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Dossier : Conflit foncier

Le foncier rural, une poudrière meurtrière

Le foncier rural est le théâtre de conflits itératifs qui finissent souvent par des voies de fait et des massacres. La zone de l'Est connaît ces derniers temps une effervescence dont les causes tiennent à des revendications foncières. On se souvient encore des jacqueries de Baléré où neuf personnes avaient perdu la vie. Plus près de la capitale, Nakamtenga sise dans la commune de Koubri a connu des oppositions qui ont failli tourné au drame, n'eût été l'intervention diligente des sages de la zone. A cet égard, Kounkounfoanou dont l'appartenance se trouve querellée entre deux villages appartenant à des zones administratives différentes dans l'Est du Burkina est un terreau particulièrement propice à des affrontements. Le site est un hameau de culture et non un village administrativement reconnu, un flou dont profitent des pêcheurs en eau trouble. Le conflit actuel a déjà fait deux morts, tous des paysans de la zone. L'administration mise devant ses responsabilités y a dépêché un contingent d'éléments des forces de défense et de sécurité chargé de maintenir l'ordre. Il ne s'agit là que d'une mesure d'urgence dictée par la gravité de la situation. Mais jusqu'à quand peut tenir cette solution palliative ? Le foncier rural est aujourd'hui une poudrière qui risque d'hypothéquer le processus de décentralisation, si rien n'est fait pour délimiter les territoires communaux et clarifier les rôles et les compétences des acteurs. La RAF (Réforme agraire et foncière) dont tout le monde semble stigmatiser les limites continue pourtant, de régir le foncier rural. Et l'on ne semble pas pressé d'en sortir comme s'il n'y a pas d'autres solutions à l'horizon. Pendant ce temps, c'est la pagaille qui s'installe sur le terrain avec les drames humains que l'on ne finit pas de déplorer.

 

La bataille de Gonaba


Quelques cases détruites après le passage des hommes de Gonaba


Par Idrissa Barry
Le jour de la Tabaski, le 19 décembre dernier, une mission conduite par le substitut du procureur de Fada et composée de 15 policiers de la CRS a passé une mauvaise soirée dans le village de Boudangou/Gonaba. Partie pour arrêter des gens qui auraient semé la désolation dans un hameau de culture, cette mission a été accueillie par des hommes et femmes armés de gourdins, flèches et bâtons. La foule regroupée chez le chef du village a violemment repoussé ces "ennemis" venus de Fada arrêter leur chef. Bilan : deux morts.

" C'est la plus grande peur de ma vie. Je n'avais jamais imaginé que des gens pouvaient réagir de cette façon devant des forces de l'ordre ", témoigne un des civils de la mission périlleuse de Boudangou/Gonaba. C'était le 19 décembre, jour de la Tabaski. A Fada, la prière venait juste de se terminer quand des habitants de Nanisonghin, un sous quartier du hameau de culture de Kounkounfoanou, situé à une soixantaine de km sont venus alerter les autorités de l'attaque de leur village par des " hommes armés " venus de Boudangou/Gonaba, un village situé à une dizaine de kilomètres du hameau. Au nombre de 36, ces " hommes armés " ont tabassé grièvement deux personnes. Ils ont aussi détruit deux concessions avant de s'installer chez Lebendé Nakandré, le représentant du chef de Gonaba dans le hameau de culture. Déjà, le 13 décembre dernier, ils avaient détruit un hangar faisant office d'école sur le site d'orpaillage. Ils lancent un ultimatum d'une semaine pour que "tous les étrangers " quittent leur " zone ". Ces hommes armés se disent envoyés par le chef de Boudangou/Gonaba, un village de la commune rurale de Soudigui, dans la province du Koulpélogo. Il est principalement habité par des Yana. Dans le hameau de culture, cohabitent en revanche plusieurs communautés dont les Mossis et les Gourmantché. Ce sont ces derniers que les envoyés du chef qualifient d'étrangers. Ils ont 7 jours pour quitter les lieux parce qu'ils refuseraient de faire allégeance au chef de Gonaba, préférant celui de Natiaboani, un village relevant de la commune de Fada, dans la province du Gourma. Après concertation, les autorités administratives et judiciaires de Fada décident de dépêcher une équipe de CRS (Compagnie républicaine de sécurité) sur les lieux. Le 2ème substitut du procureur accompagné du chef du secrétariat du parquet commande la mission. Pour le repérage du terrain, ils font appel à six personnes dont les conseillers de Natiaboani, un village qui dispute le hameau de culture avec Boudangou/Gonaba. L'équipe arrive dans le hameau aux environs de 15h. Les CRS arrêtent sur place deux personnes dont le vieux Lebendé, le représentant du chef de Gonaba dans le hameau. Les villageois venus se plaindre à Fada l'identifient comme celui qui les balance aux " hommes armés ". La mission traîne quelques heures dans le hameau avant de continuer, à la tombée de la nuit, sur Boudangou/Gonaba pour d'autres interpellations. L'équipe composée de deux véhicules stationne à trois km du village, la voie étant impraticable. Arrivés dans le village, ils trouvent un gros attroupement chez le chef. Hommes et femmes armés de bâtons, de coupe-coupe, de gourdins, de flèches, certains même de fusils les accueillent par des cris de " voleur, voleur, retournez chez vous ". Visiblement, le village était préparé pour accueillir la mission. Un des fils du vieux Lebendé avait déjà donné l'alerte. Les CRS commencent par tirer en l'air. Quelques éléments se rendent chez le conseiller du village, Thiombiano Bouri, pour une perquisition. On leur aurait dit que celui-ci détenait des armes à feu chez lui. N'ayant rien trouvé, ils continuent chez le chef "pour expliquer la raison de leur venue ". C'est le chef de mission des CRS, Emmanuel Rouamba, qui prend la parole. Il ne termine pas sa phrase quand une femme l'assomme de derrière d'un coup de bâton. Il s'écroule sur le substitut. Des éléments CRS viennent à son secours. Ils tirent en l'air pour se dégager et replient vers leurs véhicules stationnés à trois km du village. Ils sont poursuivis par les hommes du chef qui leur criaient " voleur, voleur ". Le chef aurait ordonné à ses hommes de tout faire pour libérer des mains des CRS ses deux éléments arrêtés dans le hameau de culture. Il faisait nuit. Seuls six CRS, les deux civils du palais et les éclaireurs arrivent à retrouver l'endroit où les véhicules sont stationnés. Les 9 autres CRS se sont perdus dans la brousse. Parmi eux, le blessé Rouamba. Dans leur repli sur le site d'orpaillage, les CRS abattent un des hommes du chef qui les empêchait de progresser en mettant sa moto devant leurs véhicules. Il est mort sur le champ. Quand les autres poursuivants sont arrivés au niveau du cadavre, ils filent droit sur le hameau de culture où ils abattent en réprésailles un chef de famille du nom de Saïdou Noba. Pendant ce temps, l'équipe véhiculée des CRS a pu joindre Fada pour informer de la situation. Un renfort est envoyé pour prêter main forte aux 6 CRS et retrouver les 9 autres éléments disparus. Il est composé de policiers, de gendarmes et de militaires. C'est vers 2 h du matin que ces derniers sont localisés et le blessé convoyé sur Fada. Le lendemain, le préfet et le 1er substitut accompagnés des forces de sécurité fortes d'une centaine d'éléments lourdement armés se rendent dans le village de Boudangou/Gonaba pour arrêter le chef et récupérer l'arme du CRS assommé. Arrivés, ils trouvent la même ambiance que la veille. Une impressionnante foule se trouvait dans la cour du chef. Celui-ci s'était décoiffé pour se fondre dans la foule. C'est quand le maire est arrivé accompagné de 3 agents de la police de Soudigui que le chef est sorti de la foule pour embarquer avec l'équipe de Fada. Réconforté par la présence de son maire, Zoré Pibagba, directeur provincial de l'enseignement de base (DPBA à Manga), le chef de Gonaba exige et obtient que le cortège passe par Ouargaye, chef-lieu de la province du Koulpélogo. Il évite ainsi la route de Natiaboani , fief de son ennemi juré. Il est actuellement incarcéré à la Maison d'arrêt de Fada avec 5 de ses sujets


Kounkounfoanou, le hameau de toutes les convoitises


Le chef de Natiaboani: "Si l'Administration ne règle pas le problème, je vais m'en occuper"

La zone querellée de Kounkounfoanou est une terre très fertile. Agriculteurs et éleveurs y trouvent leurs comptes. Depuis 2005, ce sont les orpailleurs qui ont investi la zone à la faveur de la " découverte de l'or ". Autant de potentialités et de richesses ne pouvaient qu'attiser des convoitises, surtout si la délimitation administrative reste approximative, pour ne pas dire inexistante.

Kounkounfouanou est un hameau de culture et d'élevage. Il est à cheval entre trois provinces : le Gourma, le Koulpélogo et la Kompienga. La zone litigieuse se situe entre le département de Fada (Gourma) et celui de Soudigui (Koulpélogo) qui appartiennent respectivement à la région de l'Est et du Centre-Est. Elle est habitée par trois principales communautés : les Gourmantchés, les Mossis et les Peulhs. Si les derniers y sont il y a longtemps, les deux premiers cités sont arrivés dans les années 1980. L'agriculture vivrière est leur principale activité. Ces dernières années, ils y ont ajouté le coton, le manioc et les pastèques comme cultures de rente. Depuis 2005, s'est également développée l'activité d'orpaillage. Aujourd'hui, il existe trois sites dans la zone de Kounkounfoanou. Ces sites attirent évidemment du monde venu de partout. C'est depuis l'apparition de l'or que l'appartenance de la zone se pose également comme problème entre le chef de Natiaboani, village de la commune de Fada (Gourma) et celui de Boudangou/Gonaba, village de la commune rurale de Soudigui (Koulpélogo). Chaque chef revendique le hameau de culture. Chacun affirme avoir installer les populations dans la zone. Sur le plan coutumier, les deux chefs relèvent de la chefferie du Gulmou. Ils prennent leur bonnet chez le Kupiendieli, roi du Gulmou. Tous admettent cette allégeance.

L'arbitrage du Kupiendiéli

Informé de ce litige entre ses deux vassaux, le roi du Gulmou les convoque à son palais de Fada. C'était en septembre 2007. Chaque chef s'est fait accompagné par les conseillers de son village. Le Kupiendiéli a demandé à chacun d'apporter les preuves que la zone lui appartient. Le chef de Natiaboani aurait cité trois fétiches que ses arrières grands-parents auraient installés dans la zone. Il fait ses rites régulièrement dans la brousse de Kounkounfoanou. Par exemple, pour implorer la pluie, il part avec ses sujets s'adresser à l'un des fétiches qui s'y trouvent. Autre preuve, il dit que dans les années 80, c'est lui qui aurait installé les premiers agriculteurs dans la zone. Il se rappelle qu'au temps de la révolution, ce sont les délégués CDR de son village qui sont partis organiser l'élection du délégué CDR de Kounkounfoanou. Comme autre argument, il dit que les populations se reconnaissent elles-mêmes de son autorité. Prenant à son tour la parole, le chef de Boudangou/Gonaba dit qu'il n'a pas de preuve matérielle sur le terrain. Il soutient néanmoins que l'appartenance de la zone à son village ne fait aucun doute. Pour cela, il se base sur le fait que certains paysans auraient été installés par son défunt père. Sous son règne, lui-même en a installé également. Autre argument, il argue de la proximité de la zone avec son village. Le hameau objet de litige se trouve en effet, à moins de 10 km de son village alors que Natiaboani est à une vingtaine de km. Sur la question de qui a installé les agriculteurs dans la zone, le chef de Natiaboani reconnaît que celui de Boudangou/Gonaba en a effectivement installés. Mais pour lui, cela ne prouve rien. Il a laissé faire parce qu'il ne voulait pas créer de problème aux paysans déjà installés. Pour lui : " ce sont avant tout des Burkinabè, quel que soit leur village d'origine. Ils sont venus pour chercher de quoi nourrir leurs familles et il n'y a pas de raison de passer systématiquement par moi pour cultiver dans la zone. Ici même à Natiaboani, il y a plus de Yana que ceux qui habitent le village de Gonaba. C'est dire que je ne fais aucune différence entre les communautés qui s'installent dans ma zone."
Au regard des arguments de l'un et de l'autre, le roi du Gulmou a tranché en faveur du chef de Natiaboani. Mais il les a exhorté à collaborer dans la gestion du hameau. Les deux chefs ont accepté l'arbitrage du Kupiendiéli et ont regagné chacun son village. Mais le problème va resurgir quelques semaines après cette médiation.

L'incident de novembre 2007

En novembre dernier, dans le cadre de la campagne de vaccination contre la rougeole, les autorités de Soudigui informent les conseillers de Gonaba que des agents de santé passeront dans le village. Un des conseillers du nom de Bouri Thiombiano envoie son fils dans le hameau de culture pour avertir les habitants de leur passage. Les répondants dans le village disent qu'ils ne relèvent pas de Gonaba, donc ils ne vont pas faire vacciner leurs enfants par des agents venus de Soudigui. Ce sont des agents venus du CSPS de Natiaboani qui ont fait la vaccination. Quelques jours après, la police de Soudigui convoque ceux qu'elle considère comme les meneurs du hameau. Pour elle, c'est simplement pour comprendre pourquoi cette fois-ci ils refusent alors que les campagnes antérieures, ils n'ont posé aucun problème. Les convocations qui leur sont adressées passent encore par le conseiller Bouri Thiombiano qui envoie aussi son fils pour les leur remettre. Arrivé dans le hameau, le fils aurait été menacé par les personnes à qui les convocations sont destinées. Ces personnes se seraient rendues ensuite chez le représentant du chef de Gonaba dans le hameau, le vieux Lebendé Nakandré (actuellement détenu à Fada) et aurait menacé de brûler sa cour s'il ne quittait pas le hameau. Elles reprochent au vieux Lebendé de les dénoncer en concert avec le conseiller et le chef de Gonaba auprès de la police de Soudigui. " Tout le problème serait parti de là. C'est quand certains habitants du hameau ont voulu incendier notre domicile que des jeunes sont venus de Gonaba pour les en empêcher. Par la suite, il y a eu des débordements. Sinon mon père a dit aux jeunes de ne pas s'en prendre à leurs maisons. Mais actuellement, quand les autorités de Fada parlent du problème, elles s'en tiennent à l'incident de Gonaba avec les CRS. Ce n'est pas normal. On devrait essayer de comprendre pourquoi avant ces populations acceptaient dépendre de Soudigui et subitement, elles disent désormais qu'elles relèvent de Natiaboani. ", explique Alain Nakandré, fils du vieux Lebendé, le représentant du chef de Gonaba dans le hameau de culture. Suite à cette intercation, 2 à 3 agents de police de Soudigui, guidés par des hommes du chef de Gonaba, investissent le hameau à la recherche des meneurs qui refuseraient de répondre à la convocation de l'autorité. Arrivés sur les lieux, ils ne trouvent aucun de ces meneurs. Ils seraient partis se cacher à Natiaboani. Ce jeu de cache-cache a duré quelques jours avant qu'ils ne mettent la main sur deux individus, Hamado Ouangrawa et Kriyamba Kima. Ils sont toujours détenus à la police de Soudigui. Selon le frère de Kima, le chef de la police locale aurait dit que c'est par mesure de sécurité qu'ils sont toujours dans ses locaux.

Le chef de Gonaba réclame des dîmes

Selon plusieurs sources cependant, le problème des habitants du hameau viendrait de leur refus de donner une partie de leurs récoltes au chef de Gonaba. Celui-ci leur aurait demandé, compte tenu de sa mauvaise récolte, qu'ils lui viennent en aide. Chaque paysan devrait contribuer à hauteur d'au moins un sac pour lui. Dans le hameau, six personnes auraient convaincu les autres de ne pas s'exécuter. Ce qui aurait mis le chef dans tous ses états. Pour lui, il ne peut pas héberger des gens qui ne respectent pas son autorité. S'ils refusent, ils doivent quitter son territoire. C'est pourquoi, il a donné un ultimatum d'une semaine aux habitants du hameau soit de contribuer soit de partir. L'ultimatum n'a pas pris fin quand ses hommes ont investi le village, saccageant quelques concessions des dits meneurs.
Le chef de Gonaba lorgne également les sites d'orpaillage de Kounkounfoanou. Considérant que la zone se trouve sur son territoire, il exigerait de ce côté aussi des contributions. Cette contribution varierait selon des sources. Certains disent que le montant est laissé au choix de chacun, d'autres soutiennent qu'il réclame jusqu'à la moitié de ce que l'orpailleur gagne. C'est le cas de Moussa Kima : " Il m'a fait convoquer chez lui. Il m'a demandé de partager à égalité ce que je gagne. J'ai dit que s'il tient à prendre mon trou, il faut qu'il me paye ce que j'ai investi dedans. Il m'a insulté en disant que je lui manquais de respect. Quand je suis réparti sur le site, il a envoyé des jeunes me frapper. Aujourd'hui, je ne fais plus l'orpaillage, j'ai même quitté le site. " Sur le site où veillent une dizaine de CRS depuis le 20 décembre dernier, la sérénité n'est pas totalement revenue. Orpailleurs comme agriculteurs sont dans l'expectative. " Je suis inquiet. Les gens de Gonaba disent qu'ils attentent la sortie de leur chef pour s'occuper de nous. C'est vrai que les CRS sont à côté, mais on ne sait jamais puisqu'ils ont montré qu'ils n'avaient pas peur d'eux. ", confie un des responsables villageois du site. Le chef de Natiaboani les assure qu'il prendra ses responsabilités si les autorités ne ramènent pas à l'ordre les guerriers de Gonaba. Une perspective qui ne rassure personne.

Confusion chez les administratifs

Côté administration, Kounkounfoanou semble être un cas d'école. Des agents de trois départements et communes se télescopent sur le terrain. Lors du recensement général de 2006, sur le site d'orpaillage, des agents de Pama sont passés premièrement, ensuite ceux de Soudigui. Les populations ont refusé d'être recensés. C'est finalement ceux de Fada qui ont fait le recensement. Dans le hameau de culture, un peu plus loin, certains habitants ont été recensés par les agents de Soudigui et d'autres par ceux de Fada. Une autorité préfectorale affirme que cette situation n'est pas dommageable. Pour elle, comme il s'agissait d'un recensement général de la population, ce qui était important, "c'est que chacun puisse être recensé, quel que soit le lieu ". Le maire et le roi de Fada estiment que c'est sous la contrainte que certains habitants ont été recensés pour le compte de Soudigui. Aux élections législatives de mai 2007, seules 8 personnes auraient voté dans le bureau de vote de Gonaba relevant de Soudigui. Ceux qu'on a recensé "par force " ont, dans leur majorité, boycotté le vote. Une information que confirme la direction des circonscriptions administratives et des frontières du MATD. D'autres qui avaient préféré s'inscrire soit à Natiaboani soit à Pendima ont voté dans ces localités. "Quand nous arrivions ici, il y a 19 ans de cela, c'était la vraie brousse. Moi je ne savais même pas qu'il y a un village qui s'appelle Gonaba. Nous avons été installés par un homme qui répond de la chefferie de Natiaboani. Depuis, on se réfère à lui quand on a des activités. Pour le forage réalisé par l'Association Base Fandima par exemple, c'est avec l'accord du préfet de Fada que nous l'avons eu.", assure le vieux Sidiki Yarga.
Avec les incidents de fin décembre, l'administration semble avoir mesurer le danger si la situation restait à l'état. Le 28 décembre, le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation a rencontré à Koupèla les autorités administratives et politiques des deux régions. Pour apaiser la situation, les deux hauts commissaires doivent faire ensemble des tournées de sensibilisation. La délimitation de la zone se fera par la suite et chaque village saura ce qui lui appartient

Par Idrissa Barry


Kupiendiéli, roi du Gulmou
"Le Chef de Gonaba a rompu unilatéralement l'accord ..."


Nous l'avons joint par téléphone à son palais, dans l'après midi du lundi 7 janvier. Quelle analyse fait-il de la situation qui prévaut dans la zone et comment s'est-il impliqué dans la recherche de solutions? C'est la question que nous lui avons posée.

" Le problème date de plus de deux ans. D'abord, en 2005, les forestiers de Pama voulaient faire une zone d'élevage. Ils ont fait des bornes qui prenaient les concessions de certains agriculteurs. Ceux-ci sont venus se plaindre à Fada. A l'époque, c'est le préfet de Fada (l'actuel maire de la même ville) qui a géré le problème, en concertation avec les autorités de Pama. Le problème a été résolu à l'amiable. Les populations ont même bénéficié d'un forage. Cette année, ces mêmes populations du hameau de culture sont venues se plaindre des menaces proférées, selon elles, par des envoyés du chef de Gonaba. Elles disent que ce dernier convoite leurs terres. Le chef leur aurait dit de quitter la zone parce qu'elle lui appartiendrait. Face à ces menaces et aux plaintes récurrentes des populations de Kounkounfoanou, j'ai jugé utile de convoquer le chef de Natiaboani et celui de Gonaba à mon palais pour trouver une solution au problème. C'était en septembre dernier. Quand ils sont venus, chacun a sorti des cartes topographiques pour montrer que la zone lui appartient. Je leur ai dit que je ne tenais pas compte de ces cartes. Ils sont tous dans mon territoire et je tiens à régler le problème selon la coutume. Nous avons convenu de la limite de chacun. Un accord a donc été trouvé. Mais quelques semaines après, cet accord a été unilatéralement rompu par le chef de Gonaba. Il a en effet envoyé plus d'une trentaine de personnes menacer les habitants du hameau. Ces personnes ont aussi détruit une école. J'ai encore convoqué une autre rencontre pour comprendre. Elle était prévue pour le 22 décembre. Mais le chef de Gonaba est encore passé à l'action le 20, faisant détruire cases et engins des habitants du hameau. Voilà comment la situation se présente. Sinon sur le plan coutumier, la zone de Kounkounfoanou appartient au village de Natiaboani n "

Entretien réalisé par Idrissa Barry
et Germain B. Nama


Les victimes laissées pour compte

"La nuit de la Tabaski (19 décembre), mon mari a dit de fuir avec les enfants. On n'était pas couché d'abord. On venait juste de finir notre repas. Quand on était dans la brousse, mon mari nous a rejoint avec quelques affaires. Il nous les a laissées avant de regagner la maison. Le matin, quand j'ai rejoint la cour avec mes enfants, je ne l'ai pas vu. Quelques instants après, on est venu m'annoncer sa mort. ", déclare Ami Tougma, la femme de Saïdou Noba, tué par les hommes du chef de Gonaba qui pourchassaient les CRS. Dans cette même nuit, hommes, femmes et enfants ont déserté leurs maisons quand ils ont appris ce qui se passait de l'autre côté. Ils étaient persuadés que les hommes du chef de Gonaba viendraient les visiter. Depuis quelques jours, en effet, ils recherchaient 6 hommes qu'ils considèrent comme étant les " meneurs " de la résistance à leur chef. Cette nuit-là, ils sont effectivement venus, rendant Ami veuve et ses 7 enfants orphelins. Ils auraient trouvé son mari dans la maison. Ils l'ont amené à environ 1 km avant de l'abattre. Son corps a été abandonné au bord de la piste. C'est là-bas qu'il repose, à 5 m de la route. Par peur, la veuve a quitté la maison avec ses enfants pour se réfugier dans sa belle famille, 3 km plus loin. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive : " Je ne sais pas pourquoi ils ont tué mon mari. Il ne m'a jamais dit qu'il était mêlé au problème et personne n'était à sa recherche auparavant ", affirme-t-elle, le regard perdu. Elle fixe le ciel comme si elle cherchait des explications qui ne venaient pas. Son dernier enfant qui a moins d'un an se met à pleurer. Le bébé veut téter. Elle lui tend le sein. Deux soeurs du bébé Yacouba sont juste derrière leur mère, écoutant ce qu'elle raconte. Elle leur demande d'aller s'occuper des moutons pour qu'ils ne s'éloignent pas. C'est l'héritage du père qu'ils n'ont plus revu depuis la nuit du 19 décembre. La mère Ami est au bord des larmes. Pour les besoins de l'enquête, elle s'est déplacée une fois à Fada où la gendarmerie l'a entendu. C'était son seul contact avec une autorité. A Fada et à Ouargaye où elle s'est aussi rendue, elle n'a bénéficié d'aucun soutien. Pourtant, son mari a été tué en représailles d'une autre tuerie commise par les forces de l'ordre. D'autres victimes dans la même situation attendent. Une dizaine de familles environ ont déserté le hameau de culture. Certaines ont leurs maisons détruites, d'autres sont parties par peur d'une autre attaque. Elles sont dispersées dans trois villages, Natiaboani, Pendima et Palolpaï. Quelques familles auraient rejoint leur province d'origine, le Kouritenga laissant derrière elles leurs récoltes et des animaux. Les autorités administratives interrogées sur la question invoquent à leur tour la justice. Ce serait à elle de statuer sur ces cas sur la base des plaintes. En attendant, les victimes sont abandonnées à elles-mêmes n

Idrissa Barry

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Janvier 2008