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D.R
G.Diendéré - Blaise
Compaoré- Kouamé Lougué
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L'affaire du putsch a traversé 2003, comme nous
l'avions du reste prédit, quand nous avions évoqué
cette affaire pour la première fois, dans les
colonnes de L'Evénement. Elle prend aujourd'hui
des tournures que nous soupçonnions déjà
en écrivant le 25 octobre 2003 : " Si les
indiscrétions faites ça et là se
confirment, les enquêteurs vont effectivement
ratisser large comme le prédit le commissaire
du gouvernement
cette affaire promet donc de palpitants
rebondissements
à moins que l'ampleur de
l'affaire ne soit telle qu'il vaille mieux ne pas pousser
trop loin au risque de tout faire sauter ". Le
développement de l'affaire nous donne plus que
raison. L'instruction se cabre aujourd'hui sur un "
suspect " qu'il faudra bien entendre. Du coup,
l'approche judiciaire, que nous avions tous saluée,
a atteint ses limites. Nous prenons le risque d'affirmer
que c'est politiquement que cette affaire sera résolue.
C'est la seule façon de la circonscrire. Les
premiers cercles du pouvoir en conviennent du reste,
puisqu'à présent, il est question de "faire
un procès d'apaisement". C'est tant mieux
!
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Par Newton Ahmed BARRY
Comment
meurt une démocratie militaire
La démocratie burkinabè
se départit de celle des autres pays environnants du
fait de son essence militaire. Le régime du Front populaire
a été gagné à l'idée de démocratie.
Il a associé les autres composantes de la Nation à
la discussion et à l'écriture de la Constitution.
Il a pris soin de se réserver le pouvoir en exclusivité.
En octobre 1991 et alors que les leaders de la CFD1 tergiversaient
sur leur participation ou non à la première élection
présidentielle du renouveau démocratique, au Conseil,
la religion était déjà faite sur l'issue
du scrutin. Un caporal du CNEC2 (détaché au Conseil),
nous tint, à l'époque, à peu près
ce langage : "Même si c'est un seul Burkinabè
qui va voter, Blaise sera élu président."
La suite, on la connaît. Blaise Compaoré, candidat
unique avec un taux de participation au scrutin dans les proportions
prévues par notre caporal, a été quand
même élu. L'intéressé en a été
affecté pendant un bref moment, mais il s'en est remis
et a su se réconcilier ses farouches ennemis dans un
"large rassemblement" dont l'exacte prononciation
a toujours donné du fil à retordre au colonel
Badaye Fayama, ancien ministre de la Défense.
La démocratie burkinabè est donc à l'origine
une démocratie "au béret rouge". La
mise en uvre du processus n'y changera rien. En une décennie
d'existence, le régime politique institué par
cette démocratie a vécu plus dans la hantise d'être
renversé par un coup d'Etat militaire, plutôt que
par les urnes. En d'autres termes, s'étant prémuni
contre toute alternance par les urnes, le régime a passé
son temps à se barricader derrière des forteresses
anti coup d'Etat. De toute l'histoire de ce pays, c'est le seul
régime à avoir construit autant de fortifications
autour des lieux de dévolution du pouvoir. Une entreprise,
qui soit dit en passant, a énormément enrichi
certains barons de la sécurité présidentielle.
Mais tout porte à croire que le putsch militaire est
consubstantiel au régime. Plus il s'en prémunit,
plus il s'y expose, comme le montre le récent projet
de putsch présumé. La question qui se pose, mais
que l'on occulte, par pudeur et par peur aussi, est de savoir
si ce régime va échapper au putsch militaire.
Le projet déjoué et actuellement en instruction,
en certains de ses aspects, ne permet pas de répondre
par l'affirmative. Il est établi, selon des informations
assez crédibles émanant de certains détenus,
que le problème du régime se trouve en son sein
même, et cela depuis la première tentative de coup
d'Etat attribuée en septembre 1989 à Jean Baptiste
Lingani et à Henri Zongo. Ce projet que l'on dit avéré
n'aurait pas livré tous ses secrets. Les rôles
joués par certains acteurs que l'on retrouve encore dans
le présent projet de putsch n'ont jamais été
tout à fait clarifiés. Il ressort des indiscrétions
que quatre personnes ont joué des rôles contradictoires,
mais importants dans le putsch en question ; et ils sont encore
vivants. Il s'agirait de Gilbert Diéndéré,
de Hyacinthe Kafando, de Alain Wilma et de Jean Pierre Mori
Palm. Ce dernier était, à l'époque des
faits, le tout puissant patron de la gendarmerie : il dut probablement
son salut à l'hébergement clandestin que lui offrit
alors un policier français du SCTIP (Service de coopération
technique internationale de police) en poste à Ouagadougou.
Les positions ont été floues jusqu'à la
dernière minute. " J'ai pris sur moi de changer
le dispositif sur le tarmac même de l'aéroport.
Quand mon supérieur est venu constater, il n'a rien dit.
C'est comme ça que nous avons sauvé le boss en
son temps ", affirme un ancien du RSP. En son temps vraisemblablement,
en raison des considérations stratégiques de survie
du régime, on a préféré " un
mauvais arrangement à un bon règlement du problème
", en se disant qu'on aura le temps d'exiger des comptes
à chacun en temps opportun. De cet épisode serait
né, dit-on, cette inimitié morbide entre Gilbert
Diéndéré et Hyacinthe Kafando. Le danger
est donc à l'intérieur du régime et l'enjeu
consiste à l'extirper sans en mourir. Comment ? Nul ne
le sait. Cependant, la tournure actuelle des choses montre indiscutablement
que le problème ne peut plus être différé.
Jusqu'à présent, le régime a réussi
à conjurer ce sort en jouant sur deux tableaux.
Le premier, et le plus important, a été de conjuguer
un paradoxe. Militariser le régime tout en tenant l'armée
en laisse. Le Régiment de sécurité présidentielle
est demeuré longtemps une armée entièrement
à part, avec des règles de fonctionnement et de
hiérarchie inconnues dans une armée ordinaire.
La confiance du boss primait le grade, et l'appartenance au
RSP donnait tous les droits, y compris celui de tancer des gradés.
Depuis un certain 15 juillet 1999, l'armée s'est affranchie
du régime et cette nouvelle donne a vu l'émergence
de personnalités militaires trop indépendantes
du politique pour le rassurer. Le général Lougué
est sans aucun doute le symbole de ces nouveaux militaires.
En donnant sa parole d'officier au président du Faso
que " le pouvoir politique ne l'intéresse pas ",
Lougué est probablement sincère. Cela suffira-t-il
à rassurer Blaise Compaoré ? Rien n'est moins
sûr. Selon des sources proches du pouvoir, la mise à
l'écart du général semble programmée.
Il reste maintenant à faire les choses " dans un
esprit d'apaisement ".
Le deuxième tableau sur lequel le régime a souvent
joué pour se maintenir, c'est l'utilisation des "faire
valoir", notamment des hommes politiques. Là aussi,
vraisemblablement, il a épuisé ses cartouches.
Tous ceux qui pouvaient servir ont été utilisés
et humiliés. En ce début de l'année 2004,
le régime joue véritablement sa survie. La contradiction
est militaire, ce qui la rend encore périlleuse.
1 La Coordination des forces démocratiques
2 Le Centre national d'entraînement commando de Pô.
A l'époque le Régiment de sécurité
présidentielle ( RSP) n'avait pas encore été
formalisé. Les militaires du CNEC assuraient la sécurité
présidentielle.
NAB
Les
à-côtés de l'instruction
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Une
nouvelle inculpation pour Maître Farama
Le juge Somda est-il entrain de cafouiller son instruction
? C'est ce que l'on est tenté de croire avec
les derniers actes des poursuite engagée contre
maître Farama. Le jeudi 8 janvier dernier celui-ci
s'est vu convoquer pour se voir notifier une nouvelle
inculpation. La première est-elle annulée
? Elle le sera certainement. En fait de quoi s'agit-il
? A la vérité, à la justice on
s'est rendu compte que l'engagement de cette affaire
était viciée. Le juge n'avait pas obtenu
l'ordre d'instruire du ministre de la Défense
et l'intitulé exacte de l'inculpation qui désignait
nommément quelqu'un, notamment Reporters sans
frontière, devenait problématique à
partir du moment où cette organisation, justement,
a dit qu'elle ne connaissait pas maître Farama
et qu'elle était prête à venir à
Ouagadougou pour se mettre à la disposition du
juge s'il lui en faisait la demande. Dès lors
l'affaire était fourrée. Selon certaines
indiscrétions le commissaire du gouvernement
lui-même, aurait reconnu la nullité de
la procédure et avait promis au bâtonnier
d'y mettre fin. Et voilà que c'est encore "
sur ses réquisitions que l'ordre de poursuivre
a été signé par le ministre de
la défense ". La question bien évidemment
c'est de savoir dans cette instruction, il y a au juste
combien de centres qui donnent des ordres au juge ?
Il y aurait vraisemblablement des jusqu'au-boutistes
qui savent ce qu'ils cherchent dans cette affaire. C'est
le pauvre juge qui en récolte les pots cassés.
Il était déjà difficile d'être
simple juge au Burkina. Quand on est en plus militaire
on doit sûrement souffrir le martyr.
Diéndéré
entendu
par le juge d'instruction
Le colonel Diendéré a été
convoqué par le juge d'instruction le mercredi
7 janvier. Il est resté un long moment avec le
juge Somda. Il faut rappeler que c'est Diéndéré
qui avait levé le lièvre après
la dénonciation du lieutenant Minoungou. Pendant
les premiers moments de l'instruction, il y avait même
deux centres d'interrogation. Celui qui était
au conseil était sous les ordres de Diéndéré
en personne. Le sergent Kaboré Moussa dit Boza
( suicidé par la suite dans sa cellule) et le
lieutenant Minoungou auraient dit-on transité
par là bas avant d'atterrir à la gendarmerie.
Hyacinthe
Kafando
ou l'arlésienne d'un retour
Annoncé à la Direction de l'information
de l'armée (DI) pour ce début janvier,
il semble qu'il n'en sera finalement rien. Pour les
proches du président "cet homme a fait tellement
de méfaits, que le rappeler dans l'armée
va nous desservir." Autant dire donc que pour Hyacinthe
c'est adieu l'armée. A moins que ce discours
n'ait été fait à dessein comme
celui qui avait été servi à notre
confrère L'Observateur Paalga annonçant
le retour imminent de Hyacinthe dans un corps de l'armée
à l'instigation du général Lougué.
Quoiqu'il en soit, il n'y a pas de fumée sans
feu. Après son retour surprise, voilà
qu'il fait de nouveau parler de lui, et comment ? Pour
l'instant, l'ancien patron de la sécurité
rapprochée de Blaise Compaoré veille sur
ses camions remorques et se fait aussi discret que possible.
Dans la partie qui se joue, qui sait s'il n'aura pas
sa revanche ?
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Blaise
, Diendéré et Lougué:
Jeu de dupes, jeu de vilains
L'année débute
par des supputations de mésentente au plus haut sommet
de l'armée entre le chef de l'Etat, le ministre de
la Défense et le chef d'Etat major particulier de la
présidence du Faso. Tous sont des militaires, et vraisemblablement,
la contradiction aurait atteint un point de non retour.
Le climat est presque ordinaire en ce début
d'année au Burkina Faso. Par l'entremise de la télévision
nationale, on a vu un général Lougué
euphorique le jour de la saint Sylvestre au Mess des officiers,
tellement occupé à danser qu'il avait de la
peine à formuler des vux corrects. L'image en
soi est tout un symbole. Le général a choisi
de passer la fête en compagnie de ses frères
d'arme, parmi lesquels il se sent comme un capitaine dans
l'eau. A quelques lieux de là, un autre Réveillon,
plus soft celui-là, loin des cameras, à Ouaga
2000. Réveillon que certains ont appelé "
le réveillon des 35 millions f.cfa" qui a rassemblé
autour du richissime " Kadhafi national ", le must
politique et économique du Burkina Faso. Le président
du Faso et son chef d'Etat-major particulier y étaient.
L'ambiance entretenue par le groupe " Magic System "
faisait quelque peu " Gaou " avec le caractère
snob des convives. " C'est sûr que c'est Madame
qui a voulu ça. Sinon, le boss n'aime pas ces choses-là
", nous explique un qui croit connaître le couple
présidentiel. Après le Mess, le général
Lougué ira rejoindre ce beau monde. Mais à ce
que l'on dit, ce n'était vraiment pas son milieu. Ainsi
va donc le Burkina Faso en ce début d'année
avec des apparences qui jurent avec la réalité
des choses. Mais n'est-ce pas un trait de caractère
même de nos murs politiques ? Alors la question
est évidemment la suivante : " Qu'est-ce qui ne
va pas entre ces trois hommes ? " Tout et rien à
la fois, si l'on en croit les confidences, les fuites dans
la presse et les apartés des premiers cercles du pouvoir.
Il est bien entendu difficile de faire une analyse exhaustive
de la situation, puisque certaines informations ne sont pas
vérifiables. Si elles s'avéraient fondées
un jour, il n'y aurait plus rien à dire mais plutôt
un constat à faire. De quoi peut-on être certain
aujourd'hui ?
La première des choses, c'est que la
confiance est entamée entre les trois hommes. Les faits
attestent cette rupture de façon non équivoque.
Depuis la mise à jour du putsch en octobre, le camp
présidentiel et le président lui-même
sont convaincus que le général Lougué
n'a pas joué franc jeu dans cette affaire. Nous avions
rapporté des propos des proches du pouvoir quand nous
avions traité du sujet dans le numéro 31 de
L'Evénement (Lougué : un suspect en liberté).
Des faits nouveaux attestent que le général
est bel et bien dans la ligne de mire des enquêteurs
de cette affaire. La première est cette commission
rogatoire que le juge Francis Somda aurait donnée à
l'ancien président de la Cour d'appel de Ouagadougou,
Gnambékoudougou, pour entendre le ministre de la Défense.
La chose aurait été ébruitée et
serait parvenue à Kwamé Lougué. L'initiative
a été finalement abandonnée. En lieu
et place, le général a reçu une liste
de trente questions auxquelles il devait apporter des réponses.
Et il y a répondu, même si on pense de l'autre
côté qu' " il l'a fait de façon désinvolte
". Un autre élément à charge contre
le général, c'est sa mise en cause presque sans
fard par le président lui-même.
En effet, depuis la mise à jour du putsch,
Blaise Compaoré a initié des concertations avec
les anciens chefs d'Etat du Burkina. Des rencontres d'échange
pendant lesquelles, il a exposé la situation à
ses devanciers avec preuves à l'appui. Blaise Compaoré
qui se dit l'un des chefs d'Etat africains les mieux informés
aurait à l'occasion brandi des enregistrements sonores
et des photos qui prouveraient l'implication du général
dans cette affaire. Il aura à l'occasion le soutien
d'un de ses prédécesseurs qui ne porte pas Lougué
dans son cur et qui lui fera cette réflexion
: " Je n'aimais pas Sankara, mais au moins avec lui,
on savait à quoi s'en tenir. Quand il n'était
pas d'accord, il le disait. Mais Lougué, on ne sait
jamais ce qu'il pense." Il est donc établi que
la préoccupation actuelle du président et de
son entourage, c'est de demander des comptes au général.
Mais dans "un esprit d'apaisement", car la préoccupation
du régime, c'est de ne pas trop traîner cette
affaire durant l'année 2004. Selon le vu du camp
présidentiel, c'est que le procès se tienne
en ce mois de janvier ou tout au plus en début février.
En attendant, un remaniement gouvernemental devrait intervenir
pour décharger le général de ses fonctions
de ministre pour qu'il puisse se mettre à la disposition
de la Justice. Le juge pourrait dans ce cas l'entendre et
procéder aux confrontations nécessaires au bouclage
du dossier. Voilà ce qu'en disent les proches du président.
Il reste une autre donne que l'on n'évoque presque
pas, c'est la situation de Gilbert Diendéré
alias "Golf " dans tout ce milo-mélo. Pour
les mêmes sources, et contrairement à ce que
notre confrère L'Observateur Paalga a laissé
entendre dans sa rubrique Une lettre pour Laye, il ne serait
pas question de supprimer le poste de chef d'Etat-major particulier
de la présidence, et une affectation de Diendéré
ne serait pas à l'ordre du jour. Le problème
reste entier à ce niveau. Notre confrère L'Observateur
Paalga reste, quoiqu'on dise, l'un des journaux les mieux
informés du Burkina Faso. Il est donc difficile de
croire que l'idée de l'affectation de Diendéré
ne soit pas à l'ordre du jour. Il y a longtemps qu'elle
est dans certains esprits, seulement elle n'a pas encore pu
se réaliser. Pour quelle raison ? Toute la question
est là. On peut croire que pour l'instant, c'est l'affaire
Lougué qu'il faut résoudre dans un "esprit
d'apaisement ".
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