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Dossier
: Politique
& Justice
Politique:"Dialogue
démocratique" du CGD
Où sont les sages du Collège de 1999 ?

Mgr Anselme Sanou a dirrigé les travaux du
collège de sages
Par Idrissa Barry
Ils ont présidé le Collège
dit de sages entre juin et août 1999. Ils ont produit
un rapport qu'ils ont remis à leur commanditaire,
le chef de l'Etat. En août prochain, ce rapport aura
onze ans. Institué le 1er juin 1999, le Collège
des sages a remis en effet son rapport au président
du Faso le 2 août de la même année. Aujourd'hui,
une bonne partie de la classe politique et de la société
civile souhaitent les entendre de nouveau. Le cours des
événements (les velléités révisionnistes
de l'article 37 par le camp présidentiel) inquiète
ces acteurs de la vie politique nationale.
Parmi les nombreuses recommandations et propositions
de solutions contenues dans le rapport des sages en 1999
figuraient en bonne place les reformes politiques à
réaliser. plus de dix ans après ce rapport
conçu pour sortir le Burkina Faso de la crise structurelle,
le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD)
dirigé par le Pr. Augustin Loada pense qu'il est
temps de faire le bilan. Le 11 février dernier, dans
le cadre de son programme "Dialogue démocratique",
il a convié partis politiques et organisations de
la société civile à faire le point
de l'application des recommandations acceptées à
l'époque par le chef de l'Etat. La première
recommandation des sages dans le chapitre "domaine
politique et administratif" stipule que "toute
légalité et toute légitimité
tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire,
tant dans son esprit que dans sa lettre, l'objet d'un strict
respect". C'est pourquoi, au niveau des propositions
de solutions figure en première ligne et en gras
celle-ci : "Revenir sur la modification de l'article
37 de la Constitution et y réintroduire le principe
de la limitation à deux mandats présidentiels
consécutifs. En effet, sa révision en 1997,
quoique conforme à l'article 164 alinéa 3
de la Constitution, touche à un point capital pour
notre jeune démocratie: le principe de l'alternance
politique rendu obligatoire par le texte constitutionnel
de 1991." En 2000, cette proposition de solution a
effectivement été acceptée avec la
révision par l'Assemblée nationale de l'article
37 en y réintroduisant la clause limitative et le
raccourcissement du mandat à 5 ans. Une décennie
après, l'article figure toujours dans la Constitution,
mais le parti au pouvoir manuvre dans le but de le
modifier. Son président Roch Marc Christian Kaboré
a affirmé le 6 février dernier lors du 14ème
anniversaire de la création du Congrès pour
la démocratie et le progrès (CDP) que "l'article
37 est anti démocratique". L'argument serait
qu'il limite la liberté de choix des électeurs.
Pour le directeur exécutif du CGD, le Pr. Loada,
les dix dernières années ont enregistré
des acquis non négligeables dont notamment le retour
à la limitation des mandats présidentiels.
C'est pourquoi il estime aussi que "dire aujourd'hui
que cette clause limitative ne constitue pas un acquis démocratique
jette un doute sur la sincérité et la volonté
réformatrice des auteurs de tels propos, surtout
quand cela vient d'honorables députés, qui
ont voté la suppression en 1997 et le rétablissement
en 2000." Il s'interroge alors : "où étaient
ces démocrates incohérents, aujourd'hui épris
de la souveraineté populaire en 2000 lorsque la majorité
parlementaire a rétabli la clause limitative ? Pourquoi
n'ont-ils pas eu le courage de voter contre ? ". Pour
le Directeur exécutif du CGD, "dire que l'article
de la Constitution est révisable parce que la Constitution
n'interdit pas de le réviser est une posture potentiellement
dangereuse pour nos libertés". Il rappelle que
tout comme l'article 37, les dispositions constitutionnelles
consacrant les droits fondamentaux des citoyens, le droit
à la vie, la liberté d'expression, la liberté
religieuse, l'interdiction de la torture, etc. ne figurent
pas parmi les matières insusceptibles de révision
constitutionnelle. Les participants au "Dialogue démocratique"
se tournent vers les sages pour qu'ils interpellent le chef
de l'Etat sur le respect des recommandations de leur rapport.
Ram Ouédraogo qui fut ministre d'Etat chargé
du suivi de la mise en uvre des recommandations a
fait part à l'assistance de la déception de
certains sages qu'il aurait rencontrés dans le cadre
de la tournée de promotion de la "Refondation
nationale" portée par un certain nombre de partis
de l'opposition. Il aurait rencontré le président
du Collège des sages, Mgr Anselme Titiama Sanou,
l'évêque de Bobo-Dioulasso et ce dernier aurait
affirmé qu'ils font souvent des interpellations à
l'endroit des autorités, même si ce n'est pas
de manière collégiale et solennelle. Les participants
au " Dialogue démocratique " souhaitent
aujourd'hui que les sages prennent la parole publiquement
pour dire ce qu'ils pensent réellement de l'application
de leurs recommandations et surtout de mettre un holà
aux velléités révisionnistes de l'article
37 par le camp présidentiel. Seront-ils entendus
? Rien n'est moins sûr. Le CGD souhaite en tout cas
la mise en place d'un nouveau Comité de sages, indépendants,
non partisans, pour "mener un plaidoyer en faveur de
toutes les recommandations positives qui contribueront à
la consolidation de notre fragile processus démocratique".
Mais pour de nombreux participants au Dialogue, le plus
urgent à faire, c'est la constitution d'un large
front uni pour la défense de la Constitution. Il
faut noter que le parti au pouvoir était absent des
débats. Il n'a pas répondu à l'invitation
qui lui a été adressée. Aucun membre
du Collège de sages de 1999 n'y était non
plus.
Journées
parlementaires 2010
L'ADJ refuse les révisions antidémocratiques

Le groupe parlementaire "Alternance,
Démocratie et Justice" (ADJ) a tenu les 16 et
17 février derniers ses premières journées
parlementaires de l'année. L'article 37 de la constitution
qui est au cur des débats a été
la préoccupation des députés de l'opposition.
Celle-ci a toujours manifesté son opposition à
une éventuelle révision de l'article 37 qui
saute le verrou de la limitation des mandats présidentiels.
Le sujet qui a été débattu pendant
ces 48 h est : "Révision constitutionnelle :
enjeux et dangers ".
Selon le groupe ADJ, ces journées parlementaires
ne sont pas une rencontre de plus avec un thème bateau
dont les " conclusions se noieront dans le silence
éloquent de l'océan d'interrogations et d'inquiétudes
des Burkinabè en cette veille de consultations électorales.
Le président de l'ADJ, Fidèle Kiétéga,
est convaincu que ces journées parlementaires vont
aboutir à des "conclusions utiles pour le peuple
burkinabè parce que nous aurons pris tout le courage
de disséquer publiquement un sujet d'actualité
brûlante dont certains essayistes en herbe nous abreuvent
quasi quotidiennement de leurs thèses brumeuses"
a-t-il martélé.
Les déclarations des leaders du parti au pouvoir
ont fini de convaincre l'opposition que la machine pour
mettre fin à la limitation des mandats présidentiels
a été actionnée. Pour le député
Fidèle Kientéga, les déclarations du
camp présidentiel donnent des motifs d'inquiétudes.
En ce qui concerne la révision de la constitution,
il estime que toute révision doit renforcer la démocratie.
" La Constitution consacre un certain nombre de valeurs
démocratiques indiscutables et inaliénables
qui en font un texte sacré pour tout Etat démocratique
ou qui aspire à l'être ", a-t-il expliqué.
Elle ne doit pas être soumise au bon vouloir d'un
prince. A en croire le député Kientéga,
c'est le cas au Burkina. Ce genre de révisions est,
de l'avis du groupe parlementaire de l'opposition, une menace
pour la paix et la cohésion de la nation. Les députés
membres du groupe ont donc appelé toutes les couches
de la société à se coaliser pour faire
échec à la révision de l'article 37.
L'ADJ refuse l'étiquette d'opposants systématiques
que leurs adversaires veulent leur coller. Elle parle plutôt
d'un comportement responsable qui tient compte de l'intérêt
du peuple.
Ils n'ont pas manqué par ailleurs de dénoncer
la politique du gouvernement, source de misères pour
les populations. Cette situation découle de la politique
ultralibérale du régime. Une politique qui
a pourtant échoué à travers le monde,
affirme-t-on à l'ADJ. Fidèle Kietéga
prend l'exemple des pays asiatiques qui ont su adopter une
bonne politique de développement qui les a hissé
aujourd'hui au rang des grandes puissances. Les pays asiatiques
" hier affamés se sont hissés aujourd'hui
au rang de dragon en matière de développement
et de conquêtes des marchés étrangers
à cause des choix judicieux de transparence et de
bonne gouvernance " a-t-il soutenu.
Malheureusement selon lui, les pays africains ne prennent
pas ce bon exemple et continuent de ramer à contre-courant
de la marche du monde, en opérant au forceps des
révisions constitutionnelles.
Abdoul Razac Napon
JUSTICE
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Vol
de numéraires chez François Compaoré
Matinée d'explications à la Cour d'appel
Par Germain B. Nama
Notre dossier consacré au " voleur
de François Compaoré " paru dans
l'édition N°181 du 10 février dernier
a fâché Mme Honorine Méda, Procureur
générale à la Cour d'appel de
Ouagadougou. Invité à une séance
d'explications le samedi 20, L'Evénement s'y
est rendu en compagnie de son conseil, Maître
Farama Prosper.
A la suite de notre dossier relatant les conditions
dans lesquelles l'affaire du vol des numéraires
chez François Compaoré avait été
appelée le 14 janvier dernier, Newton Ahmed
Barry, notre rédacteur en chef, a reçu
un appel téléphonique de la Procureur
générale à propos d'un certain
nombre d'affirmations jugées inexactes contenues
dans ledit dossier. Un rendez-vous avait été
pris au cours de cet appel pour la poursuite de l'entretien
à la Cour d'appel. Initialement prévue
pour le jeudi 18 février, la rencontre a été
repoussée au 20 à la demande de la procureur
générale. C'est finalement le directeur
de publication qui a dû effectuer le déplacement,
Newton Ahmed Barry étant parti précipitamment
en reportage au Niger, suite au coup d'Etat intervenu
dans ce pays le mercredi 17. Il avait cependant demandé
et obtenu auparavant d'être accompagné
par Maître Farama.
Entouré de ses collaborateurs, (ils étaient
cinq), Honorine Méda a d'entrée de jeu
décliné ses griefs contre nous. Nous
avions en effet écrit que le jugement du 14
janvier "s'est tenu sans saisine préalable
de la Chambre d'accusation, sans inscription du dossier
au rôle, sans prévenus et sans témoins".
Nous avions par ailleurs affirmé que cette
affaire avait été manigancée
par Adama Sagnon, procureur général
adjoint, un titre qui ne se trouve nulle part dans
notre nomenclature judiciaire ! Cette allégation,
affirme la procureur générale, repose
sur le seul fondement que les convocations des témoins
portaient sa signature. Pour la Procureur générale,
ces affirmations sont inexactes. Elles auraient pu
être évitées, poursuit-elle, si
nous nous étions adressé au parquet
général pour avoir la bonne information.
Revenant sur le fond, madame Méda a dit que
le dossier "vol de numéraires" a
fait l'objet d'une procédure d'instruction
et d'une saisine de la Chambre d'accusation qui a
rendu un arrêt de renvoi le 23 février
2000. Dès lors, la voie était ouverte
pour le jugement. En matière criminelle, rappelle-t-elle,
le juge d'instruction est un passage obligé
; il n'y a pas d'enquête à parquet comme
nous l'avions supposé! Enfin, madame Méda
a tenu à nous rassurer que c'est bien elle
la patronne du parquet général. C'est
à ce titre qu'elle a instruit ses substituts
pour l'établissement des avis de convocation.
Une mise au point qui vise à dissiper l'idée
que quelqu'un aurait pu la manipuler. Ce que le substitut
Sagnon saisit au bond pour revenir sur nos "amabilités"
le présentant comme celui qui cherche à
se faire voir : "Je n'ai pas besoin de me faire
voir, pas même par François Compaoré.
Je n'ai pas du tout aimé vos analyses. Je suis
substitut du procureur général et cela
me suffit. Je ne comprends pas votre acharnement contre
moi !", a-t-il martelé.
En dépit de ces explications quelque peu musclées,
nous avons pour notre part apprécié
cette démarche d'explications, d'autant que
le journaliste aussi informé soit-il n'en est
pas moins faillible. Au demeurant, si on nous reproche
de n'avoir pas consulté le parquet général
avant de publier nos écrits, ce n'est pas faute
d'avoir essayé. Nous avons en effet tenté
de joindre Adama Sagnon, mais en vain. Il a d'ailleurs
confirmé qu'il était en voyage dans
la période. Ceci dit, nous avions nos conseils,
Mes Sankara et Farama, auxquels nous nous sommes naturellement
adressé pour comprendre ce qui se passait.
Sur l'enrôlement du dossier, Me Farama, présent
à la rencontre, a réaffirmé qu'au
rôle du 14 janvier, le dossier Hamidou Ilboudo
n'y figurait pas. S'agissant de la saisine de la Chambre
d'accusation, il y a un sérieux malentendu.
Nous ne pouvions pas comprendre qu'au parquet général,
on pouvait ignorer toutes les irrégularités
qui ont entaché l'instruction préalable
orchestrée et manipulée par le groupe
de Marcel Kafando (lire à ce propos le témoignage
d'Hamidou Ilboudo). Nous avions en effet écrit
que "depuis le jugement de l'affaire David Ouédraogo,
aucun acte de procédure n'a plus, à
notre connaissance, été posé
concernant le dossier Ilboudo Hamidou". Pour
nous, si Hamidou devait être jugé, il
ne pouvait l'être que sur la base d'une autre
procédure d'instruction faite dans un environnement
plus sain et plus rassurant pour le prévenu.
L'arrêt de renvoi du 23 février montre
qu'au moment du jugement de l'affaire David en août
2000, dans lequel comparaissait également Hamidou
Ilboudo, le dossier de vol de numéraires était
déjà bouclé. La question se pose
naturellement de savoir si quelque chose pouvait encore
être fait. Il semble bien que oui. Le chef du
parquet général peut en effet ordonner
l'ouverture d'une information complémentaire,
gérer l'agenda et le programme des audiences
ou même décider d'annuler les poursuites
s'il le juge nécessaire. Au cours de la rencontre
du samedi 20 février dernier, Sagnon Adama
a révélé que c'est lui qui a
attiré l'attention de la procureur générale
sur ce dossier. Que voulait-il dire exactement ? Nous
n'avons pas pu le savoir. Nous ne pouvons que constater
cependant que le parquet général a été
mal inspiré de faire enrôler ce dossier.
On était en droit d'attendre mieux de la justice
dans cette affaire qui a fait couler beaucoup d'encre.
Recherche infructueuse
de prévenu
L'arrêt de renvoi du 23 février 2000
est donc la base sur laquelle Hamidou Ouédraogo
a été jugé le 14 janvier dernier.
Le prévenu n'ayant pas comparu à la
barre, c'est donc un jugement par défaut qui
a été rendu. Selon la procureur générale,
le dossier a été appelé une première
fois le 21 décembre 2009. En l'absence du prévenu,
il a été renvoyé au 14 janvier
2010.
A vrai dire nous avions été surpris
d'apprendre de la bouche de la procureur générale
que le dossier Ilboudo Hamidou avait été
inscrit au rôle le 21 décembre. Si c'est
le cas, il faut croire qu'aucun témoin n'avait
été cité à comparaître
ce jour. Un des témoins que nous avons joint
nous a assuré que le seul document qui lui
est parvenu concernant le procès, c'est une
convocation datée du 8 janvier et signé
du substitut Adama Sagnon. Il doit en être de
même pour les autres puisque les témoins
se connaissent tous et sont pour la plupart de la
même famille. Il faut aussi croire que le prévenu
Hamidou Ilboudo n'avait pas non plus reçu de
citation, puisque les OPJ commis à la tâche
parlent de " recherche infructueuse ". Le
renvoi au 14 janvier visait-il donc à leur
fournir un délai supplémentaire ? On
peut le penser. On aura cependant constaté
que malgré ce délai supplémentaire,
Hamidou Ilboudo n'a pas comparu à la barre.
Alors, une question. A-t-on vraiment cherché
le prévenu Hamidou Ilboudo ? Les faits tels
que révélés par madame la procureur
générale sont plutôt inquiétants.
En effet, elle affirme que le dossier Hamidou Ilboudo
a été envoyé au barreau. Mais
pourquoi n'a-t-on pas saisi le cabinet de Me Sankara
qui était constitué dans le dossier?
Le parquet général estime que ce n'est
pas son rôle. Ce qui est très discutable
si l'on en juge par l'article 197 du code de procédure
pénale : " le procureur général
notifie en la forme administrative ou par lettre missive
à chacune des parties et par lettre missive
à son conseil la date à laquelle l'affaire
sera appelée à l'audience
"
De son côté, le barreau qui a reçu
les avis de convocation n'a pas cru devoir informer
le cabinet de Me Sankara. Il aurait plutôt commis
d'office, Me Jean Bado. Le résultat est qu'il
n'y avait point de prévenu à la barre,
faute d'avoir été informé. Nous
avions écrit à ce propos : " selon
toute vraisemblance, le prévenu n'a pas quitté
Ouagadougou où il circule et fréquente
ses relations. Manifestement, son absence à
la barre arrangeait quelqu'un ". Ce passage de
notre écrit a retenu l'attention de la procureur
générale qui a semblé y voir
de la malveillance. Mais la question demeure. A-t-elle
mis toutes les chances de son côté pour
que le procès se tienne dans les meilleures
conditions et en présence du prévenu
? Les témoins présents ce jour n'intéressaient
pas non plus le tribunal. Dieu sait pourtant comment
certains d'entre eux furent traumatisés par
les tracasseries des gendarmes qui les tenaient quasiment
pour les complices des voleurs des numéraires.
Mais revenons au parquet général. S'il
y avait eu un souci de la bonne administration de
la justice, on ne se serait pas confiné dans
un formalisme stérile en se contentant de remettre
des convocations à des OPJ. Il ne faut pas
oublier que dans cette affaire, deux de leurs collègues
sont en cause. Ensuite, il y a manifestement problème
à ne pas saisir le cabinet Sankara dont tout
indique qu'il était constitué dans ce
dossier. Si c'est parce que Me Sankara est lui-même
aujourd'hui député, son cabinet est
là. Un fait troublant. Nous avons en effet
appris que l'arrêt de renvoi du 23 février
2000 n'avait même pas été notifié
au cabinet Sankara comme l'exige la procédure.
Mais plus fondamentalement, y avait-il urgence à
juger l'affaire, puisqu'elle dépend d'un dossier
connexe, celui du faux procès verbal dont les
auteurs avaient été mis en accusation
au terme de l'arrêt n° 29 du 02 mai 2000
? La procureur générale qui est au centre
des procédures peut-elle ignorer ces faits
si elle a le souci d'une bonne administration de la
justice ? Qu'est-ce qui importe en effet ? Sont-ce
les statistiques sur les affaires liquidées
ou une justice rendue équitablement et dans
les règles de l'art ? On nous a reproché
par ailleurs d'avoir accablé le substitut Sagnon
Adama. Soit. Mais si nous l'avons fait, c'est parce
que nous connaissons les états de service de
l'homme. Pour avoir siégé près
d'une décennie à la tête du parquet
du TGI de Ouagadougou, il était devenu comme
le dit la chanson " le propriétaire de
tous les dossiers ". Nous étions donc
fondés à craindre que son influence
néfaste ne déteigne sur la procureur
générale qui arrive dans un terrain
jonché de mines. Celle-ci nous donne d'ailleurs
raison, lorsqu'elle avoue ne pas connaître le
fameux dossier du faux procès verbal. Or ce
dossier est la mère de tous les dossiers qui
accablent la famille présidentielle dans l'affaire
dite David Ouédraogo. Cet aveu est d'ailleurs
une très mauvaise nouvelle pour tous ceux qui
espèrent une justice équitable dans
notre pays.
La rencontre avec le parquet général
aura en tout cas renforcé notre conviction
que le jugement du 14 janvier a été
organisé en catimini. Sans doute, ne voulait-on
pas de bruit autour d'une affaire qui avait toutes
les chances de défrayer la chronique. C'est
peut-être de ce côté là
qu'il faut chercher les raisons de la mise à
la touche du cabinet Sankara.
Erratum : Nous avons annoncé que Hamidou Ilboudo
avait écopé une peine de 5 ans ferme.
Il s'agit plutôt de 5 ans avec sursis. Toutes
nos excuses pour cette malencontreuse erreur.
Par Germain B. Nama
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Témoignage
de Hamidou Ilboudo

Le
dos de Hamidou Ilboudo
"Nous avons été arrêtés
dans la nuit du 29 novembre 1997 (Ilboudo Amidou, David
Ouedraogo et deux autres) et conduits directement au Conseil.
Chef Marcel Kafando a dit que c'est à cause du vol
de l'argent du patron (François Compaoré)
que nous nous trouvons au Conseil. Je lui ai fait comprendre
que je ne suis pas impliqué dans une histoire de
vol. Je n'en sais rien. Marcel Kafando répliqua en
me disant que je ne dois pas dire que je n'ai pas volé
l'argent et que ici je dois suivre ses ordres. Il nous a
fait manuvrer, torturer. Lorsqu'on nous ramena, je
fis savoir de nouveau à Marcel que je n'ai pas pris
de l'argent. Il a répété que je dois
dire et faire ce qu'il veut. Car ici c'est lui qui commande.
Ils m'ont amené, manuvré toute la nuit
et le lendemain ils m'ont demandé où se trouvait
l'argent. J'ai répété mes propos précédents
en réaffirmant que je n'ai rien pris. Ils m'ont reconduit
en brousse pour me torturer. Lorsqu'ils m'ont ramené,
j'ai été transféré dans une
chambre dans laquelle ils m'ont sommé de boire du
whisky. Mon refus a été catégorique
car je ne bois pas. C'est ainsi que Marcel fit sortir son
arme et tira un coup de feu et me dit que si je refuse de
boire, il me fera tuer. Et pour me tuer, je ne serai pas
fusillé directement. Il va me faire attacher et mon
tueur commencera par attaquer mes pieds avec des marteaux
jusqu'à ce que je meurs. J'étais dans l'obligation
de boire le whisky. Il m'a sorti pour être manuvré.
Là je n'en pouvais plus. Dès qu'on m'a ramené,
il m'a dit de faire ce que lui Marcel Kafando veut. Je devrais
dire que j'ai pris l'argent et que je l'ai remis à
David Ouédraogo. Je fus obligé de dire ce
qu'il voulait. Ils ont amené David. Marcel lui a
demandé où se trouvait l'argent. J'ai dit
que nous n'avons pas pris de l'argent et pour savoir où
se trouve la vérité, étant tous des
Africains, des Burkinabè, nous pouvions invoquer
nos ancêtres ou faire appel à la foudre pour
la manifestation de la vérité. J'ai dit à
Marcel Kafando que la manière dont je suis traité
et dont je souffre que vais-je faire avec l'argent ? Il
répondit que cela ne l'intéresse pas et il
veut seulement qu'on suive ce qu'il veut. J'étais
donc obligé de dire ce qu'il voulait entendre. On
nous a conduits encore en brousse. David a été
attaché entre deux arbres, suspendu sur du feu qui
le brûlait. Nous nous avons été entourés
par du feu qui nous brûlait dans le dos ; nous avons
été préalablement déshabillés.
Attendez, je vais me déshabiller, vous allez voir
ce que mon dos est devenu (il présenta effectivement
un dos "braisé" que les âmes sensibles
n'ont pas pu regarder). C'est après nous avoir brûlés,
qu'on nous ramena au Conseil. Je n'ai pas bonne souvenance,
mais je crois que c'est une semaine après nos brûlures
que l'on a commencé à nous soigner. On nous
a conduit après à l'infirmerie de la présidence
pour notre pansement. Et c'est là-bas que David succomba
de ses brûlures le 18 janvier 1998. Ils sont venus
après la mort de David nous menacer ; nous avons
été auditionnés par des gendarmes.
Il fallait toujours dire ce qu'ils veulent. Voilà
pourquoi devant la Commission d'enquête Indépendante,
j'étais obligé de dire ce qu'ils m'avaient
dit de dire. Si je refusais de parler, selon Marcel, on
va tuer ma femme et mes enfants ou un frère. En ce
moment sincèrement, je me croyais mort et je ne savais
pas que je serai encore en vie aujourd'hui. C'est ainsi
que j'ai accepté dire ce qu'ils voulaient. Ils ont
enregistré nos propos dans un premier temps, ils
sont venus nous faire reprendre ce qu'on avait dit. Entre
autres, il fallait dire que j'ai pris l'argent et je l'ai
remis à David. Ils m'ont conduit par la suite au
Conseil devant des gendarmes pour que je reprenne ce qu'ils
m'ont dit d'avancer comme propos. C'est le 3 février
1998 qu'on est venu me prendre à l'infirmerie de
la Présidence pour me conduire à la gendarmerie
dans la soirée et me faire signer le Procès
verbal. De là j'ai été transféré
à la MACO, c'est-à-dire en prison. Auparavant,
ils m'ont interdit de souffler mot à qui que ce soit
de tout ce qui s'est passé au Conseil sinon je serai
tué. J'étais toujours entre leurs mains. C'est
grâce aux sages, au Collectif que le pouvoir m'a amené
en France pour être soigné. Lorsque je suis
revenu, le juge Armand Ouédraogo m'a dit qu'il est
à la recherche de la vérité. Il m'a
invité à dire la vérité. Marcel
Kafando donnait des ordres et Yaro me torturait."
Une retranscription
de Richard Bationo
in L'Indépendant N° 340 du 14 mars 2000)
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