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Bouillon de Culture
Les enfants de la rue s'exposent à la Rotonde

Médecins Sans Frontières (MSF) est une ONG qui œuvre dans l'humanitaire depuis 1971. La section luxembourgeoise de cette organisation développe depuis 1995 des activités au Burkina Faso dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA, particulièrement dans les districts sanitaires de Pissy et de Sindou. En 1997, le projet "Assistance médico-psychosociale aux enfants de la rue de Ouagadougou et aux filles clandestines des rues " voit le jour.

A l'heure actuelle, environ 800 jeunes de 06 à 20 ans sont répertoriés à travers des sites de la capitale burkinabè, qui vont des abords des marchés de quartiers aux gares routières, en passant par les proximités de certains immeubles et bâtiments publics. La stratégie de MSF consiste à leur apporter dans " ces lieux de résidence " choisis par contrainte sociale ou assez souvent de façon consciente et délibérée, assistance médicale et psychosociale et un accompagnement en vue de leur intégration socio-économique.
"Autoportraits des enfants de la rue", qui occupe la salle de la Rotonde du Centre culturel Français Georges Méliès, du 12 au 29 janvier, est une exposition de photographies réalisées par les enfants eux-même sur leur quotidien. L'autoportrait transparaît plutôt dans les légendes qui sont d'un réalisme poignant, car en réalité, il s'agit de photographies mutuelles qui, au-delà de leurs banalités, permettent de cerner cet univers de vie qu'est la rue, dans son entièreté. On comprend que la rue n'est pas simplement un "espace physique." Toute une sociabilité s'y déroule et se développe. Violence, drogue, prostitution, pédophilie, précarité, etc. , a priori l'univers de ces enfants est le concentré de tout ce qu'il y a de négatif. Que diantre! Sont-ils allés chercher dans cette galère ? Pourrait-on se demander. La réponse on ne peut la trouver qu'avec les enfants eux-mêmes. Voilà la philosophie qui s'exprime à travers cette exposition et qui guide la politique de MSF concernant cette frange de la population, qui croit de jour en jour. " La rue c'est là-bas que je peux me cacher. Parce que je ne veux pas vivre dans un quartier où les gens connaissent que je ne travaille pas, que chaque jour je suis à la maison… " Parole vraie dont le sens ne peut être recherché au-delà de la conscience de cet adolescent qui l'exprime. Les images du Wouhouman (le drogué) ou du Bakoroman (le dormeur) peuvent n'avoir rien d'extraordinaire pour qui habite n'importe quelle cité africaine, mais l'expo photo les rend plus proches, plus expressives, plus cruelles. Expo-sensibilisation, expo-témoignage qui permet au public de connaître ce milieu qu'il côtoie quotidiennement à distance. Comme le dit si bien l'éducateur Zampou Lacina : " Aider un enfant de la rue, c'est le connaître au niveau familial et au niveau de la rue. " Dans la rue, l'enfant construit son cadre de vie propre. Cette forme de communication interpelle tout citoyen sur sa possibilité de faire quelque chose pour arrêter ce fléau. Contrairement à certaines idées reçues, beaucoup de ces enfants qui viennent de milieux défavorisés sont souvent rejetés par leurs propres géniteurs. Quel est donc ce monde où les enfants ont plus confiance à ce no man's land qu'au domicile parental ? L'Afrique solidaire, l'Afrique des familles élargies, n'était-il qu'un mythe entretenu par la quiétude du village, du temps jadis de l'abondance ? Heureusement, au-delà de cette exposition MSF, comme bien d'autres acteurs au Burkina Faso, mènent des activités concrètes qui permettent à la communauté de se réveiller. " le problème des enfants de la rue ne doit pas être l'affaire des seuls spécialistes", martèle avec raison l'infirmier Ousmane Sawadogo. En attendant, au grès d'efforts divers des agents de MSF, 28 enfants de la rue ont pu réintégrer leur famille en 2004 et y vivent une situation stable. 15 d'entre eux, considérés comme des aînés ont pu être initiés à apporter des soins de santé de primaire à leurs petits-frères. les manifestations socio-éducatives mises en place par MSF amènent les populations des quartiers de Ouagadougou à prendre au sérieux le phénomène des enfants de la rue. Il n'est pas rare de voir à l'issue des " tournois de football de cohabitation ", des résidents du quartier proposer spontanément d'embaucher quelques enfants dans leurs entreprises. Le projet qui entame sa deuxième et dernière phase pourrait être pérennisé par des nationaux qui, après avoir évolué sous la coupe de l'ONG internationale, comptent ont monté une association dénommée Keeogo*, afin de poursuivre la récupération des enfants de la rue par la même philosophie. Burkina Faso, Pays pauvre très endetté, où plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, la lutte contre toute forme d'exclusion ne devrait pas être l'affaire des seules structures étatiques. C'est d'ailleurs une heureuse coïncidence que ces images qui interpellent le bon sens s'exposent en plein mois de la solidarité

Ludovic O. Kibora

FESPACO 2005
Les innovations arrivent

L'année 2004, le pays de Méliès et des frères Lumière a donné le sourire au cinéma français qui, jusqu'ici, est durement concurrencé dans le cœur des cinéphiles par les productions du pays de l'Oncle Sam. Selon Antoine Baecque du journal Libération du 10 janvier 2005, il y a eu 194 millions d'entrées au cinéma dans l'Hexagone en 2004, dont 74,7 millions pour les films français. Huit films français ont dépassé la barre des 2 millions d'entrées contre seulement 3 en 2003. Des chiffres qui prouvent que lorsque le cinéma atteint un certain niveau d'achèvement, il constitue une véritable industrie dans le développement d'un pays.
"Formation et enjeux de la professionnalisation", le thème de la 19ème édition du Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (FESPACO) est une invite à la réflexion afin d'aider le film africain à sortir du tunnel du "cinéma calebasse." Beaucoup d'efforts ont été faits vers la recherche de l'excellence, mais un long chemin reste à parcourir pour la montée vers les sommets. C'est bien connu, la conquête des écrans par le cinéma africain ne peut se réaliser effectivement dans cette ambiance de mondialisation sans plus de rigueur technique dans les productions locales. Les Africains aiment leur cinéma certes, mais il n'est possible à quiconque, encore moins aux cinéastes africains de vivre " d'amour et d'eau fraîche. " En effet, même en faisant salles combles, nombreux sont les réalisateurs qui ne parviennent pas à rentabiliser leurs films, compte tenu du pouvoir d'achat des populations et du coût du ticket d'entrée dans nos salles obscures. Avec des techniciens bien outillés, les réalisations gagneront en qualité, toute chose qui pourra positionner le cinéma africain sur l'échiquier de la compétitivité internationale. Le cinéma-industrie cherche encore ses marques en Afrique sub-saharienne à cause de manque de moyens financiers et techniques et d'insuffisance de professionnalisme. Des éléments qui jouent sur la qualité des réalisations à bien des égards. Du 26 février au 05 mars prochain, le FESPACO qui soufflera sur ses 19 bougies d'édition, fêtera par la même occasion le 50ème anniversaire du cinéma africain. C'est donc l'heure des grands défis. On attend les engagements et autres résolutions qui seront pris pour une sortie du cinéma africain de l'ornière, d'intéressants changements de forme concernant le palmarès du Festival ont été décidés par le Secrétariat permanent. Le grand frère de Carthage avait depuis belle lurette ses Tanit d'or, d'argent et de bronze, le festival de Ouaga aura désormais ses Etalons aux trois métaux différents. Ainsi, en lieu et place de l'Etalon du Yennenga qui récompensait la meilleure réalisation en long métrage, il y aura l'Etalon d'or doté d'une somme de 10 millions de francs CFA, qui sera suivi de l'Etalon d'argent (5 millions F CFA) et de l'Etalon de bronze (2,5 millions FCA). Côté courts métrages, il y aura le Poulain d'or (3 millions de F CFA) le Poulain d'argent (2 millions de F CFA) et le Poulain de bronze (1million de FCFA) qui récompenseront successivement les trois meilleurs œuvres. La section TV-Vidéo et celle des séries télévisées seront aussi primées. En outre, tous les lauréats recevront un trophée, souvenir qui sera une reproduction du monument de la place des cinéastes. Le FESPACO 2005 entame une avancée remarquable dans les innovations de formes qui doivent déteindre forcement sur le fond, pour coller à cette assertion littéraire qui veut que les "belles œuvres soient filles de leurs formes." Le cinéma africain qui dans certaines parties du continent (Afrique du Sud, Afrique du Nord…) joue dans la cour des grands, souffre encore de l'insuffisance de centres de formation initiale capable de dégrossir et canaliser la rage de vaincre de ces hommes et femmes qui ont fait de ce 7ème art leur métier. A l'occasion du rendez-vous 2005 de Ouagadougou, les réalisateurs burkinabè qui ont été très prolixe en production filmique depuis l'édition 2003 seront omniprésents avec les films de Dany Kouyaté, St Pierre Yaméogo, Fanta Regina Nacro, Boubacar Diallo, Apolline Traoré…Vivement que cette édition de la maturité soit un véritable rite de passage pour le cinéma africain

Ludovic O. Kibora

FOCUS AFRICA

Par Bétéo D. Nébié

Intolérance religieuse: Le salut pourrait venir d'Afrique

Pour une majorité probablement écrasante de l'humanité, le continent noir est à la dérive. Certains le croient irrémédiablement perdu. Les hommes noirs, pour la plupart, se sont persuadés de l'inévitabilité de cette perdition prochaine.
La marche des hommes sur la terre comporte des constances que seuls perçoivent heureusement la minorité. Et ceux-ci sont sûrs que l'Afrique est en train de renaître. Et cela le sera sans doute par le retour vers nos temples, vers nos bosquets sacrés, vers la vraie spiritualité africaine. Il ne fait plus de doute que Doumbi Fakoly, avec son dernier ouvrage "L'origine négro-africaine des religions dites révélées", a probablement tapé dans le mil, dans la perspective de cette renaissance en gestation !
Beaucoup de personnes se demandent si l'Afrique a connu ce que l'on nomme "religion". D'autres encore sont persuadées que la pratique africaine de la divinité, que l'on a qualifiée de tous les noms dévalorisants, ne peut se rapprocher de rien d'autre que du satanisme !
Mais, chaque fois que l'humanité a fait un bond en avant, cela a été au moment où les espoirs semblaient perdus.
Le plus grand danger qui menace le monde présent, c'est probablement les intolérances religieuses. Certains sont persuadés que la troisième guerre mondiale sera religieuse. Les " religieux " d'aujourd'hui ou les " fous ", - et certains se disent des " fous de Dieu ",- n'ont plus rien d'humain. Ce sont des animaux d'un genre nouveau, plus barbares et plus bêtes que tout ce que la terre n'a jamais encore créé ! Ils constituent une gangrène contre l'espèce humaine, une sorte d'ennemi devant l'Eternel. Dans la perspective de cette lutte pour sauver le monde, et pour faire face à ce danger, Doumbi Fakoly propose pour l'humanité une solution africaine originale : le recours aux valeurs de la pratique africaine de la Divinité. En faisant ressortir les principes fondateurs de cette croyance-pratique, il fait renaître l'espoir à partir du continent-mère de l'humanité et de la civilisation. Recourant à l'archéologie historique dans un domaine difficile comme le rapport de l'Homme avec la Divinité, il explique l'origine des rapports de l'être humain envers son créateur, les axes fondamentaux de toute religion, les emprunts qui étaient et qui restent incontournables dans ce domaine, les mensonges divers dont se sont rendus coupables les " commerçants de la divinité ", les ingratitudes de ceux qui se sont trompés dans le sens véritable de l'orientation vers Dieu… Il retrace les principales forces de ce qu'il est convenu d'appeler la " religion africaine ".
Les ennemis de la vérité vont enfourcher leurs grands chevaux, pour mettre sous le boisseau cette œuvre capitale. Ils vont essayer peut-être d'attenter à l'intégrité physique de ce grand intellectuel africain. Mais une attitude devrait prendre le dessus sur les attentats de tous genres : une analyse objective par les Africains et tous les hommes de bonne volonté, des assertions défendues dans l'ouvrage. Il est probable et certain qu'après cet examen sans parti, d'autres travaux complèteront " Origine négro-africaine des religions dites révélées ", en préciseront certains contours, élagueront d'autres. Dans cette opération nécessaire, c'est toute l'humanité qui sortira grandie. Les " fous " des différentes divinités perdront alors le vent maléfique qui les pousse. Une autre ère s'ouvrira. Une fois encore, le salut viendra peut-être de l'Afrique, d'où sortira toujours quelque chose de positivement nouveau.

Doumbi-Fakoly : L'origine négro-africaine des religions dites révélées. Editions MENAIBUC 2004

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 janvier 2005