Education
Le rédoublement à l'école primaire
en question au Burkina Faso
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Dr. TRAORE/PALE Célestine
Attaché de recherche
INSS/CNRST, 06 BP 10202
Ouagadougou 06, Burkina Faso
celeste_pale@yahoo.fr |
Le redoublement a toujours existé dans le
système éducatif burkinabè, aux
trois ordres d'enseignement : primaire, secondaire,
supérieur. Cependant, depuis un certain temps,
le redoublement, dont le taux vacillait entre 17 et
18% au primaire, constitue une préoccupation
pour le système scolaire, notamment le sous
système de l'enseignement primaire. Un taux
de redoublement élevé traduirait d'une
certaine manière un manque d'efficacité
du système éducatif. De plus, il induirait
un coût supplémentaire pour le système
et enfin aurait un impact négatif sur la poursuite
de la scolarité des élèves concernés.
Avec la mise en uvre du Plan Décennal
de Développement de l'Education de Base (PDDEB),
une politique de réduction du redoublement
a été planifiée. Dans ses objectifs,
le PDDEB vise à réduire à un
maximum de 10% le taux de redoublement. Mais, cette
réduction en soi constitue-t-elle un signe
d'amélioration de la qualité de l'enseignement
? Quelle est l'ampleur du redoublement au Burkina
Faso ? Quelles en sont les causes ? Comment réduire
le taux de redoublement sans agir sur les facteurs
qui l'engendrent ? Quelles sont les perspectives pour
diminuer ou enrayer le redoublement ?
Dans cet article, comme définition du redoublement,
nous nous en tiendrons à celle du dictionnaire
actuelle de l'éducation (Legendre, 2005) qui
stipule que : "Le redoublement est la décision
de faire reprendre l'année scolaire qu'un élève
vient de terminer compte tenu que sa réussite
générale se révèle insuffisante
au regard des apprentissages de base jugés
essentiels pour poursuivre sa formation scolaire avec
les meilleures chances de succès".
L'objectif de cet article est de poser un diagnostic
de la situation du redoublement et de dégager
des pistes d'action pour lutter contre le phénomène.
Pour ce faire, la première partie traite de
l'ampleur du redoublement au Burkina Faso, la seconde
présente des causes du redoublement et la troisième
expose quelques implications pour une lutte efficace
contre le redoublement dans une perspective de recherche
de la qualité de l'éducation.
Ampleur du redoublement
au Burkina Faso
Selon les données statistiques du Ministère
de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation
(MEBA), l'ampleur du redoublement varie selon les
régions et les provinces et d'une localité
à une autre. Par exemple, en 2008/09i, 17 provinces
sur les 45 ont un taux de redoublement moyen inférieur
à 10% tandis que 26 ont entre 11% et 15%. Elle
varie aussi selon le niveau avec des taux faibles
dans les petites classes mais qui atteignent des chiffres
faramineux comme 52,7% à la Kompienga et 45,2%
au Nayala pour la classe de CM2.
Le tableau 1 fait l'état des redoublements
dans l'enseignement primaire au cours des dix dernières
années scolaires. Il ressort que depuis la
mise en uvre du PDDEB, le taux de redoublement
connait une diminution remarquable. On note une baisse
progressive allant de 16,28% en 2002/03 à 11,6%
en 2008/09, soit de plus du tiers. Ainsi le PDDEB
a pratiquement gagné son pari qui est de baisser
le taux de redoublement dans l'enseignement primaire
à 10%.
En examinant la structure d'évolution du taux
de redoublement par niveau, on observe qu'il est plus
faible dans les petites classes. En 2007/08 et 2008/09,
il est respectivement, de 3,8% et 4,9% au CP1 et entre
8 et 9 au CP2. Cependant, A partir du CE2, le taux
est au dessus de 10 et atteint des nombres élevés
dans les grandes classes (CM1, CM2) : en moyenne plus
de 14% au CM1 et plus de 30% au CM2. Toutefois, la
baisse n'est pas régulière, on note
au niveau de certaines classes une remontée
du taux de redoublement par rapport aux années
précédentes. Par exemple, pour le taux
de 33,2% en 2008/09 au CM2, il faut remonter à
2003/04 pour retrouver un taux semblable. On constate
que la suppression du redoublement dans les premières
années de cycles n'est pas effective. Il y
a lieu de se demander pourquoi les mesures préconisées
par le PDDEB ne sont entièrement pas appliquées
? Dans le fond, peut-on supprimer le redoublement
ou le réduire jusqu'à un certain degré
sans s'attaquer aux causes profondes qui l'engendrent
? Quelles sont donc les causes du redoublement ?
Les causes du redoublement
La question des causes du redoublement peut se poser
sous deux angles. D'une part, sous l'angle de l'insuffisance
des résultats scolaires de l'élève,
c'est-à-dire, s'il est en situation de réussite
ou d'échec par rapport aux normes existantes
et, d'autre part, sous l'angle des facteurs qui entravent
la réussite scolaire.
Les facteurs qui entravent la réussite scolaire
des élèves peuvent être regroupés
globalement en trois types (INSS/CNRSTiii) : les facteurs
liés au milieu familial, les facteurs liés
au milieu scolaire et les caractéristiques
personnelles des enfants.
Les facteurs liés au milieu familial de l'enfant
ont trait aux occupations extrascolaires tels que
: les travaux domestiques, les travaux champêtres
et le pâturage, les questions de santé
et de sécurité alimentaire, la pauvreté
des parents.
Les facteurs liés à l'école concernent,
entre autres, l'absence de cantines scolaires dans
certaines localités, les distances, le retard
dans la mise à disposition du matériel
didactique ainsi que son insuffisance, le manque de
recyclage des enseignants, leur grande mobilité
et parfois leur jeunesse et la faiblesse de leur niveau,
les mauvaises conditions physiques dans lesquelles
les élèves suivent les cours, les effectifs
pléthoriques, les rentrées tardives
entraînant des années scolaires très
courtes.
Les facteurs liés à la personnalité
des élèves sont essentiellement les
difficultés d'apprentissage, les problèmes
de comportement, les attitudes à l'égard
de l'école, notamment les représentations
sociales qu'ils s'en font, les habitudes de travail.
Une lutte efficace contre le redoublement doit intégrer
ces différents facteurs qui entravent la réussite
scolaire des enfants.
Implications de la lutte
contre le redoublement
La question du redoublement ne se pose pas de la
même manière dans tous les pays. Certains
l'utilisent systématiquement comme mesure pédagogique
appliquée aux élèves qui ne remplissent
pas les conditions requises tandis que d'autres appliquent
la promotion automatique des élèves
en classe supérieure, le redoublement ne s'appliquant
que de façon extrêmement rare. Il ressort
que le plus souvent, les pays appliquant la promotion
automatique et qui sont performants en matière
d'éducation, en l'occurrence la Finlande, pratiquent,
très tôt, une politique d'aide aux élèves
en difficultés d'apprentissage. Ces derniers
sont repérés et des mesures de soutien
multiformes sont mises en place afin d'éviter
que les difficultés ne se cristallisent en
fin d'année et posent le dilemme du redoublement
(Paré-Ouédraogo, 2003 ; Perrenoud, 1996).
Par contre, parmi les pays qui appliquent systématiquement
le redoublement, certains proposent un soutien aux
enfants redoublants alors que plusieurs ont tendance
à considérer le redoublement, en soi,
comme la mesure pédagogique permettant à
l'enfant de résoudre ces difficultés
d'apprentissage.
Dans le contexte du Burkina Faso, caractérisé
par la pauvreté, la précarité
des conditions d'existence et l'analphabétisme,
les questions scolaires ne sont pas la préoccupation
première de beaucoup de parents d'élèves,
certains parents sont mêmes hostiles à
l'école compte tenu des mauvais rendements
et du chômage des diplômés. Aussi,
le milieu scolaire a-t-il un rôle primordial
à jouer pour encourager la réussite
scolaire. Les principales actions à mener sont
principalement d'uvrer à la mise en place
d'une culture de la réussite dans les écoles,
de renforcer l'encadrement des élèves
et d'encourager la formation continue des enseignants.

uvrer à la mise en place
d'une culture de la réussite
Il s'agit de travailler à développer
un sentiment d'appartenance des élèves
à leur école, à développer
le goût du succès et de la réussite
chez les élèves, à sensibiliser
et responsabiliser les parents d'élèves
afin de les inciter à participer au développement
de cette culture de la réussite à l'école.
Renforcer l'encadrement
des élèves
La question importante de l'encadrement des élèves
passe par le développement d'un sentiment de
sécurité chez les enfants, et cela par
la mise en place des mesures d'accueil pour ceux qui
arrivent à l'école, la mise en place
d'un système de parrainage et d'entraide entre
des élèves en difficulté d'apprentissage
et les autres élèves et la résolution
de la question alimentaire.
Des résultats de recherche montrent qu'il existe
des différences entre les élèves
face à l'apprentissage à plusieurs niveaux
: le niveau d'information et/ou de formation auquel
ils se situent au moment où il entame un apprentissage
donné. La manière propre de chaque élève
d'appréhender les choses (Legendre, 1993) ;
les styles d'apprentissage ; le rythme de travail
; le niveau de développement affectif, la motivation,
des besoins, l'intérêt suivant le moment
et la tâche ainsi que les obstacles face à
l'apprentissage. Ces différences, non prises
en compte, constitueraient une cause de l'échec
scolaire. Alors qu'il suffirait de les prendre en
compte pour maximiser les chances de réussite
pour tous (Legrand, 1997 ; Perrenoud, 1996).
La prise en compte des différences face à
l'apprentissage consisterait, entre autre, en l'adoption
d'une pédagogie centrée sur l'élève
plutôt que sur l'enseignant et sur le contenu
comme c'est le cas dans le modèle traditionnel
en vigueur dans les écoles. Cette pédagogie
impliquerait la diversification des stratégies
d'enseignement et la création d'un climat de
travail stimulant et le travail en équipe réunissant
l'ensemble des enseignants de l'école. Elle
suppose une solide formation des enseignants.
Encourager la formation
continue des enseignants
Encourager la formation continue des enseignants
implique un appui effectif aux enseignants qui sont
les principaux acteurs dans l'instauration d'une culture
scolaire de la réussite. Cette formation continue
devrait viser, en priorité, le développement
de compétences liées au soutien aux
élèves en difficulté d'apprentissage
dans leur classe. Une attention particulière
devrait être portée aux nouveaux enseignants.
Il convient de résoudre la question des effectifs
pléthoriques dans les classes et celle de l'insuffisance
de formation de base des enseignants.
Cet article a permis de présenter les facteurs
explicatifs et de dégager quelques implications
pour une réduction pertinente du redoublement.
La solution contre le redoublement n'est pas la promotion
automatique, tous azimuts, quelle que soit la faiblesse
du niveau des élèves, le véritable
remède c'est de s'attaquer aux causes profondes
de l'échec scolaire (Perrenoud, 1996) en mettant
en place un dispositif multiforme de soutien aux élèves
en difficulté d'apprentissage, promus comme
redoublants n
Notes
i DEP/MEBA, Annuaires statistiques
2008-2009
ii Les données ont été prélevées
comme ils sont dans le tableau sans modification.
On trouve des chiffres sans nombre décimal,
des chiffres avec un seul nombre décimal et
d'autres avec deux nombres décimaux.
iii Le Département des Sciences de l'Education
de l'INSS/CNRST, a mené plusieurs études
qui ont abordé la question des parcours scolaires
des enfants. (Les rapports d'études existent
mais ne sont pas publiés)
Bibliographie
DEP/MEBA, (2002). Statistiques
de l'Education de Base de 1991/92 à 2008/09.
LEGENDRE R. (2005). Dictionnaire actuel de l'éducation.
3e édition. Montréal, Guérin.
LEGRAND, L. 1995.
Les différenciations de la pédagogie,
Paris, PUF, 125 p. PARE-OUEDRAOGO G. 2003.Le redoublement
dans l'enseignement primaire au Burkina Faso de 1996
à 2001 : Problèmes et défis,
mémoire de Master Institut International de
Planification de l'Education, Paris.
PERRENOUD, P. 1996. Lorsque le sage montre la lune
l'imbécile regarde le doigt. De la critique
du redoublement à la lutte contre l'échec
scolaire, Faculté de psychologie et des sciences
de l'éducation. Université de Genève.(http://www.unige.ch/fapse...)
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