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Dossier : Mairie


L'emprunt d'Etat
La commune paie la dette des individus


Par Idrissa Barry

Pour bénéficier des prêts de l'emprunt d'Etat en 1998, des associations du " secteur informel " ont demandé et obtenu de la commune une caution solidaire. A l'heure du remboursement, beaucoup se portent absentes et certains mêmes introuvables.
En mai 1998, le trésor public lance une opération d'emprunt d'Etat. A Ouagadougou, des commerçants et plusieurs particuliers exerçant diverses activités souhaitent souscrire. Ils se sont regroupés dans des associations dites du "secteur informel". Ils demandent à la commune de les parrainer par le biais d'une caution solidaire. L'exécutif communal donne son accord. Le montant échu par le trésor est de 828 428 343 f cfa. L'argent a été partagé entre les associations dont certaines ont été créées pour la circonstance. Des conseillers municipaux de la commune figurent parmi les contractants. D'autres conseillers n'ont pas pris en leur nom, mais ont facilité pour leurs "protégés".
En 2002, le trésor public constate que les échéances de remboursement ne sont pas respectées. Les fonds recouvrés auprès des débiteurs s'élèvent à 402 775 681 f cfa. Ce qui reste à rembourser est encore supérieur, soit 425 652 504 f cfa. Il émet alors des Avis à Tiers Détenteur (ATD) sur les comptes de la commune. Cette année-là, il arrive à obtenir de la mairie le paiement de 50 000 000 f cfa par le biais de la caution solidaire. A son tour, l'exécutif communal instruit, en octobre 2002, sa direction des affaires juridiques et du contentieux, de procéder au recouvrement contentieux des créances. Les dossiers sont confiés à l'avocat-conseil de la commune, Me Issouf Baadhio. Celui-ci fait appel aux services du cabinet d'huissier de Me Rakiétou Ouédraogo. Cette dernière, avec l'appui de la police municipale, procède à la saisie des biens mobiliers et immobiliers : voitures, taxis, mobylettes, postes téléviseurs, mobiliers de bureau et de cuisine, machines à coudre, des fauteuils de salon, des objets d'art en bronze, des parcelles nues etc. Les débiteurs identifiés comme étant "les plus récalcitrants" sont attraits en justice pour "escroquerie et abus de confiance". Mais la mairie n'aura pas gain de cause car déboutée au motif qu'il s'agit d'une matière civile. La commune est, à son tour, trainée en justice par certains débiteurs pour avoir utilisé des "procédures musclées" de saisie et de recouvrement. Ces actions de police et en justice ne vont pas améliorer les taux de recouvrement. En 2004, le trésor décide de reconduire les procédés d'émission d'avis à tiers détenteur contre la commune.
Une convention est signée et la commune doit rembourser 50 000 000 f cfa par an jusqu'en mai 2011. Le montant des ATD s'élève à 375 755 681 f cfa dont 175 000 000 f cfa ont été remboursés pour la période 2004, 2005, 2006 et 2007. Il reste à payer au trésor public la somme de 200 775 681.
Les biens saisis par la commune sont pour la plupart vétustes. Ceci expliquerait pourquoi ils ne trouvent pas d'acquéreurs lors des ventes aux enchères publiques. Par exemple, aucun des 60 taxis saisis et mis en vente n'a trouvé d'acquéreur. L'huissier finit par jeter l'éponge en 2005. Me Roukiétou Ouédraogo juge que les dépenses engagées pour les procédures de recouvrements dépassent généralement ce qu'elle recouvre. Beaucoup de débiteurs seraient décédés ou déplacés ou n'auraient plus d'adresse. Pour la direction des affaires juridiques et du contentieux de la commune, il y a de la mauvaise foi dans l'affaire. Elle estime que certains débiteurs sont bel et bien solvables, mais refusent simplement de s'exécuter. La solution envisagée, c'est la mise en œuvre de la caution solidaire entre les débiteurs. Ce qui signifie saisir les biens mobiliers et immobiliers des débiteurs les plus nantis pour les vendre aux enchères publiques et rembourser la dette des autres débiteurs, à charge pour les débiteurs saisis de poursuivre les autres en justice pour récupérer ce qu'ils doivent. Cette proposition a été soumise à l'appréciation du conseil municipal à sa séance de juillet 2008. Quitus a été donné à la direction. Avant la mise en application de cette décision, la procédure de recouvrement en collaboration avec l'avocat-conseil et l'huissier a repris. Des communiqués sont diffusés sur les antennes de la radio municipale pour convier les débiteurs à reprendre les remboursements amiables chez l'huissier. Lors de la session du conseil en juillet dernier, les conseillers municipaux débiteurs et/ou leurs protégés ont été invités "à se rapprocher rapidement de l'huissier afin d'éviter tout désagrément". L'année dernière, la commune n'a pu recouvrer que 8 millions. Sur la vingtaine d'associations, seules 3 auraient entièrement payé. Il y en a qui n'ont même pas payé un rond alors qu'elles doivent des dizaines de millions.


Ce que l'UNIR/MS reproche à Simon

Mahamadi Sawadogo: "Il est inacceptable que les contribuables payent à la place des invidus"

Le président du groupe UNIR/MS du Conseil municipal de Ouagadougou, Mahamadi Sawadogo, donne son appréciation sur certaines actions du maire Simon Compaoré.
La commune de Ouagadougou a donné son aval par le biais de la caution solidaire à des associations du secteur informel pour contracter des prêts auprès du Trésor Public en 1998. Sur 828 428 343 f cfa reçus, ces associations n'ont pu rembourser que 402 775 681 f cfa. Au regard des difficultés de remboursements, le Trésor Public a décidé d'émettre des avis à tiers détenteur contre la commune qui paie par an 50 millions f cfa. Nous estimons que les autorités municipales ont mal géré ce dossier. Dès le départ, elles n'ont pas été exigeantes avec les associations. Pour nous, la simple caution solidaire ne pouvait pas à elle seule constituer une garantie pour que la commune donne son aval. La preuve est qu'aujourd'hui, les Ouagalais paient à la place de ces individus ou de ces associations. Nous disons que c'est inacceptable. On ne peut pas comprendre qu'au regard de cette action, des actions vigoureuses ne soient pas prises pour que la commune rentre dans ses fonds.

Les usines polluantes de Kossodo

Dans la lutte contre la prostitution et les maisons de passe, le maire n'a pas hésité à brandir le code pénal et les textes de la RAF pour réprimer la prostitution. Il est même allé plus loin en mettant à profit les articles qui condamnent le détournement des parcelles d'habitation habituelle en chambre de passe. Et là, nous avons dit que nous ne comprenons pas la démarche puisque nous avons une société qui déverse elle aussi ses eaux puantes qui contiennent des produits dangereux pour l'être humain, la faune et la flore. Une société qui est installée sur notre territoire communal, qui au mépris du code de l'environnement, porte atteinte à la salubrité publique. Et là, nous notons que les autorités communales n'ont pas levé le petit doigt pour remédier à cette situation. Ils ont beau donner des explications, mais nous sommes restés sur notre position pour dire qu'il faut traiter tous les citoyens de la commune de Ouagadougou sur le même pied d'égalité puisque nous sommes tous régis par des textes et lois qui sont en vigueur non seulement au niveau de la collectivité territoriale mais aussi au plan national. Nous interpellons une fois de plus les autorités communales à dire le droit et à prendre toutes les mesures nécessaires pour que les habitants de Kossodo puissent vivre en toute quiétude, sans qu'il y ait des atteintes à leur santé.

Les abattages clandestins et la grogne
des bouchers

En février 2008, lors de l'examen du rapport spécial 2008, nous avons salué les efforts de la police municipale dans ses opérations contre les abattages clandestins. Nous avions demandé à l'exécutif communal, conformément à une disposition du code des collectivités territoriales qui stipule que les communes peuvent favoriser ou en tout cas créer des sites et aires d'abattages au profit des quartiers périphériques, d'accéder à la revendication des bouchers en créant ces aires. Nous avons condamné le fait que non seulement des actions sont menées pour arriver à bout des abattages clandestins, mais parallèlement, il n'y a pas d'initiatives qui nous amènent véritablement à arrêter ce fléau parce que nous disons qu'il y'a des prédispositions au niveau du code et c'est l'occasion pour la commune de mettre cela en pratique. Nous avons proposé de créer des sites et des aires d'abattages que la commune allait contrôler à travers ses services d'hygiène et aussi percevoir des taxes communales pour le développement de la commune. En réponse à nos réactions, les autorités communales ont dit qu'elles ne peuvent pas accéder à de telles requêtes parce que tout cela entre dans le cadre du processus de privatisation de l'abattoir ou du moins de la réhabilitation de l'abattoir frigorifique de Ouagadougou et que la commune avait pris des engagements. Au regard des différents textes qui nous sont parvenus en conseil municipal, nous nous sommes rendu compte que la commune de Ouagadougou est actionnaire dans cette nouvelle société qu'est la SOGEA. Nous avons dit que nous sommes d'accord pour ce principe, mais il faut travailler à ce que les habitants de la ville de Ouagadougou puissent avoir de la viande saine. Vous vous rendrez compte qu'une année après, les mêmes points sont revenus sur la table, mais cette fois-ci, par les syndicats des bouchers de la ville de Ouagadougou qui ont même menacé d'aller en grève pour que leur plate forme soit prise en compte. Ils ont rencontré les autorités communales et même le gouvernement. Je pense que jusqu'aujourd'hui, il n'y a toujours pas eu de solution. Nous pensons que persister dans cette politique, ça va amener à ce que les abattages clandestins perdurent.

I.B.

Interview

"Je souhaite être au rendez-vous de l'histoire"


Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré

Par Moussa Zongo

Connu pour ne pas donner dans la langue de bois, Simon Compaoré est en effet, comme vous le constaterez, un adepte du style direct. Dans l'entretien qui va suivre, il n'a esquivé aucune de nos questions : la gestion des hommes à la commune, la monopolisation de la radio municipale, la mossification de la ville à travers l'adressage des rues, la rue Simon Compaoré, symbole de la personnalisation du pouvoir, la plainte contre le Collectif contre l'impunité, les chambres de passe etc.. A toutes ces questions, le bourgmestre a répondu sans détour. Simon Compaoré est devenu au fil du temps une véritable icône politique nationale. Avec un bilan très flatteur dans la gestion de la ville de Ouagadougou, est-il possible qu'il soit un jour le candidat de son parti à la présidence du Faso ? " Ecoutez, soyons sérieux. C'est une question qui n'a pas de sens. Simon Compaoré n'a jamais rêvé, même dans son sommeil, de devenir Président. " Mais pourquoi, n'êtes-vous pas un cadre du parti et mieux son secrétaire général ? " Ça, c'est de la folie. Moi je suis sain d'esprit. " Voilà qui tranche avec les propos d'un Paramanga Yonli. Question de culture peut-être. Ses rapports avec le petit président que l'on soupçonne de vouloir le déstabiliser, Simon Compaoré en parle aussi avec une habileté politique certaine. Au total, un entretien qui ne dément pas la réputation de l'homme. Le maire de Ouagadougou affirme vouloir cultiver même dans l'action politique, une vertu : l'honnêteté et la bonne foi. Ce qui compte pour lui, c'est le jugement de l'histoire. Afin d'être présent au rendez-vous de l'histoire, il a un atout : la crainte obsessionnelle de la honte. Une interview passionnante !

Pourquoi avez-vous placé votre mandat sous le signe de la communication ?
On s'est rendu compte après nos deux premiers mandats, que beaucoup de gens n'étaient pas informés par rapport à certaines actions réalisées par la commune. On s'est dit que c'est parce que nous ne communiquions pas suffisamment ou on communiquait mal. Dans tous les cas, la conséquence est qu'il n'y avait pas de visibilité au niveau de notre action. Nous avons estimé que cet aspect de l'information et de la communication était extrêmement important. Nous avons décidé d'abord de faire en sorte que toutes nos discussions au niveau de l'instance délibérante qui est le conseil municipal puissent être suivies et mieux connues par les citoyens. D'où la nécessité qui a abouti à la création de la Radio municipale qui diffuse sur la bande FM 98.9. Nous avons organisé ensuite des journées bilans, des audiences publiques, de grandes assemblées générales avec le public sur le terrain sur certaines questions qui les intéressent, notamment les problèmes de lotissements.

Certains groupes de conseillers de l'opposition se plaignent qu'ils n'ont pas accès à la radio. La radio serait-elle la voix du maire et de son parti ?
La radio est là. Allez vérifier. Elle est ouverte même à celui qu'on ne connaît pas. Tout citoyen de la ville, s'il veut parler, critiquer notre action, il a la possibilité de s'exprimer sur les antennes de la radio municipale. Moi, je ne connais même pas vos jeunes confrères qui animent cette radio, j'ignore leur bord politique. J'aurais voulu que ces conseillers soient là. Moi je ne discute pas. Ils ne sont pas à Gorom-Gorom ou à Dori. C'est complètement de la contrevérité. Quand il y a une session, la radio vient, elle couvre, c'est tout. Elle travaille comme toutes les autres radios. Ils n'ont pas besoin d'être conseillers pour aller là-bas. N'importe quel citoyen peut avoir accès à cette radio, il n'y a pas de censure au niveau de cette radio. Vous pouvez demander au directeur de la radio.

Est-ce qu'au niveau des programmes, il y a un temps d'antenne réservé aux groupes politiques membres du conseil municipal ?
Ecoutez, ça ne me regarde pas. Ce n'est pas moi qui conçois les programmes. Ce n'est pas mon job. Allez demander au chef des programmes comment est décliné le programme. C'est lui le chef de programmes, il va vous dire s'il y a un programme pour les partis politiques. Mais je suis sûr qu'il va vous dire que c'est une radio communautaire. Ce qu'on recherche dans ce genre de radio, ce n'est pas des débats politiques. C'est une radio qui doit permettre aux citoyens bénéficiaires de notre action de dire ce que les maires font ou ne font pas, ce qui ne va pas. Dénoncer les actes qu'on aurait faits et qui ne seraient pas favorables à la population. Ou bien dire leur satisfaction par rapport à ce qui se fait. C'est open, c'est critiquer et proposer parce qu'il y en a aussi qui viennent avec des idées et qui les développent et nous devons capitaliser tout ça pour fortifier notre action sur le terrain. C'est ça l'objectif essentiel de la radio. Ce n'est pas pour couvrir les événements politiques ou les tralalas.

Comment avez-vous pris les critiques du groupe Yeelen sur votre bilan dans son dernier album?
Je n'ai pas écouté. Et même si j'avais écouté, il y a combien de gens qui critiquent mes actions dans ce pays ? Ces gens-là, ils me connaissent, ils connaissent la mairie. S'ils ont quelque chose à dire, ils peuvent venir. Il y a des gens qui ont demandé à me voir ici pour donner des critiques sur des actions que nous avons menées, pour dire leur compréhension des choses. Franchement, je n'étais pas d'accord avec eux, mais j'ai aimé leur démarche. Si quelqu'un a quelque chose à dire pour le bien de la ville et puis il va parler dans un tube, c'est son problème. C'est parce que vous ne connaissez pas mon programme. Je ne me laisse pas voler mon temps. Je fais la part entre l'accessoire et le principal. Ils ont critiqué, c'est leur droit, comme c'est mon droit aussi d'exposer ce qu'on a fait. Où est le mal ? Ils ne seront pas les premiers à critiquer ni les derniers à féliciter. Ainsi va la vie. Est-ce qu'il y a une spécificité, est-ce que c'est Yeelen seul qui critique ? Vous-même, vous critiquez. Est-ce que ça me pose problème ? Cela ne me pose pas problème. De temps en temps, vous écrivez dans votre journal sur ce que nous faisons. Vous dites des choses que je ne partage pas souvent, mais c'est votre droit. C'est aussi mon droit d'exister et d'agir en tant que maire, de faire ce que je veux faire, c'est tout.

On dit en ville que ce sont vos adversaires qui auraient financé l'album, notamment François Compaoré ?
Ça ne me regarde pas. Il ne faut pas donner de l'importance à cette histoire. Que ce soit quelqu'un qui a financé ou pas, ça ne me dit rien. Ça n'empêche pas Simon Compaoré de dormir, de travailler, de bouger sur le terrain. Moi je souhaite seulement être au rendez-vous de l'Histoire. Quand on va dire : ton mandat est terminé, qu'as-tu à dire? Que je puisse répondre la tête haute. Le programme sur lequel nous avons été élus s'intitule : Consolider les acquis des nouveaux chantiers de développement local. Nous sommes en train d'appliquer ce programme. C'est ça qui m'intéresse. Le reste, c'est du vent.

 

On dit aussi que vous êtes à votre dernier mandat. On vous donne même partant dans une ambassade avant la fin du mandat. Qu'en dites-vous ?
Mon dernier mandat ou pas, ce n'est pas leur problème. Est-ce que c'est eux qui m'ont dit de me présenter ? Simon a un nez gondolé, une tête cabossée, ce n'est pas ce qui intéresse la population. Simon a dit qu'avec son équipe, ils vont pouvoir faire de la voirie, de l'assainissement, des infrastructures, la propreté de la ville. Ils vont pouvoir faire un certain nombre de choses pour améliorer les conditions de vie des populations. C'est ça qui intéresse les gens. Mon avenir politique n'intéresse que moi. Et puis, si je meurs aujourd'hui, il y aura un autre maire pour continuer l'action. L'homme en lui-même n'est rien. Vous avez vu des gens qui estimaient qu'ils étaient le centre de l'univers. Ils sont partis oui ou non ? Nul n'est indispensable. Chacun apporte sa contribution, c'est tout. Comme c'est eux qui nomment les ambassadeurs, comme c'est eux les envoyés, moi, je les ai pas reçus pour le moment. Je ne fais qu'observer. Et je peux vous dire qu'ils ne sont pas encore arrivés à mon niveau.

On sait que dans votre parti, le CDP, les proches de François Compaoré sont intéressés par la mairie et qu'ils travaillent à vous faire remplacer par votre premier adjoint, M. Jean Christophe Ilboudo.
Vous voyez, ce n'est pas très honnête de parler comme ça. Moi j'aime parler toujours de ce que je sais. Ce que vous dites est inexact. Celui qui n'est pas dans la case ne peut pas savoir par où l'eau coule. Seul celui qui est dedans peut savoir. Nous sommes un parti au pouvoir, notre souci, c'est de faire en sorte que le programme du Président Blaise Compaoré soit réalisé.

Qui sera le candidat du CDP en 2010 à la présidentielle ?
D'abord, les questions ne se traitent pas de cette façon. Le candidat du CDP se détermine d'une façon que vous connaissez. Ce n'est pas Simon Compaoré en tant qu'individu qui choisit le candidat. Mais ce que vous voulez, vous le verrez. Vous êtes trop pressés. Vous allez vite en besogne, vous verrez le candidat. Ce qui est sûr, le CDP aura un seul candidat, pas deux.

Ça pourrait être Simon Compaoré ?
Ecoutez, soyons sérieux. C'est une question qui n'a pas de sens. Simon Compaoré n'a jamais rêvé, même dans son sommeil, de devenir Président.

Pourquoi ? Vous êtes quand même un cadre de votre parti ; mieux, son secrétaire général.
Ça, c'est de la folie. Moi je suis sain d'esprit. C'est vrai que quelque part, il y a des gens qui s'excitent, qui se lèvent comme des illuminés pour briguer un mandat présidentiel. N'est pas Président qui veut. La charge est tellement importante qu'il faut lui accorder l'importance qui sied. Etre président d'un pays, c'est pas du jeu. On doit être sérieux quand on aborde cette question. C'est pour ça que tous ceux qui se présentent sont des gens qui ont mûrement réfléchi et qui pensent que leur carapace leur permet effectivement de diriger. Moi je ne suis pas Andry Rajoelina (l'ex-maire d'Antananarivo). Lui, il a pété les plombs.

Vous n'avez pas les compétences pour prétendre diriger ce pays, malgré votre expérience en tant que maire de la capitale ?
D'abord, même si ça se donnait, quand on prend l'habit, on regarde ta morphologie avant de te donner l'habit. Je veux dire que le peuple ne donne pas sa voix à n'importe qui. On peut s'exciter dans son quartier. Moi je suis au secteur 9. S'il y a des compétitions à ma taille, au niveau de la ville, je peux m'exciter, mais quand ça dépasse ce niveau, je suis incompétent.

Alors quelles sont les qualités d'un candidat idéal, selon vous ?
Le candidat idéal, c'est celui qui a les capacités de manager, de diriger. Peut-être qu'ils sont nombreux, mais vous savez que dans la classe, il y a toujours de bons élèves, et parmi eux, on finit par trouver le meilleur. Je pense que vous posez la question juste pour les commodités de la conversation. Même le dernier militant dans notre parti, si vous lui demandez qui sera notre candidat, il ne va pas hésiter à vous dire son nom. En tout cas, il a son idée. Mais le scoop que vous essayez d'obtenir, vous ne l'aurez pas avec moi. Je garde mon scoop. Vous savez ce que je pense, vous lisez à travers les lignes.

Vous voulez dire que c'est Blaise Compaoré ?
Comme vous le dites, si c'est Blaise Compaoré, où est le problème ?

Comment se porte Simon Compaoré politiquement aujourd'hui ?
Quand vous êtes rentré, est-ce que vous avez vu un type triste, qui est assis, qui n'est pas là, vous causez avec lui et vous sentez qu'il n'est pas là, voyez que je rigole. Physiquement, je peux être diminué parce que quand on avance en âge, on a des petits bobos. Mis à part ça, je suis sain d'esprit, mes neurones fonctionnent, j'ai une capacité de jugement. Je viens d'être opéré du genou, mais si on sort tout de suite, malgré votre jeunesse, vous risquez de ne pas pouvoir me suivre. Politiquement, je n'ai pas de problème. Comme on dit, savoir qui cultive plus que qui ne se discute pas pendant la saison pluvieuse. Pendant la saison sèche, on peut pinailler puisqu'il n'y a pas de champ pour cultiver. Sachez seulement que pour moi, ce n'est pas la parole car il y a beaucoup qui savent très bien parler, qui ont la capacité de galvaniser les gens, mais ces qualités à elles seules ne vous assurent de rien. En plus de ces qualités, il faut être quelqu'un qui a la capacité sur le terrain d'aller dans le sens du concret. Comme disait un grand penseur, la pratique est le seul critère de vérité.

Comment expliquez vous la percée de l'opposition à Ouagadougou ? N'est -ce pas un signe du recul du CDP dans la capitale ?
Vous n'intégrez pas les changements. C'est vrai qu'il y a des prédispositions des forces politiques sur le terrain. Les forces politiques qui étaient là dans les années 1990 ne sont pas totalement les mêmes que celles qui existent aujourd'hui. Même s'il y en a qui existent toujours, le format a changé. Il y a des gens qui ont fusionné, il y en a qui se sont divisés.
Donc perpétuellement, le paysage politique se redessine et par rapport à ça également, les reformes évoluent. Si vous prenez les résultats des élections législatives passées, si c'était un système majoritaire simple, le CDP prenait tout. Si c'était aussi la proportionnelle à la plus forte moyenne, on gagnait. Nous avons tout calculé.

Peut-on s'attendre à vous voir à l'Assemblée nationale après votre mandat en 2011 ?
Nous sommes un parti organisé. On ne se lève pas pour dire, je veux être député. C'est le parti qui fait ses listes. Encore faut-il être sur une liste pour être maire. Mais je ne fuis pas la question. Effectivement, je me suis fait élire au moins à deux reprises et je n'ai pas siégé. C'est un choix aussi du parti. Mon choix ne compte pas tellement. Je ne suis pas un outsider. J'ai décidé d'être dans une organisation qui est disciplinée. C'est en fonction de ce que pense le parti, ce qui est bon pour le parti qu'on souhaite que tu sois à tel niveau. Je n'ai pas de préférence. Partout où on me met, j'essaierai de faire ce que je peux faire. Je considère cela comme des missions.

Salif Diallo a dit que le CDP n'a pas encore secrété quelqu'un pour vous remplacer à la mairie. Peut-on s'attendre à ce que vous restiez encore à la tête de la commune?
Je pense que vous avez dû comprendre ce qu'il a voulu dire. Sinon, je vous ai dit que les cimetières sont pleins d'hommes indispensables. Si aujourd'hui, je ne suis plus là, Ouagadougou ne va pas cesser de bouger. C'est ceux qui pensent comme ça qui font la grosse tête et qui finissent par éclater. Moi je suis réaliste et j'ai les pieds sur terre.

Que fera alors Simon Compaoré après 2011 ?
Ce n'est pas une préoccupation pour moi. Je vais vous dire très honnêtement et c'est du fond de moi-même. Mon gros souci aujourd'hui, c'est comment arriver en 2011 avec une quantité d'éléments réalisés qui puissent amener vous-même, même si vous ne m'aimez pas, à dire que l'équipe de Simon a fait un travail formidable, le CDP a mis une équipe gagnante. En ce moment, je serai peut-être à la retraite, mais avec plein de satisfaction.

Quelles sont vos relations avec François Compaoré ?
Nous avons de très bonnes relations.

Est-ce que vous vous voyez souvent?
Il est surbouqué. Moi je sais qu'il travaille beaucoup. Il a beaucoup de sollicitations. C'est à son honneur. Moi aussi, en tant que maire, vous voyez comment je suis au four et au moulin. Chacun essaie de faire ce qu'il doit faire. Mais de temps à autres, on se voit. Il est militant CDP, moi je suis militant du CDP. Il Travaille pour consolider les bases du parti, pour faire en sorte que le parti puisse appuyer le programme du président Blaise Compaoré. Moi je fais pareil. Où est le problème ?

Les gens disent qu'il travaille à vous enlever de la mairie.
Ce sont des gens qui racontent ce qu'ils veulent. C'est faux. Dans ce pays là, si vous n'êtes pas mûr, vous ne pouvez pas aller loin. Il faut avoir un cœur solide. Sinon votre cœur peut céder. Une certaine presse a même écrit que le président m'a giflé. On m'a posé la question l'autre jour lors du tchat que l'observateur a organisé. Est-ce que ça, ce sont des questions sérieuses ? Je veux qu'on se base sur des choses vraiment sérieuses.

Il n'y a pas de nuages entre vous ?
Quel nuage ? Ce sont des gens qui veulent faire un décor qui n'existe pas. Mais est-ce qu'on peut les empêcher ? Ils n'ont qu'à continuer.

Mais pourquoi c'est vous qu'on dit avoir des problèmes avec François et pas Roch ou Achille Tapsoba ?
Allez-y leur demander. Vous savez les gens peuvent aller dire à votre femme que quand vous sortez, vous parlez mal d'elle. Juste pour vous casser le moral. Ceux qui écrivent veulent induire les gens en erreur. Parce que ce sont des gens qui essaient de se chatouiller pour rire. Mais ça n'a aucune importance pour moi. Je n'accorderai même pas une minute à ça. Quand je vois ça dans un journal, ça me fait rire.

On a dit par rapport au bitumage de la voie qui passe devant le domicile de François Compaoré, que c'était une façon pour vous de vous rapprocher de lui.
C'est minable. Ce sont des gens petits d'esprit. Au cours d'une conférence de presse, on m'a posé la question sur la route et j'ai donné l'historique. Je n'ai pas besoin de faire quoi que ce soit pour me rapprocher de François Compaoré. Je vous ai cité ce qui nous lie. Nous avons une volonté commune de travailler derrière le président pour qu'il puisse réaliser son programme. En dehors du fait que nous devons travailler ensemble, nous avons de très bons rapports. Vous voulez que je dise tout ? Non, je ne vais pas vous dire tout. Le temps va montrer à ces gens qu'ils font fausse route. Je ne vais pas mettre toute mon énergie à faire un truc inutile. Quelques fois même, je pense que c'est un piège qu'ils nous tendent. Les gens savent qu'on est au pouvoir et ils nous guettent. Si vous les suivez, vous allez tomber. Encore une fois de plus, c'est l'action qui compte. Et quand arrive l'heure, il faut que vous puissiez montrer patte blanche. Si vous faites comme si vous n'êtes pas au pouvoir, en passant votre temps à des querelles byzantines qui vous épuisent, vos détracteurs seront très contents. Puisque pendant ce temps, vous ne faites rien pour les populations. Mais nous sommes vigilants, nous n'allons pas tomber dans le piège.

Donc vous ne croyiez même pas que ce soit François Compaoré qui ait commandé le morceau de Yeleen sur votre bilan ?
Franchement, quel intérêt François a à financer Yeleen sur des choses pareilles? Moi, je n'ai pas écouté, mais il faut laisser François tranquille. Il en a déjà assez sur la tête par rapport à ce qui a été dit sur lui et qui ne colle pas avec le terrain. Il ne faut pas en rajouter. Il y a des choses que je connais et que vous ne connaissez pas. Vous n'allez jamais connaître ça aussi. Ce que je peux vous dire, c'est que vous êtes dans le décor. Je n'ai pas de problème avec François Compaoré. Il n'a pas de problème avec moi. Quand je veux le rencontrer, on se rencontre. Il n'y a absolument pas de problème entre nous.

Donc, il n'y a aucun nuage entre vous ?
Pourquoi vous insistez comme ça ? C'est diabolique ça. On n'a pas de rapports conflictuels. Je dois même le remercier par rapport à ce qu'il fait pour moi dans l'entretien de la ville.

Qu'est-ce qu'il vous a apporté ?
Je retiens par exemple que le jour où les gens sont sortis casser les feux, détruire le mobilier urbain, ce jour-là, François m'a appelé pour dire qu'il sait ce que nous faisons sur le terrain avec mes hommes pour défendre les feux tricolores. Il m'a apporté ses encouragements, son soutien. Et il a dit qu'on va contenir ces machins et aller de l'avant. Quand vous passez toute la journée à lutter contre les hooligans, c'est comme ça que je les appelle, et que quelqu'un qui sait que vous êtes dans l'action vous appelle pour vous encourager, ça n'a pas de prix. J'étais très réconforté ce jour-là. Et ce n'est pas la première fois. Il a fait beaucoup de choses qui me font dire que même quand je serai dans la pire des difficultés, il fait partie de ceux auprès de qui je peux avoir un appui.

Le CDP sans Salif Diallo et peut-être bientôt sans Simon Compaoré aux commandes, ça risque de ne plus être le Touk guilli. Qu'en pensez vous ?
J'ai répondu en partie à cette question sans que vous ne me posiez la question. Les individus passent, le parti reste. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'à la tête d'un parti, il faut que ce soit toujours les mêmes. Il faut aussi créer une capacité de renouvellement des cadres du parti. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut brûler les vieilles marmites. Parce que comme on le dit, quelques fois, les vieilles marmites peuvent faire de la bonne sauce. La particularité de notre parti, c'est d'avoir en son sein beaucoup de gens. Il y a des gens qui ne sont pas connus et qui ont des capacités politiques et scientifiques et qui sont utiles. Vous savez pourquoi nous avons mis en place une commission ad hoc pour la gestion des cadres ? C'est parce que nous faisons notre mea culpa. On a fait des erreurs dans la gestion des cadres. C'est-à-dire savoir utiliser les compétences qu'on a, là où ils peuvent être utiles. Il y a eu des insuffisances à ce niveau. Par exemple, quand un camarade quitte un poste, il n'a pas volé, il n'a pas péché, il n'a pas été médiocre. Ce camarade a une expérience que le parti peut utiliser à d'autres niveaux pour lui faire comprendre qu'on a toujours besoin de lui. Si c'est quelqu'un qui a volé et qui a été remercié, il n'y a pas de problème. Ça veut dire que la confiance entre lui et le parti est entamée. Il y a des gens qui n'aiment pas parler beaucoup. Quand ils sont dans cette situation, ils attendent qu'on leur jette un coup d'œil. Il y a des gens fougueux aussi. Cette commission a travaillé et a fait des propositions sur lesquelles nous allons réfléchir pour améliorer la gestion des cadres du parti.

Le délai que vous avez donné aux propriétaires des chambres closes pour fermer expire en avril. Ce délai tient-il toujours ? Et qu'allez-vous faire après ce délai ?
La semaine dernière, j'ai lu le rapport de la commission affaires générales qui pilote l'opération. Le président m'a fait le point de tout ce qui a été fait jusqu'à présent. Je lui ai dit tout simplement qu'il se met avec la direction des affaires juridiques et du contentieux pour être sûr que nous sommes dans la légalité. Je comptais sur le retour du document pour convoquer une conférence de presse.

Quelle est la conclusion générale de ce rapport ?
Pour vous amener à venir à cette conférence je ne vous donnerai pas. Je vous tiens. J'ai des informations. Vous aurez l'invitation officiellement. Je profite vous dire que L'Evénement répond rarement à mes invitations de points de presse. J'espère que désormais, vous nous accorderez un peu de votre temps.

En lisant votre bilan, on se rend compte qu'il y a 29% de licenciements et 26% de démissions. Notre confrère JJ a même parlé d'hémorragie par rapport à ces départs. Qu'est ce qui explique tout cela ?
C'est un peu de la désinformation. Refaites le calcul, ce qu'ils ont dit, c'est faux et ce n'est pas sain. Sur ces départs, il y a 33% qui sont partis à la retraite. 26% de licenciements. On a expliqué aussi pourquoi ces gens ont été licenciés. Ça veut dire qu'on ne plaisante pas. Il y a des gens qui font du faux au niveau de l'état civil. C'est la bonne gouvernance aussi qui recommande qu'il y ait quelqu'un qui tourne pour voir comment les agents travaillent. On a démantelé des réseaux. Si on les prend, je ne suis pas de ceux-là qui voient qu'un agent a commis une faute lourde et grave et qui l'affectent ailleurs. Chez moi, il est rayé des effectifs. A la police municipale, on a pris des gens et ils ont été déshabillés du corps. Ce sont des gens qui ont commis des fautes pour lesquelles la rigueur devait être de mise. Mais on n'en parle pas. J'ai même critiqué certaines associations qui critiquent la mal gouvernance. Je dis, mais au moins quand vous voyez qu'il y a des gens qui font des efforts, il faut le féliciter. J'ai assisté à des débats et j'en ai parlé. Mais les gens choisissent ce qui les intéresse, c'est ça aussi la réalité. Les gens savent qu'à la mairie, si tu commets un forfait, avec le maire, il n' y a pas de demi mesure. La première personne que j'ai renvoyée, c'est une secrétaire. Je ne l'ai pas licenciée. Je l'ai renvoyée parce que c'est un agent de l'Etat. J'ai fait un rapport à son ministre pour dire que de tels agents n'ont pas leur place au sein de la Fonction publique. Je lui ai permis simplement d'ouvrir le tiroir pour prendre son sac. Ce que je lui reprochais, c'est de prendre l'argent avec les gens pour venir taper des documents pour eux. Quelqu'un l'a dénoncée. Quand j'ai vérifié, c'était clair et net. Les démissions, c'est 26%. L'honnêteté intellectuelle devait conduire le journal qui nous critique à faire la part des choses et donner le contexte de ces démissions. Tirez ça de son contexte, vous voyez l'utilisation qu'on en fait. Les départs là, c'est normal. Les gens qui partent à la retraite, c'est normal. Ils sont au bout de la course. Il y a des décès. Il y a des gens qui passent les concours. Ils sont admis ici. Pendant ce temps, ils ont passé un autre concours. Ils sont admis là bas. Ils choisissent même ayant déjà commencé ici. Est-ce qu'il y a un mal en cela ? Est-ce qu'on peut dire que les gens vident la mairie parce que la mairie est invivable ? On a envoyé des gens en France pour les former et qui maintenant évoluent dans de grands organismes. Où est le problème? Dans tout ce qu'on a exposé dans notre bilan, des kilomètres qu'on a bitumés, des caniveaux qu'on a réalisés, des écoles, des lycées qu'on a construits…, ce sont ces départs de 26 personnes sur 100 et qui ont aussi leur explication qui intéressent certains, on se demande ce qu'ils poursuivent dans ça.

Quelle a été votre plus grande déception dans votre carrière politique et de gestionnaire ?
Ce sont les événements de 1998 et récemment en 2008 quand des gens, sous le prétexte de la vie chère, sont sortis casser tout dans la ville. Quand vous voyez que les services de l'Etat font de gros efforts, que les partenaires font de gros efforts et qu'on voit en 24h tout partir en fumée, on se dit : quelle bêtise humaine. En tout cas, ces deux événements m'ont marqués et je ne peux pas oublier. L'autre événement non moins important, c'est le décès de Norbert Zongo où j'étais accusé gratuitement avec d'autres personnalités. Vous savez pourquoi Pierre Bérégovoy, l'ex-Premier ministre français s'est tiré une balle dans la tête? C'est l'accusation gratuite.

Vous avez pensé aussi à vous suicider?
Non. Mais il vous arrive dans la vie, face à certaines situations, l'accusation gratuite par exemple, de pensez à tout, même au suicide. Vous savez pourquoi Bérégovoy s'est tiré une balle dans la tête ? Ce n'est pas quelqu'un qui a fait de grandes études. Sur l'histoire du prêt dont il a été accusé, on l'a poussé jusqu'au bout. La presse l'a persécuté. Il s'est dit, je n'en peux plus, il s'est tiré une balle dans la tête. Quand Mitterrand est arrivé, il a dit : les chiens l'ont jeté en pâture. Poussé à l'extrême, on peut poser des actes que l'opinion n'arrive pas à comprendre. Qu'est-ce que moi j'ai à gagner en attentant à la vie d'un journaliste que j'ai connu avant ceux qui bavardent ? On a fait le Cours normal de Koudougou ensemble. On se connaissait.

Quels étaient vos rapports quand il est devenu journaliste ?
Il était journaliste et il écrivait. Il est venu me voir même au siège du parti. A l'époque le siège était situé là où il y a la radio Jeunesse. Il écrivait sur plusieurs sujets qui me concernent en tant que responsable, par exemple la Caisse générale de péréquation (CGP). Un jour, il a écrit aussi sur le marché. Il a dit que je suis rentré dans le marché et les gens m'ont chassé. Quand on s'est rencontré, je lui ai dit en plaisantant : tu as failli faire mourir mon papa, il est très âgé. Il ne faut plus faire des choses comme ça. On a rigolé. Quand j'ai pris la mairie, on en a parlé une fois et il m'a dit que la mairie ne l'intéresse pas parce qu'il a d'autres choses, des institutions plus importantes qui l'intéressaient plus. Je sais ce qu'on a fait ensemble. Après le 15 Octobre 1987, il y a eu des débats. Lui et moi avons discuté d'un thème sur le capitalisme d'Etat. On se connaissait. Il écrivait avec son ton à lui. Moi, ça ne m'a pas surpris parce que je le connaissait bien avant. Il y a eu une dame (paix à son âme) qui est allé le voir avec un dossier qui m'accablait. Elle travaillait à la CGP. C'était une gangster. Elle est partie voir Norbert quand il était à Sidwaya pour qu'on publie pour me décapiter. Norbert est venu vérifier et il a trouvé que ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait publier. Pas parce qu'il me connaissait, il a vu que la dame avait une animosité vis-à-vis de moi et que c'était complètement faux. Il m'a dit : tu vois que j'aurais pu balancer ça, mais je ne l'ai pas fait parce que ce ne serait pas sérieux. Je l'ai remercié.

Quelles appréciations faites-vous sur le travail que Norbert faisait ?
C'était un journaliste qui faisait de l'investigation et l'investigation dérange celui qui a des problèmes. Moi, ça ne me dérange pas. Mais, il faut faire l'investigation qui mérite d'être faite. C'est-à-dire quand quelqu'un va raconter sur la construction du siège de la mairie par rapport à des éléments de la Cour des comptes et qui a la possibilité de venir me voir pour comprendre et qui veut qu'on lui montre des pièces, ça je suis parfaitement d'accord.

Comment vous appréciez aujourd'hui le travail des journalistes par rapport à ce que Norbert faisait ?
Il y a des gens qui tentent de faire comme lui, mais tout le monde ne peut pas être comme lui. Il y a des apprentis investigateurs. Parce qu'ils ne font pas de l'investigation. Faire de l'investigation, c'est savoir être patient. Quand tu n'as pas encore atteint la moelle, ne t'excite pas à balancer des choses. Je pense aussi que c'est une question d'approche et de formation. C'est pour ça, quand les gens crient sur la dépénalisation du délit de presse, moi je suis sceptique. Vous êtes assis avec votre honnêteté, on dit que vous avez volé. Vous voyez ça dans la presse. Regardez la charge émotionnelle pour vous et tous ceux qui vous connaissent. On vous regarde maintenant comme un voleur. Or, vous n'y êtes pour rien. Mais parce que quelqu'un est parti dire que vous avez volé sans chercher à vérifier. Quand quelqu'un fait ça, il salit ton honneur. L'honneur ne s'achète pas.

Avez-vous retiré la plainte contre le Collectif sur l'affaire des autocollants de RSF ?
J'ai déjà répondu à ça lors des vœux que j'ai présentés aux journalistes. J'ai posé la plainte pour que les gens sachent désormais qu'on ne doit pas poser des actes non autorisés dans la ville. Quand les gens disent qu'on veut envoyer les gens en prison, quel intérêt moi j'ai à ce que les gens soient envoyés en prison ? Qu'est-ce que ça me rapporte ? Zéro. Ensuite, ce n'est pas pour demander de l'argent. Je ne suis pas de ceux qui profitent de ce genre de choses pour se faire de l'argent.

Donc vous avez porté la plainte pour la pédagogie ?
Absolument ! D'ailleurs moi, je suis déjà satisfait que certains reconnaissent que ce n'était pas autorisé. Ce n'est pas normal de coller ces choses sur des trucs essentiels. Quand on dit qu'il n'y a pas eu de destructions, allez y voir les plaques, on a gratté et on ne voit pas certaines écritures. Ce monsieur de Reporters sans frontière, il est a Paris. Il n'a qu'à aller à l'avenue de la Nation là bas mettre ces choses et voir si la police va le laisser. Il prend notre ville comme une ville bananière ou quoi ?
Tous ces gens qui s'excitent par rapport au dossier Norbert Zongo, il y en a qui ne le connaissent pas autant que moi.

Monsieur le maire, à quand une rue Norbert Zongo à Ouagadougou ?
On a mis avenue Thomas Sankara. Qui nous a demandé de le faire ? Chaque chose a son temps.

Il est possible qu'un jour il y ait une rue Norbert Zongo à Ouagadougou sous le mandat de Simon Compaoré ?
Mais pas sous la pression de quelqu'un. Cette façon de faire, ce n'est pas bon. Ça ne peut pas amener les gens à travailler sereinement et à faire ce qu'ils doivent faire. Je refuse d'agir sous la pression. Tout est possible. Il y a des milliers de gens que je ne connais pas et qui ont posé des actes. Il n'y a pas d'ostracisme dans cette affaire. On a donné des rues à des gens qui sont de différentes obédiences.
Vous avez changé l'avenue Che Guevara pour donner l'avenue au Mogho Naba Zombré, pourquoi ? Le Che ne représente rien pour vous ?
Il y a une histoire aussi à cela. La chose la plus correcte qu'on puisse faire, c'est d'amener le peuple à vous suivre. Ce n'est pas en amenant des noms de l'extérieur que vous pouvez cultiver ce qu'on appelait dans le temps, l'internationalisme prolétarien. Il y avait un hiatus. Pas qu'on ait honoré des gens qui ne le méritaient pas. Mais quand vous faites ça, vous occultez votre propre histoire. Ce n'est pas bon pour la postérité. Même ceux qui parlent, il y en a parmi eux qui sont des anticommunistes invétérés. Ils ne voulaient même pas entendre parler de ces noms. C'est comme si on les piquait. On a suffisamment restructuré les choses. C'est une équipe pluridisciplinaire qui a travaillé sur ça. On peut accuser tout le monde, mais des gens comme Me Passéré Titenga,vous allez l'accuser de quoi ?

On l'accuse de vouloir "mossifier" la ville de Ouagadougou.
Ces gens nient l'histoire. Pourquoi ? Moi, je suis de Ouagadougou. Mon père et mon grand-père sont de Ouagadougou. Mais j'étais incapable de donner suffisamment d'éléments sur la ville. C'est pourquoi, j'ai demandé qu'on fasse des recherches et qu'on écrive. Si vous prenez ce document, vous allez dire qu'on a mossifié la ville de Ouagdougou? Non, on a raconté l'histoire de Ouagadougou. Comment elle a été créée. Quels ont été les protagonistes, les luttes entre clans, les luttes contre le colon. Le colon n'a pas voulu écrire sur ça. Quand on va écrire sur la ville de Bobo, on ne peut pas aller raconter des trucs de Mogho Naba Ouobgo à la place de Guimbi Ouattara. C'est l'histoire. Quand vous regardez les rues, vous devez pouvoir lire l'histoire de cette ville. Me Passeré a fait des propositions de gens qui ne sont pas mossi.

Mais ils ne sont pas nombreux.
Ça c'est normal. Comment vous allez partir à Dori qui a son histoire et vous trouvez que 90% des rues portent des noms mossi, pourtant, c'est une zone peuplée à 90% de Peulhs. Vous travestissez l'histoire. Ici, il y a des rues qui portent des noms de gens qui ne sont pas de la zone. Les gens qui ont joué un rôle important dans l'histoire du pays, nous sommes en train de les honorer.

C'est ainsi donc qu'une des rues et le terrain omnisport de Gounghin portent votre nom ?
Cela a fait l'objet de débats. On n'a pas demandé mon avis. Ma rue, c'est ce que je suis en train de faire sur le terrain. L'histoire retiendra si j'ai été un piètre maire ou un maire qui s'est dévoué et qu'on ne peut pas taxer d'avoir été un paresseux. Quand on a arrêté dans le document, je n'ai pas vu. On a adopté des milliers de noms. On a fait confiance à la commission et on a adopté. C'est quand ils ont fait les plaques que j'ai vu mon nom. En ce moment, c'était déjà adopté. Je leur ai même dit que les gens vont penser que c'est moi qui veut faire ma propre publicité. Ma publicité, c'est ce que je suis en train de faire. On dit que je suis CDR [sous la révolution, un agent des comités révolutionnaire connus pour leur fougue]. Je m'en fou. Pourvu que les actions soient de nature à laisser quelque chose sur le terrain. Maintenant pour le terrain, c'est dans mon quartier. Je suis né là bas. C'est un endroit où les gens venaient déposer des ordures. Je suis à deux pas de là bas. On avait nos réunions justes à côté. En tant que maire, j'ai vu que ce n'est pas normal. J'ai dit aux conseillers du secteur, et je leur ai dit : il faut qu'on fasse quelque chose. Il n'y avait pas de moyens. Nous nous sommes organisés pour voir les opérateurs économiques du secteur et aussi d'autres secteurs. Il y en a qui nous ont appuyé. La mairie n'a pas mis un sous dedans. Après, les conseillers et des anciens du secteur se sont réunis pour arrêter le nom de baptême à mon absence. Je me suis opposé. Ils ont dit alors qu'ils vont mettre le nom de mon papa. J'ai dit que mon père n'a pas besoin de ça. Parce que Dieu lui a donné une longue vie. Il est mort à 113 ans. Je ne veux pas qu'à cause de ce truc, quelqu'un vienne à lui manquer du respect. Ils ont dit que soit c'est l'un ou l'autre. Comme il y avait les anciens dedans, je n'ai pas voulu tirer trop loin. Je sais pourquoi ils tenaient à ça. Parce que c'est moi qui ai porté 90% des initiatives. Mais franchement, ce n'est pas avec mon accord.

Au temps fort du Collectif, vous avez eu des relations tendues avec son président d'alors, Me Halidou Ouédraogo. C'était aussi votre voisin de quartier. Quels sont vos rapports aujourd'hui ?
C'est du domaine de l'histoire. Nous nous sommes réconciliés. Nous avons de bons rapports. Les gens étaient étonnés de nous voir nous saluer et discuter. Pendant sa maladie, je suis allé à l'hôpital trouver qu'il était déjà parti. A Paris, j'ai vu sa femme et je lui ai dit de transmettre à son mari mes souhaits de prompt rétablissement. Quand il est revenu, je suis allé chez lui et malgré son état, il m'a raccompagné jusqu'à la porte. Lui aussi, il a fait pareil quand j'ai été opéré du genou. Il m'a contacté pour s'enquérir de mon état de santé. L'ayant connu, je regrette qu'il soit affaibli de la sorte et ça donne à réfléchir. Dans la vie, il faut savoir faire la part des choses, même si vous avez eu des problèmes. Je n'ai pas de problème aujourd'hui avec Halidou Ouédraogo. Je souhaite simplement que Dieu continue de l'assister dans sa situation et que tous ceux qui lui ont apporté secours en soient remerciés. Aujourd'hui, il y a beaucoup de mieux, mais il reste un peu handicapé.


Interview réalisée par
Idrissa Barry et Moussa Zongo

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mars 2009