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Dossier
: Politique
Limogeage
de Salif
Ouahigouya n'a pas aimé

Par Idrissa Barry
Dans la cité de naaba Kango, la nouvelle a été
accueillie comme une douche froide. C'est la surprise et l'incompréhension.
Ouahigouya, 27 mars. La 2ème édition du Forum
social du Burkina doit ouvrir ses portes à 9h. Dans
la ville, aucun signe n'indique la tenue d'une telle manifestation.
Au Centre des jeunes, où doit avoir lieu la cérémonie
d'ouverture de la rencontre altermondialiste, les conversations
sont accaparées plutôt par un sujet : le départ
de Salif Diallo du gouvernement. Que s'est-il passé
pour que ce baron du régime soit éjecté
de l'exécutif burkinabè ? Quel sera son prochain
point de chute ? Quelles conséquences son départ
aura-t-il sur la vie politique nationale ? Les palabres tournent
autour de ces questions. Une autre question hante certains
organisateurs du forum : quel impact cette actualité
politique aura-t-elle sur le forum social quand on sait que
Salif Diallo est originaire de Ouahigouya et constitue un
poids lourd dans cette ville ? D'ores et déjà,
l'impact est là. Le sujet Salif ravit la vedette aux
thèmes à l'ordre du jour du forum que sont la
culture du coton OGM, les difficultés des filières
riz et lait au Burkina, l'intégration sous régionale
et la souveraineté alimentaire, la vie chère
de manière générale. A l'heure du début
de la cérémonie, on ne voit pas les officiels
invités. C'est le gouverneur de la région du
Nord qui devrait présider la cérémonie.
Les éléments de la gendarmerie sont déployés
partout dans la grande cour du Centre, mais les autorités
se font, elles, attendre. Certains participants commencent
à douter de leur venue. Ils pensent qu'à l'instar
de nombreux Ouahigoulais, ces autorités n'ont pas le
moral au beau fixe depuis la nuit pascale où leur champion
a été débarqué du gouvernement.
Ceux qui tiennent ces propos avancent que la plupart des autorités
exerçant à Ouahigouya ont été
placées par l'infortuné du moment. Pour eux,
les officiels ne viendront pas. L'atmosphère est très
lourde dans la ville depuis l'éviction de Salif Diallo
du gouvernement et aucune autorité n'aimerait trop
se faire voir en ce moment.
Une marche avortée
En forme ou pas, certains estiment que le gouverneur doit
honorer son engagement par sa présence à l'ouverture
du forum. Par petits groupes, sous les arbres ou assis au
restaurant Kadiami, les gens échangent en attendant
l'arrivée des autorités. Certains participants
ne cachent pas leurs appréhensions. Dans la ville,
règne en effet, une atmosphère de deuil. "C'est
comme si les gens s'étaient concertés. Les maquis
ne sont plus animés ces deux jours. Les sono ont diminué
de volume", marmonne un gérant de maquis. Les
activités tourneraient au ralenti dans la ville depuis
cette date. Des semaines avant le limogeage, le malaise était
déjà perceptible dans la ville. Un animateur
de la radio La Voix du paysan a été suspendu
d'antenne pour trois mois par son directeur pour avoir traduit
en moré un article de L'Evénement qui annonçait
le prochain départ du ministre Salif Diallo du gouvernement.
A la fin de sa traduction, il aurait appelé les populations
du Yatenga à descendre dans la rue manifester contre
cette éventualité. Quand "l'irréparable"
s'est finalement produit, dans certains milieux, on s'est
souvenu de l'invite de l'animateur. Les esprits étaient
préparés pour manifester, mais il aurait manqué
une structure ou des gens pour prendre l'initiative. Il semble
que c'est Salif Diallo lui-même qui aurait demandé
à ses fidèles de ne rien entreprendre. Les gens
sont restés donc dans l'expectative. Au lieu du forum,
le gouverneur se fait attendre. Les conversations vont bon
train.
Les politiques
attendent de voir
En suivant certaines conversations, on se rend compte d'une
chose : la compassion envers le partant ou le limogé.
On le plaint, on souligne ses qualités de bosseur,
sinon de baroudeur. On magnifie son dynamisme et ses talents
oratoires. C'est dans cette ambiance qu'arrive enfin le gouverneur
accompagné du président du Conseil régional
et du haut commissaire. La cérémonie ne tire
pas en longueur. Le gouverneur est peu loquace. Aucune allusion
à l'actualité brûlante dans les discours.
On note néanmoins une absence de taille, celle du maire
de Ouahigouya, Abdoulaye Sougouri, un des fidèles lieutenants
de Salif Diallo dans la région du Nord. Il s'est fait
représenté à la cérémonie.
Au même moment, il se tenait une session du conseil
municipal. Réunis pour parler du budget, les débats
dans les coulisses auraient tourné autour du "problème
de Salif", témoigne un conseiller. "Nous
sommes venus, espérant avoir plus d'informations sur
ce qui est arrivé à notre leader. Mais on nous
a simplement dit de nous calmer, de ne rien entreprendre,
d'attendre les explications du parti qui viendront bientôt.",
confie un conseiller CDP qui a souhaité garder l'anonymat.
Le maire que nous avons rencontré le 29 mars se dit
surpris par la nouvelle du départ de Salif du gouvernement.
" C'est avec regret que nous avons appris son départ.
Rien ne présageait ce départ. Certes, les journaux
en parlaient, mais au niveau du parti, on n'en a pas parlé.
", affirme le maire Sougouri. Ce qui, à ses yeux,
signifie que ce changement n'a pas de conséquence sur
son positionnement au sein du parti, le Congrès pour
la démocratie et le progrès (CDP). Il considère
toujours Salif comme le n°2 du parti au pouvoir et "le
leader de la région du Nord". Voit-il des conséquences
pour sa commune ? Sans ambages, il répond : "Son
départ va jouer négativement sur la dynamique
de développement de la province et singulièrement
de la commune. C'est sûr que la place qu'il occupait
au gouvernement profitait bien à la commune. Maintenant
qu'il n'est plus à ce poste, on craint que les choses
ne soient plus comme avant. " Sur le plan politique,
il pense qu'il n'y aura pas de bouleversement dans la province,
le CDP va conserver sa place de premier parti. Néanmoins,
il estime que " c'est un grand vide qu'il (Salif) laisse
", s'il advenait qu'il se retirait de la scène
politique. Que pensent ses adversaires de l'ADF/RDA ? Il nous
revient que le lendemain de la sortie de Salif du gouvernement,
le ministre Gilbert Ouédraogo, président de
l'ADF/RDA, natif de Ouahigouya également, aurait tenu
à son domicile une réunion avec le bureau local
du parti. Il aurait demandé à ses gens d'éviter
le sujet avec la presse. Nous n'avons pas pu entrer en contact
avec les responsables locaux du parti de l'éléphant
malgré nos multiples tentatives. Leurs téléphones
ne répondaient pas. Au siège du parti, seul
le gardien assurait la permanence. Chez les sankaristes de
l'UNIR/MS, on est également peu loquace. Le secrétaire
général du parti dans le Yatenga, Zana, "attend
de voir la suite" avant de se prononcer. Son camarade
B. Etienne B. Ouédraogo pense lui, qu'il y a lieu de
s'inquiéter " si ce remaniement vient consacrer
la gestion familiale du pouvoir d'Etat". Il voit dans
"le débarquement en catimini" de Salif Diallo,
la mise au grand jour "des contradictions entre Salif
et François", le dernier cité étant
le frère cadet du président Blaise Compaoré.
Dans le milieu de la société civile, on pense
que ce remaniement n'est ni plus ni moins qu'"une diversion"
de plus du système Compaoré. Pour Tasseré
Savadogo, coordonnateur des organisations de la société
civile du Nord, le pouvoir a l'habitude de créer des
événements pour masquer les vrais problèmes
du moment. " Avant le départ de Salif, partout
les gens parlaient de la vie chère, mais maintenant,
tout le monde n'a que le sujet Salif dans la bouche. C'est
ainsi que le pouvoir réussit chaque fois à détourner
le peuple de ses vraies préoccupations." La supposée
guéguerre entre Salif et les frères Compaoré
n'est pas un problème, à ses yeux. Pour lui,
le vrai problème, c'est le chômage des jeunes.
"Salif et Blaise ne s'entendent pas n'est pas notre problème.
Ils n'ont qu'à s'entendre pour nous trouver du riz
à manger ", dit-il sèchement. Même
son de cloche à l'ODJ (Organisation démocratique
des jeunes). Son responsable de Ouahigouya, Essimayila Bakouan
évalue le départ de Salif à zéro
si le système lui-même reste intact. " Ce
n'est pas le changement de personne que nous attendons, mais
le changement de tout le système. Avec ou sans Salif,
c'est le même système fait de corruption, des
injustices et d'impunité qui continue à nous
gouverner." Un commerçant de la rue principale
de la ville résume l'opinion générale
des gens à Ouahigouya : "Nous sommes déçus
de Blaise. Avec tout ce que Salif a fait pour lui, c'est de
cette manière, il le remercie. Il doit comprendre qu'il
n'aura plus quelqu'un comme Salif à ses côtés,
même pas son petit frère François "
Salif limogé,
à qui le tour ? !
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Blaise Compaoré en monarque absolu fait
le vide de ses amis et se replie sur sa famille
Par Germain Bitiou Nama
Blaise Compaoré s'est donc décidé
à " rompre " avec son plus fidèle
allié. Dans le scénario imaginé
pour l'avenir de son pouvoir, Salif Diallo était
devenu un élément encombrant. Le cas
Salif était, semble-t-il, un problème
posé et à résoudre, et ce fut
fait ce 23 mars, jour de Pâques. C'est la première
étape d'un scénario qui devrait conduire
au démantèlement du CDP ou à
tout le moins, à des remises en cause.
L'information est venue du président Blaise
Compaoré lui-même. Il y avait au sein
du gouvernement, un problème de " collégialité
et de " cohérence ". Au détour
d'une phrase, les Burkinabè ont compris que
Salif Diallo était l'empêcheur de tourner
ou plutôt de gérer en rond. Voilà
qui nous ramène à ces folles rumeurs
qui annonçaient tantôt que Salif avait
été congédié d'un Conseil
des ministres par le Premier ministre Tertius Zongo
pour être venu en retard, tantôt qu'à
Bourzanga, les deux hommes ont failli en venir aux
mains après une cérémonie de
lancement calamiteuse où ils ont publiquement
étalé leurs divergences. Si les Burkinabè
s'interrogeaient sur la réalité de ces
rumeurs avant le limogeage de Salif, ils n'ont plus
aucun doute depuis lors. Il n'en reste pas moins que
ces incidents continuent d'entraîner des interrogations.
Que Tertius Zongo mette à la porte un ministre
d'Etat, qui de surcroît est le numéro
2 du parti au pouvoir et réputé jusque-là
ami fidèle de Blaise Compaoré, est une
chose difficile à avaler. Quant à l'épisode
de Bourzanga, il détonne avec l'image de Tertius,
un diplomate rompu par vocation aux bonnes manières.
Et si par extraordinaire, il se trouve que ces faits
sont avérés, alors il faut croire que
quelque chose a changé. Non pas parce que Tertius
aurait affirmé son autorité face à
Salif, Yonli l'avait fait avant lui, d'où leurs
mauvais rapports, mais parce que entre camarades adultes,
on doit pouvoir s'expliquer autrement. Le fait est
qu'avant même que Tertius n'entre en scène,
les rapports entre Blaise Compaoré et son ami
Salif Diallo n'étaient plus au beau fixe. Il
est donc difficile d'expliquer que Tertius soit à
la base du départ du ministre d'Etat. Il n'a
pu être tout au plus qu'un instrument ou un
bouc émissaire.
La pomme de discorde
entre Blaise et Salif
On ne connaît pas de problème personnel
entre Blaise et Salif. Le ministre d'Etat était
entièrement dévoué à son
patron, même quand certains signes pouvaient
laisser penser que les deux hommes n'ont plus tout
à fait la même vision sur la manière
de conduire les affaires du pays. Il est évident
qu'un homme d'appareil comme Salif Diallo ne voyait
pas d'un bon il l'importance que prenait la
famille du président dans la gestion des choses
et des hommes. Outre l'épisode David Ouedraogo
où François Compaoré s'est illustré
comme celui par qui la crise est arrivée, crise
qui a failli mettre fin au pouvoir de son frère,
on peut aussi relever la main mise de "la belle-mère
nationale" sur les affaires du pays et cela par
le truchement de son beau-fils dont on connaît
l'influence (en raison de sa position dans le cabinet
du président) sur les structures bancaires
nationales ainsi que sur les marchés publics.
Salif aurait à maintes fois attiré l'attention
de son ami Blaise sur le danger constitué par
cette belle-mère sans scrupules qui accapare
à tour de bras les marchés publics et
qui, en revanche, ne s'embarrasse pas des règles
de l'art, une fois ceux-ci acquis. La belle-mère
a en effet la réputation de livrer des ouvrages
mal finis et gare à celui qui oserait s'en
plaindre! On raconte qu'elle manoeuvrait contre vents
et marées pour s'adjuger un projet de 50 000
villas à construire en dépit des limites
manifestes de son entreprise ! Cette tendance à
l'affairisme débridé du clan familial,
dans une totale impunité, embarrasse plus d'un
au sein du parti-Etat. Mais la nature du pouvoir décourage
l'expression de ces mécontentements. N'empêche
que des militants du CDP et non des moindres n'hésitent
plus à poser le problème en privé.
Quant à l'évolution du régime
sur le plan politique, bien que le président
n'en parle pas encore, des signes évidents
montrent bien que François Compaoré,
par glissements successifs, est en train d'apparaître
comme un prétendant à la succession
de son grand frère. Pendant des années,
l'homme s'était refusé à des
prises de parole publiques. Il est vrai que dans la
famille, on n'est pas très tribun, mais la
volonté de jouer les premiers rôles politiques
n'est pas pour autant absente. La porte d'entrée
en politique passe d'abord par le sport où
Jean Pierre Palm, un vieil ami du président,
lui a déroulé le tapis d'honneur avec
le parrainage des compétitions de l'USSUBF.
Mais c'est pendant les "20 ans de renaissance
démocratique avec Blaise Compaoré"
que le scénario imaginé par les frères
Compaoré a été le plus lisible.
L'événement devait définitivement
établir la légitimité politique
de François. Mais comme on a pu le constater,
ce fut un beau fiasco dont les caciques du CDP qui
avaient été volontairement laissés
en rade ont dû se réjouir. Surtout que
cet événement avait été
parachuté sans aucune préparation, alors
même que le CDP était en train de préparer
un forum sur des questions d'intérêt
politique national qui devait se tenir dans la même
période. Il n'est pas exclu que la tiédeur
manifestée par un certain nombre de cadres
du CDP dont Salif Diallo, vis-à-vis de cette
activité pirate, ait joué contre ce
dernier. On connaît le caractère entier
de cet homme qui a d'ailleurs boudé le grand
meeting organisé à Pô le 18 octobre.
Si donc l'objectif de Blaise était de mettre
son frère en pôle position, il était
sûr que ses rapports avec celui qui était
considéré comme son meilleur ami allaient
prendre un coup. Mais ce qui intéresse les
analystes politiques au-delà du scénario
de dévolution du pouvoir concocté par
Blaise et sa famille, c'est la stratégie de
Salif Diallo lui-même.
Les ambitions de Salif Diallo
De tous les cadres du CDP, Salif Diallo est certainement
un des rares à conserver des convictions fortes
en politique. Nombre de combattants originels ont
fini par adopter un comportement suiviste devant l'orientation
affairiste du régime, s'ils ne sont pas devenus
eux-mêmes affairistes. Salif Diallo n'avait
de cesse de pester devant l'évolution du CDP
en parti administratif. Au troisième congrès
du CDP, il a bataillé ferme pour un retour
aux valeurs militantes. Sa posture au sein du gouvernement
semblait empreinte de la conviction qu'il est un ministre
en mission du parti. Il avait du mal à se considérer
comme un simple ministre chargé de la gestion
d'un département. En dépit de ses dénégations,
il se voyait au-dessus de tous ces ministres administratifs
préoccupés par les résultats
de leurs départements. En plus de cela, il
s'est toujours considéré comme un ministre
politique au service d'un régime dont il s'estime
être un des garants, au même titre que
tous les cadres originels. A ses yeux, le pouvoir
n'appartient pas à Blaise (même s'il
lui reconnaît la posture de chef), mais l'émanation
du mouvement politique qui lui a donné naissance.
D'où la légitimité qu'il confère
au parti qui, pour lui, a vocation à être
le pôle d'orientation de l'action gouvernementale.
Or visiblement, ce n'est pas le cas. Le parti apparaît
plutôt comme un instrument au service du gouvernement.
C'est apparemment la raison de la sourde guérilla
qu'il livrait à Yonli qu'il accuse d'avoir
oublié le parti. Avec Tertius Zongo, il s'est
maintenu dans la même ligne de conduite. Ce
qui lui arrive montre donc que les deux hommes n'avaient
pas la même vision des rapports entre le parti
et l'Etat. Sans doute Salif aurait bien aimé
s'approprier de leviers suffisamment puissants pour
peser sur l'action politique nationale. On dit à
ce propos qu'il convoitait le poste de Premier ministre,
en particulier après les deux bails de Yonli.
Mais à la veille des élections législatives,
le chef de l'Etat a préféré reconduire
ce dernier. L'arrivée de Tertius Zongo montre
que Blaise Compaoré lui-même ne souhaite
pas voir le parti prendre l'ascendant sur le gouvernement.
Derrière ces querelles de légitimité,
il y a donc bien un problème de vision touchant
à la position de chacune des entités
politiques (gouvernement et parti au pouvoir) sur
la vie de la nation.
Ce qui risque
de se passer
On imagine mal un Salif Diallo reclus à son
domicile ruminant ses frustrations. L'homme est un
monstre politique tout entier formaté dans
la politique. Certains disent même qu'il ne
sait rien faire d'autre que la politique. Alors si
Blaise ne règle pas la question autoritairement,
le CDP entrera dans une phase de débat politique.
En tant que commissaire à l'orientation politique,
Salif Diallo posera les questions qui divisent devant
les responsables du parti : Quel doit être le
rôle du parti dans la vie du pays, indépendamment
des questions électorales ? Les rapports entre
le parti et le gouvernement, entre le parti et l'Etat,
entre le parti et les associations qui s'inscrivent
dans la mouvance du régime. A moins de lui
infliger le sort d'un Macky Sall, (cet ancien Premier
ministre de Abdoulaye Wade,) Salif risque de continuer
à jouer son rôle de responsable politique
jusqu'au bout. On l'a vu dans le Zandoma où
en sa qualité de commissaire politique régional,
il a fait sanctionner tous les militants qui s'étaient
singularisés par un comportement anti-parti
lors des élections municipales de 2006. Sans
considération aucune de leur position sociale
ou de leur protection politique. Une intransigeance
qui n'a pas fléchi tant que les militants sanctionnés
n'auront pas reconnu leur faute et demandé
pardon au parti. C'était la condition qu'il
avait posée et c'est ce que, selon nos sources,
les militants fautifs ont fait pour enfin bénéficier
de la clémence du parti. Mais apparemment,
au sein du parti, ils ne sont pas nombreux les responsables
qui acceptent d'aller aussi loin dans l'application
de la rigueur disciplinaire. Le militantisme prôné
par Salif a très peu d'adeptes aujourd'hui
dans les rangs du CDP. N'empêche qu'ils sont
nombreux les militants qui redoutent ce qui se profile
à l'horizon et qui s'apparente à un
nouveau viol de la Constitution. Si bien que la stratégie
de contournement du CDP à travers les structures
parallèles de soutien risque de se poursuivre.
Et dans cette perspective, l'argent est appelé
à faire son uvre. Du moins, c'est ce
qu'on espère. Dans le même temps, le
CDP subira de nombreux assauts et il n'est pas sûr
que l'appareil du parti sera assez robuste pour tenir.
En tout cas, les jours qui viennent nous édifieront
sur les stratégies qui se peaufinent dans l'ombre
et qui ne vont pas tarder à montrer leurs effets.
Ainsi, la disgrâce de Salif préfigure
le démantèlement du CDP ou à
tout le moins son alignement sans condition dans le
processus de monarchisation qui se met en place. Et
comme nous l'avons déjà écrit
: " on ne ruse pas indéfiniment avec l'évidence
!"
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Blaise
Compaoré : le vide complet

Par Newton Ahmed Barry
Le cercle des camarades a été progressivement
décimé par des purges ou des disgrâces.
Vingt ans après sa prise du pouvoir, Blaise Compaoré
est plus que seul. Ou du moins, il est désormais pris
en charge par sa famille et ses courtisans.
Les initiés, pour parler de ceux qui ont
fait le 15 Octobre avec Blaise Compaoré, utilisent le
terme " les dénikélini ". Un terme Bambara
qui ne veut pas dire grand-chose, sauf à considérer
dans un sens figuré qui signifierait alors "inconscient
comme un enfant unique". Effectivement, ceux qui ont perpétré
le coup d'Etat du 15 Octobre, dans leur ensemble, étaient
des têtes de turcs, pour ne pas dire de vrais voyous.
Il se raconte encore des anecdotes parfois lugubres à
la radiodiffusion nationale du Burkina où a sévi
pendant plus d'une semaine, la bande à Tamini/Salif.
Les yeux rouges, Tamini, que Salif Diallo est allé chercher
chez lui juste après le succès du coup d'Etat,
est arrivé triomphalement à la rédaction
avec cette phrase : "votre petit Sankara là, c'est
fini
". La radio nationale, qui était à
l'époque, le média le plus important du pays,
va être le foyer stratégique de contrôle
de l'opinion nationale du Front populaire. Les activistes du
nouveau pouvoir, par leur méthode, indisposent plus d'un.
Il n'y a pas à l'époque jusqu'à un certain
Mahamoudou Ouédraogo que leurs manières cavalières
n'avaient exécré. Le soir même du 15 Octobre,
la bande à Omar Traoré, celui-là qui lira
le texte terrible qui traite Sankara de renégat, fait
irruption dans la bandothèque de la radio à la
recherche de la musique militaire pour occuper les ondes. La
responsable de la bandothèque, une certaine madame C.,
ayant pris peur se réfugie dans un des placards de son
service. On la cherche en vain. Rage de colère, un des
"assaillants" intime l'ordre qu'on "foute une
balle dans les fesses de cette madame C., si on l'a retrouve
".
Les responsables de la radio vont trouver la musique militaire
pour ces gens "enragés" et finalement la pauvre
madame C. aura les fesses sauves.
Ces quelques petites anecdotes pour décrire un peu l'ambiance
de terreur qui a prévalu au début du Front populaire
qui est pour ainsi dire "la mère du présent
pouvoir". Il a fallu des gens, de véritables têtes
brûlées, pour conduire cette terreur. Après
la révolution, le Burkina peut aussi revendiquer avoir
connu sa période de "terreur".
Que sont-elles devenues aujourd'hui toutes ces personnes ? Elles
sont soit mortes dans des conditions atroces, tels les cas de
l'ignoble Gaspard Somé, mort dans un accident bizarre
après avoir menacé de mort le haut commissaire
du Soum, pour une histoire de villa présidentielle inachevée
et du sergent Nadié, mort après des années
de folie. Certains sont tombés dans la disgrâce,
dont le plus célèbre est évidemment l'adjudant
Hyacinthe Kafando. D'autres ont tourné autrement comme
Gabriel Tamini, qui a depuis lors basculé dans le protestantisme
et s'est mis en quelque sorte en retrait des affaires de la
République, même s'il continue toujours d'occuper
un bureau à la présidence.
Pour la grande majorité des combattants originels, comme
l'a si bien écrit Germain Nama ( lire Salif limogé,
à qui le tour ?) "ils ont fini par adopter un comportement
suiviste devant l'orientation affairiste du régime, s'ils
ne sont pas devenus eux-mêmes affairistes".
Progressivement donc, la chose politique a échappé
aux camarades des premières heures. Nombre d'entre eux
ont été bien récompensés et nommés
à des postes " juteux ", comme le colonel Bonkian
et cet autre qui s'occupe du parc automobile de l'Etat. Mais
tous ont fini par comprendre qu'ils avaient bien intérêt
à se contenter de boire le lait, plutôt que de
vouloir compter les veaux.
La famille Compaoré est devenue progressivement la vraie
gestionnaire du pouvoir. D'abord par la position stratégique
de François Compaoré à la présidence,
où il s'occupe de l'économie et est devenu rapidement
le vrai détenteur du levier économique en ayant
la haute main sur le monde des affaires par tous les moyens
possibles, y compris par la fabrication d'acteurs marionnettes.
Le porte flambeau de cette génération d'hommes
et de femmes d'affaires "bling bling", c'est bien
évidemment la belle-mère nationale (c'est la vraie
belle-mère de François Compaoré). Alizeta
Gando est le prototype même de la fulgurance en affaires.
En 1990, elle n'avait que sa moto et quatre ans plus tard, après
s'être alliée aux Compaoré, et après
que l'Etat lui a accordé un monopole indu, elle devenait
milliardaire. Depuis, elle a diversifié ses activités
pour toucher l'immobilier Azimmo et puis SOCOGIB. A présent,
elle étend ses tentacules dans le BTP. Une évolution
qui n'est pas faite pour créer la sérénité
au sein des opérateurs du secteur.
Ensuite, il y a la sur à Ziniaré, devenue
au fil des ans l'équivalent de mami fêthè,
dans la politique Burkinabè. Les ministres de l'Etat
lui font allégeance. Elle ne nomme pas. Mais elle peut
utilement intercéder auprès du président.
Comme on peut le voir, le centre du pouvoir est devenu familial.
Les ministres du gouvernement, jusqu'au premier d'entre eux,
savent qu'ils doivent compter avec ces nouveaux centres de décision
et de pouvoir. Le parti, le CDP en l'occurrence, n'est plus
grand-chose dans la vie de l'Etat.
Il reste maintenant l'énigme Gilbert Diendiéré.
Il y a des années que son départ de son poste
était annoncé, sans résultat. En octobre
dernier, il était le seul vrai "combattant originel"
à avoir accompagné les frères Compaoré
à Pô, pour leur saga de légitimation. Il
a même témoigné à l'époque
sur le rôle éminent joué par Blaise Compaoré
dans l'avènement de la révolution. Il a même
soutenu qu'en mai 1983, c'était faute d'avoir pu mettre
la main sur Blaise Compaoré, que Jean Baptiste Ouédraogo
et les siens s'étaient rabattus sur Sankara, Zongo et
Lingani.
L'option "familiale et monarchique" du pouvoir se
met donc en place. Le gouvernement et les ministres n'ont plus
de pouvoir réel. Le parti majoritaire est mis hors jeu
par une approche de contournement qui a vu se créer des
structures de soutien au chef de l'Etat dirigées par
des personnalités économiques et les chefs traditionnels
les plus en vue. Dès lors, deux options sont en présence.
La première évidemment, c'est un pouvoir à
vie, aussi longtemps que possible. Mais à défaut,
par exemple si la santé ne le permet plus ou si le président
est diminué, une malvoyance grave par exemple, la solution
de substitution serait la promotion d'un François Compaoré.
Pour se faire, il faut aller vite sans se précipiter
et éviter autant que faire se peut l'erreur des héritiers
de Eyadema. Comment faire donc pour que François Compaoré
soit à la bonne position au bon moment ?
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Pour l'instant, le CDP
soutient Salif
C'est la première fois, de mémoire
de journaliste, que le CDP félicite ouvertement
un de ses cadres qui a été débarqué
du gouvernement. Même Roch Marc Christian Kaboré,
alors chef du parti et décagnotté de son
poste de Premier ministre n'avait pas eu droit à
une telle solidarité du parti.
Or, le bureau politique national réuni le 5 avril
dernier "a salué l'engagement et la détermination
avec lesquels il a accompli sa mission et l'a félicité
pour tous ses efforts en faveur de la promotion du monde
rural
" Sans faire un lien avec cette éviction
de Salif Diallo, le même bureau politique annonce,
dans un objectif d'approfondissement de la démocratie
(
) et d'une projection sereine vers l'avenir et
pour une approche systémique des questions politiques
y afférant : "la nécessité d'approfondir
la réflexion et d'ouvrir les débats contradictoires
sur les réformes politiques et institutionnelles
".
C'est une phrase bien enrobée. Mais elle annonce
au moins deux choses. Il faut un débat et des reformes
institutionnelles pour tenir compte de l'avenir. De quel
avenir s'agit-il ? De la reforme de la constitution pour
faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels
ou bien, et pour la première fois, le parti va-t-il
oser évoquer les questions de succession à
la tête de l'Etat ? Mais c'est déjà
un signe que d'y penser n
NAB
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