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Bouillon de Culture

 

Recréatrales 2006, la résistance continue !



" Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. " Ce vers du poète, écrivain, dramaturge, Victor Hugo peut paraître une lapalissade sous nos tropiques où dans une atmosphère de pauvreté ambiante, la recherche de la pitance quotidienne est un combat permanent. Cependant, il y a aussi que très souvent, certaines personnes qui, s'engageant dans des initiatives nobles, finissent par baisser les bras parce qu'essoufflées, faute de soutien. D'autres reculent pour mieux sauter ou contre vents et marée (belle expression pour un pays enclavé !) résistent. C'est le cas des initiateurs des Résidences d'écriture, de création et de formation théâtrales panafricaines (Récréatrales) qui, depuis 2002 tentent d'imposer Ouagadougou dans le giron des villes mondiales des arts du spectacle. Le théâtre qui est défini comme étant l'art de représenter devant un public une action dramatique n'est le monopole d'aucune culture. Si la connaissance des cultures occidentale qui ont marqué le cursus scolaire de beaucoup d'africains les ont rendus familiers des créations théâtrales qui vont de la renaissance au classicisme français en passant par la Comédia dell'arte et autre théâtre élisabéthain, ce n'est pas pour autant que le continent habité en majorité de peuple à tradition orale n'a pas développé différentes formes de représentation théâtrale. L'initiative d'Etienne Minoungou et de Ildevert Méda, dramaturges accoucheurs des Récréatrales participe donc de l'affirmation de l'existence d'une part africaine de cet art universel. C'est pourquoi les Récréatrales de Ouagadougou sont une période de travail et d'échange d'expériences qui permettent aux hommes de théâtres de se former et de peaufiner leurs talents et apporter leur contribution à la diversité culturelle, à la civilisation de l'universel. Pendant deux mois, voire trois (lorsque les moyens le permettent), des hommes des planches se retrouvent dans les locaux de l'Espace Gambidi sis à l'Est de la capitale burkinabè pour vivre leur passion et arranger leur art.
C'est ainsi qu'en trois éditions (2002, 2003, 2004), soit au total sept mois de travail productif, 17 textes qui ont été produits par 16 auteurs, 16 créations finalisées par 16 metteurs en scène, 110 comédiens formés et impliqués dans les créations, 28 techniciens et 14 formateurs. Sans compter le plaisir offert au public de Ouagadougou de voir pendant et à la fin des résidences des créations originales. Quelle est la place de l'Afrique en général et de l'Afrique francophone au Sud du Sahara en particulier dans l'univers de la production théâtrale contemporaine ? L'explication du dévouement des forçats d'un autre âge qui se battent pour imposer leur art dans un univers pas toujours favorable se trouve dans cette gigantesque interrogation. Pour parvenir à leur but, il faut du travail et de l'abnégation, ce dont font preuve ces promoteurs culturels depuis les origines. Les sponsors étant toujours les mêmes, il faut développer des idées pour ne pas les lasser et faire durer le plaisir de jouer. En 2005, ce fut alors une pause studieuse. Bander les muscles pour mieux résister contre toute forme d'adversité. 2006, les Récréatrales sonnent le gong du Renouveau. Il n' y a plus de place pour l'amateurisme et l'à-peu-près. Le théâtre made in Africa doit pouvoir être apprécié sans faux fuyants avec les mêmes critères d'excellence que ceux des pays dits développés. C'est pour que les arts du spectacle quittent ce cadre d'appréciation folklorique que la quatrième édition des Récréatrales qui se dérouleront du 1er Août au 8 octobre veut voir grand. La compagnie Falinga en collaboration avec Théatr'Evasion (Burkina Faso) et le Sokan-Théatre (Côte d'Ivoire) a de ce fait concocté un programme impressionnant de rigueurs et d'innovations qui met au cœur du débat de grands thèmes : le travail scénographique, la création dramaturgique, l'édition des œuvres, la circulation des spectacles, les ateliers pédagogiques à destination des différents métiers de la scène, le mode d'implication des partenaires. Tantôt saltimbanque, tantôt héraut, l'artiste africain a besoin de réinventer son avenir pour mieux exister. Les actes louables posés sur le plan international en faveur de la promotion culturelle telle que la l'adoption de la Charte sur la diversité culturelle par l'UNESCO ou l'idée d'une coalition panafricaine de la culture, donne de l'espoir, mais ne saurait apporter plus de lumière sans engagement conséquent de tous. Il ne faut pas baisser la garde! " Nous sommes une génération de la démesure, obligés d'inventer les éléments de notre environnement.", affirme avec conviction Etienne Minoungou qui connaît les difficultés de mobilisation de ressources financières autour d'une entreprise comme celle-ci.
Les Récréatrales, en plus du fait qu'elles permettent au monde entier d'apprécier le talent de l'Afrique dans le domaine des arts du spectacle, contribuent à la formation de nombreux artistes qui deviennent de véritables hommes du métier, dans un milieu où beaucoup d'hommes et de femmes arrivent là, presque par hasard. Vous avez dit industrie culturelle ? Ailleurs dans le monde, lorsque des politiques ont osé affirmer que leur pays " n'avait pas le pétrole mais des idées ", ils ont pratiqué leur développement sur cette base et le résultat est éloquent. Ici, beaucoup de gens (politiques ou simples quidams) tablent sur la richesse des cultures africaines pouvant être facteur de développement, sans véritablement montrer comment. En attendant que nos pauvres Etats (ou Etats pauvres ?!) fassent de la culture une priorité, les Récréatrales souhaitent être ce levain qui pourrait fédérer tous les opérateurs culturels autour d'un " projet pilote de développement culturel ", après avoir effectué un inventaire des instruments de mise en œuvre d'une industrie culturelle.
Dix semaines de retraite pour résister contre le découragement, la ghettoïsation et la médiocrité avec un programme auquel participe 5 Compagnies, 5 textes, 5 créations, 5 ateliers de formation, un festival et une centaine d'artistes. Placées sous le parrainage de l'ex-ministre de la Culture, Mahamoudou Ouédraogo, les Récréatrales 2006 se dérouleront sous le signe de la conviction et du travail bien fait. En s'inscrivant dans une dynamique de recherche de l'excellence pour une action pérenne, Etienne, Ildevert, Zacharie, Eric et les autres n'hésitent pas à affirmer la main sur le coeur que : " La posture de l'artiste est une posture de résistance contre la précarité." Qui dit mieux ?

Ludovic O. Kibora



L'art dans une " ambiance facile "

Le 21 juillet dernier, l'artiste sculpteur Jean- Luc Bambara a une fois de plus émerveillé. A travers le thème de la musique, il invite à un voyage dans l'univers somptueux et intimiste de l'art. D'où le fait que sa toute dernière réalisation en date soit baptisée " Ambiance facile ". C'est une œuvre entièrement réalisée en bronze patiné à partir de la technique de la cire perdue. Elle est symbolisée par quatre musiciens dont un joueur de balafon, un de kora, un troisième de djembé et un dernier de kundé. La taille de ces musiciens varie entre 1,85m et 2 m débout et 1m assis. Chaque œuvre pèse 600 kg environ, soit un total d'environ 2,5 tonnes. Cette sculpture monumentale est entièrement inspirée des scènes de vie de réjouissance populaire au Burkina Faso. Dans un proche avenir, elle ira orner la place " Maria Augustina ", lieu phare de rencontres au cœur de Castellon, en Espagne. C'est suite à sa très belle sculpture (la protection) qui trône aujourd'hui à Ladembourg en Allemagne, que notre compatriote a pris part à une compétition ouverte avec des artistes espagnols et qu'il a remporté le contrat. Jean-Luc Bambara sculpte sur la pierre, le bois, le bronze et d'autres matériaux. Il est le coréalisateur du symposium de sculpture sur granit de Laongo. La statue en bronze de 3m de haut qui trône au Hall de la Banque Internationale du Burkina (BIB) est signée Jean-Luc Bambara. Il y a aussi cette œuvre gigantesque à la devanture de la Banque Agricole et Commerciale du Burkina (BACB). L'artiste possède de nombreuses autres œuvres au Musée national, au Musée de Manéga, dans plusieurs Eglises du Burkina, d'Afrique et d'Europe. Il a participé à plusieurs expositions en France, en Espagne, aux Etats-Unis…A cet effet, Jean-Luc Bambara peut être considéré comme un digne ambassadeur de la culture burkinabè autant ici qu'à l'extérieur. L'artiste investit beaucoup de sa personnalité dans ses œuvres. Il accorde une place de choix au symbolisme, au mythe, au magico-religieux. Il est adepte d'une Afrique plurielle, une Afrique épanouie, une Afrique des merveilles et des mystères. " Ambiance facile " véhicule alors le dynamisme, le rêve, l'optimisme. " La musique brise les frontières. L'art est un véritable dialogue, une découverte de l'autre, une acceptation de l'altérité ". Foi d'artiste. Et le consul d'Espagne d'ajouter : " Aujourd'hui, le Burkina Faso a des raisons d'être fier de ce fils qui porte aussi loin son honneur à travers son talent ". Ce natif de Garango (donc petit Bissa), a été à maintes reprises lauréat du Grand prix national des Arts et des Lettres du Burkina. Il a également été plusieurs fois membre de jury à la Semaine Nationale de la Culture (SNC). Pour tout cet engagement, Jean-Luc a été élevé au rang de chevalier de l'Ordre du mérite du développement rural en 2000. En 2002, l'artiste a été fait chevalier de l'Ordre du mérite des Arts, des Lettres et de la Communication. Avec une foi inébranlable, il continue d'égrener le chapelet du succès. Son leitmotiv : allier le juste, le vrai et le beau pour une expression artistique toujours plus tonifiante et vivifiante !

Arsène Flavien Bationo

 


Les portraits de rêve d'Eric Raban

Il aime la photographie, les images fortes. Grâce à elles, il a découvert le monde. C'est sa façon de voyager à travers les cultures depuis la tendre enfance, sans quitter la région parisienne où il vivait sa passion de l'art. Artiste autodidacte, il s'adonne à l'expression de ses sentiments à travers la céramique qu'il confectionnait depuis longtemps. Depuis deux ans, lui qui rencontrait les cultures à travers les livres de certains anthropologues et les images venues d'ailleurs décide de descendre de Paris à Ouagadougou par la route en passant par le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Mali. Cette aventure tentée avec un groupe de potes est jalonnée d'itinéraire de rêveries pour qui veut découvrir d'autres peuples. Lui, c'est Eric Raban, artiste, peintre français de 36 ans introduit dans le monde des plasticiens de Ouagadougou, par l'ami Salif Dermé (un autre artiste). Les images de l'Afrique sans fard ni interprétations biaisées qui ont pris place dans sa tête constituent la quintessence de ses œuvres d'une beauté originale. " J'interprète et reproduis les image à ma façon ", affirme-t-il. Le résultat, c'est 27 tableaux qui s'étalent sur les mûrs de la salle de la rotonde du Centre culturel Georges Méliès du 22 juin au 12 juillet 2006 sans tambour ni trompette. Des dessins de visage, des peintures qui sont sa façon à lui de fixer pour l'éternité des images qui marquent sa vie. Lorsque Eric observe une photographie, l'âme de celle-ci lui parle et le guide dans sa recréation. C'est en travaillant sur du bois que le peintre s'est aperçu qu'il peut faire de belles choses avec de la pâte à bois. Cette poussière des ébénisteries mélangée à de l'eau, de la colle…et la matière originale est née. Alors, certains tableaux prennent l'apparence d'une sculpture (L'ancêtre tutélaire.) La magie du bic, du feutre, l'acrylique… qui donne forme aux visages et aux silhouettes s'est portant révélée au peintre sur le tard, ici au " Pays des hommes intègres ". Confronté à la difficulté de trouver de la matière première pour sa céramique, le déssinateur-peintre qui sommeillait en lui s'est réveillé tel le génie de la lampe d'Aladin des Mille et une nuits. Alors, de novembre 2005 à mai 2006, ce sont des dizaines de réalisations qui sont sorties de son esprit pour prendre forme sur du papier à ciment et des planches. Figures multiples d'un adepte de la diversité culturelle, lieu de partage des originalités et des différences. Il est peintre d'un réel où l'imaginaire de l'artiste renforce son amour pour la peinture sur le corps. " J'aime les corps peints, les tatoués… " Eric Raban qui est à sa première exposition au Burkina Faso souhaite faire voyager ses créations au goût de l'aventure avec une forte teneur de diversité culturelle. Autochtonie quand tu le tiens ! Avec la découverte de l'âme peintre et celle de l'âme sœur, le voyage Paris-Ouaga aller/retour semble se transformer en l'amorce d'une aventure qui ne fait que commencer. Bon vent l'artiste !

LOK

 










 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

La Reine Hatshepsout

On se souvient qu'Hatshepsout est la première femme sur la terre à avoir exercé le pouvoir politique de son pays pendant une vingtaine d'années. Il y a de cela déjà 3500 ans ! A cette époque la quasi totalité des hommes, sauf le peuple négro-africain, pataugeait dans les fanges de la barbarie étant à la proto-histoire ! A l'époque où aucun autre peuple ne pouvait soupçonner que la femme puisse jamais compter dans l'histoire un jour, une femme régnait donc pendant deux décennies sur le pays le plus puissant du monde en date !
Qui était donc Hatshepsout et qu'est-ce qui a pu favoriser un tel événement ? On se rappelle qu'elle était la fille du pharaon Thoutmosis 1er et de sa Grande Epouse la Reine Ahmôsis, c'est-à-dire la reine avec laquelle il avait accédé au pouvoir. A sa mort, son demi-frère accéda au pouvoir, en épousant celle qui était devenue entre temps la Grande Epouse, c'est-à-dire Hatshepsout. Thoutmosis II (c'était son nom de règne) vécut seulement pendant quelque temps. A sa mort, Hatshepsout opéra le choix d'épouser son demi-frère, né du mariage de son père, avec une épouse secondaire. En attendant que Thoutmosis III, encore enfant, puisse avoir les capacités nécessaires pour gérer l'Etat, elle devient donc la titulaire du pouvoir politique.
Hatshepsout a sans aucun doute, été la reine d'Egypte qui a régné le plus longtemps et qui plus est, a laissé autant de vestiges prestigieux de son passage à la tête de l'Etat. Elle a en effet construit le temple portant son nom, qui se trouve à Deir-el-Bahari, et qui attire jusqu'au moment où nous traçons ces lignes, une foule innombrable de touristes de tout pays et de toute origine. La légende soutient qu'elle voulait de même, pour la plus grande gloire d'Amon, le Dieu primordial égyptien, faire élever une stèle entièrement en or. La chose s'étant révélée impossible, elle aurait fait inscrire sur la stèle de marbre qui vit le jour, ces mots sublimes : " Il faut que les générations futures puissent savoir que ma langue était fidèle en parole et que, fût-elle en marbre, je ne revenais pas sur ce que j'avais dit " ! voulant signifier par cela le fait qu'elle aimait beaucoup le Père de toutes choses, et qu'elle respectait scrupuleusement sa loi de Vérité et de Fidélité ! Hatshepsout n'a pas cependant été la seule reine d'Egypte.
Mais ce qui semble la chose la plus importante, c'est celle de savoir comment cela se faisait-il qu'une femme pût accéder ainsi au pouvoir d'Etat ? Cette question est d'autant plus pertinente qu'aujourd'hui, la femme, même et surtout l'Africaine, peut difficilement imaginer une telle réalité, d'une reine d'un Etat, durant aussi longtemps, sans coup d'Etat, légalement ! Surtout à des époques aussi reculées. N'est-ce pas là une légende et Hatshepsout a-t-elle vraiment été reine dans les conditions ci-dessus ? Si le Temple d'Hatshepsout n'avait pas existé, il est à parier que beaucoup mettraient en doute le fait historique que nous sommes en train d'évoquer. Mais il existe bel et bien ce temple et il n'y a aucun doute sur son auteur. Un autre fait est significatif : le fait d'avoir été la Grande Epouse de deux pharaons successifs ! Il signifie qu'on devenait pharaon en épousant une Grande Royale. Autrement dit, on devenait Roi en épousant une Reine, car c'est elle qui constitue l'essence du pouvoir ! En un comme en mille, cela dit clairement que la femme était la dépositaire du pouvoir politique en Egypte pharaonique ! Ce fait qui évoque les fondements matriarcaux de la société négro-africaine, implique ainsi le rôle prépondérant qu'a joué l'élément féminin en Afrique ancienne.
Il est à mettre sous le compte de la perte de la connaissance des éléments ci-dessus évoqués, notre façon actuelle de voir la femme. Les images tardifs, qui sont les nôtres aujourd'hui, dénotent l'intrusion des croyances exogènes dans la société négro-africaine, impliquant des comportements déviants lourds de sens dans le flottement actuel de l'homme noir, et les comportements inacceptables à l'égard de l'élément féminin !
La femme n'a jamais compté dans l'histoire des peuples noirs ? Qui a dit une chose pareille ? Beaucoup d'éléments, trop de preuves démentent une telle ineptie. " Jamais le rejeton du mouton ne dira meuh " !

Guy Rachet : Dictionnaire de la civilisation égyptienne Références Larousse Histoire. 1992


















© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juillet 2006