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Dossier : POLITIQUE
Dossier Législatives 2007
la pauvreté fait l'affaire des candidats nantis

 

Tout indique que le parti de Roch Marc Christian Kaboré réalisera au finish un score voisin de celui obtenu en 1992 par l'ODP/MT qui était de 78 sièges sur un total de 107 à pourvoir. Les prévisions en gain de sièges sur la liste nationale donnent au CDP un nombre oscillant en 8 et 10 sièges. Sur cette base, le CDP pourra s'en tirer au moins avec 72 sièges, au plus avec 74. Si l'on considère que l'on est dans un scrutin proportionnel au plus fort reste, qui a vocation à favoriser les petits partis, le score du CDP apparaît dans ces conditions plus que confortable. Les ténors du méga parti l'ont voulu ainsi depuis qu'ils sont revenus sur la liste régionale qui avait permis à l'opposition toutes tendances confondues d'engranger en 2002, 54 sièges. La liste nationale, quant à elle, avait fourni au CDP 11 sièges contre 10 pour l'opposition. En revenant sur le découpage électoral qui avait favorisé une représentation plus large de l'opposition au Parlement, le CDP a voulu mettre fin à une tendance qui pouvait à terme le faire basculer dans l'opposition. En dépit de ces arrangements sécuritaires, le parti-Etat a mobilisé tous ses cadres et Dieu sait qu'il en a, dans notre administration publique, où tout responsable, à quelque niveau qu'il soit, se sent contraint de se sécuriser par une présence ostentatoire dans son terroir d'origine et dans la circonscription électorale de son patron de ministre.
Après ça, si on dit que les moyens n'ont pas compté dans cette compétition, alors, on ne sait plus ce qui peut compter véritablement dans nos contrées africaines où la culture politique n'est rien d'autre qu'exhibition de moyens. Comme on pourra s'en apercevoir dans les propos d'un leader régional du méga parti, nous sommes dans un système de compétition alimentaire bien plus qu'une compétition d'idées. Et dans cette démocratie des pauvres, il faut savoir que le scrutin législatif qui vient de se dérouler aura coûté la bagatelle de 7 milliards de nos francs. Si tant est que les élections coûtent aussi chères, devons-nous prendre le risque de les compromettre par des comportements qui sont de nature à entacher leur intégrité ? Il faut donc que nos hommes politiques arrêtent de recourir à ces pratiques répréhensibles telles ces fraudes qui continuent d'émailler l'organisation de nos scrutins. En agissant ainsi, les hommes politiques se posent en ennemis de la démocratie et de la paix. Comment ne pas le croire quand en plus de cela, certains se singularisent par une absence totale de tolérance, à en juger par leurs invectives et autres menaces terroristes ?

Quand on a choisi d'inscrire l'action politique dans un cadre démocratique, il faut absolument bannir du jeu, la menace et l'intimidation. Manifestement, il ne suffit pas à certains d'en imposer par l'argent et les situations acquises, il faut en plus user de l'argument de la force. Oui, des progrès ont été accomplis sur certains aspects de notre processus démocratique, mais de nombreuses embûches continuent de paver le chemin. La CENI qui a montré qu'elle sait être à la hauteur de la situation quand elle veut (confère la situation à Bobo) doit poser des actes forts pour que naisse et se renforce une culture démocratique véritable. La presse doit aussi s'efforcer d'accomplir son rôle d'accompagnement en refusant de se faire la complice des fossoyeurs patentés de la démocratie. C'est à ce prix que nous pouvons mettre fin aux singeries, pour devenir enfin des citoyens majeurs.


Journée chaude à Ouahigouya
Salif Diallo a juré d'en finir avec l'ADF/RDA

Les élections législatives du 6 Mai 2007 à Ouahigouya se sont déroulées dans des conditions de " ni paix, ni guerre". Des échauffourées ont été constatées dans plusieurs bureaux de vote. La fraude a été vivement dénoncée par tous les 14 partis en compétition. Le duel CDP-ADF/RDA a tenu toutes ses promesses, du moins dans la rue et dans la surenchère verbale.

Les élections législatives dans la province du Yatenga se sont déroulées dans un climat de ni paix, ni guerre. Très tôt le matin du 6 mai 2007, les militants des 14 partis sont sortis nombreux pour exprimer leur vote. Au secteur 2 de Ouahigouya, dans le bureau de vote n°4, le président de l'ADF/RDA, Gilbert Noël Ouédraogo, accompagné de son épouse est venu s'acquitter de son devoir civique. Face à la presse, Gilbert avait des révélations à faire : " Avant les opérations de vote, nous avons constaté que plusieurs cartes circulaient en ville. Si c'était des cartes d'une quantité négligeable, cela n'aurait pas posé problème. Le problème est que ce sont des milliers de cartes." Pour étayer ces propos, il souligne qu'il a eu l'occasion de constater cela de façon personnelle. Il affirme avoir saisi les forces de sécurité pour déterminer le parti politique à l'origine de cette machination électorale. Gilbert n'a pas voulu citer le nom du parti qui est au cœur du vol. Contrairement à l'ADF/RDA, le CDP, par son premier responsable régional, Salif Diallo, n'est pas passé par quatre chemins pour dénoncer ces détracteurs : " Le RDA a fait des tentatives de fraude et nous l'avons signalé à la CENI par voie de correspondance et même à la Gendarmerie. Ils ont même pris certains militants du RDA dans des tentatives de fraude. Le RDA à beau fraudé, la vague des militants du Yatenga est tel que le RDA sera battu. Nous n'avons pas besoin de voler pour battre le RDA. La fraude est une des disciplines du RDA ". Le député Sidiki Belem, premier sur la liste provinciale de l'ADF/ RDA est déçu de l'attitude des agents de sécurité : "Les agents de sécurité légalisent même la fraude, tu as beau voter trois (03) fois, ils ne t'arrêteront jamais ". Selon lui, le CDP a fait venir des militants d'ailleurs pour bourrer les urnes.
Faux, rétorque Yacouba Barry, premier sur la liste provinciale du CDP. Pour ce dernier, cette attitude des politiciens à accuser sans preuve est devenue la mode : "C'est devenu une chanson classique en Afrique. Quand certains partis sentent la défaite, ils crient à la fraude. Pour ceux qui ont une bonne lecture politique du Yatenga, ils savent que le CDP détient la majorité absolue. Il ne suffit pas de crier à la fraude, il faut apporter des preuves. Nous détenons par dévers nous des cartes fraudées par le RDA et des militants embarqués pour le compte de ce parti ".
Certains partis en compétition comme le PDS, le PDP/PS disent être menacés et certains de leurs militants auraient été bastonnés sans pour autant dire quel est le parti qui est au centre de leurs déboires. " Dans notre tournée, nous avons constaté que nos représentants dans les différents bureaux ont été chassés", a soutenu le responsable du PDP/PS, Yassia Ouédraogo. A Youba, une localité située à une dizaine de kilomètres de Ouahigouya, un spectacle désolant a opposé des militants du CDP à ceux de l'ADF/RDA. Il a fallu l'intervention des forces de l'ordre pour ramener la sérénité sur place. Nous avons rencontré le député Sidiki Belem qui est de la localité. Il crie à la fraude orchestrée par le CDP et garde toujours l'espoir de remporter les 3 sièges sur les quatre (04) en compétition. Pour le commissaire régional du CDP, Salif Diallo : " Depuis 1970, le RDA est bâti à Ouahigouya sur la fraude, a grandi dans la fraude et, est en train de mourir dans la fraude ". Avant de conclure que " la fraude au RDA est une dynamique interne ".
Aux environs de 10 heures, dans le bureau de vote n°1 du secteur 7 de Ouahigouya, c'est de justesse que le pire a été évité. Le député Sidiki Belem a sorti son arme pour se défendre : " Je suis arrivé au bureau de vote du secteur n°7 et j'ai voulu savoir comment la désignation de celui qui doit parapher la liste se passe. Le président de bureau n'a pas voulu me recevoir et tenait à me faire quitter la salle. Subitement, des jeunes ont pénétré dans la salle et ont fait violence sur moi. Nous avons eu 2 blessés ce matin et pour éviter le 3ème, j'ai fait sortir mon arme pour me protéger ". L'attitude du député Belem a frustré certains militants du CDP qui cherchaient visiblement à en découdre avec ce dernier. Il a fallu encore l'intervention des CRS pour disperser les mécontents.
Etienne Ouédraogo, premier sur la liste provinciale de l'UNIR/MS, trouve que les élections se sont déroulées apparemment bien : " Nous avons eu vent des réseaux de fraudeurs, le problème est qu'on n'a pas de preuves palpables. Même quand vous arrêtez un fraudeur qui détient des cartes, la sécurité ne semble pas s'y intéresser ".
Pour le Président du MBEJUS, Alexandre Pagomziri Ouédraogo, la fraude a été " homologuée " par les différents partis politiques, notamment l'ADF/RDA et le CDP. Depuis Séguénéga, son département natal, il a signalé des cas de fraude.

Gilbert Ouédraogo, l'air très inquiet
Dans la commune de Ouahigouya, nous avons pu voir des bulletins de naissance visiblement suspects. A titre d'exemple, sur un bulletin de naissance N°603 appartenant à un certain Traoré Soumaïla, né le 08/12/1982 dans la province de la Cascade ( à notre avis, Cascade est loin d'être une province) et signé par Issa Tamboura Tall, instituteur certifié. D'autres cas ont été décelés. Le 07 mai à 10 heures, le CDP/Yatenga rencontre la presse au siège du parti pour proclamer sa victoire " Nous sommes satisfaits des résultats provisoires des élections législatives qui donnent trois sièges au CDP et un à l'ADF/RDA. Une victoire qui consolide la position du parti dans la province", a martélé le directeur provincial de la campagne du CDP, Aboubacar Savadogo. Les responsables du CDP qui étaient présents à la rencontre ont vivement dénoncé les fraudes orchestrées, selon eux, par l'ADF/RDA. Pour attester leurs propos, ces derniers ont brandi des cartes électorales et des faux bulletins de naissance " retirés entre les mains des militants ADF/RDA ". "Le RDA est fini au Yatenga ; les funérailles ont été célébrées au soir du 06 mai ", a clamé le leader régional du CDP, Salif Diallo.
A 14 heures, le Mouvement burkinabè pour l'émergence et la justice sociale (MBEJUS) a tenu également une conférence de presse. Le premier responsable du mouvement, Alexandre Pagomziri Ouédraogo, donne sa lecture : "Nous avons constaté que dans tous les bureaux de vote, les représentants des partis politiques étaient presque inexistants. Seuls le RDA, le CDP, l'UNIR/MS, le PDS avaient des représentants. La présence de jeunes hommes buveurs de thé, les groupes de jeunes sur des grosses motos dans les différents bureaux de vote, des bulletins de naissance tous neufs établis pour la circonstance, ont été constatés ". Malgré ces anomalies, le MBEJUS par son premier responsable demande à la CENI d'homologuer les résultats des urnes à Ouahigouya. A 16 heures, c'est l'ADF/RDA qui réplique. Le député Sidiki Belem martèle " Chez moi à Youba, 400 cartes électorales ont été fraudées. Des bulletins de naissance ont été délivrés la veille des élections. Le CDP a tenu un meeting à Gourga le 05 mai 2007, ce qui est interdit. Des militants sont venus du Sourou voter pour le CDP. "
Le président d'honneur à vie du " parti de l'éléphant ", Gérard Kango Ouédraogo, avait du mal à s'expliquer : "Depuis 1946, je n'ai jamais vu cette nouvelle race qui vole à ciel ouvert. J'ai honte pour ce mandat. Cela ne fait pas honneur au Burkina Faso. "
Les responsables du RDA vont plus loin en demandant l'annulation et la reprise des élections. Ce qui est sûr, le CDP et l'ADF/RDA détenaient par devers eux des cartes électorales. Seulement, chaque parti avait son objectif. Sur les cas de fraude, aucun de ces partis ne pourra nier n

Martin Luther (collaborateur)



CDP/Houet
L'échec d'une stratégie revancharde

Thomas Sanou, tête de liste CDP dans le Houet

La pilule est très amère pour le CDP. Les responsables du parti au pouvoir, réunis en conclave au siège régional à Bobo étaient loin de penser à une telle piètre performance en ce lendemain de scrutin. Trois sièges pour le CDP contre trois pour les autres. Ce scénario que le CDP se refusait à imaginer était pourtant dans l'air.

A la CEPI (Commission électorale provinciale indépendante) où nous faisions le pied de grue, les résultats de l'arrondissement de Dafra étaient toujours attendus. Ceux-ci pouvaient en effet changer la donne dans un sens ou dans l'autre, non seulement en raison de la taille de la circonscription électorale, (c'est la plus grande en nombre d'électeurs) mais surtout parce que tous les grands soupçons de fraudes massives pesaient sur elle. Les choses allaient donc, pensait-on, se jouer là-bas. Au siège de campagne du CDP pourtant, entre ordinateurs et calculettes, les responsables du parti affichaient une certaine sérénité. Difficile de savoir si elle était réelle ou feinte. La réalité des chiffres qui tombaient à la CENI n'autorisait pas une telle autosatisfaction, avons-nous fait remarquer, nous appuyant sur le fait que le troisième fauteuil ne semblait pas encore définitivement acquis pour le CDP. Moussa Ouattara, ancien recteur de l'université de Bobo, nous rassure : " Nous sommes plus outillés que la CEPI ". Il ne se risque pas cependant à aller plus loin. Plus outillés ou pas, les choses sont désormais claires, le CDP n'aura pas plus des trois sièges. Il faudra maintenant commencer à tirer les leçons de ce qui s'apparente à une déconfiture face à des adversaires qui, en raison de leur émiettement, n'avaient pas les meilleurs atouts au départ.

Le recours
aux fausses recettes

Tout le monde connaît le problème. La solution est également connue. Mais on continue à chercher, à l'image de l'autruche qui se refuse à voir les choses en face et à les affronter. La défaite actuelle du CDP n'est en fait que la suite logique du constat que faisait Thomas Sanou, chef de file des candidats CDP et commissaire régional du CDP : les jeunes à Bobo, disait-il, ne veulent plus qu'on les associe au thé. Quand vous leur apportez le thé, ils n'en veulent plus. Ils veulent du concret. La campagne a été difficile parce que l'argent, le nerf de la guerre, a manqué. Or les jeunes veulent de l'argent et des gadgets. Si vous leur donnez des gadgets des campagnes passées, ils exigent des gadgets actualisés et conformes. Ce qui est plus sérieux, c'est qu'il n'est plus possible de compter sur eux sans une contrepartie. Mais il n' y a pas d'argent pour répondre aux exigences des jeunes. Constat lucide d'un homme politique qui ne va cependant pas plus loin pour situer les responsabilités. En fait, ce qui se dit à Bobo et que tout le monde sait, c'est que les hommes politiques locaux n'apportent rien ni pour leur région ni pour les jeunes. Ils n'ont d'yeux que pour leurs intérêts personnels. La plupart sont sur la scène politique depuis plus de 20 ans et la seule perspective qu'ils offrent aux jeunes, c'est de jouer les matadors pour leur garantir des mandats électoraux. C'est donc un début de prise de conscience au niveau des jeunes, mais visiblement l'état de pauvreté de certains ne leur laisse pas d'autre choix que d'accepter ce qu'on leur propose. Le 6 mai dernier, nombre d'entre eux n'ont pas hésité à jouer les mercenaires électoraux.

Le printemps des mercenaires électoraux

Celestin Koussoubè, l'ex-maire CDP siègera sous la bannière ADF/RDA

L'arrondissement de Dafra semble avoir été l'épicentre de l'organisation de la fraude dans le Houet. Très probablement, les autres n'ont pas été en reste, mais c'est à Dafra que les choses ont été si criardes qu'elles ont entraîné de nombreux incidents. C'est bien connu, la liste électorale est le maillon névralgique du dispositif électoral. La bonne connaissance de celle-ci permet d'envisager les scénarii possibles de fraude. La CENI avait décidé que cette année, les cartes non distribuées devaient être récupérées à la date du 3 mai, fin officielle des distributions, pour être retournées sous scellé.
Mais certains ont compris que ces cartes pouvaient faire leur affaire et ont donc entrepris de se les approprier. C'est apparemment le cas pour Madame Ziba, première adjointe du maire de Dafra qui se retrouve au centre d'un contentieux de 331 cartes achetées à de jeunes distributeurs. L'affaire qui est actuellement instruite auprès de la gendarmerie de Bobo ainsi que d'autres du même genre permettront d'en savoir plus.
On peut se demander à quoi peut servir ces cartes achetées ? Le procédé est ingénieux. Il suffit de trouver des volontaires prêts à se présenter devant les bureaux de vote indiqués sur les cartes avec un extrait de naissance et on peut voter. Impossible de vérifier la véritable identité de l'électeur sur un extrait de naissance puisque c'est un document sans photo. Pour que le manège prenne, il suffit de se faire des alliés dans les bureaux de vote, ce qui apparemment n'a pas semblé poser de problèmes. Les choses ont mal tourné cependant, parce qu'en face, il y avait un certain Célestin Koussoubé, ancien maire de Konsa et de la ville de Bobo-Dioulasso. Il n'y a pas de secret pour cet ancien responsable local du CDP passé à l'ADF/RDA. Avec ses hommes, ils ont traqué les fraudeurs et instauré un climat de menace et de peur qui, de l'avis de nombre d'observateurs, a quelque peu contribué à atténuer l'ampleur de la fraude. Mais l'atout majeur dans cette relative résistance à la fraude, c'est la collaboration entre la gendarmerie qui a bien joué le jeu de la dissuasion et la CEPI qui a pris toutes ses responsabilités. On peut entre autres retenir les mesures conservatoires qui ont consisté à procéder au remplacement des présidents des bureaux de vote sur lesquels pesaient des soupçons de complicité avec les fraudeurs. Le résultat s'est traduit par des dizaines de personnes interpellées par la gendarmerie et l'accumulation de charges contre l'administration de la mairie de l'arrondissement de Dafra : tous les extraits de naissance saisis avaient en effet été fraîchement établis et signés par la même personne, la dame Ziba. Dans la précipitation, certains étaient datés de décembre 2007 ! On y a relevé d'autre part un problème de concordance entre les dates de naissance portées sur les cartes d'électeurs et celles sur les extraits de naissance qui allaient avec. On peut aussi noter que ces opérations avaient un caractère organisé puisque tous ces fraudeurs ou présumés tels étaient convoyés dans des véhicules affrétés par les mêmes personnes. Une dame visiblement effrayée par la tournure des événements tente de se justifier : " J'ai dit à madame Ziba que je n'étais pas inscrite là où elle me faisait transporter mais elle a dit que c'est pas grave. " Face à cette rafle de documents électoraux frauduleux par des éléments de la sécurité, la candidate Diané tentait de sauver les meubles. Elle expliquait en effet à des superviseurs intrigués par une telle concentration d'électeurs visiblement étrangers à la commune, que ce sont des personnes venues la soutenir. Mais pourquoi se donner une telle peine, puisque la circonscription électorale s'étend à toute la province, lui a-t-on fait remarquer ! Le ministre Soungalo Ouattara, 4è titulaire sur la liste CDP, ne pouvait cacher sa fébrilité devant un agent de la CENI présent dans un bureau de vote où des documents suspects avaient été signalés : " Je suis ministre de mon Etat ", a-t-il martelé, espérant produire un effet d'autorité. Peine perdue ! L'agent de la CEPI présent sur les lieux ne s'est pas laissé démonter pour si peu. Enfin, dans une ville comme Bobo, on peut à juste titre s'étonner qu'une telle quantité d'extraits de naissance soient utilisés en lieu et place de cartes d'identité. De telles choses se voient plutôt à la campagne ! Alors, quelle est l'ampleur réelle de la fraude ? Difficile de le savoir. Raison pour laquelle malgré les importants succès enregistrés à Dafra dans le démantèlement de la fraude, Célestin Koussoubé demeurait sceptique : " Il y a trop de fraude. Il y a certes ce que nous avons pu empêcher, mais il y a aussi ce que nous avons vu et que nous n'avons pas pu empêcher et ce que nous n'avons pas vu et que nous croyons plus important ". L'homme sait de quoi il parle pour avoir séjourné dans la même mare. D'ailleurs, un de ses lieutenants nous a confié comment au niveau du CDP dont il était un des responsables d'arrondissement, la fraude était conçue et mise en œuvre : " C'est un job dont s'occupait une commission entière. " Les administrations communales apparaissent comme les véritables bastions de l'organisation de la fraude. Mais il se trouve que ce sont ceux qui ne sont plus aux affaires et qui avaient contribué à monter cette redoutable machine de guerre électorale qui en font aujourd'hui les frais.

L'échec
de la stratégie du CDP

Si le CDP a subi une défaite électorale, c'est moins par son score de 3 contre 3, que par le fait de n'avoir pas pu empêcher l'élection de Célestin Koussoubé. Nombre d'observateurs estiment que les hauts responsables locaux du CDP vouent une telle haine à l'ancien maire de Bobo que cela annihile toutes les énergies qui auraient dû être consacrées au développement de la région. Dans ces conditions, Bobo semble condamné à un sombre avenir, car Koussoubé est plus que jamais de retour. A voir comment il défiait le CDP le jour du scrutin, en se posant comme le champion de la résistance à la fraude électorale, il faut croire qu'il ne manquera pas de se faire plaisir en ne quittant pas des yeux de ceux qui ne voulaient plus le voir. A moins que toute la classe politique ne comprenne la vanité de ces rivalités et fasse le sursaut nécessaire qui pourrait les sauver. Car à la vérité, ce petit jeu de grands intéresse peu les Bobolais. Mais n'est-il pas trop tard ? Beaucoup le croient. Ce qui est en cause, c'est cette incapacité congénitale qui caractérise les dirigeants à transcender les intérêts personnels et égoïstes. On dit là-bas que même Soungalo Ouattara, ministre chargé des Collectivités décentralisées serait victime de cet égocentrisme politique des caciques. Ils ont tellement verrouillé le système que toute promotion des jeunes semble compromise. A la quatrième place sur la liste provinciale, l'élection de Soungalo était loin d'être acquise d'avance. Beaucoup ont vu dans ce mauvais classement, une volonté délibérée d'écarter ce jeune qui se trouve dans une posture de challenger dans la perspective d'un renouveau de la classe politique locale. Ce dernier qui semble avoir compris le jeu a jeté toutes ses forces dans la bataille. Il a eu raison de le faire parce que c'était la seule manière de rehausser sa côte à la bourse des valeurs politiques locales. Il n'a pas réussi à se faire élire certes, mais les observateurs notent qu'il s'est forgé un crédit et a construit des liens qui compteront à l'avenir. Mais à l'exemple de Sarkozy et de Ségolène en France, il devra désormais ferrailler dur contre son entourage immédiat.




 





© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 Mai 2007