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Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré
Par Moussa Zongo
Connu pour ne pas donner dans la langue de bois, Simon
Compaoré est en effet, comme vous le constaterez, un
adepte du style direct. Dans l'entretien qui va suivre, il
n'a esquivé aucune de nos questions : la gestion des
hommes à la commune, la monopolisation de la radio
municipale, la mossification de la ville à travers
l'adressage des rues, la rue Simon Compaoré, symbole
de la personnalisation du pouvoir, la plainte contre le Collectif
contre l'impunité, les chambres de passe etc.. A toutes
ces questions, le bourgmestre a répondu sans détour.
Simon Compaoré est devenu au fil du temps une véritable
icône politique nationale. Avec un bilan très
flatteur dans la gestion de la ville de Ouagadougou, est-il
possible qu'il soit un jour le candidat de son parti à
la présidence du Faso ? " Ecoutez, soyons sérieux.
C'est une question qui n'a pas de sens. Simon Compaoré
n'a jamais rêvé, même dans son sommeil,
de devenir Président. " Mais pourquoi, n'êtes-vous
pas un cadre du parti et mieux son secrétaire général
? " Ça, c'est de la folie. Moi je suis sain d'esprit.
" Voilà qui tranche avec les propos d'un Paramanga
Yonli. Question de culture peut-être. Ses rapports avec
le petit président que l'on soupçonne de vouloir
le déstabiliser, Simon Compaoré en parle aussi
avec une habileté politique certaine. Au total, un
entretien qui ne dément pas la réputation de
l'homme. Le maire de Ouagadougou affirme vouloir cultiver
même dans l'action politique, une vertu : l'honnêteté
et la bonne foi. Ce qui compte pour lui, c'est le jugement
de l'histoire. Afin d'être présent au rendez-vous
de l'histoire, il a un atout : la crainte obsessionnelle de
la honte. Une interview passionnante !
Pourquoi avez-vous placé votre mandat sous le signe
de la communication ?
On s'est rendu compte après nos deux premiers mandats,
que beaucoup de gens n'étaient pas informés
par rapport à certaines actions réalisées
par la commune. On s'est dit que c'est parce que nous ne communiquions
pas suffisamment ou on communiquait mal. Dans tous les cas,
la conséquence est qu'il n'y avait pas de visibilité
au niveau de notre action. Nous avons estimé que cet
aspect de l'information et de la communication était
extrêmement important. Nous avons décidé
d'abord de faire en sorte que toutes nos discussions au niveau
de l'instance délibérante qui est le conseil
municipal puissent être suivies et mieux connues par
les citoyens. D'où la nécessité qui a
abouti à la création de la Radio municipale
qui diffuse sur la bande FM 98.9. Nous avons organisé
ensuite des journées bilans, des audiences publiques,
de grandes assemblées générales avec
le public sur le terrain sur certaines questions qui les intéressent,
notamment les problèmes de lotissements.
Certains groupes de conseillers de l'opposition se plaignent
qu'ils n'ont pas accès à la radio. La radio
serait-elle la voix du maire et de son parti ?
La radio est là. Allez vérifier. Elle est ouverte
même à celui qu'on ne connaît pas. Tout
citoyen de la ville, s'il veut parler, critiquer notre action,
il a la possibilité de s'exprimer sur les antennes
de la radio municipale. Moi, je ne connais même pas
vos jeunes confrères qui animent cette radio, j'ignore
leur bord politique. J'aurais voulu que ces conseillers soient
là. Moi je ne discute pas. Ils ne sont pas à
Gorom-Gorom ou à Dori. C'est complètement de
la contrevérité. Quand il y a une session, la
radio vient, elle couvre, c'est tout. Elle travaille comme
toutes les autres radios. Ils n'ont pas besoin d'être
conseillers pour aller là-bas. N'importe quel citoyen
peut avoir accès à cette radio, il n'y a pas
de censure au niveau de cette radio. Vous pouvez demander
au directeur de la radio.
Est-ce qu'au niveau des programmes, il y a un temps d'antenne
réservé aux groupes politiques membres du conseil
municipal ?
Ecoutez, ça ne me regarde pas. Ce n'est pas moi qui
conçois les programmes. Ce n'est pas mon job. Allez
demander au chef des programmes comment est décliné
le programme. C'est lui le chef de programmes, il va vous
dire s'il y a un programme pour les partis politiques. Mais
je suis sûr qu'il va vous dire que c'est une radio communautaire.
Ce qu'on recherche dans ce genre de radio, ce n'est pas des
débats politiques. C'est une radio qui doit permettre
aux citoyens bénéficiaires de notre action de
dire ce que les maires font ou ne font pas, ce qui ne va pas.
Dénoncer les actes qu'on aurait faits et qui ne seraient
pas favorables à la population. Ou bien dire leur satisfaction
par rapport à ce qui se fait. C'est open, c'est critiquer
et proposer parce qu'il y en a aussi qui viennent avec des
idées et qui les développent et nous devons
capitaliser tout ça pour fortifier notre action sur
le terrain. C'est ça l'objectif essentiel de la radio.
Ce n'est pas pour couvrir les événements politiques
ou les tralalas.
Comment avez-vous pris les critiques du groupe Yeelen
sur votre bilan dans son dernier album?
Je n'ai pas écouté. Et même si j'avais
écouté, il y a combien de gens qui critiquent
mes actions dans ce pays ? Ces gens-là, ils me connaissent,
ils connaissent la mairie. S'ils ont quelque chose à
dire, ils peuvent venir. Il y a des gens qui ont demandé
à me voir ici pour donner des critiques sur des actions
que nous avons menées, pour dire leur compréhension
des choses. Franchement, je n'étais pas d'accord avec
eux, mais j'ai aimé leur démarche. Si quelqu'un
a quelque chose à dire pour le bien de la ville et
puis il va parler dans un tube, c'est son problème.
C'est parce que vous ne connaissez pas mon programme. Je ne
me laisse pas voler mon temps. Je fais la part entre l'accessoire
et le principal. Ils ont critiqué, c'est leur droit,
comme c'est mon droit aussi d'exposer ce qu'on a fait. Où
est le mal ? Ils ne seront pas les premiers à critiquer
ni les derniers à féliciter. Ainsi va la vie.
Est-ce qu'il y a une spécificité, est-ce que
c'est Yeelen seul qui critique ? Vous-même, vous critiquez.
Est-ce que ça me pose problème ? Cela ne me
pose pas problème. De temps en temps, vous écrivez
dans votre journal sur ce que nous faisons. Vous dites des
choses que je ne partage pas souvent, mais c'est votre droit.
C'est aussi mon droit d'exister et d'agir en tant que maire,
de faire ce que je veux faire, c'est tout.
On dit en ville que ce sont vos adversaires qui auraient
financé l'album, notamment François Compaoré
?
Ça ne me regarde pas. Il ne faut pas donner de l'importance
à cette histoire. Que ce soit quelqu'un qui a financé
ou pas, ça ne me dit rien. Ça n'empêche
pas Simon Compaoré de dormir, de travailler, de bouger
sur le terrain. Moi je souhaite seulement être au rendez-vous
de l'Histoire. Quand on va dire : ton mandat est terminé,
qu'as-tu à dire? Que je puisse répondre la tête
haute. Le programme sur lequel nous avons été
élus s'intitule : Consolider les acquis des nouveaux
chantiers de développement local. Nous sommes en train
d'appliquer ce programme. C'est ça qui m'intéresse.
Le reste, c'est du vent.
On dit aussi que vous êtes à votre dernier
mandat. On vous donne même partant dans une ambassade
avant la fin du mandat. Qu'en dites-vous ?
Mon dernier mandat ou pas, ce n'est pas leur problème.
Est-ce que c'est eux qui m'ont dit de me présenter
? Simon a un nez gondolé, une tête cabossée,
ce n'est pas ce qui intéresse la population. Simon
a dit qu'avec son équipe, ils vont pouvoir faire de
la voirie, de l'assainissement, des infrastructures, la propreté
de la ville. Ils vont pouvoir faire un certain nombre de choses
pour améliorer les conditions de vie des populations.
C'est ça qui intéresse les gens. Mon avenir
politique n'intéresse que moi. Et puis, si je meurs
aujourd'hui, il y aura un autre maire pour continuer l'action.
L'homme en lui-même n'est rien. Vous avez vu des gens
qui estimaient qu'ils étaient le centre de l'univers.
Ils sont partis oui ou non ? Nul n'est indispensable. Chacun
apporte sa contribution, c'est tout. Comme c'est eux qui nomment
les ambassadeurs, comme c'est eux les envoyés, moi,
je les ai pas reçus pour le moment. Je ne fais qu'observer.
Et je peux vous dire qu'ils ne sont pas encore arrivés
à mon niveau.
On sait que dans votre parti, le CDP, les proches de François
Compaoré sont intéressés par la mairie
et qu'ils travaillent à vous faire remplacer par votre
premier adjoint, M. Jean Christophe Ilboudo.
Vous voyez, ce n'est pas très honnête de parler
comme ça. Moi j'aime parler toujours de ce que je sais.
Ce que vous dites est inexact. Celui qui n'est pas dans la
case ne peut pas savoir par où l'eau coule. Seul celui
qui est dedans peut savoir. Nous sommes un parti au pouvoir,
notre souci, c'est de faire en sorte que le programme du Président
Blaise Compaoré soit réalisé.
Qui sera le candidat du CDP en 2010 à la présidentielle
?
D'abord, les questions ne se traitent pas de cette façon.
Le candidat du CDP se détermine d'une façon
que vous connaissez. Ce n'est pas Simon Compaoré en
tant qu'individu qui choisit le candidat. Mais ce que vous
voulez, vous le verrez. Vous êtes trop pressés.
Vous allez vite en besogne, vous verrez le candidat. Ce qui
est sûr, le CDP aura un seul candidat, pas deux.

Ça pourrait être Simon Compaoré ?
Ecoutez, soyons sérieux. C'est une question qui n'a
pas de sens. Simon Compaoré n'a jamais rêvé,
même dans son sommeil, de devenir Président.
Pourquoi ? Vous êtes quand même un cadre de
votre parti ; mieux, son secrétaire général.
Ça, c'est de la folie. Moi je suis sain d'esprit. C'est
vrai que quelque part, il y a des gens qui s'excitent, qui
se lèvent comme des illuminés pour briguer un
mandat présidentiel. N'est pas Président qui
veut. La charge est tellement importante qu'il faut lui accorder
l'importance qui sied. Etre président d'un pays, c'est
pas du jeu. On doit être sérieux quand on aborde
cette question. C'est pour ça que tous ceux qui se
présentent sont des gens qui ont mûrement réfléchi
et qui pensent que leur carapace leur permet effectivement
de diriger. Moi je ne suis pas Andry Rajoelina (l'ex-maire
d'Antananarivo). Lui, il a pété les plombs.
Vous n'avez pas les compétences pour prétendre
diriger ce pays, malgré votre expérience en
tant que maire de la capitale ?
D'abord, même si ça se donnait, quand on prend
l'habit, on regarde ta morphologie avant de te donner l'habit.
Je veux dire que le peuple ne donne pas sa voix à n'importe
qui. On peut s'exciter dans son quartier. Moi je suis au secteur
9. S'il y a des compétitions à ma taille, au
niveau de la ville, je peux m'exciter, mais quand ça
dépasse ce niveau, je suis incompétent.
Alors quelles sont les qualités d'un candidat idéal,
selon vous ?
Le candidat idéal, c'est celui qui a les capacités
de manager, de diriger. Peut-être qu'ils sont nombreux,
mais vous savez que dans la classe, il y a toujours de bons
élèves, et parmi eux, on finit par trouver le
meilleur. Je pense que vous posez la question juste pour les
commodités de la conversation. Même le dernier
militant dans notre parti, si vous lui demandez qui sera notre
candidat, il ne va pas hésiter à vous dire son
nom. En tout cas, il a son idée. Mais le scoop que
vous essayez d'obtenir, vous ne l'aurez pas avec moi. Je garde
mon scoop. Vous savez ce que je pense, vous lisez à
travers les lignes.
Vous voulez dire que c'est Blaise Compaoré ?
Comme vous le dites, si c'est Blaise Compaoré, où
est le problème ?
Comment se porte Simon Compaoré politiquement aujourd'hui
?
Quand vous êtes rentré, est-ce que vous avez
vu un type triste, qui est assis, qui n'est pas là,
vous causez avec lui et vous sentez qu'il n'est pas là,
voyez que je rigole. Physiquement, je peux être diminué
parce que quand on avance en âge, on a des petits bobos.
Mis à part ça, je suis sain d'esprit, mes neurones
fonctionnent, j'ai une capacité de jugement. Je viens
d'être opéré du genou, mais si on sort
tout de suite, malgré votre jeunesse, vous risquez
de ne pas pouvoir me suivre. Politiquement, je n'ai pas de
problème. Comme on dit, savoir qui cultive plus que
qui ne se discute pas pendant la saison pluvieuse. Pendant
la saison sèche, on peut pinailler puisqu'il n'y a
pas de champ pour cultiver. Sachez seulement que pour moi,
ce n'est pas la parole car il y a beaucoup qui savent très
bien parler, qui ont la capacité de galvaniser les
gens, mais ces qualités à elles seules ne vous
assurent de rien. En plus de ces qualités, il faut
être quelqu'un qui a la capacité sur le terrain
d'aller dans le sens du concret. Comme disait un grand penseur,
la pratique est le seul critère de vérité.
Comment expliquez vous la percée de l'opposition
à Ouagadougou ? N'est -ce pas un signe du recul du
CDP dans la capitale ?
Vous n'intégrez pas les changements. C'est vrai qu'il
y a des prédispositions des forces politiques sur le
terrain. Les forces politiques qui étaient là
dans les années 1990 ne sont pas totalement les mêmes
que celles qui existent aujourd'hui. Même s'il y en
a qui existent toujours, le format a changé. Il y a
des gens qui ont fusionné, il y en a qui se sont divisés.
Donc perpétuellement, le paysage politique se redessine
et par rapport à ça également, les reformes
évoluent. Si vous prenez les résultats des élections
législatives passées, si c'était un système
majoritaire simple, le CDP prenait tout. Si c'était
aussi la proportionnelle à la plus forte moyenne, on
gagnait. Nous avons tout calculé.
Peut-on s'attendre à vous voir à l'Assemblée
nationale après votre mandat en 2011 ?
Nous sommes un parti organisé. On ne se lève
pas pour dire, je veux être député. C'est
le parti qui fait ses listes. Encore faut-il être sur
une liste pour être maire. Mais je ne fuis pas la question.
Effectivement, je me suis fait élire au moins à
deux reprises et je n'ai pas siégé. C'est un
choix aussi du parti. Mon choix ne compte pas tellement. Je
ne suis pas un outsider. J'ai décidé d'être
dans une organisation qui est disciplinée. C'est en
fonction de ce que pense le parti, ce qui est bon pour le
parti qu'on souhaite que tu sois à tel niveau. Je n'ai
pas de préférence. Partout où on me met,
j'essaierai de faire ce que je peux faire. Je considère
cela comme des missions.
Salif Diallo a dit que le CDP n'a pas encore secrété
quelqu'un pour vous remplacer à la mairie. Peut-on
s'attendre à ce que vous restiez encore à la
tête de la commune?
Je pense que vous avez dû comprendre ce qu'il a voulu
dire. Sinon, je vous ai dit que les cimetières sont
pleins d'hommes indispensables. Si aujourd'hui, je ne suis
plus là, Ouagadougou ne va pas cesser de bouger. C'est
ceux qui pensent comme ça qui font la grosse tête
et qui finissent par éclater. Moi je suis réaliste
et j'ai les pieds sur terre.
Que fera alors Simon Compaoré après 2011
?
Ce n'est pas une préoccupation pour moi. Je vais vous
dire très honnêtement et c'est du fond de moi-même.
Mon gros souci aujourd'hui, c'est comment arriver en 2011
avec une quantité d'éléments réalisés
qui puissent amener vous-même, même si vous ne
m'aimez pas, à dire que l'équipe de Simon a
fait un travail formidable, le CDP a mis une équipe
gagnante. En ce moment, je serai peut-être à
la retraite, mais avec plein de satisfaction.
Quelles sont vos relations avec François Compaoré
?
Nous avons de très bonnes relations.
Est-ce que vous vous voyez souvent?
Il est surbouqué. Moi je sais qu'il travaille beaucoup.
Il a beaucoup de sollicitations. C'est à son honneur.
Moi aussi, en tant que maire, vous voyez comment je suis au
four et au moulin. Chacun essaie de faire ce qu'il doit faire.
Mais de temps à autres, on se voit. Il est militant
CDP, moi je suis militant du CDP. Il Travaille pour consolider
les bases du parti, pour faire en sorte que le parti puisse
appuyer le programme du président Blaise Compaoré.
Moi je fais pareil. Où est le problème ?
Les gens disent qu'il travaille à vous enlever
de la mairie.
Ce sont des gens qui racontent ce qu'ils veulent. C'est faux.
Dans ce pays là, si vous n'êtes pas mûr,
vous ne pouvez pas aller loin. Il faut avoir un cur
solide. Sinon votre cur peut céder. Une certaine
presse a même écrit que le président m'a
giflé. On m'a posé la question l'autre jour
lors du tchat que l'observateur a organisé. Est-ce
que ça, ce sont des questions sérieuses ? Je
veux qu'on se base sur des choses vraiment sérieuses.
Il n'y a pas de nuages entre vous ?
Quel nuage ? Ce sont des gens qui veulent faire un décor
qui n'existe pas. Mais est-ce qu'on peut les empêcher
? Ils n'ont qu'à continuer.
Mais pourquoi c'est vous qu'on dit avoir des problèmes
avec François et pas Roch ou Achille Tapsoba ?
Allez-y leur demander. Vous savez les gens peuvent aller dire
à votre femme que quand vous sortez, vous parlez mal
d'elle. Juste pour vous casser le moral. Ceux qui écrivent
veulent induire les gens en erreur. Parce que ce sont des
gens qui essaient de se chatouiller pour rire. Mais ça
n'a aucune importance pour moi. Je n'accorderai même
pas une minute à ça. Quand je vois ça
dans un journal, ça me fait rire.
On a dit par rapport au bitumage de la voie qui passe
devant le domicile de François Compaoré, que
c'était une façon pour vous de vous rapprocher
de lui.
C'est minable. Ce sont des gens petits d'esprit. Au cours
d'une conférence de presse, on m'a posé la question
sur la route et j'ai donné l'historique. Je n'ai pas
besoin de faire quoi que ce soit pour me rapprocher de François
Compaoré. Je vous ai cité ce qui nous lie. Nous
avons une volonté commune de travailler derrière
le président pour qu'il puisse réaliser son
programme. En dehors du fait que nous devons travailler ensemble,
nous avons de très bons rapports. Vous voulez que je
dise tout ? Non, je ne vais pas vous dire tout. Le temps va
montrer à ces gens qu'ils font fausse route. Je ne
vais pas mettre toute mon énergie à faire un
truc inutile. Quelques fois même, je pense que c'est
un piège qu'ils nous tendent. Les gens savent qu'on
est au pouvoir et ils nous guettent. Si vous les suivez, vous
allez tomber. Encore une fois de plus, c'est l'action qui
compte. Et quand arrive l'heure, il faut que vous puissiez
montrer patte blanche. Si vous faites comme si vous n'êtes
pas au pouvoir, en passant votre temps à des querelles
byzantines qui vous épuisent, vos détracteurs
seront très contents. Puisque pendant ce temps, vous
ne faites rien pour les populations. Mais nous sommes vigilants,
nous n'allons pas tomber dans le piège.
Donc vous ne croyiez même pas que ce soit François
Compaoré qui ait commandé le morceau de Yeleen
sur votre bilan ?
Franchement, quel intérêt François a à
financer Yeleen sur des choses pareilles? Moi, je n'ai pas
écouté, mais il faut laisser François
tranquille. Il en a déjà assez sur la tête
par rapport à ce qui a été dit sur lui
et qui ne colle pas avec le terrain. Il ne faut pas en rajouter.
Il y a des choses que je connais et que vous ne connaissez
pas. Vous n'allez jamais connaître ça aussi.
Ce que je peux vous dire, c'est que vous êtes dans le
décor. Je n'ai pas de problème avec François
Compaoré. Il n'a pas de problème avec moi. Quand
je veux le rencontrer, on se rencontre. Il n'y a absolument
pas de problème entre nous.
Donc, il n'y a aucun nuage entre vous ?
Pourquoi vous insistez comme ça ? C'est diabolique
ça. On n'a pas de rapports conflictuels. Je dois même
le remercier par rapport à ce qu'il fait pour moi dans
l'entretien de la ville.
Qu'est-ce qu'il vous a apporté ?
Je retiens par exemple que le jour où les gens sont
sortis casser les feux, détruire le mobilier urbain,
ce jour-là, François m'a appelé pour
dire qu'il sait ce que nous faisons sur le terrain avec mes
hommes pour défendre les feux tricolores. Il m'a apporté
ses encouragements, son soutien. Et il a dit qu'on va contenir
ces machins et aller de l'avant. Quand vous passez toute la
journée à lutter contre les hooligans, c'est
comme ça que je les appelle, et que quelqu'un qui sait
que vous êtes dans l'action vous appelle pour vous encourager,
ça n'a pas de prix. J'étais très réconforté
ce jour-là. Et ce n'est pas la première fois.
Il a fait beaucoup de choses qui me font dire que même
quand je serai dans la pire des difficultés, il fait
partie de ceux auprès de qui je peux avoir un appui.
Le CDP sans Salif Diallo et peut-être bientôt
sans Simon Compaoré aux commandes, ça risque
de ne plus être le Touk guilli. Qu'en pensez vous ?
J'ai répondu en partie à cette question sans
que vous ne me posiez la question. Les individus passent,
le parti reste. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'à
la tête d'un parti, il faut que ce soit toujours les
mêmes. Il faut aussi créer une capacité
de renouvellement des cadres du parti. Ce qui ne veut pas
dire qu'il faut brûler les vieilles marmites. Parce
que comme on le dit, quelques fois, les vieilles marmites
peuvent faire de la bonne sauce. La particularité de
notre parti, c'est d'avoir en son sein beaucoup de gens. Il
y a des gens qui ne sont pas connus et qui ont des capacités
politiques et scientifiques et qui sont utiles. Vous savez
pourquoi nous avons mis en place une commission ad hoc pour
la gestion des cadres ? C'est parce que nous faisons notre
mea culpa. On a fait des erreurs dans la gestion des cadres.
C'est-à-dire savoir utiliser les compétences
qu'on a, là où ils peuvent être utiles.
Il y a eu des insuffisances à ce niveau. Par exemple,
quand un camarade quitte un poste, il n'a pas volé,
il n'a pas péché, il n'a pas été
médiocre. Ce camarade a une expérience que le
parti peut utiliser à d'autres niveaux pour lui faire
comprendre qu'on a toujours besoin de lui. Si c'est quelqu'un
qui a volé et qui a été remercié,
il n'y a pas de problème. Ça veut dire que la
confiance entre lui et le parti est entamée. Il y a
des gens qui n'aiment pas parler beaucoup. Quand ils sont
dans cette situation, ils attendent qu'on leur jette un coup
d'il. Il y a des gens fougueux aussi. Cette commission
a travaillé et a fait des propositions sur lesquelles
nous allons réfléchir pour améliorer
la gestion des cadres du parti.
Le délai que vous avez donné aux propriétaires
des chambres closes pour fermer expire en avril. Ce délai
tient-il toujours ? Et qu'allez-vous faire après ce
délai ?
La semaine dernière, j'ai lu le rapport de la commission
affaires générales qui pilote l'opération.
Le président m'a fait le point de tout ce qui a été
fait jusqu'à présent. Je lui ai dit tout simplement
qu'il se met avec la direction des affaires juridiques et
du contentieux pour être sûr que nous sommes dans
la légalité. Je comptais sur le retour du document
pour convoquer une conférence de presse.
Quelle est la conclusion générale de ce
rapport ?
Pour vous amener à venir à cette conférence
je ne vous donnerai pas. Je vous tiens. J'ai des informations.
Vous aurez l'invitation officiellement. Je profite vous dire
que L'Evénement répond rarement à mes
invitations de points de presse. J'espère que désormais,
vous nous accorderez un peu de votre temps.
En lisant votre bilan, on se rend compte qu'il y a 29%
de licenciements et 26% de démissions. Notre confrère
JJ a même parlé d'hémorragie par rapport
à ces départs. Qu'est ce qui explique tout cela
?
C'est un peu de la désinformation. Refaites le calcul,
ce qu'ils ont dit, c'est faux et ce n'est pas sain. Sur ces
départs, il y a 33% qui sont partis à la retraite.
26% de licenciements. On a expliqué aussi pourquoi
ces gens ont été licenciés. Ça
veut dire qu'on ne plaisante pas. Il y a des gens qui font
du faux au niveau de l'état civil. C'est la bonne gouvernance
aussi qui recommande qu'il y ait quelqu'un qui tourne pour
voir comment les agents travaillent. On a démantelé
des réseaux. Si on les prend, je ne suis pas de ceux-là
qui voient qu'un agent a commis une faute lourde et grave
et qui l'affectent ailleurs. Chez moi, il est rayé
des effectifs. A la police municipale, on a pris des gens
et ils ont été déshabillés du
corps. Ce sont des gens qui ont commis des fautes pour lesquelles
la rigueur devait être de mise. Mais on n'en parle pas.
J'ai même critiqué certaines associations qui
critiquent la mal gouvernance. Je dis, mais au moins quand
vous voyez qu'il y a des gens qui font des efforts, il faut
le féliciter. J'ai assisté à des débats
et j'en ai parlé. Mais les gens choisissent ce qui
les intéresse, c'est ça aussi la réalité.
Les gens savent qu'à la mairie, si tu commets un forfait,
avec le maire, il n' y a pas de demi mesure. La première
personne que j'ai renvoyée, c'est une secrétaire.
Je ne l'ai pas licenciée. Je l'ai renvoyée parce
que c'est un agent de l'Etat. J'ai fait un rapport à
son ministre pour dire que de tels agents n'ont pas leur place
au sein de la Fonction publique. Je lui ai permis simplement
d'ouvrir le tiroir pour prendre son sac. Ce que je lui reprochais,
c'est de prendre l'argent avec les gens pour venir taper des
documents pour eux. Quelqu'un l'a dénoncée.
Quand j'ai vérifié, c'était clair et
net. Les démissions, c'est 26%. L'honnêteté
intellectuelle devait conduire le journal qui nous critique
à faire la part des choses et donner le contexte de
ces démissions. Tirez ça de son contexte, vous
voyez l'utilisation qu'on en fait. Les départs là,
c'est normal. Les gens qui partent à la retraite, c'est
normal. Ils sont au bout de la course. Il y a des décès.
Il y a des gens qui passent les concours. Ils sont admis ici.
Pendant ce temps, ils ont passé un autre concours.
Ils sont admis là bas. Ils choisissent même ayant
déjà commencé ici. Est-ce qu'il y a un
mal en cela ? Est-ce qu'on peut dire que les gens vident la
mairie parce que la mairie est invivable ? On a envoyé
des gens en France pour les former et qui maintenant évoluent
dans de grands organismes. Où est le problème?
Dans tout ce qu'on a exposé dans notre bilan, des kilomètres
qu'on a bitumés, des caniveaux qu'on a réalisés,
des écoles, des lycées qu'on a construits
,
ce sont ces départs de 26 personnes sur 100 et qui
ont aussi leur explication qui intéressent certains,
on se demande ce qu'ils poursuivent dans ça.
Quelle a été votre plus grande déception
dans votre carrière politique et de gestionnaire ?
Ce sont les événements de 1998 et récemment
en 2008 quand des gens, sous le prétexte de la vie
chère, sont sortis casser tout dans la ville. Quand
vous voyez que les services de l'Etat font de gros efforts,
que les partenaires font de gros efforts et qu'on voit en
24h tout partir en fumée, on se dit : quelle bêtise
humaine. En tout cas, ces deux événements m'ont
marqués et je ne peux pas oublier. L'autre événement
non moins important, c'est le décès de Norbert
Zongo où j'étais accusé gratuitement
avec d'autres personnalités. Vous savez pourquoi Pierre
Bérégovoy, l'ex-Premier ministre français
s'est tiré une balle dans la tête? C'est l'accusation
gratuite.
Vous avez pensé aussi à vous suicider?
Non. Mais il vous arrive dans la vie, face à certaines
situations, l'accusation gratuite par exemple, de pensez à
tout, même au suicide. Vous savez pourquoi Bérégovoy
s'est tiré une balle dans la tête ? Ce n'est
pas quelqu'un qui a fait de grandes études. Sur l'histoire
du prêt dont il a été accusé, on
l'a poussé jusqu'au bout. La presse l'a persécuté.
Il s'est dit, je n'en peux plus, il s'est tiré une
balle dans la tête. Quand Mitterrand est arrivé,
il a dit : les chiens l'ont jeté en pâture. Poussé
à l'extrême, on peut poser des actes que l'opinion
n'arrive pas à comprendre. Qu'est-ce que moi j'ai à
gagner en attentant à la vie d'un journaliste que j'ai
connu avant ceux qui bavardent ? On a fait le Cours normal
de Koudougou ensemble. On se connaissait.
Quels étaient vos rapports quand il est devenu
journaliste ?
Il était journaliste et il écrivait. Il est
venu me voir même au siège du parti. A l'époque
le siège était situé là où
il y a la radio Jeunesse. Il écrivait sur plusieurs
sujets qui me concernent en tant que responsable, par exemple
la Caisse générale de péréquation
(CGP). Un jour, il a écrit aussi sur le marché.
Il a dit que je suis rentré dans le marché et
les gens m'ont chassé. Quand on s'est rencontré,
je lui ai dit en plaisantant : tu as failli faire mourir mon
papa, il est très âgé. Il ne faut plus
faire des choses comme ça. On a rigolé. Quand
j'ai pris la mairie, on en a parlé une fois et il m'a
dit que la mairie ne l'intéresse pas parce qu'il a
d'autres choses, des institutions plus importantes qui l'intéressaient
plus. Je sais ce qu'on a fait ensemble. Après le 15
Octobre 1987, il y a eu des débats. Lui et moi avons
discuté d'un thème sur le capitalisme d'Etat.
On se connaissait. Il écrivait avec son ton à
lui. Moi, ça ne m'a pas surpris parce que je le connaissait
bien avant. Il y a eu une dame (paix à son âme)
qui est allé le voir avec un dossier qui m'accablait.
Elle travaillait à la CGP. C'était une gangster.
Elle est partie voir Norbert quand il était à
Sidwaya pour qu'on publie pour me décapiter. Norbert
est venu vérifier et il a trouvé que ce n'était
pas quelque chose qu'on pouvait publier. Pas parce qu'il me
connaissait, il a vu que la dame avait une animosité
vis-à-vis de moi et que c'était complètement
faux. Il m'a dit : tu vois que j'aurais pu balancer ça,
mais je ne l'ai pas fait parce que ce ne serait pas sérieux.
Je l'ai remercié.
Quelles appréciations faites-vous sur le travail
que Norbert faisait ?
C'était un journaliste qui faisait de l'investigation
et l'investigation dérange celui qui a des problèmes.
Moi, ça ne me dérange pas. Mais, il faut faire
l'investigation qui mérite d'être faite. C'est-à-dire
quand quelqu'un va raconter sur la construction du siège
de la mairie par rapport à des éléments
de la Cour des comptes et qui a la possibilité de venir
me voir pour comprendre et qui veut qu'on lui montre des pièces,
ça je suis parfaitement d'accord.
Comment vous appréciez aujourd'hui le travail des
journalistes par rapport à ce que Norbert faisait ?
Il y a des gens qui tentent de faire comme lui, mais tout
le monde ne peut pas être comme lui. Il y a des apprentis
investigateurs. Parce qu'ils ne font pas de l'investigation.
Faire de l'investigation, c'est savoir être patient.
Quand tu n'as pas encore atteint la moelle, ne t'excite pas
à balancer des choses. Je pense aussi que c'est une
question d'approche et de formation. C'est pour ça,
quand les gens crient sur la dépénalisation
du délit de presse, moi je suis sceptique. Vous êtes
assis avec votre honnêteté, on dit que vous avez
volé. Vous voyez ça dans la presse. Regardez
la charge émotionnelle pour vous et tous ceux qui vous
connaissent. On vous regarde maintenant comme un voleur. Or,
vous n'y êtes pour rien. Mais parce que quelqu'un est
parti dire que vous avez volé sans chercher à
vérifier. Quand quelqu'un fait ça, il salit
ton honneur. L'honneur ne s'achète pas.
Avez-vous retiré la plainte contre le Collectif
sur l'affaire des autocollants de RSF ?
J'ai déjà répondu à ça
lors des vux que j'ai présentés aux journalistes.
J'ai posé la plainte pour que les gens sachent désormais
qu'on ne doit pas poser des actes non autorisés dans
la ville. Quand les gens disent qu'on veut envoyer les gens
en prison, quel intérêt moi j'ai à ce
que les gens soient envoyés en prison ? Qu'est-ce que
ça me rapporte ? Zéro. Ensuite, ce n'est pas
pour demander de l'argent. Je ne suis pas de ceux qui profitent
de ce genre de choses pour se faire de l'argent.
Donc vous avez porté la plainte pour la pédagogie
?
Absolument ! D'ailleurs moi, je suis déjà satisfait
que certains reconnaissent que ce n'était pas autorisé.
Ce n'est pas normal de coller ces choses sur des trucs essentiels.
Quand on dit qu'il n'y a pas eu de destructions, allez y voir
les plaques, on a gratté et on ne voit pas certaines
écritures. Ce monsieur de Reporters sans frontière,
il est a Paris. Il n'a qu'à aller à l'avenue
de la Nation là bas mettre ces choses et voir si la
police va le laisser. Il prend notre ville comme une ville
bananière ou quoi ?
Tous ces gens qui s'excitent par rapport au dossier Norbert
Zongo, il y en a qui ne le connaissent pas autant que moi.
Monsieur le maire, à quand une rue Norbert Zongo
à Ouagadougou ?
On a mis avenue Thomas Sankara. Qui nous a demandé
de le faire ? Chaque chose a son temps.
Il est possible qu'un jour il y ait une rue Norbert Zongo
à Ouagadougou sous le mandat de Simon Compaoré
?
Mais pas sous la pression de quelqu'un. Cette façon
de faire, ce n'est pas bon. Ça ne peut pas amener les
gens à travailler sereinement et à faire ce
qu'ils doivent faire. Je refuse d'agir sous la pression. Tout
est possible. Il y a des milliers de gens que je ne connais
pas et qui ont posé des actes. Il n'y a pas d'ostracisme
dans cette affaire. On a donné des rues à des
gens qui sont de différentes obédiences.
Vous avez changé l'avenue Che Guevara pour donner l'avenue
au Mogho Naba Zombré, pourquoi ? Le Che ne représente
rien pour vous ?
Il y a une histoire aussi à cela. La chose la plus
correcte qu'on puisse faire, c'est d'amener le peuple à
vous suivre. Ce n'est pas en amenant des noms de l'extérieur
que vous pouvez cultiver ce qu'on appelait dans le temps,
l'internationalisme prolétarien. Il y avait un hiatus.
Pas qu'on ait honoré des gens qui ne le méritaient
pas. Mais quand vous faites ça, vous occultez votre
propre histoire. Ce n'est pas bon pour la postérité.
Même ceux qui parlent, il y en a parmi eux qui sont
des anticommunistes invétérés. Ils ne
voulaient même pas entendre parler de ces noms. C'est
comme si on les piquait. On a suffisamment restructuré
les choses. C'est une équipe pluridisciplinaire qui
a travaillé sur ça. On peut accuser tout le
monde, mais des gens comme Me Passéré Titenga,vous
allez l'accuser de quoi ?
On l'accuse de vouloir "mossifier" la ville
de Ouagadougou.
Ces gens nient l'histoire. Pourquoi ? Moi, je suis de Ouagadougou.
Mon père et mon grand-père sont de Ouagadougou.
Mais j'étais incapable de donner suffisamment d'éléments
sur la ville. C'est pourquoi, j'ai demandé qu'on fasse
des recherches et qu'on écrive. Si vous prenez ce document,
vous allez dire qu'on a mossifié la ville de Ouagdougou?
Non, on a raconté l'histoire de Ouagadougou. Comment
elle a été créée. Quels ont été
les protagonistes, les luttes entre clans, les luttes contre
le colon. Le colon n'a pas voulu écrire sur ça.
Quand on va écrire sur la ville de Bobo, on ne peut
pas aller raconter des trucs de Mogho Naba Ouobgo à
la place de Guimbi Ouattara. C'est l'histoire. Quand vous
regardez les rues, vous devez pouvoir lire l'histoire de cette
ville. Me Passeré a fait des propositions de gens qui
ne sont pas mossi.
Mais ils ne sont pas nombreux.
Ça c'est normal. Comment vous allez partir à
Dori qui a son histoire et vous trouvez que 90% des rues portent
des noms mossi, pourtant, c'est une zone peuplée à
90% de Peulhs. Vous travestissez l'histoire. Ici, il y a des
rues qui portent des noms de gens qui ne sont pas de la zone.
Les gens qui ont joué un rôle important dans
l'histoire du pays, nous sommes en train de les honorer.
C'est ainsi donc qu'une des rues et le terrain omnisport
de Gounghin portent votre nom ?
Cela a fait l'objet de débats. On n'a pas demandé
mon avis. Ma rue, c'est ce que je suis en train de faire sur
le terrain. L'histoire retiendra si j'ai été
un piètre maire ou un maire qui s'est dévoué
et qu'on ne peut pas taxer d'avoir été un paresseux.
Quand on a arrêté dans le document, je n'ai pas
vu. On a adopté des milliers de noms. On a fait confiance
à la commission et on a adopté. C'est quand
ils ont fait les plaques que j'ai vu mon nom. En ce moment,
c'était déjà adopté. Je leur ai
même dit que les gens vont penser que c'est moi qui
veut faire ma propre publicité. Ma publicité,
c'est ce que je suis en train de faire. On dit que je suis
CDR [sous la révolution, un agent des comités
révolutionnaire connus pour leur fougue]. Je m'en fou.
Pourvu que les actions soient de nature à laisser quelque
chose sur le terrain. Maintenant pour le terrain, c'est dans
mon quartier. Je suis né là bas. C'est un endroit
où les gens venaient déposer des ordures. Je
suis à deux pas de là bas. On avait nos réunions
justes à côté. En tant que maire, j'ai
vu que ce n'est pas normal. J'ai dit aux conseillers du secteur,
et je leur ai dit : il faut qu'on fasse quelque chose. Il
n'y avait pas de moyens. Nous nous sommes organisés
pour voir les opérateurs économiques du secteur
et aussi d'autres secteurs. Il y en a qui nous ont appuyé.
La mairie n'a pas mis un sous dedans. Après, les conseillers
et des anciens du secteur se sont réunis pour arrêter
le nom de baptême à mon absence. Je me suis opposé.
Ils ont dit alors qu'ils vont mettre le nom de mon papa. J'ai
dit que mon père n'a pas besoin de ça. Parce
que Dieu lui a donné une longue vie. Il est mort à
113 ans. Je ne veux pas qu'à cause de ce truc, quelqu'un
vienne à lui manquer du respect. Ils ont dit que soit
c'est l'un ou l'autre. Comme il y avait les anciens dedans,
je n'ai pas voulu tirer trop loin. Je sais pourquoi ils tenaient
à ça. Parce que c'est moi qui ai porté
90% des initiatives. Mais franchement, ce n'est pas avec mon
accord.
Au temps fort du Collectif, vous avez eu des relations
tendues avec son président d'alors, Me Halidou Ouédraogo.
C'était aussi votre voisin de quartier. Quels sont
vos rapports aujourd'hui ?
C'est du domaine de l'histoire. Nous nous sommes réconciliés.
Nous avons de bons rapports. Les gens étaient étonnés
de nous voir nous saluer et discuter. Pendant sa maladie,
je suis allé à l'hôpital trouver qu'il
était déjà parti. A Paris, j'ai vu sa
femme et je lui ai dit de transmettre à son mari mes
souhaits de prompt rétablissement. Quand il est revenu,
je suis allé chez lui et malgré son état,
il m'a raccompagné jusqu'à la porte. Lui aussi,
il a fait pareil quand j'ai été opéré
du genou. Il m'a contacté pour s'enquérir de
mon état de santé. L'ayant connu, je regrette
qu'il soit affaibli de la sorte et ça donne à
réfléchir. Dans la vie, il faut savoir faire
la part des choses, même si vous avez eu des problèmes.
Je n'ai pas de problème aujourd'hui avec Halidou Ouédraogo.
Je souhaite simplement que Dieu continue de l'assister dans
sa situation et que tous ceux qui lui ont apporté secours
en soient remerciés. Aujourd'hui, il y a beaucoup de
mieux, mais il reste un peu handicapé.
Interview réalisée
par
Idrissa Barry et Moussa Zongo
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