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Dossier : Politique & Justice


Politique:"Dialogue démocratique" du CGD
Où sont les sages du Collège de 1999 ?


Mgr Anselme Sanou a dirrigé les travaux du collège de sages

Par Idrissa Barry

Ils ont présidé le Collège dit de sages entre juin et août 1999. Ils ont produit un rapport qu'ils ont remis à leur commanditaire, le chef de l'Etat. En août prochain, ce rapport aura onze ans. Institué le 1er juin 1999, le Collège des sages a remis en effet son rapport au président du Faso le 2 août de la même année. Aujourd'hui, une bonne partie de la classe politique et de la société civile souhaitent les entendre de nouveau. Le cours des événements (les velléités révisionnistes de l'article 37 par le camp présidentiel) inquiète ces acteurs de la vie politique nationale.

Parmi les nombreuses recommandations et propositions de solutions contenues dans le rapport des sages en 1999 figuraient en bonne place les reformes politiques à réaliser. plus de dix ans après ce rapport conçu pour sortir le Burkina Faso de la crise structurelle, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) dirigé par le Pr. Augustin Loada pense qu'il est temps de faire le bilan. Le 11 février dernier, dans le cadre de son programme "Dialogue démocratique", il a convié partis politiques et organisations de la société civile à faire le point de l'application des recommandations acceptées à l'époque par le chef de l'Etat. La première recommandation des sages dans le chapitre "domaine politique et administratif" stipule que "toute légalité et toute légitimité tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire, tant dans son esprit que dans sa lettre, l'objet d'un strict respect". C'est pourquoi, au niveau des propositions de solutions figure en première ligne et en gras celle-ci : "Revenir sur la modification de l'article 37 de la Constitution et y réintroduire le principe de la limitation à deux mandats présidentiels consécutifs. En effet, sa révision en 1997, quoique conforme à l'article 164 alinéa 3 de la Constitution, touche à un point capital pour notre jeune démocratie: le principe de l'alternance politique rendu obligatoire par le texte constitutionnel de 1991." En 2000, cette proposition de solution a effectivement été acceptée avec la révision par l'Assemblée nationale de l'article 37 en y réintroduisant la clause limitative et le raccourcissement du mandat à 5 ans. Une décennie après, l'article figure toujours dans la Constitution, mais le parti au pouvoir manœuvre dans le but de le modifier. Son président Roch Marc Christian Kaboré a affirmé le 6 février dernier lors du 14ème anniversaire de la création du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) que "l'article 37 est anti démocratique". L'argument serait qu'il limite la liberté de choix des électeurs. Pour le directeur exécutif du CGD, le Pr. Loada, les dix dernières années ont enregistré des acquis non négligeables dont notamment le retour à la limitation des mandats présidentiels. C'est pourquoi il estime aussi que "dire aujourd'hui que cette clause limitative ne constitue pas un acquis démocratique jette un doute sur la sincérité et la volonté réformatrice des auteurs de tels propos, surtout quand cela vient d'honorables députés, qui ont voté la suppression en 1997 et le rétablissement en 2000." Il s'interroge alors : "où étaient ces démocrates incohérents, aujourd'hui épris de la souveraineté populaire en 2000 lorsque la majorité parlementaire a rétabli la clause limitative ? Pourquoi n'ont-ils pas eu le courage de voter contre ? ". Pour le Directeur exécutif du CGD, "dire que l'article de la Constitution est révisable parce que la Constitution n'interdit pas de le réviser est une posture potentiellement dangereuse pour nos libertés". Il rappelle que tout comme l'article 37, les dispositions constitutionnelles consacrant les droits fondamentaux des citoyens, le droit à la vie, la liberté d'expression, la liberté religieuse, l'interdiction de la torture, etc. ne figurent pas parmi les matières insusceptibles de révision constitutionnelle. Les participants au "Dialogue démocratique" se tournent vers les sages pour qu'ils interpellent le chef de l'Etat sur le respect des recommandations de leur rapport. Ram Ouédraogo qui fut ministre d'Etat chargé du suivi de la mise en œuvre des recommandations a fait part à l'assistance de la déception de certains sages qu'il aurait rencontrés dans le cadre de la tournée de promotion de la "Refondation nationale" portée par un certain nombre de partis de l'opposition. Il aurait rencontré le président du Collège des sages, Mgr Anselme Titiama Sanou, l'évêque de Bobo-Dioulasso et ce dernier aurait affirmé qu'ils font souvent des interpellations à l'endroit des autorités, même si ce n'est pas de manière collégiale et solennelle. Les participants au " Dialogue démocratique " souhaitent aujourd'hui que les sages prennent la parole publiquement pour dire ce qu'ils pensent réellement de l'application de leurs recommandations et surtout de mettre un holà aux velléités révisionnistes de l'article 37 par le camp présidentiel. Seront-ils entendus ? Rien n'est moins sûr. Le CGD souhaite en tout cas la mise en place d'un nouveau Comité de sages, indépendants, non partisans, pour "mener un plaidoyer en faveur de toutes les recommandations positives qui contribueront à la consolidation de notre fragile processus démocratique". Mais pour de nombreux participants au Dialogue, le plus urgent à faire, c'est la constitution d'un large front uni pour la défense de la Constitution. Il faut noter que le parti au pouvoir était absent des débats. Il n'a pas répondu à l'invitation qui lui a été adressée. Aucun membre du Collège de sages de 1999 n'y était non plus.



Journées parlementaires 2010
L'ADJ refuse les révisions antidémocratiques

Le groupe parlementaire "Alternance, Démocratie et Justice" (ADJ) a tenu les 16 et 17 février derniers ses premières journées parlementaires de l'année. L'article 37 de la constitution qui est au cœur des débats a été la préoccupation des députés de l'opposition. Celle-ci a toujours manifesté son opposition à une éventuelle révision de l'article 37 qui saute le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Le sujet qui a été débattu pendant ces 48 h est : "Révision constitutionnelle : enjeux et dangers ".
Selon le groupe ADJ, ces journées parlementaires ne sont pas une rencontre de plus avec un thème bateau dont les " conclusions se noieront dans le silence éloquent de l'océan d'interrogations et d'inquiétudes des Burkinabè en cette veille de consultations électorales. Le président de l'ADJ, Fidèle Kiétéga, est convaincu que ces journées parlementaires vont aboutir à des "conclusions utiles pour le peuple burkinabè parce que nous aurons pris tout le courage de disséquer publiquement un sujet d'actualité brûlante dont certains essayistes en herbe nous abreuvent quasi quotidiennement de leurs thèses brumeuses" a-t-il martélé.
Les déclarations des leaders du parti au pouvoir ont fini de convaincre l'opposition que la machine pour mettre fin à la limitation des mandats présidentiels a été actionnée. Pour le député Fidèle Kientéga, les déclarations du camp présidentiel donnent des motifs d'inquiétudes.
En ce qui concerne la révision de la constitution, il estime que toute révision doit renforcer la démocratie. " La Constitution consacre un certain nombre de valeurs démocratiques indiscutables et inaliénables qui en font un texte sacré pour tout Etat démocratique ou qui aspire à l'être ", a-t-il expliqué. Elle ne doit pas être soumise au bon vouloir d'un prince. A en croire le député Kientéga, c'est le cas au Burkina. Ce genre de révisions est, de l'avis du groupe parlementaire de l'opposition, une menace pour la paix et la cohésion de la nation. Les députés membres du groupe ont donc appelé toutes les couches de la société à se coaliser pour faire échec à la révision de l'article 37.
L'ADJ refuse l'étiquette d'opposants systématiques que leurs adversaires veulent leur coller. Elle parle plutôt d'un comportement responsable qui tient compte de l'intérêt du peuple.
Ils n'ont pas manqué par ailleurs de dénoncer la politique du gouvernement, source de misères pour les populations. Cette situation découle de la politique ultralibérale du régime. Une politique qui a pourtant échoué à travers le monde, affirme-t-on à l'ADJ. Fidèle Kietéga prend l'exemple des pays asiatiques qui ont su adopter une bonne politique de développement qui les a hissé aujourd'hui au rang des grandes puissances. Les pays asiatiques " hier affamés se sont hissés aujourd'hui au rang de dragon en matière de développement et de conquêtes des marchés étrangers à cause des choix judicieux de transparence et de bonne gouvernance " a-t-il soutenu.
Malheureusement selon lui, les pays africains ne prennent pas ce bon exemple et continuent de ramer à contre-courant de la marche du monde, en opérant au forceps des révisions constitutionnelles.

Abdoul Razac Napon

 


JUSTICE

Vol de numéraires chez François Compaoré
Matinée d'explications à la Cour d'appel

Par Germain B. Nama

Notre dossier consacré au " voleur de François Compaoré " paru dans l'édition N°181 du 10 février dernier a fâché Mme Honorine Méda, Procureur générale à la Cour d'appel de Ouagadougou. Invité à une séance d'explications le samedi 20, L'Evénement s'y est rendu en compagnie de son conseil, Maître Farama Prosper.

A la suite de notre dossier relatant les conditions dans lesquelles l'affaire du vol des numéraires chez François Compaoré avait été appelée le 14 janvier dernier, Newton Ahmed Barry, notre rédacteur en chef, a reçu un appel téléphonique de la Procureur générale à propos d'un certain nombre d'affirmations jugées inexactes contenues dans ledit dossier. Un rendez-vous avait été pris au cours de cet appel pour la poursuite de l'entretien à la Cour d'appel. Initialement prévue pour le jeudi 18 février, la rencontre a été repoussée au 20 à la demande de la procureur générale. C'est finalement le directeur de publication qui a dû effectuer le déplacement, Newton Ahmed Barry étant parti précipitamment en reportage au Niger, suite au coup d'Etat intervenu dans ce pays le mercredi 17. Il avait cependant demandé et obtenu auparavant d'être accompagné par Maître Farama.
Entouré de ses collaborateurs, (ils étaient cinq), Honorine Méda a d'entrée de jeu décliné ses griefs contre nous. Nous avions en effet écrit que le jugement du 14 janvier "s'est tenu sans saisine préalable de la Chambre d'accusation, sans inscription du dossier au rôle, sans prévenus et sans témoins". Nous avions par ailleurs affirmé que cette affaire avait été manigancée par Adama Sagnon, procureur général adjoint, un titre qui ne se trouve nulle part dans notre nomenclature judiciaire ! Cette allégation, affirme la procureur générale, repose sur le seul fondement que les convocations des témoins portaient sa signature. Pour la Procureur générale, ces affirmations sont inexactes. Elles auraient pu être évitées, poursuit-elle, si nous nous étions adressé au parquet général pour avoir la bonne information. Revenant sur le fond, madame Méda a dit que le dossier "vol de numéraires" a fait l'objet d'une procédure d'instruction et d'une saisine de la Chambre d'accusation qui a rendu un arrêt de renvoi le 23 février 2000. Dès lors, la voie était ouverte pour le jugement. En matière criminelle, rappelle-t-elle, le juge d'instruction est un passage obligé ; il n'y a pas d'enquête à parquet comme nous l'avions supposé! Enfin, madame Méda a tenu à nous rassurer que c'est bien elle la patronne du parquet général. C'est à ce titre qu'elle a instruit ses substituts pour l'établissement des avis de convocation. Une mise au point qui vise à dissiper l'idée que quelqu'un aurait pu la manipuler. Ce que le substitut Sagnon saisit au bond pour revenir sur nos "amabilités" le présentant comme celui qui cherche à se faire voir : "Je n'ai pas besoin de me faire voir, pas même par François Compaoré. Je n'ai pas du tout aimé vos analyses. Je suis substitut du procureur général et cela me suffit. Je ne comprends pas votre acharnement contre moi !", a-t-il martelé.
En dépit de ces explications quelque peu musclées, nous avons pour notre part apprécié cette démarche d'explications, d'autant que le journaliste aussi informé soit-il n'en est pas moins faillible. Au demeurant, si on nous reproche de n'avoir pas consulté le parquet général avant de publier nos écrits, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Nous avons en effet tenté de joindre Adama Sagnon, mais en vain. Il a d'ailleurs confirmé qu'il était en voyage dans la période. Ceci dit, nous avions nos conseils, Mes Sankara et Farama, auxquels nous nous sommes naturellement adressé pour comprendre ce qui se passait. Sur l'enrôlement du dossier, Me Farama, présent à la rencontre, a réaffirmé qu'au rôle du 14 janvier, le dossier Hamidou Ilboudo n'y figurait pas. S'agissant de la saisine de la Chambre d'accusation, il y a un sérieux malentendu. Nous ne pouvions pas comprendre qu'au parquet général, on pouvait ignorer toutes les irrégularités qui ont entaché l'instruction préalable orchestrée et manipulée par le groupe de Marcel Kafando (lire à ce propos le témoignage d'Hamidou Ilboudo). Nous avions en effet écrit que "depuis le jugement de l'affaire David Ouédraogo, aucun acte de procédure n'a plus, à notre connaissance, été posé concernant le dossier Ilboudo Hamidou". Pour nous, si Hamidou devait être jugé, il ne pouvait l'être que sur la base d'une autre procédure d'instruction faite dans un environnement plus sain et plus rassurant pour le prévenu. L'arrêt de renvoi du 23 février montre qu'au moment du jugement de l'affaire David en août 2000, dans lequel comparaissait également Hamidou Ilboudo, le dossier de vol de numéraires était déjà bouclé. La question se pose naturellement de savoir si quelque chose pouvait encore être fait. Il semble bien que oui. Le chef du parquet général peut en effet ordonner l'ouverture d'une information complémentaire, gérer l'agenda et le programme des audiences ou même décider d'annuler les poursuites s'il le juge nécessaire. Au cours de la rencontre du samedi 20 février dernier, Sagnon Adama a révélé que c'est lui qui a attiré l'attention de la procureur générale sur ce dossier. Que voulait-il dire exactement ? Nous n'avons pas pu le savoir. Nous ne pouvons que constater cependant que le parquet général a été mal inspiré de faire enrôler ce dossier. On était en droit d'attendre mieux de la justice dans cette affaire qui a fait couler beaucoup d'encre.



Recherche infructueuse de prévenu

L'arrêt de renvoi du 23 février 2000 est donc la base sur laquelle Hamidou Ouédraogo a été jugé le 14 janvier dernier. Le prévenu n'ayant pas comparu à la barre, c'est donc un jugement par défaut qui a été rendu. Selon la procureur générale, le dossier a été appelé une première fois le 21 décembre 2009. En l'absence du prévenu, il a été renvoyé au 14 janvier 2010.

A vrai dire nous avions été surpris d'apprendre de la bouche de la procureur générale que le dossier Ilboudo Hamidou avait été inscrit au rôle le 21 décembre. Si c'est le cas, il faut croire qu'aucun témoin n'avait été cité à comparaître ce jour. Un des témoins que nous avons joint nous a assuré que le seul document qui lui est parvenu concernant le procès, c'est une convocation datée du 8 janvier et signé du substitut Adama Sagnon. Il doit en être de même pour les autres puisque les témoins se connaissent tous et sont pour la plupart de la même famille. Il faut aussi croire que le prévenu Hamidou Ilboudo n'avait pas non plus reçu de citation, puisque les OPJ commis à la tâche parlent de " recherche infructueuse ". Le renvoi au 14 janvier visait-il donc à leur fournir un délai supplémentaire ? On peut le penser. On aura cependant constaté que malgré ce délai supplémentaire, Hamidou Ilboudo n'a pas comparu à la barre. Alors, une question. A-t-on vraiment cherché le prévenu Hamidou Ilboudo ? Les faits tels que révélés par madame la procureur générale sont plutôt inquiétants. En effet, elle affirme que le dossier Hamidou Ilboudo a été envoyé au barreau. Mais pourquoi n'a-t-on pas saisi le cabinet de Me Sankara qui était constitué dans le dossier? Le parquet général estime que ce n'est pas son rôle. Ce qui est très discutable si l'on en juge par l'article 197 du code de procédure pénale : " le procureur général notifie en la forme administrative ou par lettre missive à chacune des parties et par lettre missive à son conseil la date à laquelle l'affaire sera appelée à l'audience… " De son côté, le barreau qui a reçu les avis de convocation n'a pas cru devoir informer le cabinet de Me Sankara. Il aurait plutôt commis d'office, Me Jean Bado. Le résultat est qu'il n'y avait point de prévenu à la barre, faute d'avoir été informé. Nous avions écrit à ce propos : " selon toute vraisemblance, le prévenu n'a pas quitté Ouagadougou où il circule et fréquente ses relations. Manifestement, son absence à la barre arrangeait quelqu'un ". Ce passage de notre écrit a retenu l'attention de la procureur générale qui a semblé y voir de la malveillance. Mais la question demeure. A-t-elle mis toutes les chances de son côté pour que le procès se tienne dans les meilleures conditions et en présence du prévenu ? Les témoins présents ce jour n'intéressaient pas non plus le tribunal. Dieu sait pourtant comment certains d'entre eux furent traumatisés par les tracasseries des gendarmes qui les tenaient quasiment pour les complices des voleurs des numéraires. Mais revenons au parquet général. S'il y avait eu un souci de la bonne administration de la justice, on ne se serait pas confiné dans un formalisme stérile en se contentant de remettre des convocations à des OPJ. Il ne faut pas oublier que dans cette affaire, deux de leurs collègues sont en cause. Ensuite, il y a manifestement problème à ne pas saisir le cabinet Sankara dont tout indique qu'il était constitué dans ce dossier. Si c'est parce que Me Sankara est lui-même aujourd'hui député, son cabinet est là. Un fait troublant. Nous avons en effet appris que l'arrêt de renvoi du 23 février 2000 n'avait même pas été notifié au cabinet Sankara comme l'exige la procédure. Mais plus fondamentalement, y avait-il urgence à juger l'affaire, puisqu'elle dépend d'un dossier connexe, celui du faux procès verbal dont les auteurs avaient été mis en accusation au terme de l'arrêt n° 29 du 02 mai 2000 ? La procureur générale qui est au centre des procédures peut-elle ignorer ces faits si elle a le souci d'une bonne administration de la justice ? Qu'est-ce qui importe en effet ? Sont-ce les statistiques sur les affaires liquidées ou une justice rendue équitablement et dans les règles de l'art ? On nous a reproché par ailleurs d'avoir accablé le substitut Sagnon Adama. Soit. Mais si nous l'avons fait, c'est parce que nous connaissons les états de service de l'homme. Pour avoir siégé près d'une décennie à la tête du parquet du TGI de Ouagadougou, il était devenu comme le dit la chanson " le propriétaire de tous les dossiers ". Nous étions donc fondés à craindre que son influence néfaste ne déteigne sur la procureur générale qui arrive dans un terrain jonché de mines. Celle-ci nous donne d'ailleurs raison, lorsqu'elle avoue ne pas connaître le fameux dossier du faux procès verbal. Or ce dossier est la mère de tous les dossiers qui accablent la famille présidentielle dans l'affaire dite David Ouédraogo. Cet aveu est d'ailleurs une très mauvaise nouvelle pour tous ceux qui espèrent une justice équitable dans notre pays.
La rencontre avec le parquet général aura en tout cas renforcé notre conviction que le jugement du 14 janvier a été organisé en catimini. Sans doute, ne voulait-on pas de bruit autour d'une affaire qui avait toutes les chances de défrayer la chronique. C'est peut-être de ce côté là qu'il faut chercher les raisons de la mise à la touche du cabinet Sankara.
Erratum : Nous avons annoncé que Hamidou Ilboudo avait écopé une peine de 5 ans ferme. Il s'agit plutôt de 5 ans avec sursis. Toutes nos excuses pour cette malencontreuse erreur.

Par Germain B. Nama

 

Témoignage de Hamidou Ilboudo

Le dos de Hamidou Ilboudo

"Nous avons été arrêtés dans la nuit du 29 novembre 1997 (Ilboudo Amidou, David Ouedraogo et deux autres) et conduits directement au Conseil. Chef Marcel Kafando a dit que c'est à cause du vol de l'argent du patron (François Compaoré) que nous nous trouvons au Conseil. Je lui ai fait comprendre que je ne suis pas impliqué dans une histoire de vol. Je n'en sais rien. Marcel Kafando répliqua en me disant que je ne dois pas dire que je n'ai pas volé l'argent et que ici je dois suivre ses ordres. Il nous a fait manœuvrer, torturer. Lorsqu'on nous ramena, je fis savoir de nouveau à Marcel que je n'ai pas pris de l'argent. Il a répété que je dois dire et faire ce qu'il veut. Car ici c'est lui qui commande. Ils m'ont amené, manœuvré toute la nuit et le lendemain ils m'ont demandé où se trouvait l'argent. J'ai répété mes propos précédents en réaffirmant que je n'ai rien pris. Ils m'ont reconduit en brousse pour me torturer. Lorsqu'ils m'ont ramené, j'ai été transféré dans une chambre dans laquelle ils m'ont sommé de boire du whisky. Mon refus a été catégorique car je ne bois pas. C'est ainsi que Marcel fit sortir son arme et tira un coup de feu et me dit que si je refuse de boire, il me fera tuer. Et pour me tuer, je ne serai pas fusillé directement. Il va me faire attacher et mon tueur commencera par attaquer mes pieds avec des marteaux jusqu'à ce que je meurs. J'étais dans l'obligation de boire le whisky. Il m'a sorti pour être manœuvré. Là je n'en pouvais plus. Dès qu'on m'a ramené, il m'a dit de faire ce que lui Marcel Kafando veut. Je devrais dire que j'ai pris l'argent et que je l'ai remis à David Ouédraogo. Je fus obligé de dire ce qu'il voulait. Ils ont amené David. Marcel lui a demandé où se trouvait l'argent. J'ai dit que nous n'avons pas pris de l'argent et pour savoir où se trouve la vérité, étant tous des Africains, des Burkinabè, nous pouvions invoquer nos ancêtres ou faire appel à la foudre pour la manifestation de la vérité. J'ai dit à Marcel Kafando que la manière dont je suis traité et dont je souffre que vais-je faire avec l'argent ? Il répondit que cela ne l'intéresse pas et il veut seulement qu'on suive ce qu'il veut. J'étais donc obligé de dire ce qu'il voulait entendre. On nous a conduits encore en brousse. David a été attaché entre deux arbres, suspendu sur du feu qui le brûlait. Nous nous avons été entourés par du feu qui nous brûlait dans le dos ; nous avons été préalablement déshabillés. Attendez, je vais me déshabiller, vous allez voir ce que mon dos est devenu (il présenta effectivement un dos "braisé" que les âmes sensibles n'ont pas pu regarder). C'est après nous avoir brûlés, qu'on nous ramena au Conseil. Je n'ai pas bonne souvenance, mais je crois que c'est une semaine après nos brûlures que l'on a commencé à nous soigner. On nous a conduit après à l'infirmerie de la présidence pour notre pansement. Et c'est là-bas que David succomba de ses brûlures le 18 janvier 1998. Ils sont venus après la mort de David nous menacer ; nous avons été auditionnés par des gendarmes. Il fallait toujours dire ce qu'ils veulent. Voilà pourquoi devant la Commission d'enquête Indépendante, j'étais obligé de dire ce qu'ils m'avaient dit de dire. Si je refusais de parler, selon Marcel, on va tuer ma femme et mes enfants ou un frère. En ce moment sincèrement, je me croyais mort et je ne savais pas que je serai encore en vie aujourd'hui. C'est ainsi que j'ai accepté dire ce qu'ils voulaient. Ils ont enregistré nos propos dans un premier temps, ils sont venus nous faire reprendre ce qu'on avait dit. Entre autres, il fallait dire que j'ai pris l'argent et je l'ai remis à David. Ils m'ont conduit par la suite au Conseil devant des gendarmes pour que je reprenne ce qu'ils m'ont dit d'avancer comme propos. C'est le 3 février 1998 qu'on est venu me prendre à l'infirmerie de la Présidence pour me conduire à la gendarmerie dans la soirée et me faire signer le Procès verbal. De là j'ai été transféré à la MACO, c'est-à-dire en prison. Auparavant, ils m'ont interdit de souffler mot à qui que ce soit de tout ce qui s'est passé au Conseil sinon je serai tué. J'étais toujours entre leurs mains. C'est grâce aux sages, au Collectif que le pouvoir m'a amené en France pour être soigné. Lorsque je suis revenu, le juge Armand Ouédraogo m'a dit qu'il est à la recherche de la vérité. Il m'a invité à dire la vérité. Marcel Kafando donnait des ordres et Yaro me torturait."

Une retranscription de Richard Bationo
in L'Indépendant N° 340 du 14 mars 2000)


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 1er mars 2010