute
de ses propos ne signifie pas qu'il y a doute sur
l'existence de charges suffisantes contre Marcel
pour justifier son renvoi devant la Chambre de jugement.
Le
non-lieu
Selon le procureur général, l'ordonnance
de non-lieu ne met pas fin à la procédure,
le dossier peut être repris en cas de charges
nouvelles. Erreur ! Ce n'est pas possible. Souvenez-vous
messieurs les magistrats que l'enquête a été
ouverte contre X. Dans ce cas, un non-lieu met irrémédiablement
fin à la procédure. On ne peut plus
revenir sur le dossier. Bien sûr qu'un autre
délai de prescription court à partir
de la décision et qu'une procédure
est toujours possible à ouvrir. Mais entendons-nous,
cela ne signifie pas que le dossier actuel n'est
pas clos. L'ordonnance de non-lieu a dessaisi le
juge d'instruction.
Vous m'aurez compris, j'ai peur car ce qui vient
d'être écrit crève les yeux.
Il est connu de nos magistrats qui, mieux que moi,
l'ont appris au cours de leur formation. Ils ne
le sauraient pas que ma peur en sera plus grande.
Si donc nos magistrats sont au sérieux, alors
il n'est franchement pas besoin de les former à
coups de milliards car avec ça, tous les
Burkinabè doués de raison peuvent
être juges.
Oui j'ai peur ! Et, comme moi, vous devez avoir
peur car, nul n'est à l'abri de notre justice.
Un grain d'espoir quand même. L'avenir des
juges qui ont géré ce dossier nous
dira si leur légèreté a été
délibérée ou non
Il y a à peine trois mois, le Comité
des droits de l'Homme jugeait, à propos de
l'affaire Sankara, que : " la Cour suprême
n'a pas respecté l'obligation de respect
de la garantie d'égalité de tous devant
les tribunaux
et des principes d'impartialité,
d'équité et d'égalité
implicites dans cette garantie". Cette décision
a choqué plus d'un, car la Cour suprême,
comme son nom l'indique est la juridiction ultime
au Faso. Sa mission est d'assurer le respect du
droit par les juridictions du Burkina. Que dire
si c'est la même qui viole allègrement
la loi ? On a donc pu rêver légitimement
que cette décision blesse nos magistrats
dans leur amour propre, et entraîne un sursaut
d'orgueil de leur part. Mal nous en prend. L'ordonnance
de non-lieu dans l'affaire Norbert Zongo nous dévoile
le vrai visage de notre injustice, pardon de notre
Justice.
Que Dieu sauve la Justice du Burkina Faso.
Justin Kaboré
Enseignant du supérieur
Ouagadougou
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