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La route Boromo - Bobo Dioulasso
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La polémique n'est peut-être pas prête
de s'estomper sur la question très sensible de
la Nationale N°1. Après les sentences des
protagonistes, voici venues celles des experts. Comme
il fallait s'y attendre, chacun tire la couverture à
lui. Normal. Dans une affaire de gros sous, il ne faut
pas s'attendre à autre chose. Néanmoins,
des arguments des uns et des autres, on arrive à
se faire une idée des lois de ce milieu. C'est
un univers de caïds où les faibles se font
plumer. Et le droit dans tout ça ? Il est sensé
protéger le faible contre le fort et le fort
contre la ruse du faible. Dans cette affaire, allons-nous
bénéficier de l'éclairage du droit
ou va-t-on tout simplement au regard de certains intérêts
trouver des arrangements ? Les jours à venir
nous situeront sur l'évolution des choses. En
attendant, le dossier que nous initions sur la Nationale
1, lève le voile sur les rapports orageux entre
les différentes parties en présence, à
la suite des dégradations prématurées
constatées sur le tronçon Boromo-Bobo.
Il décrypte les rapports d'expertise pour vous
permettre de comprendre un tant soit peu ce qui a pu
se passer. Pour le reste, il faut s'en remettre à
la vigilance citoyenne afin que cette épreuve
serve vraiment de leçon pour l'avenir. D'ores
et déjà L'Evénement vous invite
à engager dans ses colonnes, un débat
constructif, convaincu que cette affaire n'est pas seulement
celle des gouvernants et des experts, elle est aussi
celle de tout citoyen burkinabè soucieux de l'avenir
de son pays
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Des
rapports d'experts contradictoires
L'émotion et l'indignation,
tels sont les premiers sentiments suite aux dégradations
précoces constatées sur la RN1, plus exactement
au niveau du tronçon Boromo-Bobo-Dioulasso. Pour situer
les responsabilités, on a dû recourir à
des experts en géotechnique et les premières conclusions
sont pour le moins contradictoires.
L'entreprise Razel a été la première à
commanditer une étude d'expertise. L'expert français,
M. Poirier, après deux semaines de travail, a livré
ses conclusions le 10 octobre 2003. Constat principal : "
Je considère que l'entreprise a pleinement répondu
au Cahier de Prescriptions Techniques (CPT) et aux exigences
légitimes des Maîtrises d'uvre et d'ouvrage.
J'ai remarqué que la Mission de Contrôle avait
fait preuve de rigueur permanente pour le respect des spécifications
contractuelles et des règles de l'art ." Cette première
observation est ensuite passablement tempérée
par les hypothèses sur les causes probables de la dégradation
précoce qui sont : " l'état du sol naturel,
l'argile, la carapace et la latérite ". Il y a en
outre, la teneur en eau du corps de chaussée qui est
l'élément primordial à tous les niveaux
et enfin l'enduit superficiel lui-même avec sa formulation
et la perméabilité qui en découle. Enfin
viennent les causes externes comme le trafic avec son intensité
et les surcharges et la différence importante de pluviométrie
entre Boromo et Bobo-Dioulasso, ainsi que la forte pluviométrie.
En ce qui concerne la formulation, l'expert souligne dans son
rapport que celle qui a été retenue, " même
parfaitement réalisée, entraîne obligatoirement
un manque d'adhérence du revêtement sur la base
(couche de 12/181) et un défaut d'imperméabilisation
(quantité trop faible de liant. ") Or, un bitume
est dit de bonne qualité quand le liant permet de bien
fixer les granulats et quand il empêche les infiltrations
d'eau. L'expert estime donc que c'est le procédé
utilisé qui ne permet pas d'obtenir de bons résultats
et il en conclut : " la qualité des matériaux
utilisés et du travail effectué ne me paraît
pas être en cause. "
Les conclusions opposées
de l'expert burkinabè
Les conclusions de M. Poirier sont contredites pour l'essentiel
par l'expertise réalisée par le Cabinet d'Ingénierie,
d'Etudes et de Recherche en Génie Civil (CIERGEC) dirigé
par Pierre Lompo. Pour l'expert Lompo, ce sont les infiltrations
d'eau dans la structure de la chaussée qui ont permis
les dégradations. Mais les infiltrations ont été
possibles en raison des arrachements et plumages du revêtement.
Il faut donc expliquer pourquoi le revêtement a pu céder
aussi facilement. Il évoque quatre facteurs explicatifs
: d'abord le sous dosage en bitume par rapport aux prescriptions.
Ensuite, l'insuffisance de bitume dans la composition de l'enduit.
Puis vient la qualité même du bitume et du dope1
qui laisse à désirer. La qualité des granulats
des carrières de Kotédougou et Tiode est également
en cause, mais l'expert recommande sur ce point des essais et
une expertise complémentaire afin d'approfondir l'analyse.
Enfin les deux experts se rejoignent sur la formulation retenue
qui ne paraît pas adaptée. L'expert national note
en plus du problème de l'adhésion du revêtement
à la couche de base, la possibilité que les granulats
12/18 en première couche ait percé la couche d'imprégnation.
On constate donc une convergence dans la remise en cause de
la technique du bicouche prégravillonné introduite
pour la première fois au Burkina par l'entreprise Razel.
L'expert national estime néanmoins que les investigations
sur ce point doivent être poursuivies dans la mesure où
la même technique a été utilisée
avec succès sur le premier tronçon de la RN1 et
qu'une autre expérience est en cours sur l'axe Ouaga-Koupèla-Fada-Pièga.
En ce qui concerne les dégradations sur les ouvrages,
celles-ci sont attribuées à un défaut de
conception. Selon le rapport, les déformations de rives
sont attribuées à la médiocrité
des matériaux de base et à la faiblesse des épaisseurs
de couche.
Les causes externes ne sont que des facteurs aggravants
L'intensité du trafic et les surcharges à l'essieu
sont certes des facteurs de dégradation reconnaît
l'expert burkinabè, mais elles ne peuvent pas expliquer
leur apparition si tôt après la fin des travaux.
Si tel était le cas, on ne comprendrait pas pourquoi
le premier tronçon de la RN1, Ouagadougou-Boromo, "
où des travaux d'entretien périodique ont eu lieu
deux ans auparavant dans des conditions techniques et de méthodologie
voisines et où circule un trafic au moins aussi important
que le tronçon Boromo-Bobo-Dioulasso, n'a pas connu le
même phénomène. "
Même conclusion en ce qui concerne les probables effets
d'un hivernage abondant. Il s'agit là aussi d'un facteur
aggravant qui ne peut servir d'explication aux dégradations
prématurées en cause. Le rapport relève
qu'en septembre 2002, bien que les pluies n'aient pas été
aussi abondantes qu'en 2003, des dégradations semblables
et même très proches de celles observées
en 2003 ont fait l'objet d'un rapport spécial de la mission
de contrôle qui y stigmatisait la négligence de
l'entreprise. Voilà qui aurait pu constituer un signal
fort pour des investigations approfondies avant réparation,
note le rapport.
Enfin, les sondages et essais réalisés dans des
zones apparemment saines montrent que là aussi des matériaux
de couches de chaussée ne répondent pas aux normes.
La bonne tenue des routes dans ces zones tient surtout "
au bon niveau de compactage et à la faible teneur en
eau dans les couches de chaussée résultant de
la bonne protection provisoire du revêtement. " Ce
sont donc des zones en sursis, conclut le rapport Lompo.
Les notes salées
de la mission de contrôle
Comment tout ça a pu arriver alors qu'il existe une
mission de contrôle avec un pouvoir de surveillance et
d'injonction ? De l'examen du journal de chantier de la mission
de contrôle, il ressort que les rapports étaient
souvent conflictuels, l'entreprise ayant pris l'habitude de
ne pas respecter ses directives. Que ce soit dans la construction
des remblais, la construction de la couche de base, la propreté
des granulats, l'humidité du granulat, la mise en uvre
du 3/8, la mission de contrôle n'a eu cesse de rappeler
l'entreprise à l'ordre. Ainsi, au niveau de la mise en
uvre de la couche de base, on note les remarques suivantes
: "la couche de base doit être mise en uvre
dans une seule couche afin d'assurer une résistance suffisante
au cisaillement
Nous avons insisté que les minces
couches d'apport sont à enlever
" Sur le sort
réservé à ces remarques, la mission de
contrôle note : "
il n'y a rien de changé
malgré nos interventions permanentes au chantier. Toutes
les remarques faites dans notre rapport géotechnique
du mois d'avril 2001 restent valables. " Sur la propreté
des granulats , le rapport géotechnique de juillet 2002
note : " malgré notre intervention du matin auprès
des responsables de l'entreprise, sur le chantier de ne mettre
en uvre pour la troisième couche du revêtement
que le gravillon 3/8 lavé, l'entreprise a fait la troisième
couche 3/8 entre le PK 339+425 et le PK 339 +800 avec du gravillon
plein de poussière ." L'humidité excessive
des granulats a également été dénoncée
par la note de chantier du 24 juillet 2002, mais " l'Entreprise
a pris toute la responsabilité de sa manière d'agir.
" Enfin, il convient de souligner l'incident survenu lors
de la réception de la couche de base de la section PK
275+265 au PK275+325, incident relaté dans le rapport
géotechnique de février 2002 : " ..Nous avons
exigé une fois de plus
que l'Entreprise remette
en état la couche de base de cette section et qu'elle
refasse une demande de réception
L'Entreprise a
fait le déflachage sur cette section le 12 février
2002. Et elle a mis en uvre le revêtement le 13
février 2002. L'un et l'autre avaient été
exécutés sans autorisation de la MDC ." La
conclusion est tranchante : "Indépendamment du comportement
de l'Entreprise dans cette affaire, la MDC se trouve dans l'impossibilité
de prendre la responsabilité pour la qualité de
la chaussée (couche de base et revêtement). "
Sans commentaire !
On a donc là deux rapports d'expertise aux conclusions
opposées sur un même objet. Un troisième
rapport commandité par le FED (Fond européen de
développement) est imminent. Mais en attendant, l'Etat
burkinabè peut estimer avoir pris toutes les garanties
nécessaires pour favoriser un travail honnête :
mise sur pied d'un comité tripartite composé de
l'administration, de l'entreprise et du bureau de consultance.
Toutes les parties ont pu suivre les visites de terrain, le
plan de travail, les prélèvements, les essais
et analyses en laboratoire. Les divergences des résultats
des experts ne peuvent occulter le constat essentiel : l'entreprise
Razel a régulièrement ignoré les remarques
et les injonctions du contrôle technique. Chacun peut
donc apprécier.
1 12/18 : les diamètres du plus petit au plus gros
granulat accepté
2 produit servant à améliorer la qualité
du bitume.
Germain Bitiou Nama
Qui paiera
la note ?
Un avis d'appel d'offres a été lancé par
le gouvernement pour la reprise des travaux sur le tronçon
Boromo-Bobo. Au cours d'un point de presse, le ministre des
Transports, des Infrastructures et de l'Urbanisme, Hyppolite
Lingani, a annoncé la rupture du contrat avec l'entreprise
Razel. La question est justement de savoir quels en seront les
effets juridiques. Pour le gouvernement, il n'y en a point.
En effet, le gouvernement considère qu'en lui remettant
une route en mauvais état et en refusant d'engager des
réparations conséquentes, conformément
à l'ordre de service n°8 du maître d'uvre,
Razel s'est lui-même placé en dehors des liens
contractuels. Ce faisant, le gouvernement considère qu'il
entérine un fait accompli. Du coup, toutes les sommes
qu'il restait devoir à l'entreprise, au titre des arriérés
de paiement, de la garantie de bonne fin et de la retenue de
garantie seront détournées au profit du financement
des réparations. Et cela peut suffire paraît-il.
Mais les choses ne sont pas si simples. Le gouvernement peut-il
être à la fois juge et partie? Il faut quand même
un tiers pour dire le droit, sinon c'en serait fini des investissements
au Faso. L'insécurité juridique provoque la fuite
des capitaux. Enfin, le FED acceptera-t-il un tel règlement
à la hussarde ?
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Razel
défie l'Etat Burkinabè
La rupture est consommée entre
l'Etat burkinabè et l'entreprise Razel. Une solution
à l'amiable n'a pu être trouvée pour remédier
aux dégradations précoces constatées sur
le tronçon Boromo-Bobo. Visiblement, les deux parties
n'ont pas la même lecture des textes qui les obligent.
Les usagers de la Nationale n°1 devront attendre encore
quelque temps avant de pouvoir s'offrir le plaisir de rouler
sur une bonne route. Le chronogramme de réception des
travaux suffit à lui seul à donner une idée
du désastre et donc de la désillusion: 10 juillet
2002, réception d'une première tranche ; 06 Mai
2003 réception de la deuxième et dernière
tranche ; 11 juin 2003, réception des travaux de reconstruction
de deux ouvrages étroits. Dans les dispositions contractuelles,
la réception définitive a lieu un an après.
C'est un délai d'observation nécessaire qui participe
du dispositif de sécurisation communément accepté
par les parties contractantes. Il n'a pas fallu plus de 4 mois
pour constater des dégradations précoces au niveau
de la chaussée.
Une réputation
de savoir-faire écornée
L'expertise réalisée du 29 septembre au 3 octobre
2003 par M. Poirier commis par Razel souligne en première
page : "Sur le tronçon Boromo-Bobo, on observe des
dégradations relativement importantes sur la zone allant
du PR 230 au PR 275, ce qui n'exclut pas des dégradations
ponctuelles importantes sur le reste du tronçon. La zone
située entre Boromo et Pa ne fait pas ou très
peu l'objet de dégradations actuellement. Néanmoins,
à l'aspect du revêtement, on peut penser qu'il
va y avoir des désordres assez rapidement et en particulier
à la prochaine saison des pluies. On constate un plumage
généralisé sur l'ensemble du chantier avec
parfois disparition partielle du 8/12 et quasi totale du 3/8
" En dépit de la technicité du jargon, on
aura compris que la tenue générale de la chaussée
est pour le moins défaillante. La partie burkinabè
qui a passé commande d'une route entendait se faire livrer
une bonne. De fait, l'importance des dégradations était
telle que les deux parties ne se sont pas embarrassées
bien longtemps de civilités. L'Etat burkinabè
parce qu'il est impassable de devoir décaisser quelque
9 milliards en pure perte, l'entreprise Razel parce qu'une prestation
de cette nature écorne quelque part une réputation
de savoir faire solidement établie en France et même
à l'échelle de l'Europe (cf le Moniteur N°
Spécial Edition 2003). Aussi le débat qui s'est
développé autour de cette affaire et qui n'est
pas prêt de s'arrêter donne parfois dans le surréalisme.
Pour le Burkina, l'entreprise Razel est tenue "de maintenir
les ouvrages en bon état et de refaire les parties qui
deviendraient défectueuses
. Cette obligation se
prolongera s'il est nécessaire, jusqu'à ce que
les ouvrages aient été mis en état de réception
définitive. Les travaux de réfection seront effectués
par l'attributaire à ses frais et sous sa responsabilité
et il devra les avoir entrepris dans un délai maximum
de vingt(20) jour à compter de la date de notification
de l'ordre de service prescrivant leur exécution.)"
(art. 62 du Cahier de Prescriptions Spéciales.) Il n'est
pas contestable, reconnaît Razel que nos obligations contractuelles
nous imposeraient de "remédier à tout vice
ou dommage affectant les ouvrages qui surviendrait au cours
de la période de garantie et qui résulterait de
l'utilisation de matériaux défectueux, ou d'une
mauvaise ouvraison." C'est à partir de cette dernière
phrase que le différend va prendre corps pour s'amplifier
par la suite.
Une utilisation
anormale de l'ouvrage
"Les dégradations apparues soutient Razel proviennent
de causes ne relevant pas de la responsabilité de notre
entreprise. Les investigations techniques menées conjointement
n'ont révélé ni vice, ni malfaçon
qui nous serait imputable ." Dans la foulée, l'entreprise
Razel pointe du doigt: "le trafic de poids lourds notoirement
plus important que celui pour lequel la structure de chaussée
a été dimensionnée, une proportion importante
de ce trafic accusant , de plus, une charge excessive, et roulant
souvent et en convois rapprochés, et à une vitesse
très au delà des limites autorisées
L'agressivité du trafic a en elle-même eu pour
effet de créer directement des arrachements (départs
de matériaux) sur freinage de poids lourds surchargés.
" La question du trafic, selon l'entendement de l'entreprise,
s'analyse comme une utilisation anormale de l'ouvrage. A cela
s'ajoute une autre cause tout aussi importante comme la pluviométrie
exceptionnelle observée au mois d'août, excédant
la moyenne de ce mois sur les 30 dernières années.
" Autant de choses qui ont eu comme effet d'abord au niveau
du trafic de causer des dégradations permanentes de la
chaussée telles que flaches, ornières, affaissements
des rives etc.. ensuite l'intensité des pluies a eu pour
effet second des pénétrations d'eau qui ont à
leur tour provoqué de nouveaux désordres tels
que retrait du revêtement, création de pelades,
nids de poule,etc
La RN4 subit
une pression de trafric comparable résiste
beaucoup mieux
Une telle analyse fait hurler d'indignation les responsables
de la Direction Générale des Routes pour qui malgré
le trafic et la pluviométrie, il est inacceptable qu'un
ouvrage prévu pour durer 10 ans ne tienne pas 5 mois.
Tonalité à peine tempérée chez le
ministre des Transports, des Infrastructures et de l'Urbanisme,
M. Hyppolite Lengani qui reconnaît que les problèmes
soulevés par l'entreprise sont réels, mais s'empresse
d'ajouter qu'ils ne suffisent pas à expliquer des dégradations
aussi précoces. S'il en est ainsi, poursuit-il, on ne
peut expliquer que la route nationale N°4 qui subit une
pression du trafic comparable résiste beaucoup mieux.
Dans le même régistre le tronçon Sakoinsé-Boromo
construit par l'entreprise Razel a aussi un meilleur comportement.
Mais cette querelle technique est bien loin des préoccupations
pressantes des usagers exposés aux accidents du fait
du mauvais état de la chaussée. L'article 62 du
Cahier des Prescriptions spéciales (CPS) garantit la
protection des usagers en faisant obligation à l'entreprise
de " maintenir les ouvrages en bon état
et
de refaire les parties qui deviendraient défectueuses."
Quant à la question de la responsabilité juridique,
celle-ci est tranchée par l'article 68 portant règlement
des litiges et divers autres textes visés dans le CPS.
En tout état de cause, l'entreprise est tenue de s'exécuter,
quitte à se retourner contre l'Etat burkinabè.
Le protocole d'accord, un marché de dupes
Razel a marqué son accord pour s'exécuter, mais
à certaines conditions : qu'on lui paie tous ses arriérés,
en principal et en intérêts de retard sur tous
les contrats en cours, que la fin de la période de garantie
soit maintenue au 06 mai 2004 (autrement dit les ouvrages réalisés
dans le cadre du protocole d'accord ne seront pas garantis)
et enfin qu'un contrôle strict du trafic soit mis en uvre.
Quant aux responsabilités dans la survenance du sinistre,
celles-ci pourraient être fixées par la réalisation
d'une expertise. Ces propositions paraissent inoffensives puisqu'il
s'agit a priori d'acquis ; mais au regard des circonstances,
elles peuvent paraître suspectes. C'est comme si après
avoir passé commande d'un véhicule, le concessionnaire
le livre en panne au client. N'importe qui dans ces conditions
exigerait qu'il soit mis en état de marche avant de payer.
Exiger qu'on paie avant, ressemble à un mauvais coup
en préparation. Malgré tout, la Direction Générale
des Routes (DGR), était prête à liquider
les impayés et à engager la procédure de
règlement des intérêts moratoires comme
il ressort d'une correspondance datée de fin septembre
2003. Le protocole d'accord lui-même est un compromis
bancal entre les différentes parties. Il engage toutes
les parties dans le financement des réparations. Sa mise
en uvre va tout de suite poser problème. La DGR,
tout en se félicitant de la décision de Razel
d'entreprendre les travaux, lui rappelle néanmoins qu'il
demeure lié par ses obligations contractuelles. Autrement
dit, on est d'accord pour des travaux de colmatage mais le CPS
vous oblige à faire plus que boucher des trous. Le différend
reste donc entier qu'alourdit en plus un climat exécrable,
ce qui va conduire à la rupture. Quelle que soit la tournure
que prendra cette affaire, une chose est certaine : personne
ne sort gagnant. En dépit de ses dénégations,
l'entreprise Razel voit sa réputation écornée
au Burkina. Dans ce domaine où la concurrence est très
rude, cette image sera quelque peu handicapante. L'Etat burkinabè
est pour sa part visiblement embarrassé par cette situation
où il est soupçonné au mieux de mollasson
qu'on roule dans la farine, au pire de corruption. Certains
ne sont pas loin de penser que ce scandale ne peut s'expliquer
que par un deal. Si au moins l'épreuve pouvait servir
pour l'avenir, on aura au moins gagné quelque chose !
Petite
histoire du bitume
Les bitumes sont des mélanges
d'hydrocarbures et de leurs dérivés. Ils sont
solides, liquides ou de consistance molle. Dans la nature, les
bitumes sont disséminés dans des roches. Le bitume
a été utilisé dès l'Antiquité
comme ciment ou pour assurer l'étanchéité
de constructions ou d'embarcations. Les Egyptiens l'utilisaient
pour embaumer les morts. Aujourd'hui, les bitumes sont des résidus
provenant de la distillation du pétrole.
Les hydrocarbures font leur apparition dans la voierie au début
du XIXème siècle en Grande Bretagne où
d'importants stocks de goudron s'accumulent. Ce matériau
qui provient de la distillation de la houille va donner naissance
à un revêtement de sol inédit : le macadam
du nom de son concepteur, Mac Adam. Celui-ci, appliqué
sur la chaussée permettait d'éliminer boue et
poussière des véhicules. C'est la première
innovation en matière de revêtement depuis la route
pavée ou empierrée datant de l'époque romaine.
Pour des raisons sanitaires, le goudron a été
abandonné au profit du bitume artificiel, matériau
obtenu par distillation et oxydation du pétrole. Il entre
dans la composition de l'enrobé dans une proportion de
6%.
L'enrobé est constitué de plusieurs types de graves
(cailloux, gravillons et sable) liées par le bitume.
Il constitue la couche supérieure de la chaussée.
La structure d'une chaussée se compose de plusieurs couches
: la couche de roulement sur laquelle roulent les véhicules,la
couche de liaison, la couche de base, la couche de fondation,
la couche de forme et enfin le sol naturel. L'épaisseur
des couches (hors sol) peut atteindre 40 à 50 centimètres.
L'enrobé est un matériau malléable qui
s'adapte facilement à la géologie du terrain et
aux conditions climatiques. En revanche, il est très
sensible à la chaleur et au froid accélérant
de ce fait le rythme des dégradations sous l'effet du
roulement et du stationnement. Avec le temps se forment des
ornières en surface. On conseille donc de refaire la
chaussée entièrement tous les dix ans environ,
au rythme de 7 km par jour ou de la réhabiliter suivant
la technique de thermorégénération.
Il existe un autre type d'enrobé appelé enrobé
bitumineux dit " drainant ". C'est une technique qui
permet de réduire le niveau sonore et d'évacuer
l'eau de pluie plus efficacement en optimisant le degré
de porosité des enrobés classiques. Il y a cependant
un inconvénient, la baisse du coefficient d'adhérence.
La conséquence est l'allongement des distances de freinage.
L'apparition de la chaussée béton. Les revêtements
en béton de ciment furent utilisés au début
du XXème siècle en France. Aux Etats-Unis, le
traitement des sols naturels au ciment se développe autour
des années 30. De la dalle avec joints, brossée
et rainurée, on est passé au béton armé
coulé en continu ainsi qu'à des traitements spécifiques
tel que le " dénuage chimique " qui augmente
la rugosité et donc l'adhérence en faisant sortir
le gravier en surface. Les caractéristiques principales
du béton sont sa rigidité et sa résistance
aux contraintes thermiques, qui en font le matériau de
choix pour les pistes d'aéroport. La chaussée
béton a une durée de vie d'au moins 30 ans ! Son
inconvénient est que son renouvellement suppose sa démolition
complète et donc de gros moyens matériels et financiers.
A cause de son prix, environ 30% plus cher que le bitume, on
trouve un compromis, la chaussée composite, mélange
bitumineux en partie basse et du béton armé en
surface.
Sources : encyclopédies Universalis et Hachette,
articles de presse.
Par Newton
A. Barry
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