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Dossier
: NORBERT
ZONGO
Crime
impuni !

En 2000, à la place
de la nation, il n'y avait plus Herman Yaméogo. Ce
n'était plus le grand amour entre "les politiques"
et la société civile du Collectif
Dix ans de l'assassinat de Norbert
Zongo, dix ans aussi du Collectif, né pour réclamer
que justice lui soit rendue.
Il n'y a pas dans l'histoire de notre pays, un précédent
d'engagement populaire aussi fort et déterminé.
Même le 3 janvier 1966 ne peut concurrencer les années
Collectif, par l'ampleur de la mobilisation et de la détermination.
Cependant, il ne s'agit pas d'être déterminé
et engagé pour aboutir à quelque chose. Le triste
constat que l'on peut faire aujourd'hui, dix ans après
Sapouy, c'est que rien, absolument rien n'a bougé.
Norbert Zongo n'a pas obtenu justice. Son dossier est même
"enterré". Le pouvoir de Blaise Compaoré
nous impose de classer ce dossier dans "les dossiers
judiciaires non élucidés", comme il y en
a partout à travers le monde.
Sur le plan démocratique, il n'y a rien eu non plus.
Les maigres concessions obtenues sous l'instigation de la
pression populaire et des propositions des structures installées
par le président lui-même pour lui faire des
"gestions de sortie de crise" ont été
pour le moins reconsidérées.
Une décennie après, c'est Blaise Compaoré
surpuissant qui règne et régente le Burkina
Faso. Le constat est le suivant : avant 1998, le Burkina est
sous la férule d'un homme (Blaise) et d'un parti (le
CDP). En 2008, le Burkina est en rente viagère pour
le compte des "Compaoré & Co".
Dans le dossier présent, nous revenons sur quelques
moments importants de la vie du Collectif. Nous nous sommes
arrêté sur des questions qui peuvent paraître
anecdotiques qui ont tenu toute leur place dans cette crise.
Le constat est simple : dix ans après Sapouy, le Collectif
n'est plus que l'ombre de lui-même. De l'autre côté,
Blaise Compaoré est omniprésent
.omnipotent
!
Drame de Sapouy, dix ans
après
Blaise plus fort que jamais
Par Newton Ahmed Barry
Avec le Collectif contre l'impunité,
le Burkina Faso avait eu deux présidents. Un président
du " pays réel ", Halidou Ouédraogo
et un président du " pays légal ",
Blaise Compaoré. Dix ans après, le second est
solidement harnaché à son pouvoir, en revanche,
au niveau du " pays réel ", ce n'est pas
loin du désarroi. Le Collectif est aujourd'hui à
l'image de la santé de son emblématique président
: mal en point.
La pétition pour la réouverture du dossier
judiciaire de Norbert Zongo, lancée le 20 octobre dernier,
avec un objectif de 25 000 signatures seulement, n'a pas recueilli
pour l'instant, suffisamment de signatures pour être
déposée auprès des autorités.
Sans ces 25 000 signatures, la pétition ne vaut rien
légalement.
Dix ans après, serait-il devenu impossible de réunir
25 000 signatures pour obtenir la réouverture d'un
dossier pour lequel des centaines de milliers de Burkinabè
se sont mobilisés à travers le pays ? Il faut
le craindre. Juste rappeler qu'il y a dix ans, au niveau seulement
de Ouagadougou, ils étaient plus de 50 000 à
accompagner Norbert Zongo à sa dernière demeure.
Une décennie a-t-elle suffi pour créer ainsi
une désaffection autour de l'affaire Norbert Zongo
? Peut-être pas. Mais le Collectif, qui a porté
vaillamment la lutte des années durant, est aujourd'hui
dans un piteux état. Le Collectif, comme son nom l'indique,
était un rassemblement d'organisations de la société
civile et des partis politiques. La grande majorité
de ces structures sont aujourd'hui en crise. Le PDP/PS du
professeur Joseph Ki-Zerbo n'est plus que l'ombre de lui-même.
Les Sankaristes sont plus fractionnés que jamais. Hermann
Yaméogo vit sur son passé avec une "momie"
politique. L'autre composante du Collectif ne va pas mieux
non plus. L'UIDH n'a presque plus de siège. L'électricité
et l'eau y sont coupées depuis plus de six mois maintenant.
Le personnel ne se souvient plus de la dernière fois
qu'il a reçu sa paie. Le MBDHP n'est pas loin d'une
situation semblable. Quand à la composante syndicat,
ce n'est pas non plus reluisant. Beaucoup d'organisations
de travailleurs sont maintenues à la vie grâce
à la subvention de l'Etat. La base sociale du Collectif
est en décrépitude. Le mouvement ne saurait
alors mieux se porter.
Du point de vue sociopolitique, nous sommes revenus, une décennie
après, à la situation qui prévalait avant
les événements dramatiques de Sapouy. Une classe
politique laminée et déconsidérée.
Une société civile essoufflée et décriée.
Si Blaise Compaoré devait instituer aujourd'hui un
collège de sages, il aurait eu un mal fou. Par sa faute,
pour une grande part, puisqu'il s'est employé à
griller le maximum possible. La cupidité a fait le
reste. Mais la crise est sans précédent, puisqu'elle
n'épargne pas aussi la majorité présidentielle.
Le CDP ne va pas mieux non plus.
Les acquis, un lointain souvenir
Le Burkina Faso de 1998 était sous la botte d'un homme
et d'un parti. Le Burkina de 2008 est en gérance bail
entre les mains de deux frères et d'une famille. De
1998 à 2008, la gouvernance démocratique ne
s'est pas améliorée. L'intermède des
législatives de 2002 a été un vrai feu
de paille. Une année seulement après le scrutin,
le parti gouvernemental revenait sur le consensus minimal
"des reformes politiques" en supprimant le mode
de scrutin plus favorable à l'expression de la diversité.
Dans la même foulée, le chef de file de l'opposition
était dynamité. La législature s'achève
sur l'omnipotence du CDP, le parti présidentiel. La
politique de la " tabula rasa " n'a pas concerné
que les formations politiques, elle a dynamité aussi,
les personnalités de l'opposition susceptibles de constituer
une alternative. L'OBU de 30 millions est parti avec le crédit
d'un Bado. L'Opinion, L'Hebdomadaire et la justice s'acharnent
depuis à ligoter l'honneur de Maître Sankara
à une ténébreuse affaire de "travailleurs
de X9".
Dans cette ambiance, le président Blaise Compaoré
apparaît plus que jamais seul au devant du pays. Ou
disons, pour être tout à fait exact, il est tout
seul avec son frère cadet.
Au début des événements de Sapouy, Halidou
Ouédraogo, tout à son inspiration, avait eu
cette phrase slogan : "ceux qui ont réduit Norbert
en 5 kg de cendre ont fabriqué une bombe de 5 kilotonnes
qui allait les emporter". Dix ans après, il faut
hélas constater que c'est plutôt dans le camp
du Collectif contre l'impunité que cette puissante
charge a explosé.
Dans la logique des choses, c'est le Collectif qui aurait
dû triompher. Pour reprendre la formule du Professeur
Joseph Ki-Zerbo : "c'est l'intégrité qui
devait aller à l'enterrement du crime et de l'impunité".
Pour l'instant, c'est plutôt le contraire qui est à
l'uvre.
Halidou Ouédraogo ne prendra pas la tête de la
procession de ce dixième anniversaire. Il lutte avec
la maladie depuis quelques années maintenant. Le Professeur
Joseph Ki-Zerbo non plus ne sera pas de la partie. La mort
l'a fauché en plein combat. Les orphelins du Collectif
sauront-ils se mobiliser comme l'ont fait les partisans de
Sankara à l'occasion du vingtième anniversaire
de son assassinat? Il faut l'espérer.
Le but de la lutte
Si dix ans après, les buts de la mobilisation du Collectif
n'ont pas changé, c'est-à-dire " Vérité
et justice " pour Norbert Zongo, il reste toujours posé
la question des moyens et de la stratégie. Pour reprendre
Robert Ménard, ancien secrétaire général
de RSF et ancien membre de la Commission d'enquête indépendante
(CEI) : "Tout le monde sait qui est derrière ces
assassinats. Personne n'ignore que la justice n'a pas fait
son travail, que les pressions de la présidence ont
été énormes" (lire interview exclusive).
Faut-il alors continuer à demander à Blaise
Compaoré de faire ce qu'il ne fera jamais? Cette question
provoquera à coup sûr l'ire du président
et de ses partisans, en même temps qu'il réveillera
les clivages au sein des anciens alliés du Collectif.
Voilà ce que L'Evénement écrivait à
ce propos en janvier 2002 "
l'urgence du débat
sur les revendications politiques. Et c'est sur ce point qu'il
y a comme une méprise du Collectif qui ne se résout
pas à engager le débat de fond. Or, le problème
aujourd'hui se pose en termes d'alternative au pouvoir de
Blaise. Est-il possible de le battre sur le terrain démocratique
? Si oui, comment créer les conditions (
) Malheureusement,
tout se passe comme si Blaise était finalement considéré
comme le moindre mal (
) Si tel est le cas, il faudra
se résoudre à faire le deuil du Collectif. Blaise
Compaoré aura encore triomphé et pour de bon!"
(in L'Evénement n°07 de janvier 2002).
Dix ans après, cette prédiction s'est réalisée.
Blaise Compaoré est aujourd'hui plus fort que jamais.
Robert Ménard
"N'acceptons jamais l'inacceptable."
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Robert Menard
Vous avez, avec RSF, mis beaucoup d'énergie
dans la cause de Norbert Zongo. La justice a décidé
un non lieu dans ce dossier, quel est le regard de Ménard
qui a aujourd'hui pris du recul ?
Dix ans après la mort de Norbert, je reste scandalisé,
bouleversé par sa mort, celle de ses amis. Sans
parler de l'impunité dont bénéficient
ses assassins. Tout le monde sait qui est derrière
ces assassinats. Personne n'ignore que la justice n'a
pas fait son travail, que les pressions de la présidence
ont été énormes. Vous le voyez,
je n'arrive pas, je ne veux pas prendre de recul. On
doit la vérité à la famille, aux
amis de Norbert. Il n'est pas question de laisser tomber.
Les puissants d'aujourd'hui ne le seront pas toujours.
On finira par sanctionner les responsables de toutes
ces morts. Cela ne fait aucun doute à mes yeux.
Il suffit que nous ne baissions pas les bras. Il ne
faut pas oublier. Il faut continuer à se mobiliser.
La vérité triomphera, j'en suis sûr.
Comment analysez-vous l'engagement de la société
civile burkinabè dans l'affaire Zongo ?
Sans les grandes manifestations au lendemain de la mort
de Norbert, il n'y aurait pas eu de Commission d'enquête,
ni de mobilisation dans le monde entier comme ce fut
le cas. J'ai regretté néanmoins, je dois
vous l'avouer, l'utilisation partisane que certains
ont fait de cette affaire. Il aurait fallu une plus
grande unité de la société civile
et de ses acteurs politiques. La mort de Norbert mérite
mieux que des chamailleries. Mais arrêtons là.
Le principal, c'est que jamais les associations de droits
de l'homme, les organisations professionnelles n'aient
oublié Norbert. Vous savez, il est et il restera
une des plus belles figures du journalisme en Afrique.
Son assassinat a frappé de plein fouet tous les
professionnels du continent et même bien au-delà.
Et je vous le redis, sans la mobilisation exceptionnelle
des Burkinabè, la mort de Norbert n'aurait jamais
produit l'onde de choc que nous avons connue et qui
a bousculé le régime à l'origine
de ce drame.
Vous avez été membre de la CEI, y
a t-il encore quelque chose à tirer des auditions
, des indices non encore révélés
qui pourraient aider à relancer l'enquête
?
Quitte à me répéter : il faut décrypter
les conclusions de la Commission. Ce que les magistrats
en charge de ce dossier n'ont jamais fait, n'ont jamais
voulu faire. Les marchandages qui ont précédé
la publication des conclusions de la CEI en ont dénaturé
le sens et la portée. Nous nous sommes faits
rouler dans la farine. Je l'ai déjà dit
et cela m'a valu les critiques que vous savez. Mais
je persiste et signe. Si la justice a un sens, il faudrait
réouvrir la procédure, entendre tout le
monde - y compris le chef de l'Etat - et faire procéder
à certaines vérifications que la Commission
n'avait pas pu faire, du fait des obstacles rencontrés
à l'époque. Que les assassins de Norbert
ne pensent pas qu'ils pourront un jour dormir sur leurs
deux oreilles : des personnes finiront par parler et,
ce jour-là, les commanditaires de ces crimes
finiront au seul endroit où ils devraient aujourd'hui
passer leur temps : en prison.
Votre " ami " Bassolet est assez loin
du dossier aujourd'hui, quel souvenir vous a-t-il laissé
?
Celui d'un serviteur zélé du pouvoir en
place. Un homme intelligent, sachant manier habilement
une rhétorique bien huilée. Un homme qui
savait en peu de mots, de manière allusive, vous
faire comprendre jusqu'où il était possible
d'aller. J'ai regretté que son talent - parce
qu'il en a - soit mis au service du clan au pouvoir
et non de son pays. Monsieur Bassolet aurait pu avoir
un destin, il a manqué son rendez-vous avec l'histoire
burkinabè. Il avait l'occasion de dire "
non ", de dire " ça suffit ",
il ne l'a pas fait. Je le regrette pour lui, mais plus
encore, pour ce pays, le Burkina, que j'ai appris à
aimer.
Que fait Ménard aujourd'hui ?
Vous le savez, j'ai quitté Reporters sans frontières
après l'avoir créé et, je crois,
fait bien progresser. On ne peut pas être secrétaire
général à vie - je critique assez
ces présidents, africains et autres, qui ne savent
jamais quitter le pouvoir ! - et cela faisait déjà
23 ans que je dirigeais RSF. Il faut savoir laisser
la place à de plus jeunes. Je l'ai fait et je
suis heureux d'avoir ainsi prouvé que jamais
je ne m'accrocherai à une fonction. Aujourd'hui,
je dirige une fondation au Qatar qui a un triple objectif
: secourir les journalistes et les médias victimes
de la répression, dénoncer les auteurs
de ces exactions et faciliter le dialogue entre journalistes
de pays différents, de cultures différentes,
de religions différentes. C'est une nouvelle
aventure qui m'amènera, c'est sûr, au Burkina.
A condition que les autorités m'accordent un
visa
Vous le voyez, je ne déserte pas le
terrain de la défense des libertés. J'ai
déjà consacré près d'un
quart de siècle aux droits de l'homme. Je vais
continuer.
Comment voyez-vous l'avenir de RSF après
avoir passé le témoin ?
J'ai laissé Reporters sans frontières
entre de bonnes mains. Jean-François Julliard,
qui m'a succédé, a travaillé avec
moi pendant près de dix ans. C'est un garçon
volontaire, travailleur, d'une honnêteté
scrupuleuse. Il réussira, cela ne fait pas de
doute. Nous n'avons pas les mêmes personnalités.
RSF parlera d'une façon différente. Et
c'est tant mieux. Ce qui m'inquiète ne tient
pas à ces changements à la tête
de notre organisation - je dis "notre" organisation
parce que je reste, bien sûr, un de ses militants
-, mais à la situation globale de la liberté
de la presse. Il y a toujours autant de journalistes
malmenés, emprisonnés, torturés,
assassinés. Même dans une vieille démocratie
comme la France, la liberté de la presse se dégrade.
Comment faire pour inverser ce processus ? C'est à
cette question qu'il est impératif de répondre.
Je ne suis plus à la tête de RSF, mais
je continuerai à militer pour apporter une réponse
à cette interrogation. Et faire en sorte - même
si cela peut paraître prétentieux de le
dire - que le monde soit un peu moins dur et que nos
enfants soient un peu plus heureux.
Avez-vous un message à passer pour ce dixième
anniversaire?
N'acceptons jamais l'inacceptable. Ne nous résignons
jamais à l'injustice, à l'impunité.
La mort de Norbert n'est pas l'affaire des seuls journalistes,
elle concerne tout le monde. Pendant des années,
Norbert s'est mis au service des plus faibles, des laissés-pour-compte.
Ne l'oublions pas. Je suis sûr que là-haut,
il nous regarde et nous fait confiance. Ne le décevons
pas.
ITW par GBN
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Dossier
judiciaire
La justice instrumentalisée de bout en bout
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Par Germain B. Nama
Toutes les procédures judiciaires qui sont
nées de l'affaire Zongo n'avaient qu'un seul
but : calmer la fronde populaire et mettre hors de cause
les frères Compaoré. Un exercice particulièrement
délicat que nos juges " acquis " ont
pourtant accompli allègrement. Ils veillent désormais
au grain pour empêcher la moindre évolution
du dossier.
C'est une histoire que les Burkinabè connaissent
désormais par cur. Un homme est mort à
l'infirmerie de la présidence du Faso. Cet homme
qui répondait au nom de David Ouédraogo
n'est pas n'importe qui. Il est chauffeur de François,
petit-frère de Blaise Compaoré. On lui
reproche d'avoir volé de l'argent avec la complicité
d'autres domestiques de François. Il est arrêté
aux premiers jours de janvier 1998, soumis à
un régime sévère de tortures et
finit par décéder des suites de ses blessures
quelque deux semaines après son arrestation.
Jusque-là, il n'y a rien au village. C'est un
petit chauffeur qui a succombé à une correction
et il n'y a pas lieu d'en faire un scandale. Mais voilà
qu'un journaliste s'en mêle. Le secret qui avait
été soigneusement gardé est ébruité.
L'affaire alimente sa chronique hebdomadaire et commence
à faire du bruit. Pour ne rien arranger, un avocat
commis par le frère du défunt saisit la
justice. Un juge d'instruction est commis. Ce dernier
ne perd pas de temps, d'autant que l'affaire est assez
simple sous l'angle strictement judiciaire. Il inculpe
le patron du chauffeur pour " meurtre et recel
de cadavre". L'huissier qui est chargé de
notifier l'inculpation, un certain Abel Toussaint Coulibaly
(l'actuel ministre délégué chargé
des Collectivités territoriales) a des difficultés
pour notifier l'inculpation au prévenu qui n'est
autre que François Compaoré, petit-frère
de Blaise Compaoré. Quand il se présente
à la présidence du Faso où ce dernier
a aménagé son bureau, pas moyen de franchir
la barrière sécuritaire. Plusieurs tentatives
sont restées vaines. De guerre lasse, l'huissier
finit par jeter l'éponge. L'affaire ne connaît
aucune évolution jusqu'en décembre 1998
où le journaliste Norbert Zongo qui suivait le
dossier est assassiné.
La méfiance vis-à-vis de la justice
L'attitude du parquet qui n'a pas voulu prêter
main forte à un juge d'instruction dans l'exécution
d'un acte de procédure l'a rendu suspect aux
yeux de l'opinion publique. Dans l'affaire Zongo alors
naissante, un Collectif s'est créé et
s'est fait le porte-voix de l'opinion publique mobilisée
à travers des marches-meetings. Au sein de l'opinion,
l'idée de confier l'affaire Zongo à une
justice qui s'est montrée démissionnaire
dans l'affaire du chauffeur du petit-frère du
président n'enchante personne. C'est ainsi qu'une
Commission d'enquête indépendante est créée.
Ses conclusions sont accablantes : les assassins du
journaliste ont une provenance : le Régiment
de la sécurité présidentielle.
Il faut souligner qu'au sein de la Commission d'enquête,
des éléments favorables au pouvoir ont
multiplié les gestes pour la décrédibiliser.
S'ils n'ont pas totalement atteint leur objectif, ils
ont par contre réussi à arracher un texte
édulcoré. Toutefois, le rapport officiel
transmis aux autorités est assez clair, en ce
qui concerne l'origine de la main criminelle. Et comme
on le verra plus loin, le pouvoir n'avait nullement
l'intention de rendre justice dans cette affaire.
L'enquête judiciaire
Le travail de la Commission d'enquête terminée,
on ne tarda pas à comprendre que le pouvoir avait
peaufiné une stratégie de contournement
qui a consisté à dire que le juge d'instruction
n'était pas tenu par les conclusions de la CEI.
Dans le même temps, il a travaillé à
faire échouer toutes les initiatives du juge
d'instruction. Ce dernier, peut-être influencé
dans un premier temps par le mouvement social alors
très puissant, avait en effet semblé vouloir
faire quelque chose. Il avait dans la foulée
pris un acte inculpant l'adjudant Marcel Kafando. Mais
au fur et à mesure des reflux du mouvement social,
le juge était gagné par un sentiment de
démission. Même ceux qui avaient quelque
chose à dire n'avaient plus la force de le faire.
Ceux qui comme Racine Yaméogo avaient fait quelques
aveux ont eux aussi fini par se rétracter. Mais
nombreux sont ceux qui soutiennent que la rétractation
de Racine Yaméogo a été obtenue
au prix d'un odieux chantage à l'emploi. Dès
lors, le pouvoir ne perd pas de temps pour prendre une
ordonnance de non-lieu. Il décida de classer
le dossier Zongo jusqu'à ce que des éléments
nouveaux, aux dires des procureurs, justifient sa réouverture.
Mais à la vérité, la réouverture
du dossier par le jeu des mécanismes et procédures
propres à la justice s'avère quasi impossible.
Deux tentatives ont déjà échoué.
Pas plus, les aveux de Moïse Ouédraogo qui
ont mis à nu le rôle de François
Compaoré dans ces affaires criminelles que les
nouveaux éléments révélés
par Robert Ménard n'ont eu raison de la détermination
des procureurs à maintenir le dossier clos. Ces
derniers ont clairement fait comprendre qu'ils sont
les seuls à avoir l'initiative de l'action judiciaire.
Notre justice est un corps malade
Notre justice est en effet un grand corps malade. La
procédure diligentée dans l'affaire David
Ouédraogo avait étalé toute son
indigence en sévissant contre du menu fretin
au lieu de s'attaquer au requin. L'argent "volé"
chez François Compaoré était manifestement
plus important pour les officiers de police judiciaire
que la mort d'un homme. Il faut se rappeler que la mort
de David n'a été officiellement reconnue
qu'à la faveur de l'assassinat du journaliste
qui enquêtait sur l'affaire. Et mieux, on a appris
que le procès verbal d'une prétendue audition
de David a été établi sur la base
d'un écrit de Marcel Kafando, lequel a été
purement et simplement retranscrit par des OPJ manifestement
aux ordres, et que les aveux d'un Hamidou Ilboudo lui
ont été dictés par le même
Kafando. Quand le juge d'instruction a découvert
cette forfaiture, on ne lui a pas permis de délivrer
un ordre de poursuite contre les faussaires. On a enjoint
le juge d'instruction de clôturer le dossier quand
il s'est entêté à vouloir inculper
les gendarmes pour les entendre. On sait ce qui est
advenu par la suite du dossier. Les faits ont été
requalifiés et on n'a retenus qu'une affaire
de coups et blessures ayant entraîné la
mort sans intention de la donner. Objectif de la manuvre
: protéger les frères Compaoré
que la qualification initiale aurait compromis. Une
bonne administration de la justice les aurait tous les
deux retenu dans les liens de la prévention.
L'objectif ayant été atteint, la justice
ne s'est plus préoccupée des affaires
de vol et surtout de faux procès verbal établi
par les OPJ. Des affaires toujours pendantes, mais dont
on doute qu'elles soient jugées en l'état
actuel des choses. Or, l'instruction de ces deux dossiers
nous aurait permis de comprendre ce qui s'était
réellement passé chez les François
et qui était derrière ces gendarmes qui
ont fabriqué le faux en écriture. Mais
avec les mêmes acteurs toujours en place, difficile
d'espérer la lumière dans les dossiers.
Seule une action citoyenne déterminée
et vigilante peut garantir une justice équitable
dans l'affaire Zongo.
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Mouvement
populaire
Tout est parti de l'Université
L'assassinat de Norbert Zongo a suscité
chez les étudiants et scolaires indignation
et colère. La réaction des étudiants
suivie de la destruction des symboles du pouvoir
a échappé aux syndicats des étudiants.
Ce fut un mouvement de colère spontanée
conduit par un groupe d'étudiants qui avaient
de l'admiration pour le journaliste.
Dans la soirée du dimanche 13 décembre
1998, Ouagadougou apprenait que le journaliste
Norbert Zongo, directeur de publication du journal
L'Indépendant a été tué
et brûlé avec ses compagnons à
quelques encablures de Sapouy. Mais ce n'est que
le lendemain 14 décembre que la majorité
des étudiants apprendront la nouvelle.
Ce fut un choc au sein de la communauté
universitaire et scolaire, se rappelle Eric Kinda,
aujourd'hui enseignant de philosophie dans un
lycée de la capitale. Norbert Zongo, de
son vivant, était une personnalité
aimée et écoutée de la jeunesse
scolaire et estudiantine. Pour les étudiants,
il était celui-là qui défendait
le mieux leur cause. L'Indépendant traduisait
les aspirations des étudiants. Norbert
Zongo animait des conférences à
l'université, dans les lycées et
collèges. Il avait noué un partenariat
avec l'ambassade de Danemark pour offrir à
chaque établissement deux numéros
de son journal à chaque parution. Certains
chefs d'établissement se sont opposés
à ce projet et cachaient même le
canard sous leur manteau. A l'époque, le
journal dérangeait et personne ne voulait
être suspecté de pactiser avec le
diable. André Tibiri, président
de l'Union Générale des Etudiants
du Burkina (UGEB) en 1998, se souvient que la
dernière conférence de Norbert Zongo
s'est tenue à l'université.
Pour les étudiants, Norbert Zongo dérangeait
le pouvoir. Son assassinat ne pouvait être
que l'uvre du régime. La nouvelle
a suscité indignation et colère
au niveau de l'université. Certaines facultés
ont immédiatement suspendu les cours sur
décision des étudiants. Il fallait
répondre au régime et venger la
mort du journaliste par l'arrestation des assassins.
Un groupe d'étudiants surnommé les
" guerriers " et Maxime Koné,
président de l'Union Nationale des Etudiants
du Faso (UNEF) sonnent le rassemblement dans la
même journée du 14 décembre.
Dans la soirée, les étudiants étaient
rassemblés sur le terrain Dabo Boukary.
Ce rassemblement devrait dégager l'attitude
à tenir. Il fut alors décidé
de veiller jusqu'au matin du 15 décembre
et de se rendre dans la famille de la victime.
Certains voyaient déjà les symboles
de l'Etat, surtout du parti au pouvoir qu'il fallait
" anéantir ". Le palais de justice
et le siège du CDP furent inscrits sur
la liste. Un plan qui pouvait être modifié
en fonction du terrain. Le matin du 15 décembre,
les étudiants et les scolaires mobilisés
par Maxime Koné, Eric Kinda, Hermann Hien,
Karim Dah et compagnie étaient dans la
famille Zongo. Un des membres de la famille leur
confie que le pouvoir a l'intention de ramener
le corps à Sapouy pour l'enterrer selon
la tradition. Le pouvoir voulait ainsi éviter
les débordements dans la capitale. Il ne
fallait plus attendre une minute pour se rendre
à la morgue, estime Maxime Koné,
pour empêcher l'enlèvement du corps.
A la morgue, se souvient-il : "nous avons
aperçu des militaires qui, probablement,
venaient chercher le corps". La morgue a
été assiégée jusqu'à
l'arrivée des organisations de la société
civile et des hommes politiques. Selon Eric Kinda,
le premier homme politique qui est arrivé
sur les lieux fut Fréderic Guirma du Front
de Refus/RDA. Il a exprimé sa solidarité
avec les étudiants et les élèves.
Lorsque les manifestants se sont assurés
que le corps était en sécurité,
ils sont passés à la seconde étape
de leur plan. Au fur et à mesure qu'ils
avançaient, ils sont rejoints par les populations.
Maxime Koné et ses " guerriers "
vont renoncer à saccager le palais de justice
parce que le plus important était le symbole
du parti au pouvoir. Aux environs de 11 heures,
la cible était atteinte. "Nous étions
convaincus que les marches pacifiques n'allaient
rien changer dans ce pays", affirme Eric
Kinda. C'est à partir de l'incendie du
siège du CDP que le régime déploie
une force de répression. Malgré
la descente des militaires avec des fusils d'assaut,
la détermination ne faiblit pas. La direction
du mouvement qui s'est constitué pour la
circonstance procède à des plans
de relance des manifestations par la mobilisation
de tous les scolaires de Ouagadougou et des autres
villes du pays. Ouagadougou sera ainsi suivie
par Koudougou, Bobo, Banfora, Ouahigouya, Fada
et d'autres villes. Ils exigeaient "justice
ici et maintenant" En même temps, ils
avaient conscience que la lumière sur l'horrible
assassinat ne pouvait se faire avec ce régime.
La seule condition pour certains, c'était
la démission du président Blaise
Compaoré et de son clan. C'est pourquoi,
après l'enterrement, les étudiants
ont décidé de descendre sur la présidence.
Ils ne seront pas suivis par l'UGEB. André
Tibiri oppose un refus catégorique. Pour
lui, il n'était pas question de laisser
déborder le mouvement car personne ne pouvait
prévoir la suite.
C'est après l'enterrement que la conduite
du mouvement va échapper à Maxime
Koné et les "guerriers". Les
organisations de la société civile
et des partis politiques ayant décidé
de créer le Collectif des organisations
démocratiques de masses et des partis politiques
avec une plateforme revendicative où les
étudiants et les scolaires sont représentés
par l'UGEB. Maxime Koné se souvient que
l'ANEB avait condamné leur attitude, les
taxant d'anarchistes, d'indisciplinés.
"On ne comprenait pas l'attentisme inexplicable
de l'UGEB", déclare-t-il. André
Tibiri reconnaît que c'était un mouvement
spontané, de colère et d'indignation.
Ce n'était pas une directive d'un syndicat
ni d'une organisation. Selon l'ex-président
de l'UGEB, les 72h ont été consacrées
aux préparatifs de l'enterrement du corps.
Le premier point de la plate-forme exigeait la
lumière sur l'assassinat du journaliste
et l'instauration d'une justice indépendante.
"Dans cette plate-forme, aucun point ne demandait
la démission de Blaise Compaoré
et personne n'a abordé le sujet pendant
sa rédaction ", déclare Me
Halidou Ouédraogo, ex-président
du Collectif. Si le sujet était évoqué,
il affirme qu'il s'y serait opposé, par
respect pour la Constitution du pays. Pour André
Tibiri, le changement doit partir d'une transformation
solide de la société par un éveil
des consciences des populations.
Abdoul Razac Napon
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Le Wack dans les
événements de Sapouy

Les membres de la Coordination du Collectif
ont été rasés, avant d'être relâchés
en avril 2000
Par Newton Ahmed Barry
Pour beaucoup, il y a eu wack, c'est-à-dire le
recours aux pratiques occultes, pour circonscrire et conjurer
les conséquences néfastes pour le régime
des événements dramatiques de Sapouy. Le pouvoir
de Blaise Compaoré a eu recours massivement aux marabouts
qui ont immolé des taureaux noirs par centaine et pas
seulement. Une décennie après, l'opération
semble avoir marché, puisque celui que tout le monde
donnait perdu s'est renforcé et serait même sur
le point d'imposer son jeune frère à sa propre
succession.
Un certain Boukaré "Zapon", officier ghanéen
réfugié au Burkina Faso pour avoir tenté
un coup d'Etat manqué contre Rawlings, était
une des éminences grises de Blaise Compaoré
en matière de wack. Dès le début du Front
populaire, il a eu pour mission de convoyer à Ouagadougou
des "wack men " hindous. Un ancien du Conseil se
souvient : "Boukaré Zapon avait ramené
avec lui un Hindou que nous remorquions sur une moto, les
jambes croisées pour faire le tour du Conseil. L'exercice
avait lieu tard dans la nuit
le moine hindou psalmodiait
des prières pendant le parcours
"
D'autres opérateurs occultes ordonnaient des sacrifices
de taureaux noirs. Notre source explique que la viande des
animaux de sacrifice était distribuée aux militaires
du Conseil mais que "ceux-ci se gardaient bien de la
consommer. Chacun partait avec son sachet et, lorsqu'il était
hors de vue, balançait son paquet dans les caniveaux.
C'est pourquoi, un moment, les environs de l'ENAM sentaient
la viande pourrie".
De l'avis de nombreuses personnes, l'opération Wack
était minutieusement organisée. Le pays était
bien quadrillé et tous les wack men et les marabouts,
d'une certaine renommée, ont été répertoriés
et mis à contribution. La consigne était simple
: "faites en sorte que le président et sa famille
ne trouvent pas la honte dans l'affaire du journaliste Norbert
Zongo". Les envoyés du président savaient
se montrer très généreux. Certains, suffisamment
cupides, en ont profité pour s'en mettre plein les
poches.
La machine à wack aurait, selon toute vraisemblance,
tourné à plein régime pendant les années
chaudes du Collectif et même bien après. Au niveau
national, les wackmen attitrés de la présidence
du Faso sont bien connus. Le plus célèbre d'entre
eux serait, dit-on, le marabout de Nouna, celui-là
même qui a juré que lui vivant, "rien de
fâcheux n'arrivera à Blaise Compaoré ".
En échange d'une telle "assurance tout risque",
le marabout de Nouna circule avec "un laissez passer"
spécial signé des mains du chef d'Etat-major
particulier de la présidence. Un autre marabout attitré,
un certain El hadji Tarnagda Soumane, un Wala de Léo,
contrairement à ce que laisserait penser son patronyme.
Ce marabout régulièrement interné dans
les somptueuses résidences de Ouaga 2000 a comme chauffeur
un militaire de la garde présidentielle.
Il y a eu d'autres marabouts, contactés mais qui n'ont
pas montré un enthousiasme débordant à
s'occuper de la " sûreté occulte "
du président. Le vieux Cheick de Todjam (aujourd'hui
décédé) a été transporté
à Ziniaré pour " travailler " pour
le président. Mais ce saint homme ne se serait pas
montré trop intéressé. Son entrevue avec
Blaise Compaoré dans son palais de Ziniaré a
été des plus brèves. Avant de lui faire
la "fatiha ", le cheick, compatissant, aurait en
fulfuldé, demandé à un de ses accompagnants
: "c'est donc lui Blaise Compaoré que tout le
monde accable !". Le vieux Cheick de Todjam s'étant
montré franchement désintéressé,
une partie de son entourage a compris tout le profit qu'il
pourrait en tirer. Ces gens auraient donc contacté
un marabout sénégalais. Ce dernier aurait écumé
le palais des années durant.
Cette liste est très loin d'être exhaustive.
Tous les grands marabouts et féticheurs du pays ont
été mis à contribution. Sauf ceux qui
n'ont pas voulu. Mais ils ne sont pas nombreux. Le missi dominici
attitré du président pour les affaires occultes
et maraboutiques serait son oncle Alassane Kikiéta
qui a pris la relève d'un autre Moumini Tedg Songo,
aujourd'hui décédé, qui assurait les
offices occultes, depuis le temps du Front Populaire. Sa cour
à Tanghin était un mini-abattoir de "taureaux
noirs".
La force des puissances occultes
Le wack et le maraboutage ont été des adjuvants
importants dans la stratégie de maîtrise et d'apaisement
de la situation insurrectionnelle qui a suivi la mort de Norbert
Zongo. Evidemment, ce n'est pas rationnel et pour les esprits
cartésiens, c'est difficile à admettre. Mais
les témoignages sont là, parfois de première
main, qui montrent que sur ce plan, le président Blaise
Compaoré et son frère François Compaoré
n'ont pas marchandé les moyens. Ils ont mis les moyens
et les vrais moyens. Ils auraient aussi appliqué à
la lettre toutes les recommandations. Il en est ainsi de cette
potion qui aurait été versée dans les
barrages et forages qui alimentent nos villes en eaux de boisson.
L'objectif était de ramollir nos ardeurs. De rendre
les Burkinabè, dans leur majorité, moins vindicatifs
et plus conciliants.
Qui ne se souvient encore des têtes rasées de
Halidou Ouédraogo, Tollé Sagnon, Maître
Sankara, Norbert Tiendrébéogo. Il s'agirait,
de l'avis de nombre de personnes, d'une opération prescrite
par les maîtres occultes. Ce qui état recherché,
c'était, semble-t-il, les cheveux de Halidou Ouédraogo.
Quand ce fut fait, ils ont assuré le président
que la lutte du Collectif, "c'était fini".
Coïncidence fortuite ou pas, c'est en ce mois d'avril
2000, la tête de Halidou a été rasé
le 10 avril 2000 précisément, que les divisions
au sein du Collectif, jusque-là latentes, ont été
révélées publiquement. Ce jour là,
Hermann Yaméogo, qui depuis le début de l'année
prenait de plus en plus ses distances avec le Collectif, va
larguer les amarres. Sur le champ, ce départ, comme
il est de coutume en pareille circonstance, a été
minimisé. C'était une erreur grave. Le Collectif
dès lors ira en se désintégrant. Hermann
Yaméogo s'en ira avec une bonne partie de la composante
politique du Collectif. L'autre composante politique qui est
restée au sein du Collectif se retrouvera de plus en
plus à l'étroit. La composante société
civile, ayant décrété l'embargo sur toutes
discussions politiques. Quand finalement, la composante politique
a décidé d'aller aux élections législatives
de mai 2002, le divorce a été brutal. "A
défaut de nous accompagner, souhaitez-nous au moins
bonne chance", s'est risqué Etienne Traoré,
alors membre du PDP/PS. "Non ! On ne vous souhaite rien",
a répondu sèchement un membre de la composante
société civile. Il en sera effectivement ainsi.
Le collectif "société civile" qui
surestimait ses forces s'est progressivement coupé
de la composante politique du mouvement. Maître Bénéwendé
Sankara, le professeur Joseph Ki-Zerbo, Philippe Ouédraogo,
pour ne citer que les plus en vue, ne prendront pas le risque
du divorce. Mais dès le tournant de 2002, le cur
n'y était plus vraiment.
Le wack y serait-il pour quelque chose ? Très difficile
de répondre. On ne peut que constater que les mésententes
stratégiques entre les deux principales composantes
du Collectif ont ruiné les objectifs d'un mouvement
qui a été vraiment populaire et aurait, s'il
avait été conduit à son terme, procurer
des qualités insoupçonnées à notre
démocratie. Le Burkina aurait été alors
à la hauteur de la Haute Volta. Le 3 janvier 1966 aurait
été alors réhabilité. Ce ne fut
pas le cas. Si les forces occultes ont été les
vecteurs principaux de cet échec, nous aurions tous
à gagner, à aller à l'école des
wacks. Au moins, apprendrions-nous le contre wack pour faire
droit aux aspirations les plus légitimes de notre peuple.
En la matière, semble-t-il, il ne s'agit pas d'en rajouter,
mais quelques wackmen favorables au Collectif aurait essayé
sans succès d'inverser le cours des choses. A Sapouy
même, un collège de féticheurs a été
consulté pour comprendre comment un drame, comme celui
qui a coûté la vie à Norbert a pu se produire
dans les limites du territoire du Ziro, un espace sous leur
contrôle. En pareille occasion, ces féticheurs
convoquent les esprits du fétiche qui viennent retracer
les faits et montrer le visage des coupables. Pour l'affaire
Norbert Zongo, les féticheurs de Sapouy ont convoqué
en vain l'esprit des fétiches. Ils ont conclu que leurs
homologues qui ont travaillé pour les bourreaux de
Norbert Zongo étaient trop puissants. Comme quoi, en
matière de fétiches aussi, il y aurait des "missiles
patriotes" et des "boucliers anti nucléaires".
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Les religieux dans
la crise de Sapouy
Les catholiques constants, les musulmans intéressés
et les protestants "acquis" !
Par Aimé Franck Bazié
Le dossier Norbert Zongo a été différemment
apprécié au sein des principales communautés
religieuses de notre pays. L'Eglise catholique a été
celle qui, sans ambages, a toujours exigé la
vérité et la justice dans ce dossier.
Plusieurs lettres pastorales ont été publiées
dans ce sens par les évêques. Dans certains
sermons, les prêtres n'ont pas craint d'exprimer
la commisération de l'Eglise. Il est vrai qu'il
y a eu parfois des dissensions entre hommes d'Eglise,
mais globalement cette institution est restée
constante sur l'obligation pour les autorités
de tout mettre en uvre pour que justice soit rendue
à Norbert Zongo et ses compagnons. Bien évidemment,
il y a eu des voix discordantes, comme celle de Mgr
Séraphin Rouamba, ami personnel du président
Blaise Compaoré et son promotionnaire à
l'école. Il y a eu aussi celle de l'archevêque
de Ouagadougou, Mgr Untaani Jean-Marie Compaoré,
toujours convaincu que Blaise Compaoré est une
chance pour le Burkina Faso. Il vient de préciser
son idée récemment en soutenant que pour
l'instant, "l'alternance" serait une aventure.
Pour ce qui concerne les musulmans, l'attitude a été
tout autre. En raison du mode de fonctionnement de cette
confession, non centralisée, beaucoup d'imams
et certains grands marabouts se sont rangés du
côté des plus forts du moment. Certains
chefs religieux marabouts, quand ils n'ont pas travaillé
pour maintenir Blaise Compaoré au pouvoir et
vaincre le mouvement du Collectif, ( voir le texte sur
le WACK dans la lutte du Collectif) ne se sont pas gênés
pour décréter et sanctifier Blaise Compaoré.
Dans beaucoup de mosquées, on a organisé
des prières pour la "victoire de Blaise
Compaoré". A Ouagadougou, la mosquée
de Alizeta Gando à Gounghin a été
le tremplin à ces prières. Un fidèle
raconte qu'une fois après une prière,
Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré
sont arrivés avec une enveloppe de 500 000 F
CFA pour remercier les "gens de la mosquée"
pour "leur contribution dans le retour de la paix
dans le pays".
Au Burkina Faso, le régime en place, dans sa
politique de captation du pouvoir, a développé
des actions multiformes qui l'ont aidé à
assujettir toutes les structures sociales et religieuses
significatives du pays. Pour ce qui concerne la communauté
musulmane, il a trouvé des hommes qui se sont
dépouillés de toute réserve pour
identifier l'Islam à Blaise Compaoré.
On en verra même des plus zélés
crier que Blaise est un nouveau prophète, lorsque
le Saint Coran dit qu'il n'est de Dieu qu'Allah et Mohamed
est son prophète et le dernier!
Chez les protestants, c'est quasiment la même
chose. La hiérarchie roule pour le pouvoir et
en retour bénéficie de bien des égards.
Les principaux leaders protestants outre les gratifications
de toutes natures, verront un des leurs, le Pasteur
Freeman Compaoré nommé à la tête
de la commission de réconciliation et dédommagement
des victimes des violences en politique. Il fera partie
des "inspirés" qui ont produit ce contrat
controversé imposé aux familles des victimes
"choisir entre l'argent et la justice".
Plus généralement, cette crise n'a épargné
personne, pas même les plus réservés
et les plus intègres des religieux. Mgr Anselme
Sanou ne garde pas toujours un souvenir heureux de son
implication dans la tentative de résolution de
la crise. Après la journée du pardon,
le sentiment qu'il a été floué
a grandi. Mais globalement, lui n'a pas trahi son engagement.
La Journée Nationale de Pardon : une caution
de l'impunité ?
Le 30 mars 2001, soucieuse de préserver le bien
commun et l'intérêt supérieur de
la nation, l'Eglise catholique, à l'instar des
autres confessions religieuses, a fini par adhérer
à l'idée de la JNP. Mais auparavant, les
évêques ont voulu être suffisamment
clairs sur la conception de l'Eglise du pardon. Le 23
mars 2002, les évêques se sont prononcés
sur la JNP. Le ton est clair : " Le pardon est
le fruit d'un dialogue entre personnes qui se sont écoutées
d'abord, et ont pris connaissance à la fois de
l'objet du pardon (aveu des offenses) et des intentions
des parties concernées. Le pardon ne saurait
être un acte de simple volonté politique;
il doit être préparé et soutenu
par une prise de conscience et garanti par une volonté
clairement exprimée de réparation et de
justice. Sans ces conditions, notre peuple pourrait
s'engager dans une procédure qui risque de le
conduire à la désacralisation du pardon
et à une imposture collective". L'Eglise
a voulu recadrer cette notion de pardon qui prenait
l'allure d'un pardon instrumentalisé.
Les évêques instruits par les suites qui
avaient été réservées aux
travaux des "sages" ne se faisaient pas trop
d'illusions sur les lendemains de la Journée
du pardon. Mais par cette déclaration, ils prenaient
date et très habilement soustrayaient l'Eglise
des avatars immanquables des promesses non tenues.
Cette position des évêques coïncidait
avec l'attitude que l'Eglise avait toujours observée
dans la crise. En 1999, avant même que le Collège
des sages ne commence ses travaux, les évêques
avaient en effet été les premiers à
prescrire la trilogie "vérité, justice,
réconciliation" comme l'unique voie de sortie
de la crise. C'est donc dans cette logique que Mgr Thomas
Kaboré, Président de la Commission "Justice
et Paix", a adressé un message d'encouragement
aux "Femmes en noir". Le message a été
lu le 03 juin 2007, au cimetière de Gounghin
où les "Femmes en noir" viennent se
recueillir tous les 1er dimanche de mois sur la tombe
de Norbert Zongo. Mgr Thomas Kaboré leur disait
: "
Pour exiger des pouvoirs publics la lumière
sur cette affaire, vous avez créé le "
mouvement des femmes en noir du Faso", et vous
avez décidé de vous retrouver tous les
premiers dimanches de chaque mois, autour des tombes
des illustres défunts, pour vous recueillir,
jusqu'à ce que la lumière soit faite sur
cette affaire. La Commission Justice et Paix, que je
préside, loue votre courage et votre détermination".
Plus loin, il dira : "nous nous joignons à
vous aujourd'hui pour inviter les autorités politiques,
administratives et judiciaires qui ont la charge de
ces dossiers, à créer les conditions nécessaires
pour une réconciliation nationale vraie, fondée
sur la vérité et la justice. Pas de vérité,
pas de réconciliation nationale ! C'est à
cette seule condition que la paix dont jouit le Burkina
Faso aura des fondements solides et inébranlables.
Notre pays a besoin de tous ses fils et filles pour
son développement harmonieux. Personne ne saurait
en être exclu.". Dans le dossier Norbert
Zongo, la Commission "Justice et Paix" a donné
de la voix et continue à le faire. Au cours des
deuxièmes semaines sociales de l'Eglise Catholique
tenues du 06 au 09 novembre 2006 sur le thème,
" La justice sociale et la paix au Burkina Faso
: quelle contribution de l'Eglise catholique ?",
les participants ont exprimé leur vive inquiétude
et leur profonde préoccupation face au non lieu.
"Nous recommandons vivement aux autorités
politiques et judiciaires que des mesures appropriées
soient prises pour la suite de l'examen de ce dossier
pour aboutir à une justice équitable".
Lors de la 3è session des Semaines Sociales tenue
du 17 au 21 novembre 2008, les participants ont encore
formulé une motion pour la réouverture
du dossier Norbert Zongo.
Mouvement des intellectuels
Le Pr Mahamadé n'est pas amer

Le Mouvement est né à la suite de l'assassinat
de Norbert Zongo. Pour ses initiateurs, ce meurtre politique
révèle une certaine crise des murs
au Burkina. Le pouvoir politique veut culpabiliser l'expression
des idées et des pensées, voire même
les criminaliser si elles ne vont pas dans le sens qu'il
souhaite. Il y a péril en l'air. Il faut défendre
le droit à la différence et créer
les conditions de son expression. C'est pourquoi, un
comité d'initiative de 5 membres s'est attelé
dès fin décembre à la rédaction
d'un " manifeste pour la liberté".
Il recueille des centaines de signatures. Le Manifeste
est publié dans la presse sous le nom du "
Manifeste des intellectuels " qui prendra par la
suite l'appellation de " Mouvement des intellectuels
". La première rencontre publique a eu lieu
à l'université de Ouagadougou le 16 janvier
1999 sous la forme d'une table ronde dont le thème
était " l'intellectuel et la politique ".
Elle a connu la participation d'une centaine d'intellectuels
venant d'horizons divers. Enseignants, médecins,
avocats, magistrats, journalistes, architectes, ingénieurs,
experts comptables
ont adhéré à
l'idée d'une procession sur la présidence
du Faso afin de remettre une lettre de protestation.
Le 25 février 1999, la procession mobilise plusieurs
centaines d'intellectuels. Elle part de la faculté
de Droit, emprunte le boulevard De Gaulle et est stoppée
au rond-point de la radio nationale. Le ministre Yéro
Boly de l'Administration territoriale vient à
leur rencontre pour réceptionner la lettre. Pour
les intellectuels, il n'en est pas question. Il faut
qu'ils continuent leur chemin jusqu'à la présidence
où ils vont remettre leur missive comme convenu
initialement de commun accord avec les autorités.
Les tractations durent quelques minutes et finalement,
les manifestants décident de rebrousser chemin
devant l'opposition du ministre et des forces de l'ordre
de les laisser continuer. Que va faire maintenant le
mouvement? Quel sera son positionnement dans la sphère
publique ? Les adhérents tout comme l'opinion,
surprise de la mobilisation des intellectuels, s'interrogent
sur le devenir du mouvement. La première réponse
apportée, c'est la transformation de la direction
en coordination. Celle-ci coiffe les différentes
sections mises en place dans certains secteurs de la
vie socioprofessionnelle. Ensuite, le mouvement appelle
ses membres à participer aux activités
du Collectif contre l'impunité qui réclame
" vérité et justice " pour Norbert
Zongo et toutes les victimes des crimes politiques.
Lors des meetings du Collectif, un représentant
du Manifeste prend la parole au nom des intellectuels.
Par ailleurs, le mouvement mène ses propres activités
comme les tables rondes et les conférences sur
divers sujets d'intérêt national ou international.
Il publie également ses prises de position dans
la presse sur des sujets comme le rapport du Collège
des sages, l'invalidation de l'année universitaire
1999-2000, le procès des présumés
putschistes, la situation en Palestine et en Irak, la
crise ivoirienne. En 2001, il se donne un cadre d'expression
plus formel avec la création de Hakili, un trimestriel
dont le premier numéro est sorti en décembre
2001. Pour le coordinateur national du mouvement, le
Pr Mahamadé Savadogo, " l'outil qu'est le
journal est incontestablement une modalité centrale
de l'intervention des intellectuels dans la sphère
publique et partant, de l'édification de l'identité
du corps des intellectuels en tant que tel ". Le
journal va assurer une grande visibilité au mouvement
qui gagne en audience au Burkina et à l'extérieur.
Aux élections des responsables dans les facultés
à l'université de Ouagadougou, en juin
1999, certains de ses membres sont élus. Son
premier responsable remporte le poste de vice doyen
dans sa faculté. Le pouvoir politique qui voit
dans ce mouvement une subversion, un appendice d'un
parti politique clandestin (le PCRV pour ne pas le nommer)
profite de la grève des étudiants pour
supprimer le 6 octobre 2000 les facultés, pour
les remplacer par des Unités de formation et
de recherche (UFR) gérées par des enseignants
qui lui sont favorables. Certains membres du mouvement
affirment avoir subi diverses pressions pour les amener
à abandonner la lutte. Certains ont effectivement
raccroché, mais d'autres continuent, convaincus
que "de tels mouvements sont indispensables dans
la lutte pour la modernisation de nos murs politiques
en particulier et de nos sociétés en général".
Pour ce 10è anniversaire de l'assassinat de Norbert
qui marque aussi ses 10 ans d'existence, le Manifeste
des intellectuels publie dans son journal Hakili un
dossier sur l'affaire Zongo. Il prend part à
toutes les activités organisées par le
Collectif contre l'impunité. Le Pr Mahamadé
Sawadogo a-t-il connu Norbert Zongo de son vivant ?
"Oui, je le connaissais sans être un de ses
proches. J'ai suivi plusieurs de ses conférences.
Je pense que vers la fin, il avait l'impression d'être
presque seul, très peu soutenu. Il se disait
qu'après lui, L'Indépendant n'allait pas
survivre. Il en souffrait." Le philosophe estime
que de par ses écrits dans son journal L'Indépendant
et ses multiples conférences à travers
le pays, Norbert Zongo incarnait la figure de l'intellectuel
engagé. Il voit en Norbert Zongo un exemple d'engagement
adressé aux intellectuels burkinabè. "Son
sacrifice a mis la barre à un niveau élevé
pour les intellectuels. On est convaincu maintenant
qu'être intellectuel ne se réduit pas à
avoir un diplôme ou à posséder un
savoir. Mais beaucoup plus le courage de défendre
certaines idées. Son assassinat constitue de
ce fait un événement fondateur.".
Idrissa Barry
Sur les traces des victimes de Koudougou
" Hermann Yaméogo était le pyromane
"
Mohamed Sawadogo, à l'époque Président
du Collectif/Bulkiemdé
"Koudougou, la ville natale de Norbert Zongo",
"Koudougou la ville du textile", "Koudougou
la ville rebelle". Comme ce dernier qualificatif
semble lui aller bien. Autant de sobriquets pour cette
ville dont l'histoire est faite de pages glorieuses,
mais aussi de pages sombres. A la faveur de ce dixième
anniversaire du quadruple assassinat de Sapouy, nous
marquons un arrêt sur les moments forts du "mouvement
trop, c'est trop" qui a ébranlé tout
le pays et particulièrement la ville de Koudougou.
Dans la quête de justice pour Norbert Zongo, beaucoup
ont souffert le martyr. Nous avons rencontré
quelques personnes et recueilli leurs témoignages.
Koudougou allait être le charnier du Burkina.
Dans la lutte pour la vérité sur l'assassinat
de Norbert Zongo et de ses trois compagnons d'infortune,
il n'y a plus que la date du 13 décembre qui
marque les esprits. Le 12 décembre 2000 l'est
aussi et à plusieurs raisons surtout pour la
ville de Koudougou. Ce jour là, l'Association
des Scolaires de Koudougou (ASK) tenait une rencontre
préparatoire de la journée du 13 décembre.
La suite de l'histoire, c'est Mohamed Sawadogo qui nous
la relate. A l'époque, ce dernier était
en service à la BIB/Koudougou, mais il était
aussi le président du MBDHP du Boulkiemdé
et assurait à ce titre, comme il est de coutume,
la présidence du Collectif provincial. Aux environs
de 17 h, il est accosté à l'entrée
de la BIB par un certain Ouédraogo Souleymane
qui lui dit que "des enfants sont allés
bruler des véhicules au domicile de Me Hermann
Yaméogo". Son "visiteur" poursuit
en lui attribuant les infractions parce qu'en tant que
président du MBDHP, c'est lui qui aurait commandité
ce forfait. Mohamed Sawadogo répond qu'il n'en
est rien du tout et confesse que c'est M. Ouédraogo
qui lui apprend la nouvelle des véhicules incendiés.
Mais ce dernier s'emporte et devient amer. Quelques
trente minutes après le départ de M. Ouédraogo,
le siège du MBDHP est incendié par des
éléments de la Brigade de vigilance civique
(BVC). La BVC, ainsi s'appelait "la milice de l'ADF/RDA"
qui se donnait pour mission de veiller au respect de
l'ordre dans la ville de Koudougou suivant les instructions
du parti. Alors se sentant menacé depuis son
bureau de la BIB, Mohamed appelle à la gendarmerie
et au Commissariat pour prévenir de ce que sa
sécurité était menacée et
même que son domicile serait visé par les
militants de l'ADF/RDA qui jurent d'y mettre le feu.
Il est seulement 17 h 30mn, mais les événements
vont plus vite que le temps et les pyromanes, armés
de gourdins, de machettes, et d'armes à feu,
prennent position tout autour de la BIB située
non loin du siège du MBDHP. Au même moment,
Mohamed dit Mao apprenait par une communication téléphonique,
l'incendie de son domicile ainsi que ceux de plusieurs
autres camarades dont Eustache Zagré, Denis Walbéogo,
Kassim Ouédraogo, Lassina Yaméogo, Innocent
Nacambo.
Dr
Nacoulma a vu sa maison incendiée
Le commissariat et la gendarmerie qui avaient promis
de prendre les dispositions pour sécuriser les
domiciles de ces gens n'ont pas tenu leur promesse.
"J'ai perdu tout ce que j'ai acquis en vingt ans
de carrière", avait confié Mohamed
Sawadogo à notre confrère Koffi Amétepé
dans le numéro 145 du 18 décembre 2000
du quotidien de l'époque 24 Heures. Innocent
Nacoulma, que nous avons également rencontré,
nous a confirmé les incendies. Ce docteur chirurgien
était le chirurgien chef du centre hospitalier
régional de Koudougou au moment des faits. Connu
pour son militantisme au sein du Collectif, sa maison
a été saccagée, pillée et
incendiée comme beaucoup d'autres. Son fils Amos
Nacoulma qui s'était refugié à
Ouagadougou parce que recherché en tant que secrétaire
général de l'ASK, par qui le malheur serait
arrivé, avait relaté dans les colonnes
du journal Le Pays n°2286 du 15 décembre
2000 comment les événements étaient
arrivés. Selon cet élève de 2nde
à l'époque au lycée municipal de
Koudougou, "4 individus sont venus agresser le
président de l'ASK, Zagré Prosper Gauthier"
alors qu'ils tenaient une assemblées générale
autour de 16h-16h30 pour préparer la journée
du 13 décembre. Le président de l'ASK
aurait été blessé par les agresseurs
qui, dans une course poursuite, se sont refugiés
chez Me Hermann Yaméogo. "Les élèves
se sont dirigés vers les lieux pour comprendre
et subitement Me Hermann lui-même est sorti avec
une arme à feu et cela a déclenché
la colère des élèves". Hermann
Yaméogo avait donné lui aussi sa version
à travers les médias et dans L'Indépendant
n°381 du 26 décembre 2000.Iil disait qu'il
est sorti avec son pistolet et a tiré en l'air
pour disperser les manifestants alors que son véhicule
prenait déjà feu. Au delà des pertes
matérielles enregistrées cette nuit-là,
"la nuit des longs couteaux ", ce sont des
vies qui étaient en danger. Mohamed Sawadogo
a été séquestré de 17h à
2h du matin avant d'être extirpé de son
bureau de la BIB par la police après deux premières
tentatives vaines. Il a d'abord été conduit
chez Me Hermann Yaméogo où ce dernier
l'attendait pour un entretien sur la situation avec
un dispositif médiatique. Lorsque le commandant
de la gendarmerie s'est interposé pour empêcher
que l'entretien soit filmé, "Hermann est
entré dans une colère noire et a dit ceci
: "j'ai reçu le feu vert d'aller jusqu'à
l'extrême". Les péripéties
ont été longues pour Mohamed jusqu'à
son arrivée à Ouagadougou à 6h
du matin à bord du véhicule personnel
du commissaire de police Zagré Paul. Celui-ci
lui avait confié que les informations dont il
dispose à son sujet sont très mauvaises
pour qu'il passe la journée du 13 décembre
à Koudougou. Arrivé à Ouaga, M.
Sawadogo a été emmené à
la sûreté où il a été
gardé de 6h jusqu'à 8h et demi avant d'être
conduit à son domicile à Ouagadougou.
Dr Nacoulma n'a pas été moins inquiété.
Il est arrivé à Ouagadougou dans des conditions
toutes différentes, mais pas enviables non plus.
De cet "exil", les deux fonctionnaires ne
retourneront plus en service à Koudougou. Ils
reçoivent quelques temps après, leurs
affectations pour servir à Ouagadougou. Depuis
donc 2001, Mohamed Sawadogo travaille à la BIB/Ouaga,
agence du marché (Rood-Woko) et le Dr. Nacoulma
est en service à l'hôpital Yalgado Ouédraogo.
Les événements dont ils ont été
victimes font l'objet depuis 2001 d'une plainte judicaire
contre "Me Hermann Yaméogo et alliés",
mais le dossier n'a pas encore connu la moindre avancée.
Par Boukari Ouoba
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"Wanted"
Victor Kima : " La police était à mes trousses
"

Kima Victor est étudiant à l'université
de Ouagadougou. Il a validé sa quatrième année
en psychologie l'année dernière et prépare
à présent son mémoire de maîtrise.
A la mort du journaliste Norbert Zongo, Kima était
en classe de 2nde au lycée Kourita de Koupéla.
Cet élève qui a marqué son lycée
et toute la ville par son engagement a connu une aventure
douloureuse lors de la crise scolaire de 2000. Alors qu'il
était le secrétaire à l'organisation
au sein de l'Association des scolaires de Koupéla,
il se retrouve être le plus activiste de tous. De manifestation
en manifestation, d'un boycott à un autre, son champ
de liberté finit par se rétrécir autour
de lui. En juin 2000, après le boycott des examens
du BEPC et du BAC dans lequel il est mis en cause, il est
recherché par la police. Il réussit à
s'exiler à Ouagadougou où il rejoint les étudiants
plongés pour la même cause qui allait conduire
à la première année invalidée
de l'université de Ouagadougou. C'est en octobre 2001
qu'il retourne à Koupéla dans son lycée
où il reprend la classe de première. Les activités
scolaires du premier trimestre de l'année sont gelées
par le sabotage des élèves qui tiennent à
ce qu'on revienne sur l'année écoulée
(2000-2001) qui s'était terminée en queue de
poisson avec des résultats très peu satisfaisants
pour beaucoup. Cette année là, le cercle des
combattants s'était réduit sans que la détermination
de Kima faiblisse. Il est alors, par la force des choses,
le premier responsable de l'ASK et réussit le mot d'ordre
de non paiement des frais de scolarité par les élèves.
Le nouveau proviseur du lycée, précédemment
censeur du même lycée, Laurent Warmé décide
de faire ses cours dans les labos où l'accès
se fait sur présentation du reçu de paiement
des frais de scolarité. Le premier jour de la tentative
d'application de cette règle, Kima et le proviseur
se manquent sérieusement. Ce qui lui vaudra 72h d'exclusion
avec 35 points en moins. Les carottes sont cuites, impossible
de valider une année avec une telle sanction. En fin
d'année, c'est sans surprise que Kima est exclu du
lycée. L'année suivante, il réussit à
s'inscrire en 1ère A au lycée Zinda à
Ouagadougou où il obtint son BAC en 2003 avant de poser
ses valises à l'université de Ouagadougou au
département de Psychologie. Pour Kima "le Collectif
était porteur d'espoir, de rêve et de changement".
Et c'était son viatique pour ne pas succomber aux tentatives
d' "achat de conscience" à laquelle certains
n'ont pas résisté. A un moment, alors qu'il
n'avait plus de soutien à cause de ses positions et
qu'il dormait dans un kiosque, Mme le haut commissaire du
Kouritenga s'est prise de sympathie pour lui. Elle envoya
un jour des gens le chercher pour l'amener dans son bureau.
Elle promet de l'aider en le prenant en charge. Après
un entretien, elle lui remet un billet de cinq mille qu'il
refuse, mais finit par accepter sur l'insistance de la dame.
Quand il fut hors du bureau, il montra le billet à
ses camarades et ils allèrent le photocopier "pour
question de preuve" avant de revenir cette fois-ci en
groupe, remettre à Mme le Haut commissaire, son billet
de banque.
Kima a lu L'Indépendant et son fondateur pour la première
fois quand il était en seconde. Il a aimé Norbert
Zongo, ses analyses, sans l'avoir connu physiquement
Boukari Ouoba
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