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Dossier
: Norbert Zongo
L'Evénement
condamné
. Et Pourtant
comme avait dit Galilée

Françaois Compaoré
L'acte 1 de la pièce est joué.
L'Evénement, comme on pouvait s'y attendre, a été
condamné. Il a immédiatement interjeté
appel. Nous ne nous faisons pas beaucoup d'illusions, mais en
même temps, il nous semble que c'est de notre devoir de
citoyens d'éprouver les institutions de la République.
Pour le moment, nous tirons les leçons de ce premier
acte. Dans le dossier Norbert Zongo, c'est un autre acte qui
vient de se jouer. Le verdict qui nous condamne nous impose
en même temps de reconnaître qu'il n'est plus possible
de continuer de suspecter François Compaoré. Le
non-lieu de juillet dernier vaut en même temps disculpation
de François Compaoré et tous les autres anciennement
suspectés dans le dossier. Chacun de ces anciens suspectés
est fondé à présent à poursuivre
tout journaliste qui ferait une allégation à leur
suspicion. Après avoir clos le dossier judiciairement,
la justice, par ce verdict, veut maintenant le clore aussi dans
la presse.
Incontestablement, ça promet donc !
Pour L'Evénement particulièrement, deux sursis
pendent comme des épées de Damoclès sur
sa tête. Le premier sursis, c'est celui de l'emprisonnement
de ses premiers responsables. La peine de prison est suspendue
sur leur tête et il est peu sûr qu'ils y échappent.
Le deuxième sursis, c'est celui de la menace d'interdiction
de paraître. Le procureur sait bien pourquoi il l'a requis.
Donc, deux chiffons rouges pour bien montrer que la justice
ne tolérera plus que l'on continue dans le journal à
suspecter François Compaoré comme pouvant être
un présumé commanditaire de l'assassinat de Norbert
Zongo. Or, est-il possible à l'heure actuelle, malgré
ce verdict, de considérer que François Compaoré
est hors de tout soupçon ? A L'Evénement, et en
raison des derniers développements, nous pensons que
plus que jamais, François Compaoré est au cur
du dossier Norbert Zongo. A moins que la justice, avec diligence,
ne fasse effectivement son travail. Or, pour ceux qui ont suivi
le procès, on l'a sentie extrêmement allergique
à ce sujet. Le président du tribunal qui nous
jugeait justement pour nos écrits dans l'affaire Norbert
Zongo ne voulait rien entendre en rapport avec ce dossier. Le
procureur est venu à sa rescousse en confirmant ce que
tout le monde savait, mais que seul le parquet niait jusqu'à
présent : " le dossier Norbert Zongo est clos
".
Dans ces conditions, il faut craindre pour l'avenir de L'Evénement
et de ses animateurs
L'Evénement condamné
pour diffamation

Un franc symbolique à payer
par L'Evénement à François Compaoré.
Deux mois de prison avec sursis et 300 000 f cfa d'amende pour
chacun des deux journalistes condamnés. Reportage
Lundi 22 janvier 2007, il est 20h 57. Dans le procès
intenté par François Compaoré contre L'Evénement,
Seydou Millogo, président du Tribunal, a requis 2 mois
de prison avec sursis et 600 000 f cfa d'amende contre Germain
Bitiou Nama et Newton Ahmed Barry. Le journal devra publier
le verdict dans L'Observateur paalga, Le Pays et Sidwaya. Le
frère cadet du président Blaise Compaoré
reproche aux journalistes d'avoir attenté à son
honneur et à sa dignité. Le dossier mis en cause
est intitulé " Affaire Norbert Zongo. Ainsi donc,
c'est lui. Jusqu'à présent, on pensait à
lui sans oser le nommer, RSF vient de franchir le pas ".
Le procès du 8 janvier a été reporté
au 22 janvier. La raison ? Le Tribunal avait évoqué
la non disposition de l'original de l'article incriminé.
15h05mn. Le palais de Justice est archicomble. Des journalistes,
des étudiants et des anonymes occupent les différents
sièges.
Les avocats de la défense sont Me Bénéwendé
Sankara, Prospère Farama et Julien Lalogo. La partie
civile, François Compaoré est défendu par
les avocats Mamadou Ouattara et Abdoul Ouédraogo.
15h 20 mn. Début des débats. La défense
veut connaître la réponse du Tribunal concernant
sa requête demandant la présence physique de François
Compaoré. Cette présence permettra, selon elle,
une discussion contradictoire. La partie civile, le président
du Tribunal, Seydou Millogo, le procureur du Faso, Adama Sagnon,
affirment qu'il n'est nullement besoin de François Compaoré
pour un tel débat. Pour le président de séance,
Seydou Millogo, les avocats représentent valablement
François Compaoré. En définitive, il rejette
la sollicitation de la défense.
La défense se soumet donc à la décision
du Tribunal. Elle assure maîtriser les contours de son
dossier. Le public l'acclame. Adama Sagnon menace d'évacuer
la salle. Seydou Millogo met en garde le public : "ce n'est
pas une assemblée générale ni un meeting.
Pour la sérénité des débats, je
vous demande de suivre calmement". Les discussions reprennent.
La défense invoque trois exceptions. Pour Me Lalogo,
le Tribunal doit surseoir à statuer sur le procès
en cours.
Les exceptions
De nouveaux éléments pouvant permettre de faire
ressurgir l'affaire. Cette affaire est loin d'être close
même si le principal inculpé, Marcel Kafando, a
bénéficié d'un non-lieu en juillet 2006.
Ainsi condamner des individus serait préjudiciable. "On
ne peut pas surseoir pendant 10 ans alors que des gens continuent
à diffamer", retorque Adama Sagnon. Puis de marteler
: "L'affaire Norbert Zongo est clôturée".
Deuxième exception : Me Farama table sur l'irrégularité
de la citation à comparaître de Newton Ahmed Barry.
Le siège du journal a été considéré
par le huissier comme le domicile du journaliste. Or, celui-ci
possède un domicile. Par conséquent, l'acte n'a
pas été reçu par ce dernier. Troisième
exception : l'acte de citation reçu par les prévenus
et leurs avocats est différent de celui du Tribunal.
Sur la base de ces faits, Me Farama exige l'annulation de l'acte
de citation. Selon lui, "il n'a pas été fait
selon les règles de l'art". Concernant les deux
dernières exceptions, la partie civile déclare
que Newton Ahmed Barry est bel et bien présent au Tribunal.
Le procès ayant commencé, Il ne peut se rétracter
même s'il n'a pas reçu l'acte de citation.
"On sent une mauvaise foi manifeste de la défense",
s'écrie, Adama Sagnon, procureur du Faso face aux exceptions
soulévées par les conseils de L'Evénement.
Poursuivant dans les invectives, il avance que ce réquisitoire
de la défense n'est " que du verbiage ". Et
Seydou Millogo de rejeter les requêtes.
16h 15 mn. Il aborde alors les questions de fond. "Quand
vous écrivez, Affaire Norbert Zongo; ainsi donc, c'est
lui. Que voulez-vous dire ?". Germain Bitiou Nama et Newton
Ahmed Barry assurent ne pas comprendre la question. Pour plus
de clarté, il sollicite la présence de François
Compaoré. Il aurait pu donner sa compréhension.
Les deux journalistes demandent donc à la partie civile
d'être plus explicite en leur montrant en quoi "
Ainsi donc, c'est lui " est diffamatoire. Cette explication
leur permettrait de mieux s'expliquer parce qu'ils assument
pleinement leurs articles et n'ont pas l'intention de se dédire.
Embarras de la partie civile. Seydou Millogo et Adama Sagnon
s'offusquent.
"On parle français là", lance Adama
Sagnon aux prévenus. Il exige une réponse. Les
avocats de la défense demandent en vain la parole. Me
Sankara lève le doigt et lance avec insistance au Tribunal
: "Nous voulons parler à nos clients". Les
trois avocats de la défense se rapprochent donc de leurs
clients. "Vous êtes debout comme si vous voulez bondir
sur quelqu'un ", note le président, l'air gêné.
"En effet, nous assistons nos clients", répond
Me Sankara. Néanmoins, les journalistes affirment qu'ils
écrivent avec constance et continuité depuis huit
ans sur l'affaire David Ouédraogo et Norbert Zongo...
L'Affaire Norbert Zongo,
sujet tabou
Seydou Millogo interdit l'évocation de ces deux affaires.
Le public gronde. Le président du Tribunal menace d'évacuer
la salle. Il invite les mécontents à manifester
leur sentiment sur le toit du palais. Il demande au procureur
de prendre toutes les dispositions utiles afin d'interpeller
d'éventuels contrevenants. A ces mots, un garde de sécurité
pénitentiaire quitte le fond de la salle. Il rejoint
son collègue assis devant, près du Tribunal. Il
récupère une menotte et sa clé. Le garde
assis tient fermement sa kalachnikov. Il a le regard inquisiteur.
La bouche pincée, le buste droit, il attend un signal.
L'atmosphère est chaude. L'on met en marche les brasseurs
d'air. Les débats reprennent.
"Lorsqu'on vous accuse gratuitement d'avoir assassiné
quelqu'un, ne pensez-vous pas que cela porte atteinte à
votre honneur ?", interroge la partie civile. Les journalistes
demandent le conseil de leurs avocats. Le président s'étonne
de leur sollicitation. " Ils sont à côté
de vous. Vous ne les voyez pas ? " questionne-t-il. Me
Sankara et Farama réitèrent la demande. Seydou
Millogo, vu l'insistance, consent à une suspension d'une
minute.
A la reprise, les journalistes déclarent assumer la responsabilité
de leurs écrits. Seydou Millogo, président du
Tribunal, les charge à nouveau : " Si demain, vous
achetez un journal et vous voyez votre photo, et l'on vous traite
de menteur, quelle sera votre réaction ?"
Un homme de loi s'indigne : "Le président prend
partie pour la partie civile. Or, il ne doit pas le faire. Son
rôle, c'est être impartial ". Pour Newton Ahmed
Barry, L'Evénement est un bimensuel qui travaille à
rendre intelligible et accessible les informations. Il fait
des analyses. Ainsi, le communiqué de Reporters sans
frontières (RSF) sur les nouvelles charges dans l'affaire
Norbert Zongo a servi de sources. "On s'en fou de RSF.
En attendant, c'est vous qui êtes à la barre. Répondez
à la question", s'égosille Adama Sagnon.
Puis de tancer les deux journalistes. "Répondez
par oui ou par non si, selon vous, François Compaoré
est le commanditaire de l'assassinat de Norbert Zongo".
"Est ce que le procureur veut bien comprendre ce que c'est
qu'un commentaire de texte ", signifie Germain Nama. Newton
Ahmed Barry explique que les documents de la Commission d'enquête
indépendante et les déclarations de RSF citent
François Compaoré comme un suspect sérieux.
Adama Sagnon interrompt le journaliste. Il veut l'obliger à
répondre par Oui ou par Non. Mais, le journaliste continue
son explication. Adama Sagnon, noir de colère, brusquement
l'arrête. "De toute façon, nous avons la réponse".
Le rédacteur en chef de L'Evénement lui demande
de ne pas le menacer. "C'est mon rôle de menacer",
rétorque Adama Sagnon. Et le substitut du procureur d'avancer
que "Le ministère public est là pour trouver
des charges et non pour vous ménager. La liberté
de presse n'est pas la liberté de l'ivresse".
Une justice partiale
Assise, aux premières loges, une jeune étudiante
a la main sous son menton. Elle suit fixement les débats.
Soudain, elle s'exclame. "Je comprends maintenant pourquoi
certaines personnes font des attentats. A travers ses propos,
Adama Sagnon ne joue plus le rôle du ministère
public. Il nous dit "C'est moi Adama Sagnon. Je fais ce
que je veux. De toute façon, vous ne pouvez rien contre
moi. " Là, il oublie que la loi ne se confond pas
à sa personne ".
19h53mn. C'est la plaidoirie. La partie civile exige un franc
symbolique. Elle laisse la latitude au Tribunal de condamner
et d'amender à sa guise les deux journalistes. A la fin
du réquisitoire de la partie civile, une personne applaudit.
Le public, comme un seul être, la cherche du regard. L'intéressé
s'interrompt et ne se manifeste plus. Le ministère public,
par la voix de Adama Sagnon, exige 3 mois d'emprisonnement avec
sursis à l'encontre de Germain Bitiou Nama et de Newton
Ahmed Barry et 6 mois de suspension du journal.
Le trio d'avocats de la défense demande la relaxe pure
et simple de leurs clients. Les journalistes font leur métier.
Ils écrivent pour informer. Leurs écrits ne sont
nullement dans l'intention de nuire.
"La presse est libre quand elle chante les louanges du
prince. Mais, elle devient diffamatoire quand elle s'intéresse
à certains dossiers. Si dans l'affaire David Ouédraogo,
on avait respecté la présomption d'innocence,
on n'en serait pas là aujourd'hui. Tant que les hommes
seront vivants, ils émettront leur pensée, leurs
opinions", conclut Me Farama n
Ramata.sore@gmail.com
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'Pourquoi
avons-nous été condamnés ?
Par Newton Ahmed Barry
La question
n'a pu trouver de réponse au procès. Et
puis, est-ce que c'était vraiment cela l'intention
du tribunal ? Il fallait nous condamner et nous l'avons
été. Mais est-ce pour autant que la question
de fond a été vidée ? Non, évidemment
! Puisque la présomption de culpabilité
de François Compaoré reste posée
dans le dossier Norbert Zongo.
Nous avons eu le sentiment que
nous devions nous battre contre trois adversaires à
ce procès. Il y avait naturellement la partie civile
qui nous attrayait devant le tribunal. Pour elle, nous
savions que nous devions croiser le fer et nous expliquer.
Il y avait ensuite le parquet, dont nous nous doutions
qu'il n'allait pas nous faire de cadeau, pour la simple
et belle raison que le parquet nous a à l'il
depuis quelques années maintenant. Ne sommes-nous
pas le journal qui, il y a quelques années, a mis
à nu " les petites escroqueries " du
parquet et notamment la fameuse affaire des " Pop
Corn ", dans laquelle le procureur du Faso actuel,
Adama Sagnon, celui-là même qui nous jugeait,
avait instruit son substitut de rentrer en contact avec
les protagonistes de l'affaire et de proposer de l'étouffer
contre le versement de la somme de 500 000 F CFA. Voilà
ce que nous écrivions précisément
: "
une autre histoire, toujours au TGI de
Ouagadougou, qui implique cette fois le parquet. Une affaire
de " Pop Corn " dans une transaction à
trois, pour une rondelette somme de 11 millions de francs
cfa. L'affaire est portée devant le parquet. Elle
n'ira pas plus loin. Le procureur instruit le substitut
de rentrer en contact avec deux des protagonistes avec
la consigne de se faire payer la somme de 500 000 f cfa.
Le substitut s'y rend, mais au lieu de 500 000 f cfa,
il exige des parties un million. Devant son intransigeance,
les pauvres n'ont eu d'autres choix que de payer. Le substitut
a prélevé ce qui lui revient et est allé
remettre la commission du procureur en prenant soin de
bien garder avec lui le petit papier qui contient les
instructions du procureur. On ne sait jamais
".
Suite à ces écrits, une commission est mise
en place par le Conseil supérieur de la magistrature.
Les résultats de la commission confirment point
par point ce que nous avions écrit. Depuis lors,
nous étions dans le collimateur du parquet. Ce
22 janvier, l'occasion lui était donnée
de se faire justice. En allant à ce procès,
nous nous étions préparés. En revanche,
nous ne savions pas que nous devions nous battre aussi
contre le tribunal, dont le président, avant même
de nous juger, s'était fait son intime conviction.
Quoique nous fassions, nous étions coupables. Le
président Millogo était venu pour nous condamner
et non pour nous écouter, allant jusqu'à
nous refuser le minimum dans une procédure judiciaire,
c'est-à-dire, notre droit de nous concerter avec
nos avocats. Ensuite, il fixe bien les balises du procès.
Il ne veut pas entendre parler de l'affaire Norbert Zongo.
Et pourtant, c'est dans le traitement de cette affaire
suite à la requête de Reporters sans Frontières
(RSF), que François Compaoré s'est senti
diffamé. Alors, sur quoi voulait-il bien nous juger
le Millogo ? Sur le sexe des anges et sur François
Compaoré sans le nommer ? Parfaitement, puisqu'il
s'est montré intraitable. Pas même dans nos
mémoires en défense, il n'a autorisé
que l'on évoque l'affaire Norbert Zongo. Dans une
des exceptions, un de nos conseils, Maître Lallogo,
fait remarquer au tribunal qu'en ce qui concerne le présent
procès, il y a un malaise, puisque la procédure
dans l'affaire Norbert Zongo suit son cours et il est
évidemment difficile de trancher définitivement
sur des questions de culpabilité. Le tribunal peut-il
raisonnablement décréter que nous avons
diffamé François Compaoré, en le
désignant comme suspect dans l'affaire Norbert
Zongo, alors que la procédure est même susceptible
de le retenir comme prévenu et le jugement à
venir le retenir comme coupable ? A l'heure actuelle,
comme qui dirait, toutes les options sont ouvertes. Et
raisonnablement, un tribunal ne peut trancher sans tomber
dans le travers des inquisiteurs de Galilée. En
son temps, ce personnage historique qui avait affirmé
que la terre tournait, contre la doctrine de l'Eglise
qui imposait le contraire, s'était vu condamné
à mort. A l'intention de ses bourreaux qui le conduisaient
à la potence, il a eu cette phrase restée
célèbre "
Et pourtant, elle tourne
". Depuis, personne ne doute que la terre tourne.
Plus près de nous, au Niger, notre confrère
du journal Le Républicain, Mahamane Abou,.a été
condamné pour avoir dit que des ministres avaient
détourné. Il a pour cela purgé d'une
peine de prison. Quelques temps après, les ministres
qu'il avait mis en cause sont reconnus coupables et écroués.
Pour toutes ces raisons, dans une affaire en cours, la
prudence ne recommande-t-elle pas à un juge en
conscience avec son serment de se réserver de trancher
? Surtout qu'en l'espèce, il y a même du
nouveau avec l'interview de Moïse Ouédraogo,
qui montre clairement que François Compaoré
l'a soudoyé pour qu'il mente ( L'Evénement
n° 107). Les réactions des personnes citées
par le même Moïse Ouédraogo confirment
pour l'essentiel qu'il y a eu une intention de dévoyer
la vérité. Pour cette raison, le parquet
a commencé les auditions et on ne peut pas préjuger
de sa décision. Et même si le parquet décidait
qu'il n'y avait rien de nouveau, le dossier reste toujours
pendant. Car un non-lieu n'est pas un jugement, c'est
un acte dans la procédure.
Il a plu donc au tribunal de nous condamner. Mais comme
Galilée, nous sommes persuadés, en raison
des éléments actuellement en notre possession,
que " Et pourtant, ça peut être lui
! ". Il appartient à la justice de nous faire
mentir. Pas en nous condamnant, mais en faisant son travail.
Or dans cette affaire Norbert Zongo, nous n'avons eu cesse
de l'écrire, le sentiment dominant est que le parquet
se satisfait du " non-lieu " au lieu de rétablir
la société dans ses droits. Au parquet,
on cherche plus promptement les éléments
qui renforcent le non-lieu plutôt que ceux qui pourraient
aller dans le sens de l'ouverture du dossier. Du reste,
nous l'avions déjà dit : " Il n'y a
pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre ".
Ce procès ne nous a pas démenti. Bien au
contraire
Le
dossier Norbert Zongo est-il clos ?
Le procureur Adama Sagnon se reprenant
par deux fois a déclaré, avec la fougue
qu'on lui connaît, que le dossier Norbert Zongo
était clos. Effectivement, depuis le 18 juillet
2006, c'est ce que nous n'avions cesse de dire. Parce
que le non-lieu est un acte de clôture. C'est le
parquet qui s'évertuait à soutenir le contraire.
Si ce procès contre L'Evénement a été
utile en quelque chose, c'est au moins d'avoir contraint
le procureur à dire clairement les choses. Le dossier
Norbert Zongo est bel et bien clos depuis le 18 juillet
2006. C'est d'ailleurs en vertu de cela que le procès
contre notre journal a pu être intenté. Maintenant
que le dossier est clos et l'instruction déclarée
infructueuse, il est intimé l'ordre à la
presse de cesser de parler de la présomption de
culpabilité de François Compaoré.
Une sommation inacceptable.
NAB
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François doit arrêter
de trop tirer sur la corde raide
Deux mois de prison avec sursis, 600 000 FCFA d'amende assortis
de l'obligation d'assurer la publication de la grosse dans trois
journaux de la place ainsi que dans L'Evénement. Telle
est la sentence dans l'affaire de la plainte en diffamation
de François Compaoré. Un tournant dans l'affaire
Norbert Zongo.
Par le biais de ses prêtes noms habituels, François
Compaoré avait annoncé par anticipation les couleurs
du procès : " laisser cette galaxie continuer impunément
son travail de sape des institutions républicaines avec
la complicité d'une certaine presse ne pouvait que s'apparenter
à de la faiblesse, voire à de la démission.
Ne cultivant à notre connaissance aucune de ces "
vertus ", François Compaoré a donc demandé
à la justice de laver son honneur bafoué et rien
que (
) Nul et surtout pas les journalistes " éducateurs
du peuple " par excellence n'est au-dessus de la loi, laquelle
devra être dite dans toute sa rigueur pour éviter
des dérapages encore plus grands. Prévenir vaut
mieux que guérir, surtout lorsque c'est la survie de
la République qui est en jeu. " Ainsi s'exprimaient-ils
dans L'Opinion n°484 du 17 au 23 janvier 2007. L'enjeu était
donc tel que l'affaire convoquée une première
fois le 8 janvier fut renvoyée au 22 janvier. Un délai
qui devait permettre, affirment des sources introduites, d'instruire
les " juges acquis " dans le sens d'un procès
exemplaire. On aura donc compris que L'Evénement a été
condamné pour l'exemple dans un dossier que le procureur
tenait pour clôturé depuis le fameux non-lieu décidé
le 18 juillet 2006. Adama Sagnon lui-même, à la
tête du ministère public, l'a fait savoir : seul
le procureur du Faso peut décider de la réouverture
du dossier. Un rappel qui tombe à un moment où
les langues commencent à se délier à propos
dudit dossier. Dans L'Evénement du 10 janvier, en effet,
nous avions publié l'interview de Moïse Ouédraogo,
petit frère de David, que François Compaoré
avait retourné contre sa famille dans sa tentative d'empêcher
celle-ci de déposer plainte. La mise au point du procureur
vient donc signifier à ceux qui ne l'auraient pas compris
qu'il n'a nullement l'intention de se laisser déborder.
Moïse qui a demandé à être entendu
par le procureur du Faso depuis le 4 janvier n'a été
reçu que le 18, soit 14 jours après. Quel empressement
! Pas surprenant que l'on mette aussi du temps à explorer
les pistes qui se dégagent de ces nouvelles révélations.
En tout état de cause, le procureur Sagnon semble avoir
d'autres soucis plus pressants : trouver les moyens de faire
taire les journalistes impertinents qui aiment à fourrer
le nez dans les " affaires délicates ". Six
mois de suspension, c'est en effet assez pour ruiner durablement
un canard quand on connaît les conditions d'existence
déjà difficiles des titres. Et si par extraordinaire,
ces derniers parvenaient à exister, la peine avec sursis
est aussi là comme une épée de Damoclès
pour les obliger à tenir le langage policé qu'ils
souhaitent. Le tribunal ne l'a certes pas suivi à la
lettre, mais en frappant le journal de sanctions pécuniaires,
il rejoint le procureur au niveau du résultat escompté.
L'argent est bien le nerf de la guerre, mais il se trouve qu'il
est rare quand on fait du journalisme critique. Dans un pays
où la bonne tenue de la classe politique dépend
pour une large part du travail de veille qu'exerce la presse,
le ministère public devrait plutôt encourager l'abnégation
des acteurs du secteur. Au lieu de cela, le parquet n'a pas
hésité à prendre le parti des éradicateurs.
Naturellement, il se doute bien que les Burkinabè verraient
dans sa décision, la volonté de les priver d'un
droit fondamental, celui de disposer d'une information plurielle.
Et dans ce registre, L'Evénement a toujours mis un soin
particulier dans le traitement de l'information, au point que
d'aucuns en viennent à parler d'un " label Evénement
". Quoi qu'ils s'en défendent, c'est bien cela que
nos contempteurs nous font payer en instrumentalisant des juges.
Evitons l'amalgame
En replaçant François Compaoré au centre
du dossier Norbert Zongo, Reporters sans Frontières que
nous avons relayé (même si nous ne nous sommes
pas contenté de le faire) a justement fait confiance
aux institutions de la République. Ce qui n'est pas le
cas de François Compaoré qui les avait royalement
ignorées quand il a couvert (c'est le moins qu'on puisse
dire) l'arrestation, la séquestration et la torture de
trois de ses employés, jusqu'à ce que mort s'en
suive, en ce qui concerne l'un d'entre eux. La suite de cette
affaire, c'est la mort par assassinat de Norbert Zongo, le journaliste
qui avait fait le serment d'en informer l'opinion publique.
En quoi rechercher la vérité et la justice déstabilise-t-il
la République ? C'est plutôt le crime et le mensonge
qui sont de nature à déstabiliser et qui ont effectivement
déstabilisé la République. Les journalistes
qui travaillent à la manifestation de la vérité
ne doivent pas être tenus pour responsables d'une situation
dont les auteurs sont bien connus. Mais il importe maintenant
de s'interroger sur l'attitude du chef de l'Etat que le peuple
a investi pour présider à ses destinées.
Pendant combien de temps va-t-il laisser son frère continuer
à mettre la stabilité et la cohésion du
pays en danger ? Le temps du rappel à l'ordre est arrivé
et attention de ne pas pousser les Burkinabè une fois
de plus à bout. Après avoir été
au commencement de la plus grande crise politique et sociale
que le pays ait jamais connue, le voilà encore à
la pointe de tous ceux qui jurent d'en finir avec la presse
critique. On ne peut imaginer un seul instant qu'un Burkinabè
lamda qui a posé des actes de la nature de ce qui est
reproché à François puisse gagner un procès
contre L'Evénement. Il n'y a pas un seul Burkinabè
pour le penser en dehors, bien sûr, de tous ceux dont
la survie dépend de lui. François Compaoré
peut se camper dans sa posture de " petit président
" pour gagner tous les procès contre L'Evénement,
mais cela suffira-t-il à éteindre les soupçons
qui pèsent sur lui ? Certainement pas. La terre tourne
comme l'avait dit Galilée dans les conditions que l'on
sait. Les hommes aussi. Plaise à Dieu que nous puissions
vivre assez longtemps pour connaître l'ultime dénouement
de ce dossier.
Par Germain B. Nama
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Faut-il encore parler
de François Compaoré ?
Juste après le non-lieu,
le ministre de la Justice et le Premier ministre Yonli,
autorités de premier plan, s'étaient réjouis
en chur du fait que " cette décision
mettait hors de cause des personnes qu'on avait injustement
soupçonnées
. " Dans ces déclarations,
ni le ministre de la Justice ni le Premier ministre n'avaient
eu une pensée pour les victimes, encore moins pour
leurs familles. L'honneur d'un homme serait plus sacré
que la vie et l'affliction des familles. Le présent
procès est l'aboutissement d'un processus : la
justice avait clos le dossier, on impose à présent
à la presse de se taire.
Moussa
Kaboré: "J'ai enregistré les
deux et ce qu'ils ont dit, c'est ça qui ressort
dans le journal"
La justice burkinabè était celle qui avait
clos le dossier Norbert Zongo en juillet 2006. Elle vient,
par la décision contre L'Evénement, de décréter
également que la presse doit aller dans son sens.
Le non-lieu de juillet dernier disposait clairement que
non seulement Marcel Kafando, le seul inculpé dans
le dossier, était hors de cause, mais également
tous ceux dont les noms avaient jusque-là été
cités dans la procédure d'une façon
ou d'une autre. Le non-lieu valait pour tout ce beau monde
disculpation. Nous avions en son temps entrevu toutes
les implications qui découlaient de cette décision
de justice sans nuance. Notamment que pour la presse,
il allait devenir de plus en plus difficile d'évoquer
l'affaire Norbert Zongo. Tous les suspects sérieux
identifiés par la Commission d'enquête indépendante
(CEI) sont fondés à présent à
poursuivre devant les tribunaux tout journaliste qui les
évoquerait dans un article en rapport avec le dossier
Norbert Zongo. Le non-lieu ne les a-t-il pas blanchis
? C'est clair et ce n'est pas excessif. Ce qui vaut pour
François Compaoré vaut tout naturellement
pour tous les autres suspectés dans la procédure.
Ce qui nous vaut condamnation du tribunal, c'est d'avoir
considéré François Compaoré
comme un suspect dans le dossier Norbert Zongo. Ce qui
vaut pour François Compaoré vaut en principe
pour tous les autres. Si Marcel Kafando le veut demain,
il attrait tout journaliste qui aurait le " culot
" de prononcer son nom en relation avec l'affaire
Norbert Zongo. Et comme " la justice n'est pas une
affaire de couturier ", pour paraphraser Seydou Millogo,
le président du tribunal, la même sanction
contre L'Evénement devrait s'appliquer à
la personne.
Le procès contre L'Evénement voulait justement
aboutir à cette situation. La justice a blanchi
François Compaoré et compagnie et l'affaire
dossier Norbert Zongo est close. Le procureur Adama Sagnon
a eu l'honnêteté de le répéter
par deux fois. Il s'ensuit que la justice qui a décidé
qu'elle ne fera plus rien veillera également que
personne d'autre n'en fasse rien. La tâche des journalistes
s'annonce délicate pour ne pas dire impossible
dans les jours à venir. L'Evénement qui
est en sursis pourrait ne pas terminer l'année.
Le sursis d'emprisonnement est aussi assorti d'un sursis
d'interdiction de paraître.
En requerrant cette peine contre le journal, le procureur
du Faso, de façon explicite, proclamait aussi le
sursis contre la parution du journal. Il savait que le
tribunal ne le suivrait pas pour cette fois. Mais en le
requerrant, il suspendait un chiffon rouge sur la tête
du journal. In fine, il y a avec ce verdict deux sursis
en réalité. Un sursis de peine de prison
contre les animateurs du journal. Mais aussi un sursis
d'interdiction de paraître contre L'Evénement.
Dans ces conditions, il ne faut pas être un sorcier
Bamiléké pour savoir que cette année
pourrait être la dernière de L'Evénement.
Les preuves s'accumulent
et se précisent
Il s'agit, dans l'esprit de la décision retenue
contre nous, de ne plus continuer à penser que
François Compaoré peut-être un suspect
dans le dossier Norbert Zongo. Or, comme on l'a vu récemment
avec les aveux de Moïse Ouédraogo, dans L'Evénement
n°107 du 10 janvier dernier, beaucoup de présomptions
pèsent sur François Compaoré. Suite
à cette interview, plusieurs personnes citées
par Moïse Ouédraogo se sont exprimées
et toutes ont presque confirmé ce qu'il nous avait
confié. Pour la gouverne de nos lecteurs, retenons
les moments forts de ces réactions. Moïse
Ouédraogo a dit que ce qu'il a confié à
L'Evénement, il l'avait déjà relaté
à un certain Moussa Kaboré, engagé
comme lui à Faso Plast et cela avait fait l'objet
d'un enregistrement audio. Interrogé par nos confrères
de Bendré (n°426 du 15 janvier 2007) voici
ce qu'a déclaré Moussa Kaboré : "
Je
vais être direct. Effectivement, ces jeunes (Moïse
et Dieudonné, ndlr) travaillent à Faso Plast.
Un soir, ils m'ont abordé en disant qu'ils voulaient
me voir
Ils m'ont dit que c'était privé
Je les ai invités à venir chez moi. Ils
sont venus un beau matin
Vous voyez le magnétophone
qui est à côté, c'est avec ça
que j'ai enregistré
Dans la cassette, ils
relatent leur mécontentement, leur utilisation
dans cette affaire et la majeure partie, c'est ce qui
ressort dans le journal
".
Moïse Ouédraogo a aussi indiqué que
c'est l'ex-directeur de Faso Parc, un proche de François
Compaoré, qui avait trouvé et qui payait
la maison qu'ils ont occupée à Larlé,
juste après qu'ils ont dû fuir la maison.
Ce proche de François Compaoré qui se nomme
Malik Sidibé est allé se faire interviewer
à la radio Savane FM, dans l'excellente émission
de Sid naaba. A la question de savoir est-ce qu'il reconnaît
avoir payé le loyer de la maison de Moïse
et pourquoi l'a-t-il fait ? Voilà ce qu'il a répondu
: "
ils sont effectivement venus me voir
ils
m'avaient dit en ce moment qu'ils ne s'entendaient pas
avec leur famille
J'ai réussi à trouver
une maison
Au début, c'était 17 000
F cfa
je peux dire que cela ( le paiement du loyer
ndlr) a duré quatre ans. Ça doit être
vers 1999 que j'ai commencé à l'aider
".
Voilà de nouveaux témoignages qui incontestablement
remettent François Compaoré au cur
du dossier Norbert Zongo. Avec ces propos et pour bien
d'autres choses qui restent à être dévoilées,
il est impossible à L'Evénement d'arrêter
de considérer François Compaoré comme
un suspect sérieux dans le dossier Norbert Zongo.
On peut être certain aussi qu'en face, la justice
ne laissera pas faire. Car aujourd'hui, c'est elle que
notre travail agace le plus. Nos écrits et nos
investigations ont le don de lui rappeler qu'elle ne fait
pas son travail. Et cela, elle ne veut plus le tolérer.
Par Newton Ahmed Barry
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