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Dossier : Politique


CDP
Apprendre à se passer de Blaise Compaoré




Par Newton Ahmed Barry

Il y a une nette conscience que le temps est venu d'apprendre à se passer de Blaise Compaoré. Jusque-là, le CDP avait vécu pour lui. Ses ex-camarades qui se savent en sursis veulent à présent faire vivre le parti pour eux-mêmes. En vieux communistes, ils savent que pour l'heure la contradiction principale c'est celle qui engage leur survie politique. Après viendra l'heure des ambitions personnelles, c'est-à-dire les contradictions secondaires qui ne manqueront pas.
Coups sur coups le CDP, ce machin autrefois difficile à mouvoir aura réussi la prouesse d'être à la fois réactif et proactif même. Si le parti n'a pas été volubile sur la crise de la vie chère, il n'a pas mis du temps à réagir au limogeage de son premier vice président du gouvernement. Fait inhabituel, s'il en est, par lequel le parti a non seulement eu le culot de remercier un camarade congédié par le grand sachem, ce qui était quelque part le désavouer, mais aussi en posant des questions jusque-là impensables. En effet, ce même communiqué qui a félicité "le camarade" Salif Diallo posait en des termes sans équivoque, le droit du parti, dans "un objectif d'approfondissement de la démocratie" de contribuer à "une projection sereine vers l'avenir" en instituant "…les débats contradictoires sur les reformes politiques et institutionnelles". Sans le dire ouvertement, le parti mettait ainsi les pieds dans le débat sur la succession de Blaise Compaoré. Il prenait pour ainsi dire date.
Et puis sont arrivés les ex-CNPPistes avec leur brûlot au moment où le parti n'avait pas encore eu le temps de digérer la mise en marche bruyante de la FEDAP/BC. Devant l'avalanche des coups, les principaux dirigeants du parti y ont vu tout de suite une tentative de déstabilisation. Une sorte de torpille, à la "Gilbert Ouédraogo"1, amorcée pour un pronunciamiento au CDP. Il fallait donc faire front en ne laissant aucun doute sur la détermination des dirigeants à ne pas se laisser mener à l'abattoir.
Dès les premiers écrits déjà, une certaine unanimité s'était faite sur la réponse à donner, même si le président Roch Marc Christian Kaboré, avait usé de toute son influence pour conduire des discussions avec les frondeurs. Mais cette volonté tourne court devant l'exigence principale de Yao Marc et certains de ses camarades de se voir reconnu comme "un courant dans le parti" avec à la clé "une Refondation" qui n'aurait signifié autre chose qu'un possible désaveu de la direction actuelle du CDP. Au sommet du parti on a vite fait les calculs. Les ex-CNPPistes associés aux militants FEDAP/BC et à quelques snipers tubedigestifs du parti, c'est incontestablement la déstabilisation assurée.
La décision draconienne, en comparaison de la première réponse aux ex-CNPPistes, du 13 juin dernier doit se comprendre comme une volonté de contre-carrer ce dessein qui se profile à l'horizon. Les dirigeants du CDP sont convaincus que les mois à venir seront déterminants pour leur propre survie politique. Si le CDP n'est pas affaibli, ils seront en position confortable pour peser sur les enjeux "des reformes politiques et institutionnelles" inéluctables qui s'annoncent pour au plus tard début 2009.

Le CDP a quand même vécu

Dans la perspective des échéances à venir, la direction actuelle du CDP n'a pas craint de tuer "le CDP" tel qu'il est né des "arrangements" de février 1996 à l'instigation du président Blaise Compaoré. C'est le chef de l'Etat, plus que quiconque qui a ferraillé à la naissance du CDP dans un objectif très clair d'élargir la base sociale et politique de son pouvoir, dans la perspective d'un second mandat présidentiel qui devait lui permettre de "donner la pleine mesure de sa stature d'homme d'Etat". Il a donc contacté lui-même individuellement les leaders politiques qui comptaient à l'époque. Beaucoup sont venus au CDP parce que c'était lui. Il fallait tout juste trouver une base légale pour faire bonne figure. On trouva l'idéologie commune : la social démocratie. Le CDP, c'est donc un assemblage entre les ex ODP, les plus nombreux et les représentants d'une kyrielle de partis, plus ou moins représentatifs. La CNPP/PSD, même diminuée par la scission qui donna naissance au PDP, restait symboliquement la composante la plus significative.
La décision qui a consisté à suspendre les ex-CNPPistes marque un tournant dans la vie du CDP. C'est désormais un repli sur sa base ODP, en attendant que le congrès prononce le démariage définitif.
La course est présentement engagée pour faire le compte des soutiens de chaque camp. Les ex-ODP qui sont dans les rouages essentiels du parti, et notamment dans son administration, semblent faire front avec la direction actuelle. Au sein du groupe parlementaire également, une majorité claire semble s'être dégagée en faveur du combat identitaire, surtout qu'au parlement les ex-CNPPistes ne sont plus représentés.
Dans cette situation Yao Marc et ses amis semblent être en position de faiblesse, même si comme il le dit lui-même "Quand vous êtes dans une grande maison et qu'on vous expulse d'une chambre, vous pouvez soit aller dans la chambre d'à-côté où choisir carrément une autre maison". On pourrait penser que la chambre d'à-côté c'est la mouvance présidentielle. Sauf qu'on imagine difficilement Yao Marc et ses amis débarquer dans un de ces partillons de la mouvance présidentielle. En bon Bobo s'il veut manger du chien, il ne se contentera pas des pattes. La chambre d'à-côté pourrait donc être une nouvelle alliance avec, pourquoi pas la FEDAP/BC qui aurait l'avantage de donner le change au CDP s'il n'a pas implosé d'ici-là.
Le combat est engagé. Il reste à savoir pendant combien de temps le triumvirat actuel, à la tête du CDP restera solidaire. On peut imaginer que cela dure tout le temps que chacun d'eux se sentira en danger de "mort politique". Et après ? En attendant s'ils tiennent jusque-là, ils auront administré une bonne leçon au "boss" et auront et c'est le plus important fait progresser la démocratie burkinabè en lui évitant les affres "d'une monarchisation" du pouvoir que tout le monde redoute aujourd'hui au Burkina Faso n

1Gilbert Ouédraogo et les circonstances de son arrivée à la tête de l'ADF/RDA en juin 2003, après l'éviction de Hermann Yaméogo.

 

CDP
Le Bureau Exécutif National du CDP s'explique sur la suspension des ex-CNPPistes et assimilés



Rock Marc Christian KABORE, Président du CDP

Le 13 juin dernier, le bureau exécutif national (BEN) du CDP a prononcé la suspension de 06 de ses militants, tous membres du bureau politique. Trois d'entre eux sont également membres du bureau exécutif national. Cette décision fait suite à une lettre adressée par lesdits militants au BEN et qui faisait la critique de la vie du parti. Pour situer l'opinion sur ces divergences au sein du parti, Roch Marc Christian Kaboré et ses camarades ont animé un point de presse. C'était le 22 juin au siège du parti sis avenue Kwame Nkrumah.

D'entrée de jeu, le président du parti, Roch Marc Christian Kaboré s'est passé d'une déclaration liminaire et a procédé à des explications verbales. Il est revenu sur les origines des griefs qui opposent " les camarades suspendus " aux instances dirigeantes du parti. Selon lui, faisant suite à la lettre du 23 avril dans laquelle des militants du CDP exposaient un certain nombre de problèmes internes au parti, le BEN a souhaité discuter de la question dans le cadre des instances du parti. Cependant, a-t-il poursuivi, le comportement des signataires a fini par les "convaincre que leurs ambitions étaient aux antipodes des intérêts du parti", ce qui à la longue compromettrait "dangereusement l'unité et la cohésion du parti". Les signataires de la lettre que sont Yao Marc Oubkiri, Tabsoba Pierre Joseph Emmanuel, Boly Moussa, Ouédraogo R. Mathieu, Taho Amadé et Kaboré Emile René se réclament de l'ex- CNPP et assimilés " alors que selon l'appréciation du premier responsable du parti, de telles considérations relèvent du " fractionnisme " et ne sont pas de nature à sauvegarder l'unité du parti. La création du CDP émane d'une fusion et non d'une fédération a-t-il souligné. C'est pourquoi ajoute t-il, il n'est plus question de parler d'ex- CNPP, d'ex-MDS ou d'ex-ODP/MT. Comme preuve de la fusion de tous ces ex-partis, Roch Marc Christian relève le fait que les camarades en question soient membres des organes dirigeants comme le bureau politique national ou le bureau exécutif national. Dans ses explications, le président du parti a tenu à montrer combien ils étaient soucieux de se pencher sur les préoccupations de leurs camarades. C'est pourquoi il n'a pas nié que le parti connaît effectivement des problèmes sur lesquels il y'a lieu de réfléchir. Il a expliqué que le 10 mai dernier, le Bureau exécutif a rencontré les signataires de la lettre pour discuter de leurs revendications mais que ces derniers n'en n'ont pas voulu, arguant qu'ils n'ont pas confiance aux structures du parti. Selon le président du parti, ces " refondateurs " ont préféré rédiger un mémorandum qu'ils ont publié dans la presse. Pourtant, s'indigne t-il, les signataires avaient été interpellés sur l'utilisation intempestive des médias pour poser leurs revendications. Cette façon de poser les problèmes internes du parti est anti-statuaire martèle t-il.
Concernant la polémique sur les auteurs de la publication du mémorandum, Roch Kaboré s'est dit étonné que la question se pose car le CDP n'avait aucun intérêt à ce que cette déclaration soit publiée. A l'examen du mémorandum lors de la deuxième rencontre du BEN le 5 juin avec la partie en désaccord, le contenu de celui-ci a été jugé par les membres de cette instance, diffamatoire et allant à l'encontre des intérêts du parti a poursuivi Roch Kaboré. C'est au regard de tout cela que la décision de suspension "des camarades" a été prise. Pour tous ces manquements à l'endroit du parti et des ses militants, en attendant le congrès qui se tiendra en 2009, les suspendus ne pourront être réhabilités que s'ils faisaient publiquement et clairement leur autocritique précise le premier responsable du CDP. Dans le même ordre d'idées que le président du parti, les autres membres du bureau exécutif notamment Salif Diallo, Simon Compaoré, Mahama Sawadogo et Nahobo Kanidoua ont tour à tour apporté des réponses aux questions des journalistes. Pour Simon Compaoré, le CDP est un des partis qui organise régulièrement des rencontres et autres cadres d'échanges pour ses militants. C'est pourquoi il estime que les plaignants avaient bien des opportunités de poser leurs préoccupations dans les cadres organisés au lieu de passer par voix de presse. L'intervention de Salif Diallo a porté sur les abus de pouvoirs dont les "refondateurs" accusent le président du parti. Pour lui donc, le président du parti a tout simplement été payé en monnaie de singe par les militants sanctionnés. Il ajoute qu'il aurait été d'avis avec les personnes sanctionnées si seulement ils disaient que le président Roch a été laxiste. Pour lui il y a longtemps que la décision de suspension aurait dû être prise contre ces camarades. Salif Diallo à conclu que "ce sont les camarades même qui ont acheté leur propre sanction". A la suite de Salif, Roch a lui-même rejeté l'accusation d'abus de pouvoir en soutenant que c'est le bureau exécutif qui a compétence pour suspendre les militants. Il a ajouté que n'eût été l'autocritique que le parti attend de la part des suspendus, ces derniers auraient pu être définitivement exclus par le bureau politique national qui s'est réuni la veille même de la conférence de presse. Néanmoins, le bureau politique national a félicité la décision de suspension. Roch Marc Christian Kaboré a clos la conférence en disant aux journalistes que le parti reste ouvert à d'autres besoins d'éclaircissements sur le sujet

Boukari OUOBA (stagiaire)


Succession a la mairie de Bogodogo
On a préféré le deuxième adjoint


Simon Compaoré et à sa gauche Henri Sandaogo

Alors que son premier adjoint se trouve en mission, Zénabou Drabo - maire de l'arrondissement de Bogodogo - dépose sa démission. La guerre de succession s'est ouverte plus tôt qu'attendue...Et Henri Sandaogo l'a emporté.
"C'est une élection calamiteuse, ainsi voulue pour disqualifier un candidat", nous confie Moustapha Ouédraogo ,candidat perdant. Vite fait, rien à redire. Ainsi le deuxième adjoint au maire démissionnaire, Henri Sandaogo s'est précipité, pour organiser stratégiquement la chute de Moustapha , le premier adjoint de Zénabou Drabo. Par une tenue d'élection, pendant que Moustapha se trouvait en Angleterre, en mission. "C'est une violation du code des collectivités… seulement quatre jours après la démission du maire; on organise une élection; sans un temps intérimaire d'un mois", s'énerve Moustapha.
Ouedraogo. Simon Compaoré installe Henri Sandaogo sur fond de mise en garde : "Des maires de ce même arrondissement de Bogodogo sont partis à la MACO pour détournement de parcelles. Donc M. Sandaogo, si vous voulez notre soutien ne les imitez pas…", prévient le maire central , sous les regards de centaines d'hommes et femmes de l'arrondissement, d'autorités politiques et coutumières, qui assistaient à la cérémonie de départ de Zénabou Drabo. Le discours de madame Drabo précède les hommages de Simon Compaoré et Henri Sandaogo. Mais aussi des problèmes cruciaux ressurgissent, malgré le ton humoristique des trois intervenants de cet après midi.
Madame Drabo en décembre dernier, au cœur de vives protestations contre le partage anarchique des parcelles de taabtinga, et alors que les populations de cette zone la soupçonnaient de "faire ses valises" pour l'Assemblée Nationale, nous avait promis de résoudre la question avant de quitter. Interpellée sur cette promesse non tenue, elle s'explique : "Nous avons commencé, par les secteurs 28 et 29, si j'ouvre encore le sentier de Taabtinga; comment je vais m'en sortir avec seulement une équipe de six personnes ?".
Qu'à cela ne tienne. Henri Sandaogo, le maire entrant, place son mandat sous le signe de la continuité et de la consolidation des acquis, il y'a fort à faire au regard des multiples combats.
Premier combat : relever le défi du renforcement de l' unité d'action au sein du conseil municipal. Unité d'action nécessaire à la résolution du délicat problème des parcelles à Taabtinga, où il y'a une forte disproportion entre la demande et l'offre. Pour mille parcelles disponibles, cinquante trois mille demandes attendent de trouver satisfaction.
Deuxième combat : madame Drabo a mené, tant bien que mal, une lutte frontale contre de soi-disant, propriétaires terriens à Taabtinga. Henri Sandaogo qui a pris le relais se doit d'achever la mission pour un partage juste et équitable de la terre
Troisième combat : des services sociaux offerts à la population, tels que: les colonies de vacances, les repas communautaires, la scolarisation des plus démunis devraient être maintenus.
Quatrième combat : l'amélioration sans cesse de l'état des infrastructures routières, d'assainissements et scolaires.
Ce sont là des enjeux qui pèseront lourd dans les échéances électorales prévues pour 2011.

Sami Bruno Sanogo Gniminou


 

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2008