| |
Bouillon
de Culture
Aimé Téwendé
Sandwidi
Un poète polyglotte
|
|

|
" A présent le temps
s'effrite lentement
Je contemple toujours ton image
Fixé à mon lit et les souvenirs
De ces doux moments passés
Me rappellent encore ton sourire".
En quelques lignes, le jeune
poète au visage angélique, dépeint
son chagrin face à un amour qui s'est volatilisé.
Un de ses devanciers n'avait-il pas dit que : " s'aimer
c'est être deux et n'être qu'un ? " Quand
on perd pour une première fois celle qu'on imagine
être sa moitié, quoi de plus normal que ça
vous chagrine.
|
|
C'est dans un de ces tournants décisifs de l'adolescence
que Aimé Sandiwidi a écrit cette belle uvre
poétique. Moment de rêves et souvent des
grandes illusions, l'adolescent croit fermement qu'on
peut atteindre l'idéal. C'est pour cela que l'amertume
marque à jamais l'enfant en pleine croissance.
Pour Sandwidi, ces instants ont constitué une source
intarissable de créativité. Polyglotte il
a commencé a écrire des poèmes en
classe de seconde en anglais dans sa prime adolescence
d'ou le chevauchement entre la poésie et le chagrin
d'amour. C'est en 2002 que l'inspiration d'écrire
en français lui est venue. Il sait écrire
également des poèmes dans sa langue le mooré.
Ses textes sont agréables à lire aussi bien
en français qu'en anglais. Skakespeare et Molière
ont trouvé un héritier en terre burkinabè.
"Ce qui m'a fait pencher pour la poésie définitivement,
c'est ma timidité. C'est le seul cadre où
on peut s'exprimer sans subir des pressions." dit-il.
Poète intimiste, son désir est de se faire
comprendre. Ses textes ne sont donc pas hermétiques
comme certains de ses aînés dont les productions
étaient destinées à l'élite.
Cette approche pédante et élitiste a enlevé
le goût de la poésie à la jeune génération,
qui n'a que faire des pirouettes linguistiques. En véritable
poète, il écrit comme son inspiration le
guide. Actuellement enseignant d'anglais dans un lycée
à l'intérieur du pays, son désir
est de voir publier ses recueils un jour. Il aimerait
qu'on les intègre dans des chansons.
L'environnement actuel y est propice avec l'éclosion
des groupes de Rap. Son style d'écriture ressemble
à celui des stars du Rap bien connues des mélomanes
burkinabè, Smarty de Yeleen. Tous les thèmes
sont abordés dans ses oeuvres et Dieu occupe une
place de choix, il écrit des textes religieux pour
louer l'Eternel, le Seigneur de l'univers grâce
à qui il est ce qu'il est. " Tout ce qui est
sur terre, n'est pas un fruit du hasard. " souligne-t-il.
Son calme fait de lui un personnage énigmatique
pour ses proches. Son sourire innocent au coin des lèvres
laisse ses interlocuteurs pensifs, ils éprouvent
des difficultés à lire ses pensées.
L'environnement familial y est pour quelque chose dans
sa nature. Aimé dit avoir vécu avec un père
qui lui a conseillé l'humilité et la retenue.
Sa timidité trouve une explication dans son éducation.
Il ne comprend pas qu'on n' étudie pas les poètes
burkinabè dans les classes. Les regards sont tournés
vers les écrivains étrangers. Pourtant on
en a d'excellents dans toutes les disciplines littéraires.
Il cite Jacques Guengané, Béogo Joseph,
Bernadette Sanou née Dao
Ce koupélien
bon teint n'oublie pas de décrire ce qu'il y a
de spécifique chez lui comme quoi au rendez- vous
du donner et de recevoir chacun y vient avec ce qu'il
a et qui marque une différence fondamentale avec
les autres. C'est à ce propos qu'un des poème
destiné à son cher village figure dans son
recueil. " Nous irons à Koupela, Pour déguster
ses poulets mademoiselles, Je t'offrirai ses goyaves à
la douceur suave
"
Agé seulement de 29 ans, ce jeune homme mérite
qu'on l'encourage . A l' image de l'auteur de " Si
" Rudyard Kipling, de Césaire
chaque
génération en fonction de ses aspirations
a ses poètes qui disent son ressentiment face à
son évolution. Donc Aimé Téwendé
Sandwidi est celui-là qui incarne la poésie
de notre temps. Il mérite d'être soutenu.
Merneptah Noufou Zougmoré
Sida ka taa signe son
troisième album
L'Association SIDA KA TAA " Que le SIDA parte !
" en langue Dioula qui, depuis avril 2001 fonctionne
à Bobo Dioulasso, a pour but principal d'informer
les populations, en particulier les jeunes, sur le Sida
et les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) et
soutenir les personnes infectées par le VIH. Concept
né en 1999 de l'initiative d'un médecin
et d'un artiste musicien (groupe Wountey), cette dynamique
association, regroupe une masse critique de personnes
convaincues, bénévoles pour la plupart,
qui acceptent de s'investir pour freiner cette pandémie
au Burkina Faso. Elle dispose dans la ville de Sya, d'un
bureau de 10 membres et d'un secrétariat permanent
composé de trois employés. Pour atteindre
ses objectifs, elle organise des activités artistiques
(musique, danse, théâtre-forum, peinture,
sculpture
), scientifiques (conférences, interventions
publiques) et fait de la production, la diffusion et la
commercialisation de produits artistiques. C'est dans
ce sens que depuis sa création, elle essaye de
mettre sur le marché des compilations de musiques
produites par des artistes locaux et internationaux qui
acceptent de prêter leur talent, à cette
guerre qui mérite bien des engagements. Des musiciens
de renommée internationale (Tiken Jah Fakoly, Salif
Keïta, etc.) ont pu ainsi animer des concerts-sensibilisations
gratuits à Bobo-Dioulasso les années précédentes.
Une caravane constituée d'artistes nationaux a
sillonné le pays en 2003 avec des messages forts
soutenus par une rythmique forcement agréable.
Avec SIDA t'an faran (le Sida ne nous séparera
pas !) son troisième album qui fustige la stigmatisation
des personnes vivant avec le VIH, SIDA KA TAA insiste
sur la nécessité de ne pas baisser la garde
face à ce mal du siècle qui continue de
faire des ravages. Cette compile de dix titres est le
produit d'un concours de musique qui a réuni 210
artistes-musiciens nationaux en 2003. La récente-sortie
dédicace de cet album mixé à Bruxelles,
qui entre dans le cadre de la stratégie de communication
de l'association, a permis au public d'être informé
de la disponibilité sur le marché de 500
VCD et d'un clip vidéo pour chacun des titres.
Pour soutenir ce noble combat, le grand Salif Keïta
a apporté son grain de sel, avec beaucoup de maestria.
A posséder absolument !
Ludovic O Kibora
|
| Par
Bétéo D. Nébié
Le paradoxe
de la " super puissance "
Il semble acquis que l'humanité soit passée
de la force à la loi, de la raison du plus fort
à la raison tout court. On dit donc qu'une société
est civilisée lorsqu'elle a fait suffisamment la
rupture entre la force et la loi comme mode de règlement
des conflits entre ses membres.
Comment cela se fait-il que la " super-puissance
" soit aujourd'hui acceptée comme référentiel
de civilisation ? Hier, c'était les Etats Unis
d'Amérique et l'Union Soviétique qui se
partageaient ce " privilège " de "
super puissants ". Après la chute du Mur de
Berlin et le déclin du " communisme ",
il ne reste plus que les Etats Unis. Et voilà les
Américains qui se pavanent tout seuls dans la cour
du monde, torse bombée à l'extrême
! Ils font ce qu'ils veulent, changent unilatéralement
les conventions les plus sacrées, violent les lois
les plus essentielles et le disent haut
Qui n'est
pas content ?
Or, cette situation devait non seulement soulever la
conscience des peuples " civilisés "
(puisque apparemment les Américains ne le sont
plus et pour cause), mais (et cela aussi doit en fait
exister), les Américains encore conscients, devraient
tirer fortement sur la sonnette d'alarme. Jamais la "
puissance " ne saurait être une valeur, encore
moins une référence de civilisation ! En
effet, cette réalité (la force pour parler
terre-à-terre), qui a probablement été
la marque incontestable du leadership de tous les groupes
d'animaux aussi bien que des hommes, a été
éliminée (au niveau des sociétés
humaines) au profit de valeurs plus conformes à
l'idée que l'on doit se faire d'une société
civilisée ! Précisément, c'est parce
qu'avec le temps, les hommes se sont rendus compte des
limites de cette force, qu'ils lui avaient préféré
la loi ! La force est trop limitée pour gouverner
des hommes : d'abord, on n'est jamais toujours le plus
fort, de plus, les problèmes humains sont si complexes,
que la seule force se trouve inadéquate pour les
résoudre tous. Il y a d'autres raisons encore !
Comment les hommes en sont-ils arrivés au point
qu'aujourd'hui, ils préfèrent la force à
la loi, puisqu'ils accordent une importance à la
" puissance " dans leurs valeurs civilisationnelles
?
La société humaine est devenue si folle
dans sa recherche de bien matériel, qu'elle oublie
les fondements qui l'ont fait progresser jusqu'ici : la
recherche inlassable d'être plus humain, plus juste
! Actuellement, les leaders du monde nous entraînent
vers l'abîme tout en prétendant vouloir réaliser
notre bien-être. Il est temps que les hommes se
recentrent sur l'essentiel : la solidarité, la
tolérance, la coexistence pacifique, le bien-être
dans la spiritualité... La force à outrance
est un leurre, elle ne pourra jamais construire un monde
de paix et de bonheur. Jamais ! La domination des faibles
par les forts ne réalisera jamais le bonheur, ni
des uns encore moins des autres ! Le parcours de l'Homme
est formel sur ce point !
L'histoire doit servir. Quand est-ce que une société
fondée sur la force, donc le déséquilibre,
la volonté individuelle, en un mot l'injustice,
a-t-elle perduré ou même laissé des
traces remarquables ? Si la société occidentale
a connu autant violence et de barbarie à travers
le temps, n'est-ce pas précisément parce
qu'elle a toujours eu cette tendance malheureuse à
la domination qu'on retrouve même dans leurs livres
sacrés ?
Les anciens Grecs avaient soutenu que " Jupiter
rend fous ceux qu'il veut perdre " ! Tous ces laudateurs
de la force ne sont-ils pas devenus fous ? Il semble que
le Créateur ait trouvé indispensable l'existence
du " mal " à côté du "
bien ", comme les deux pieds qui font marcher, comme
le jour et la nuit dont chacun joue son rôle pour
les êtres et les choses, comme le mâle et
la femelle qui perpétuent à deux, l'uvre
de création qu'Il a initiée ! Mais chaque
chose devrait être à sa place, jouer son
rôle sans jamais chercher à prendre la place
de l'autre. C'est la raison pour laquelle nos ancêtres
de la Vallée du Nil avaient ce mot juste qu'ils
enseignaient aux initiés : " Il y a un temps
pour chaque chose ; un temps pour l'harmonie, un temps
pour l'anarchie et nul ne peut changer la marche des étoiles
" ! Combien d'entre nous pensons réellement
que la force à la place de la Loi soit une attitude
de civilisation ? Ne sommes-nous pas à la veille
de grands bouleversements, annonciateurs de lendemains
incertains ?
Cheikh Anta DIOP : Civilisation ou barbarie : anthropologie
sans complaisance. Editions Présence Africaines.
1981.
|
|
|