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Poawê

Venus de l'Ouest de la France pour des vacances au Burkina Faso, Michel, Marie et les autres ont choisi la date du 10 janvier pour visiter le village de Tiébélé où l'architecture kasena est savamment mise en valeur grâce à la volonté des jeunes de l'Association pour le développement de Tiébélé (ADT).

Par Ludovic O. Kibora

Heureuse coïncidence ! La veille de ce jour, Dubadié Nayiri après 21 jours d'enfermement rituel, venait de faire sa sortie en tant que nouveau chef de village. Bonnet rouge sur la tête, canne à la main, ce sergent-chef de l'armée de terre qui embrasse le trône plus de vingt ans après la disparition de son prédécesseur a été fêté à juste titre au rythme du djongo et des you-you des femmes. Autorités politiques, culturelles et coutumières aussi bien du Burkina Faso que du Ghana voisin ont tenu a saluer celui qui désormais s'appellera Poawê (le Dieu des chefs). Il est selon les recoupements de l'historien Moustapha Gomgnimbou de l'INSS/CNRST, le 12ème à régner véritablement depuis le début du peuplement du village.
Les Kasena, rappelons-le, font partie du groupe ethnique communément appelé Gurunsi.
L'ethnie kasena, occupe le sud-est du Burkina Faso et le nord du Ghana. La frange de cette communauté vivant au Burkina Faso se trouve essentiellement dans la province dite du Nahouri, dans les départements de Pô, Tiébélé, Guiaro.
Le Pê ( pl=Poa) kasena est l'équivalent de ce que l'on peut traduire par chef de village bien qu'il ne s'agisse pas de la gestion d'un pouvoir centralisé. Ce qui d'ailleurs a amené certains observateurs non-avertis à caractériser la société kasena d'acéphale, voire d'anarchique. Tous les villages kasena n'ont pas de Pê. Il existe dans certains villages, un lignage de la chefferie, au sein duquel, la succession se fait de père en fils ou d'aîné à cadet. Le pê tire son pouvoir de la détention du Kwara ou "fétiche de la chefferie." En pays kasena du Burkina Faso, Tiébélé est une chefferie principale, au même titre que Kampala, Pô, Tiakané, Guiaro, Kumbili. C'est de 1954 à 1983 qu'a régné le précédent Pê ( Dubadié). Depuis, que d'occasions ratées ! C'est pourquoi l'ATD qui a fait de la cour royale un véritable musée vivant a tenu à marquer d'un éclat particulier le début du règne de Poawê en organisant une cérémonie grandiose toute la journée du samedi 17 janvier 2004. Des incompréhensions entre natifs du village concernant l'organisation des festivités de sortie du chef, destinées au grand public ont tout de même permis au nouveau Tiébélé Pê de bénéficier en l'espace d'une semaine de deux fêtes populaires. " Trop de lait ne gâte pas le dêguê " dira-t-on du côté de Bobo Dioulasso


Hop!
Les tribulations d'un jeune black sans papier

Comment aborder la question de l'immigration africaine en Europe sans tomber dans les lieux communs et autres clichés faciles ? C'est la délicate question qui a certainement trituré les méninges du réalisateur Belge Dominique Standaert. Ce dernier a ainsi réussi la magie d'être l'auteur sans moyens colossaux de Hop, son premier long métrage. Une dose de tragédie, un soupçon de malice, beaucoup de sentiments, le tout saupoudré d'humour et le chef-d'œuvre est là. L'histoire commence dans une salle de classe quelque part en Belgique où la camera surprend un petit Africain démontrant avec intelligence et assurance comment grâce aux pygmées, ceux de l'au-delà les océans parlent français. Géniale ! le jeune Justin (Kalomba Mbuyi) en plus d'être un élève intelligent, adore le foot et ne rate aucun match de son idole Emile Mpenza, l'avant centre d'origine congolaise, des Diables rouges de Belgique. Avec un papa Dieudonné qui travaille au noir, pas possible de s'offrir un abonnement sur les chaînes câblées. Pas de problème ! Justin sait squatter le câble de ses voisins du dessus. Cette fois-ci, mal lui en pris. Avec la réaction de ces gros " porcs de racistes " tout bascule. Course poursuite, police, le père est expulsé et le jeune homme trouve refuge chez Frans, un vieil anarchiste qui déclare sans ambages : que la frontière "entre le terrorisme minable et la paix, c'est le prix Nobel " Il est convaincu que c'est plus ou moins grâce à la dynamite (inventée d'ailleurs par Alfred Nobel en 1866) que de nombreuses personnalités (Mandela, Sadate et Begin, etc.) ont décroché le Nobel de la paix. Ce terroriste oublié (Jan Decleir) est " un jour allé trop loin avec la dynamite " ce qu'il veut faire comprendre au jeune Justin. Il réussira grâce à la complicité indirecte de la très maternelle Gerda (Antje De Boeck) l'une des deux seules femmes (qui pourtant tiennent la vedette) du film. Hop ! s'achève sur un happy end grâce à la complicité de la star du foot Emile Mpenze. Le suspens est entretenu tout le long de l'intrigue tel un électrocardiogramme correct.
Ce film réalisé par un diplômé en psychologie clinique et qui prend par moment des allures de thriller hollywoodien est plein de tendresse. Un air de nostalgie vous pénètre avec la mélodie de "laisse mes mains sur tes hanches" de Salvatore Adamo. Alors, vous revivez cette époque où, tout en criant " sous les pavés la plage " ," mort aux vaches.. " on demeurait très attentif à l'autre lointain. Véritable cocktail de clin d'œil de bout en bout, ce film amène le spectateur à redécouvrir la beauté du noir et blanc, bien qu'il soit souvent dérangé par un mélange de genres. Toute chose qui lui rappelle qu'il est au cinéma et nulle part ailleurs. Passé presque inaperçu lors du Fespaco 2003, Hop ! est sans conteste la programmation qui a remporté un succès populaire lors du récent festival des cinémas européens du Burkina Faso. La présence du réalisateur y était certes pour quelque chose, mais le sujet en lui-même marque l'éternelle relation Afrique-Europe.
Film très humaniste dans le fond, Hop est tout simplement beau sans fard. Pour qui ne sait ni d'où il vient, ni où il va, Hop est en mesure de lui rappeler qui il est. Question de métaphysique quoi !

Ludovic O. Kibora



© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 Janvier 2004