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Dossier
: 15
OCTOBRE
Qui
dort dans la tombe de Sankara ?

C'est fait, le Comité justice pour Thomas Sankara
a introduit auprès du tribunal de grande instance
de Ouagadougou, le 16 octobre dernier, une requête
afin d'expertiser le corps qui se trouve dans la tombe considérée,
jusque là, comme étant celle de Sankara. La
requête des ayants droits du défunt président
vise à attester de façon irréfutable
que c'est bien le corps de ce dernier qui y gît. Cette
préoccupation n'est pas nouvelle, mais c'est la première
fois que l'Etat burkinabè devra en répondre
devant la justice.
Depuis le 15 Octobre 1987, la famille de Sankara a maintes
fois exigé des preuves qui attestent que c'est effectivement
Sankara qui dort dans sa prétendue tombe. Après
le coup d'Etat qui a coûté la vie à
l'ancien président, lui et douze de ses compagnons
été enterrés nuitamment et précipitamment,
selon de nombreux témoins, dans le cimetière
du quartier périphérique Dagnöen de Ouagadougou.
Ils auraient été enterrés dans des
puisards creusés à la hâte par les prisonniers
de la maison d'arrêt de Ouagadougou à la lumière
des Jeeps de l'armée. Les corps ont été
recouverts de monticule de terre sur lesquelles des bouts
de papier, accrochés à des morceaux de bois,
indiquaient l'identité de celui qui y gisait. La
famille Sankara a toujours indiqué que c'était
là des conditions qui ne permettaient pas de certifier
l'identité des défunts.
Au lendemain du coup d'Etat, la veuve du président,
Mariam Sankara, avait demandé, sans l'obtenir des
nouvelles autorités du pays, la possibilité
de donner une vraie sépulture à son époux.
Les deux parents de Sankara (son père et sa mère)
ont attendu, leur vie durant, le droit de s'acquitter du
devoir de sépulture envers leur fils, sans jamais
y parvenir.
Ayant épuisé toutes les voix de recours au
Burkina Faso, les conseils de la famille Sankara avaient
adressé une communication plainte au comité
des droits de l'homme de l'ONU, en 2003, afin d'obtenir
"la reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille".
En mars 2006, le comité de l'ONU a examiné
cette plainte et dans ses constatations avait reconnu que
"le refus d'indiquer officiellement le lieu de la dépouille
de Sankara à sa famille constituait "un traitement
inhumain à l'égard de Mme Sankara et de ses
fils".
Le gouvernement a répondu officiellement à
ces constatations de l'ONU en juin 2006 et s'est engagé
" à prendre toutes les mesures pour donner une
suite aux recommandations du comité des droits de
l'homme". En droite ligne de ces engagements, le gouvernement
légalise en quelque sorte, le lieu de sépulture
déjà connu et qui accueille chaque 15 Octobre
les célébrations des partisans de Sankara.
Une réponse qui ne satisfait pas les ayants droit
de l'ancien président burkinabè qui affirment
que d'un point de vue légal, c'est insuffisant. Il
exige du gouvernement qu'il atteste que c'est bien Sankara
qui a été inhumé dans cette tombe,
autrement ce serait l'officialisation d'une voie de fait.
En saisissant la justice burkinabè, le comité
international veut contraindre le gouvernement à
procéder à l'exhumation du corps qui se trouve
dans la tombe pour attester que c'est bien le corps de Sankara.
Saisi le 16 octobre, la justice burkinabè n'avait
pas encore réagi.
Mais incontestablement, cette nouvelle procédure
va embarrasser un peu plus le gouvernement burkinabè.
Il ne peut pas ne pas y donner une suite favorable, parce
qu'autrement, il persisterait dans la commission du crime
"de traitement inhumain à l'égard de
Mme Sankara et de ses fils", crime pour lequel il avait
été épinglé par le comité
des droits de l'homme de l'ONU.
Mais plus encombrant encore, cette procédure arrive
au moment où dans la médiation en Guinée,
le président Compaoré doit exiger de la junte
de Dadis Camara de ne pas continuer à séquestrer
les corps des victimes, comme l'en accusent les organisations
des droits humains.
L'affaire Sankara, comme on le voit, ne finit pas d'empoisonner
le règne de Blaise Compaoré. Les Burkinabè
sont attentifs des réponses que la justice burkinabè
réservera à cette requête. L'ancien
président continue de bénéficier d'une
réelle sympathie au sein de la population, malgré
la détermination de ses tombeurs à le faire
oublier.
NAB
Blaise Compaoré
et le 4 Août

Par Merneptah Noufou
Zougmoré
Qui a fait quoi le 4 Août 1983 ?
Depuis le 20ème anniversaire "de la renaissance
démocratique", c'est plutôt la vérité
des vainqueurs du 15 Octobre qui s'écrit en lettre
d'or. Blaise Compaoré est considéré
comme le principal artisan de l'avènement de la révolution.
Au début, il était l'un des artisans clés
d'un scénario apparemment calé comme du papier
à musique. L'hagiographie du "15 Octobre"
en fait l'unique artisan de la réussite du 4 Août.
En arrière plan, un rôle sur mesure pour François
Compaoré, son frère cadet.
Un proverbe kassena dit que: "Si tu encenses
l'ancien chef, le nouveau t'affamera". Cette sagesse
semble avoir été bien assimilée par
les témoins et autres historiens d'un nouveau genre
à Pô en octobre 2007. En effet, lors des festivités
des "20 ans de renaissance démocratique avec
Blaise Compaoré", ses compagnons ont allégué
qu'il était l'acteur unique du triomphe de la Révolution
avec le soutien décisif de François Compaoré,
son frère cadet. La nouvelle historiographie semble
viser deux choses au moins. Rendre moins douloureux les
tragiques événements du 15 Octobre et légitimer
les prétentions que l'on attribue à François
Compaoré de vouloir succéder à son
frère aîné. Parmi les chantres de cette
historiographie, Mahamadi Kouanda de l'inter CDR pendant
la Révolution. Ancien député CDP. Il
ronge son frein dans une opposition stérile à
Simon Compaoré qu'il espère détrôner
un jour. Pour les témoins et les acteurs vivants
de la période de la révolution, Kouanda tronque
les faits sur le rôle réel de Blaise Compaoré
au niveau du ROC et puis dans le déroulement des
événements qui ont conduit au 4 Août.
Selon ces sources qui contestent la vision des choses de
Kouanda, Blaise Compaoré doit son admission et sa
progression dans le ROC à l'enthousiasme de Sankara.
A posteriori, ils pensent même que cette faiblesse
de Sankara pour Blaise n'a pas porté chance au mouvement.
Processus de réécriture
C'est là où la révolution
est née en 1983 que le processus de falsification
de son avènement a été entamé.
Lors de la célébration des "vingt ans
de démocratie avec Blaise Compaoré",
une escouade d'historiens et de témoins oculaires
a été convoyée à Pô pour
l'apostasie. Le cours devait être dispensé
à un public de jeunes. Ceux qui n'ont pas vécu,
pour la plupart, la révolution. Il fallait corriger
dans ces esprits juvéniles les vérités
tronquées de l'opinion publique et des livres d'histoire.
Mais cette apostasie peut difficilement prendre, en raison
de la proximité des événements. Sankara
est mort le 15 Octobre 1987. Mais des acteurs clés
sont encore vivants. Voilà pour l'histoire, le déroulé
qui a conduit au 4 Août 1983.
Le 17 Mai 1983, à l'aube, les chars de Jean Claude
Kamboulé encerclent le domicile du capitaine Thomas
Sankara, alors Premier ministre du Conseil du Salut du peuple
(CSP1) et celui du secrétaire permanent du CSP, Jean
Baptiste Boukary Lingani. Thomas Sankara arrive à
joindre par téléphone la femme d'un de ses
camarades membre de l'Union des luttes communistes reconstruite
(ULCR) et l'enjoint de dire à un des chefs de la
même organisation qu'on est en train de vouloir l'arrêter.
La femme se débat comme elle peut, pour toucher ce
dernier. Immédiatement, il prend le chemin de Pô,
une localité située à une centaine
de kilomètres de la capitale Ouagadougou. Arrivé
à Pô au Centre national d'entraînement
commando (CNEC), il trouve un soldat du nom de Hyacinthe
Kafando sur une CT. Il se renseigne auprès de lui
pour savoir qui est l'intérimaire du Commandant qu'il
savait en déplacement à Bobo-Dioulasso pour
un meeting. Tibo Ouédraogo, à l'époque
lieutenant, assurait l'intérim. L'émissaire
venu de Ouagadougou s'en va le voir et lui annonce que le
capitaine Thomas Sankara et le commandant Lingani sont mis
aux arrêts. Le lieutenant Ouédraogo fait sonner
le rassemblement et met la troupe en alerte. Ce n'est que
plus tard que Blaise Compaoré, par la prouesse de
son chauffeur, le regretté Hamidou Maïga, arrive
à rejoindre par des chemins détournés
la capitale du Nahouri. Dans la soirée de l'arrestation
de Sankara et de Lingani, au camp Guillaume Ouédraogo,
avant que le capitaine Compaoré ne revienne de Bobo-Dioulasso,
une douzaine de commandos y étaient retranchés
avec à leur tête le capitaine Henri Zongo,
le lieutenant Boukary Kaboré qui deviendra plus tard,
commandant du bataillon d'intervention aéroporté
et commandant de la 3è région militaire et
le lieutenant Gilbert Diendéré. Ils s'opposaient
eux aussi à l'arrestation de leurs camarades. Blaise
Compaoré n'a été qu'un des élément
dans un ensemble qui a participé activement à
la réussite de la chute du régime du médecin
commandant Jean Baptiste Ouédraogo alias JBO. Les
soldats fidèles à Sankara font de Pô
un refuge, les jeunes s'enrôlent dans l'armée
rebelle et le triomphe du 4 Août s'organise autour
de Sigué Askia Vincent, Tibo Ouédraogo et
le journaliste malien du périodique Afrique-Asie
Mohamed Maïga. Par la permission de son directeur,
Simon Mallé, Maïga reste des semaines avec Blaise
Compaoré et rapporte les échos de la résistance
dans les colonnes de son journal. Une bonne partie des jeunes
de Pô étaient habitués à sa silhouette
frêle jouant souvent à la belotte avec le chef
rebelle Blaise Compaoré dans sa résidence
de Tamoina. La Ligue patriotique pour le développement
(LIPAD), un appendice du parti Africain de l'Indépendance
(PAI) a été aussi aux avants postes. Ses militants
servent d'éclaireurs aux commandos venus de Pô
dans la nuit du 4 Août 1983, pendant la coupure de
l'électricité et des lignes téléphoniques.
La jeunesse de Pô n'est pas en reste, elle a soutenu,
à bout de bras les révolutionnaires du 4 Août
en servant comme sentinelle au CNEC pendant que les commandos
marchaient victorieusement sur la capitale. Autres apports,
ce sont les officiers qui, pour des raisons de proximité
avec Sankara, avaient été mutés de
la capitale. Le lieutenant Hien Kilimité aujourd'hui
colonel et gouverneur de la région de l'Est en est
un exemple vivant. Il avait été affecté
à l'époque des faits à Ouahigouya comme
adjoint du capitaine Karim Lompo. Ce dernier étant
de formation moniteur de sport avait moins d'aptitude pour
le commandement. C'est à Kilmité Hien qu'il
est revenu d'organiser la résistance.
La jeunesse scolaire et estudiantine a été
aussi le fer de lance de la révolution. Les marches
des 20, 21 et 22 mai 1983 ont produit un effet catalyseur
dans la libération de Sankara et de ses compagnons.
Pour beaucoup d'acteurs de la Révolution, réduire
le triomphe du 4 Août 1983 à la seule action
de Blaise Compaoré et dire qu'il a servi le pouvoir
sur un plateau d'or à Thomas Sankara, c'est méconnaître
un pan entier de l'Histoire du Burkina. Le ROC est l'ancêtre
des cercles anti- impérialistes dans l'armée.
La Fédération des étudiants de l'Afrique
noire en France (FEANF) à travers une partie de sa
section voltaïque de l'époque, l'Union générale
des étudiants voltaïque (UGEV) a joué
aussi un rôle prépondérant par les cadres
qu'elle a formés.
Célébration
du 15
Les sankaristes étaient encore présents
à Dagnöen
Devenu un rituel, chaque 15 Octobre, les sankaristes
à l'unisson vont s'incliner au cimetière
de Dagnöen à la mémoire du capitaine
Thomas Sankara et ses 12 compagnons tombés
sous les balles assassines de leurs frères
d'armes le jeudi 15 octobre 1987. Cette année
encore, ils n'ont pas dérogé à
la règle, les militants étaient encore
nombreux au cimetière pour le dépôt
des gerbes de fleurs et pour écouter les différentes
interventions émanant des organisations sankaristes.
On a d'abord entonné l'hymne national, le ditanyè,
forgé au temps de la révolution. Et
puis ce fut le symbolique moment de fleurissement
des tombes. Le gotha sankariste était là
au grand complet avec les associations de la société
civile de cette obédience.
Enfin est venu le moment de prendre la parole. Et
la belle unanimité a retrouvé ses lézards.
C'est le parti de Bénéwendé qui
a essuyé les tirs groupés des autres.
Le Front des forces sociales (FFS), le Conseil national
de la renaissance/ Mouvement sankariste (CNR/MS) et
l'Union des partis sankaristes (UPS) ont commis un
unique porte parole, Romain Conombo, pour dire tout
le bien qu'ils pensaient de "l'élan hégémoniste"
du parti de Bénéwendé. Voici
en substance l'amabilité des camarades : "Si
au début de la rectification, venir au cimetière
était une défiance à l'ordre
répressif du capitaine Blaise Compaoré,
les célébrations seront au début
de l'ère de démocratie des moments d'affirmation
de l'idéal, de retrouvailles et d'engagement
renouvelés. Mais force est de constater qu'au
fil du temps, venir au cimetière de Dagnöen
a des relents d'humiliation et de débâcle
au sein de la grande famille sankariste et pour cause
: la célébration de plus en plus conflictuelle
au sein de la famille sankariste. Point n'est besoin
de rappeler que notre héros national repose
à Dagnöen et que pour l'occasion, le lieu
et la date sont une propriété de tous
les sankaristes sans exclusive. Alors pourquoi nous
donner en spectacle parce que des élans hégémonistes
et exclusionnistes habitent certains d'entre nous."
Bénéwendé a encaissé l'uppercut
sans broncher. Il a du faire sien le proverbe moaga
: "le chef c'est la poubelle faite pour recevoir
tous les immondices". Surtout qu'il se présentait
pour la première fois à Dagnöen
avec son nouveau titre de chef de l'opposition. En
chef, Bénéwendé a fait le choix
de parler de ce qui les unit. Il s'est davantage appesanti
sur les acquis du Comité international justice
pour Thomas Sankara (CIJS). Cette structure a obtenu
de l'ONU, l'injonction au gouvernement burkinabè
de faire toute la lumière sur l'assassinat
de Thomas Sankara. Maintenant il s'agit d'accompagner
cette injonction par de nouvelles requêtes.
La plus urgente à conduire est l'expertise
de la tombe du président du CNR. Et Bénéwendé
d'informer ses camarades qu'il a introduit une requête
dans ce sens auprès des instances habilitées.
Après une esquisse aussi magistrale, les autres
n'ont eu d'autre choix que de rengainer leur carquois
pour de prochaines explications "plus appropriées".
Chez les Sankaristes, c'est la bagarre des chiens.
A chaque fois qu'ils se voient, c'est GRRRR !!!! Curieux
n'est-ce pas pour des gens qui ont enseigné
longtemps qu'il fallait savoir distinguer les contradictions
principales des contradictions secondaires.
MNZ
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Assassinat
de Thomas Sankara
Ce que l'on sait des circonstances et des acteurs
Par Idrissa Barry
Que sait-il passé
le 15 octobre 1987 aux environs de 16h dans l'enceinte du
siège du Conseil de l'Entente ? Vingt et deux ans
après les événements, il est encore
difficile de se faire une opinion définitive sur
les circonstances exactes du drame qui a emporté
le président Sankara et douze de ses compagnons.
Ce qui est certain, c'est que la thèse de l'accident
et du complot de 20h ne fait plus foi devant les multiples
témoignages enregistrés depuis lors.
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Blaise Compaoré
en 1986
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Au lendemain de la mort du président
Sankara et de ses douze compagnons, le nouveau pouvoir
dirigé par Blaise Compaoré avait accrédité
dans l'opinion nationale et internationale la thèse
de l'accident pour se dédouaner. Les médias
nationaux et les émissaires du régime
à l'étranger ont rivalisé d'ardeur
pour expliquer à leurs publics respectifs que
Blaise Compaoré n'y est pour rien dans la mort
de son "ami et frère d'arme". C'est
juste un incident qui aurait mal tourné entre
Sankara et les soldats venus pour l'arrêter
avant qu'il ne commette "l'irréparable",
à savoir l'arrestation et la liquidation de
Blaise, Lingani et Zongo au cours de la réunion
de 20h de l'OMR (organisation militaire révolutionnaire).
Les partisans de Blaise se sont longtemps accrochés
à ces deux éléments et jusqu'aujourd'hui,
on en trouve qui feignent d'y croire encore.
Mort par "accident"
Sur le déroulement de l'opération,
voici ce que les deux principaux acteurs du drame
ont raconté quelques jours après le
15 Octobre. Contrairement à ce qui l'on croit,
le premier à parler des circonstances du drame,
ce n'est pas Gilbert Diendéré, à
l'époque lieutenant et surtout l'adjoint du
capitaine Blaise Compaoré au Centre national
d'entrainement commando (CNEC) de Pô. Celui
qui donna publiquement la version officielle, c'est
Blaise Compaoré lui-même dans le journal
Jeune Afrique du 4 novembre 1987 : "Les soldats
qui partaient pour l'arrêter ont été
obligés de faire usage de leurs armes lorsque
Thomas et sa garde personnelle ont ouvert le feu sur
eux... Les soldats ont pris eux-mêmes cette
initiative quand ils ont été contactés
pour participer à notre arrestation et à
notre élimination."
Plus tard dans le livre de Ludo Martens "Sankara,
Compaoré et la révolution burkinabè",
il décrit comment il a passé l'après
midi du 15 Octobre : "L'après-midi du
15 octobre, j'étais chez moi au salon avec
Salif Diallo, lorsque vers 16h je croyais entendre
le bruit de détonations. Je suis sorti et j'ai
demandé aux gardes s'ils avaient entendu des
coups de feu. Ils ont dit non et je suis rentré.
Mais ensuite j'entendais clairement les tirs, je pensais
qu'ils venaient du côté de la présidence
et qu'ils s'approchaient. J'ai pris mon arme et Salif
Diallo et moi, nous nous sommes planqués contre
le mur de l'autre côté du goudron. Les
gardes nous ont fait rentrer. Vers 16h30, Mariam Sankara
m'a téléphoné pour savoir ce
qui se passait. J'ai dit que j'allais vérifier
et que je la rappellerais. Ensuite, Lengani a appelé
et nous avons décidé d'aller voir ensemble.
Il est arrivé chez moi et il a téléphoné
aux différentes unités pour les mettre
en alerte. A 17h enfin, j'ai eu le standard de Conseil.
Je l'entendais mal. Il m'a dit qu'il se cachait sous
le bureau et que Sankara et d'autres camarades étaient
morts. Lengani et moi, nous nous sommes rendus au
Conseil et nous avons vu les cadavres. J'étais
vraiment très dégouté. Un soldat
m'a dit : il voulait vous tuer à vingt heures,
alors nous avons décidé de l'arrêter."
Dans le même livre, Gilbert Diendéré
se veut plus précis que son patron : "Nous
savions que Sankara avait une réunion au Conseil
à seize heures et nous avons décidé
d'aller l'arrêter là-bas
Peu après
seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture
de sa garde sont arrivées devant la porte du
pavillon ; une deuxième voiture de la garde
est allée stationner un peu plus loin. Nous
avons encerclé les voitures. Sankara était
en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme,
un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement
tiré et tué un des nôtres. A ce
moment, tous les hommes se sont déchaînés,
tout le monde a fait feu et la situation a échappé
à tout contrôle. Des personnes qui l'attendaient
à l'intérieur du bâtiment sont
venues à sa rencontre ; d'autres sont sorties
quand elles ont entendu des coups de feu. Parmi ceux
qui sont tombés, il y avait Patrice Zagré,
un homme avec qui nous avons beaucoup travaillé
et dont tout le monde a regretté la mort. Les
gardes de corps de Sankara dans la deuxième
voiture n'avaient pas réagi ; ils ont simplement
été désarmés."
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Cette version des faits a donc permis d'accréditer
la thèse de l'accident. L'intention n'était
pas de tuer, mais d'arrêter Sankara. S'il y a eu la
tuerie, c'est par la faute de Sankara qui a ouvert le premier
le feu. Les soldats qui étaient venus pour l'arrêter
ont riposté par légitime défense. Dans
cette construction des faits par Blaise et son adjoint,
on peut remarquer une petite divergence. Le premier affirme
que "Thomas et sa garde personnelle ont ouvert le feu"
sur leurs soldats tandis que le second soutient que les
gardes de corps de Sankara n'ont pas réagi, qu'ils
ont même été désarmés,
donc sortis vivant de la fusillade. Tous les deux soutiennent
aussi que Sankara a tiré sur leurs hommes. Blaise
ne dit pas le nombre de victimes qu'ils ont subi, mais Diendéré
dira qu'ils ont enregistré une victime sans préciser
son identité. C'est par après que dans les
écrits des partisans du régime, on rectifiera
le tir de Sankara non pas sur "un des nôtres",
à savoir les soldats venus pour l'arrêter,
mais sur un gendarme venu déposer du courrier. Dans
la version officielle, il y a donc deux éléments
fondamentaux qui se dégagent : Sankara serait l'instigateur
de la fusillade et il aurait par ce fait tué un innocent.
Tout le reste découle de son acte. Il serait donc
responsable de sa mort et de celle des douze autres. Dans
le livre de Ludo Martens qui fait la part belle à
cette version, on n'a nulle part donné la parole
à Lingani ou à Henri Zongo pour confirmer
ou infirmer cette narration. Ils ne sont jamais cités
directement, mais toujours par d'autres personnes. Peut-être
qu'ils ont refusé de témoigner, ignorant tout
du déroulement du coup.
Un traquenard minitieusement préparé
D'autres témoignages battent en brèche la
version d'un "malheureux accident". Le correspondant
de RFI à Abidjan, Stephen Smits, a été
le premier journaliste à relater les faits après
quelques recoupements qui contredisent la version donnée
par Blaise et ses partisans. Pour lui, Sankara est tombé
dans un traquenard minitieusement préparé
où on ne lui a laissé aucune chance de sortie.
Il conclut son enquête en affirmant que Sankara a
été froidement abattu par les hommes de Blaise.
Au lendemain de la diffusion de son reportage, il a été
sommé de quitter le territoire burkinabè.
D'autres enquêtes viendront corroborer celle du journaliste
français. Dans la presse écrite, les premières
versions de l'assassinat de Sankara ont été
rapportées essentiellement par Sennen Andriamirado
d'abord dans des articles dans Jeune Afrique de novembre
1987 puis dans son ouvrage publié un peu plus tard
sous le titre "Il s'appelait Sankara". Des hommes
en arme sont arrivés sur les lieux. Sankara venait
de commencer une réunion avec ses collaborateurs
qui devaient constituer une espèce de super secrétariat
d'un nouveau Conseil National de la Révolution. Des
soldats sont entrés et ont tiré sur les présents.
Les sources de Sennen Andriamirando proviennent essentiellement
d'Harouna Traoré, présenté comme le
seul rescapé parmi les collaborateurs de Sankara
qui assistaient à la réunion. Mais c'est Valère
Somé, s'appuyant sur les versions antérieures
en les enrichissant par d'autres sources, qui sera plus
explicite sur le déroulement des faits. Dans son
livre, "Sankara, l'espoir assassiné", on
peut lire ceci : "Il était environ 16h 15 mn
lorsque la Peugeot 205 noire présidentielle se gara
devant le pavillon " Haute-Volta" du Conseil de
l'Entente, suivie d'une voiture blanche de marque japonaise
dont les occupants étaient quelques gardes du corps
du Président. Le Président descendit de sa
voiture et entra dans le pavillon où l'attendait
tout le personnel nouvellement choisi pour faire partie
du Secrétariat de la présidence du CNR qui
se réunissait une fois par semaine. A peine la réunion
venait-elle de commencer, qu'une autre voiture, une Peugeot
504, pénétra dans l'enceinte du Conseil de
l'Entente et se dirigea tout droit vers la voiture présidentielle.
Le Caporal Maïga (l'un des gardes du corps de Blaise
Compaoré) en descendit pour braquer le Sergent Der
Somda, chauffeur du PF. Au même moment, une Galante
bleue, conduite par le Sergent Yacinthe Kafando (l'aide
de Camp de Blaise Compaoré), pénétra
en trombe dans l'enceinte, et fonça droit sur le
pavillon "Haute Volta". Le gendarme Soré
et le soldat de 1ère classe, Ouédraogo Noufou,
avant qu'ils ne réalisent ce qui leur arrivait, furent
écrasés contre le mur du pavillon. Au même
moment, le Caporal Maïga abattait à bout portant
le Sergent Der Somda. Dans la foulée, les assaillants
descendus des deux voitures déclenchaient un feu
nourri sur tous ceux qui se tenaient debout aux alentours
du pavillon où le Président du CNR était
en réunion avec son secrétariat. A l'intérieur,
les premiers instants de surprise passés, tout le
monde se précipita derrière les fauteuils
pour y trouver refuge. Se ravisant, le Président
Thomas Sankara se leva, poussa un soupir et s'apprêta
à se rendre en s'adressant à ses collaborateurs:
- Ne vous en faites pas, c'est à moi qu'ils en veulent.
Les mains en l'air, tenant son revolver de parade, il franchit
le seuil de la porte et s'engagea dans le couloir à
la rencontre des assaillants.
Le Sergent Yacinthe Kafando et le Caporal Nadié se
trouvèrent face à face avec le Président
du Faso, le braquant avec leur Kalachnikov. Une première
décharge lâchée par le Caporal Nadié
atteint le Président Thomas Sankara à l'épaule.
Malgré la blessure, il réussit à se
replier dans le couloir. Il essaye d'ouvrir la porte du
premier bureau, mais ses occupants se sont enfermés
à clef au bruit des tirs.
Nul ne saura ce qui s'est passé dans la tête
du Président du Faso
pour qu'il revienne sur ses pas et reçoive la mort
des mains de ses assassins. Une seconde balle l'atteint
au front. Il chancelle, se retrouve sur les genoux: pendant
quelques secondes, puis s'écroule sans avoir pu,
ni dire un mot à ses tueurs, ni faire un geste quelconque
qui prouve qu'il avait, l'intention de se défendre.
De tous ceux qui étaient avec le Président
Thomas Sankara ce jour-là, un seul a miraculeusement
échappé à la boucherie: Alouna Traoré.
Et il soutient que le Capitaine Gilbert Diendéré
n'était pas au nombre des assaillants. Celui-ci ne
fera son apparition que beaucoup plus tard.
Un autre témoignage concordant affirme que c'est
le Capitaine Diendéré qui est intervenu pour
arrêter le massacre gratuit. Après avoir constaté
la mort du Président Thomas Sankara, il se serait
réfugié dans la pièce du Conseil de
l'Entente pour s'effondrer en pleurs. C'est par la suite
qu'il se serait ressaisi afin de s'investir pour limiter
les dégâts. C'est dire qu'il persiste des zones
d'ombres sur les circonstances de l'assassinat du Président
Thomas Sankara."
Les preuves se font attendre
Sur le complot de 20h, en novembre 1987, répondant
à la question de Jeune Afrique sur les preuves qu'il
avait que Sankara cherchait à se débarrasser
de lui, Blaise répondait en ces termes : "Nous
sommes en train de rassembler certains éléments
de preuves". Deux décennies après, le
pouvoir peine toujours à donner le moindre indice
de début de preuve. Pourtant, ses partisans continuent
à répéter que "c'était
Sankara ou lui" comme dans un film western. C'était
donc à qui tirait le premier et Blaise fut le plus
rapide. A supposer que cette version soit crédible,
elle viendrait tout simplement faciliter la tâche
à la justice qui n'a plus d'effort à faire
quant à l'identité des assassins. Les récents
témoignages des Libériens facilitent davantage
la tâche aux juges. Tous disent avoir reçu
leur feu vert de Blaise Compaoré pour "se débarrasser
de Thomas Sankara", condition à satisfaire pour
l'aboutissement de leur projet de formation en Libye.
Les explications
du 15 Octobre 1987
Dans le mémorandum du Front Populaire
sur les événements du 15 octobre 1987, les
actions du Président Thomas Sankara sont peintes
en noir. Sa gestion du pouvoir est qualifiée de militariste
avec des élans messianiques : "une conception
militariste du pouvoir s'est également développé
de paire avec la déviation autocratique. La mise
en uvre de cette conception qui est une négation
par excellence d'une réelle démocratie populaire
est apparue aux yeux des tenants de la tendance autocratique
comme la seule de leur règne. Contesté et
mis en minorité au sein du CNR, rejetés par
les organisations politiques membres du CNR qui avaient
définitivement démasqué l'esprit anti-organisationnel
du président, isolé du peuple qui avait fini
par se lasser de son exhibitionnisme creux et infantile,
le président et ses partisans militaires comme civils
développèrent des vues et des pratiques militaristes."
Sankara est traité de renégat. On l'accuse
de détournement parce qu'on a retrouvé une
valise avec 80 millions de f cfa chez lui. Pour les rédacteurs
du mémorandum, Sankara préparait un complot,
le 15 octobre à 20 heures contre Blaise Compaoré.
Les partisans de ce dernier, informés, ont pris les
devants. Pour étayer cette accusation, le mémorandum
donne les "preuves" suivantes : Talata Eugène
Dondassé, ministre des Finances et proche de Sankara
est arrivé à son bureau dans la matinée
du 15 octobre avec une arme. Un autre ministre proche de
Sankara, notamment,. Juste Tiémtoré, ministre
de l'Information aurait affirmé, au moment où
les armes crépitaient aux environs de 16 heures,
que "c'est le camarade président qui règle
ses comptes avec des imbéciles".
Toutes ces charges n'ont pas produits les effets escomptés
et Blaise Compaoré, dans sa première adresse
à la nation, le 19 octobre, a été contraint
de tempérer les dénigrements. Il dit de Sankara
qu'il était un révolutionnaire qui s'est trompé
et qu'il mérite une sépulture digne de son
rang. Mais cela n'a pas empêché le regretté
Albert Salfo Balima, l'auteur de Légendes et Histoires
des Peuples du Burkina Faso, livre préfacé
par Blaise Compaoré, d'arguer que dès le 5
août, juste quelques heures après la prise
du pouvoir, le capitaine Blaise Compaoré arrivé
au Conseil de l'Entente, le siège du CNR, est fouillé
par Askia Vincent Sigué. Pour l'auteur, cela était
un mauvais signe. Mais les contradictions des organisations
membres du CNR n'ont pas arrangé les choses. Avant
la formation du premier gouvernement, le Parti Africain
de l'Indépendance (PAI) et l'Union des luttes communiste
reconstruite (ULCR) s'étripent pour des postes ministériels.
Le PAI ne fera d'ailleurs qu'une année dans le gouvernement
et dans les instances du CNR. En moins d'une année,
le PAI, parti emblématique du mouvement communiste
burkinabè, est exclu et ses responsables humiliés.
Ces derniers ne pardonneront jamais à Sankara, en
témoigne le livre de Adama Touré, Une vie
de militant. Entre temps ont rejoint le CNR, le Groupe des
communistes burkinabè (GCB), l'Union des communistes
burkinabè (UCB), l'Organisation militaire révolutionnaire
(OMR) et les orthodoxes de l'ULCR qui ont ressuscité
l'ULC. Ces nouveaux extrémistes du marxisme exacerbent
la crise. Le CNR fait la cour au Parti communiste révolutionnaire
voltaïque (PCRV) qui refuse. Mais certains militants
de ce parti sont débauchés. Ces nouveaux convertis,
selon Valère Somé, intensifient la crise et
occasionne une méfiance terrible entre Sankara et
Blaise. Valère cite les frères Palm. Dans
son livre intitulé Thomas Sankara, Espoir assassiné,
Valère dit ceci : "Thomas Sankara avait mis
son ami Blaise Compaoré en garde sur le fait que,
Palm par ses intrigues, pouvait semer la zizanie entre nous.
Nous faisons alors le point et étions parvenu à
éviter la rupture du fait des manigances dudit capitaine.
Ce dernier, selon toujours Valère, était d'ailleurs
venu m'alerter sur un prétendu projet d'homicide
dirigé contre ma personne et dont le Président
du Faso aurait été l'instigateur. C'était
au mois de juin 1985. " La crise est au paroxysme et
le Président Sankara s'en ouvre à un de ses
amis de longue date, le malien Lancina Sidibé. Dans
la tristesse, soutient Bruno Jaffré dans son ouvrage1,
le Président et son ami malien qu'il a connu à
Madagascar pendant ses études "verse des larmes".
Le Président du CNR, pour beaucoup d'observateurs,
a été victime d'un complot extérieur
mais la guéguerre entre organisations de gauche empêtrées
dans des conflits dogmatiques a aggravé la crise
au sein de l'instance dirigeante de la révolution.
Blaise Compaoré en habile manuvrier en a tiré
profit. Quant à l'armée, elle n'était
pas en mesure de servir de rempart à la révolution
comme au Venezuela, il y a quelques années. Bruno
Jaffré comparant ce pays au Burkina Faso cite Hugo
Chavez : "Comme je l'ai toujours dit, cette Révolution
a deux piliers : le peuple et les forces armées.
Il y a deux ans (NDLR : l'interview a été
réalisé en 2004) quand on disait que le Venezuela
allait connaître la même destinée que
celle de Chili en 1973, nous avons dit que la Révolution
d'Allende était une révolution désarmée
et que notre Révolution était pacifique mais
non désarmé " L'auteur conclut qu' "au
Burkina, l'assassinat de Sankara signait la fin de la Révolution.
Au Venezuela , Chavez personnifie de plus en plus la révolution
qu'il dirige, comme Sankara le faisait à son époque.
C'est donc en réalité deux débats qui
méritent d'être approfondis à la lumière
de ces deux Révolutions, la place de l'armée
dans un processus révolutionnaire, et la place et
le rôle de son leader.".
Merneptah Noufou
Zougmoré
1 Biographie de Thomas Sankara, La Patrie
ou la mort
Nouvelle édition revue et augmentée
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Blaise Compaoré
et le cercle anti- impérialisme de l'armée
Dans les années 1970, un groupe de jeunes officiers
venant des écoles militaires et ayant suivi leurs
formations de base au Prytanie militaire de Kadiogo
(PMK) décident de créer un cercle de réflexion.
Ils réfléchissent aux conditions difficiles
des troupes et à la misère endémique
du peuple voltaïque. Le groupe s'organise autour
de Thomas Sankara. Cette prise de conscience n'est pas
le fait du hasard. Au PMK, un enseignant d'Histoire-Géographie,
un certain Adama Touré dit Lénine y est
pour beaucoup. Cet enseignant pas comme les autres,
à travers ses cours, indiquait les moyens à
mettre en uvre pour l'émancipation de la
Haute-Volta. Ces élèves pétris
de ces idées révolutionnaires se retrouvent
après le PMK pour continuer l'enseignement du
maître et réfléchir sur la façon
de l'implémenter.
Le cercle de réflexion se transforme par la suite
en une organisation clandestine anti- impérialiste.
Des réunions sont tenues dans la clandestinité,
des noms de codes sont donnés aux animateurs
et le leader naturel est bien Thomas Sankara. En 1978,
celui-ci se rend au Maroc pour un stage et fait la connaissance
de Blaise Compaoré. Ils se lient d'amitié
et deviennent des confidents. Quand ils rentrent au
pays, Thomas Sankara présente son ami au groupe.
Il assure qu'il répond de lui et vice-versa.
Blaise n'ayant pas fait le PMK s'est retrouvé
dans ce cercle comme un intrus. Dans les cercles anti-
impérialistes, il y avait un cheminement imposé
aux adhérents, mais grâce au futur président
du CNR, Blaise en a été dispensé.
Cette marque d'estime que Sankara vouait à Blaise
Compaoré transparaît plusieurs années
après dans une longue interview qu'il a accordé
au journaliste Mohamed Maïga de Afrique Asie, le
25 août 1983 après la prise du pouvoir.
Voici ce que Sankara disait à propos de Blaise
Compaoré : "Je savais que le siège
était levé autour du capitaine Henri Zongo
et de ses hommes. Ils étaient donc en vie. Je
savais aussi que le commandant Lingani était
détenu à Dori. Je n'avais en revanche,
aucune nouvelle du capitaine Blaise Compaoré.
Les autorités ne parlaient pas de lui, j'étais
donc fondé à interpréter ce silence
comme un aveu d'assassinat. J'avoue avoir été
moralement atteint, d'autant plus qu'au même moment,
des civils étaient arrêtés à
mon nom. Surtout je ne supportais pas être sans
nouvelle du capitaine Blaise".
MNZ
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