Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier1

Dossier 2

Société

 

 


 

 

 

 

Dossier : Norbert Zongo
L'Evénement condamné…. Et Pourtant… comme avait dit Galilée


Françaois Compaoré

L'acte 1 de la pièce est joué. L'Evénement, comme on pouvait s'y attendre, a été condamné. Il a immédiatement interjeté appel. Nous ne nous faisons pas beaucoup d'illusions, mais en même temps, il nous semble que c'est de notre devoir de citoyens d'éprouver les institutions de la République.
Pour le moment, nous tirons les leçons de ce premier acte. Dans le dossier Norbert Zongo, c'est un autre acte qui vient de se jouer. Le verdict qui nous condamne nous impose en même temps de reconnaître qu'il n'est plus possible de continuer de suspecter François Compaoré. Le non-lieu de juillet dernier vaut en même temps disculpation de François Compaoré et tous les autres anciennement suspectés dans le dossier. Chacun de ces anciens suspectés est fondé à présent à poursuivre tout journaliste qui ferait une allégation à leur suspicion. Après avoir clos le dossier judiciairement, la justice, par ce verdict, veut maintenant le clore aussi dans la presse.
Incontestablement, ça promet donc !
Pour L'Evénement particulièrement, deux sursis pendent comme des épées de Damoclès sur sa tête. Le premier sursis, c'est celui de l'emprisonnement de ses premiers responsables. La peine de prison est suspendue sur leur tête et il est peu sûr qu'ils y échappent. Le deuxième sursis, c'est celui de la menace d'interdiction de paraître. Le procureur sait bien pourquoi il l'a requis. Donc, deux chiffons rouges pour bien montrer que la justice ne tolérera plus que l'on continue dans le journal à suspecter François Compaoré comme pouvant être un présumé commanditaire de l'assassinat de Norbert Zongo. Or, est-il possible à l'heure actuelle, malgré ce verdict, de considérer que François Compaoré est hors de tout soupçon ? A L'Evénement, et en raison des derniers développements, nous pensons que plus que jamais, François Compaoré est au cœur du dossier Norbert Zongo. A moins que la justice, avec diligence, ne fasse effectivement son travail. Or, pour ceux qui ont suivi le procès, on l'a sentie extrêmement allergique à ce sujet. Le président du tribunal qui nous jugeait justement pour nos écrits dans l'affaire Norbert Zongo ne voulait rien entendre en rapport avec ce dossier. Le procureur est venu à sa rescousse en confirmant ce que tout le monde savait, mais que seul le parquet niait jusqu'à présent : " le dossier Norbert Zongo est clos… ".
Dans ces conditions, il faut craindre pour l'avenir de L'Evénement et de ses animateurs


L'Evénement condamné pour diffamation


Un franc symbolique à payer par L'Evénement à François Compaoré. Deux mois de prison avec sursis et 300 000 f cfa d'amende pour chacun des deux journalistes condamnés. Reportage…


Lundi 22 janvier 2007, il est 20h 57. Dans le procès intenté par François Compaoré contre L'Evénement, Seydou Millogo, président du Tribunal, a requis 2 mois de prison avec sursis et 600 000 f cfa d'amende contre Germain Bitiou Nama et Newton Ahmed Barry. Le journal devra publier le verdict dans L'Observateur paalga, Le Pays et Sidwaya. Le frère cadet du président Blaise Compaoré reproche aux journalistes d'avoir attenté à son honneur et à sa dignité. Le dossier mis en cause est intitulé " Affaire Norbert Zongo. Ainsi donc, c'est lui. Jusqu'à présent, on pensait à lui sans oser le nommer, RSF vient de franchir le pas ". Le procès du 8 janvier a été reporté au 22 janvier. La raison ? Le Tribunal avait évoqué la non disposition de l'original de l'article incriminé.
15h05mn. Le palais de Justice est archicomble. Des journalistes, des étudiants et des anonymes occupent les différents sièges.
Les avocats de la défense sont Me Bénéwendé Sankara, Prospère Farama et Julien Lalogo. La partie civile, François Compaoré est défendu par les avocats Mamadou Ouattara et Abdoul Ouédraogo.
15h 20 mn. Début des débats. La défense veut connaître la réponse du Tribunal concernant sa requête demandant la présence physique de François Compaoré. Cette présence permettra, selon elle, une discussion contradictoire. La partie civile, le président du Tribunal, Seydou Millogo, le procureur du Faso, Adama Sagnon, affirment qu'il n'est nullement besoin de François Compaoré pour un tel débat. Pour le président de séance, Seydou Millogo, les avocats représentent valablement François Compaoré. En définitive, il rejette la sollicitation de la défense.
La défense se soumet donc à la décision du Tribunal. Elle assure maîtriser les contours de son dossier. Le public l'acclame. Adama Sagnon menace d'évacuer la salle. Seydou Millogo met en garde le public : "ce n'est pas une assemblée générale ni un meeting. Pour la sérénité des débats, je vous demande de suivre calmement". Les discussions reprennent.
La défense invoque trois exceptions. Pour Me Lalogo, le Tribunal doit surseoir à statuer sur le procès en cours.

Les exceptions

De nouveaux éléments pouvant permettre de faire ressurgir l'affaire. Cette affaire est loin d'être close même si le principal inculpé, Marcel Kafando, a bénéficié d'un non-lieu en juillet 2006. Ainsi condamner des individus serait préjudiciable. "On ne peut pas surseoir pendant 10 ans alors que des gens continuent à diffamer", retorque Adama Sagnon. Puis de marteler : "L'affaire Norbert Zongo est clôturée". Deuxième exception : Me Farama table sur l'irrégularité de la citation à comparaître de Newton Ahmed Barry. Le siège du journal a été considéré par le huissier comme le domicile du journaliste. Or, celui-ci possède un domicile. Par conséquent, l'acte n'a pas été reçu par ce dernier. Troisième exception : l'acte de citation reçu par les prévenus et leurs avocats est différent de celui du Tribunal. Sur la base de ces faits, Me Farama exige l'annulation de l'acte de citation. Selon lui, "il n'a pas été fait selon les règles de l'art". Concernant les deux dernières exceptions, la partie civile déclare que Newton Ahmed Barry est bel et bien présent au Tribunal. Le procès ayant commencé, Il ne peut se rétracter même s'il n'a pas reçu l'acte de citation.
"On sent une mauvaise foi manifeste de la défense", s'écrie, Adama Sagnon, procureur du Faso face aux exceptions soulévées par les conseils de L'Evénement.
Poursuivant dans les invectives, il avance que ce réquisitoire de la défense n'est " que du verbiage ". Et Seydou Millogo de rejeter les requêtes.
16h 15 mn. Il aborde alors les questions de fond. "Quand vous écrivez, Affaire Norbert Zongo; ainsi donc, c'est lui. Que voulez-vous dire ?". Germain Bitiou Nama et Newton Ahmed Barry assurent ne pas comprendre la question. Pour plus de clarté, il sollicite la présence de François Compaoré. Il aurait pu donner sa compréhension. Les deux journalistes demandent donc à la partie civile d'être plus explicite en leur montrant en quoi " Ainsi donc, c'est lui " est diffamatoire. Cette explication leur permettrait de mieux s'expliquer parce qu'ils assument pleinement leurs articles et n'ont pas l'intention de se dédire. Embarras de la partie civile. Seydou Millogo et Adama Sagnon s'offusquent.
"On parle français là", lance Adama Sagnon aux prévenus. Il exige une réponse. Les avocats de la défense demandent en vain la parole. Me Sankara lève le doigt et lance avec insistance au Tribunal : "Nous voulons parler à nos clients". Les trois avocats de la défense se rapprochent donc de leurs clients. "Vous êtes debout comme si vous voulez bondir sur quelqu'un ", note le président, l'air gêné. "En effet, nous assistons nos clients", répond Me Sankara. Néanmoins, les journalistes affirment qu'ils écrivent avec constance et continuité depuis huit ans sur l'affaire David Ouédraogo et Norbert Zongo...

L'Affaire Norbert Zongo,
sujet tabou

Seydou Millogo interdit l'évocation de ces deux affaires. Le public gronde. Le président du Tribunal menace d'évacuer la salle. Il invite les mécontents à manifester leur sentiment sur le toit du palais. Il demande au procureur de prendre toutes les dispositions utiles afin d'interpeller d'éventuels contrevenants. A ces mots, un garde de sécurité pénitentiaire quitte le fond de la salle. Il rejoint son collègue assis devant, près du Tribunal. Il récupère une menotte et sa clé. Le garde assis tient fermement sa kalachnikov. Il a le regard inquisiteur. La bouche pincée, le buste droit, il attend un signal. L'atmosphère est chaude. L'on met en marche les brasseurs d'air. Les débats reprennent.
"Lorsqu'on vous accuse gratuitement d'avoir assassiné quelqu'un, ne pensez-vous pas que cela porte atteinte à votre honneur ?", interroge la partie civile. Les journalistes demandent le conseil de leurs avocats. Le président s'étonne de leur sollicitation. " Ils sont à côté de vous. Vous ne les voyez pas ? " questionne-t-il. Me Sankara et Farama réitèrent la demande. Seydou Millogo, vu l'insistance, consent à une suspension d'une minute.
A la reprise, les journalistes déclarent assumer la responsabilité de leurs écrits. Seydou Millogo, président du Tribunal, les charge à nouveau : " Si demain, vous achetez un journal et vous voyez votre photo, et l'on vous traite de menteur, quelle sera votre réaction ?"
Un homme de loi s'indigne : "Le président prend partie pour la partie civile. Or, il ne doit pas le faire. Son rôle, c'est être impartial ". Pour Newton Ahmed Barry, L'Evénement est un bimensuel qui travaille à rendre intelligible et accessible les informations. Il fait des analyses. Ainsi, le communiqué de Reporters sans frontières (RSF) sur les nouvelles charges dans l'affaire Norbert Zongo a servi de sources. "On s'en fou de RSF. En attendant, c'est vous qui êtes à la barre. Répondez à la question", s'égosille Adama Sagnon. Puis de tancer les deux journalistes. "Répondez par oui ou par non si, selon vous, François Compaoré est le commanditaire de l'assassinat de Norbert Zongo". "Est ce que le procureur veut bien comprendre ce que c'est qu'un commentaire de texte ", signifie Germain Nama. Newton Ahmed Barry explique que les documents de la Commission d'enquête indépendante et les déclarations de RSF citent François Compaoré comme un suspect sérieux. Adama Sagnon interrompt le journaliste. Il veut l'obliger à répondre par Oui ou par Non. Mais, le journaliste continue son explication. Adama Sagnon, noir de colère, brusquement l'arrête. "De toute façon, nous avons la réponse". Le rédacteur en chef de L'Evénement lui demande de ne pas le menacer. "C'est mon rôle de menacer", rétorque Adama Sagnon. Et le substitut du procureur d'avancer que "Le ministère public est là pour trouver des charges et non pour vous ménager. La liberté de presse n'est pas la liberté de l'ivresse".

Une justice partiale

Assise, aux premières loges, une jeune étudiante a la main sous son menton. Elle suit fixement les débats. Soudain, elle s'exclame. "Je comprends maintenant pourquoi certaines personnes font des attentats. A travers ses propos, Adama Sagnon ne joue plus le rôle du ministère public. Il nous dit "C'est moi Adama Sagnon. Je fais ce que je veux. De toute façon, vous ne pouvez rien contre moi. " Là, il oublie que la loi ne se confond pas à sa personne ".
19h53mn. C'est la plaidoirie. La partie civile exige un franc symbolique. Elle laisse la latitude au Tribunal de condamner et d'amender à sa guise les deux journalistes. A la fin du réquisitoire de la partie civile, une personne applaudit. Le public, comme un seul être, la cherche du regard. L'intéressé s'interrompt et ne se manifeste plus. Le ministère public, par la voix de Adama Sagnon, exige 3 mois d'emprisonnement avec sursis à l'encontre de Germain Bitiou Nama et de Newton Ahmed Barry et 6 mois de suspension du journal.
Le trio d'avocats de la défense demande la relaxe pure et simple de leurs clients. Les journalistes font leur métier. Ils écrivent pour informer. Leurs écrits ne sont nullement dans l'intention de nuire.
"La presse est libre quand elle chante les louanges du prince. Mais, elle devient diffamatoire quand elle s'intéresse à certains dossiers. Si dans l'affaire David Ouédraogo, on avait respecté la présomption d'innocence, on n'en serait pas là aujourd'hui. Tant que les hommes seront vivants, ils émettront leur pensée, leurs opinions", conclut Me Farama n

Ramata.sore@gmail.com

 

'Pourquoi avons-nous été condamnés ?


Par Newton Ahmed Barry

La question n'a pu trouver de réponse au procès. Et puis, est-ce que c'était vraiment cela l'intention du tribunal ? Il fallait nous condamner et nous l'avons été. Mais est-ce pour autant que la question de fond a été vidée ? Non, évidemment ! Puisque la présomption de culpabilité de François Compaoré reste posée dans le dossier Norbert Zongo.

Nous avons eu le sentiment que nous devions nous battre contre trois adversaires à ce procès. Il y avait naturellement la partie civile qui nous attrayait devant le tribunal. Pour elle, nous savions que nous devions croiser le fer et nous expliquer. Il y avait ensuite le parquet, dont nous nous doutions qu'il n'allait pas nous faire de cadeau, pour la simple et belle raison que le parquet nous a à l'œil depuis quelques années maintenant. Ne sommes-nous pas le journal qui, il y a quelques années, a mis à nu " les petites escroqueries " du parquet et notamment la fameuse affaire des " Pop Corn ", dans laquelle le procureur du Faso actuel, Adama Sagnon, celui-là même qui nous jugeait, avait instruit son substitut de rentrer en contact avec les protagonistes de l'affaire et de proposer de l'étouffer contre le versement de la somme de 500 000 F CFA. Voilà ce que nous écrivions précisément : " …une autre histoire, toujours au TGI de Ouagadougou, qui implique cette fois le parquet. Une affaire de " Pop Corn " dans une transaction à trois, pour une rondelette somme de 11 millions de francs cfa. L'affaire est portée devant le parquet. Elle n'ira pas plus loin. Le procureur instruit le substitut de rentrer en contact avec deux des protagonistes avec la consigne de se faire payer la somme de 500 000 f cfa. Le substitut s'y rend, mais au lieu de 500 000 f cfa, il exige des parties un million. Devant son intransigeance, les pauvres n'ont eu d'autres choix que de payer. Le substitut a prélevé ce qui lui revient et est allé remettre la commission du procureur en prenant soin de bien garder avec lui le petit papier qui contient les instructions du procureur. On ne sait jamais… ". Suite à ces écrits, une commission est mise en place par le Conseil supérieur de la magistrature. Les résultats de la commission confirment point par point ce que nous avions écrit. Depuis lors, nous étions dans le collimateur du parquet. Ce 22 janvier, l'occasion lui était donnée de se faire justice. En allant à ce procès, nous nous étions préparés. En revanche, nous ne savions pas que nous devions nous battre aussi contre le tribunal, dont le président, avant même de nous juger, s'était fait son intime conviction. Quoique nous fassions, nous étions coupables. Le président Millogo était venu pour nous condamner et non pour nous écouter, allant jusqu'à nous refuser le minimum dans une procédure judiciaire, c'est-à-dire, notre droit de nous concerter avec nos avocats. Ensuite, il fixe bien les balises du procès. Il ne veut pas entendre parler de l'affaire Norbert Zongo. Et pourtant, c'est dans le traitement de cette affaire suite à la requête de Reporters sans Frontières (RSF), que François Compaoré s'est senti diffamé. Alors, sur quoi voulait-il bien nous juger le Millogo ? Sur le sexe des anges et sur François Compaoré sans le nommer ? Parfaitement, puisqu'il s'est montré intraitable. Pas même dans nos mémoires en défense, il n'a autorisé que l'on évoque l'affaire Norbert Zongo. Dans une des exceptions, un de nos conseils, Maître Lallogo, fait remarquer au tribunal qu'en ce qui concerne le présent procès, il y a un malaise, puisque la procédure dans l'affaire Norbert Zongo suit son cours et il est évidemment difficile de trancher définitivement sur des questions de culpabilité. Le tribunal peut-il raisonnablement décréter que nous avons diffamé François Compaoré, en le désignant comme suspect dans l'affaire Norbert Zongo, alors que la procédure est même susceptible de le retenir comme prévenu et le jugement à venir le retenir comme coupable ? A l'heure actuelle, comme qui dirait, toutes les options sont ouvertes. Et raisonnablement, un tribunal ne peut trancher sans tomber dans le travers des inquisiteurs de Galilée. En son temps, ce personnage historique qui avait affirmé que la terre tournait, contre la doctrine de l'Eglise qui imposait le contraire, s'était vu condamné à mort. A l'intention de ses bourreaux qui le conduisaient à la potence, il a eu cette phrase restée célèbre "…Et pourtant, elle tourne ". Depuis, personne ne doute que la terre tourne. Plus près de nous, au Niger, notre confrère du journal Le Républicain, Mahamane Abou,.a été condamné pour avoir dit que des ministres avaient détourné. Il a pour cela purgé d'une peine de prison. Quelques temps après, les ministres qu'il avait mis en cause sont reconnus coupables et écroués.
Pour toutes ces raisons, dans une affaire en cours, la prudence ne recommande-t-elle pas à un juge en conscience avec son serment de se réserver de trancher ? Surtout qu'en l'espèce, il y a même du nouveau avec l'interview de Moïse Ouédraogo, qui montre clairement que François Compaoré l'a soudoyé pour qu'il mente ( L'Evénement n° 107). Les réactions des personnes citées par le même Moïse Ouédraogo confirment pour l'essentiel qu'il y a eu une intention de dévoyer la vérité. Pour cette raison, le parquet a commencé les auditions et on ne peut pas préjuger de sa décision. Et même si le parquet décidait qu'il n'y avait rien de nouveau, le dossier reste toujours pendant. Car un non-lieu n'est pas un jugement, c'est un acte dans la procédure.
Il a plu donc au tribunal de nous condamner. Mais comme Galilée, nous sommes persuadés, en raison des éléments actuellement en notre possession, que " Et pourtant, ça peut être lui ! ". Il appartient à la justice de nous faire mentir. Pas en nous condamnant, mais en faisant son travail. Or dans cette affaire Norbert Zongo, nous n'avons eu cesse de l'écrire, le sentiment dominant est que le parquet se satisfait du " non-lieu " au lieu de rétablir la société dans ses droits. Au parquet, on cherche plus promptement les éléments qui renforcent le non-lieu plutôt que ceux qui pourraient aller dans le sens de l'ouverture du dossier. Du reste, nous l'avions déjà dit : " Il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre ". Ce procès ne nous a pas démenti. Bien au contraire


Le dossier Norbert Zongo est-il clos ?

Le procureur Adama Sagnon se reprenant par deux fois a déclaré, avec la fougue qu'on lui connaît, que le dossier Norbert Zongo était clos. Effectivement, depuis le 18 juillet 2006, c'est ce que nous n'avions cesse de dire. Parce que le non-lieu est un acte de clôture. C'est le parquet qui s'évertuait à soutenir le contraire. Si ce procès contre L'Evénement a été utile en quelque chose, c'est au moins d'avoir contraint le procureur à dire clairement les choses. Le dossier Norbert Zongo est bel et bien clos depuis le 18 juillet 2006. C'est d'ailleurs en vertu de cela que le procès contre notre journal a pu être intenté. Maintenant que le dossier est clos et l'instruction déclarée infructueuse, il est intimé l'ordre à la presse de cesser de parler de la présomption de culpabilité de François Compaoré. Une sommation inacceptable.
NAB

 

François doit arrêter de trop tirer sur la corde raide

Deux mois de prison avec sursis, 600 000 FCFA d'amende assortis de l'obligation d'assurer la publication de la grosse dans trois journaux de la place ainsi que dans L'Evénement. Telle est la sentence dans l'affaire de la plainte en diffamation de François Compaoré. Un tournant dans l'affaire Norbert Zongo.

Par le biais de ses prêtes noms habituels, François Compaoré avait annoncé par anticipation les couleurs du procès : " laisser cette galaxie continuer impunément son travail de sape des institutions républicaines avec la complicité d'une certaine presse ne pouvait que s'apparenter à de la faiblesse, voire à de la démission. Ne cultivant à notre connaissance aucune de ces " vertus ", François Compaoré a donc demandé à la justice de laver son honneur bafoué et rien que (…) Nul et surtout pas les journalistes " éducateurs du peuple " par excellence n'est au-dessus de la loi, laquelle devra être dite dans toute sa rigueur pour éviter des dérapages encore plus grands. Prévenir vaut mieux que guérir, surtout lorsque c'est la survie de la République qui est en jeu. " Ainsi s'exprimaient-ils dans L'Opinion n°484 du 17 au 23 janvier 2007. L'enjeu était donc tel que l'affaire convoquée une première fois le 8 janvier fut renvoyée au 22 janvier. Un délai qui devait permettre, affirment des sources introduites, d'instruire les " juges acquis " dans le sens d'un procès exemplaire. On aura donc compris que L'Evénement a été condamné pour l'exemple dans un dossier que le procureur tenait pour clôturé depuis le fameux non-lieu décidé le 18 juillet 2006. Adama Sagnon lui-même, à la tête du ministère public, l'a fait savoir : seul le procureur du Faso peut décider de la réouverture du dossier. Un rappel qui tombe à un moment où les langues commencent à se délier à propos dudit dossier. Dans L'Evénement du 10 janvier, en effet, nous avions publié l'interview de Moïse Ouédraogo, petit frère de David, que François Compaoré avait retourné contre sa famille dans sa tentative d'empêcher celle-ci de déposer plainte. La mise au point du procureur vient donc signifier à ceux qui ne l'auraient pas compris qu'il n'a nullement l'intention de se laisser déborder. Moïse qui a demandé à être entendu par le procureur du Faso depuis le 4 janvier n'a été reçu que le 18, soit 14 jours après. Quel empressement ! Pas surprenant que l'on mette aussi du temps à explorer les pistes qui se dégagent de ces nouvelles révélations. En tout état de cause, le procureur Sagnon semble avoir d'autres soucis plus pressants : trouver les moyens de faire taire les journalistes impertinents qui aiment à fourrer le nez dans les " affaires délicates ". Six mois de suspension, c'est en effet assez pour ruiner durablement un canard quand on connaît les conditions d'existence déjà difficiles des titres. Et si par extraordinaire, ces derniers parvenaient à exister, la peine avec sursis est aussi là comme une épée de Damoclès pour les obliger à tenir le langage policé qu'ils souhaitent. Le tribunal ne l'a certes pas suivi à la lettre, mais en frappant le journal de sanctions pécuniaires, il rejoint le procureur au niveau du résultat escompté. L'argent est bien le nerf de la guerre, mais il se trouve qu'il est rare quand on fait du journalisme critique. Dans un pays où la bonne tenue de la classe politique dépend pour une large part du travail de veille qu'exerce la presse, le ministère public devrait plutôt encourager l'abnégation des acteurs du secteur. Au lieu de cela, le parquet n'a pas hésité à prendre le parti des éradicateurs. Naturellement, il se doute bien que les Burkinabè verraient dans sa décision, la volonté de les priver d'un droit fondamental, celui de disposer d'une information plurielle. Et dans ce registre, L'Evénement a toujours mis un soin particulier dans le traitement de l'information, au point que d'aucuns en viennent à parler d'un " label Evénement ". Quoi qu'ils s'en défendent, c'est bien cela que nos contempteurs nous font payer en instrumentalisant des juges.

Evitons l'amalgame
En replaçant François Compaoré au centre du dossier Norbert Zongo, Reporters sans Frontières que nous avons relayé (même si nous ne nous sommes pas contenté de le faire) a justement fait confiance aux institutions de la République. Ce qui n'est pas le cas de François Compaoré qui les avait royalement ignorées quand il a couvert (c'est le moins qu'on puisse dire) l'arrestation, la séquestration et la torture de trois de ses employés, jusqu'à ce que mort s'en suive, en ce qui concerne l'un d'entre eux. La suite de cette affaire, c'est la mort par assassinat de Norbert Zongo, le journaliste qui avait fait le serment d'en informer l'opinion publique. En quoi rechercher la vérité et la justice déstabilise-t-il la République ? C'est plutôt le crime et le mensonge qui sont de nature à déstabiliser et qui ont effectivement déstabilisé la République. Les journalistes qui travaillent à la manifestation de la vérité ne doivent pas être tenus pour responsables d'une situation dont les auteurs sont bien connus. Mais il importe maintenant de s'interroger sur l'attitude du chef de l'Etat que le peuple a investi pour présider à ses destinées. Pendant combien de temps va-t-il laisser son frère continuer à mettre la stabilité et la cohésion du pays en danger ? Le temps du rappel à l'ordre est arrivé et attention de ne pas pousser les Burkinabè une fois de plus à bout. Après avoir été au commencement de la plus grande crise politique et sociale que le pays ait jamais connue, le voilà encore à la pointe de tous ceux qui jurent d'en finir avec la presse critique. On ne peut imaginer un seul instant qu'un Burkinabè lamda qui a posé des actes de la nature de ce qui est reproché à François puisse gagner un procès contre L'Evénement. Il n'y a pas un seul Burkinabè pour le penser en dehors, bien sûr, de tous ceux dont la survie dépend de lui. François Compaoré peut se camper dans sa posture de " petit président " pour gagner tous les procès contre L'Evénement, mais cela suffira-t-il à éteindre les soupçons qui pèsent sur lui ? Certainement pas. La terre tourne comme l'avait dit Galilée dans les conditions que l'on sait. Les hommes aussi. Plaise à Dieu que nous puissions vivre assez longtemps pour connaître l'ultime dénouement de ce dossier.

Par Germain B. Nama

Faut-il encore parler de François Compaoré ?

Juste après le non-lieu, le ministre de la Justice et le Premier ministre Yonli, autorités de premier plan, s'étaient réjouis en chœur du fait que " cette décision mettait hors de cause des personnes qu'on avait injustement soupçonnées…. " Dans ces déclarations, ni le ministre de la Justice ni le Premier ministre n'avaient eu une pensée pour les victimes, encore moins pour leurs familles. L'honneur d'un homme serait plus sacré que la vie et l'affliction des familles. Le présent procès est l'aboutissement d'un processus : la justice avait clos le dossier, on impose à présent à la presse de se taire.

Moussa Kaboré: "J'ai enregistré les deux et ce qu'ils ont dit, c'est ça qui ressort dans le journal"

La justice burkinabè était celle qui avait clos le dossier Norbert Zongo en juillet 2006. Elle vient, par la décision contre L'Evénement, de décréter également que la presse doit aller dans son sens. Le non-lieu de juillet dernier disposait clairement que non seulement Marcel Kafando, le seul inculpé dans le dossier, était hors de cause, mais également tous ceux dont les noms avaient jusque-là été cités dans la procédure d'une façon ou d'une autre. Le non-lieu valait pour tout ce beau monde disculpation. Nous avions en son temps entrevu toutes les implications qui découlaient de cette décision de justice sans nuance. Notamment que pour la presse, il allait devenir de plus en plus difficile d'évoquer l'affaire Norbert Zongo. Tous les suspects sérieux identifiés par la Commission d'enquête indépendante (CEI) sont fondés à présent à poursuivre devant les tribunaux tout journaliste qui les évoquerait dans un article en rapport avec le dossier Norbert Zongo. Le non-lieu ne les a-t-il pas blanchis ? C'est clair et ce n'est pas excessif. Ce qui vaut pour François Compaoré vaut tout naturellement pour tous les autres suspectés dans la procédure. Ce qui nous vaut condamnation du tribunal, c'est d'avoir considéré François Compaoré comme un suspect dans le dossier Norbert Zongo. Ce qui vaut pour François Compaoré vaut en principe pour tous les autres. Si Marcel Kafando le veut demain, il attrait tout journaliste qui aurait le " culot " de prononcer son nom en relation avec l'affaire Norbert Zongo. Et comme " la justice n'est pas une affaire de couturier ", pour paraphraser Seydou Millogo, le président du tribunal, la même sanction contre L'Evénement devrait s'appliquer à la personne.
Le procès contre L'Evénement voulait justement aboutir à cette situation. La justice a blanchi François Compaoré et compagnie et l'affaire dossier Norbert Zongo est close. Le procureur Adama Sagnon a eu l'honnêteté de le répéter par deux fois. Il s'ensuit que la justice qui a décidé qu'elle ne fera plus rien veillera également que personne d'autre n'en fasse rien. La tâche des journalistes s'annonce délicate pour ne pas dire impossible dans les jours à venir. L'Evénement qui est en sursis pourrait ne pas terminer l'année. Le sursis d'emprisonnement est aussi assorti d'un sursis d'interdiction de paraître.
En requerrant cette peine contre le journal, le procureur du Faso, de façon explicite, proclamait aussi le sursis contre la parution du journal. Il savait que le tribunal ne le suivrait pas pour cette fois. Mais en le requerrant, il suspendait un chiffon rouge sur la tête du journal. In fine, il y a avec ce verdict deux sursis en réalité. Un sursis de peine de prison contre les animateurs du journal. Mais aussi un sursis d'interdiction de paraître contre L'Evénement.
Dans ces conditions, il ne faut pas être un sorcier Bamiléké pour savoir que cette année pourrait être la dernière de L'Evénement.

Les preuves s'accumulent
et se précisent

Il s'agit, dans l'esprit de la décision retenue contre nous, de ne plus continuer à penser que François Compaoré peut-être un suspect dans le dossier Norbert Zongo. Or, comme on l'a vu récemment avec les aveux de Moïse Ouédraogo, dans L'Evénement n°107 du 10 janvier dernier, beaucoup de présomptions pèsent sur François Compaoré. Suite à cette interview, plusieurs personnes citées par Moïse Ouédraogo se sont exprimées et toutes ont presque confirmé ce qu'il nous avait confié. Pour la gouverne de nos lecteurs, retenons les moments forts de ces réactions. Moïse Ouédraogo a dit que ce qu'il a confié à L'Evénement, il l'avait déjà relaté à un certain Moussa Kaboré, engagé comme lui à Faso Plast et cela avait fait l'objet d'un enregistrement audio. Interrogé par nos confrères de Bendré (n°426 du 15 janvier 2007) voici ce qu'a déclaré Moussa Kaboré : "…Je vais être direct. Effectivement, ces jeunes (Moïse et Dieudonné, ndlr) travaillent à Faso Plast. Un soir, ils m'ont abordé en disant qu'ils voulaient me voir…Ils m'ont dit que c'était privé… Je les ai invités à venir chez moi. Ils sont venus un beau matin…Vous voyez le magnétophone qui est à côté, c'est avec ça que j'ai enregistré…Dans la cassette, ils relatent leur mécontentement, leur utilisation dans cette affaire et la majeure partie, c'est ce qui ressort dans le journal… ".
Moïse Ouédraogo a aussi indiqué que c'est l'ex-directeur de Faso Parc, un proche de François Compaoré, qui avait trouvé et qui payait la maison qu'ils ont occupée à Larlé, juste après qu'ils ont dû fuir la maison. Ce proche de François Compaoré qui se nomme Malik Sidibé est allé se faire interviewer à la radio Savane FM, dans l'excellente émission de Sid naaba. A la question de savoir est-ce qu'il reconnaît avoir payé le loyer de la maison de Moïse et pourquoi l'a-t-il fait ? Voilà ce qu'il a répondu : " …ils sont effectivement venus me voir…ils m'avaient dit en ce moment qu'ils ne s'entendaient pas avec leur famille…J'ai réussi à trouver une maison…Au début, c'était 17 000 F cfa…je peux dire que cela ( le paiement du loyer ndlr) a duré quatre ans. Ça doit être vers 1999 que j'ai commencé à l'aider… ".
Voilà de nouveaux témoignages qui incontestablement remettent François Compaoré au cœur du dossier Norbert Zongo. Avec ces propos et pour bien d'autres choses qui restent à être dévoilées, il est impossible à L'Evénement d'arrêter de considérer François Compaoré comme un suspect sérieux dans le dossier Norbert Zongo.
On peut être certain aussi qu'en face, la justice ne laissera pas faire. Car aujourd'hui, c'est elle que notre travail agace le plus. Nos écrits et nos investigations ont le don de lui rappeler qu'elle ne fait pas son travail. Et cela, elle ne veut plus le tolérer.

Par Newton Ahmed Barry

 









© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 janvier 2006