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DOSSIER Putsch:
L'instruction est close


[PDP/PS: le principal bénéficiaire si le putsch avait réussi ? ]
[Les à-côtés de l'instruction]

Par Newton Ahmed BARRY


L'Instruction est close

Après trois mois d'instruction, le juge vient de clore son dossier. Grosso modo, tout porte à croire que le projet a existé. Les zones d'ombre restent épaisses pourtant.

On l'avait annoncé pour ce mois de février, c'est fait. Le juge Somda a bouclé son dossier. Nous vous annoncions, dans notre précédente édition, l'audition au fond de Norbert Tiendrébéogo, le président du Front des forces sociales (FFS). Elle semble avoir été la dernière de cette procédure, qui s'est quelque peu accélérée au dernier moment, au point même que des étapes prévues et annoncées ont été simplement laissées de côté. Après le juge, la Chambre de contrôle, une autre instance de la justice militaire, devrait plancher sur le dossier et prendre le fameux "arrêt de renvoi" qui est la pièce maîtresse sur laquelle le jugement en public se fera. C'est dans ce document que seront précisées les charges retenues contre chacun des détenus. Quelles sont les observations que l'on peut faire à l'étape actuelle du dossier ?
Dans la forme, il y a une bonne impression dans la conduite de l'instruction par le juge militaire, qui a pu, malgré les pressions qui n'ont pas manqué, et dont nous nous sommes fait souvent l'écho, monter un dossier bien tenu. Dans l'ensemble, tous ceux qui ont eu affaire à lui reconnaissent son professionnalisme. C'est tout à son honneur. Parce que pour celui qui a suivi de près cette instruction avec des centres de décision et d'ordres divers et contradictoires, ce n'était pas évident de manœuvrer pour aboutir avec moins de casses possibles.
Dans le fond, les choses sont plus complexes. Mais avec ce qui nous reste comme possibilité de manœuvre que la loi ne nous a pas pris, essayons de brosser à grands traits le " portrait robot " de ce qui ressort de cette instruction.
-Premier élément : confirmation de la position centrale du colonel Gilbert Diendéré dans cette affaire de putsch. C'est à lui que le putsch a été dénoncé par le lieutenant Minoungou. C'est lui qui a informé le chef de l'Etat. C'est par lui aussi que le général Lougué, alors ministre de la Défense, a été informé. Les premières investigations portent aussi sa griffe. Ainsi, en est-il des premières allégations sur les sommes d'argent investies dans le projet et la logistique du putsch. L'histoire des 4x4 de Wali viendrait aussi de lui. Ce qui est constant, c'est que l'instruction à la gendarmerie a été fortement influencée par ses présomptions.
- Deuxième élément : on s'acheminerait vers la confirmation des inculpations retenues contre le capitaine Luther Wali, qui se présente comme le cerveau présumé de cette affaire. Son fameux agenda l'accuse. Ses propres dires aussi. Au début, il semblait vouloir tout endosser seul, selon la considération qui veut qu'un officier de sa trempe ne discute pas des questions de stratégie militaire avec des civils. Il n'est plus certain qu'il soit sur cette même longueur d'onde, après des mois d'enfermement ; ce qui est humain du reste. Certaines personnes, selon lui, refuseraient d'assumer leurs responsabilités. Qui ? Rendez-vous au procès. Pour sûr, la plausibilité du projet repose entièrement sur lui. Il sera donc indiscutablement l'élément central du procès à venir. Ce faisant, il assouvira d'une certaine façon, ce duel d'inimitié légendaire qu'il a toujours nourrie vis-à-vis de Blaise Compaoré. Si ce n'est pas simplement cela qui a provoqué sa perte. Des gens plus habiles n'ont-ils pas construit sur sa naïve et puérile bravade de vrais complots ? Cela évidemment, l'instruction actuelle ne peut le démontrer.
Le capitaine Bayoulou, considéré au départ comme le second cerveau, se situerait davantage dans un rôle de bailleur de fonds des protagonistes. En raison de sa fonction d'intendant, il aurait dépanné nombre de personnes accusées ou soupçonnées. Ainsi par exemple, il aurait donné de l'argent au général Lougué de passage à Bob-Dioulasso et sur instruction de ce dernier, il en aurait donné aussi au colonel Bonkian. Etait-ce l'argent du complot ? Ce ne serait pas l'avis de Bayoulou, pour qui la seule initiative qui le lie, c'est la marche corporatiste de protestation du 15 juillet 1999 qui avait rassemblé une large majorité de militaires dans un mouvement de sans grades. Ce jour là en effet, les protestataires avaient laissé leurs épaulettes à la maison et s'étaient présentés seulement en treillis.
Norbert Tiendrebéogo, en trois mois de détention, il a été entendu deux fois par le juge d'instruction. La dernière audition au fond, la deuxième confrontation pour ce qui le concerne, laisse présager qu'on le garde longtemps encore sous les liens de la prévention. Ces avocats devraient abandonner tout espoir de le voir bénéficier d'une liberté provisoire. La confrontation n'aurait pas eu lieu avec tous les sept militaires qui le mettraient en cause. Mais celui qui l'accuse de " refuser d'assumer ses responsabilités " s'est donné un rôle si important dans cette procédure qu'une accusation de sa part a valeur de preuve.
Le Pasteur Paré se trouverait exactement dans la même position que Norbert Tiendrebéogo. A lui aussi, on dit qu'il " refuse d'assumer ses responsabilités ". Il faut donc croire, contrairement à ce qu'il affirmait au début de l'affaire, lors de la visite des délégations des droits humains : (" Ce sont des problèmes passagers. Dieu va me sauver "), que l'affaire se corse. Les voies de Dieu sont évidemment insondables. Qui sait ce qui peut se passer d'ici la tenue du procès ? Pour l'heure, l'instruction semble le charger.
Le sergent-chef Naon Babou reste toujours égal à lui-même. Les charges contre lui seraient assez éclectiques. Après son coup de semonce sur " la face hideuse du régime ", on semble l'avoir laissé tranquille. Ses geôliers sont si accommodants avec lui qu'ils l'invitent régulièrement à une partie de foot ball dans l'enceinte de la gendarmerie. Il reste l'énigme du procès à venir.


Les à-côtés de l'instruction

Une commission rogatoire au Togo

Les autorités ont bel et bien envoyé une commission rogatoire au Togo, dans le cadre du présent putsch. Après analyse, le Togo n'a pas jugé bon donner une suite favorable à cette requête. Les Togolais considèrent la " justice militaire " comme une juridiction d'exception, qu'ils n'ont pas chez eux. Et pour renvoyer la politesse aux Burkinabè, ils ont été informés qu'à Lomé aussi, un juge a été saisi pour enquêter sur les projets burkinabè de déstabilisation du Togo. Bel exemple de réciprocité, n'est-ce pas ?

Sogli de SOPAM humilie un OPJ

L'industriel burkinabè Sogli a reçu la visite d'un OPJ (Officier de police judiciaire) dans le cadre de l'instruction sur le putsch. Le pauvre OPJ a été désarmé à l'entrée de l'immense bureau de celui qu'il était venu entendre. Sa pièce d'identité confisquée et surpris, notre agent demande la conduite à tenir à ses supérieurs. Arrangez-vous, lui a-t-on répondu. Après la première question posée à l'homme d'affaires, ce dernier se rebiffe et met fin lui-même à l'audition. Il refuse de rendre la carte de l'agent, parce qu'il veut procéder à des vérifications. Les choses en resteront là. Qui a dit que ce n'est pas bien d'être le bras droit de François Compaoré ?

Des commissions rogatoires pour Pô

De toutes les garnisons, celle de Pô serait celle contre qui on a décerné le plus des commissions rogatoires. Jusque-là citadelle imprenable du régime en place, "le commando au Pô" n'a plus la confiance aveugle des gens du Conseil. Même si la "balance" Minoungou est tout de même venue de là-bas.

PDP/PS: le principal bénéficiaire si le putsch avait réussi

Maintenant que l'instruction est bouclée, des informations inédites commencent à circuler. Le PDP, principal bénéficiaire du putsch ? On n'y avait jamais pensé.

Etienne Traoré, un des responsables du PDP/PS, fait partie des politiques très tôt soupçonnés d'intelligence avec les conspirateurs. Il aura plus de chance que Norbert Tiendrébéogo et s'en sortira avec une simple interpellation de gendarmerie suivie d'une audition chez le juge militaire. Rien de bien méchant, sinon qu'on lui a demandé de donner plus de détails sur un de ses voyages en Côte d'Ivoire, où il aurait, en tant que socialiste, rencontré des camarades socialistes du Front populaire ivoirien (FPI, parti au pouvoir). Les choses en resteront là, jusqu'à cette information, une exclusivité L'Evénement. En effet, selon des informations concordantes, un des prévenus, et pas des moindres, en hiérarchisant les potentiels partis politiques qui devaient jouer les premiers rôles si le putsch réussissait, classe le PDP/PS en première place. Le FFS ne viendrait finalement qu'en troisième position. Quid alors de l'UNDD ? Et pourtant, c'est ce parti et son président qui sont surveillés comme du lait sur le feu depuis l'annonce du projet de pronunciamiento. Peut-être faut-il considérer que les autorités elles-mêmes trouvent la ficelle un peu trop grosse, en raison de ce qu'elles savent du PDP/PS et de son président ? Il reste tout de même, et en fonction de l'orientation que prendra "l'arrêt de renvoi", que cette accusation constitue une perspective troublante. Avec elle, les principaux partis du pays se retrouvent d'une façon ou d'une autre pris dans la nasse judiciaire. Tous putschistes donc ! Rien officiellement n'a encore été fait pour confirmer la mise en cause du parti du Professeur Ki-Zerbo. Le vieux, sauf ignorance de notre part, n'a pas été entendu par le juge militaire.

N.A.B


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 février 2004