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Dossier : NORBERT ZONGO


Crime impuni !


En 2000, à la place de la nation, il n'y avait plus Herman Yaméogo. Ce n'était plus le grand amour entre "les politiques" et la société civile du Collectif

Dix ans de l'assassinat de Norbert Zongo, dix ans aussi du Collectif, né pour réclamer que justice lui soit rendue.
Il n'y a pas dans l'histoire de notre pays, un précédent d'engagement populaire aussi fort et déterminé. Même le 3 janvier 1966 ne peut concurrencer les années Collectif, par l'ampleur de la mobilisation et de la détermination.
Cependant, il ne s'agit pas d'être déterminé et engagé pour aboutir à quelque chose. Le triste constat que l'on peut faire aujourd'hui, dix ans après Sapouy, c'est que rien, absolument rien n'a bougé. Norbert Zongo n'a pas obtenu justice. Son dossier est même "enterré". Le pouvoir de Blaise Compaoré nous impose de classer ce dossier dans "les dossiers judiciaires non élucidés", comme il y en a partout à travers le monde.
Sur le plan démocratique, il n'y a rien eu non plus. Les maigres concessions obtenues sous l'instigation de la pression populaire et des propositions des structures installées par le président lui-même pour lui faire des "gestions de sortie de crise" ont été pour le moins reconsidérées.
Une décennie après, c'est Blaise Compaoré surpuissant qui règne et régente le Burkina Faso. Le constat est le suivant : avant 1998, le Burkina est sous la férule d'un homme (Blaise) et d'un parti (le CDP). En 2008, le Burkina est en rente viagère pour le compte des "Compaoré & Co".
Dans le dossier présent, nous revenons sur quelques moments importants de la vie du Collectif. Nous nous sommes arrêté sur des questions qui peuvent paraître anecdotiques qui ont tenu toute leur place dans cette crise.
Le constat est simple : dix ans après Sapouy, le Collectif n'est plus que l'ombre de lui-même. De l'autre côté, Blaise Compaoré est omniprésent….omnipotent !


Drame de Sapouy, dix ans après
Blaise plus fort que jamais…



Par Newton Ahmed Barry

Avec le Collectif contre l'impunité, le Burkina Faso avait eu deux présidents. Un président du " pays réel ", Halidou Ouédraogo et un président du " pays légal ", Blaise Compaoré. Dix ans après, le second est solidement harnaché à son pouvoir, en revanche, au niveau du " pays réel ", ce n'est pas loin du désarroi. Le Collectif est aujourd'hui à l'image de la santé de son emblématique président : mal en point.

La pétition pour la réouverture du dossier judiciaire de Norbert Zongo, lancée le 20 octobre dernier, avec un objectif de 25 000 signatures seulement, n'a pas recueilli pour l'instant, suffisamment de signatures pour être déposée auprès des autorités. Sans ces 25 000 signatures, la pétition ne vaut rien légalement.
Dix ans après, serait-il devenu impossible de réunir 25 000 signatures pour obtenir la réouverture d'un dossier pour lequel des centaines de milliers de Burkinabè se sont mobilisés à travers le pays ? Il faut le craindre. Juste rappeler qu'il y a dix ans, au niveau seulement de Ouagadougou, ils étaient plus de 50 000 à accompagner Norbert Zongo à sa dernière demeure.
Une décennie a-t-elle suffi pour créer ainsi une désaffection autour de l'affaire Norbert Zongo ? Peut-être pas. Mais le Collectif, qui a porté vaillamment la lutte des années durant, est aujourd'hui dans un piteux état. Le Collectif, comme son nom l'indique, était un rassemblement d'organisations de la société civile et des partis politiques. La grande majorité de ces structures sont aujourd'hui en crise. Le PDP/PS du professeur Joseph Ki-Zerbo n'est plus que l'ombre de lui-même. Les Sankaristes sont plus fractionnés que jamais. Hermann Yaméogo vit sur son passé avec une "momie" politique. L'autre composante du Collectif ne va pas mieux non plus. L'UIDH n'a presque plus de siège. L'électricité et l'eau y sont coupées depuis plus de six mois maintenant. Le personnel ne se souvient plus de la dernière fois qu'il a reçu sa paie. Le MBDHP n'est pas loin d'une situation semblable. Quand à la composante syndicat, ce n'est pas non plus reluisant. Beaucoup d'organisations de travailleurs sont maintenues à la vie grâce à la subvention de l'Etat. La base sociale du Collectif est en décrépitude. Le mouvement ne saurait alors mieux se porter.
Du point de vue sociopolitique, nous sommes revenus, une décennie après, à la situation qui prévalait avant les événements dramatiques de Sapouy. Une classe politique laminée et déconsidérée. Une société civile essoufflée et décriée. Si Blaise Compaoré devait instituer aujourd'hui un collège de sages, il aurait eu un mal fou. Par sa faute, pour une grande part, puisqu'il s'est employé à griller le maximum possible. La cupidité a fait le reste. Mais la crise est sans précédent, puisqu'elle n'épargne pas aussi la majorité présidentielle. Le CDP ne va pas mieux non plus.

Les acquis, un lointain souvenir

Le Burkina Faso de 1998 était sous la botte d'un homme et d'un parti. Le Burkina de 2008 est en gérance bail entre les mains de deux frères et d'une famille. De 1998 à 2008, la gouvernance démocratique ne s'est pas améliorée. L'intermède des législatives de 2002 a été un vrai feu de paille. Une année seulement après le scrutin, le parti gouvernemental revenait sur le consensus minimal "des reformes politiques" en supprimant le mode de scrutin plus favorable à l'expression de la diversité. Dans la même foulée, le chef de file de l'opposition était dynamité. La législature s'achève sur l'omnipotence du CDP, le parti présidentiel. La politique de la " tabula rasa " n'a pas concerné que les formations politiques, elle a dynamité aussi, les personnalités de l'opposition susceptibles de constituer une alternative. L'OBU de 30 millions est parti avec le crédit d'un Bado. L'Opinion, L'Hebdomadaire et la justice s'acharnent depuis à ligoter l'honneur de Maître Sankara à une ténébreuse affaire de "travailleurs de X9".
Dans cette ambiance, le président Blaise Compaoré apparaît plus que jamais seul au devant du pays. Ou disons, pour être tout à fait exact, il est tout seul avec son frère cadet.
Au début des événements de Sapouy, Halidou Ouédraogo, tout à son inspiration, avait eu cette phrase slogan : "ceux qui ont réduit Norbert en 5 kg de cendre ont fabriqué une bombe de 5 kilotonnes qui allait les emporter". Dix ans après, il faut hélas constater que c'est plutôt dans le camp du Collectif contre l'impunité que cette puissante charge a explosé.
Dans la logique des choses, c'est le Collectif qui aurait dû triompher. Pour reprendre la formule du Professeur Joseph Ki-Zerbo : "c'est l'intégrité qui devait aller à l'enterrement du crime et de l'impunité". Pour l'instant, c'est plutôt le contraire qui est à l'œuvre.
Halidou Ouédraogo ne prendra pas la tête de la procession de ce dixième anniversaire. Il lutte avec la maladie depuis quelques années maintenant. Le Professeur Joseph Ki-Zerbo non plus ne sera pas de la partie. La mort l'a fauché en plein combat. Les orphelins du Collectif sauront-ils se mobiliser comme l'ont fait les partisans de Sankara à l'occasion du vingtième anniversaire de son assassinat? Il faut l'espérer.

Le but de la lutte

Si dix ans après, les buts de la mobilisation du Collectif n'ont pas changé, c'est-à-dire " Vérité et justice " pour Norbert Zongo, il reste toujours posé la question des moyens et de la stratégie. Pour reprendre Robert Ménard, ancien secrétaire général de RSF et ancien membre de la Commission d'enquête indépendante (CEI) : "Tout le monde sait qui est derrière ces assassinats. Personne n'ignore que la justice n'a pas fait son travail, que les pressions de la présidence ont été énormes" (lire interview exclusive). Faut-il alors continuer à demander à Blaise Compaoré de faire ce qu'il ne fera jamais? Cette question provoquera à coup sûr l'ire du président et de ses partisans, en même temps qu'il réveillera les clivages au sein des anciens alliés du Collectif. Voilà ce que L'Evénement écrivait à ce propos en janvier 2002 "…l'urgence du débat sur les revendications politiques. Et c'est sur ce point qu'il y a comme une méprise du Collectif qui ne se résout pas à engager le débat de fond. Or, le problème aujourd'hui se pose en termes d'alternative au pouvoir de Blaise. Est-il possible de le battre sur le terrain démocratique ? Si oui, comment créer les conditions (…) Malheureusement, tout se passe comme si Blaise était finalement considéré comme le moindre mal (…) Si tel est le cas, il faudra se résoudre à faire le deuil du Collectif. Blaise Compaoré aura encore triomphé et pour de bon!" (in L'Evénement n°07 de janvier 2002).
Dix ans après, cette prédiction s'est réalisée. Blaise Compaoré est aujourd'hui plus fort que jamais.

Robert Ménard
"N'acceptons jamais l'inacceptable."


Robert Menard


Vous avez, avec RSF, mis beaucoup d'énergie dans la cause de Norbert Zongo. La justice a décidé un non lieu dans ce dossier, quel est le regard de Ménard qui a aujourd'hui pris du recul ?
Dix ans après la mort de Norbert, je reste scandalisé, bouleversé par sa mort, celle de ses amis. Sans parler de l'impunité dont bénéficient ses assassins. Tout le monde sait qui est derrière ces assassinats. Personne n'ignore que la justice n'a pas fait son travail, que les pressions de la présidence ont été énormes. Vous le voyez, je n'arrive pas, je ne veux pas prendre de recul. On doit la vérité à la famille, aux amis de Norbert. Il n'est pas question de laisser tomber. Les puissants d'aujourd'hui ne le seront pas toujours. On finira par sanctionner les responsables de toutes ces morts. Cela ne fait aucun doute à mes yeux. Il suffit que nous ne baissions pas les bras. Il ne faut pas oublier. Il faut continuer à se mobiliser. La vérité triomphera, j'en suis sûr.

Comment analysez-vous l'engagement de la société civile burkinabè dans l'affaire Zongo ?
Sans les grandes manifestations au lendemain de la mort de Norbert, il n'y aurait pas eu de Commission d'enquête, ni de mobilisation dans le monde entier comme ce fut le cas. J'ai regretté néanmoins, je dois vous l'avouer, l'utilisation partisane que certains ont fait de cette affaire. Il aurait fallu une plus grande unité de la société civile et de ses acteurs politiques. La mort de Norbert mérite mieux que des chamailleries. Mais arrêtons là. Le principal, c'est que jamais les associations de droits de l'homme, les organisations professionnelles n'aient oublié Norbert. Vous savez, il est et il restera une des plus belles figures du journalisme en Afrique. Son assassinat a frappé de plein fouet tous les professionnels du continent et même bien au-delà. Et je vous le redis, sans la mobilisation exceptionnelle des Burkinabè, la mort de Norbert n'aurait jamais produit l'onde de choc que nous avons connue et qui a bousculé le régime à l'origine de ce drame.

Vous avez été membre de la CEI, y a t-il encore quelque chose à tirer des auditions , des indices non encore révélés qui pourraient aider à relancer l'enquête ?
Quitte à me répéter : il faut décrypter les conclusions de la Commission. Ce que les magistrats en charge de ce dossier n'ont jamais fait, n'ont jamais voulu faire. Les marchandages qui ont précédé la publication des conclusions de la CEI en ont dénaturé le sens et la portée. Nous nous sommes faits rouler dans la farine. Je l'ai déjà dit et cela m'a valu les critiques que vous savez. Mais je persiste et signe. Si la justice a un sens, il faudrait réouvrir la procédure, entendre tout le monde - y compris le chef de l'Etat - et faire procéder à certaines vérifications que la Commission n'avait pas pu faire, du fait des obstacles rencontrés à l'époque. Que les assassins de Norbert ne pensent pas qu'ils pourront un jour dormir sur leurs deux oreilles : des personnes finiront par parler et, ce jour-là, les commanditaires de ces crimes finiront au seul endroit où ils devraient aujourd'hui passer leur temps : en prison.

Votre " ami " Bassolet est assez loin du dossier aujourd'hui, quel souvenir vous a-t-il laissé ?
Celui d'un serviteur zélé du pouvoir en place. Un homme intelligent, sachant manier habilement une rhétorique bien huilée. Un homme qui savait en peu de mots, de manière allusive, vous faire comprendre jusqu'où il était possible d'aller. J'ai regretté que son talent - parce qu'il en a - soit mis au service du clan au pouvoir et non de son pays. Monsieur Bassolet aurait pu avoir un destin, il a manqué son rendez-vous avec l'histoire burkinabè. Il avait l'occasion de dire " non ", de dire " ça suffit ", il ne l'a pas fait. Je le regrette pour lui, mais plus encore, pour ce pays, le Burkina, que j'ai appris à aimer.

Que fait Ménard aujourd'hui ?
Vous le savez, j'ai quitté Reporters sans frontières après l'avoir créé et, je crois, fait bien progresser. On ne peut pas être secrétaire général à vie - je critique assez ces présidents, africains et autres, qui ne savent jamais quitter le pouvoir ! - et cela faisait déjà 23 ans que je dirigeais RSF. Il faut savoir laisser la place à de plus jeunes. Je l'ai fait et je suis heureux d'avoir ainsi prouvé que jamais je ne m'accrocherai à une fonction. Aujourd'hui, je dirige une fondation au Qatar qui a un triple objectif : secourir les journalistes et les médias victimes de la répression, dénoncer les auteurs de ces exactions et faciliter le dialogue entre journalistes de pays différents, de cultures différentes, de religions différentes. C'est une nouvelle aventure qui m'amènera, c'est sûr, au Burkina. A condition que les autorités m'accordent un visa… Vous le voyez, je ne déserte pas le terrain de la défense des libertés. J'ai déjà consacré près d'un quart de siècle aux droits de l'homme. Je vais continuer.

Comment voyez-vous l'avenir de RSF après avoir passé le témoin ?
J'ai laissé Reporters sans frontières entre de bonnes mains. Jean-François Julliard, qui m'a succédé, a travaillé avec moi pendant près de dix ans. C'est un garçon volontaire, travailleur, d'une honnêteté scrupuleuse. Il réussira, cela ne fait pas de doute. Nous n'avons pas les mêmes personnalités. RSF parlera d'une façon différente. Et c'est tant mieux. Ce qui m'inquiète ne tient pas à ces changements à la tête de notre organisation - je dis "notre" organisation parce que je reste, bien sûr, un de ses militants -, mais à la situation globale de la liberté de la presse. Il y a toujours autant de journalistes malmenés, emprisonnés, torturés, assassinés. Même dans une vieille démocratie comme la France, la liberté de la presse se dégrade. Comment faire pour inverser ce processus ? C'est à cette question qu'il est impératif de répondre. Je ne suis plus à la tête de RSF, mais je continuerai à militer pour apporter une réponse à cette interrogation. Et faire en sorte - même si cela peut paraître prétentieux de le dire - que le monde soit un peu moins dur et que nos enfants soient un peu plus heureux.

Avez-vous un message à passer pour ce dixième anniversaire?
N'acceptons jamais l'inacceptable. Ne nous résignons jamais à l'injustice, à l'impunité. La mort de Norbert n'est pas l'affaire des seuls journalistes, elle concerne tout le monde. Pendant des années, Norbert s'est mis au service des plus faibles, des laissés-pour-compte. Ne l'oublions pas. Je suis sûr que là-haut, il nous regarde et nous fait confiance. Ne le décevons pas.

ITW par GBN


Dossier judiciaire
La justice instrumentalisée de bout en bout



Par Germain B. Nama

Toutes les procédures judiciaires qui sont nées de l'affaire Zongo n'avaient qu'un seul but : calmer la fronde populaire et mettre hors de cause les frères Compaoré. Un exercice particulièrement délicat que nos juges " acquis " ont pourtant accompli allègrement. Ils veillent désormais au grain pour empêcher la moindre évolution du dossier.

C'est une histoire que les Burkinabè connaissent désormais par cœur. Un homme est mort à l'infirmerie de la présidence du Faso. Cet homme qui répondait au nom de David Ouédraogo n'est pas n'importe qui. Il est chauffeur de François, petit-frère de Blaise Compaoré. On lui reproche d'avoir volé de l'argent avec la complicité d'autres domestiques de François. Il est arrêté aux premiers jours de janvier 1998, soumis à un régime sévère de tortures et finit par décéder des suites de ses blessures quelque deux semaines après son arrestation. Jusque-là, il n'y a rien au village. C'est un petit chauffeur qui a succombé à une correction et il n'y a pas lieu d'en faire un scandale. Mais voilà qu'un journaliste s'en mêle. Le secret qui avait été soigneusement gardé est ébruité. L'affaire alimente sa chronique hebdomadaire et commence à faire du bruit. Pour ne rien arranger, un avocat commis par le frère du défunt saisit la justice. Un juge d'instruction est commis. Ce dernier ne perd pas de temps, d'autant que l'affaire est assez simple sous l'angle strictement judiciaire. Il inculpe le patron du chauffeur pour " meurtre et recel de cadavre". L'huissier qui est chargé de notifier l'inculpation, un certain Abel Toussaint Coulibaly (l'actuel ministre délégué chargé des Collectivités territoriales) a des difficultés pour notifier l'inculpation au prévenu qui n'est autre que François Compaoré, petit-frère de Blaise Compaoré. Quand il se présente à la présidence du Faso où ce dernier a aménagé son bureau, pas moyen de franchir la barrière sécuritaire. Plusieurs tentatives sont restées vaines. De guerre lasse, l'huissier finit par jeter l'éponge. L'affaire ne connaît aucune évolution jusqu'en décembre 1998 où le journaliste Norbert Zongo qui suivait le dossier est assassiné.

La méfiance vis-à-vis de la justice
L'attitude du parquet qui n'a pas voulu prêter main forte à un juge d'instruction dans l'exécution d'un acte de procédure l'a rendu suspect aux yeux de l'opinion publique. Dans l'affaire Zongo alors naissante, un Collectif s'est créé et s'est fait le porte-voix de l'opinion publique mobilisée à travers des marches-meetings. Au sein de l'opinion, l'idée de confier l'affaire Zongo à une justice qui s'est montrée démissionnaire dans l'affaire du chauffeur du petit-frère du président n'enchante personne. C'est ainsi qu'une Commission d'enquête indépendante est créée. Ses conclusions sont accablantes : les assassins du journaliste ont une provenance : le Régiment de la sécurité présidentielle. Il faut souligner qu'au sein de la Commission d'enquête, des éléments favorables au pouvoir ont multiplié les gestes pour la décrédibiliser. S'ils n'ont pas totalement atteint leur objectif, ils ont par contre réussi à arracher un texte édulcoré. Toutefois, le rapport officiel transmis aux autorités est assez clair, en ce qui concerne l'origine de la main criminelle. Et comme on le verra plus loin, le pouvoir n'avait nullement l'intention de rendre justice dans cette affaire.

L'enquête judiciaire
Le travail de la Commission d'enquête terminée, on ne tarda pas à comprendre que le pouvoir avait peaufiné une stratégie de contournement qui a consisté à dire que le juge d'instruction n'était pas tenu par les conclusions de la CEI. Dans le même temps, il a travaillé à faire échouer toutes les initiatives du juge d'instruction. Ce dernier, peut-être influencé dans un premier temps par le mouvement social alors très puissant, avait en effet semblé vouloir faire quelque chose. Il avait dans la foulée pris un acte inculpant l'adjudant Marcel Kafando. Mais au fur et à mesure des reflux du mouvement social, le juge était gagné par un sentiment de démission. Même ceux qui avaient quelque chose à dire n'avaient plus la force de le faire. Ceux qui comme Racine Yaméogo avaient fait quelques aveux ont eux aussi fini par se rétracter. Mais nombreux sont ceux qui soutiennent que la rétractation de Racine Yaméogo a été obtenue au prix d'un odieux chantage à l'emploi. Dès lors, le pouvoir ne perd pas de temps pour prendre une ordonnance de non-lieu. Il décida de classer le dossier Zongo jusqu'à ce que des éléments nouveaux, aux dires des procureurs, justifient sa réouverture. Mais à la vérité, la réouverture du dossier par le jeu des mécanismes et procédures propres à la justice s'avère quasi impossible. Deux tentatives ont déjà échoué. Pas plus, les aveux de Moïse Ouédraogo qui ont mis à nu le rôle de François Compaoré dans ces affaires criminelles que les nouveaux éléments révélés par Robert Ménard n'ont eu raison de la détermination des procureurs à maintenir le dossier clos. Ces derniers ont clairement fait comprendre qu'ils sont les seuls à avoir l'initiative de l'action judiciaire.

Notre justice est un corps malade
Notre justice est en effet un grand corps malade. La procédure diligentée dans l'affaire David Ouédraogo avait étalé toute son indigence en sévissant contre du menu fretin au lieu de s'attaquer au requin. L'argent "volé" chez François Compaoré était manifestement plus important pour les officiers de police judiciaire que la mort d'un homme. Il faut se rappeler que la mort de David n'a été officiellement reconnue qu'à la faveur de l'assassinat du journaliste qui enquêtait sur l'affaire. Et mieux, on a appris que le procès verbal d'une prétendue audition de David a été établi sur la base d'un écrit de Marcel Kafando, lequel a été purement et simplement retranscrit par des OPJ manifestement aux ordres, et que les aveux d'un Hamidou Ilboudo lui ont été dictés par le même Kafando. Quand le juge d'instruction a découvert cette forfaiture, on ne lui a pas permis de délivrer un ordre de poursuite contre les faussaires. On a enjoint le juge d'instruction de clôturer le dossier quand il s'est entêté à vouloir inculper les gendarmes pour les entendre. On sait ce qui est advenu par la suite du dossier. Les faits ont été requalifiés et on n'a retenus qu'une affaire de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Objectif de la manœuvre : protéger les frères Compaoré que la qualification initiale aurait compromis. Une bonne administration de la justice les aurait tous les deux retenu dans les liens de la prévention. L'objectif ayant été atteint, la justice ne s'est plus préoccupée des affaires de vol et surtout de faux procès verbal établi par les OPJ. Des affaires toujours pendantes, mais dont on doute qu'elles soient jugées en l'état actuel des choses. Or, l'instruction de ces deux dossiers nous aurait permis de comprendre ce qui s'était réellement passé chez les François et qui était derrière ces gendarmes qui ont fabriqué le faux en écriture. Mais avec les mêmes acteurs toujours en place, difficile d'espérer la lumière dans les dossiers. Seule une action citoyenne déterminée et vigilante peut garantir une justice équitable dans l'affaire Zongo.

Mouvement populaire
Tout est parti de l'Université

L'assassinat de Norbert Zongo a suscité chez les étudiants et scolaires indignation et colère. La réaction des étudiants suivie de la destruction des symboles du pouvoir a échappé aux syndicats des étudiants. Ce fut un mouvement de colère spontanée conduit par un groupe d'étudiants qui avaient de l'admiration pour le journaliste.

Dans la soirée du dimanche 13 décembre 1998, Ouagadougou apprenait que le journaliste Norbert Zongo, directeur de publication du journal L'Indépendant a été tué et brûlé avec ses compagnons à quelques encablures de Sapouy. Mais ce n'est que le lendemain 14 décembre que la majorité des étudiants apprendront la nouvelle. Ce fut un choc au sein de la communauté universitaire et scolaire, se rappelle Eric Kinda, aujourd'hui enseignant de philosophie dans un lycée de la capitale. Norbert Zongo, de son vivant, était une personnalité aimée et écoutée de la jeunesse scolaire et estudiantine. Pour les étudiants, il était celui-là qui défendait le mieux leur cause. L'Indépendant traduisait les aspirations des étudiants. Norbert Zongo animait des conférences à l'université, dans les lycées et collèges. Il avait noué un partenariat avec l'ambassade de Danemark pour offrir à chaque établissement deux numéros de son journal à chaque parution. Certains chefs d'établissement se sont opposés à ce projet et cachaient même le canard sous leur manteau. A l'époque, le journal dérangeait et personne ne voulait être suspecté de pactiser avec le diable. André Tibiri, président de l'Union Générale des Etudiants du Burkina (UGEB) en 1998, se souvient que la dernière conférence de Norbert Zongo s'est tenue à l'université.
Pour les étudiants, Norbert Zongo dérangeait le pouvoir. Son assassinat ne pouvait être que l'œuvre du régime. La nouvelle a suscité indignation et colère au niveau de l'université. Certaines facultés ont immédiatement suspendu les cours sur décision des étudiants. Il fallait répondre au régime et venger la mort du journaliste par l'arrestation des assassins. Un groupe d'étudiants surnommé les " guerriers " et Maxime Koné, président de l'Union Nationale des Etudiants du Faso (UNEF) sonnent le rassemblement dans la même journée du 14 décembre. Dans la soirée, les étudiants étaient rassemblés sur le terrain Dabo Boukary. Ce rassemblement devrait dégager l'attitude à tenir. Il fut alors décidé de veiller jusqu'au matin du 15 décembre et de se rendre dans la famille de la victime. Certains voyaient déjà les symboles de l'Etat, surtout du parti au pouvoir qu'il fallait " anéantir ". Le palais de justice et le siège du CDP furent inscrits sur la liste. Un plan qui pouvait être modifié en fonction du terrain. Le matin du 15 décembre, les étudiants et les scolaires mobilisés par Maxime Koné, Eric Kinda, Hermann Hien, Karim Dah et compagnie étaient dans la famille Zongo. Un des membres de la famille leur confie que le pouvoir a l'intention de ramener le corps à Sapouy pour l'enterrer selon la tradition. Le pouvoir voulait ainsi éviter les débordements dans la capitale. Il ne fallait plus attendre une minute pour se rendre à la morgue, estime Maxime Koné, pour empêcher l'enlèvement du corps. A la morgue, se souvient-il : "nous avons aperçu des militaires qui, probablement, venaient chercher le corps". La morgue a été assiégée jusqu'à l'arrivée des organisations de la société civile et des hommes politiques. Selon Eric Kinda, le premier homme politique qui est arrivé sur les lieux fut Fréderic Guirma du Front de Refus/RDA. Il a exprimé sa solidarité avec les étudiants et les élèves. Lorsque les manifestants se sont assurés que le corps était en sécurité, ils sont passés à la seconde étape de leur plan. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, ils sont rejoints par les populations. Maxime Koné et ses " guerriers " vont renoncer à saccager le palais de justice parce que le plus important était le symbole du parti au pouvoir. Aux environs de 11 heures, la cible était atteinte. "Nous étions convaincus que les marches pacifiques n'allaient rien changer dans ce pays", affirme Eric Kinda. C'est à partir de l'incendie du siège du CDP que le régime déploie une force de répression. Malgré la descente des militaires avec des fusils d'assaut, la détermination ne faiblit pas. La direction du mouvement qui s'est constitué pour la circonstance procède à des plans de relance des manifestations par la mobilisation de tous les scolaires de Ouagadougou et des autres villes du pays. Ouagadougou sera ainsi suivie par Koudougou, Bobo, Banfora, Ouahigouya, Fada et d'autres villes. Ils exigeaient "justice ici et maintenant" En même temps, ils avaient conscience que la lumière sur l'horrible assassinat ne pouvait se faire avec ce régime. La seule condition pour certains, c'était la démission du président Blaise Compaoré et de son clan. C'est pourquoi, après l'enterrement, les étudiants ont décidé de descendre sur la présidence. Ils ne seront pas suivis par l'UGEB. André Tibiri oppose un refus catégorique. Pour lui, il n'était pas question de laisser déborder le mouvement car personne ne pouvait prévoir la suite.
C'est après l'enterrement que la conduite du mouvement va échapper à Maxime Koné et les "guerriers". Les organisations de la société civile et des partis politiques ayant décidé de créer le Collectif des organisations démocratiques de masses et des partis politiques avec une plateforme revendicative où les étudiants et les scolaires sont représentés par l'UGEB. Maxime Koné se souvient que l'ANEB avait condamné leur attitude, les taxant d'anarchistes, d'indisciplinés. "On ne comprenait pas l'attentisme inexplicable de l'UGEB", déclare-t-il. André Tibiri reconnaît que c'était un mouvement spontané, de colère et d'indignation. Ce n'était pas une directive d'un syndicat ni d'une organisation. Selon l'ex-président de l'UGEB, les 72h ont été consacrées aux préparatifs de l'enterrement du corps.
Le premier point de la plate-forme exigeait la lumière sur l'assassinat du journaliste et l'instauration d'une justice indépendante. "Dans cette plate-forme, aucun point ne demandait la démission de Blaise Compaoré et personne n'a abordé le sujet pendant sa rédaction ", déclare Me Halidou Ouédraogo, ex-président du Collectif. Si le sujet était évoqué, il affirme qu'il s'y serait opposé, par respect pour la Constitution du pays. Pour André Tibiri, le changement doit partir d'une transformation solide de la société par un éveil des consciences des populations.

Abdoul Razac Napon

Le Wack dans les événements de Sapouy


Les membres de la Coordination du Collectif ont été rasés, avant d'être relâchés en avril 2000

Par Newton Ahmed Barry

Pour beaucoup, il y a eu wack, c'est-à-dire le recours aux pratiques occultes, pour circonscrire et conjurer les conséquences néfastes pour le régime des événements dramatiques de Sapouy. Le pouvoir de Blaise Compaoré a eu recours massivement aux marabouts qui ont immolé des taureaux noirs par centaine et pas seulement. Une décennie après, l'opération semble avoir marché, puisque celui que tout le monde donnait perdu s'est renforcé et serait même sur le point d'imposer son jeune frère à sa propre succession.

Un certain Boukaré "Zapon", officier ghanéen réfugié au Burkina Faso pour avoir tenté un coup d'Etat manqué contre Rawlings, était une des éminences grises de Blaise Compaoré en matière de wack. Dès le début du Front populaire, il a eu pour mission de convoyer à Ouagadougou des "wack men " hindous. Un ancien du Conseil se souvient : "Boukaré Zapon avait ramené avec lui un Hindou que nous remorquions sur une moto, les jambes croisées pour faire le tour du Conseil. L'exercice avait lieu tard dans la nuit… le moine hindou psalmodiait des prières pendant le parcours…"
D'autres opérateurs occultes ordonnaient des sacrifices de taureaux noirs. Notre source explique que la viande des animaux de sacrifice était distribuée aux militaires du Conseil mais que "ceux-ci se gardaient bien de la consommer. Chacun partait avec son sachet et, lorsqu'il était hors de vue, balançait son paquet dans les caniveaux. C'est pourquoi, un moment, les environs de l'ENAM sentaient la viande pourrie".
De l'avis de nombreuses personnes, l'opération Wack était minutieusement organisée. Le pays était bien quadrillé et tous les wack men et les marabouts, d'une certaine renommée, ont été répertoriés et mis à contribution. La consigne était simple : "faites en sorte que le président et sa famille ne trouvent pas la honte dans l'affaire du journaliste Norbert Zongo". Les envoyés du président savaient se montrer très généreux. Certains, suffisamment cupides, en ont profité pour s'en mettre plein les poches.
La machine à wack aurait, selon toute vraisemblance, tourné à plein régime pendant les années chaudes du Collectif et même bien après. Au niveau national, les wackmen attitrés de la présidence du Faso sont bien connus. Le plus célèbre d'entre eux serait, dit-on, le marabout de Nouna, celui-là même qui a juré que lui vivant, "rien de fâcheux n'arrivera à Blaise Compaoré ". En échange d'une telle "assurance tout risque", le marabout de Nouna circule avec "un laissez passer" spécial signé des mains du chef d'Etat-major particulier de la présidence. Un autre marabout attitré, un certain El hadji Tarnagda Soumane, un Wala de Léo, contrairement à ce que laisserait penser son patronyme. Ce marabout régulièrement interné dans les somptueuses résidences de Ouaga 2000 a comme chauffeur un militaire de la garde présidentielle.
Il y a eu d'autres marabouts, contactés mais qui n'ont pas montré un enthousiasme débordant à s'occuper de la " sûreté occulte " du président. Le vieux Cheick de Todjam (aujourd'hui décédé) a été transporté à Ziniaré pour " travailler " pour le président. Mais ce saint homme ne se serait pas montré trop intéressé. Son entrevue avec Blaise Compaoré dans son palais de Ziniaré a été des plus brèves. Avant de lui faire la "fatiha ", le cheick, compatissant, aurait en fulfuldé, demandé à un de ses accompagnants : "c'est donc lui Blaise Compaoré que tout le monde accable !". Le vieux Cheick de Todjam s'étant montré franchement désintéressé, une partie de son entourage a compris tout le profit qu'il pourrait en tirer. Ces gens auraient donc contacté un marabout sénégalais. Ce dernier aurait écumé le palais des années durant.
Cette liste est très loin d'être exhaustive. Tous les grands marabouts et féticheurs du pays ont été mis à contribution. Sauf ceux qui n'ont pas voulu. Mais ils ne sont pas nombreux. Le missi dominici attitré du président pour les affaires occultes et maraboutiques serait son oncle Alassane Kikiéta qui a pris la relève d'un autre Moumini Tedg Songo, aujourd'hui décédé, qui assurait les offices occultes, depuis le temps du Front Populaire. Sa cour à Tanghin était un mini-abattoir de "taureaux noirs".

La force des puissances occultes

Le wack et le maraboutage ont été des adjuvants importants dans la stratégie de maîtrise et d'apaisement de la situation insurrectionnelle qui a suivi la mort de Norbert Zongo. Evidemment, ce n'est pas rationnel et pour les esprits cartésiens, c'est difficile à admettre. Mais les témoignages sont là, parfois de première main, qui montrent que sur ce plan, le président Blaise Compaoré et son frère François Compaoré n'ont pas marchandé les moyens. Ils ont mis les moyens et les vrais moyens. Ils auraient aussi appliqué à la lettre toutes les recommandations. Il en est ainsi de cette potion qui aurait été versée dans les barrages et forages qui alimentent nos villes en eaux de boisson. L'objectif était de ramollir nos ardeurs. De rendre les Burkinabè, dans leur majorité, moins vindicatifs et plus conciliants.
Qui ne se souvient encore des têtes rasées de Halidou Ouédraogo, Tollé Sagnon, Maître Sankara, Norbert Tiendrébéogo. Il s'agirait, de l'avis de nombre de personnes, d'une opération prescrite par les maîtres occultes. Ce qui état recherché, c'était, semble-t-il, les cheveux de Halidou Ouédraogo. Quand ce fut fait, ils ont assuré le président que la lutte du Collectif, "c'était fini". Coïncidence fortuite ou pas, c'est en ce mois d'avril 2000, la tête de Halidou a été rasé le 10 avril 2000 précisément, que les divisions au sein du Collectif, jusque-là latentes, ont été révélées publiquement. Ce jour là, Hermann Yaméogo, qui depuis le début de l'année prenait de plus en plus ses distances avec le Collectif, va larguer les amarres. Sur le champ, ce départ, comme il est de coutume en pareille circonstance, a été minimisé. C'était une erreur grave. Le Collectif dès lors ira en se désintégrant. Hermann Yaméogo s'en ira avec une bonne partie de la composante politique du Collectif. L'autre composante politique qui est restée au sein du Collectif se retrouvera de plus en plus à l'étroit. La composante société civile, ayant décrété l'embargo sur toutes discussions politiques. Quand finalement, la composante politique a décidé d'aller aux élections législatives de mai 2002, le divorce a été brutal. "A défaut de nous accompagner, souhaitez-nous au moins bonne chance", s'est risqué Etienne Traoré, alors membre du PDP/PS. "Non ! On ne vous souhaite rien", a répondu sèchement un membre de la composante société civile. Il en sera effectivement ainsi. Le collectif "société civile" qui surestimait ses forces s'est progressivement coupé de la composante politique du mouvement. Maître Bénéwendé Sankara, le professeur Joseph Ki-Zerbo, Philippe Ouédraogo, pour ne citer que les plus en vue, ne prendront pas le risque du divorce. Mais dès le tournant de 2002, le cœur n'y était plus vraiment.
Le wack y serait-il pour quelque chose ? Très difficile de répondre. On ne peut que constater que les mésententes stratégiques entre les deux principales composantes du Collectif ont ruiné les objectifs d'un mouvement qui a été vraiment populaire et aurait, s'il avait été conduit à son terme, procurer des qualités insoupçonnées à notre démocratie. Le Burkina aurait été alors à la hauteur de la Haute Volta. Le 3 janvier 1966 aurait été alors réhabilité. Ce ne fut pas le cas. Si les forces occultes ont été les vecteurs principaux de cet échec, nous aurions tous à gagner, à aller à l'école des wacks. Au moins, apprendrions-nous le contre wack pour faire droit aux aspirations les plus légitimes de notre peuple.
En la matière, semble-t-il, il ne s'agit pas d'en rajouter, mais quelques wackmen favorables au Collectif aurait essayé sans succès d'inverser le cours des choses. A Sapouy même, un collège de féticheurs a été consulté pour comprendre comment un drame, comme celui qui a coûté la vie à Norbert a pu se produire dans les limites du territoire du Ziro, un espace sous leur contrôle. En pareille occasion, ces féticheurs convoquent les esprits du fétiche qui viennent retracer les faits et montrer le visage des coupables. Pour l'affaire Norbert Zongo, les féticheurs de Sapouy ont convoqué en vain l'esprit des fétiches. Ils ont conclu que leurs homologues qui ont travaillé pour les bourreaux de Norbert Zongo étaient trop puissants. Comme quoi, en matière de fétiches aussi, il y aurait des "missiles patriotes" et des "boucliers anti nucléaires".

Les religieux dans la crise de Sapouy
Les catholiques constants, les musulmans intéressés et les protestants "acquis" !


Par Aimé Franck Bazié

Le dossier Norbert Zongo a été différemment apprécié au sein des principales communautés religieuses de notre pays. L'Eglise catholique a été celle qui, sans ambages, a toujours exigé la vérité et la justice dans ce dossier. Plusieurs lettres pastorales ont été publiées dans ce sens par les évêques. Dans certains sermons, les prêtres n'ont pas craint d'exprimer la commisération de l'Eglise. Il est vrai qu'il y a eu parfois des dissensions entre hommes d'Eglise, mais globalement cette institution est restée constante sur l'obligation pour les autorités de tout mettre en œuvre pour que justice soit rendue à Norbert Zongo et ses compagnons. Bien évidemment, il y a eu des voix discordantes, comme celle de Mgr Séraphin Rouamba, ami personnel du président Blaise Compaoré et son promotionnaire à l'école. Il y a eu aussi celle de l'archevêque de Ouagadougou, Mgr Untaani Jean-Marie Compaoré, toujours convaincu que Blaise Compaoré est une chance pour le Burkina Faso. Il vient de préciser son idée récemment en soutenant que pour l'instant, "l'alternance" serait une aventure.
Pour ce qui concerne les musulmans, l'attitude a été tout autre. En raison du mode de fonctionnement de cette confession, non centralisée, beaucoup d'imams et certains grands marabouts se sont rangés du côté des plus forts du moment. Certains chefs religieux marabouts, quand ils n'ont pas travaillé pour maintenir Blaise Compaoré au pouvoir et vaincre le mouvement du Collectif, ( voir le texte sur le WACK dans la lutte du Collectif) ne se sont pas gênés pour décréter et sanctifier Blaise Compaoré. Dans beaucoup de mosquées, on a organisé des prières pour la "victoire de Blaise Compaoré". A Ouagadougou, la mosquée de Alizeta Gando à Gounghin a été le tremplin à ces prières. Un fidèle raconte qu'une fois après une prière, Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré sont arrivés avec une enveloppe de 500 000 F CFA pour remercier les "gens de la mosquée" pour "leur contribution dans le retour de la paix dans le pays".
Au Burkina Faso, le régime en place, dans sa politique de captation du pouvoir, a développé des actions multiformes qui l'ont aidé à assujettir toutes les structures sociales et religieuses significatives du pays. Pour ce qui concerne la communauté musulmane, il a trouvé des hommes qui se sont dépouillés de toute réserve pour identifier l'Islam à Blaise Compaoré. On en verra même des plus zélés crier que Blaise est un nouveau prophète, lorsque le Saint Coran dit qu'il n'est de Dieu qu'Allah et Mohamed est son prophète et le dernier!
Chez les protestants, c'est quasiment la même chose. La hiérarchie roule pour le pouvoir et en retour bénéficie de bien des égards. Les principaux leaders protestants outre les gratifications de toutes natures, verront un des leurs, le Pasteur Freeman Compaoré nommé à la tête de la commission de réconciliation et dédommagement des victimes des violences en politique. Il fera partie des "inspirés" qui ont produit ce contrat controversé imposé aux familles des victimes "choisir entre l'argent et la justice".
Plus généralement, cette crise n'a épargné personne, pas même les plus réservés et les plus intègres des religieux. Mgr Anselme Sanou ne garde pas toujours un souvenir heureux de son implication dans la tentative de résolution de la crise. Après la journée du pardon, le sentiment qu'il a été floué a grandi. Mais globalement, lui n'a pas trahi son engagement.

La Journée Nationale de Pardon : une caution de l'impunité ?
Le 30 mars 2001, soucieuse de préserver le bien commun et l'intérêt supérieur de la nation, l'Eglise catholique, à l'instar des autres confessions religieuses, a fini par adhérer à l'idée de la JNP. Mais auparavant, les évêques ont voulu être suffisamment clairs sur la conception de l'Eglise du pardon. Le 23 mars 2002, les évêques se sont prononcés sur la JNP. Le ton est clair : " Le pardon est le fruit d'un dialogue entre personnes qui se sont écoutées d'abord, et ont pris connaissance à la fois de l'objet du pardon (aveu des offenses) et des intentions des parties concernées. Le pardon ne saurait être un acte de simple volonté politique; il doit être préparé et soutenu par une prise de conscience et garanti par une volonté clairement exprimée de réparation et de justice. Sans ces conditions, notre peuple pourrait s'engager dans une procédure qui risque de le conduire à la désacralisation du pardon et à une imposture collective". L'Eglise a voulu recadrer cette notion de pardon qui prenait l'allure d'un pardon instrumentalisé.
Les évêques instruits par les suites qui avaient été réservées aux travaux des "sages" ne se faisaient pas trop d'illusions sur les lendemains de la Journée du pardon. Mais par cette déclaration, ils prenaient date et très habilement soustrayaient l'Eglise des avatars immanquables des promesses non tenues.
Cette position des évêques coïncidait avec l'attitude que l'Eglise avait toujours observée dans la crise. En 1999, avant même que le Collège des sages ne commence ses travaux, les évêques avaient en effet été les premiers à prescrire la trilogie "vérité, justice, réconciliation" comme l'unique voie de sortie de la crise. C'est donc dans cette logique que Mgr Thomas Kaboré, Président de la Commission "Justice et Paix", a adressé un message d'encouragement aux "Femmes en noir". Le message a été lu le 03 juin 2007, au cimetière de Gounghin où les "Femmes en noir" viennent se recueillir tous les 1er dimanche de mois sur la tombe de Norbert Zongo. Mgr Thomas Kaboré leur disait : "… Pour exiger des pouvoirs publics la lumière sur cette affaire, vous avez créé le " mouvement des femmes en noir du Faso", et vous avez décidé de vous retrouver tous les premiers dimanches de chaque mois, autour des tombes des illustres défunts, pour vous recueillir, jusqu'à ce que la lumière soit faite sur cette affaire. La Commission Justice et Paix, que je préside, loue votre courage et votre détermination". Plus loin, il dira : "nous nous joignons à vous aujourd'hui pour inviter les autorités politiques, administratives et judiciaires qui ont la charge de ces dossiers, à créer les conditions nécessaires pour une réconciliation nationale vraie, fondée sur la vérité et la justice. Pas de vérité, pas de réconciliation nationale ! C'est à cette seule condition que la paix dont jouit le Burkina Faso aura des fondements solides et inébranlables. Notre pays a besoin de tous ses fils et filles pour son développement harmonieux. Personne ne saurait en être exclu.". Dans le dossier Norbert Zongo, la Commission "Justice et Paix" a donné de la voix et continue à le faire. Au cours des deuxièmes semaines sociales de l'Eglise Catholique tenues du 06 au 09 novembre 2006 sur le thème, " La justice sociale et la paix au Burkina Faso : quelle contribution de l'Eglise catholique ?", les participants ont exprimé leur vive inquiétude et leur profonde préoccupation face au non lieu. "Nous recommandons vivement aux autorités politiques et judiciaires que des mesures appropriées soient prises pour la suite de l'examen de ce dossier pour aboutir à une justice équitable". Lors de la 3è session des Semaines Sociales tenue du 17 au 21 novembre 2008, les participants ont encore formulé une motion pour la réouverture du dossier Norbert Zongo.


Mouvement des intellectuels
Le Pr Mahamadé n'est pas amer


Le Mouvement est né à la suite de l'assassinat de Norbert Zongo. Pour ses initiateurs, ce meurtre politique révèle une certaine crise des mœurs au Burkina. Le pouvoir politique veut culpabiliser l'expression des idées et des pensées, voire même les criminaliser si elles ne vont pas dans le sens qu'il souhaite. Il y a péril en l'air. Il faut défendre le droit à la différence et créer les conditions de son expression. C'est pourquoi, un comité d'initiative de 5 membres s'est attelé dès fin décembre à la rédaction d'un " manifeste pour la liberté". Il recueille des centaines de signatures. Le Manifeste est publié dans la presse sous le nom du " Manifeste des intellectuels " qui prendra par la suite l'appellation de " Mouvement des intellectuels ". La première rencontre publique a eu lieu à l'université de Ouagadougou le 16 janvier 1999 sous la forme d'une table ronde dont le thème était " l'intellectuel et la politique ". Elle a connu la participation d'une centaine d'intellectuels venant d'horizons divers. Enseignants, médecins, avocats, magistrats, journalistes, architectes, ingénieurs, experts comptables… ont adhéré à l'idée d'une procession sur la présidence du Faso afin de remettre une lettre de protestation. Le 25 février 1999, la procession mobilise plusieurs centaines d'intellectuels. Elle part de la faculté de Droit, emprunte le boulevard De Gaulle et est stoppée au rond-point de la radio nationale. Le ministre Yéro Boly de l'Administration territoriale vient à leur rencontre pour réceptionner la lettre. Pour les intellectuels, il n'en est pas question. Il faut qu'ils continuent leur chemin jusqu'à la présidence où ils vont remettre leur missive comme convenu initialement de commun accord avec les autorités. Les tractations durent quelques minutes et finalement, les manifestants décident de rebrousser chemin devant l'opposition du ministre et des forces de l'ordre de les laisser continuer. Que va faire maintenant le mouvement? Quel sera son positionnement dans la sphère publique ? Les adhérents tout comme l'opinion, surprise de la mobilisation des intellectuels, s'interrogent sur le devenir du mouvement. La première réponse apportée, c'est la transformation de la direction en coordination. Celle-ci coiffe les différentes sections mises en place dans certains secteurs de la vie socioprofessionnelle. Ensuite, le mouvement appelle ses membres à participer aux activités du Collectif contre l'impunité qui réclame " vérité et justice " pour Norbert Zongo et toutes les victimes des crimes politiques. Lors des meetings du Collectif, un représentant du Manifeste prend la parole au nom des intellectuels. Par ailleurs, le mouvement mène ses propres activités comme les tables rondes et les conférences sur divers sujets d'intérêt national ou international. Il publie également ses prises de position dans la presse sur des sujets comme le rapport du Collège des sages, l'invalidation de l'année universitaire 1999-2000, le procès des présumés putschistes, la situation en Palestine et en Irak, la crise ivoirienne. En 2001, il se donne un cadre d'expression plus formel avec la création de Hakili, un trimestriel dont le premier numéro est sorti en décembre 2001. Pour le coordinateur national du mouvement, le Pr Mahamadé Savadogo, " l'outil qu'est le journal est incontestablement une modalité centrale de l'intervention des intellectuels dans la sphère publique et partant, de l'édification de l'identité du corps des intellectuels en tant que tel ". Le journal va assurer une grande visibilité au mouvement qui gagne en audience au Burkina et à l'extérieur. Aux élections des responsables dans les facultés à l'université de Ouagadougou, en juin 1999, certains de ses membres sont élus. Son premier responsable remporte le poste de vice doyen dans sa faculté. Le pouvoir politique qui voit dans ce mouvement une subversion, un appendice d'un parti politique clandestin (le PCRV pour ne pas le nommer) profite de la grève des étudiants pour supprimer le 6 octobre 2000 les facultés, pour les remplacer par des Unités de formation et de recherche (UFR) gérées par des enseignants qui lui sont favorables. Certains membres du mouvement affirment avoir subi diverses pressions pour les amener à abandonner la lutte. Certains ont effectivement raccroché, mais d'autres continuent, convaincus que "de tels mouvements sont indispensables dans la lutte pour la modernisation de nos mœurs politiques en particulier et de nos sociétés en général". Pour ce 10è anniversaire de l'assassinat de Norbert qui marque aussi ses 10 ans d'existence, le Manifeste des intellectuels publie dans son journal Hakili un dossier sur l'affaire Zongo. Il prend part à toutes les activités organisées par le Collectif contre l'impunité. Le Pr Mahamadé Sawadogo a-t-il connu Norbert Zongo de son vivant ? "Oui, je le connaissais sans être un de ses proches. J'ai suivi plusieurs de ses conférences. Je pense que vers la fin, il avait l'impression d'être presque seul, très peu soutenu. Il se disait qu'après lui, L'Indépendant n'allait pas survivre. Il en souffrait." Le philosophe estime que de par ses écrits dans son journal L'Indépendant et ses multiples conférences à travers le pays, Norbert Zongo incarnait la figure de l'intellectuel engagé. Il voit en Norbert Zongo un exemple d'engagement adressé aux intellectuels burkinabè. "Son sacrifice a mis la barre à un niveau élevé pour les intellectuels. On est convaincu maintenant qu'être intellectuel ne se réduit pas à avoir un diplôme ou à posséder un savoir. Mais beaucoup plus le courage de défendre certaines idées. Son assassinat constitue de ce fait un événement fondateur.".

Idrissa Barry


Sur les traces des victimes de Koudougou
" Hermann Yaméogo était le pyromane "

Mohamed Sawadogo, à l'époque Président du Collectif/Bulkiemdé

"Koudougou, la ville natale de Norbert Zongo", "Koudougou la ville du textile", "Koudougou… la ville rebelle". Comme ce dernier qualificatif semble lui aller bien. Autant de sobriquets pour cette ville dont l'histoire est faite de pages glorieuses, mais aussi de pages sombres. A la faveur de ce dixième anniversaire du quadruple assassinat de Sapouy, nous marquons un arrêt sur les moments forts du "mouvement trop, c'est trop" qui a ébranlé tout le pays et particulièrement la ville de Koudougou. Dans la quête de justice pour Norbert Zongo, beaucoup ont souffert le martyr. Nous avons rencontré quelques personnes et recueilli leurs témoignages.
Koudougou allait être le charnier du Burkina. Dans la lutte pour la vérité sur l'assassinat de Norbert Zongo et de ses trois compagnons d'infortune, il n'y a plus que la date du 13 décembre qui marque les esprits. Le 12 décembre 2000 l'est aussi et à plusieurs raisons surtout pour la ville de Koudougou. Ce jour là, l'Association des Scolaires de Koudougou (ASK) tenait une rencontre préparatoire de la journée du 13 décembre. La suite de l'histoire, c'est Mohamed Sawadogo qui nous la relate. A l'époque, ce dernier était en service à la BIB/Koudougou, mais il était aussi le président du MBDHP du Boulkiemdé et assurait à ce titre, comme il est de coutume, la présidence du Collectif provincial. Aux environs de 17 h, il est accosté à l'entrée de la BIB par un certain Ouédraogo Souleymane qui lui dit que "des enfants sont allés bruler des véhicules au domicile de Me Hermann Yaméogo". Son "visiteur" poursuit en lui attribuant les infractions parce qu'en tant que président du MBDHP, c'est lui qui aurait commandité ce forfait. Mohamed Sawadogo répond qu'il n'en est rien du tout et confesse que c'est M. Ouédraogo qui lui apprend la nouvelle des véhicules incendiés. Mais ce dernier s'emporte et devient amer. Quelques trente minutes après le départ de M. Ouédraogo, le siège du MBDHP est incendié par des éléments de la Brigade de vigilance civique (BVC). La BVC, ainsi s'appelait "la milice de l'ADF/RDA" qui se donnait pour mission de veiller au respect de l'ordre dans la ville de Koudougou suivant les instructions du parti. Alors se sentant menacé depuis son bureau de la BIB, Mohamed appelle à la gendarmerie et au Commissariat pour prévenir de ce que sa sécurité était menacée et même que son domicile serait visé par les militants de l'ADF/RDA qui jurent d'y mettre le feu. Il est seulement 17 h 30mn, mais les événements vont plus vite que le temps et les pyromanes, armés de gourdins, de machettes, et d'armes à feu, prennent position tout autour de la BIB située non loin du siège du MBDHP. Au même moment, Mohamed dit Mao apprenait par une communication téléphonique, l'incendie de son domicile ainsi que ceux de plusieurs autres camarades dont Eustache Zagré, Denis Walbéogo, Kassim Ouédraogo, Lassina Yaméogo, Innocent Nacambo.

Dr Nacoulma a vu sa maison incendiée

Le commissariat et la gendarmerie qui avaient promis de prendre les dispositions pour sécuriser les domiciles de ces gens n'ont pas tenu leur promesse. "J'ai perdu tout ce que j'ai acquis en vingt ans de carrière", avait confié Mohamed Sawadogo à notre confrère Koffi Amétepé dans le numéro 145 du 18 décembre 2000 du quotidien de l'époque 24 Heures. Innocent Nacoulma, que nous avons également rencontré, nous a confirmé les incendies. Ce docteur chirurgien était le chirurgien chef du centre hospitalier régional de Koudougou au moment des faits. Connu pour son militantisme au sein du Collectif, sa maison a été saccagée, pillée et incendiée comme beaucoup d'autres. Son fils Amos Nacoulma qui s'était refugié à Ouagadougou parce que recherché en tant que secrétaire général de l'ASK, par qui le malheur serait arrivé, avait relaté dans les colonnes du journal Le Pays n°2286 du 15 décembre 2000 comment les événements étaient arrivés. Selon cet élève de 2nde à l'époque au lycée municipal de Koudougou, "4 individus sont venus agresser le président de l'ASK, Zagré Prosper Gauthier" alors qu'ils tenaient une assemblées générale autour de 16h-16h30 pour préparer la journée du 13 décembre. Le président de l'ASK aurait été blessé par les agresseurs qui, dans une course poursuite, se sont refugiés chez Me Hermann Yaméogo. "Les élèves se sont dirigés vers les lieux pour comprendre et subitement Me Hermann lui-même est sorti avec une arme à feu et cela a déclenché la colère des élèves". Hermann Yaméogo avait donné lui aussi sa version à travers les médias et dans L'Indépendant n°381 du 26 décembre 2000.Iil disait qu'il est sorti avec son pistolet et a tiré en l'air pour disperser les manifestants alors que son véhicule prenait déjà feu. Au delà des pertes matérielles enregistrées cette nuit-là, "la nuit des longs couteaux ", ce sont des vies qui étaient en danger. Mohamed Sawadogo a été séquestré de 17h à 2h du matin avant d'être extirpé de son bureau de la BIB par la police après deux premières tentatives vaines. Il a d'abord été conduit chez Me Hermann Yaméogo où ce dernier l'attendait pour un entretien sur la situation avec un dispositif médiatique. Lorsque le commandant de la gendarmerie s'est interposé pour empêcher que l'entretien soit filmé, "Hermann est entré dans une colère noire et a dit ceci : "j'ai reçu le feu vert d'aller jusqu'à l'extrême". Les péripéties ont été longues pour Mohamed jusqu'à son arrivée à Ouagadougou à 6h du matin à bord du véhicule personnel du commissaire de police Zagré Paul. Celui-ci lui avait confié que les informations dont il dispose à son sujet sont très mauvaises pour qu'il passe la journée du 13 décembre à Koudougou. Arrivé à Ouaga, M. Sawadogo a été emmené à la sûreté où il a été gardé de 6h jusqu'à 8h et demi avant d'être conduit à son domicile à Ouagadougou. Dr Nacoulma n'a pas été moins inquiété. Il est arrivé à Ouagadougou dans des conditions toutes différentes, mais pas enviables non plus. De cet "exil", les deux fonctionnaires ne retourneront plus en service à Koudougou. Ils reçoivent quelques temps après, leurs affectations pour servir à Ouagadougou. Depuis donc 2001, Mohamed Sawadogo travaille à la BIB/Ouaga, agence du marché (Rood-Woko) et le Dr. Nacoulma est en service à l'hôpital Yalgado Ouédraogo. Les événements dont ils ont été victimes font l'objet depuis 2001 d'une plainte judicaire contre "Me Hermann Yaméogo et alliés", mais le dossier n'a pas encore connu la moindre avancée.

Par Boukari Ouoba

"Wanted"
Victor Kima : " La police était à mes trousses "


Kima Victor est étudiant à l'université de Ouagadougou. Il a validé sa quatrième année en psychologie l'année dernière et prépare à présent son mémoire de maîtrise. A la mort du journaliste Norbert Zongo, Kima était en classe de 2nde au lycée Kourita de Koupéla. Cet élève qui a marqué son lycée et toute la ville par son engagement a connu une aventure douloureuse lors de la crise scolaire de 2000. Alors qu'il était le secrétaire à l'organisation au sein de l'Association des scolaires de Koupéla, il se retrouve être le plus activiste de tous. De manifestation en manifestation, d'un boycott à un autre, son champ de liberté finit par se rétrécir autour de lui. En juin 2000, après le boycott des examens du BEPC et du BAC dans lequel il est mis en cause, il est recherché par la police. Il réussit à s'exiler à Ouagadougou où il rejoint les étudiants plongés pour la même cause qui allait conduire à la première année invalidée de l'université de Ouagadougou. C'est en octobre 2001 qu'il retourne à Koupéla dans son lycée où il reprend la classe de première. Les activités scolaires du premier trimestre de l'année sont gelées par le sabotage des élèves qui tiennent à ce qu'on revienne sur l'année écoulée (2000-2001) qui s'était terminée en queue de poisson avec des résultats très peu satisfaisants pour beaucoup. Cette année là, le cercle des combattants s'était réduit sans que la détermination de Kima faiblisse. Il est alors, par la force des choses, le premier responsable de l'ASK et réussit le mot d'ordre de non paiement des frais de scolarité par les élèves. Le nouveau proviseur du lycée, précédemment censeur du même lycée, Laurent Warmé décide de faire ses cours dans les labos où l'accès se fait sur présentation du reçu de paiement des frais de scolarité. Le premier jour de la tentative d'application de cette règle, Kima et le proviseur se manquent sérieusement. Ce qui lui vaudra 72h d'exclusion avec 35 points en moins. Les carottes sont cuites, impossible de valider une année avec une telle sanction. En fin d'année, c'est sans surprise que Kima est exclu du lycée. L'année suivante, il réussit à s'inscrire en 1ère A au lycée Zinda à Ouagadougou où il obtint son BAC en 2003 avant de poser ses valises à l'université de Ouagadougou au département de Psychologie. Pour Kima "le Collectif était porteur d'espoir, de rêve et de changement". Et c'était son viatique pour ne pas succomber aux tentatives d' "achat de conscience" à laquelle certains n'ont pas résisté. A un moment, alors qu'il n'avait plus de soutien à cause de ses positions et qu'il dormait dans un kiosque, Mme le haut commissaire du Kouritenga s'est prise de sympathie pour lui. Elle envoya un jour des gens le chercher pour l'amener dans son bureau. Elle promet de l'aider en le prenant en charge. Après un entretien, elle lui remet un billet de cinq mille qu'il refuse, mais finit par accepter sur l'insistance de la dame. Quand il fut hors du bureau, il montra le billet à ses camarades et ils allèrent le photocopier "pour question de preuve" avant de revenir cette fois-ci en groupe, remettre à Mme le Haut commissaire, son billet de banque.
Kima a lu L'Indépendant et son fondateur pour la première fois quand il était en seconde. Il a aimé Norbert Zongo, ses analyses, sans l'avoir connu physiquement

Boukari Ouoba


 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 déc. 2008