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Dossier
: Mutinerie
Luc :
Bienvenue dans la merde !
Il y a un signe en matière
de sécurité qui ne trompe pas, le maintien
du couvre feu, malgré la période des fêtes
chrétiennes. Même à Abidjan où
ce fut un vrai foutoir, Alassane Ouattara y a mis fin assez
rapidement. Il s'en suit donc que la situation est encore
précaire. Peut-être même un peu trop.
Si ces derniers jours nous avons vécu des bouleversements
insoupçonnés, on pourrait, selon des informations
qui circulent actuellement, les unes plus alarmantes que
les autres, mais difficilement vérifiables, connaître
des surprises dans les jours à venir.
Probablement deux équations?: Comment va évoluer
le tandem Blaise-Gilbert ? Ce n'est pas la première
fois que l'on suppute à leur propos, mais cette fois,
il semble que la brouille est sérieuse, notamment
autour de la nomination du chef de corps du Régiment
de la sécurité présidentielle (RSP).
C'est la première fois qu'un chef de corps est nommé
par décret du président.
Blaise Compaoré, ministre de la Défense, pourra-t-il
cette fois éviter que les militaires de retour du
Darfour, qui attendent le paiement des reliquats de primes,
ne se révoltent aussi ?
Deuxième équation, comment le nouveau premier
ministre va s'y prendre pour expliquer pourquoi l'ouverture
qu'il a annoncée n'a pas eu lieu et avec quoi il
le remplace ?
En attendant, les rumeurs circulent. Il y a même une
qui annonce des arrestations dans les Forces armées,
pour la semaine qui commence. Une rumeur évidemment
impossible à vérifier. Les partis politiques
de l'opposition, eux, veulent maintenir la surchauffe et
invitent leurs militants à un meeting pour l e 30
avril.
Comme on le voit, nos nerfs ne sont pas prêts de se
calmer.
Le dossier que nous vous proposons sur les derniers événements
essaie d'aller au plus près des interrogations et
la compréhension qu'il faut avoir des actes et des
décisions qui se sont succédées à
une vitesse telle que leur compréhension n'est pas
toujours évidente?: la réalité des
faits dans la nuit du 14 avril, les décrets en cascades
qui s'en sont suivis, le nouveau gouvernement annoncé
"ouvert et resserré" qui est devenu "recentré
et resserré" etc
Mutinerie:
Le
jour où Blaise a fui son palais
Ouagadougou, le 14 avril, la vie avait repris
son cours normal après une semaine d'agitation. A
21 h dans la nuit, des coups de feu sont entendus du côté
du palais de Kosyam. D'abord, un coup, puis les coups s'enchaînent.
L'inquiétude et les interrogations gagnent les riverains.
Mais les choses se précisent plus tard, les rafales
sont plus retentissantes. Cette fois, les choses sont sérieuses.
Les éléments de la garde de sécurité
présidentielle sont rentrés en mutinerie.
Certains confrères sont allés aux alentours
du palais. Ils confirment la mutinerie. Les mutins sont
déjà hors du palais. On les voit sur le boulevard
France Afrique, juchés sur des motos, armes aux poings.
Peu après, les armes lourdes entrent en action. Une
partie se dirige vers le centre ville. On apprend par la
suite que leurs camarades du Conseil son rentrés
à leur tour en action. Cette fois, les mutins ne
s'en prennent pas aux civils. Ils sont même applaudis
à leur passage. Galvanisés, ils enchaînent
les coups de feu. Selon les informations recueillies, les
autres garnisons vont bientôt entrer en action pour
soutenir leurs camarades. Pendant ce temps à Kosyam,
les armes continuent de crépiter de plus bel. Une
partie de la ville est recouverte de feu d'artifices des
armes sous l'admiration des curieux. Sur le Boulevard France
Afrique, un véhicule roule à vive allure en
direction de Kosyam. Quelques minutes plus tard, il redescend
à la même vitesse vers la ville sous le show
des mutins. On apprendra par la suite sur Rfi que Blaise
Compaoré a quitté son palais pour la primature
(l'ancien palais de la présidence) et ensuite pour
sa villa cossue de Ziniaré. Cette information n'a
pas convaincu beaucoup de personnes. Le président
du Faso se serait réfugié à l'ambassade
de France selon certaines sources. Ce qui est déplorable
au cours de cette mutinerie était la détention
de l'information. Ce sont les médias internationaux
qui tenaient les populations informées. Le lendemain,
aucune information officielle sur la mutinerie. Pourtant,
les mutins n'avaient pas déposé les armes.
Au moment où Blaise recevait le représentant
spécial de l'ONU en Cote d'Ivoire, les camps militaires
de Ouagadougou étaient en mouvement. Au Camp des
groupements blindés, les jeunes militaires étaient
par petits groupes en pourparlers. Une vingtaine d'éléments
étaient regroupés également au camp
Lamizana. Un militaire fait savoir que "?ça
va chauffer?" et conseille de rentrer. On observe des
va-et-vient entre le camp et la ville. La panique gagne
les riverains. Le mouvement des militaires commençait
à inquiéter, avec les coups de feu vers 10
h à Gounghin. Puis une rumeur de couvre feu gagne
Ouagadougou. Dans certains quartiers, la population est
brutalisée par les mutins. A Karpala, le marché
a été fermé dans la soirée par
les militaires. Les bruits des bottes commencent à
inquiéter sérieusement les populations pour
leur sécurité et leurs biens. Les véhicules
de l'Etat et de particuliers sont retirés. Les mutins
sont devenus les seuls maîtres du pays. Ils mangent
et boivent sans payer. Sous l'effet de l'alcool et de certains
excitants, les jeunes militaires se livrent à une
course de rallye avec les véhicules récupérés.
Un groupe de mutins a même fait un accident grave.
Deux d'entre eux vont y perdre la vie.
Abdoul Razac Napon
Le
RSP a "Benalité" Blaise
sans le
chasser

Par Newton Ahmed Barry
Le 14 avril dans la nuit et le lendemain 15, pendant
un bon moment, le pays a vécu sans président.
Le Régiment de sécurité présidentielle
(RSP) a destitué Blaise Compaoré avant
de le remettre en selle avec des conditions précises.
Un président qui n'a plus de prise sur la
réalité tombe automatiquement sous le
coup de l'article 43 de la constitution, "sur
l'empêchement temporaire de remplir ses fonctions"
et en principe ses pouvoirs sont "provisoirement
exercés par le Premier ministre". Mais
dans le cas qui nous concerne, la garde présidentielle
a chassé le président et son premier
ministre en même temps. Puisque entre 21heures
le 14 avril et probablement jusqu'à 10 heures
le lendemain 15, le président et son premier
ministre Tertius Zongo n'avaient plus la possibilité
de remplir leur fonction. Pendant près d'une
journée, le Burkina Faso n'avait pas de pilote.
Tout pouvait arriver à n'importe qui sur le
territoire du Burkina Faso, le président n'était
plus en mesure d'exercer les termes de son serment?:
"faire respecter les lois" et "garantir
la justice aux habitants du Burkina Faso". Il
y a eu donc rupture de la légalité de
fait, pendant un bon moment et Blaise Compaoré,
on peut l'imaginer, n'a retrouvé son poste
de président qu'aux conditions contenues dans
les divers décrets lus, le soir même
à la télévision. Il a dû
s'engager sur deux conditions au moins et la rédaction
des décrets montre qu'il n'a pas eu le choix.
Première condition, le renvoi de tout son
gouvernement. C'est ce qui implique l'utilisation
du mot "dissolution" qui n'est pas contenu
dans la constitution, pour ce qui concerne le renvoi
du gouvernement, mais plutôt pour le renvoi
des députés ( article 50 de la constitution).
Les juristes pensant que ce terme "dissolution"
n'est pas approprié, dans le cas d'espèce,
même si pour le professeur Laurent Bado, cela
peut vouloir dire qu'il "ne veut garder personne.
Premier ministre et tous ces ministres?compris".
Alors dans ce cas, pourquoi avoir fait contresigner
le décret par Tertius Zongo?? Ce qui a laissé
croire un moment que le président avait mis
en application l'article 46 de la constitution en
son alinéa 2. Ce qui est évidemment
en discordance avec la portée du terme "dissolution".
Mais de toute façon, sur ces questions là,
les prérogatives sont exclusives et le président
aurait pu, s'il avait été maître
de la situation et que l'ensemble de la machine administrative
de la présidence fonctionnait, faire usage
simplement des articles 46 et 69 de la constitution.
Dans ce cas là, le gouvernement tombait avec
le renvoi du premier ministre et il n'y aurait pas
eu besoin d'indiquer expressément que les "secrétaires
généraux des départements ministériels
assurent l'expédition des affaires courantes"
dans le décret portant dissolution du gouvernement.
Nulle part en effet, cela n'est prévu dans
la constitution. Or le président tient son
pouvoir de la constitution et l'exerce dans le cadre
prévu par cette même constitution. On
peut alors penser qu'au moment de la dissolution du
gouvernement, la constitution avait été
mise entre parenthèse, même si elle est
visée par ailleurs.
Deuxième condition de remise en selle, la
nomination intuite personae d'un officier, en l'occurrence
le colonel Major Traoré Honoré Nobéré
(nous reviendrons sur l'homme et son parcours) qui
n'était jusqu'à sa nomination comme
chef d'Etat-major général des armées,
qu'un commandant d'un service de l'armée et
pas même à la tête d'un des Etats-majors.
Par ailleurs, dans un grade inférieur à
tous ceux qu'il devait coiffer avant de prendre la
tête de l'armée. On a vu après
les gymnastiques réglementaires qu'il a fallu
faire pour rattraper les bourdes. Il fallait élever
Honoré Traoré au grade de général
et changer son adjoint. Mais il reste l'entorse du
chef d'Etat-major particulier de la présidence
du Faso. Sauf si on considère désormais
que Gilbert Diendéré, officier le plus
ancien dans le grade de général, ne
relève plus hiérarchiquement de l'Etat-major
général.
On peut donc, au regard de la qualité de la
rédaction des textes qui ont consacré
les bouleversements qui ont permis la reprise des
choses en main, dire que la légalité
n'a pas été respectée. Le président
Blaise Compaoré n'a pas eu le choix. Il est
possible de considérer qu'il a dû opérer
une esquive pour conserver l'essentiel, son pouvoir.
Mais dès lors, on est obligé de constater
l'entorse et de considérer que le mandat de
novembre dernier est écorné pour ne
pas dire plus. On ne serait pas dans l'extrême
en affirmant que c'est par la volonté des soldats
du régiment de sa sécurité présidentielle
qu'il est président depuis le 15 avril. Que
les jeunes soldats aient été contraints
de venir "réaffirmer", d'une voix
monocorde, leur "loyauté" signifie
qu'à un moment, ils le lui avaient retiré.
A tout le moins, on a craint un moment que cette "loyauté"
ait disparu. Pour le chef suprême des armés,
cela veut dire beaucoup de choses.
Il s'ensuit qu'il y aura forcément un après
14 avril qui va profondément conditionner le
restant du mandat qui normalement court jusqu'en 2015.
La mutinerie qui a abouti à la dissolution
d'un gouvernement et au renvoi des généraux
de l'Etat major de l'armée marque une césure
dans le pouvoir et forcément le conditionnera.
Depuis 1999, c'est la première fois qu'une
révolte militaire est allée aussi loin
en pulvérisant l'exécutif, dans son
entièreté et la hiérarchie militaire
aussi. On peut décider de n'y voir que des
revendications pécuniaires, ce dont nous ont
habitué les soldats. C'est peut-être
la raison qui a décidé Blaise Compaoré
lui-même, dans le gouvernement de Luc Adolphe
Tiao, à occuper le poste de ministre de la
Défense. Mais ce serait à tort. Outre
la revendication pécuniaire, les mêmes
soldats sont allés chez le président
de la CENI, Michel Moussa Tapsoba, qu'ils n'ont pas
trouvé heureusement, avec le message suivant?:
"c'est lui qui sait organiser des présidentielles
bidons-". Quelques jours plutôt, ils avaient
rendu visite à Simon Compaoré, maire
de Ouagadougou, mais pas en cette qualité,
on s'imagine. Le message semble clair. Sous le couvert
des revendications corporatistes, qui sont sur certains
points fondés et d'autres non (Voir ci-contre
les militaires sont-ils les moins bien payés
au Burkina Faso), les militaires ont canardé
la gouvernance en cours dans le pays et le régime
qui l'implémente avec. On peut penser que les
circonstances internationales n'étant plus
favorables au coup d'Etat militaire, surtout quand
il survient dans un ciel apparemment serein, comme
celui qui semblait être le nôtre, les
militaires ont "Benalité" (en référence
à Ben Ali de la Tunisie) Blaise Compaoré
tout en lui laissant le choix des conditions de son
retrait. Le gouvernement d'exception dont on s'attendait,
avec la nomination de Luc Adolphe Tiao, devait remplir
ou permettre de remplir les conditions d'un départ
honorable de Blaise Compaoré du pouvoir. Il
devait être un gouvernement vraiment d'ouverture,
pour qu'un large consensus rétablisse une légitimité
explosée. A seul, on ne peut pas faire des
reformes qui emportent l'adhésion de la grande
majorité. A seul, les décisions, mêmes
pertinentes, n'engagent pas les autres. Et puis le
symbole, manqué, d'une humilité assumée
devant l'épreuve aurait été d'un
bénéfice inestimable pour la nation
et pour le président Blaise Compaoré.
S'il fallait aller à l'extrémité
d'une dissolution pour offrir un gouvernement "recentré
et resserré", ce n'était pas la
peine. Sûrement que Blaise Compaoré qui
ne veut rien céder sur l'essentiel des reformes
attendues voudrait faire les choses à ses conditions,
quitte à jouer à la roulette russe avec
son propre avenir.
Par Newton Ahmed Barry
Seul Roch Marc
Christian Kaboré n'a pas fui
Ce n'était pas la peine de chercher un responsable
politique d'importance dans la nuit du 14 avril. Quand
RFI a annoncé que Blaise Compaoré avait
quitté Kosyam, pour s'abriter dans un premier
temps à l'ancien palais, puis ensuite à
Ziniaré, les autres se sont fondus dans la
nature. Simon Compaoré est allé à
Kokologo se cacher chez le chef. Une visite, dit-on,
qui n'aurait pas porté bonheur au chef de Kokologo
puisqu'il est mort, peu après dans des circonstances
troubles.
Le seul qui n'aurait pas bougé de chez lui,
c'est Roch Marc Christian Kaboré. Il aurait
dans la journée beaucoup uvré
à calmer les commerçants. On l'a vu
au journal de 13H15 visitant l'Assemblée nationale
pour constater les casses et même donner une
interview à la TNB, où il a dit deux
choses qui ne sont pas passées inaperçues?:
"?les militaires ne sont pas plus nombreux que
les civils
?" et "?les casses ne sont
pas l'uvre des commerçants, mais des
infiltrés?". En dehors de lui, on a entendu
personne. Les communiqués étaient d'abord
signés du service de l'information du gouvernement,
avant que Sambaré, secrétaire général
du ministère de la Sécurité,
n'impose le couvre feu. Une autre anomalie procédurière
de cette période, puisqu'un secrétaire
général n'a pas pouvoir de restreindre
les libertés publiques. Cette prérogative
est celle du chef de l'Etat.
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Combien
gagne un deuxième classe ?
Les dernières mutineries des militaires
du Régiment de la sécurité présidentielle
avaient pour cause une question de solde. Le 31 mars à
la rencontre avec le président, les soldats avaient
déjà posé le problème des soldes
et des indemnités et le président avait promis
répondre dans trois semaines. Pour les soldats, trois
semaines devaient coïncider avec la paie le 15 avril.
Le 14, quand ils ont reçu leur bulletin et n'ont
rien vu, ils ont décidé de faire parler la
poudre.
Le chef de l'Etat a rencontré environ 145 soldats
pour les écouter sur le malaise dans l'armée.
Deux points sont revenus dans les doléances. La défaillance
et la cupidité du commandement et les questions de
solde et des indemnités. Sur ces dernières
questions, il y a peu de transparence, puisque les services
financiers de l'armée sont complètement autonomes.
Au niveau des finances, il y a peu d'information sur le
sujet et à l'intendance militaire les informations
sont difficiles à obtenir et même que c'est
souvent impossible, puisque c'est une succession de petites
trésoreries dans les garnisons, les compagnies et
les sections. Si les finances publiques du Burkina Faso
se sont beaucoup modernisées, au niveau de l'armée,
les choses sont à la traîne.
Selon nos informations, après cette rencontre, Blaise
Compaoré aurait ordonné l'augmentation du
pré franc qui serait désormais de 1500 f cfa
par jour. Ce qui devrait donner sur un mois de 30 jours
45?000 F cfa et 46?500 F tous les mois de 31 jours. Il s'ensuit
donc qu'un soldat de deuxième classe se retrouve
avec une solde suivante à la fin de mois?:
indemnité de logement: 12500 F
pre franc : 45000F
sujétion : 20000 F
salaire net de base : 45000 F
Solde net par mois: 122500 F
Un soldat de deuxième classe, c'est
le "Lacrou" pour utiliser l'expression familière.
Les "deuxième classe" sont sans niveau
d'étude. Il s'ensuit que le soldat est mieux payé
qu'un instituteur et un infirmier.
Normalement, un soldat qui mange à la cantine n'a
pas droit au pre franc. Mais avec la corruption dans les
casernes, presque tout le monde y mange et touche aussi
le pre franc.
La procédure de paiement?:
En général, seul le salaire net et l'indemnité
de logement sont virés. Les indemnités de
bouche (pré franc) et la sujétion sont payées
directement dans les compagnies. Ce sont les paiements dit
"?vis-à-vis?" ou "?yeux dans yeux?".
C'est le paiement de ces indemnités qui donne lieu
aux malversations dans les garnissons et les enrichissements
illicites de la hiérarchie, selon les modes suivants
qui sont décrits par les soldats eux-mêmes?:
Placement?: l'indemnité versée est placée
sur un compte où il aurait le temps de produire des
bénéfices. Elle peut même être
détournée. En 1999, les soldats s'étaient
rendus compte que l'indemnité de logement rétabli,
après la période de la révolution où
elle était retenue pour financer un projet de logement
au profit des militaires, avait servi aux projets immobiliers
des proches du président Compaoré. Les soldats
s'étaient alors violemment mutinés et avaient
obtenu, séance tenante, le paiement en deux tranches
de ces indemnités.
La non déclaration des morts et
des affectés: les indemnités des militaires
morts continuaient d'être touchées par le commandement.
Les soldats dans les missions de maintien de la paix?: Les
recrutements donnent lieu à des paiements d'argent.
Les indemnités payées ne sont pas totalement
versées aux militaires. Par exemple, le contingent
de Darfour (août 2009-août 2010). Les soldats
sont payés à 1026 dollars par mois. Après
une année, chacun devrait revenir chez lui avec environ
6?000?000 F CFA. A leur retour, ils n'ont pas perçu
plus de 4 millions chacun.
La corruption des officiers est totale et elle se fait au
détriment des soldats.
Les soldats mutinés sont pour l'essentiel de la classe
2006 et pour beaucoup sont d'un bon niveau intellectuel.
Beaucoup ont le niveau Bac et ont participé aux manifestations
du "?Collectif Justice pour Norbert Zongo?" au
début des années 2000. C'est une génération
acquise aux droits de l'homme et qui est sensible à
l'injustice. Mais en même temps, cette génération
renferme, les "?enfants ratés?" des grosses
légumes de l'armée et de la République.
Ces enfants ratés sont recrutés sur ce qu'on
appelle la "?liste du commandement?". C'est-à-dire
qu'au moment des recrutements, chaque officier a droit à
des places qu'il utilise comme bon lui semble. Le procédé
n'est pas nouveau, mais avant, il donnait quand même
lieu à des vérifications et le commandement
avait une ascendance sur tout le monde, y compris ceux qui
sont venus par la "?liste du commandement?". A
présent, les recrus de la "?liste du commandement?"
sont ceux qui font la loi. Certains pensent que ce sont
ces enfants gâtés qui ont semé la pagaille
pendant les mutineries et se sont livrés aux vols
et aux viols. Il faudra peut-être que l'armée
cesse d'être la poubelle de nos irresponsabilités.
Newton Ahmed Barry
Commerçants
vandalisés
Rencontre houleuse à la Chambre de commerce
Les mutins du RSP sont aussi passés essuyer
leur godasse sur les commerçants le 14 avril.
Furieux ces derniers ont envahi les rues le lendemain
pour passer leur colère sur les édifices
publics et le siège du CDP, dont beaucoup sont
pourtant membres. Pour les calmer les premiers responsables
de la chambre de commerce ont dû se faire accompagner
des chefs religieux pour les rencontrer. Une présence
qui a eu raison de leur fronde et la rencontre a pu
se tenir. Mais ONACOMB, le syndicat le plus frondeur
des commerçants, n'a pas manqué l'occasion
de dire ses vérités à la structure
dirigeante de la Chambre de Commerçant.
Pour le syndicat la Chambre de Commerce ne joue pas
son rôle. S'il y avait des rencontres régulières
avec les associations des commerçants et la
Chambre de Commerce, soutient le secrétaire
général du syndicat Mahamoudou Sanfo,
elle n'allait pas avoir besoin de l'apport des autorités
religieuses pour leur parler. Le vice président
du syndicat M. Dabo, renchérit en enfonçant
le clou. Les responsables de la Chambre sont dépassés
et il faut une cure de jouvence pour que les choses
puissent marcher au profit de tous les commerçants.
L'ONACOMB qui était particulièrement
en verve a été celui qui a fait les
propositions de soutien et d'appui aux commerçants
vandalisés. L'ONACOMB a demandé une
série de mesures pour appuyer les commerçants
qui ont tout perdu dans cette affaire.
D'abord mettre en place un fonds d'indemnisation pour
aider les victimes des actes de vandalisme perpétrés
par les mutins.
Ensuite aménager des facilités bancaires
et fiscales pour les commerçants. Comme solution
concrète pour ceux qui doivent aux banques,
elle demande qu'on diffère le payement de leur
prêt pendant au moins 3 mois après l'indemnisation,
le temps que leurs activités reprennent. Elle
sollicite cette faveur aussi au niveau des impôts
pour ceux qui s'acquittent de leurs impôts par
trimestre. A la douane et à COTECNA, elle demande
un allègement parce qu'elle estime que c'est
toute la structure du commerce qui est ébranlée
suite aux différentes mutineries.
Enfin dernière doléance, l'ONACOMB a
enjoint les leaders religieux de dire à Blaise
Compaoré qu'il donne aux militaires ce qu'ils
veulent. Cette demande express fut faite pour éviter
que des éléments "?dégénérés?"
de l'Armée ne trouvent des prétextes
pour s'en prendre encore à leurs biens.
Pour ce qui est de la manifestation des commerçants
le samedi 16 avril, le vice- président de l'ONACOMB,
Moussa Dabo, la met sur le registre de la colère
liée aux agissements malheureux des militaires
l'avant-veille et la veille. Pour terminer l'ONACOMB
averti le gouvernement, il est prêt à
débrayer aux cas ou ces revendications seront
mises sous le boisseau.
Merneptah Noufou Zougmoré
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Blaise
décide de s'occuper de son chaudron
Par Germain B. Nama
Cumulativement à sa fonction présidentielle,
Blaise assure désormais la fonction de ministre de
la Défense. Si en sa qualité de chef suprême
des Armées, il n'a pas pu ou su éviter les
contestations violentes que nous avons connues ces derniers
temps, le pourra-t-il maintenant?? C'est la grande question
dont les semaines et mois à venir nous donneront
peut-être des éléments de réponse.
En bon manuvrier, Blaise Compaoré
a réussi, avec la méthode qui lui a servi
dans d'autres crises dans la sous région à
calmer la grogne des militaires. La méthode est apparemment
simple. Pour ce qui apparait en partie au moins comme un
déficit de communication, il a décidé
de pratiquer une sorte de catharsis en libérant la
parole de ses frères d'armes. Ces derniers comme
sous l'emprise de l'hypnose ont dit ce qu'ils pensaient
de l'armée, des brimades et petites misères
qu'ils endurent. Ils ont surtout parlé de l'autorité
militaire implacable mais juste, autorité qu'ils
ne sentent plus, alors que la troupe est souvent en proie
au blues ou au spleen. Or quand une armée s'ennuie,
ça n'augure rien de bon. On a vu avec quelle frénésie
les mutins pratiquaient leur rodéo dans des bagnoles
retirées à leurs propriétaires, transformant
les espaces urbains en champs de tirs. Comment en est-on
arrivé là?? C'est ce à quoi doit désormais
s'atteler le chef de l'Etat, nouveau ministre de la Défense.
Une bonne lecture de la situation de chaos qui règne
actuellement dans notre armée nous ferait avancer
très vite dans la solution. Mais des questions se
posent déjà quand à la volonté
réelle de trouver des réponses idoines.
Blaise veut-il résoudre
les problèmes de l'armée ?
Une armée nationale est une et indivisible.
Ce n'est pas l'impression que nous donne la nôtre.
Une des recommandations du Collège de sages touchait
à cette curiosité que constitue le Régiment
de la sécurité présidentielle (RSP)
qui n'est rien d'autre qu'une garde prétorienne.
Dans un Etat républicain, estime le Collège
de sages, la sécurité présidentielle
est assurée par la gendarmerie et la police. Blaise
avait opposé une fin de non recevoir à cette
recommandation, estimant pouvoir organiser sa sécurité
comme bon lui semble. Qu'à cela ne tienne?! S'il
choisit de confier sa sécurité à un
corps de l'armée, cela ne doit pas porter atteinte
à l'unicité de l'armée. La question
qui est au centre du débat, c'est que les différents
corps de notre armée ne sont pas logés à
la même enseigne sous l'angle des traitements, des
faveurs et des commodités. Pareille situation engendre
des convoitises et des surenchères. On l'a vu, malgré
la situation privilégiée du RSP, ce corps
d'élite est entré dans la danse des revendications,
à la suite des autres casernes, dans le but de consolider
ses avantages. Par ailleurs, il y a la délicate question
des chefs militaires. Quel est le rôle réel
du chef d'Etat-major particulier du chef de l'Etat?? Quelle
est la nature des liens qui le lient au commandement central??
Quel rapport entretient-il avec le Régiment de sécurité
présidentielle?? A la vérité, Gilbert
Diendéré, le chef d'Etat-major particulier
du chef de l'Etat apparaît tant aux yeux des militaires
que de l'opinion publique, comme le véritable chef
des armées, en raison de sa position et de l'influence
qu'il exerce sur le chef de l'Etat. Même discret,
la position de Gilbert Diendéré a l'inconvénient
d'agacer nombre de ses pairs plus galonnés qui, à
tort ou à raison, ont l'impression que leur sort
dépend de lui. Cette situation peut expliquer le
"?refus?" du général Lougué
de prendre en main le portefeuille de la Défense.
Il aurait, selon nos informations, été contacté?dès
les premiers moments de la mutinerie par le chef de l'Etat,
mais ses "?conditions?"sont un véritable
dilemme pour ce dernier qui apparemment ne parvient pas
à concilier les deux équations que sont les
deux hauts responsables militaires. D'où sa décision
de prendre personnellement les choses en main. Mais l'option
choisie laisse penser que la balance a penché du
côté de Gilbert Diendéré, ce
qui n'est pas forcément un bon présage au
regard des contestations. Que le domicile de ce dernier
ait été la cible des mutins indique clairement
qu'il est une partie de la crise. Jusqu'à quand le
chef de l'Etat peut-il ignorer ces ressentiments?? Cette
crise a montré combien les questions subjectives
peuvent être lourdes de menaces pour la sécurité
du pays. Certaines destructions sont bien ciblées.
Bien que le procédé soit inacceptable, il
ne serait pas prudent d'ignorer les motivations. Apparemment,
cela a prévalu pour la composition du gouvernement
Tiao. Il importe que dans tous les secteurs sensibles, tant
civils que militaires, il en soit de même, cela dans
l'intérêt de la paix sociale.
L'esprit informel dominant
Ce qui préoccupe la grande majorité
des Burkinabè, c'est le retour de la paix. Mais il
faut prendre garde à ne pas fonder la paix sur l'injustice.
Si tous les Burkinabè sont égaux devant la
loi, il ne faut pas bafouer ce droit constitutionnel, simplement
parce que l'on se trouve sous la menace des armes. Ce serait
un mauvais signal qui pourrait faire des émules.
Ce dont a besoin notre armée, c'est de justice. Les
militaires dénoncent la corruption rampante dont
le corolaire est la frustration. Après les mutins
de mars et de mi avril, c'est à présent les
militaires rentrés du Darfour qui menacent de descendre
dans l'arène. Ils sont de retour depuis le mois de
décembre et ne voient toujours pas le reliquat de
pécule qu'on leur doit. Leur hiérarchie a
beau leur dire que les Nations unies n'ont pas encore payé,
ils n'y croient guère. Ils connaissent la boulimie
de leurs chefs, champions dans les retenues. Pour des gens
qui ont risqué leur vie dans l'enfer du Darfour,
ce n'est pas une bonne idée de les laisser dans le
doute. Des bonnes volontés s'activent actuellement
dans l'ombre pour les dissuader d'user de la violence, mais
que voulez-vous, la recette s'est avérée payante.
Pourquoi eux n'en useront-ils pas pour rentrer dans leurs
droits?? Jusqu'à quand va-t-on les faire attendre??
Projeté par les événements au devant
de la scène militaire, Honoré Traoré
va devoir batailler dur pour redonner de la santé
à notre armée. Il n'y parviendra pas en se
maintenant dans le schéma actuel dominé par
les pratiques informelles héritées de la période
révolutionnaire. Les préoccupations sécuritaires
de Blaise Compaoré l'empêchent d'opter franchement
pour une armée républicaine. Mais les événements
actuels montrent les limites de sa vision. Quand des militaires
subalternes agressent leur ministre de tutelle et menacent
de leurs armes le chef suprême des armées,
le contraignant à un exercice humiliant, ce n'est
plus une armée mais une bande. Cette image est détestable
même pour l'écrasante majorité des hommes
et des femmes actuellement sous le drapeau. Pour reconstruire
l'armée, Blaise Compaoré doit penser d'abord
à son pays qui mérite franchement mieux?que
ce machin qu'il nous a fabriqué !
Luc
Adolphe Tiao
Pompier sans lance eau

La surprise du chef. Le bien heureux élu
lui-même ne s'y attendait pas. Il l'a avoué
à la cérémonie de passation de service.
Il y a quelques jours, il consolait Tertius après
la dissolution du gouvernement, priant qu'il soit reconduit
parce qu'il avait fait du bon boulot, ses quatre dernières
années. Et puis le voilà Vizir à la
place du Vizir.
Il y a eu déjà un tombereau
déloges à son propos. Fait inhabituel pour
accueillir un nouveau chef de gouvernement. Est-ce parce
qu'il est journaliste? Sûrement pas. Mais tout de
même oui?! Les journalistes lui sont redevables de
leur convention collective et peut-être de la dépénalisation
des délits de presse, si elle devait survenir un
jour. Sans lui dénier des qualités certaines,
on peut penser que s'il a réussi au Conseil supérieur
de la communication (CSC), c'est parce qu'il s'y est préparé.
Dans le marigot du gouvernement, la tâche va être
plus compliquée. Il semble, et cela risque de le
suivre, à moins qu'il sache l'expliquer, que son
bienfaiteur ne lui a pas fait un bon cadeau de "bonne
arrivée". Blaise Compaoré l'a laissé?annoncer
un gouvernement d'ouverture resserré et lui a imposé
"un gouvernement recentré". Pour un début
dans la fonction du chef de gouvernement, ce n'est pas très
heureux. Mais c'est la méthode Blaise Compaoré.
Quelle va être sa marge?
Idéalement, c'était qu'il conduise, quoiqu'on
en dise, un gouvernement "d'exception" sur une
période donnée, la plus courte possible avec
des objectifs précis. Luc Adolphe Tiao aurait dû
être le chef des "réformes". L'impression
qui se dégage, c'est qu'il va être un premier
ministre gestionnaire, avec un président "réformateur"
qui se charge de l'armée et sûrement aussi
des reformes politiques. La formation du nouveau gouvernement
semble même indiquer, que le président a décidé
de faire les choses lui-même et probablement à
ses conditions, en continuant à maintenir toutes
ses illusions sur son futur politique. Pour l'instant et
la grande appréhension qui se dégage de la
formation du gouvernement, c'est que Blaise Comparé
n'a pas renoncé à son article 37. Dans ces
conditions, Luc Adolphe Tiao aura bien du mal. Même
si personne n'est né premier ministre, en situation
de crise, comme celle que nous traversons, on ne vient pas
pour faire ses classes. En attendant, selon des sources
concordantes, les partenaires techniques et financiers du
Burkina Faso réunis le 20 avril ont quasiment décidé
de mettre en stand by leurs engagements. Certains appuis
budgétaires ont été reportés
pour l'après Pâques. Ce n'est pas encore la
crise de confiance. Mais un attentisme qu'il faut s'avoir
interpréter. Le premier ministre n'aura pas un délai
de grâce, il le sait lui-même. C'est pourquoi,
après le couac du gouvernement "non ouvert",
il faut qu'il montre qu'il est venu pour sortir le pays
de la crise. Et ça, il faut des actes forts. Le Conseil
consultatif pour les reformes politiques (CCRP), adopté
en Conseil des ministres le 13 avril dernier ne semble pas
intéresser l'opposition, surtout dans sa configuration
et ses attributions actuelles. Que va-t-il leur proposer
en remplacement?? Et comment va-t-il s'y prendre pour les
réformes qui sont devenues "nécessaires",
même pour le principal partenaire du pays, la France
?
Newton Ahmed Barry
Les
nouveaux appelés du gouvernement Tiao
Ministre des Affaires étrangères
et de la Coopération régionale
Djibrill Yipenè Bassolet
Ministre de la Communication,
Porte parole du Gouvernement
Monsieur Alain Edouard TRAORE
Ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme
Monsieur Yacouba BARRY
Ministre des Infrastructures et du
Désenclavement
Monsieur Jean Bertin OUEDRAOGO
Ministre de la Santé
Monsieur Adama TRAORE
Ministre des Enseignements Secondaire
et Supérieur
Monsieur Albert OUEDRAOGO
Ministre de l'Education Nationale
et de l'Alphabétisation
Madame Koumba BOLY/BARRY
Ministre de l'Environnement et du
Développement Durable
Monsieur Jean COULDIATY
Ministre de la Jeunesse,
de la Formation Professionnelle et de l'Emploi
Monsieur Achille Marie Joseph TAPSOBA
Ministre de l'Action Sociale
et de la Solidarité Nationale
Madame Clémence TRAORE/SOME
Ministre des Ressources Animales
Monsieur Jérémie OUEDRAOGO
Ministre de la Promotion de la Femme
Madame Nestorine SANGARE/COMPAORE
Ministre des Sports et des Loisirs
Monsieur Yacouba OUEDRAOGO
Ministre délégué
auprès du Ministre des Affaires Etrangères
et de la Coopération Régionale, Chargé
de la Coopération Régionale
Monsieur Vincent ZAKANE
Ministre Délégué
auprès du Ministre de l'Education Nationale
et de l'Alphabétisation, Chargé de
l'Alphabétisation
Monsieur Zakaria TIEMTORE
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