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Bouillon de Culture

La retraite définitive de Djéliba Tidiane

Bobo Dioulasso, quartiers Souroukoukin, Médina Koura. Les années 70 tirent vers leur fin. Le premier trimestre de l'année calendaire est balayé par un harmattan doucereux, pendant que les troncs des arbres du quartier sont habillés de jupes de chaux vive. La célèbre Trypano qui fait office de léproserie grouille de monde. C'est la fête chez les protégés de Raoul Follereau (1903-1977), et tout le monde y contribue dans une excitation inhabituelle. L'attraction du jour n'est pourtant pas due à l'arrivée des masques Panthères bobo, mais à la prestation d'un artiste local au faîte de son succès : Tidiane Coulibaly et son Dafra Star.

Ceux qui, parce que trop jeunes, ne pouvaient que se contenter d'être bercés les samedis soirs par les mélodies en provenance d'un dancing situé aux environs du marché central de Bobo, avaient l'occasion de voir de près les pirouettes, micro en main, du grand Tidiane. Pas besoin de dire que la fête fut belle.
" Si tu chasses ton chien parce qu'il est méchant, c'est la chèvre d'autrui qui te mordra. " Des chansons qui tirent leur substance de la tradition orale, sur une rythmique qui fait la part belle au balafon et autres djembé, Tiadiane Coulibaly dit Djéliba (le grand griot) fut sans conteste l'un des tous premiers artistes musiciens burkinabè à faire une intégration réussie de la musique moderne et des rythmes traditionnels des terroirs du Sud-ouest. Pouvait-il en être autrement, lui qui depuis son village natale faisait danser jeunes gens au clair de lune au rythme du balafon ? Il a chanté la beauté féminine, l'amour, l'amitié à travers " Les filles de Tounouma ", " Chérie Georgette ", " Diarabi ". Mais aussi la société avec " Fitiry mawaly " (ingratitude) " Bana djougou " ( Maladie grave), " Fourou nafolo " (la dot), etc. Tous les thèmes étaient bons pour ce grand griot moderne qui n'hésitait pas à user de son talent pour reluire l'image de sociétés nationales et autres manifestations culturelles d'envergure comme le FESPACO. Cette facilité à manier le micro lui avait permis de chanter aussi bien la " Révolution d'Août " que " Les Engagements nationaux " de la 4ème République. C'est dire que son auto-surnom lui allait comme un gant. Il savait avec maestria, traiter aussi bien des messages de sensibilisation que de thèmes proches de la comédie musicale. Cela lui a d'ailleurs valu de figurer sur la toute dernière compilation d'artistes locaux en faveur de la lutte contre la drogue.
Malgré des dizaines d'œuvres produites, Tidiane comme bon nombre d'artistes de son époque n'a pas eu une carrière musicale internationale à la dimension de son talent. Lassé sans doute, il chante vers la fin des années 80 " Je prends ma retraite." Peut-on prendre sa retraite de la scène musicale lorsqu'on a le rythme dans la peau ? Cet homme qui compose ses chansons avec une facilité de poète du 18ème siècle ne résistera pas plus de trois ans à l'appel du cor. " Je suis de retour " sorti en 1991, marque son come back à une époque où une autre race de musiciens burkinabè occupe lentement mais sûrement la scène. Qu'à cela ne tienne ! Tidiane a décidé de poursuivre ce qu'il sait faire le mieux. Premier chef de l'Orchestre national du Burkina Faso, créé 15 avril 2000, sous l'égide du ministère de la Culture, une malheureuse histoire de trafic de visa a failli ternir l'éclat de cette étoile qui brille sur les scènes du Faso depuis 1962. En effet, en 1962 avec Babou Traoré et les autres, Tidiane influencé par Marius Santana, le Béninois de Bobo, grince sur les cordes de la guitare de l'orchestre Dynamic Jazz fondé une année plus tôt à Bobo Dioulasso dans le quartier Farakan. En 1963, il prend le micro et interprète avec brio " Et pourtant " de Charles Aznavour. Le Chanteur Tidiane Coulibaly venait de naître. Avec Marius le Béninois, Lorenzo et Sherrif les Congolais, Papa Diop, Macky Cissé, Tiemoko Djan Koïta, Babou Traoré, etc. Tidiane et sa clique font exploser les pistes de danse de la capitale économique du Faso. En 1964, Drissa Koné rachète le matériel d'un expatrié du nom de Bordas qui s'apprête à rentrer chez lui : Le Volta Jazz est créé. Tidiane qui prétexte une amende (150 F CFA) à lui infligé pour être arrivé en retard à une répétition du Dynamic Jazz, trouve le prétexte qu'il cherchait pour rejoindre les rangs du Volta Jazz où il deviendra chef d'orchestre. Coup dur pour Dynamic Jazz qui se muera en 1966 en Echo d'El Africa, avec le virtuose de la guitare Tiémoko Djan et un certain Balaké qui interprétait avec panache des chansons mandingues dont raffolent les Bobolaises au coucher du soleil. En 1975, Tidiane, après avoir remporté la coupe Lions club (1972) à la Maison du Peuple, face à la mythique formation de l'Harmonie Voltaïque, se sauve pour créer le Dafra Star de Bobo Dioulasso avec du matériel flambant neuf acquis par l'opérateur économique Gaoussou Sanogo. Tout en animant dans un dancing très en vogue à l'époque, cet orchestre ne ratait pas d'occasion pour attirer des foules de badauds lors de prestations en plein air dans les artères de la ville de Sya. Entre temps, Tidiane sera appelé en renfort à l'Harmonie Voltaique pour représenter le pays au Festival des arts et de la culture d'Afrique à Lagos 1977. Il continuera son voyage à travers les groupes musicaux avec plus ou moins de réussite. Djembé solo sorti en 2003 confirme que l'homme de Baba Moussa continue de puiser dans la rythmique traditionnelle tout en piochant dans le champ de la dance music style, Soukouss congolais, comme pour rester dans le mouvement. C'est en tout 119 œuvres, qui se regroupent en 8 cassettes, deux 33 tours et 15 quarante cinq tours qui ont été répertoriées par le Bureau burkinabè des droits d'auteur (BBDA), de la part de cet artiste infatigable.
A l'ouverture et à la clôture du récent FESPACO 2005, il avait aux côtés de Babou Traoré, Cissé Abdoulaye, Amadou Balaké animé un bal retro fort bien réussi au Bar dancing Le Festival à Ouaga. Mais Hélas ! Moins de 10 jours après cette prestation, la résistance de Kôrô Tidiane de Kankalaba s'est arrêtée dans la nuit du 13 mars 2005. A moins de six mois de son 64ème anniversaire, cet ex-employé de la Régie (des chemins de fer) Abidjan Niger (RAN) à la voix chaude et envoûtante s'est tu à jamais. Adieu Djéliba. Que la terre te soit légère !

Ludovic O. Kibora



 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié

Le Livre des Morts des anciens Egyptiens


Le problème de la religion est important pour toute société humaine. Base de la reconnaissance de l'être pour ses propres insuffisances, peurs et espoirs, elle est en outre une proposition de solution pour un modus vivendi avec le Créateur. On a voulu pendant longtemps dénier à l'homme noir, même cette aspiration élémentaire, en transformant sa démarche vers la Divinité, en une série de pratiques sordides et sataniques. Lorsque les éléments démonstratifs d'une Egypte pharaonique nègre ont commencé à être patents, les tenants d'une Afrique incapable de tout génie humain sont montés sur leurs grands chevaux pour s'opposer farouchement à cette réalité qui devenait évidente chaque jour que Dieu faisait. Puis, de guerre lasse, la chose devenant incontournable chaque jour davantage, ils se mirent à injurier bassement le pays des Pharaons et leurs pratiques. La réaction d'un Adolf Erman traitant la mentalité égyptienne de : " folie, absurdité et déraison. " démontre parfaitement cette position. On est même aller jusqu'à qualifier le " Livre des Morts " de : " Conte à dormir debout, d'un ennui insurmontable, un tas d'absurdités et de folies…On se sent étouffé sous l'énorme avalanche d'insanités et de niaiseries ". N'était-ce pas là une preuve que le peuple égyptien pharaonique était noir, puisque les Noirs étaient exactement vus sous le même angle en ces temps-là ? N'est-ce pas en ces " temps bénis " en effet qu'on disait, parlant du Noir, que " L'intelligence était inversement proportionnelle à la longueur du sexe " signifiant par là que les " Nègres ", généralement dotés d'un membre supérieur à la leur, étaient précisément plus bêtes à cause cela ! Mais qu'est-ce que " Le Livre des Morts des anciens Egyptiens " ?
Intitulé précisément " Le Livre de la sortie de l'Ame vers la pleine Lumière " par ses concepteurs, il était de fait un précis de pratique minutieuse des diverses attitudes, paroles et prières que le mort devait maîtriser, afin de surmonter tous les pièges qui guettent l'âme après sa sortie du corps. Cette maîtrise parfaite devait conduire inévitablement l'être humain vers la Grande Divinité, pour faire un, avec Elle. " Le Livre des Morts… " est probablement le seul document à notre connaissance, qui soit en même temps, une " géographie " de l'Au-delà, décrivant dans les moindres détails le décor complet de ce que l'Âme trouve à sa sortie, et un manuel d'invocations et de résolution d'énigmes complexes, du début à la fin. De plus, il indique exactement l'utilisation minutieuse de chaque mot et de chaque geste. A la différence des livres des religions révélées qui mélangent constamment prières, histoire et sociologie au détriment souvent de la première, " Le Livre des Morts… " est uniquement un document de prières, mettant systématiquement l'accent sur les paroles et les gestes à accomplir ! Les 192 chapitres du Livre démontrent comment l'être peut triompher de la seconde mort, c'est-à-dire de la définitive, comment l'Homme peut-il agir pour devenir dieu avec les dieux, lumière avec la Lumière ! On voit ici la différence essentielle entre l'objectif de la religion pharaonique et celle, plus tardive des religions dites du Livre, ou religions révélées, pour lesquelles, l'objectif est d'aller au Paradis.
La vision pharaonique de la religion jette une lumière singulière sur les pratiques religieuses des Africains d'aujourd'hui. A cause de la perturbation multi-millénaire des croyances de l'homme noir, non point depuis la Traite et la colonisation, mais bien depuis la défaite en -525, de l'Egypte nègre devant Cambyse, le fou perse, le continent mère de tout ce que l'être humain avait créé de plus significatif, a en effet perdu pied. Aujourd'hui, l'une des manières, sinon la manière définitive de réconcilier la religion africaine avec elle-même, c'est le recours à ce que contient le Livre de la sortie de l'Âme vers la pleine lumière du Jour ! Seule une telle démarche pourra permettre à l'homme noir de ne point se sentir ridicule dans sa démarche vers Dieu, tout simplement parce qu'il fonde ce qu'on appelle de façon méprisante, les pratiques africaines. Les Anciens affirment que : " Aucun homme ne saurait vraiment être un mauvais danseur. Cela peut l'être, tant qu'on ne joue point pour lui, les louanges de ses Pères " !

Grégoire KOLPAKTCHY : Livre des Morts des anciens Egyptiens. Dervy-Livres 1979



© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 03 avril 2005