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Atelier Théâtre Burkinabè: Le 9ème FITD est là!

Vendredi 13. Ça chauffe sur le bitume de la rue des arts. La chaleur subite et inhabituelle en ce mois de février qui jusqu'ici était frisquet n'en est pas la cause. Pour une question de gestion de l'espace marchand, des manifestants ont décidé de dire leur ire à l'autorité communale en s'en prenant à bout de champ à tout symbole de l'Etat. De Kalgondin à Gounghin, Ouaga expérimente ce jour une guérilla urbaine d'un autre genre. L'atmosphère explosive faite d'odeur de souffre et de pneus brûlés n'empêche pas des hommes et des femmes de travailler du côté de la maternité de Gounghin, à réaliser leur passion : le théâtre. Bâtisse imposante, véritable complexe de l'art du spectacle. A jour "j" moins cinq, l'Atelier théâtre burkinabè (ATB) s'active à la préparation de sa biennale de rencontre artistique : Le Festival international de théâtre pour le développement (FITD). Issiaka Dianda, artiste et comédien membre de l'ATB, donne ses derniers coups de pinceau à des murs que visiteront des centaines d'hôtes. Alizeta Tiendrébéogo, Noëlie Ouédraogo, Edwige Ouédraogo, Ismaël Koanda… immortalisés sur les frontons des multiples salles, suivent de l'au-delà, ce sympathique remue-ménage dont ils ont eu l'habitude de vivre. Au secrétariat, Bazié Fabrice, le jeune rédacteur en chef de la toute nouvelle revue trimestrielle, s'affaire avec ses collègues à gérer les multiples sollicitations d'ici et d'ailleurs.
Créé en 1978 par Prosper Kompaoré, enseignant d'art du spectacle à l'université de Ouagadougou, l'ATB a fait du concept de théâtre pour le développement son cheval de bataille. C'est ainsi qu'elle est la première compagnie nationale à initier le théâtre forum, inventé par le Brésilien Augusto Boal. Cette forme théâtrale où le public devient acteur vise à " aider les gens à prendre conscience de certaines réalités de la vie. " Lutte contre la tuberculose, le harcèlement sexuel ou l'infection au VIH/SIDA sont autant de thème, que la compagnie, avec l'aide de partenaires a su savamment mettre en scène pour des campagnes de sensibilisation de proximité. Si l'ATB consacre 80% de son temps à ce genre d'expression scénique, il fait aussi du théâtre d'auteur. Depuis ses débuts, ses trois domaines d'activité sont : la création et la production théâtrale et audio-visuelle, la formation, la promotion du théâtre pour le développement.
Cette nouvelle conception du théâtre a fait des émules au Burkina Faso au point qu'on trouve de nos jours une centaine de troupes qui en font usage au quotidien.
A travers cette philosophie, l'ATB fait de la prestation de service, sollicitée par de nombreux partenaires qui souhaitent voir entrer le message de sensibilisateur dans les maisons de nos villes et campagnes. Et ça marche ! C'est fort de ce succès dans un pays où les promoteurs de troupes théâtrales et les comédiens sont obligés d'avoir une seconde activité pour ne pas arracher la queue du diable à force de la tirer, que l'ATB a lancé un autre pari. : une biennale de rencontre entre amoureux des planches. Le FITD qui a fait sa crise d'adolescence en toute positivité est née en 1998, de cette volonté de fédérer les savoirs et de créer un cadre d'échange entre artistes de tous les continents. La mayonnaise a tellement bien pris que même si la course derrière les sponsors et autres partenaires demeure permanente, ce sont plutôt les compagnies étrangères qui se bousculent pour être présentes à Ouaga. Notoriété quand tu es là !
Neuf éditions, un palmarès éloquents. En 2002 déjà, le FITD recevait 54 troupes en provenance de 19 pays d'Afrique, d'Europe et d'Amérique. " Au nombre des originalités de cette 9ème édition du FITD, l'on observera que les matinées du FITD seront occupées par la tenue de la troisième édition du Concours artistique du primaire de Ouagadougou (CAPO) et les après-midi, par la tenue de la 5ème édition du concours du Théâtre forum (CTF)" annonce le presse- book de l'ATB. Avec une vingtaine de pays attendus, le FITD 2004, c'est aussi des ateliers de formation, un colloque et une rencontre au CCF-GM, un " Cabaret théâtre " qui promet des débats tardifs pour les couche-tard. En plus, le FITD joue l'intégration africaine. Avec la présence quasi-certaine de six troupes ivoiriennes, trois sénégalaises, deux togolaises... la fête ne peut être que belle. Pour Charly, l'étudiant fauché de Zogona, pas besoin de calculer le prix du carburant, du parking, etc. car le FITD se déplace sur le campus universitaire. N'est-ce pas aussi le public qui donne au théâtre sa raison d'être ? C'est pour parfaire cette mobilisation que la parade de l'après midi du 18 dans les rues du quartier a tout son intérêt. Avec la foi qui les animent, Prospère Kompaoré et ses jeunes collègues parviennent à tenir leur rencontre des années paires, même avec le tiers des prévisions budgétaires. Tout est question d'organisation.

Par Ludovic O. Kibora


TASUMA ou L'esprit brûlé

Sogo hurle. Panique dans la foule. La grenade est lancée loin. Celle-ci roule puis explose. Un bœuf meurt en hommage à tous les hommes morts sur les champs de bataille pour la défense de la colonie. La France.
Le bœuf est mort en hommage au courage de Sogo dit Tasuma qui a bravé le feu des fusils, des canons durant les guerres d'Indochine et d'Algérie.
Pour son courage, la colonie le paie en monnaie de singe. Deux ans d'attente sans recevoir sa pension. Pension qui représente dans un pays comme le sien, une petite fortune et une misère par rapport à ce que touchent les anciens combattants français.
Les poches vides, Sogo fâché, son fusil en main, prend le préfet en otage et lui dicte une lettre à l'intention du Général de Gaule. La prise d'otage tourne court. Sogo est jeté en prison. Grâce à la mobilisation des femmes de son village, il est libéré… La préfecture lui remet alors une promesse de pension et une médaille: la croix du combattant.
" Deux années d'attente pour rien ! ", s'esclaffe Sogo.
" Qu'est ce qui prouve qu'il va recevoir cette pension avant de mourir ? ", s'interroge Khalil, son ami libanais.
" Marquez les pas, un, deux, ancien combattant moussoukéré, makéléma un, deux, ancien combattant massoukéré. La guerre n'est pas bon, n'est-ce pas bon… ", chante l'ancien instituteur du village et un groupe d'enfants pour exorciser les effets néfastes des guerres et la dure vie des anciens combattants.
Tasuma est le dernier film de Sanou D. Kollo, produit par Les films du Mogho. Les projections en salle sont prévues pour cette année. Bonne séance cinématographique!

Ramata Soré



© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 février 2004