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Dossier
Etre Homosexuel au Burkina 
| Un
Homme peut-il aimer son camarade garçon? La
société traditionnelle et ses homosexuels Chretiennété
et islam: L'Homosexualité, le péché à combattre L'Hétérosexualité,
pratique devenue norme sociale | Il
n'est pas facile de parler d'homosexualité. Particulièrement dans
nos sociétés encore très à cheval sur certains principes
fondateurs de la société humaine. Même dans les milieux a
priori ouverts sur le monde extérieur : chercheurs, enseignants de l'Université
de Ouagadougou, députés, citoyens dits "cultivés"
on évite soigneusement la question. Et pourtant, elle est là
à nos portes. Même si Ouagadougou n'est ni Sodome ni Gomorrhe, ces
symboles impis de la fornication dont parle la Bible, et même s'il n'y a
pas encore de " gay pride " sur l'avenue Bassawarga ou Kwamé
Nkrumah, il convient d'en prendre conscience : l'homosexualité existe bel
et bien au Pays des Hommes intègres. Pour s'en convaincre, une sortie nocturne,
sur l'avenue Kwamé Nkrumah, renseigne sur la présence d'une "
communauté homo " au Faso. Pauvre Simon ! Et dire qu'il n'y a pas
longtemps, ce sont les prostituées femmes qu'il voulait déloger
de ces lieux. Faut-il faire comme s'il n'y a rien ? Comme si le phénomène
n'existait pas? Les " puritanistes " seront très sûrement
enclins à faire comme si le phénomène n'existait pas. Comme
si en parler c'était en soi faire exister le phénomène. Dans
une société démocratique, la meilleure façon de traiter
les problèmes, c'est d'en parler. Et c'est ce que nous avons choisi de
faire. Dans les années 1970, au Burkina Faso, la minijupe était
bannie et les filles qui la portaient étaient très mal vues. Un
arrêté ministériel sous le régime Lamizana l'avait
frappée d'interdiction. Cette décision n'a pas connu d'abrogation
jusqu'à nos jours, mais elle n'expose plus la femme en muni jupe à
la vindicte populaire. La société évolue et les murs
avec. A l'exemple de la mini, peut-être que dans quelques années,
l'homosexualité sera aussi " une banale affaire ". Même
si nous convenons que homosexualité et mini, ce n'est pas pareil.
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Un
homme peut-il aimer son camarade garçon ? |
 | La
question vaut aussi pour la femme qui aimerait une autre femme. Dans une société
où la sexualité est réservée à la reproduction,
donc à la pérennisation de l'espèce, l'homosexualité
ne peut être acceptée. Elle signifierait stérilité
et mort de l'espèce. Pour l'instant, le plaisir n'est pas le but premier
de l'acte sexuel, c'est un adjuvant. Au-delà de la répugnance pour
l'homosexualité, il y a un acte de conservation, de préservation.
Par
Ramata Soré
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Cheveux noirs
coupés à ras, moustache et barbe, superbement taillés, forment
une couronne autour de la bouche. Une raie de toisons sous la lèvre inférieure
renforce les signes de virilité de Henri, un nom d'emprunt, jeune burkinabè
de 26 ans. Il vient de prendre une douche. Une serviette autour de la taille,
Henri se pommade le corps qui n'est ni trop maigre ni trop gras. Un tricot noir
moulant fait ressortir son buste. Homosexuel, Henri l'est depuis l'enfance. En
cette soirée du mercredi 16 février 2005, la concession familiale
de Henri est inondée par la pénombre. Tout au fond, des rayons lumineux
jaillissent d'une chambre sur la porte ouverte. Les murs de cette chambre sont
d'un bleu ciel immaculé dont les bords inférieurs sont peints en
marron. Un matelas, enveloppé dans un drap gris, est posé sur le
sol recouvert d'un tapis bleu turquoise aux motifs carrés. Une fille et
un jeune homme affalés y font la causette. Eux également sont homosexuels.
A l'angle gauche de la pièce, sur une table, se trouve une grande valise
pleine de vêtements soigneusement rangés. A l'angle droit est posé
un énorme pot en paille avec à l'intérieur, des balaies décoratifs
multicolores à dominance rouge. En haut, deux étagères. L'une
est en verre. Sur elle, sont posés des verres de champagne, et de vin,
etc. L'autre en bois peint en blanc, une petite boîte blanche en carton,
une gamme variée de pommades corporelles pour femme, des flacons de parfum.
De femme, il n'y en a point dans cette chambre, du moins c'est Henri la femme.
"J'ai un corps d'homme mais je suis femme dans ma tête. Je raisonne
comme une femme", précise-t-il, de sa voix douce. Sa féminité,
il la montre et la vit, en nouant un pagne ou une serviette autour des reins lorsqu'il
est à la maison, par une démarche ondulante avec des gestuelles
sensuelles, par le fait de se pommader... "Nous avons grandi ensemble dans
le même quartier et je l'ai toujours connu efféminé",
déclare l'un de ses amis d'enfance. Ayant, quatre frères et surs,
tous hétérosexuels, Henri est le seul de sa famille à aimer
les hommes et à avoir des relations sexuelles avec eux. Pour lui, il est
"né homosexuel". Annick, avec son prénom de circonstance,
est une jeune fille de 32 ans. Elle est lesbienne, c'est-à-dire qu'elle
a des rapports intimes avec une autre fille. Il y a cinq ans de cela, une nuit,
elle surprend son petit ami dans les bras d'une fille. C'est la déception.
Les larmes aux yeux, elle court se confier à l'une de ses amies. De consolatrice,
cette dernière, dès ce moment, remplace le petit copain infidèle.
"Depuis le regard des garçons m'insupporte et je les hais!",
lance Annick. Maintenant poursuit-elle, elle a "un prince charmant [c'est
une fille] qui me fait vivre une romance faite de simplicité. Nous nous
aimons sincèrement. Et je sais qu'il ne me trahira pas". Le
rejet de la société Le plus difficile pour les homosexuels
n'est pas tant leurs pratiques sexuelles, mais le fait de s'accepter et de faire
leur coming-out. Autrement dit, se faire admettre par la société
en se montrant au grand jour en tant qu'homosexuels et assumer leur homosexualité.
Cette impossibilité de s'afficher se révèle très douloureuse
pour eux. "Ce n'est pas facile de vivre son homosexualité et d'en
parler à quelqu'un. Ni à sa famille, ni à ses amis. Personne
ne peut comprendre ce que c'est qu'être homosexuel! Les rares personnes
qui le savent me demandent pourquoi une belle fille comme moi couche avec une
autre fille", affirme Annick qui auparavant n'avait jamais eu d'attirance
pour d'autres femmes. "Tout parent voudrait que son enfant suive la norme
de la société. " " Les miens le prenaient très
mal et ne concevaient pas que je sois homosexuel", confie Henri. A l'école
primaire, du fait qu'il était un garçonnet efféminé,
il a été la risée de ses camarades de classe et des autres
enfants du quartier. C'est à l'age de 14 ans qu'il prend conscience de
sa situation. "Une fois que j'ai su que j'étais homosexuel, je me
suis accepté et j'ai assumé" dit-il. La norme de comportement
sexuel au Burkina Faso est l'hétérosexualité. Face donc à
l'homosexualité, les attitudes varient de l'incompréhension, à
l'exclusion. "Moi homme, en regardant une femme bien habillée, j'y
trouve un certain plaisir et j'ai des sentiments. Et je n'arrive pas à
comprendre que certains hommes désirent d'autres hommes. Si telle était
l'attitude de leurs parents, seraient-ils nés?", se demande Aboubacar,
étudiant en droit. Avant de renchérir : "Je pense qu'il faut
enfermer tous ces homosexuels. Ce sont des malades. D'ailleurs, le député
burkinabè, qui osera voter une loi afin que notre société
reconnaisse l'homosexualité, fera une insulte au genre humain. Il ne mérite
pas sa place à l'Assemblée nationale". Marianne, enseignante
de profession et croyante, dénonce les efforts de certaines personnes "à
démontrer que l'homosexualité est une chose naturelle, et qu'à
côté des hétérosexuels, il y a les homosexuels, comme
il y aurait, par exemple, les Blancs et les Noirs. J'ai naïvement, toujours
pensé que l'homme et la femme allaient si bien ensemble, et qu'ils étaient
faits l'un pour l'autre". Léon pense qu'il faut éradiquer l'homosexualité
avec le soutien du droit en prenant en compte les aspirations du peuple. "Or
les aspirations du peuple burkinabè en matière de relation, c'est
le mariage homme-femme". Patrick, lui a été désappointé
: "j'ai été déçu de découvrir qu'une personne
que j'estime beaucoup est homosexuelle. Dès cet instant, j'ai eu de la
peine pour lui et pour moi parce que je ne peux pas comprendre qu'en Afrique,
un jeune homme beau, élégant soit homosexuel". Pour Dieudonné,
imprimeur, les homosexuels : "sont des malades qui, à force de copier
le Blanc deviennent moins que des animaux. Ils ont perdu la raison. Les animaux
sont encore mieux que ces personnes car je n'ai jamais vu deux chiens ou deux
chattes s'accoupler. Les rapports qu'ils entretiennent sont des actes contre nature
qu'il faut réprimer avec la dernière énergie". Pour
certaines personnes, l'homosexualité est le résultat de la dégradation
des murs face à un système éducatif destructeur qui
n'exalte pas les valeurs des sociétés traditionnelles burkinabè
et ne fait que pousser les jeunes à consommer aveuglement tout ce qui vient
de l'Occident. Ce rejet de l'homosexualité, de l'appréciation personnelle,
va jusqu'à à la discrimination, à l'agression verbale et
physique. "Une fois, nous sommes allés dans un bar et on a refusé
de nous servir parce que nous étions gays", dénonce Henri.
Les homosexuels ne fréquentent pas de lieux de divertissement qui leur
sont propres. Mais lorsqu'ils prennent l'habitude d'un lieu, cet endroit est étiqueté
et les personnes qui ne veulent pas les côtoyer désertent ces lieux.
Ils se plaignent également du harcèlement policier. Les personnes
qui stigmatisent les homosexuels (gays ou lesbiennes) sont appelées homophobes
par les homosexuels. L'homophobie, comme la définit Annick, "est le
fait de déconsidérer et de dévaluer la sexualité des
hommes qui font l'amour entre eux, ou des femmes entre elles". Mais on
trouve aussi des Burkinabè tolérants qui essayent de comprendre
le comportement des homosexuels en analysant le contexte mondial. "Du moment
que l'être humain a pu modifier sa sexualité par l'usage des contraceptifs,
pour ne pas agir comme les animaux programmés pour avoir des rapports sexuels
et dès lors que l'on considère que l'amour n'est plus un moyen de
la procréation mais un moyen de plaisir, on ne peut pas considérer
l'homosexualité comme une déviance, car la procréation n'est
plus l'élément essentiel dans les rapports sexuels, c'est le plaisir.
Si l'on part du postulat que faire l'amour, c'est procréer, en ce moment,
l'on peut dire que l'homosexualité est une déviance. Or ici, ce
n'est pas le cas. Si une personne ne trouve pas son plaisir avec une autre de
même sexe qu'elle, pourquoi lui interdire cela", soutient Luc Ibriga,
enseignant à l'Unité de recherche et de formation en sciences juridiques
et politique de l'Université de Ouagadougou. Quelques personnes restent
indifférentes à la pratique homosexuelle. "Si c'est leur nature,
il n'y a pas à être spécialement fier d'être homosexuel,
pas plus que d'être hétérosexuel", lance serein, Madi,
fonctionnaire. D'autres émettent des inquiétudes. "Chaque citoyen
doit assumer sa part de responsabilité par rapport à ce phénomène,
sinon cela sera un désastre pour notre société et ce, lorsque
ces homosexuels profitant de la tolérance et de l'indifférence vont
commencer à réclamer des droits". Pour l'heure, les homosexuels
burkinabè ne pensent pas à une quelconque revendication de droits.
"La société burkinabè est vraiment homophobe et elle
n'est pas prête à nous laisser nous exprimer. Ce qui fait que nous
sommes discrets", constate Henri. A force de subir les différents
types de discriminations, Henri ne s'en émeut plus. Ce qui importe pour
lui, c'est l'attitude de ses parents à son endroit. "Par amour pour
moi, ma mère, mes frères et surs ont fini par accepter mon
homosexualité". "Si tu écoutes les autres, tu pleures
dans un coin toute ta vie, donc, ça ne sert a rien de les écouter.
Je suis ce que je suis", dit Annick en hochant les épaules. Ils mènent
leur vie comme tout le monde. Même, l'amour fait partie de leur épanouissement.
De l'amour comme chez les hétérosexuels
"C'est
pas parce qu'on est homosexuel qu'on n'est pas humain, ce n'est pas parce qu'on
est gay qu'on est anormal. Nous sommes comme les autres", soutient Henri.
Pour lui tout comme pour Annick, le fait que dans un couple homosexuel "
masculin ", l'un des partenaires se comporte comme une femme et l'autre comme
un homme est pour suivre la nature des choses. "La sexualité, disent-ils,
ne définit pas la qualité de l'Homme. Tout se passe dans la tête".
Puis Henri de renchérir, "moi par exemple, je suis efféminé
et dans mon couple, je suis la femme. J'ai besoin d'un homme qui va m'aimer, qui
va s'afficher avec moi et me présenter comme sa femme". Les homosexuels
aiment donc un partenaire comme les hétérosexuels aiment le leur.
Très souvent les homosexuels burkinabè ont pour partenaires "des
Européens parce qu'avec eux, au moins, on se sent à l'aise. J'ai
vécu 5 ans avec un Français et dans ses bras, je me sentais femme,
aimée, dorlotée. Avec les Noirs, ce n'est pas possible. Ils sont
avec toi juste parce qu'ils veulent coucher mais refuse de s'afficher", se
désole Henri. Certains gays ou lesbiennes burkinabè tentent aussi
de dissimuler leurs préférences sexuelles en épousant une
femme ou un homme pour déjouer la vigilance de la société.
Ni Annick ni Henri ne comptent avoir ou adopter des enfants. Pour eux : "la
société burkinabè est homophobe. Avoir un enfant ou en élever
serait le marginaliser avec les moqueries, les insultes, les actes discriminatoires
".
Et Aboubacar de s'écrier : "Qui va accoucher afin qu'eux, ils adoptent
?" Notre contexte social n'est pas favorable et prêt à accepter
que les homosexuels revendiquent le droit de se marier ou d'avoir des enfants
comme sous d'autres cieux. Tout comme, il y a des prostitués hétérosexuels,
il en existe également homosexuels fréquentés par des hommes
ou femmes mariés, par des solitaires ou aventuriers d'un soir. De fait,
il y a des homosexuels qui couchent juste pour le plaisir, les fantasmes, satisfaire
une curiosité, ou par vice. D'autres le font tout simplement pour de l'argent.
"Nous ne considérons pas ces personnes comme homosexuels car l'homosexualité
ne se résume pas à une pratique sexuelle, ce n'est pas un métier,
c'est un mode de vie", martèle Henri. Dans notre société,
l'hétérosexualité est identifiée comme la norme sexuelle.
A peine si l'on parle de l'homosexualité. Pourtant, les homosexuels existent.
L'arrivée timide et discrète de la communauté transgenre
(transsexuel, travestie
), où chacun se définit en fonction
du genre psychique qu'il ressent comme le sien, et ce, sans considération
de ses organes génitaux, va tout déranger
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Chrétienté
et Islam : L'homosexualité, le péché à combattre L'Abé
Valentin Nandnaba |  l'Imam
Adama Sakandé
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Le
terme de sodomie vient du nom de la ville de Sodome. L'histoire de Sodome et de
Gomorrhe, selon la Bible et le Coran, révèle que Dieu a détruit
ces deux villes en faisant pleuvoir sur elles, du feu et du soufre. Pourquoi donc
? Selon les deux livres saints, c'est parce que : "Le cri contre Sodome et
Gomorrhe s'est accru, et leur péché est énorme ". Les
vieillards et les enfants dont Lot était le prophète, "lui
dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit
? Fais-les sortir vers nous, pour que nous les connaissions ". Genèse
19.5. Dans la Bible, "connaître" est utilisé dans le sens
d'avoir des relations sexuelles. Lot comprit leurs intentions et proposa des membres
de sa famille : "Voici, j'ai ici deux filles qui n'ont point connu d'homme;
je vous les amènerai dehors, et vous leur ferez ce qu'il vous plaira. Seulement,
ne faites rien à ces hommes puisqu'ils sont venus à l'ombre de mon
toit". Genèse 19.8. La punition contre ceux qui pratiquent l'homosexualité
est la mort, c'est pourquoi Dieu a détruit par le feu Gomorrhe et Sodome,
villes où l'homosexualité était largement pratiquée. El
hadj Adama Sakandé, premier vice-président de la communauté
musulmane du Burkina affirme que "l'homosexualité qu'elle soit pratiquée
par une femme ou par un homme, est sanctionnée par la loi islamique, la
Charia". Et cette sanction n'est rien d'autre que la mort. Dans l'Ancien
testament ou Loi de Moïse, en Lévitique18.22., il est écrit
: "Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est
une abomination ". En Lévitique 20.13. , tous ceux qui s'adonnent
à cette abomination seront "
punis de mort : leur sang retombera
sur eux". Dans le Nouveau Testament en 1 Corinthiens 6.9-10, Paul a écrit
: "Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume
de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, ni les idolâtres,
ni les adultères, ni les efféminés, ni les homosexuels, ni
les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs,
n'hériteront le royaume de Dieu". Aucun verset biblique n'utilise
le terme homosexuel, selon l'abbé Valentin Nandnaba. Et d'expliquer "la
Bible nous parle du mariage, de l'union entre une femme et un homme. C'est pourquoi
il est dit que l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera
à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Les personnes qui
pratiquent l'homosexualité, l'Eglise leur demande de cesser d'être
chrétiens car elles sont toujours en état de péché
mortel". Le Vatican affirme que les pratiques homosexuelles sont des "péchés
gravement contraires à la chasteté", condamnés par les
écritures. Le Saint siège voit, dans l'homosexualité, "un
instrument du diable menaçant la société
une nouvelle
idéologie du mal, peut-être plus insidieuse
". L'Islam
et la chrétienté burkinabè rejètent l'homosexualité.
Ils ne sont pas prêts à accueillir en leur sein des homosexuels.
Pourtant, certains homosexuels sont profondément croyants. "Je suis
[croyant] et pécheur comme toute créature. Je sais que la religion
interdit ce que je fais. Mais cela ne veut pas dire que ma religion me bannit.
Lorsque, j'y vais j'essaie de ressembler aux autres croyants", avoue Henri,
un homosexuel. La Bible et le Coran sont, certes, des repères mais
les religions subissent l'évolution sociale. Le sentiment religieux, qui
s'est fortement effrité en Europe, soutient Marc, ex-séminariste,
est à l'origine de la forte propension de leurs citoyens à l'homosexualité
: "Ils n'ont plus de repères religieux, car ils ne croient plus en
Dieu, pas plus qu'à la Bible et au Coran. Et lorsqu'une personne n'a plus
de repère, elle agit comme elle le désire. Cet effritement commence
en Afrique et notamment au Burkina Faso. Il nous faut donc faire attention et
vite agir pour empêcher
". Pour combattre l'homosexualité,
Marc propose donc le rattachement de l'homme à Dieu avec le respect des
dix commandements divins. El hadj Adama Sakandé de la communauté
musulmane préconise : "d'inculquer aux enfants les valeurs culturelles
et spirituelles, de respecter les principes d'éducation édictés
par le Prophète Muhammad : de 0 à 7 ans, jouer avec l'enfant car
il n'a pas la raison très développée. De 7 à 14 ans,
l'éduquer en lui apprenant à faire ses prières, le jeûne.
C'est à cet âge qu'on sépare les garçons et les filles.
Les garçons doivent avoir les couchettes et les filles les leurs. Les enfants,
dès lors, s'identifient aux rôles liés à leur sexe".
Ramata Soré
La
société traditionnelle et ses homosexuels | "Certaines
personnes auraient tendance à dire que l'homosexualité n'existe
pas chez nous, je n'en suis pas sûr. Partout, il y a des hommes et partout
où il y a des sociétés, l'homosexualité a sûrement
existé", prévient Philipe Somé, psychologue. Pour l'enseignant
Marius Luc Ibriga : "dans les milieux clos comme les internats de filles,
de garçons, les prisons
, il y a des tendances homosexuelles qui s'expriment
par des attouchements parce qu'à un certain moment l'Homme exprime le besoin
de se lier à un autre, d'avoir des sentiments avec un autre et si à
côté, il n'y a pas de sexe opposé, une fille ou un garçon,
l'intéressé s'attache à une personne de même sexe que
lui... ". L'homosexualité "peut exister de manière
transitoire dans l'évolution de la personne. Elle peut se manifester pendant
l'adolescence puis disparaître. Elle peut se pratiquer dans certains milieux
clos, entre hommes ou entre femmes et disparaître quand ces milieux deviennent
ouverts. Elle peut être une pratique exclusive chez certaines personnes.
Elles optent définitivement pour telle préférence plutôt
que pour telle autre. Cela se fait indépendamment de la société",
selon le psychologue Philipe Somé. Dans, certaines sociétés
burkinabè, les gardes chargés de surveiller les épouses du
chef, subissaient les rituels de féminisation. Ils ont les cheveux tressés,
portent des boucles et des pagnes
L'homosexualité, dans d'autres
sociétés, était un rituel accompli par des initiés
ou "avait une fonction exutoire", déclare Philipe Somé,
psychologue. Selon Luc Ibriga, enseignant à l'Université de Ouagadougou,
"l'homosexualité a été combattue de la manière
la plus féroce, ce qui fait que même ceux qui avaient des penchants
homosexuels ne pouvaient pas l'exprimer ouvertement". Des sociétés
ont créé des garde-fous pour contrôler ce travers. On assiste
alors dans certaines cérémonies rituelles à des inversions
de rôles, où l'homme devenait femme et la femme homme. "La société
cherche toujours à contrôler, à maquiller et créer
une sorte de théâtralisation pour récupérer ces risques
de déviance", renchérit un sociologue. Dans la tradition, la
pratique homosexuelle était également camouflée par le fait
que les intéressés se sont toujours mariés et avaient des
enfants. L'homosexualité est considérée comme une déviance,
par rapport à la norme établie dans la société. Et
quand cette déviance dérange, les sphères et structures sociales
s'y opposent et cherchent à contrôler ses membres par la ruse, l'écoule
pour assurer le bon fonctionnement de la société. Dans le passé,
l'homosexualité était considérée comme un comportement
anormal et occasionnel, et non comme l'identité exclusive de certains individus.
On savait que certaines personnes pratiquaient occasionnellement la sodomie, bien
que cela soit condamné par la religion et par la société,
mais il ne venait à l'esprit de personne qu'on pouvait être exclusivement
homosexuel. A travers l'histoire et les civilisations, cette pratique sexuelle
a été diversement traitée, parfois valorisée culturellement,
souvent honnie et condamnée. "Comme toutes les minorités, les
homosexuels ont été traités tout au long de l'histoire au
gré des idéologies, des peurs et des fantasmes, des intérêts
surtout de la majorité dominante", conclut un sociologue Ramata
Soré
En Grèce, une pratique réservée
à l'élite Dans la Grèce antique, on considérait
que l'être humain en tant qu'homme de raison devait surpasser la pulsion
sexuelle qui prône la reproduction de l'espèce. Les érudits
ou intellectuels grecs s'adonnaient donc à l'homosexualité afin,
selon eux, de surmonter la nature et d'imposer à celle-ci ce qu'ils voulaient.
L'homosexualité n'était que la conséquence de ce que l'homme
a : la raison et l'intelligence. C'est en cela que dans la Grèce antique,
ceux qui étaient homosexuels faisaient parties des classes les plus cultivées,
les plus aisées.
Homosexualité et langage C'est
en 1869 que le terme "homosexualité" a été utilisé
pour la première fois par un médecin hongrois. Les termes "homosexualité",
"hétérosexualité" avaient pour but de décrire
les types de comportements sexuels. Dans les années 70, les homosexuels
américains ont adopté le terme "gay". Leur intention :
affirmer que l'homosexualité engendre la joie et qu'elle n'est pas une
"perversion", ou une "déviation". La "Gay pride",
c'est le sentiment de honte des homosexuels mué en fierté. Ils inventent
alors le vocable homophobes pour définir les personnes qui ne les aiment
pas et retournent donc l'accusation de désordre mental portée contre
eux, à toute personne hostile à l'homosexualité. Depuis 1974,
cette pratique sexuelle n'est plus considérée comme une maladie
et ne fait donc plus partie du domaine médical. RS
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L'hétérosexualité,
pratique devenue norme sociale
 | Pour
Philippe Somé, psychologue exerçant à Ouagadougou, l'homosexualité
est une forme de pratique sexuelle. Cette pratique prend de l'ampleur parce que
le mode de vie burkinabè est en train de muer, d'une part et d'autre part
parce que nos sociétés sont trop réceptives des phénomènes
venant de l'extérieur. |
Qu'est ce que la sexualité
? C'est un instinct biologique, social, culturel, sentimental. La sexualité
pèse sur la vie, la vie psychologique humaine. En somme, c'est lorsqu'un
être éprouve du désir pour son semblable. Qu'est
ce que l'homosexualité? L'homosexualité est une pratique
sexuelle où un homme, par exemple a de l'attirance sexuelle pour un autre
homme ou une femme pour une femme. La pratique la plus répandue de la sexualité
est l'hétérosexualité où ce sont les sexes différents
qui s'attirent, qui se recherchent. C'est la plus généralisée,
la plus pratiquée, la plus acceptée, donc l'on pense que c'est normal.
Toute autre forme de sexualité, de pratique est jugée anormale.
D'où le fait de mettre à l'index l'homosexualité. Qui
est homosexuel ? La théorie psychologique et celle de Freud expliquent
l'homosexualité par une identification symbolique, imaginaire, affective.
Dans la famille les filles et les garçons sont éduqués par
imitation. Ils voient les adultes agir, faire, se comporter, valoriser tel ou
tel comportement et ils imitent, et s'identifient. Et généralement,
le garçon finit par désirer être comme son père. La
jeune fille veut être comme sa mère. Pour des raisons diverses, absence
de l'un des parents, prégnance plus grande de l'un des parents, etc., le
jeune garçon s'identifie à sa mère et veut être comme
sa mère. Symboliquement, il va se comporter comme une femme. Inconsciemment,
il s'identifie, a des désirs, des attitudes de femmes. Alors sa sexualité
s'en trouve inversée et il va désirer comme partenaire un homme
puisqu'il se sent plus ou moins femme. De la même façon, si une fille
s'identifie à son père, elle aura des tendances, des allures, des
désirs de garçon. Elle aura envie donc d'un partenaire femme puisqu'elle
se sent plus ou moins garçon. A quel niveau se situe la bisexualité
? C'est la possibilité pour une personne d'être homosexuelle
ou hétérosexuelle selon les occasions. La bisexualité s'explique
par le fait que la personne arrive à la fois à intégrer une
identification masculine et féminine. Le bisexuel n'a pas d'identification
tranchée. Physiquement, comment peut-on reconnaître un homosexuel
? L'identification est assez visible quelquefois dans le comportement,
la façon de parler, de se vêtir, d'être, de marcher... Parfois,
cette apparence physique est trompeuse. Une femme peut avoir des attitudes d'homme
et ne pas être homosexuelle, tout comme un homme peut être efféminé
sans pour autant avoir des pratiques homosexuelles. D'aucuns disent que
le rejet de la pratique homosexuelle est une façon inconsciente de refouler
l'homosexualité qui existe en soi. Comment appréhendez-vous cette
affirmation ? Il y a deux aspects à souligner dans cette assertion.
Premièrement, dans la mesure où l'homosexualité n'est pas
la pratique la plus répandue, elle devient anormale. Le normal serait ce
que la plupart des gens font. L'exception serait l'anormal mis à l'index.
De là, découle le second aspect. En raison de cette mise à
l'index, une personne qui à des tendances homosexuelles se sent plus ou
moins coupable. Elle se sent plus ou moins différente, plus ou moins dévalorisée,
tend à rejeter ses pulsions, d'où cette affirmation. Plus
le temps passe, plus des personnes, dans notre société, s'affichent
comme homosexuelles. Comment expliquez-vous leur nombre croissant ? Cela
est dû au fait qu'on commence à en parler, à y regarder de
près. Nous sommes tellement liés par la télévision,
au cinéma, au monde occidental qu'on s'aperçoit que l'homosexualité
n'est plus un problème. Il y a des gens qui sont fiers de leur homosexualité,
qui le montrent. Il y a des associations qui revendiquent le mariage et il y a
des pays qui l'acceptent. Il y a une permissivité, une présence,
sinon d'acceptation de pratiques venues d'ailleurs. Cela ne veut pas pour autant
dire que cela n'existait pas avant. Aujourd'hui, on peut en parler. Donc évidemment,
on s'en perçoit davantage. Quelle doit être l'attitude de
notre société face à l'homosexualité ? Il
faut être tolérant vis-à-vis non pas de l'homosexualité
mais de l'homosexuel. Il ne sert à rien d'avoir des propos durs et excessifs.
L'attitude recommandée est de se poser la question du pourquoi de cette
forme de sexualité, d'essayer de comprendre. On ne choisit pas, je le pense,
de devenir homosexuel, on a été élevé d'une certaine
manière, on s'est identifié d'une certaine manière et maintenant
on subit plus ou moins cette tendance. Ce destin individuel dépend donc
de l'histoire de chaque personne. Ce n'est pas en mettant à l'index qu'on
résout le problème. On a l'inverse de ce qui se manifeste ici dans
la société occidentale. Non seulement, on tolère, on comprend,
mais on exalte, on défile, on est fier, on revendique, on se marie. Est-ce
qu'on n'est pas passé d'un excès de réprobation à
un excès d'acceptation. La situation la plus équilibrée est
simplement celle du psychologue qui constate, voilà des hommes, des pratiques,
des réalités humaines. De l'évolution de notre
société
? La mondialisation ne se fait pas seulement
au niveau économique, politique, social, culturel, c'est également
au niveau des murs, des pratiques, des comportements. Il y aura une uniformisation
des murs qui tendra vers le modèle occidental, je ne dis pas que
c'est le meilleur. Mais, c'est le plus prégnant, c'est le plus fort, c'est
celui qui se vend le mieux, c'est celui qui s'exporte le plus, c'est celui qui
domine. Chacun peut se battre à son niveau pour ce qu'il pense être
la société idéale. Et c'est par l'éducation, la sensibilisation,
le vécu social qu'on peut y parvenir. Selon la force de cette mobilisation,
le succès serait au rendez-vous ou pas. Le plus difficile aujourd'hui est
d'avoir une morale sexuelle acceptée et acceptable parce que la morale
traditionnelle qui prône l'interdit sexuel est battue en brèche.
Et on ne sait plus ce qu'il faut prôner. Propos
recueillis par Ramata Soré
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