Le
MATDS fait la chasse aux partis hors-la-loi

Le Ministre Bougouma est decidé à mettre
de l'ordre
Par Idrissa Barry
Le Ministère de l'Administration
territoriale, de la décentralisation et de la sécurité
(MATDS) a décidé de frapper fort dans le milieu
des partis politiques. Tous ceux qui ne seront pas à
jour d'ici le 1er février prochain vont subir la
rigueur de la loi qui peut aller de l'avertissement à
la suspension. Des partis, et pas des moindres, risquent
de faire les frais si d'ici là, ils ne tiennent pas
leurs instances et ne se dotent pas d'un siège fonctionnel.
Ils sont quatre vingt dix neuf (99) partis
et six (6) formations politiques qui ne respectent pas leurs
propres statuts et règlement intérieur. Le
MATDS leur reproche de n'avoir pas tenu leur instance dirigeante
dans le délai fixé par les statuts du parti.
Il y en a qui n'ont jamais tenu de congrès par exemple.
Ces partis pourront-ils d'ici le 1er février se mettre
en règle vis-à-vis de leurs statuts et règlement
intérieur ? Cela est improbable, mais c'est la décision
de leur ministère de tutelle publiée dans
les journaux en fin décembre. L'article 19 de la
charte des partis politiques stipule en effet que "
Les partis et formations politiques doivent fonctionner
conformément à leurs dispositions statutaires,
notamment leurs statuts et règlement intérieur.
" Dans le viseur du MATDS, on retrouve plusieurs partis
ayant participé aux travaux du Conseil consultatif
sur les réformes politiques (CCRP). Il y en a dans
la catégorie dite opposition tout comme dans la mouvance
présidentielle qui, si le MATDS était strict
dans l'application de la loi, n'allaient pas prendre part
au CCRP parce qu'on les aurait suspendu ou tout au moins
adressé un avertissement.
Dans l'opposition des refondateurs, deux ténors
allaient être recalés : l'Union nationale pour
la démocratie et le développement (UNDD) et
le Parti de l'indépendance et du travail (PIT). Le
parti de Me Hermann Yaméogo n'a pas tenu son congrès
depuis février 2007. Le tout nouveau parti de Soumane
Touré n'aurait pas, lui, tenu sa convention comme
prévu. Les mêmes griefs sont reprochés
à l'Union pour la démocratie et le développement
(UDD) de Toubé Clément Dakio qui a fait faux
bond au chef de file de l'opposition pour prendre part au
CCRP. Ce n'est pas seulement dans l'opposition qu'il se
trouve de " mauvais élèves ". Des
partis en vue de la mouvance présidentielle ont été
également épinglés. Le Rassemblement
pour le développement du Burkina (RDB) qui a deux
députés à l'Assemblée nationale
et la Convention des forces démocratiques du Burkina
(CFD/B de Diemdioda Dicko) qui en a autant ne sont pas en
règle. Tous ces partis sont sous le coup de l'article
29 de la Charte des partis politiques adoptée en
novembre 2001 : " Lorsque le parti ou la formation
politique ne respecte plus ses propres statuts relatif à
son fonctionnement régulier, le ministre chargé
des libertés publiques peut lui adresser un avertissement
lui enjoignant de respecter ses statuts. "
Herman
tient son congrès le 12 janvier
Une autre disposition foulée au pied par la plupart
de ces partis épinglés, c'est le défaut
de siège. Ils ne disposent pas de siège fonctionnel.
Là aussi, ils ont jusqu'au 1er février pour
se conformer à la Charte régissant la vie
et le fonctionnement des partis politiques au Burkina Faso.
L'article 14 de la Charte est très précis
sur le risque qu'encourent les fautifs : " En cas de
reconnaissance, le parti ou la formation politique est tenue
de se conformer aux lois et règlements en vigueur,
en matière de presse et délits de presse.
Les dirigeants doivent en outre doter le parti ou la formation
politique d'un siège officiel avec adresse (boite
postale, téléphone et fax ou adresse électronique)
lequel doit se trouver sur le territoire burkinabè.
L'absence de siège officiel suspend la reconnaissance
dudit parti ou de ladite formation politique. " Des
équipes de la Direction générale des
libertés publiques effectueront des sorties sur le
terrain avant le 1er février pour vérifier
l'existence du siège des partis politiques.
Si à l'issue de cette vérification,
le MATDS était strict dans l'application de la charte
des partis politiques, le paysage politique allait être
amputé d'une centaine de partis et formations politiques.
On n'aurait plus qu'une soixantaine de partis au Burkina
Faso.
Très peu de partis remplissent leurs missions définies
par l'article 13 de la constitution et reprises par l'article
5 de la charte des partis politiques, à savoir l'animation
de la vie politique, l'information et l'éducation
du peuple ainsi que l'expression du suffrage. Depuis les
premières élections législatives en
1992, on a en moyenne une trentaine de partis politiques
qui participent aux différentes élections.
Lors des législatives de 1992, 27 avaient pris part
sur les 67 partis reconnus. En 1997, 13 partis prenaient
part au scrutin sur les 47 reconnus. En 2002, 30 partis
ont pris part aux législatives. C'est seulement en
2007 qu'on a dépassé la barre des 30. Ils
étaient 47 partis et formations politiques à
se lancer à la course sur les 136 partis et formations
politiques reconnus. Mais ce record de participation ne
traduit pas une bonne implantation de ces partis sur le
territoire national. Pour preuve, seuls 5 partis politiques
ont présenté des candidats dans toutes les
45 circonscriptions électorales du pays. Il s'agit
du CDP, de l'ADF/RDA, de l'UNIR/PS, de l'UNDD et du RDEB.
Seuls 8 partis ont pu présenter des candidats dans
30 provinces. 30 partis ne présentaient de candidats
que dans 10 provinces au plus. Une dizaine de partis ont
présenté des listes dans une seule province.
En termes de résultats électoraux
également, une dizaine de partis se partagent l'essentiel
des sièges lors des différents scrutins. Les
électeurs font régulièrement confiance
à une dizaine de partis politiques. Dans l'actuelle
Assemblée nationale, 13 partis sont représentés
sur les 47 ayant participé au scrutin législatif
de mai 2007. Des 47, seuls 2 partis ont obtenu au moins
5% des suffrages (le CDP et l'ADF/RDA). On se demande alors
pourquoi le nombre de partis augmente d'année en
année si leur écrasante majorité ne
participe pas au jeu politique. Est-ce l'appât du
financement public ? On pourrait le croire. Mais depuis
longtemps, l'Etat n'octroie plus systématiquement
de fonds aux partis. Pendant la campagne électorale,
ce sont les partis en lice et au prorata du nombre de candidats
présentés qui en ont bénéficié.
Hors campagne électorale, seuls les partis ayant
obtenu 3% des suffrages lors des dernières législatives
qui peuvent prétendre au financement. Avant 2009,
la barre était de 5%. Malgré ce rabaissement,
il n'y a que cinq partis qui remplissent le critère
: le CDP, l'ADF/RDA, l'UPR, l'UNIR/PS et le PDS. On constate
néanmoins que le taux de croissance des partis n'a
pas diminué. En 2004, il y avait 103 partis reconnus.
En 2009, un document du MATDS intitulé " Liste
des partis politiques légalement reconnus "
mentionnait 137 partis et formations politiques, soit 1
parti pour 102 189 habitants. Au Ghana, c'est 1 parti pour
2 millions d'habitants. Dans ce pays, selon le Centre pour
la gouvernance démocratique (CGD), neuf (9) partis
politiques étaient enregistrés officiellement
dont cinq (5) se partageaient les 230 sièges du parlement
en 2004. La différence entre les deux pays a dû
s'accentuer. En 2011, on dénombrait plus de 161 partis
politiques au Burkina. Notre ratio parti politique/habitant
est donc à revoir encore à la baisse. Les
causes de cette fragmentation sont multiples. Si au début
du processus démocratique, la compétition
entre le pouvoir et l'opposition pour la "légitimité"
expliquait la création de plusieurs partis pour gonfler
chaque coalition, aujourd'hui, ce sont les querelles mal
gérées au sein des partis qui engendrent la
fragmentation des partis. Trois exemples illustratifs. De
2002 à 2011, 13 partis politiques sont nés
de la scission de trois partis. L'UNIR/PS a donné
" naissance " à la Convergence de l'Espoir,
l'UPS, le PRIT Lanaya de Mamadou Kabré, l'UFC d'Issa
Balima et l'URD/MS d'Alphonse Ouédraogo. Le PDP/PS
a " accouché " du MPS/PF de Paré,
de l'Autre Burkina/PSR d'Alain Zoubga, de Faso Metba d'Etienne
Traoré, du RDS de Boussouma. Quant au CDP, il a vu
la défection de certains de ses cadres qui sont allés
créer leurs propres partis. Il s'agit du RPC, de
l'UPC, de la CNDP, du Faso Autrement. Le toilettage du MATDS
va permettre d'assainir le fichier, mais il ne suffira pas
pour arrêter la fragmentation des partis politiques.
Cela nécessite de durcir les conditions de création
d'un parti politique qui pourraient prendre en compte l'implantation
dans au moins la moitié des 13 régions du
pays.