|
|
Dossier
: Politique
/ VIE
CHERE
Régime
Compaoré
Un système essoufflé de l'intérieur

Statue de Blaise Compaoré deboulonné à
Bobo Dioulasso
Par Newton Ahmed Barry
Le régime de Blaise Compaoré est malade
de sa principale base sociale : les hommes d'affaires. Juché
solidement sur son trône, il a laissé le pays
en gérance métayère à une horde
prédatrice. Soutien indéfectible contre passes
droits et prébendes. La vie chère pourrait avoir
raison de cette collusion.
Une gouvernance à la Houphouët. Le vieux bélier
de Yamoussoukro aimait à dire qu'il ne faut pas demander
à voir dans la bouche de celui qui grille des arachides.
Autrement dit, il est normal que de temps en temps, celui
qui grille des arachides s'en mette quelques graines dans
la bouche.
Héritier putatif du vieux, dont il a épousé
la nièce, Blaise Compaoré applique à
la lettre cette maxime qui semblait lui réussir jusque
là, même si le Burkina Faso n'est pas aussi bien
gâté par la nature que la Côte d'Ivoire.
Mais le principe produit apparemment partout les mêmes
effets. Jeter "l'os aux chiens " pour les détourner
de la partie viandeuse de l'animal. En l'espèce ici,
la partie viandeuse c'est le trône présidentiel.
Qui n'a pas déjà entendu dire dans ce pays que
"Blaise Compaoré accepte tout sauf qu'on lorgne
son fauteuil ".
Ce type de régime organise la légitimité
autour de la distribution de la richesse nationale. Dans nos
pays où l'Etat reste encore et peut-être pour
longtemps, le principal, voire l'unique pourvoyeur de tout,
la richesse et l'ascension sociale, une habile régulation
des récompenses et des sanctions permet au premier
responsable du pays de tenir en laisse tout ce qui compte
dans le pays. D'abord par la mise en "vitrine" de
tous ceux qui "collaborent". Montrer l'avantage
qu'il y a à être "acquis" en organisant,
par le moyen des passe-droits, l'accès aux avantages
induits. Un poste de responsabilité administrative
et politique non mérité, l'abus des biens publics;
argent, voiture et bons de carburant. Tout cela pour créer
la différence entre le partisan et le non partisan.
Ensuite, l'enfer pour le non partisan. Lequel est acculé
jusque dans ses derniers retranchements, soumis à toutes
les vexations et brimé même dans ses droits les
plus élémentaires. Ce type de régime
ne construit pas une société du mérite.
Il fait l'apologie de la soumission : "mange et tais
toi" était le slogan accolé au parti présidentiel
quand il s'appelait encore ODP/MT. Les deux dernières
lettres du sigle ont été adroitement transformées
en " mange et tais toi " pour décrire la
pratique en vogue dans la mouvance présidentielle.
Le Burkina des affaires gère
les affaires du Burkina
C'est Norbert Zongo qui avait eu cette phrase lumineuse pour
décrire la collusion parfaite au sommet de l'Etat entre
le monde politique et celui des affaires qui était
entrain de se tisser sous nos yeux dès l'avènement
du Front populaire. Il aurait dû vivre pour voir le
parachèvement de cette imbrication qui a fini par soumettre
l'Etat aux affaires. La proximité avec le premier cercle
du pouvoir est la condition de la prospérité.
Alizeta Gando, pour ne pas la nommer, est devenue multi milliardaire
en moins d'une décennie, lorsqu'elle a su se lier à
la famille présidentielle. Aussitôt et malgré
le choix d'une économie libérale, le ministre
du Commerce n'avait pas hésité à lui
fabriquer un monopole exclusif sur les cuirs et peaux. Elle
est aujourd'hui la seule vraie propriétaire du domaine
foncier national, pour avoir racheté, pour une bouchée
de pain, l'ex-société immobilière de
l'Etat, la SOCOGIB. Il y a deux ans, elle réussissait
la prouesse de fourguer pour plus d'un milliard de nos francs
à la CNSS, un des terrains hérités de
ce bradage de la SOCOGIB. Un terrain vendu trois fois son
prix réel sur le marché. Mais la CNSS a payé
sans rechigner. Au même moment, des centaines de dossiers
de contentieux de pensionnaires pour quelques broutilles seulement,
n'auront jamais la chance d'aboutir du vivant des requérants.
Cette dame qui bénéficie si généreusement
de l'Etat, n'est pas forcément celle qui paie le mieux
ses impôts. Plusieurs fois épinglée par
le fisc, les scellés des services n'ont duré
que le temps qu'elle prenne son téléphone et
qu'elle alerte qui de droit. Parfois même, elle ne se
donne pas toute cette peine. Son cas est sans doute le plus
emblématique, mais elle n'est pas la seule. Toute cette
myriade qui se réclame du titre d'hommes d'affaires,
excepté le vieux Kanazoé, ne tiendrait pas un
bon trimestre, si l'Etat leur retire sa mamelle. Cela ne risque
bien entendu pas d'arriver puisque l'argent qu'ils amassent
si facilement est réintroduit dans un circuit qui huile
la collusion. Il y a quelque temps pour obtenir un marché
public de trois milliards, il suffisait juste de lâcher
250 millions de francs CFA en dessous de table. Aujourd'hui,
la vie chère est peut-être aussi passée
par là, il faut concéder un milliard net. Un
marché public obtenu dans ces conditions soustrait
son bénéficiaire au paiement des taxes et impôts.
En juin 2006, le directeur des Vérifications et des
Enquêtes de la Direction générale des
Impôts engage une action en justice contre les auteurs
de faux en matière d'enregistrement. Le directeur explique
que les missions d'enquêtes de ses services, sur une
période qui court d'avril 2005 a permis "de révéler
l'existence de plusieurs procédés frauduleux
mis en uvre par les contribuables pour se soustraire
au paiement des droits d'enregistrement, à la déclaration
des marchés obtenus et partant au paiement de la TVA
et du BIC y afférents
"
Le Directeur des Vérifications poursuit en insistant
que "en dépit de ces contrôles, qui ne peuvent
cependant pas être exhaustifs, on note une poursuite
du phénomène qui se manifeste par :
l'utilisation de faux cachets des bureaux de l'enregistrement
;
l'utilisation de fausses quittances ;
l'imitation de signatures des receveurs ou d'agents commis
aux tâches d'enregistrement.
Tout porte à croire qu'il existe une véritable
organisation dont l'action est basée sur l'utilisation
de quittanciers parallèles, ainsi que de faux cachets
de la DGI
"
Pour ce qui est des pertes occasionnées par ce réseau
de véritables faussaires organisés, le Directeur
de la Vérification l'estime, pour la période
d'avril à décembre 2005 "à plus
de trois milliards de francs cfa". Au regard de l'ampleur
des pertes sèches pour le Trésor public et en
raison de la persistance du phénomène, le Directeur
propose "qu'une suite judiciaire soit donnée à
ce problème".
Cette suite judiciaire ne viendra pas. Le phénomène
va se poursuivre de plus bel en 2006 et le même service
va faire les mêmes constatations et va de nouveau écrire
à sa hiérarchie pour solliciter que des poursuites
judiciaires soient engagées en vain. Nous avons pu
nous procurer la liste des indélicats faussaires. En
2005, ils étaient 115 entreprises. En 2006, les mêmes
ou presque ont récidivé. Jusqu'à présent,
aucune de ces entreprises n'a été poursuivie.
L'Etat perd ainsi annuellement des dizaines de milliards de
francs cfa.
La liste des fraudeurs est connue. Elle existe dans les bureaux
des services des Impôts. Mais rien n'y fait.
Pourquoi cette impunité ? Tout simplement parce que
c'est cet argent qui huile les rouages du système politique
en place. Les belles villas, les belles voitures et la vie
de châtelains, pour des gens qui n'ont rien hérité,
il faut bien que l'argent vienne de quelque part. Qui sait
par exemple comment est financé le vingtième
anniversaire de "la renaissance démocratique"
au Burkina Faso ?
Est-il possible d'y mettre fin?
Les timides mesurettes de Tertius Zongo avaient pour objectif
d'en réduire simplement l'ampleur. Elles ont provoqué
un clash dans le système, donnant à voir le
spectacle lamentable des clans du pouvoir qui s'entredéchirent
violemment. En réalité, quand on a lu toute
la littérature des journaux proches du pouvoir, sur
les récents événements liés à
la vie chère, on se rend facilement compte que c'est
un système violent, qui l'a toujours été
et qui le reste, et qui ne fait de quartier à personne.
Pas même aux anciens camarades.
L'explication qui consisterait à mettre en avant une
volonté de déstabiliser le Premier ministre
Tertius Zongo serait à relativiser de notre point de
vue. Il ne s'agirait pas, nous le pensons, de le viser directement,
même si la continuation de cette épreuve de force
va indubitablement le déstabiliser, mais plutôt
de violentes réactions de survie des clans qui se sentent
menacés dans leur survie et qui se soupçonnent
mutuellement. Surtout qu'en plus de la sape des bases matérielles
et financières, il y a aujourd'hui des raisons de s'inquiéter
de la pérennité du système. Alors les
clans s'affrontent violemment et vont continuer à le
faire de plus en plus violemment à mesure que l'incertitude
sur la survie du système lui-même se confirmera
n
Vie chère
: Monseigneur s'en lave les mains !
|
|

Mgr Jean Marie Compaoré
Il avait pourtant pris la précaution de suggérer
que les journalistes ne participent pas à la
rencontre. Il n'a pas dit les choses ouvertement,
mais en s'enquérant de la composition de la
délégation, il insinuait que ce serait
peut-être moins embêtant pour le gouvernement
que les journalistes n'assistassent à la concertation.
Philipe Sawadogo, le ministre porte-parole du gouvernement
dans son zèle légendaire, et mal lui
en a pris, aurait été celui-là
qui a insisté pour que la presse fût
témoin. Ce que, en bon joueur, Monseigneur
accepta, en ajoutant même, suprême sollicitude,
que le peuple avait le droit de savoir ce qui se disait.
La délégation ministérielle,
composée essentiellement de chrétiens,
n'avait pas imaginé entendre de tels propos
corsés de la bouche des premiers responsables
de l'Eglise catholique. L'archevêque de Ouagadougou
n'a pas porté de soutane à sa bouche
pour dire à la délégation gouvernementale
qu'en vérité, cette mission d'explication
arrivait un peu trop tard. Les syndicats, quand ils
marchaient à user leurs souliers, auraient
dû être écoutés. Le gouvernement
les a traités avec mépris. Le prélat
explique que les Burkinabè n'en peuvent plus.
Ils sont pris à la gorge. Ce fut donc une soirée
de douche froide pour Philip et Compagnie.
L'Eglise catholique burkinabè, même si
la sortie de Monseigneur Compaoré pendant la
présidentielle dernière avait semé
le trouble dans l'esprit de plus d'un1, reste constante
dans la défense des plus faibles et des causes
justes. A chaque fois qu'il y a eu un tournant dans
l'histoire de notre pays, l'Eglise catholique a su
faire des analyses justes et parfois mêmes acerbes.
De ce point de vue, on peut considérer que
la réaction du clergé catholique, à
propos de la vie chère, ne dénote pas.
Avec l'imprudence du cardinal Zoungrana après
le coup d'Etat des colonels en 1978 et l'acharnement
des révolutionnaires qui s'en est suivi, l'Eglise
catholique s'est volontairement mise en retrait. Mais
elle n'a jamais cessé de donner son point de
vue quand c'est nécessaire. C'est pourquoi
les lettres pastorales qui sanctionnent la rencontre
des évêques sont de précieux documents
pour qui veut suivre et comprendre l'état réel
de la gouvernance au Burkina Faso.
Accessoirement aussi avec cette sortie, Monseigneur
Compaoré équilibre en quelque sorte
les avis le concernant n
1 Il avait dit dans une interview à Sidwaya,
après avoir pris le soin de dire qu'il s'exprimait
à titre personnel, que Blaise Compaoré
était le meilleur candidat à ces présidentielles.
|
Avons-nous
eu tort de parler de la maladie du président ?

Par Newton Ahmed Barry
Curieusement, ce sont des journalistes qui n'apprécient
pas ce que nous avons écrit à propos de la maladie
de Blaise Compaoré. Le sujet est-il tabou ?
Nos confrères de L'Hebdo et de L'Opinion ne semblent
pas avoir apprécié que nous ayons évoqué
la maladie du président Blaise Compaoré. Tous
nous prêtent des intentions cachées, si ce n'est
de l'avoir écrit sous la dictée d'une tierce personne
qu'ils n'ont pas, hélas le courage de nommer. Il semble
visiblement que nous avons touché là à
un tabou. Aussitôt le journal paru, nous avons eu droit
à des images de la TNB, montrant le président
en plein exercice physique avec sa fille et des membres du gouvernement,
à l'occasion de la pratique du sport de masse. Ces images
diffusées en boucle étaient censées répondre
à l'écrit de L'Evénement. Et puis, quelques
jours après, dans une Lettre pour Laye, L'Observateur
Paalga, reprenant l'information, nous apporte une précision
que nous n'avions pas. Le président, comme nous l'avons
écrit, pourrait bien se rendre à Paris pour une
visite médicale. Mais seulement pour voir un ophtalmologue
et non pour les maladies que nous présumions. Disons
le tout de suite. Nous ne sommes pas des charognes, contrairement
à l'amabilité du journal L'Opinion qui nous traite
bien confraternellement de "ces canards de troisième
zone, qui se repaissent et vivent du sang des célébrités
et des faits divers macabres
". Nous avons parlé
de la maladie du président, parce que c'est le président
des Burkinabè. A ce titre, il est quand même difficile
d'ordonner qu'on nous envoie au "cinquième poteau
".
Nous avons évoqué le sujet, nous attendons bien
évidemment que d'autres confrères, s'ils le peuvent,
nous apportent la preuve contraire. Ce n'est pas ce à
quoi nous avons assisté de la part de nos confrères
de L'Hebdo et de L'Opinion.
Ils arguent des images diffusées par la TNB pour nous
prendre à partie. Si le président se porte à
merveille, Dieu merci, c'est tout le mal que nous lui souhaitons.
Par contre, ces images ne peuvent pas être une réponse
à notre article, pour la simple raison que nous n'avons
pas écrit que Blaise Compaoré était grabataire
ou qu'il était dans l'anti chambre de la mort. Nous avons
évoqué, sous la foi d'informations que nous estimons
crédibles, jusqu'à preuve du contraire, que le
président aurait de sérieux soucis de santé.
En disant cela, nous n'en tirons aucun plaisir particulier.
Etant nous-mêmes un être humain, nous ne sommes
pas à l'abri de soucis de santé. L'intention n'était
pas donc de se "repaître" des soucis de santé
du président, mais de l'évoquer comme une possibilité,
au nom du droit des citoyens burkinabè à l'information.
Il reste maintenant la question de l'agenda. L'Hebdo et L'Opinion
trouvent curieux que nous ayons évoqué maintenant
le sujet, au moment où l'actualité nationale est
plutôt dominée par les conséquences de la
vie chère. Jusqu'à présent, nous avions
la naïveté de croire que les journaux étaient
libres de leur menu. La prochaine fois, nous ferons bien attention
de soumettre notre menu à L'Hebdo et à L'Opinion
pour qu'ils jugent de l'opportunité. Mais plus sérieusement,
sans que nous ne voyons l'intérêt de nous justifier
outre mesure, un sujet de ce genre au regard des précautions
indispensables à prendre ne se traite pas comme cela.
En tout cas l'idée que nous avons du journalisme et de
notre responsabilité sociale, nous interdit d'écrire
sous la dictée "des sources sûres".
Au total et malheureusement, exceptée la mention de nos
confrères de L'Observateur Paalga qui ont apporté
un élément d'information complémentaire,
L'Hebdo et L'Opinion nous en veulent surtout d'en avoir parlé.
Or, à notre avis, vu la proximité qu'ils ont avec
le président, ils auraient autrement rendu service à
notre peuple en lui apportant l'"information saine",
surtout pour des canards de "la première zone"
qu'ils prétendent être.
Sans nous en réjouir outre mesure et au regard de la
violence des écrits de L'Hebdo et de L'Opinion, nous
craignons hélas que nous ne soyons dans le vrai. Une
chose est sûre le président est en France pour
des consultations médicales. Jusque là et en vingt
ans de règne, il ne nous souvient pas qu'il ait eu le
besoin d'aller expressément à Paris, dans un appartement
spécialement aménagé, pour y subir un examen
quelconque.
La thèse de la fatigue n'est peut-être pas à
exclure. Le facilitateur international qu'est devenu notre président
n'a peut-être plus le temps. Il n'aurait même plus
le temps de prendre soin de sa propre santé. Pour les
Burkinabè qui sont quand même la cause qui l'a
révélée au monde entier, il n'a pas tant
ruiné sa santé. Et voilà que pour les autres,
Blaise Compaoré se sacrifie et se meurt à petit
feu. A notre humble avis, il faut qu'il existe une cause qui
soit au-dessus de l'intérêt du Burkina Faso et
des Burkinabè.
Enfin, il semble que nous avons diffusé cette information
pour des desseins précis. C'est quand même assez
fort de café. Mais apparemment, ces derniers temps, c'est
la phobie des complots. Y aurait-il des raisons d'être
aussi fébriles et frileux ? Le président Blaise
Compaoré se porte comme un charme, en attestent les images
de la TNB. La République est bien tenue avec le procès
en cascades des casseurs. Tout va bien dans le meilleur des
Burkina Faso possibles. Quoi donc ?
|
|