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Dossier
: Politique
/ VIE
CHERE
Marche
du 15 mars
Le petit peuple crie famine

Par Merneptah Noufou
Zougmoré
Avant-veille du 15 mars, l'autorité en charge de la
sécurité semble sonner la mobilisation. Dans
les coins et recoins des rues à Ouagadougou, devant
certaines infrastructures, les forces de l'ordre sont visibles.
Sans oublier la ronde qu'elles font à la périphérie
de la ville, dans les quartiers populeux où les sans
culottes se recrutent. Le jour j, le dispositif n'a pas changé.
Il s'est même renforcé pendant la marche. Des
éléments de la Compagnie républicaine
de la sécurité (CRS) bardés d'attirail
de répression sont à la tête de la marche
juchés dans un véhicule 4x4 bâché.
Mais avant que la manifestation ne démarre, dans la
matinée du 15 mars, la mythique Bourse du Travail,
dès 8 heures, commence à absorber son monde.
Une sono distille de la musique de lutte ponctuée de
communiqués. Lesdits communiqués interpellent
les organisateurs de la marche à s'occuper des tâches
qui leur sont dévolues. Aux environs de 9 heures, les
manifestants quittent la Bourse pour la marche à travers
certaines artères de la ville. Les écriteaux
sur les banderoles sont indicateurs de la nature de la manifestation.
On y lit : " non à la hausse intempestive des
prix ! Oui à une politique sociale des prix
"
Les étudiants, comme d'habitude, répondent massivement
à l'appel des syndicats et les différentes associations
de la société civile. Ils donnent de la voix
par leurs traditionnels cris de guerre " tibé
tibé, hou ha ". François Ouédraogo
et sa chorale animent la marche par des chants composés
pour la circonstance. De la mairie centrale, le colonel Gilbert
Dienderé, chef d'état major particulier du président
du Faso suit la marche. La foule le conspue. Mais la réaction
semble l'amuser, il a le sourire aux lèvres. A proximité
de la Maison du Peuple, un dirigeant syndical joue le sensibilisateur.
Il invite les badauds massés aux abords du bitume à
se joindre à la randonnée. La sécurité
interne de la marche a maille à partir avec certains
passants qui brûlent d'impatience de pouvoir traverser.
A la Place des Cinéastes, un cycliste a failli être
molesté pour indiscipline, n'eut été
la force de caractère et la pondération des
étudiants commis à la tâche de la sécurité.
Sur l'avenue Dr Kwame Nkrumah, la police se déploie,
les esprits commencent à surchauffer .Mais il y a plus
de peur que de mal, l'altercation avec la foule n'a pas eu
lieu. C'est dans une ambiance de cris de ralliement à
la lutte contre la vie chère que les marcheurs sont
arrivés d'où ils sont partis, à la Bourse
du Travail pour le meeting. Cette marche meeting est l'uvre
d'une coalition des syndicats autonomes, centrales syndicales,
réseaux, mouvements et associations de la société
civile. Ils s'inscrivent dans un cadre dénommé
(Coalition nationale de lutte contre la vie chère,
la corruption, la fraude, l'impunité et pour les libertés,
CCVC). Le secrétaire général de la Confédération
nationale des travailleurs du Burkina, président du
mois des centrales syndicales, a pris la parole au nom de
la Coalition pour saluer la grande mobilisation contre la
cherté de la vie. Dans son allocution, il a évoqué
la motivation de la manifestation du 15 mars : " la situation
sociale d'ensemble dans notre pays indique on ne peut plus
clairement que les populations ont faim et soif. Elles ont
besoin de se nourrir décemment. Elles ont soif de la
justice sociale, elles ont besoin de se soigner, de se loger,
d'éduquer et d'entrevoir un avenir meilleur pour leurs
enfants
Cette situation montre également que les
populations ne sont pas dupes. Elles observent avec amertume
l'arrogance et l'insouciance des générations
spontanées des riches, l'accaparement des faibles ressources
du pays par une infime minorité agglutinée au
sein et autour du pouvoir."
La Coalition a élaboré une plateforme revendicative
qui contient 15 points. Les points saillants sont entre autres
la : "réduction significative et effective des
prix et contrôle des prix et de la qualité des
produits de 1ère nécessité ; riz, mil,
maïs, haricot, huile, sel, sucre , lait
Le relèvement
des salaires, des pensions de tous les agents de l'Etat, des
travailleurs du privé, en activité ou à
la retraite en rapport avec le coût de la vie."
Sur la situation des personnes incarcérées à
la suite des violentes manifestations des 20, 21 et 28 février,
les syndicalistes et les associations de la société
civile membres de la Coalition demandent leur élargissement
et leur libération car, disent-ils, le vrai fautif,
c'est l'exécutif qui a fait la sourde oreille jusqu'à
ce que la situation devienne intenable. Au cours de la marche,
la foule a demandé bruyamment la libération
de Thibaut Nana considéré comme l'instigateur
de ces différentes manifestations hostiles à
la vie chère. Une grève de 48 heures est prévue
les mardi 8 et mercredi 9 avril 2008 sur toute l'étendue
du territoire national, si le gouvernement n'exécute
pas les points des revendications qui lui sont soumis.
MACO
Thibaut Nana toujours déterminé

Thibaut Nana, le patron des "jeunes patriotes révolutionnaires"
et du Rassemblement démocratique et populaire (RDP)
considéré par le gouvernement comme l'instigateur
des violentes manifestations qui ont eu lieu le 28 février
à Ouagadougou croupit en prison. Le 22 mars dernier,
c'est un Thibaut serein que nous avons vu à la Maison
d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Il décrit
sa condition de détention en ces termes : "On
me traite comme un prisonnier dangereux sur lequel on doit
veiller. Je peux faire 2 ou 3 jours sans sortir dans la cour
de la prison. Quand on me rend visite, je n'ai que 2 ou 3
minutes pour m'entretenir avec la personne. "
Malgré ces difficiles conditions de détention,
Nana Thibaut ne s'avoue pas vaincu puisqu'il dit avoir les
échos des masses depuis sa cellule. " J'ai décrié
une situation intenable que le peuple vit, c'est la cherté
de la vie. Le gouvernement même l'a du reste reconnu.
Si malgré tout ça, on vient m'embastiller, c'est
qu'on cherche un bouc émissaire." Pour lui, son
jugement, les 7 et 8 mars 2008, a été une parodie
de procès parce que dit-il l'on ne l'a pas laissé
parler. Son avocat, Me Prospère Farama, avec un collectif
d'avocats, tente de le rencontrer. Mais ses geôliers
leur ont toujours opposé une fin de non recevoir.
Les présumés coupables des casses qu'on a enfermés
à la MACO ne seraient, pour la plupart, que des victimes
de la furie des forces de l'ordre. Certains éléments
de la police, selon toujours Thibaut, voulaient aux yeux de
leurs patrons, montrer qu'ils ont travaillé. La plupart
des prétendus casseurs, poursuit-il, sont des fous
errants et des enfants de la rue qui ont eu la mal chance
d'être dans la trajectoire de la police. Aussi, le conseiller
municipal "bagnard" n'est pas loin de penser que
son emprisonnement est l'uvre de certains caciques du
conseil municipal de la commune de Ouagadougou. Il pense également
que les casses peuvent être commanditées par
ceux-là même qu'il soupçonne d'être
passés maître dans l'art des agissements du genre.
"L'enfant terrible de Samandin" salue la reconnaissance
du peuple burkinabè à son égard. Il se
dit déterminé à défendre toujours
des causes justes. Par ailleurs, il salue les démarches
entreprises par certains chefs de partis qui se battent pour
qu'on le libère et qu'on libère ceux avec lesquels
il partage désormais le bagne de Nioko.
Le 7 mars dernier, lors de leur procès, ils étaient
169 jeunes à la barre pour une audience qui a duré
40 heures. 45 personnes ont été condamnées.
Les peines varient entre 24 et 30 mois fermes ou avec sursis.
Thibaut Nana considéré par la justice comme
celui qui a fait monter la tension à Ouagadougou de
même que dans les autres villes les 20, 21 et 28 février
a des défenseurs qui ont une autre lecture de la situation.
Le Collectif des organisations démocratiques des masses
et des partis politiques (CDMPP), dans une déclaration
parue le 15 mars dernier, désigne ses coupables. Il
s'agit des gouvernants et non Thibaut et ses sans culottes
: " les vrais casseurs politiques de la République,
ce sont donc bel et bien ces gouvernants qui restent sourds
et muets sur le sort des populations qu'ils prétendent
pourtant représenter ! Les vrais casseurs de la République,
ce sont ces gouvernants qui refusent de sévir contre
les détournements des deniers publics et les enrichissements
illicites sur les ressources de l'Etat, qui empêchent
les enfants et les jeunes de la République d'avoir
leurs chances dans la vie ! Les vrais casseurs, c'est ceux
qui devraient répondre de leurs actes devant la justice,
ce sont ces gouvernants qui laissent se développer
dans le pays le cancer de la fraude et la corruption. "
Thibaut Nana depuis la MACO dit être de cur avec
le peuple burkinabè, peuple qui ne demande qu'a sortir
de la misère dans laquelle un choix politique l'a confiné
n
Merneptah Noufou Zougmoré
Vie chère
: Le Gouvernement a oublié les éleveurs
!
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la hausse vertigineuse du prix des tourteaux
rend davantage vulnérable les animaux
Par Par Newton Ahmed Barry
Dans le concert des crieurs pour la vie chère,
il y a peu d'allusion à l'activité de
l'élevage. Or justement, quelle est cette absurdité
de continuer à baisser les taxes sur les produits
laitiers importés et à continuer à
maintenir la TVA et autres taxes sur les sous produits
d'élevage au niveau national ?
Dans les mesures gouvernementales consistant à
ramener les prix des produits de grande consommation
(lait y compris) à un niveau compatible avec
le pouvoir d'achat des Burkinabè, les éleveurs
ont été oubliés comme d'habitude.
Le gouvernement a décidé la levée
de la TVA sur l'huile produite localement et non pas
sur les tourteaux destinés à l'aliment
bétail. Et comme c'est la même graine
de coton qui sert à produire à la fois
et huile de coton et les tourteaux destinés
à l'aliment bétail, finalement le gouvernement
n'a rien réduit du tout. En effet, ce sont
les éleveurs qui paient la TVA pour les autres.
On se rend compte que dans ce domaine, à la
vérité, l'Etat faisait une triple imposition.
Sur la graine de coton, il percevait une TVA. Sur
l'huile de coton, il percevait la TVA et enfin sur
les tourteaux et l'aliment bétail, il percevait
également une TVA. En décidant de renoncer
à la TVA sur l'huile de coton, il conserve
néanmoins la TVA sur la graine et la TVA sur
les tourteaux de coton et sur l'aliment bétail.
Comme on le voit, en fait de générosité,
le gouvernement ne l'est pas du tout. Il reporte la
taxe TVA sur une autre branche d'activité qu'il
aurait dû aider de toutes ses forces. Des produits
qui font l'objet aujourd'hui d'exonération
fiscale, il y a le lait et les sous produits laitiers.
On peut penser qu'en concédant l'exo sur les
produits laitiers, l'Etat a voulu résoudre
un problème immédiat. Mais à
long terme, la question reste entière. Il faut
plutôt soutenir la production locale et à
ce propos, il faut forcément résoudre
la question de l'aliment bétail.
Quand on regarde l'évolution des prix de l'aliment
bétail, on est plutôt décontenancé.
Sur les deux dernières années, les prix
de l'aliment bétail ont évolué
de façon extraordinaire. En 2007, la tonne
de tourteaux était vendue entre 40 000 et 60
000 F Cfa. A l'heure actuelle, le prix de la tonne
départ usine est de 110 000 F cfa, soit une
augmentation de 175%. Quelle est cette branche d'activité
qui peut supporter un tel surcoût ? Il y en
a peu en effet. Ce qui fait que les petites productions
laitières qui se sont constituées ces
dernières années autour des agglomérations
sont appelées à disparaître. Il
n'est pas possible au regard de la productivité
de nos vaches d'acheter une tonne à 175 000
F CFA, (ce sont les prix pratiqués sur les
marchés), et de s'en sortir financièrement.
Or, les prix de l'aliment bétail ne cessent
de grimper. Dans la région de Dori et du Sahel
de façon générale, la tonne se
vendra bientôt à 200 000 F cfa. Là
encore, le produit n'est même pas disponible.
Il y a actuellement une spéculation monstrueuse
sur la graine de coton. Les unités de production
d'huile ne peuvent pas s'approvisionner. La graine
de coton a disparu de la circulation. La tonne est
proposée aujourd'hui à environ 140 000
F Cfa sur le marché noir. Au niveau de la SOFITEX,
un véritable trafic, qui aurait le bénéfice
de personnes haut placées, est actuellement
en cours. La graine est indisponible (artificiellement)
et les unités de production burkinabè
n'en ont pas accès. Même SN/CITEC, dans
le capital duquel est présent la SOFITEX, a
du mal à obtenir son quota annuel. L'année
dernière, SN CITEC s'est arrêtée
plusieurs mois à partir de juillet. Il faut
craindre que l'arrêt de l'usine ne soit plus
précoce et plus durable.
La SOFITEX spécule donc actuellement sur la
graine avec des intermédiaires véreux
qui sont prêts, dans les semaines à venir,
à sortir ces stocks pour les acheteurs étrangers.
L'année dernière, la sortie de la graine
a été massive en direction du port de
Lomé, à partir de mai-juin, au moment
où les unités locales avaient un mal
de chien à trouver la graine. Ce qui a naturellement
fait grimper le prix de la tonne tourteaux sur le
marché à cette période, à
environ 100 000 francs CFA. Depuis lors, les prix
ne sont plus redescendus à leur niveau normal.
Avec le prix de la tonne de l'aliment bétail
à 175 000 F cfa sur le marché, il est
impossible de continuer à produire localement
avec les petites fermes. La production laitière
nationale va rentrer dans une crise qui lui sera fatale.
En même temps, la qualité de la viande
vendue sur nos marchés va s'en ressentir. Déjà,
ce sont les animaux malades qui étaient tués
dans nos abattoirs. La situation va empirer si l'Etat
ne fait rien.
Il faut quand même se souvenir de ce dicton
du vieux Roger Tall, docteur vétérinaire
de son état : " la santé humaine
dépend de la santé animale
".
La situation à ce niveau est préoccupante.
L'Etat ne peut pas continuer à ne rien faire.
C'est une question de vie ou de mort. Actuellement,
le secteur est sinistré. Il ne faut pas le
laisser mourir. L'approvisionnement à long
terme en lait des Burkinabè dépend de
ce que le gouvernement fera aujourd'hui. En même
temps, on ne comprend pas qu'avec les prix pratiqués
sur la graine de coton, on paye les producteurs de
coton à ces prix de misère. Le kilogramme
de coton est acheté au paysan, pour la campagne
en cours, à 145 f/kg. Une misère qui
a découragé plus d'un paysan producteur
de coton.
La spéculation sur le prix de la graine de
coton profite à tous sauf au paysan. L'Etat
ne peut pas durablement ignorer cette situation.
Extrait de la déclaration de l'Organisation
des consommateurs du Burkina ( OCB)
(
) En ce qui concerne l'augmentation
du prix de l'huile de coton, nous disons qu'il était
temps que le gouvernement intervienne dans ce secteur,
car le prix de la graine de coton avait atteint un
niveau incompréhensible : si le prix de la
tonne de graine de coton était entre 20 000
et 30 000 F CFA en 2006-2007, il est passé
à 80 000 F CFA en HT et à 90 000 CFA
en TTC la tonne en 2007/2008, soit une augmentation
de 200%. Par ailleurs, sur cette filière, l'Etat
percevait une double TVA (une taxe TVA sur la vente
des graines de coton et une autre TVA sur les ventes
de l'huile de coton). Il n'est donc pas étonnant
que le prix du litre d'huile de coton subisse une
augmentation. Le prix de la tonne de tourteaux de
coton vendue l'an passé entre 40 000 et 60
000 F CFA est passé à 110 000 FCFA à
l'heure actuelle, soit une augmentation de 175 %,
et on risque d'assister à la vente de la tonne
de tourteaux de coton à un prix avoisinant
150 000 FCFA d'ici le mois de mai/juin 2008. Quel
est l'éleveur qui pourra se le procurer et
quelle sera la conséquence de cette situation
sur nos ressources animales? Et pourtant, ni l'augmentation
du prix des semences ni celle des intrants ne justifie
l'augmentation du prix de la graine de coton
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Hausse
des prix
La Cotecna responsable mais pas coupable

Par Idrissa Barry
La montée vertigineuse des prix des produits
de grande consommation serait-elle la conséquence de
l'arrêté ministériel confiant à Cotecna
la charge de vérifier toute marchandise entrant dans
le pays ? Officiellement, cette mesure n'aurait rien à
voir dans l'envolée des prix. Pourtant, la réalité
est tout autre.
La coïncidence n'est pas fortuite. Le consommateur a commencé
à voir rouge après la mesure gouvernementale datée
du 21 novembre 2007. C'est à partir de décembre-janvier
2007 que les prix de plusieurs produits de grande consommation
comme le riz, le lait, l'huile, le sel ou le savon ont connu
des envolées. L'arrêté ministériel
du 21 novembre est simple dans sa formulation, mais lourd de
conséquences pour les commerçants importateurs
et les consommateurs. A partir de cette date, toute marchandise
entrant au Burkina doit faire l'objet d'une vérification
Cotecna. L'inspection de la société suisse consiste
à vérifier la quantité des marchandises,
à déterminer leur valeur et qualité. En
d'autres termes, elle communique à la douane burkinabè
le prix réel de la marchandise depuis la source, la quantité
embarquée à destination du Burkina.
Ce qui a changé
avec la nouvelle mesure
Deux choses ont changé avec la nouvelle
mesure. Avant, l'inspection se faisait avant embarquement des
marchandises et cela ne concernait que les marchandises dont
la valeur est égale ou supérieure à trois
millions de f cfa. Cotecna délivre l'attestation de vérification
à partir des ports d'embarquement. Ce document est transmis
à la douane qui s'en sert pour la détermination
des droits de douane. Désormais, la vérification
se fait à destination et sur toute marchandise. Le directeur
général de Cotecna/Burkina, Sébastien Dayama,
affirme que " cette mesure n'a aucune incidence sur la
valeur réelle de la marchandise ". Depuis 2004,
sa société ne fait que le même travail,
celui de donner à l'Etat burkinabè la valeur réelle
des produits dont elle a la charge d'inspecter. Ce qui a changé,
c'est la quantité des marchandises à vérifier
du fait de la suppression de la valeur des marchandises à
vérifier. C'est à ce niveau qu'il voit une incidence
et il s'en explique : " Le travail fait par Cotecna ne
concernait que les dossiers FOB* dont la valeur était
supérieure ou égale à trois millions de
francs CFA. Ce qui signifie donc que sur les marchandises dont
les valeurs n'atteignaient pas ce seuil, Cotecna n'y intervenait
pas. C'est seulement la Douane qui travaillait sur ces dossiers.
Mais on a constaté que des gens, pour éviter les
contrôles de nos services, fractionnaient les dossiers.
Par exemple, pour une facture de 10 millions, on la fractionnait
en trois ou quatre factures pour être en dessous de notre
seuil d'intervention et bien sûr pouvoir passer la déclaration
sans Cotecna. "
La fin des deals ?
Sébastien
Dayamba, DG de la Cotecna
Pendant des années, ce sont ces pratiques
qui avaient cours. C'est une grande faille que la nouvelle mesure
vient supprimer. Cette carence dans les contrôles alimentait
évidemment le mécanisme de fraude avec la complicité
des agents de la Douane. La réputation de ce service
par rapport à la corruption est connue. De nombreux commerçants
profitaient donc de cette situation pour sous facturer leurs
marchandises. Le manège consistait en ceci, selon le
DG de la Cotecna : " le fait constaté, c'est qu'il
y a des produits qui coûtent réellement 10 millions
de francs CFA à Dubaï, mais qui sont déclarés
ici à 2 millions. La nouvelle disposition ne permet plus
ces genres de pratiques. Les marchandises seront désormais
dédouanées sur la base de leurs valeurs réelles.
Naturellement, le commerçant qui minorait les montants
de ses importations va maintenant payer les droits de douane
à leurs justes valeurs. Il payera donc plus qu'avant."
La nouvelle mesure réduit donc l'intervention de leurs
complices dans le circuit de contrôle des produits. Mais
c'est la Douane qui a toujours le dernier mot. Elle reste souveraine
dans la détermination de ses droits perçus sur
chaque marchandise. Même si elle est tenue de suivre l'expertise
de la Cotecna, elle reste souveraine. Qu'en est-il maintenant
de l'application de la nouvelle mesure ?
Le bras de fer commerçants-gouvernement
Quand certains importateurs ont pris connaissance
du décret, ils ont décidé de ne pas déclarer
leurs marchandises en Douane. Ces marchandises sont restées
pendant longtemps dans les magasins, occasionnant une pénurie
artificielle sur le marché. Ce qui a eu pour conséquence
la hausse des prix. Etait-ce un chantage fait au gouvernement
pour qu'il revienne sur sa décision ? Il y a lieu de
le penser. Si les commerçants ont accepté sortir
les marchandises des magasins, c'était pour majorer les
coûts dans une proportion incroyable. Le gouvernement
n'a pas réagi. Le couvercle de la marmite sociale n'a
pas, lui, tenu. Ne pouvant plus de supporter la chaleur des
hausses, il a sauté, faisant au passage les dégâts
que l'on sait. Mais finalement, les importateurs s'en sont sortis
avec quelque chose dans le bras de fer avec l'Etat : trois mois
d'exonération de droits de douane. Ici aussi, on remarquera
cette coïncidence : la période accordée aux
commerçants pour faire rentrer leurs marchandises sans
douane correspond au temps d'application de la nouvelle mesure.
En effet, l'arrêté ministériel n'a fonctionné
que trois mois. Ce qui donne l'impression d'un match nul entre
les deux parties. Le consommateur ne peut être satisfait
de ce résultat, car il ne lui garantit rien à
long terme.
Trouver une solution durable
Qu'adviendra-t-il après l'expiration du
moratoire de trois mois ? Dans le fond, il n'y a donc rien de
résolu. On est dans une situation provisoire. Que faut-il
faire alors ? Il y a plusieurs pistes qui se dégagent.
Les syndicats privilégient la hausse des salaires et
la réduction des taxes sur certains produits. D'autres
comme la Ligue des consommateurs préconisent le contrôle
serré des prix et l'ouverture par l'Etat de magasins
de vente de produits. En d'autres termes, ressusciter les "
Faso yaar " de la révolution. Ce clin d'il
fait à la révolution remet au goût du jour
l'un de ses slogans : "consommer burkinabè ".
Produire et consommer local était la politique prônée
par le Conseil national de la révolution (CNR). Aujourd'hui,
de nombreuses organisations de la société civile
s'orientent vers cette solution. Pour preuve, la deuxième
édition du Forum social du Burkina qui se tiendra du
27 au 29 mars prochains à Ouahigouya a retenu comme thème
"l'intégration sous régionale et la souveraineté
alimentaire". Ces organisations de la société
civile estiment que le vrai salut réside dans cette option
politique qui assure au pays sa souveraineté alimentaire.
Elles déplorent le sort réservé par l'Etat
aux producteurs locaux. A chaque édition de la Journée
nationale du paysan (JNP), ils sont encouragés à
produire, mais en fin de compte, ils sont abandonnés.
De la production à la consommation, le producteur burkinabè
a peu de soutien des pouvoirs publics. Même la faible
quantité produite arrive sur le marché sans être
valorisée. L'exemple patent, c'est le riz de nos différentes
vallées. Il se fait difficilement de la place sur le
marché faute de soutien de l'Etat qui a pourtant dépensé
des milliards pour irriguer des milliers d'hectares. Il en va
de même d'un produit comme le lait. Le Burkina dépense
chaque année pas moins de 10 milliards pour son importation.
Alors que tant que des produits de grande consommation seront
fournis par l'extérieur, le consommateur restera à
la merci des importateurs n
" FOB (Free on board) : le prix d'une
marchandise dans lequel sont inclus les frais de chargement
dans le navire.
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