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Quelques cases détruites après le
passage des hommes de Gonaba
Par Idrissa Barry
Le jour de la Tabaski, le 19 décembre dernier,
une mission conduite par le substitut du procureur de
Fada et composée de 15 policiers de la CRS a
passé une mauvaise soirée dans le village
de Boudangou/Gonaba. Partie pour arrêter des gens
qui auraient semé la désolation dans un
hameau de culture, cette mission a été
accueillie par des hommes et femmes armés de
gourdins, flèches et bâtons. La foule regroupée
chez le chef du village a violemment repoussé
ces "ennemis" venus de Fada arrêter
leur chef. Bilan : deux morts.
" C'est la plus grande peur de ma vie. Je n'avais
jamais imaginé que des gens pouvaient réagir
de cette façon devant des forces de l'ordre ",
témoigne un des civils de la mission périlleuse
de Boudangou/Gonaba. C'était le 19 décembre,
jour de la Tabaski. A Fada, la prière venait
juste de se terminer quand des habitants de Nanisonghin,
un sous quartier du hameau de culture de Kounkounfoanou,
situé à une soixantaine de km sont venus
alerter les autorités de l'attaque de leur village
par des " hommes armés " venus de Boudangou/Gonaba,
un village situé à une dizaine de kilomètres
du hameau. Au nombre de 36, ces " hommes armés
" ont tabassé grièvement deux personnes.
Ils ont aussi détruit deux concessions avant
de s'installer chez Lebendé Nakandré,
le représentant du chef de Gonaba dans le hameau
de culture. Déjà, le 13 décembre
dernier, ils avaient détruit un hangar faisant
office d'école sur le site d'orpaillage. Ils
lancent un ultimatum d'une semaine pour que "tous
les étrangers " quittent leur " zone
". Ces hommes armés se disent envoyés
par le chef de Boudangou/Gonaba, un village de la commune
rurale de Soudigui, dans la province du Koulpélogo.
Il est principalement habité par des Yana. Dans
le hameau de culture, cohabitent en revanche plusieurs
communautés dont les Mossis et les Gourmantché.
Ce sont ces derniers que les envoyés du chef
qualifient d'étrangers. Ils ont 7 jours pour
quitter les lieux parce qu'ils refuseraient de faire
allégeance au chef de Gonaba, préférant
celui de Natiaboani, un village relevant de la commune
de Fada, dans la province du Gourma. Après concertation,
les autorités administratives et judiciaires
de Fada décident de dépêcher une
équipe de CRS (Compagnie républicaine
de sécurité) sur les lieux. Le 2ème
substitut du procureur accompagné du chef du
secrétariat du parquet commande la mission. Pour
le repérage du terrain, ils font appel à
six personnes dont les conseillers de Natiaboani, un
village qui dispute le hameau de culture avec Boudangou/Gonaba.
L'équipe arrive dans le hameau aux environs de
15h. Les CRS arrêtent sur place deux personnes
dont le vieux Lebendé, le représentant
du chef de Gonaba dans le hameau. Les villageois venus
se plaindre à Fada l'identifient comme celui
qui les balance aux " hommes armés ".
La mission traîne quelques heures dans le hameau
avant de continuer, à la tombée de la
nuit, sur Boudangou/Gonaba pour d'autres interpellations.
L'équipe composée de deux véhicules
stationne à trois km du village, la voie étant
impraticable. Arrivés dans le village, ils trouvent
un gros attroupement chez le chef. Hommes et femmes
armés de bâtons, de coupe-coupe, de gourdins,
de flèches, certains même de fusils les
accueillent par des cris de " voleur, voleur, retournez
chez vous ". Visiblement, le village était
préparé pour accueillir la mission. Un
des fils du vieux Lebendé avait déjà
donné l'alerte. Les CRS commencent par tirer
en l'air. Quelques éléments se rendent
chez le conseiller du village, Thiombiano Bouri, pour
une perquisition. On leur aurait dit que celui-ci détenait
des armes à feu chez lui. N'ayant rien trouvé,
ils continuent chez le chef "pour expliquer la
raison de leur venue ". C'est le chef de mission
des CRS, Emmanuel Rouamba, qui prend la parole. Il ne
termine pas sa phrase quand une femme l'assomme de derrière
d'un coup de bâton. Il s'écroule sur le
substitut. Des éléments CRS viennent à
son secours. Ils tirent en l'air pour se dégager
et replient vers leurs véhicules stationnés
à trois km du village. Ils sont poursuivis par
les hommes du chef qui leur criaient " voleur,
voleur ". Le chef aurait ordonné à
ses hommes de tout faire pour libérer des mains
des CRS ses deux éléments arrêtés
dans le hameau de culture. Il faisait nuit. Seuls six
CRS, les deux civils du palais et les éclaireurs
arrivent à retrouver l'endroit où les
véhicules sont stationnés. Les 9 autres
CRS se sont perdus dans la brousse. Parmi eux, le blessé
Rouamba. Dans leur repli sur le site d'orpaillage, les
CRS abattent un des hommes du chef qui les empêchait
de progresser en mettant sa moto devant leurs véhicules.
Il est mort sur le champ. Quand les autres poursuivants
sont arrivés au niveau du cadavre, ils filent
droit sur le hameau de culture où ils abattent
en réprésailles un chef de famille du
nom de Saïdou Noba. Pendant ce temps, l'équipe
véhiculée des CRS a pu joindre Fada pour
informer de la situation. Un renfort est envoyé
pour prêter main forte aux 6 CRS et retrouver
les 9 autres éléments disparus. Il est
composé de policiers, de gendarmes et de militaires.
C'est vers 2 h du matin que ces derniers sont localisés
et le blessé convoyé sur Fada. Le lendemain,
le préfet et le 1er substitut accompagnés
des forces de sécurité fortes d'une centaine
d'éléments lourdement armés se
rendent dans le village de Boudangou/Gonaba pour arrêter
le chef et récupérer l'arme du CRS assommé.
Arrivés, ils trouvent la même ambiance
que la veille. Une impressionnante foule se trouvait
dans la cour du chef. Celui-ci s'était décoiffé
pour se fondre dans la foule. C'est quand le maire est
arrivé accompagné de 3 agents de la police
de Soudigui que le chef est sorti de la foule pour embarquer
avec l'équipe de Fada. Réconforté
par la présence de son maire, Zoré Pibagba,
directeur provincial de l'enseignement de base (DPBA
à Manga), le chef de Gonaba exige et obtient
que le cortège passe par Ouargaye, chef-lieu
de la province du Koulpélogo. Il évite
ainsi la route de Natiaboani , fief de son ennemi juré.
Il est actuellement incarcéré à
la Maison d'arrêt de Fada avec 5 de ses sujets
Kounkounfoanou,
le hameau de toutes les convoitises

Le chef de Natiaboani: "Si l'Administration
ne règle pas le problème, je vais m'en
occuper"
La zone querellée de Kounkounfoanou
est une terre très fertile. Agriculteurs et éleveurs
y trouvent leurs comptes. Depuis 2005, ce sont les orpailleurs
qui ont investi la zone à la faveur de la "
découverte de l'or ". Autant de potentialités
et de richesses ne pouvaient qu'attiser des convoitises,
surtout si la délimitation administrative reste
approximative, pour ne pas dire inexistante.
Kounkounfouanou est un hameau de culture et d'élevage.
Il est à cheval entre trois provinces : le Gourma,
le Koulpélogo et la Kompienga. La zone litigieuse
se situe entre le département de Fada (Gourma)
et celui de Soudigui (Koulpélogo) qui appartiennent
respectivement à la région de l'Est et
du Centre-Est. Elle est habitée par trois principales
communautés : les Gourmantchés, les Mossis
et les Peulhs. Si les derniers y sont il y a longtemps,
les deux premiers cités sont arrivés dans
les années 1980. L'agriculture vivrière
est leur principale activité. Ces dernières
années, ils y ont ajouté le coton, le
manioc et les pastèques comme cultures de rente.
Depuis 2005, s'est également développée
l'activité d'orpaillage. Aujourd'hui, il existe
trois sites dans la zone de Kounkounfoanou. Ces sites
attirent évidemment du monde venu de partout.
C'est depuis l'apparition de l'or que l'appartenance
de la zone se pose également comme problème
entre le chef de Natiaboani, village de la commune de
Fada (Gourma) et celui de Boudangou/Gonaba, village
de la commune rurale de Soudigui (Koulpélogo).
Chaque chef revendique le hameau de culture. Chacun
affirme avoir installer les populations dans la zone.
Sur le plan coutumier, les deux chefs relèvent
de la chefferie du Gulmou. Ils prennent leur bonnet
chez le Kupiendieli, roi du Gulmou. Tous admettent cette
allégeance.
L'arbitrage du Kupiendiéli
Informé de ce litige entre ses deux vassaux,
le roi du Gulmou les convoque à son palais de
Fada. C'était en septembre 2007. Chaque chef
s'est fait accompagné par les conseillers de
son village. Le Kupiendiéli a demandé
à chacun d'apporter les preuves que la zone lui
appartient. Le chef de Natiaboani aurait cité
trois fétiches que ses arrières grands-parents
auraient installés dans la zone. Il fait ses
rites régulièrement dans la brousse de
Kounkounfoanou. Par exemple, pour implorer la pluie,
il part avec ses sujets s'adresser à l'un des
fétiches qui s'y trouvent. Autre preuve, il dit
que dans les années 80, c'est lui qui aurait
installé les premiers agriculteurs dans la zone.
Il se rappelle qu'au temps de la révolution,
ce sont les délégués CDR de son
village qui sont partis organiser l'élection
du délégué CDR de Kounkounfoanou.
Comme autre argument, il dit que les populations se
reconnaissent elles-mêmes de son autorité.
Prenant à son tour la parole, le chef de Boudangou/Gonaba
dit qu'il n'a pas de preuve matérielle sur le
terrain. Il soutient néanmoins que l'appartenance
de la zone à son village ne fait aucun doute.
Pour cela, il se base sur le fait que certains paysans
auraient été installés par son
défunt père. Sous son règne, lui-même
en a installé également. Autre argument,
il argue de la proximité de la zone avec son
village. Le hameau objet de litige se trouve en effet,
à moins de 10 km de son village alors que Natiaboani
est à une vingtaine de km. Sur la question de
qui a installé les agriculteurs dans la zone,
le chef de Natiaboani reconnaît que celui de Boudangou/Gonaba
en a effectivement installés. Mais pour lui,
cela ne prouve rien. Il a laissé faire parce
qu'il ne voulait pas créer de problème
aux paysans déjà installés. Pour
lui : " ce sont avant tout des Burkinabè,
quel que soit leur village d'origine. Ils sont venus
pour chercher de quoi nourrir leurs familles et il n'y
a pas de raison de passer systématiquement par
moi pour cultiver dans la zone. Ici même à
Natiaboani, il y a plus de Yana que ceux qui habitent
le village de Gonaba. C'est dire que je ne fais aucune
différence entre les communautés qui s'installent
dans ma zone."
Au regard des arguments de l'un et de l'autre, le roi
du Gulmou a tranché en faveur du chef de Natiaboani.
Mais il les a exhorté à collaborer dans
la gestion du hameau. Les deux chefs ont accepté
l'arbitrage du Kupiendiéli et ont regagné
chacun son village. Mais le problème va resurgir
quelques semaines après cette médiation.
L'incident de novembre 2007
En novembre dernier, dans le cadre de la campagne de
vaccination contre la rougeole, les autorités
de Soudigui informent les conseillers de Gonaba que
des agents de santé passeront dans le village.
Un des conseillers du nom de Bouri Thiombiano envoie
son fils dans le hameau de culture pour avertir les
habitants de leur passage. Les répondants dans
le village disent qu'ils ne relèvent pas de Gonaba,
donc ils ne vont pas faire vacciner leurs enfants par
des agents venus de Soudigui. Ce sont des agents venus
du CSPS de Natiaboani qui ont fait la vaccination. Quelques
jours après, la police de Soudigui convoque ceux
qu'elle considère comme les meneurs du hameau.
Pour elle, c'est simplement pour comprendre pourquoi
cette fois-ci ils refusent alors que les campagnes antérieures,
ils n'ont posé aucun problème. Les convocations
qui leur sont adressées passent encore par le
conseiller Bouri Thiombiano qui envoie aussi son fils
pour les leur remettre. Arrivé dans le hameau,
le fils aurait été menacé par les
personnes à qui les convocations sont destinées.
Ces personnes se seraient rendues ensuite chez le représentant
du chef de Gonaba dans le hameau, le vieux Lebendé
Nakandré (actuellement détenu à
Fada) et aurait menacé de brûler sa cour
s'il ne quittait pas le hameau. Elles reprochent au
vieux Lebendé de les dénoncer en concert
avec le conseiller et le chef de Gonaba auprès
de la police de Soudigui. " Tout le problème
serait parti de là. C'est quand certains habitants
du hameau ont voulu incendier notre domicile que des
jeunes sont venus de Gonaba pour les en empêcher.
Par la suite, il y a eu des débordements. Sinon
mon père a dit aux jeunes de ne pas s'en prendre
à leurs maisons. Mais actuellement, quand les
autorités de Fada parlent du problème,
elles s'en tiennent à l'incident de Gonaba avec
les CRS. Ce n'est pas normal. On devrait essayer de
comprendre pourquoi avant ces populations acceptaient
dépendre de Soudigui et subitement, elles disent
désormais qu'elles relèvent de Natiaboani.
", explique Alain Nakandré, fils du vieux
Lebendé, le représentant du chef de Gonaba
dans le hameau de culture. Suite à cette intercation,
2 à 3 agents de police de Soudigui, guidés
par des hommes du chef de Gonaba, investissent le hameau
à la recherche des meneurs qui refuseraient de
répondre à la convocation de l'autorité.
Arrivés sur les lieux, ils ne trouvent aucun
de ces meneurs. Ils seraient partis se cacher à
Natiaboani. Ce jeu de cache-cache a duré quelques
jours avant qu'ils ne mettent la main sur deux individus,
Hamado Ouangrawa et Kriyamba Kima. Ils sont toujours
détenus à la police de Soudigui. Selon
le frère de Kima, le chef de la police locale
aurait dit que c'est par mesure de sécurité
qu'ils sont toujours dans ses locaux.
Le chef de Gonaba réclame des dîmes
Selon plusieurs sources cependant, le problème
des habitants du hameau viendrait de leur refus de donner
une partie de leurs récoltes au chef de Gonaba.
Celui-ci leur aurait demandé, compte tenu de
sa mauvaise récolte, qu'ils lui viennent en aide.
Chaque paysan devrait contribuer à hauteur d'au
moins un sac pour lui. Dans le hameau, six personnes
auraient convaincu les autres de ne pas s'exécuter.
Ce qui aurait mis le chef dans tous ses états.
Pour lui, il ne peut pas héberger des gens qui
ne respectent pas son autorité. S'ils refusent,
ils doivent quitter son territoire. C'est pourquoi,
il a donné un ultimatum d'une semaine aux habitants
du hameau soit de contribuer soit de partir. L'ultimatum
n'a pas pris fin quand ses hommes ont investi le village,
saccageant quelques concessions des dits meneurs.
Le chef de Gonaba lorgne également les sites
d'orpaillage de Kounkounfoanou. Considérant que
la zone se trouve sur son territoire, il exigerait de
ce côté aussi des contributions. Cette
contribution varierait selon des sources. Certains disent
que le montant est laissé au choix de chacun,
d'autres soutiennent qu'il réclame jusqu'à
la moitié de ce que l'orpailleur gagne. C'est
le cas de Moussa Kima : " Il m'a fait convoquer
chez lui. Il m'a demandé de partager à
égalité ce que je gagne. J'ai dit que
s'il tient à prendre mon trou, il faut qu'il
me paye ce que j'ai investi dedans. Il m'a insulté
en disant que je lui manquais de respect. Quand je suis
réparti sur le site, il a envoyé des jeunes
me frapper. Aujourd'hui, je ne fais plus l'orpaillage,
j'ai même quitté le site. " Sur le
site où veillent une dizaine de CRS depuis le
20 décembre dernier, la sérénité
n'est pas totalement revenue. Orpailleurs comme agriculteurs
sont dans l'expectative. " Je suis inquiet. Les
gens de Gonaba disent qu'ils attentent la sortie de
leur chef pour s'occuper de nous. C'est vrai que les
CRS sont à côté, mais on ne sait
jamais puisqu'ils ont montré qu'ils n'avaient
pas peur d'eux. ", confie un des responsables villageois
du site. Le chef de Natiaboani les assure qu'il prendra
ses responsabilités si les autorités ne
ramènent pas à l'ordre les guerriers de
Gonaba. Une perspective qui ne rassure personne.
Confusion chez les administratifs
Côté administration, Kounkounfoanou semble
être un cas d'école. Des agents de trois
départements et communes se télescopent
sur le terrain. Lors du recensement général
de 2006, sur le site d'orpaillage, des agents de Pama
sont passés premièrement, ensuite ceux
de Soudigui. Les populations ont refusé d'être
recensés. C'est finalement ceux de Fada qui ont
fait le recensement. Dans le hameau de culture, un peu
plus loin, certains habitants ont été
recensés par les agents de Soudigui et d'autres
par ceux de Fada. Une autorité préfectorale
affirme que cette situation n'est pas dommageable. Pour
elle, comme il s'agissait d'un recensement général
de la population, ce qui était important, "c'est
que chacun puisse être recensé, quel que
soit le lieu ". Le maire et le roi de Fada estiment
que c'est sous la contrainte que certains habitants
ont été recensés pour le compte
de Soudigui. Aux élections législatives
de mai 2007, seules 8 personnes auraient voté
dans le bureau de vote de Gonaba relevant de Soudigui.
Ceux qu'on a recensé "par force " ont,
dans leur majorité, boycotté le vote.
Une information que confirme la direction des circonscriptions
administratives et des frontières du MATD. D'autres
qui avaient préféré s'inscrire
soit à Natiaboani soit à Pendima ont voté
dans ces localités. "Quand nous arrivions
ici, il y a 19 ans de cela, c'était la vraie
brousse. Moi je ne savais même pas qu'il y a un
village qui s'appelle Gonaba. Nous avons été
installés par un homme qui répond de la
chefferie de Natiaboani. Depuis, on se réfère
à lui quand on a des activités. Pour le
forage réalisé par l'Association Base
Fandima par exemple, c'est avec l'accord du préfet
de Fada que nous l'avons eu.", assure le vieux
Sidiki Yarga.
Avec les incidents de fin décembre, l'administration
semble avoir mesurer le danger si la situation restait
à l'état. Le 28 décembre, le ministre
de l'Administration territoriale et de la Décentralisation
a rencontré à Koupèla les autorités
administratives et politiques des deux régions.
Pour apaiser la situation, les deux hauts commissaires
doivent faire ensemble des tournées de sensibilisation.
La délimitation de la zone se fera par la suite
et chaque village saura ce qui lui appartient
Par Idrissa Barry
Kupiendiéli,
roi du Gulmou
"Le Chef de Gonaba a rompu unilatéralement
l'accord ..."

Nous l'avons joint par téléphone à
son palais, dans l'après midi du lundi 7 janvier.
Quelle analyse fait-il de la situation qui prévaut
dans la zone et comment s'est-il impliqué dans
la recherche de solutions? C'est la question que nous
lui avons posée.
" Le problème date de plus de deux ans.
D'abord, en 2005, les forestiers de Pama voulaient faire
une zone d'élevage. Ils ont fait des bornes qui
prenaient les concessions de certains agriculteurs.
Ceux-ci sont venus se plaindre à Fada. A l'époque,
c'est le préfet de Fada (l'actuel maire de la
même ville) qui a géré le problème,
en concertation avec les autorités de Pama. Le
problème a été résolu à
l'amiable. Les populations ont même bénéficié
d'un forage. Cette année, ces mêmes populations
du hameau de culture sont venues se plaindre des menaces
proférées, selon elles, par des envoyés
du chef de Gonaba. Elles disent que ce dernier convoite
leurs terres. Le chef leur aurait dit de quitter la
zone parce qu'elle lui appartiendrait. Face à
ces menaces et aux plaintes récurrentes des populations
de Kounkounfoanou, j'ai jugé utile de convoquer
le chef de Natiaboani et celui de Gonaba à mon
palais pour trouver une solution au problème.
C'était en septembre dernier. Quand ils sont
venus, chacun a sorti des cartes topographiques pour
montrer que la zone lui appartient. Je leur ai dit que
je ne tenais pas compte de ces cartes. Ils sont tous
dans mon territoire et je tiens à régler
le problème selon la coutume. Nous avons convenu
de la limite de chacun. Un accord a donc été
trouvé. Mais quelques semaines après,
cet accord a été unilatéralement
rompu par le chef de Gonaba. Il a en effet envoyé
plus d'une trentaine de personnes menacer les habitants
du hameau. Ces personnes ont aussi détruit une
école. J'ai encore convoqué une autre
rencontre pour comprendre. Elle était prévue
pour le 22 décembre. Mais le chef de Gonaba est
encore passé à l'action le 20, faisant
détruire cases et engins des habitants du hameau.
Voilà comment la situation se présente.
Sinon sur le plan coutumier, la zone de Kounkounfoanou
appartient au village de Natiaboani n "
Entretien réalisé
par Idrissa Barry
et Germain B. Nama
Les
victimes laissées pour compte

"La nuit de la Tabaski (19 décembre), mon
mari a dit de fuir avec les enfants. On n'était
pas couché d'abord. On venait juste de finir
notre repas. Quand on était dans la brousse,
mon mari nous a rejoint avec quelques affaires. Il nous
les a laissées avant de regagner la maison. Le
matin, quand j'ai rejoint la cour avec mes enfants,
je ne l'ai pas vu. Quelques instants après, on
est venu m'annoncer sa mort. ", déclare
Ami Tougma, la femme de Saïdou Noba, tué
par les hommes du chef de Gonaba qui pourchassaient
les CRS. Dans cette même nuit, hommes, femmes
et enfants ont déserté leurs maisons quand
ils ont appris ce qui se passait de l'autre côté.
Ils étaient persuadés que les hommes du
chef de Gonaba viendraient les visiter. Depuis quelques
jours, en effet, ils recherchaient 6 hommes qu'ils considèrent
comme étant les " meneurs " de la résistance
à leur chef. Cette nuit-là, ils sont effectivement
venus, rendant Ami veuve et ses 7 enfants orphelins.
Ils auraient trouvé son mari dans la maison.
Ils l'ont amené à environ 1 km avant de
l'abattre. Son corps a été abandonné
au bord de la piste. C'est là-bas qu'il repose,
à 5 m de la route. Par peur, la veuve a quitté
la maison avec ses enfants pour se réfugier dans
sa belle famille, 3 km plus loin. Elle ne comprend pas
ce qui lui arrive : " Je ne sais pas pourquoi ils
ont tué mon mari. Il ne m'a jamais dit qu'il
était mêlé au problème et
personne n'était à sa recherche auparavant
", affirme-t-elle, le regard perdu. Elle fixe le
ciel comme si elle cherchait des explications qui ne
venaient pas. Son dernier enfant qui a moins d'un an
se met à pleurer. Le bébé veut
téter. Elle lui tend le sein. Deux soeurs du
bébé Yacouba sont juste derrière
leur mère, écoutant ce qu'elle raconte.
Elle leur demande d'aller s'occuper des moutons pour
qu'ils ne s'éloignent pas. C'est l'héritage
du père qu'ils n'ont plus revu depuis la nuit
du 19 décembre. La mère Ami est au bord
des larmes. Pour les besoins de l'enquête, elle
s'est déplacée une fois à Fada
où la gendarmerie l'a entendu. C'était
son seul contact avec une autorité. A Fada et
à Ouargaye où elle s'est aussi rendue,
elle n'a bénéficié d'aucun soutien.
Pourtant, son mari a été tué en
représailles d'une autre tuerie commise par les
forces de l'ordre. D'autres victimes dans la même
situation attendent. Une dizaine de familles environ
ont déserté le hameau de culture. Certaines
ont leurs maisons détruites, d'autres sont parties
par peur d'une autre attaque. Elles sont dispersées
dans trois villages, Natiaboani, Pendima et Palolpaï.
Quelques familles auraient rejoint leur province d'origine,
le Kouritenga laissant derrière elles leurs récoltes
et des animaux. Les autorités administratives
interrogées sur la question invoquent à
leur tour la justice. Ce serait à elle de statuer
sur ces cas sur la base des plaintes. En attendant,
les victimes sont abandonnées à elles-mêmes
n
Idrissa Barry
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