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Dossier N°1

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Controverse

 

DOSSIER
Hauts Bassins
Les mafias de l'or blanc

L'activité cotonnière est la plus grande entreprise économique au Burkina. A titre d'exemple, la campagne d'égrenage 2004 a dégagé un chiffre d'affaires de plus de 225 milliards de FCFA contre 150 milliards la campagne précédente. Des chiffres astronomiques qui ne font pas le bonheur de tous. Les comptes sont bons pour les promoteurs, explique un acteur de la filière, parce que les paysans sont galvanisés par les gains substantiels qu'on s'applique à leur faire voir et qu'en fin de compte ils attendent en vain. Pour essayer de comprendre, L'Evénement a rencontré quelques producteurs à Houndé le samedi 15 mai à la salle de réunion de la DPBA.
Ils sont venus de Dohoun, Dabéré, Dimikuy, Nématoulaye-Nabiri, Béréba et d'autres localités témoigner de leur incompréhension et de leur colère contre un système mafieux d'exploitation qui les ravale au rang d'esclaves. "Il faut dissoudre l'Union" martèle avec énervement un vieux producteur qui dénonce la complicité des responsables de cette organisation dans le pillage systématique dont sont victimes les paysans.
Un état d'esprit que semble bien connaître Célestin Tiendrébéogo, directeur général de Société des fibres et textiles (Sofitex). Avec lui, nous avons fait un rapide tour d'horizon de quelques difficultés de la filière que son institution s'emploie à minimiser. Reste que la bonne santé d'un secteur aussi prometteur que le coton demande un vigoureux effort de vigilance et de détermination de tous ses acteurs dans la lutte contre une corruption rampante qui gangrène les rapports de productionn


[S'organiser ou périr]
[Tension et Amertume à Houndé] [Une forme d'esclavage]
[Célestin Tiendrébéogo, sans détours]

Par Germain Bitiou NAMA


S'organiser ou périr


Des cotoculteurs de houndé échangeant sur leurs conditions de travail

L'avenir du coton burkinabè, principal produit d'exportation du pays, dépend de l'intérêt qu'il suscite sur le marché mondial. En dépit de certaines pratiques qui faussent les règles d'équité définies par l'OMC (Organisation mondiale du commerce), la qualité du coton burkinabè continue de lui assurer une place sur le marché international. Mais pour combien de temps ? Que faut-il faire pour assurer la survie de notre coton ?

Les investissements annoncés par la direction de la Sofitex (lire l'entretien avec Célestin Tiendrébéogo, P.9) montrent à l'évidence que l'institution entend se positionner pour l'avenir. Société d'achat et de commercialisation de produits cotonniers, la Sofitex s'implique largement dans l'organisation de la filière, par l'encadrement technique des producteurs de coton, la mise à disposition d'intrants et pesticides, la fourniture de semences de qualité. Tout indique que la société elle-même se prépare à relever les défis de l'avenir en développant une approche de proximité par une couverture territoriale plus accrue d'outils de production performants (multiplication des usines d'égrenage par exemple). L'usine d'égrenage de Bobo III à ce qu'on dit est l'une des plus modernes du continent. L'objectif de 600 000 tonnes de production de coton graine annoncé pour la présente campagne n'est donc pas un fait du hasard. D'un point de vue technique, tout est prêt pour accompagner la stratégie de croissance de l'économie cotonnière fondée sur l'agro-business cher au ministre Salif Diallo. En attendant la révolution annoncée dans le mode de production, on assiste à une ébullition au sein du monde paysan dont la fronde des producteurs de coton de la région de Houndé constitue l'illustration. L'Union nationale des producteurs de coton pilotée par François Traoré est perçue à tort ou à raison comme l'instrument devant préparer l'avènement d'une classe de producteurs agricoles à l'image des fermiers zimbabwéens. A Houndé, les responsables du Syndicat national des travailleurs de l'agro-pastoral (SYNTAP), s'inquiètent de cette perspective et s'interrogent sur ce qui restera aux paysans si la production de coton leur était enlevée. Leurs inquiétudes se fondent sur des propos attribués à Hamdine Bah, directeur des ressources humaines à la Sofitex. S'adressant au premier responsable du SYNTAP, il aurait déclaré : "Vous perdez votre temps pour ces paysans. Dans peu de temps, des gens viendront qui pourront produire des milliers d'hectares chacun. Ceux pour lesquels vous vous battez deviendront des employés." Dans quel contexte ces propos ont-ils été tenus ? Quoiqu'il en soit, la question se pose de savoir si une telle perspective (qui du reste ne peut devenir réalité par simple décret) est réaliste dans le contexte burkinabè d'aujourd'hui ? Même si l'installation de fermes modernes n'est pas à exclure dans les probables mutations que le monde paysan devra subir dans un futur proche, la question qui est aujourd'hui posée aux paysans c'est comment passer de la daba à des techniques plus performantes telle la culture attelée en mettant à contribution les paquets technologiques actuellement disponibles ? Une telle évolution est non seulement à la portée de nos paysans, mais elle induit un rythme d'évolution parfaitement compatible avec une économie globale handicapée par des facteurs à la fois exogènes et endogènes. Du reste, l'agriculture burkinabè est confrontée à des contraintes plus objectives et plus pressantes que seule une organisation efficiente des acteurs principaux peut permettre de vaincre. Entre autres entraves, on peut citer la question de l'accès aux équipements agricoles, le problème du prix des intrants et pesticides, les coûts d'aménagement des périmètres, la question du : foncier rural, autant de choses qui renchérissent les coûts de production et posent avec acuité la problématique de la compétitivité de notre production agricole.
A cela s'ajoute le développement d'une corruption rurale, corruption entretenue par divers intermédiaires et dont les profiteurs se trouvent dans tous les circuits et à tous les maillons de la chaîne de production et de commercialisation. Peut-on s'attaquer à cette pieuvre aux multiples tentacules ? A la direction de la Sofitex, on fait remarquer que ceux-là mêmes qui se plaignent ne sont pas prêts à faire ce qu'il faut pour éradiquer ce mal. Du côté des producteurs, on estime que la direction qui connaît bien le problème a les moyens d'y mettre un terme si elle le veut. Si elle ne le fait pas, c'est qu'elle y trouve son compte. A ce jeu de ping pong, on peut être sûr que la corruption a encore de beaux jours devant elle. Mais la Sofitex a aussi ses problèmes spécifiques. C'est la lutte pour un commerce équitable au niveau international. L'association cotonnière africaine créée à Cotonou en septembre 2002 doit être renforcée si on veut qu'elle soit le creuset de la lutte pour une plus grande équité du commerce mondial. Appuyée sur des structures paysannes fortes et dynamiques, elle aura plus d'atouts pour réussir sa mission. Il s'agit donc là d'enjeux réels qui interpellent tous les acteurs du monde rural. Au Burkina où l'on a l'habitude de mélanger les torchons et les serviettes, on préfère fermer les yeux sur certaines réalités, au lieu d'engager une lutte ferme et réelle pour lever les entraves au développement du monde rural. Le ministre Salif Diallo qui en a fait son credo doit ouvrir l'œil et le bon pour éviter que l'élan qu'il est en train d'insuffler ne soit brisé net par des effets parasitaires pourtant maîtrisables


Tension et amertume à Houndé

Les producteurs de coton de Houndé savent ce que représente le coton dans leur existence. Certains y sont établis avant l'indépendance avec l'ex Compagnie française des textiles (CFDT). Le coton, c'est donc toute leur vie. Ils y avaient accouru du plateau mossi où la compagnie coloniale de textile avait besoin de leur force de travail. Ces pionniers que certains de leurs enfants ont rejoints dans l'activité estiment qu'ils ont beaucoup fait pour le pays pour mériter le sort d'esclave qui leur est aujourd'hui fait. Le 15 mai dernier à Houndé, ils ont montré qu'ils sont décidés à défendre fermement leurs intérêts.

Malgré la place de l'activité cotonnière dans l'économie nationale, les acteurs de la filière ne sont pas ceux qui font la une dans les médias. Avant que la journée nationale du paysan ne vienne corriger quelque peu cette situation, les réalités du monde paysan étaient à peu près méconnues. Les producteurs de coton que nous avons rencontrés rendent hommage à Norbert Zongo pour avoir le premier tiré la sonnette d'alarme sur le scandale dit des pesticides à l'occasion de la campagne agricole 1998-1999. Les ravages causés par un minuscule insecte appelé "mouche blanche" avaient propulsé l'activité cotonnière sous les feux de la rampe grâce aux articles publiés à l'époque par Norbert Zongo. Aujourd'hui encore ce malheureux épisode continue de susciter des rancoeurs chez les producteurs, en raison de ses conséquences financières qui continuent de peser lourdement sur certains d'entre eux par le biais de leurs groupements. La campagne cotonnière 1998-1999 avait vu la perte pour les paysans d'environ 60% de leur production. Si la Sofitex ne peut être tenue pour responsable de l'apparition de la mouche blanche, en revanche l'inefficacité des moyens mobilisés pour l'éradiquer lui est opposable.
Ouedraogo Yassia témoigne : "à l'époque, j'avais versé le pesticide fourni par Sofitex dans une feuille d'arbre que j'ai placé dans ma paume. J'y ai plongé le ver et ai fait le tour de mon champ. J'ai constaté que la bestiole s'y déplaçait allègrement." D'autres ont imaginé des tests plus convaincants en plongeant directement la mouche dans la boite de pesticide pur, le EC 36. Constatant que celle-ci restait vivante, ils accoururent conter leur expérience chez l'agent technique coton. Ils eurent curieusement droit à de sévères réprimandes. A l'époque un haut responsable de la Sofitex avait incriminé les paysans eux-mêmes, estimant qu'ils ne savaient pas utiliser les pesticides. Le discours aujourd'hui n'est plus le même à la Sofitex où on reconnaît que l'apparition de la mouche avait pris tout le monde de cours. Les pesticides alors disponibles étaient totalement inadaptés. Malgré cela les paysans ne comprennent pas qu'on continue à leur faire payer les dettes contractées pour l'achat des intrants et pesticides de cette campagne qui n'avait presque rien donné. Saïdou Ouédraogo, un producteur de Dimikuy, dans le département de Béréba, qui produisait une tonne de coton graine à l'hectare n'a récolté cette année là que 2 tonnes sur 6 hectares. Son crédit investissement a atteint 450 000 FCFA. Avant même que ce contentieux n'ait été définitivement dénoué, les producteurs se plaignent de nombreuses entraves à leur bien-être et partant à l'essor de leur activité.

Rackets et classements arbitraires

La collecte du coton est souvent l'occasion d'un odieux racket. Les producteurs doivent se battre pour l'enlèvement du coton des champs s'ils veulent se mettre à l'abri de différents risques : feux de brousse, animaux, mais aussi des pluies précoces qui détériorent le coton. Sachant les producteurs exposés à ces risques, les chauffeurs en profitent pour faire leur business. Celui qui veut que son coton soit vite enlevé sait ce qu'il doit faire. En moyenne le racket des chauffeurs est de 10 000 FCFA par producteur et un sac de maïs. Un business juteux, puisque certains peuvent s'en tirer avec plus de 30 sacs de maïs et environ 300 000 FCFA pour avoir convoyé le produit d'une trentaine de producteurs.
Ce que les producteurs redoutent le plus, c'est l'opération de classement sur les sites des marchés où le conditionneur décide au juger de la qualité du coton. Ce pouvoir fait de lui un véritable potentat malgré les garde-fous censés empêcher les abus. En cas de contestation, il est fait appel à un comité de litige qui a recours à un deuxième conditionneur représentant l'Etat. Ce dernier est en poste à l'entrée de l'usine d'égrenage, au niveau du pont-bascule. Si l'avis de ce dernier est en contradiction avec son collègue de la Sofitex, le coton est conduit à l'usine pour un contrôle plus poussé. La décision à ce niveau de contrôle est irrévocable. Il faut savoir que tout coton qui entre à l'usine subit en dernier ressort un examen de certification au laboratoire. C'est dire qu'avant cette étape, les avis délivrés suite aux différents contrôles ne peuvent établir que des classements dits commerciaux. Ces classements peuvent s'avérer faux après un contrôle approfondi. Mais les paysans sont persuadés qu'ils sont souvent grugés sur la qualité de leurs produits. Voici quelques témoignages : El Hadj Saïdou Zona, producteur à Yabiro (secteur 5 de Houndé) : " pendant la campagne passée, j'avais prélevé quelques centaines de kilos de coton que j'ai vendu pour financer la récolte de mon champ. Ce coton m'a été acheté au premier choix. Après la récolte, j'ai livré 7 tonnes du même coton qui a été classé 2ème choix. J'ai protesté en vain. Du même tas, il me restait un peu plus d'une tonne qu'ils ont encore classé 1er choix. C'est par ce biais qu'on nous vole. " Nous avons reçu plus d'une dizaine de témoignages de cette veine. La preuve pour ces plaignants qu'il s'agit d'un vol caractérisé est donnée par les témoignages suivants : Ousséni Kafando, responsable du groupement des producteurs de coton (GPC) de Pohi : "Avec Hamado Kindo, membre de mon GPC, nous sommes allés voir le responsable de l'Union à Koumbia parce qu'on a déclassé ses 9, 050 tonnes de coton au 2ème choix. Ce dernier nous a réclamé 10 000F pour son déplacement à Bobo en vue de résoudre le problème. A son retour, il nous a dit que les conditionneurs de Bobo réclament 50 000 FCFA pour reclasser notre coton au premier choix. Nous lui avons donné l'argent". A la question de savoir si son coton a été ramené au 1er choix, il répond "oui". Saïdou Kindo, le propriétaire, ajoute : "nous sommes obligés de payer ; autrement nous aurions perdu 271 500 FCFA". Quand au producteur Kassoum Soro du secteur 5 de Houndé qui était à sa première expérience de culture de coton, il raconte qu'après avoir cotisé pour le conditionneur, son coton a malgré tout été classé 2ème choix. Il s'insurgea contre ce classement, d'autant plus que son produit a été mêlé au coton de 1er choix pour être transporté à l'usine. Pour se justifier, le conditionneur explique que pour n'avoir pas déclassé, il a non seulement été privé de prime, mais il a reçu des réprimandes. Par le biais des déclassements, ces producteurs estiment que la Sofitex se fait de l'argent sur leur dos pour compenser les pertes subies par la société, comme le vol de 200 tonnes d'engrais d'une valeur de 50 millions de FCFA subtilisées dans la zone de Houndé dont certains indices montrent que des responsables de la Sofitex pourraient avoir été complices du forfait.

Des producteurs lésés par leurs propres représentants

Les producteurs de Houndé sont conscients que le mal se trouve à leur propre niveau. Certains de leurs responsables tant au niveau du GPC que de l'Union ne font plus leur affaire. C'est avec la complicité active de ces responsables que les balances sont faussées, que les déclassements arbitraires sont opérés et que des charges inutiles leurs sont imposées. Que penser d'un secrétaire de GPC qui refuse à des producteurs le droit de vérifier la conformité d'une balance ? Le fait est assez insolite pour ne pas cacher des choses. Après avoir procédé à la pesée de la production d'un groupement, la balance suspecte affichait 31, 189 tonnes. Sceptiques, les producteurs ont voulu faire accompagner le camion par un des leurs jusqu'à l'usine où devait s'effectuer une autre pesée. Refus catégorique du secrétaire du GPC. Interpellé, le correspondant coton autorisa l'envoi d'un membre du groupe. A l'usine, le poids du coton querellé était de 37, 260 tonnes, soit 6, 071 tonnes de plus. La suite de l'affaire est une histoire de représailles. Ordre est intimé au groupe de régler tous ses crédits : intrants, matériels, frais de stage ; même des crédits octroyés à des personnes non membres du GPC leur furent réclamés. La deuxième étape porte sur une commande d'engrais pendant la dernière campagne 2003-2004. La commande a été livrée mais elle n'ira pas à ses destinataires. Les responsables du GPC ont préféré la revendre à des personnes non membres du GPC. Malgré tous les recours auprès de l'agent technique coton (ATC), du président du GPC et même du président de l'Union, l'engrais ne sera pas livré à ces producteurs qui ont osé défier le système mafieux qui se nourrit de l'exploitation des paysans.
A Houndé ce 15 mai, chacun y allait de son expérience et de ses exemples. Le vieux peulh El Hadj Sadou s'indigne de ce que 30% des ristournes des producteurs servent à payer les complices de leurs exploiteurs que sont les employés de l'Union. Soungalo Sawadogo déclare quant à lui, et avec humour, qu'avant, les ristournes leur permettaient de construire écoles et dispensaires. Mais depuis la création de l'Union, on ne peut même plus construire un poulailler ! Des récriminations qui semblent avoir inspiré à un vieux producteur présent à la rencontre cette parabole : "Sous le grand arbre du village se trouvait rassemblés de nombreux villageois. Et voilà qu'une grosse branche se casse et tombe sur la foule et fait des morts et des blessés. Les rescapés organisent l'évacuation à l'hôpital des blessés tandis que les morts sont conduits dans leur dernière demeure. Après avoir accompli ces obligations, ils s'en retournent sous l'arbre où chacun réoccupe sa place." Une manière de dire aux producteurs qu'ils sont en définitive responsables de leur propre sort !

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Ce qu'en dit une partie de l'opposition

Pour le groupe parlementaire PDP/PS et apparentés, cette modification est "une provocation et un manque de considération pour les autres partis et formations politiques." Et le président du groupe parlementaire de poursuivre : "C'est une révision qui profitera au seul CDP. La proportionnelle au plus fort reste a permis l'émergence des partis politiques. Le nouveau système va empêcher cela." Ce changement de code "n'est dictée ni par un quelconque souci de recherche de stabilité ni par une volonté de donner à chaque province un député au moins, comme le CDP voudrait le faire croire à notre peuple. Cet argumentaire cache malheureusement mal la volonté inébranlable du CDP de se maintenir au pouvoir", renchérit Emile Paré, président de l'OBU. "Si demain, le pays a des problèmes, nous ferons en sorte que les Burkinabè s'en sortent, mais pas ceux qui les ont créés", Conclut Ram Ouédraogo, du PDP/PS et apparentés.




Une "forme d'exclavage"

El Hadj Hamadé Sawadogo

L' Evénement : Depuis combien d'années êtes-vous producteur de coton ?

El hadj Hamadé Sawadogo : Je suis cultivateur depuis 32 ans.

Est-ce que vous pouvez nous raconter votre petite histoire avec le coton. Comment êtes-vous arrivé à la culture du coton ? Les joies et les déboires que vous avez connus etc ?

Je suis né dans un milieu paysan, mes parents sont des cultivateurs et n'ayant pas autre métier à faire je ne puis qu'être cultivateur. J'ai commencé la culture d'une manière artisanale avec les dabas et ensuite sont arrivées les charrues à traction asine ou à bœufs. Je suis arrivé à Houndé avec une charrue à traction asine, c'est par la suite que j'ai eu les bœufs.
J'ai commencé la culture du coton dès l'année de mon arrivée à Houndé. En ce moment le prix du coton n'était pas aussi élevé mais on se faisait de l'argent quand on le cultivait.
J'ai commencé la culture du coton sur une superficie de 0,25 hectare ensuite je arrivé à 0,5 hectare et par la suite j'ai atteins 7 hectares mais maintenant avec la présence des bœufs je suis aujourd'hui à 10 hectares. Je cultive aussi du maïs dont la superficie s'étend sur 5 hectares de même que le mil qui s'étend également sur une superficie de 5 hectares. En ce qui concerne le riz, je le cultive sur une superficie de 1 hectare, quand à l'arachide je le fait sur 0,5 hectare. Actuellement je fais également du maraîchage c'est-à-dire 0,25 hectare d'oignons, 0,25 de manioc et j'ai aussi planté des bananiers sur 40 m2.
Vraiment, l'agriculture nous profite énormément. Au niveau du coton ce qui nous fatigue c'est le retard de paiement parce ce qu'on a très souvent besoin d'argent pour acheter des intrants et on n'est pas vite payé. En plus de cela, non seulement on est payé en retard mais il y a aussi des partages de l'argent qui ne nous arrangent pas. Quand on voit toute la souffrance qu'il y a dans le travail et le bénéfice qu'on a après, c'est vraiment peu.

Si je comprends bien après ce que vous venez de dire, ça veut dire que vous arrivez à entretenir votre famille grâce à ce que vous faites ?

J'entretiens très bien ma famille avec ça.

Vous arrivez à scolariser vos enfants ?

Oui. Cinq de mes enfants allaient à l'école mais deux sont revenus me rejoindre dans le travail et trois continuent d'y aller et deux vont à l'école coranique.

Qu'est-ce que vos quatre épouses font comme activité ?

Mes femmes m'aident dans les travaux.

Selon vous quelle est la solution aux problèmes que vous rencontrez dans la culture du coton ?

Nous sommes dans un monde d'intérêts et les responsables qui sont à la tête poursuivent leurs intérêts ; donc il faut que les producteurs de coton à travers un syndicat arrivent à faire un contre poids pour trouver une solution à ces problèmes, sinon je ne voie pas d'autres solutions. Parce que ce qui nous décourage le plus c'est quand on va chercher notre argent et que l'Union opère des prélèvements dessus sans qu'on ne sache pourquoi. Il y a aussi le problème d'enlèvement qui nous fatigue. Par exemple si après enlèvement il reste encore au moins 4 tonnes, au lieu de nous autoriser à faire l'enlèvement nous même, on nous oblige à nous adjoindre à un marché pour l'enlèvement de ces 4 tonnes, ce qui n'est facile pour nous puisse que nous pouvons le faire et à moindre coût.
En plus, on a appris que les producteurs sont actionnaires à hauteur de 30% , mais nous ne voyons pas l'impact sur nos charges agricoles. On ne sait pas s'il s'agit d'autres producteurs ou si c'est nous, les traditionnels producteurs de coton. Si c'est nous, il faudrait qu'ils révisent leur position parce que jusque là, nous ne comprenons pas l'utilité de ces 30%. Nombreux sont ceux qui veulent cultiver le coton mais ils sont découragés par la forme d'esclavage qu'on y rencontren

Entretien réalisé par GBN

Célestin Tiendrébéogo, sans détours


Célestin Tiendrébéogo, directeur général de la Sofitex ( à doite )
Célestin Tiendrébéogo, ancien ministre du Budget est l'actuel Directeur général de la SOFITEX. C'est un homme jovial, à l'humour caustique que nous avons rencontré ce lundi 17 Mai au siège de sa société. L'homme fonctionne comme un ordinateur quand on lui pose une question. Sa connaissance des questions cotonnières est très vaste et ce fut un véritable régal pour nous de partager ses expériences. Il aborde les questions sans détours avec le franc parler du terroir. Des contraintes d'espace nous obligent cependant à ne vous proposer que quelques extraits de cet entretien.

L'Evénement : En quelques mots, et à grands traits, quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour gérer les producteurs qui sont en grande majorité des analphabètes ?

Célestin Tiendrébéogo : Je pense que s'il y avait l'instruction, cela pourrait nous permettre d'avoir des rendements élevés. Vous voyez, nous visons un rendement de 1,2 tonne comme moyenne nationale mais nous n'arrivons pas à atteindre ça. Nous sommes autour de 1 tonne, 1 tonnes 100. Tout cela est dû à des sous dosages tant en matière d'engrais qu'en matière d'insecticides ; donc ça limite vraiment notre action sur le terrain. Aussi, le coton doit être semé à bonne date ; c'est une plante à cycle. C'est pas comme le mil ou le sorgho. Le sorgho est une plante photo périodique alors que le cotonnier est une plante à cycle, le cycle est de 150 jours, 140 jours, 130 jours selon les variétés. Quand on le sème tôt, on a de très bons rendements et on évite la saison parasitaire du mois de septembre

De plus en plus, certains producteurs posent le problème de la caution solidaire. Est-ce qu'on peut savoir ce que c'est exactement ? Comment vous la justifiez parce que les producteurs disent que ça les pénalise ?

Nous avons affaire à un système de production où il n' y a pas de garantie au niveau du paysan pour un crédit, il ne peut garantir sa charrette à âne ni son âne ou son boeuf de labour ou même son champ parce qu'il ne bénéficie pas de titre de propriété.
On a donc imaginé le système de la caution solidaire à savoir que l'individu va garantir le crédit de tout le groupement et le groupement va garantir la crédit de l'individu. C'est ce que nous avons trouvé comme moyen pour le crédit. Donc, l'expression des besoins c'est le groupement qui le fait, en intrants et le coton est considéré comme le coton du groupement. Nous ne connaissons pas de paysan individu. Au niveau de l'encadrement, nous les connaissons mais la production est prise globalement au niveau du groupement. Et c'est à ce niveau que nous retenons l'IUTS et les différents crédits.

On nous a signalé un problème d'enlèvement du coton dans les champs dû à un problème de disponibilité des camions.

Il y a eu des pluies précoces cette année et le coton est sensé être égrainé pendant 150 jours. Les usines absorbent 3000 tonnes/jour et il faut diviser la production par 3000 pour avoir le nombre de jours qu'il faut pour ramasser le coton. Dès avril déjà, il a commencé à pleuvoir, nous nous apprêtions à terminer cette campagne à la mi-avril ce qui n'a pas été le cas, j'ai donné instruction pour que même le coton mouillé soit payé au classement marché et non au classement tel qu'il est. Cela veut dire que nous supportons les avaries. Mais à l'heure actuelle, tout le coton a été ramassé dans toutes les localités. Mais c'est un problème qui se pose chaque année parce que le coton déjà c'est pas un produit comme le ciment, 20.000 tonnes de coton, ça remplir le stade du 4 août jusqu'aux pylônes parce que ce n'est pas un produit lourd. Et vous ne pouvez pas entasser plus de 100 tonnes de coton parce qu'en cas d'incendie les assurances ne paient pas. Donc ça veut dire qu'on ne peut pas construire des magasins car en cas d'incendie personne ne va vous rembourser.
Nous avons dû construire beaucoup d'équipements. De 7 usines en 95, nous sommes à 16 usines aujourd'hui.
Mais je crois aussi que si on traîne souvent, c'est parce que les paysans ne récoltent pas tôt. On a dit qu'on démarrait la campagne le 15 octobre ; mais le 15 octobre on n'avait pas de coton. C'est en décembre que le coton a commencé à venir. Il faut qu'on arrive à amener les producteurs à récolter plus tôt. Je les comprends aussi. Parfois vous voulez récolter et il y a des pluies qui viennent. Le coton il peut rester là-bas jusqu'en avril avant d'être récolté parce que tant qu'il est sur pied, rien ne le détruit mais quand le maïs tombe, y a les termites qui viennent les détruire, ce qui fait que les paysans sont obligés de retourner sur le maïs et le coton en souffre. Mais je pense que dans les années à venir, ça devrait nous poser moins de problèmes, Kourouma et Diébougou seront fonctionnels pour la campagne à venir et on est en train de construire également à Banfora. Et puis on va accroître la capacité des autres usines.

Les ristournes que les paysans perçoivent ça sert à quoi exactement ?

C'est payé en même temps que le coton. Il y a la ristourne et il y a maintenant la commission sur achats, les gens confondent parfois. C'est-à-dire que les paysans chargent nos camions et assurent également le gardiennage du coton jusqu'à ce que nous le ramassions. Nous rémunérons ces services-là par ce qu'on appelle des commissions sur achats. C'est égale à 4250 francs je crois par tonne. Par exemple ça fait 2 milliards de francs cfa qu'on a dû verser pour ça, la campagne passée. C'est sur ces commissions sur achats que certains groupements villageois vont puiser pour construire des écoles et des investissements sanitaires.

Les producteurs se plaignent aussi d'être victimes de racket sur pratiquement tout le long de la chaîne ?

Bon, écoutez je pense qu'au niveau des ponts, c'est possible parce que les paysans n'y sont pas. Mais les bascules qui sont dans les villages ne sont pas nos bascules.
Au pesage du coton, le groupement est là avec ses bascules ; ce sont eux qui disposent de leur cahier de gestion sur lequel ils marquent le poids, le prix de revient de la production, le montant du crédit et le net à payer. C'est pour vous dire qu'ils ont aussi des conseillers en gestion recrutés par l'Union des producteurs de coton et qui supervisent.
Un conseiller peut couvrir 20 groupements. Donc à ce niveau, il y a une confiance entre eux. Mais il y a ce qu'on appelle le conditionnement qui se fait par les agents conditionneurs. En cas de contestation il y a une commission composée de la Sofitex, de l'UNPC et du service du conditionnement du Ministère de l'Agriculture qui va trancher. Si le paysan n'est toujours pas satisfait de cela on va à la salle de classement et ce sont les ordinateurs, la chaîne HVI avec ses yeux électroniques qui est une sorte de cour de cassation. Là maintenant, c'est en dernier ressort. Au niveau des bascules, quand les camions arrivent, ça va dans les ponts bascules et ces ponts bascules de même que les bascules des paysans sont contrôlés par le service de la métrologie du ministère du Commerce en début de campagne et en cours de campagne.
Maintenant au niveau des chauffeurs les producteurs refusent de dénoncer le chauffeur qui fait ça. Quand nous avons connaissance du chauffeur qui est à l'origine, nous le sanctionnons.

Ce sont vos chauffeurs ? Ou avez-vous passé des contrats avec eux ?

On a nos propres chauffeurs et il y a des chauffeurs privés. Nous ne pouvons pas répondre des chauffeurs privés qui font aussi de tels actes, parce que 60% du coton est ramassé par nos camions et 40% par des privés qui sont eux aussi des racketteurs.

On constate que vos services sont dispersés dans la ville. Avez-vous un projet pour réunir tout cela ?

On a un projet de construction d'un siège. Dans la ville nous ne pouvons pas trouver de l'espace ; il y a un projet de lotissement qui est sur la route du Mali, sur la route de paramana que nous avons demandé un terrain d'au moins 10 hectares pour pouvoir bâtir un siège là-basn

Propos recueillis
par Germain B. Nama

 

 


 

 

Concept. & Réalisation A. Diallo
Date de mise en ligne: 24 mai 2004
© L'Evénement - Décembre 2001