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Dossier : Politique


Pourquoi Salif Diallo revient ?


Salif Diallo a laissé un excellent souvenir chez les paysans.

Par Newton Ahmed Barry

Le bureau politique du CDP a levé, à contre cœur, la sanction qui frappait " le camarade Salif Diallo " depuis juillet 2009. Le texte de l'autocritique a été remis aux instances du parti en décembre dernier. Il a fallu deux mois pour l'examiner et décider, sous l'exhortation du grand patron, Blaise Compaoré.

La décision de lever la sanction elle-même n'a pas surpris. Elle était inscrite dans l'ordre des choses depuis que, sous l'instigation du président Blaise Compaoré lui-même, Salif Diallo s'était soumis à la contrition que lui exigeaient ses camarades de parti. Il fallait convoquer les instances habilitées pour entériner la décision. Mais cela n'explique pas les conditions de la levée des sanctions.
Premier point important, elle survient au moment où véritablement "le laboratoire" commis à la révision de l'article 37 est totalement dans l'impasse. Ses animateurs n'ont trouvé ni justifications solides ni méthodes sans risque pour opérer la suppression de la limitation des mandats présidentiels à deux consécutifs, dans notre pays. Parce que même si la constitution ne s'y oppose pas, la tradition, la pratique et surtout la jurisprudence de la recommandation du "Collège de sages", en août 1999, l'interdisent définitivement dans notre pays. Il y a des consensus sociaux qui valent normes juridiques. En la matière, il est désormais consacré que la révision de la constitution qui supprimerait la limitation des mandats présidentiels est porteuse de troubles graves à la paix sociale. Les juridismes qui voudraient que la constitution n'interdise pas un tel projet se heurtent à la conclusion du Collège de sages qui rappelle le précédent de 1997 : "Sa révision (en 1997) quoique conforme à l'article 164, alinéa 3 de la constitution touche à un point capital pour notre jeune démocratie : le principe de l'alternance politique rendu obligatoire par le texte constitutionnel de 1991".
Dans ce passage, l'alternance est considérée comme un "point capital" et "obligatoire". Il s'en dégage qu'une révision constitutionnelle qui pourrait amoindrir les chances de survenue de "l'alternance obligatoire" n'est pas conforme à la constitution de 1991.
Ensuite il y a "le temps" du moment qui ne s'y prête plus. Les régimes à vie sont passés de mode. La communauté internationale ne peut pas, comme elle le fait actuellement, se mobiliser pour enrayer les pouvoirs anticonstitutionnels et tolérer en même temps les tripatouillages constitutionnels qui sont un visage légal du coup d'Etat. Ce tripatouillage est encore plus difficile à conduire dans le pays du docteur "es facilitation" des crises politiques.
Le projet de révision de l'article 37 est donc dans l'impasse. Il s'est particulièrement compliqué depuis la publication du point de vue de l'Eglise catholique sur la question, après sa conférence épiscopale tenue à Fada NGourma, du 15 au 21 février 2010. Les évêques du Burkina qui ne sont pas opposés par principe à la révision constitutionnelle édictent les conditions qui doivent la présider : "A un niveau constitutionnel, tout changement doit viser le bien commun et non les avantages de groupes particuliers ; la justice sociale est à ce prix (…) Il y a lieu donc de se poser la question à qui profiterait un retour en arrière en amendant de nouveau l'article 37 pour y faire sauter la limitation des mandats présidentiels consécutifs. Cela garantirait-il la paix sociale, ou nous conduirait-il devant les mêmes turbulences ? Surtout quand on sait que beaucoup de dossiers pendants de l'époque, notamment les crimes économiques n'ont toujours pas trouvé de solutions".
Blaise Compaoré est suffisamment avisé pour comprendre qu'il ne lui servirait à rien de s'entêter. N'ayant pas réussi son entrée en politique, au plus haut niveau de l'Etat, ce serait un drame personnel, s'il devait rater aussi sa sortie.

Les forces au sein du CDP

Depuis un certain temps, le président Blaise Compaoré, selon une source bien informée, aurait procédé à un sondage discret sur la représentativité réelle des premiers responsables du CDP au sein des sections du parti dans les 45 provinces du pays. Selon les résultats de ce sondage, Salif Diallo arriverait en tête dans 27 sections. Roch Marc Christian Kaboré arrive en tête dans 5 sections, François Compaoré dans 5 sections et Simon Compaoré dans seulement un arrondissement de Ouagadougou. Si on additionne les sections de Roch et de François, ça ne fait même pas la moitié du score de Salif Diallo. Le président Blaise Compaoré aurait, dit-on, remis ces résultats à la délégation du parti qui voulait qu'on fasse traîner encore la levée des sanctions contre Salif Diallo. Il aurait ajouté ceci à la délégation : "Moi-même, je n'ai pas fait mieux que Salif", tout en se gardant de remettre le texte du sondage qui le concernait.
Dans la perspective de la présidentielle de 2010, il s'imposait donc de réhabiliter Salif Diallo. La structure dirigeante actuelle du CDP ne peut pas lui garantir un succès électoral qui justifierait des modifications constitutionnelles qui préservent ses intérêts et son avenir politique.

Retour aux propositions
de Salif Diallo

La voie de la révision de l'article 37 est maintenant sans issue. C'était l'alternative contre les propositions de Salif Diallo. Il est devenu clair qu'elle est impossible à mener, sans aboutir à une grave menace à la paix sociale dans le pays. Sans un consensus interne large, le projet serait invalidé par la communauté internationale. Le pays du médiateur pourrait donc s'embraser et mettre Balise Compaoré dans la situation inconfortable de Aïchatou Hindaoudou, ancienne ministre des Affaires étrangères du Niger, qui après avoir conduit les missions de la CEDEAO au Togo pour contraindre Faure Gnassingbé à rétablir la légalité constitutionnelle, s'est retrouvée à devoir expliquer et défendre le coup d'Etat constitutionnel de Tandja.
Ensuite les dirigeants actuels du CDP ne sont pas suffisamment crédibles pour aider le président à affronter une bourrasque sociale. Ils ne sont pas populaires au sein de leur propre parti et certains se sont décrédibilisés dans la gestion de l'affaire Salif Diallo et dans la conduite du projet de révision de l'article 37.
Il ne restait plus dès lors que l'alternative politique exposée par Salif Diallo en juillet 2009. C'est un projet de refondation de la démocratie burkinabè qui se ferait cette fois, sur un large consensus, notamment le dialogue politique promis au lendemain de la crise de Sapouy, mais qui ne s'est jamais concrétisé, le partage effectif du pouvoir d'Etat et le solutionnement définitif de l'hypothèque "Blaise Compaoré" sur la gouvernance du Burkina Faso.

Quelle posture pour cette rédemption ?

Maintenant que les sanctions sont levées, on s'attend naturellement que Salif Diallo réintègre les instances du parti et qu'il se retrouve à une position au sein du gouvernement qui lui permette de mettre en musique la refondation de la démocratie burkinabè telle qu'il l'a prônée dans son interview à L'Observateur Paalga en juillet dernier. Il s'agit dans un premier temps de reporter la présidentielle, de mettre à plat les institutions actuelles et de redessiner une Ve république dans le consensus. Pour conduire une telle œuvre, quel poste peut-il occuper ?
En homme politique, il voudra d'abord maîtriser l'appareil politique, notamment celui du CDP, dans lequel il est resté très populaire malgré sa traversée du désert. Il est possible donc de penser à un congrès extraordinaire du parti qui endossera sa refondation. Ensuite viendra la gestion de l'exécutif. Instruit par le précédent Yonli Paramanga, il est fort à parier que Salif Diallo voudra faire les choses maintenant par lui-même. Surtout que le challenge en vaut parfaitement la peine. Il y a des moments où l'histoire ouvre des opportunités inédites ; il appartient à ceux qui sont en situation de les réussir ou de les trahir. La donne actuelle autorise des perspectives prometteuses pour notre démocratie. Il n'est pas évident que si d'aventure, cette occasion devait être ratée, que nous fassions l'économie d'un coup d'Etat "pour la restauration de la démocratie" au Burkina Faso.

Les rumeurs du palais

Une délégation des préparateurs de la présidentielle de 2010 serait, dit-on, allée voir le président Blaise Compaoré pour lui exposer les détails des commandes des gadgets pour la campagne. Après avoir longuement exposé, Blaise aurait eu cette réaction qui a refroidi leurs nerfs, pour reprendre l'expression moaga (maagbe guina) : " En avez-vous convenu avec Salif Diallo ? " Silence de cimetière dans l'assistance. La délégation serait repartie sans savoir comment elle est sortie du bureau présidentiel. Pourtant, elle avait passé le " filtre " du frangin. Les précurseurs qui étaient déjà en prospection dans les pays asiatiques ont été contraints de regagner le bercail. Adieu bénéfices et ristournes mirobolants.


 

Politique

Zeph : Du forum au parti

Par Newton Ahmed Barry

En mai 2009, il avait, avec son forum sur l'alternance, fait le "buzz" dans l'actualité nationale. La création de son parti, attendu, n'a pas connu le même accueil enthousiaste. Etaient-ce les voies insondables de la politique ?

Le 1er mars dernier, par le moyen du SMS, la nouvelle de la création du parti de Zéphirin Diabré s'est répandue comme une traînée de poudre. Le procès verbal de la création de l'Union pour le progrès et le changement (UPC) daté du même jour a commencé à circuler. Le fait était attendu, depuis la tenue du forum, il n'a pas donc vraiment surpris. Ce qui était attendu, c'était plutôt la composition de l'exécutif du nouveau parti. Comme il l'avait fait pour le forum et avec la création du FOCAL (le forum des citoyens pour l'alternance) dirigé par le professeur Luc Ibriga, on attendait que le bureau du parti révèle " un panier " de personnes compétentes à la notoriété confirmée. Sur ce point, les attentes n'ont pas été comblées. La seule personne connue du bureau en dehors du président lui-même, c'est le député Louis Armand Ouali, homme politique confirmé, mais en l'occurrence simple adjoint dans les instances du parti. Deux autres personnalités auraient un CV musclés, mais ne sont pas connues du grand public. Bruno Kafando par exemple, ancien fonctionnaire de l'UEMOA à la retraite. Les autres membres sont vraiment de parfaits inconnus. L'une des faiblesses de nos partis politiques, c'est leurs ressources humaines. On attendait sans doute que l'UPC déroge à la règle et nous dévoile une équipe qui fait rêver. Peut-être la faute à l'absence de vocation politique chez les cadres du Burkina. La politique, tout le monde en parle, mais personne visiblement ne veut la faire.
Il y a ensuite la déclaration de naissance de l'UPC. Dans l'ensemble, elle épouse les idées forces du forum des citoyens de mai dernier. La dénomination du parti inclue l'idée de changement dont auraient grandement soif les Burkinabè en général Le diagnostic de la situation politique est toujours le même ; une démocratie comportant de "nombreuses insuffisances, liées à la fois à la manière dont elle est construite, et au comportement du pouvoir de la IVe république". Au niveau économique, le constat de la persistance et de l'aggravation de la pauvreté des populations par le fait "des années de reformes mal inspirées et mises en œuvre par un système gangrené par la mal gouvernance". Un diagnostic sévère qui conduit l'UPC à se positionner dans l'opposition "républicaine ferme objective et constructive".
Par contre, la déclaration de naissance du nouveau parti aura dénoté par la proclamation de la mort des idéologies. L'UPC ne croit plus aux idéologies et se définit "comme un parti en dehors des idéologies". Le parti épouse en cela l'air du temps, même si cette proclamation ne manquera pas de provoquer des gorges chaudes. S'il est de plus en plus admis que les deux idéologies qui ont dominé le monde pendant le siècle dernier ont échoué, le pragmatisme, seul, ne peut tenir lieu de projet social. La proclamation le reconnaît puisqu'elle parle de "rassemblement de citoyens militants, soudés autour d'un idéal, motivés par une cause commune et qui ont décidé d'unir leurs efforts pour la conquête et l'exercice du pouvoir d'Etat", il faut évidemment l'adosser sur un socle de valeurs qui doivent concourir à une finalité commune forcément très élevée. La vocation "d'apporter le progrès au peuple burkinabè" ne saurait se faire sans références morales et idéologiques, puisque l'homme n'est pas un animal d'embouche.
Il faut évidemment trouver les moyens les plus pratiques pour solutionner la question de l'accès aux services sociaux de base pour le plus grand nombre. Mais cela ne peut avoir de pertinence que s'il s'inscrit dans une finalité sociale. C'est sûrement pour ne l'avoir pas compris que les Africains tournent comme des lions en cage, dans les cadres stratégiques de lutte de contre la pauvreté.
En attendant la divulgation du manifeste du parti, la déclaration permet de se faire quand même une idée du positionnement de l'UPC sur l'échiquier des idéologies. C'est un parti qui a fait une option résolue pour "la démocratie libérale".
Zéphirin Diabré a mis désormais les pieds dans le plat. Il indique vouloir inaugurer "une nouvelle manière de s'opposer" dans le pays, ce qui va conduire à scruter ces faits et gestes pour comprendre ce qu'il met dans cette notion. Mais là où il est sans doute le plus attendu, c'est comment il va faire pour étancher la soif de changement des Burkinabè en général ? Va-t-il s'engager directement dans la bataille de la présidentielle de 2010 ? Comment va-t-il le faire et à quelle condition ?
Un détail, mais important tout de même, les conseillers en communication auraient pu différer l'annonce de la naissance du parti. Ils auraient pu attendre que le soufflet de la déclaration des évêques contre l'article 37 et la levée de sanction contre Salif Diallo retombe. En ce moment, cette naissance aurait eu l'accueil digne de son rang.

La composition du Bureau de l'UPC

Président : Zéphirin Diabré
Secrétaire général : Denis Nikièma
Secrétaire général adjoint, chargé des Affaires politiques :
Louis Armand Mihyemba Ouali
Secrétaire à l'organisation et à l'administration :
Abdoulaye Ouédraogo
Secrétaire adjoint à l'organisation et à l'administration :
Aminata WandaogolDjengané
Secrétaire à l'information et à la communication :
Georgette Nianogo/Yaméogo
Secrétaire aux relations extérieures : Dr Julien Couldiaty
Secrétaireauxfinances : Jean Marie Bandré
Secrétaire aux affaires juridiques, institutionnelles, aux droits humains et à la bonne gouvernance : Lassané Saloucou
Secrétaire à l'économie et au développement : Bruno Kafando
Secrétaire aux questions féminines :
Rose Marie Compaoré/Konditamdé
Secrétaire à la jeunesse : Léonce Zagré

 


Message des évêques du Burkina

La conférence épiscopale Burkina - Niger, au cours de sa dernière assemblée plénière annuelle, s'est prononcée sur des sujets de préoccupation du Burkina. A propos de l'article 37, dont on murmure qu'il sera révisé, les évêques se prononcent. Voici leur message, à l'issue de leur conférence.
La Conférence épiscopale Burkina-Niger a tenu à Fada N'Gourma du 15 au 21 février 2010 sa 2e assemblée plénière annuelle. En ce début du carême, nous avons voulu nous mettre à l'écoute de la Parole de Dieu, à l'écoute les uns des autres et à l'écoute du monde qui nous entoure. Au terme de cette rencontre, les Evêques du Burkina vous livrent à vous, fidèles du Christ, et à vous hommes de bonne volonté, le présent message.
Le Carême . Notre récollection de la première matinée nous a fait entendre l'urgence de l'appel de Dieu à la conversion durant ce temps privilégié du carême. Saint Paul nous exhorte à nous laisser réconcilier avec Dieu et avec les autres par une conversion sincère1. Cette démarche exige de nous non seulement de rompre avec le mal mais d'aller toujours plus loin dans le sens du bien. Les chrétiens sont invités durant ces jours de jeûne qui les préparent à Pâques, à s'adonner davantage à la prière, à témoigner plus d'amour pour le prochain, et à être fidèles aux sacrements qui les font renaître2, afin d'être comblés des bénédictions du Seigneur. Nous souhaitons donc à tous les fils et filles de notre Eglise-Famille de Dieu, un saint et fructueux temps de carême.
Les inondations A l'écoute les uns des autres nous nous sommes donné les nouvelles de nos différents diocèses, avec une note particulière sur les inondations du 1er septembre 2009 qui ont causé beaucoup de dégâts à Ouagadougou et dans beaucoup d'autres localités de notre pays. Il est heureux que les Autorités et l'ensemble du Peuple burkinabè aient fait preuve d'une grande sollicitude dans les secours portés aux victimes. Des dispositions concrètes ont été prises pour encourager la gestion transparente et équitable des différents secours. Il faut souhaiter que la vigilance de tous permette à la solidarité nationale et internationale de porter tous ses fruits au bénéfice des sinistrés. C'est le lieu pour nous de vous adresser, à vous fils et filles de notre Eglise-Famille, notre sincère gratitude pour votre généreuse réponse à l'appel des Evêques. Elle nous a permis non seulement de participer aux efforts du Gouvernement mais aussi de mobiliser, avec l'aide d'autres organismes d'Eglise, plus de 200 millions de francs qui ont rejoint les sinistrés sur le terrain. Que Dieu rende à chacun le centuple de ses bienfaits.
L'article 37 de la Constitution A l'écoute du monde et particulièrement de l'environnement national qui bouillonne de toute sorte de discussions et de préoccupations, nous avons été sensibles aux soucis des uns et des autres. Dans l'environnement de ce qui s'est écrit dans les journaux, nous avons repéré les débats autour d'une révision possible de l'article 37 de la Constitution de notre pays.
Certes la vie politique d'une nation ne doit pas se figer dans l'immobilisme ; et il est normal que des réformes régulières, opérées avec sagesse permettent aux institutions d'assurer toujours un mieux-être aux populations.
Il reste cependant que pour cet article 37, nous ne devons pas fermer les yeux sur l'histoire récente de notre pays, sur notre environnement régional et mondial. Les graves soubresauts qui ont mis en danger la paix sociale et qui ont abouti à la mise en place du Collège de Sages pour réfléchir et proposer une stratégie de sortie de crise, commandent à tous plus de vigilance et de retenue. Le rapport du Collège de Sages du 30/7/1999 stipule, au nombre des solutions pour résoudre la crise dans le domaine politique, de " Revenir sur la modification de l'article 37 de la Constitution et y réintroduire le principe de la limitation à deux mandats présidentiels consécutifs. En effet, sa révision en 1997, quoique conforme à l'article 164, alinéa 3 de la Constitution, touche à un point capital pour notre jeune démocratie : le principe de l'alternance politique rendu obligatoire par le texte constitutionnel de 1991. "3
Cela signifie qu'à un niveau constitutionnel, tout changement doit viser le bien commun et non les avantages de groupes particuliers ; la justice sociale est à ce prix. Le travail du Collège de Sages, nous nous en souvenons, a contribué énormément au retour de la paix sociale. Il y a donc lieu de se poser la question à qui profiterait un retour en arrière en amendant de nouveau l'article 37 pour y faire sauter la limitation des mandats présidentiels consécutifs. Cela garantirait-il la paix sociale, ou nous conduirait-il devant les mêmes turbulences ? Surtout quand on sait que beaucoup de dossiers pendants de l'époque, notamment les crimes économiques n'ont toujours pas trouvé de solution.
Il faut rappeler le principe prôné par le Collège de Sages, en sa recommandation 2.2.1 :" Toute légalité et toute légitimité tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire, tant dans son esprit que dans sa lettre, l'objet d'un strict respect ". Si nous avons été amenés à nous exprimer sur cette question, c'est dans le but de nous interpeller tous, à plus de vigilance et de responsabilité en vue de préserver les acquis sociaux et politiques de notre peuple.
50 ans d'indépendance Nous sommes à l'aube de 50 ans de souveraineté nationale ; du chemin a été parcouru, même si tout n'a pas été beau dans notre histoire, nous nous devons d'être heureux et fiers de ce que nous avons construit ensemble et qui fait l'admiration de beaucoup. Cependant, rien n'est définitivement gagné, il nous appartient donc de resserrer les coudes, de travailler avec rigueur et un sens des responsabilités pour avancer et jouer au mieux notre rôle dans cette histoire que nous souhaitons toujours plus belle pour les générations à venir. Nous nous promettons d'y revenir à l'occasion des festivités jubilaires.
En guise de conclusion, revenant à ce temps du carême, écoutons les prophètes qui n'arrêtent pas de nous exhorter à veiller sur la veuve, l'orphelin et l'immigré, c'est-à-dire les pauvres et les faibles, nous invitant par là à écouter l'appel de Dieu. Son appel nous fait toujours voir plus loin que l'immédiat. L'horizon vers lequel nous avons voulu tourner votre regard, est celui de l'avenir de notre beau pays, le futur de nos jeunes. Cet avenir n'est assuré que pour les nations qui auront su se doter d'un " panier " de responsables compétents et dévoués issus d'équipes successives, dans une alternance heureuse des personnes et des régimes.
Nous ne vous inviterons jamais assez à prier pour notre Faso, ses responsables et ses populations. En effet, " Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent les maçons ; si le Seigneur ne garde la ville, c'est en vain que la garde veille. "4
Puisse donc le Dieu Tout-Puissant qui nous aime, nous aider à préparer dès aujourd'hui, chacun en ce qui le concerne, un avenir radieux de notre pays.
Dieu bénisse le Burkina Faso !

Fada le 20 février 2010
Les Evêques du Burkina Faso



 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 mars 2010