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La musique
burkinabè illumine le palais de la culture d'Abidjan

Il n'est point besoin de statistique pour affirmer
que pendant longtemps, le Burkina Faso est demeuré un
marché très porteur pour la musique ivoirienne.
Cette conquête des curs des mélomanes burkinabè
s'est faite depuis l'époque des "vieux pères"
comme Amédée Pierre, Jimmy Hyacinthe, Ernesto
Djédjé, Bailly Spinto, etc. Il se susurrait à
l'époque dans le milieu du show biz ivoirien, qu'un concert
réussi à Bobo et Ouaga par un chanteur ou un groupe
ivoirien était un passeport de succès pour la
scène internationale. En tout cas, ils sont tous passés
au Faso. L'amour des mélomanes burkinabè pour
les rythmes des abords de la lagune ébrié est
tel que même au temps fort de la crise ivoirienne, certains
maquis de nos cités ne se gênaient pas d'inonder
de décibels les rues et recoins de nos villes, de sonorités
Zouglou ou Coupé décalé dont les paroles
n'était pas forcement à l'apaisement. Lorsque
le rythme plait, on ne se préoccupe plus des mots. Amour
quand tu les tiens ! Paradoxalement, si l'artiste ivoirien pouvait
aisément faire son "faro" (terme populaire
qui signifie craner, faire le malin) au "Pays des hommes
intègres", l'inverse était presqu'impossible,
excepté pour des grosses pointures comme le Gandaogo
national Georges Ouédraogo, et certains musiciens traditionnels
tels que Zougnazagmda, Kisto Koimbré (qui y a vécu
une mésaventure il y a quelques années) et bien
d'autres qui chantent dans le même registre. Ces derniers
cités y remportent des succès à chacun
de leur passage, mais cela se fait dans un cadre purement "
communautaire " ou la diaspora burkinabè, pour tuer
sa nostalgie de la mère patrie, les accueillent avec
joie le plus souvent dans des salles de quartier. La grande
masse des Ivoiriens est restée longtemps ignorante de
la musique burkinabè moderne. C'est donc une idée
lumineuse qu'a eu le jeune Walib Bara, ex-manager du groupe
Yeleen, et président de Burkina music export en amenant
des artistes qui ont du succès au Faso, s'exprimer sur
une grande scène ivoirienne, non pas pour la diaspora
burkinabè uniquement, mais pour tous ceux qui vivent
en Côte d'ivoire, afin de leur faire découvrir
les nouveaux tableaux musicaux du Faso. Le pari était
audacieux. Même s'il y a un réchauffement de sentiments
positifs entre les deux peuples frères, il n'était
pas évident de faire un tabac en ce lieu qui s'y connait
en rythmiques très dansantes. L'autre paire de manche
était de parvenir à mobiliser des sponsors autour
de ce concept. Chose peu évidente au Faso où les
mécènes ne courent pas les rues. Alors, Walib
soumet le projet à "l'enfant Siro" du duo ivoirien
Yodé et Siro, celui-ci s'engage avec sa boite "Siro
Production." Malgré tout, les ressources financières
sont insuffisantes pour embarquer chanteurs et musiciens par
voie aérienne. L'artiste Zougnazagmda met son mini car
dans le jeu et voilà le convoi parti. Selon les propos
du promoteur, le reste se passe de commentaire. Escorte royale
en territoire ivoirien, puis Floby, Zougnazagmda et Sissao enflamment
le mythique palais de la culture et reçoivent une pluie
de billets de banques sur scène. Ambiance chaude et sympathique.
Concept intégrateur et positif. Initiative louable. L'objectif
est atteint selon le manager d'artistes musiciens pour qui l'essentiel
était plutôt de " marquer un signal fort dans
les consciences de nos amis et frères ivoiriens sur l'existence
de talents sûrs chez nous ! " Pourvu que le concept
fasse des émules afin que s'instaure définitivement
les bases d'un mieux-vivre ensemble. Ne dit-on pas que la musique
adoucit les murs ?
Par Ludovic O Kibora
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Cravate,
costard et pourriture
Une peinture musicale de la société africaine

Le patron du studio Abazon vient de mettre son 4 è
album sur le marché de disque. L'opus a été
présenté aux journalistes au Centre culturel
français/ Georges Meliès (CCF/GM) le 4 mai
dernier. Il comporte 12 titres bien enlevés. Les
mélomanes savent que Serge Martin Bambara alias
Smockey n'a pas sa langue dans la poche. Il dénonce
les travers de la société africaine dans
chacune de ses créations musicales. Ayant choisi
le Rap comme mode d'expression artistique, de la première
oeuvre jusqu'au dernier opus, il peint musicalement la
situation de pourriture de la société africaine.
Cravate, costard et pourriture, le titre éponyme
dénonce la délinquance au col blanc dont
l'apparat des malfrats peut tromper les incrédules
mais pas des personnes avisées. La génération
spontanée des riches, Les dessous de table dans
l'administration, l'affairisme sous le prisme de la religion
est mise à nu par cette uvre. Un appel est
fait aux travailleurs de se syndiquer pour répondre
au vu d'un chant de lutte qui dit ceci : "solidarité
mes frères, solidarité mes surs, c'est
l'union qui nous rend forts". Un hommage est rendu
également aux chauffeurs à travers un featuring
avec la griotte Dédé. Ces derniers vivent
des conditions difficiles de travail. Ils ne se reposent
pas assez, ils sont la proie des brebis galeuses dans
les forces de l'ordre et ne sont pas déclarés
à la caisse pour faire valoir après de longues
années de bons et loyaux services leurs droits
à la retraite. Ce morceau a été réalisé
grâce à la collaboration d'une structure
du nom de OMD. Pour faire plus chatoyant et rester toujours
dans le même registre, un clip a été
tourné par le groupe de Zouglou, les patrons de
la Côte d'Ivoire, on retrouve la thématique
du désespoir de la jeunesse dans le titre clipé.
Zongo, l'humoriste ivoirien, fait le désespéré
en partant à la recherche du bonheur, le baluchon
en bandoulière. Une particularité dans l'album,
la participation des deux instrumentistes traditionnels.
Biri dans le Bissako et Sibi Zongo, un malveillant violoniste
de Koudougou. L'image de Biri est connue déjà
du grand public à travers le titre " yama
". Il revient cette fois-ci encore dans ce dernier
opus. Sibi Zongo est une nouvelle rencontre entre la tradition
et Smockey. Son timbre envoûtant et sa maîtrise
de "roudougou " le (violon) ne laisse personne
indifférent. Sibi Zongo est à l'image de
Mathias Kaboré de Barma, une localité située
à quelques encablures de Ouagadougou, grand "roudwabda
" (violoniste), il aurait pu s'il était toujours
vivant apporter une touche aussi au Rap. C'est pour cela
que dans le deuxième titre où Sibi pose
sa voix, il pose une problématique d'un intérêt
particulier. La connaissance de l'utilité des hommes
de traditions pendant qu'ils sont en vie. Le meilleur
des rappeurs africains 2010 fait uvre utile en ramenant
ces hommes en surface. Car ils sont des détenteurs
du savoir musical ancestral. Une source intarissable,
dans lequel les artistes devraient toujours aller puiser.
Une autre actualité concernant toujours Smockey,
il a été désigné meilleur
rappeur africain 2010 par les Kora. Ce prix a été
dédié aux leaders panafricanistes qui se
sont battus pour une Afrique véritablement indépendante.
Le nom de Thomas Sankara figurait parmi les noms cités
et une bonne frange de la jeunesse a salué cette
dédicace.
Merneptah Noufou Zougmoré
Tall
Mountaga, 30 ans de musique

C'est le week-end de la fête du Travail 2010 qu'a
choisi le fils de Sékou Tall (que d'aucuns surnommait
" Amadou Hampaté Bâ du Burkina Faso)
a choisi pour célébrer ses 30 ans de musique.
Cet intitulé a fait sourire plus d'un Burkinabè
qui au regard de la silhouette de ce jeune homme bien
en chair ont du mal à croire qu'il a fait autant
d'années sur scène. Et pourtant, c'est vrai.
Même s'il n'est pas issu d'une famille de griot,
Tall Mountaga a débuté la musique dès
l'adolescence au Lycée Philippe Zinda Kaboré
de Ouagadougou. Arrivé à l'université
de Ouagadougou au début des années 80, il
est l'un des pères fondateurs de l'orchestre de
l'université de Ouagadougou (OUO), dans lequel
évoluera par la suite le virtuose de la guitare
Eugène Kounker qui a su réagir avec maestria
à la percée de cet autre orchestre d'université
dénommé OUA (orchestre de l'université
d'Abidjan). Tall Mountaga, une voix exceptionnelle et
une capacité inouïe à imiter les plus
grands chanteurs du monde, au point de rendre la copie
meilleure à l'original. Malgré le choix
de la fin du mois pour célébrer son anniversaire,
le public n'a pas répondu nombreux au rendez-vous
du diner gala. Ce qui a amené " la vieille
mère " Djata à s'élever contre
ces mélomanes burkinabè qui adulent les
artistes étrangers et trainent les pieds lorsqu'il
s'agit des nationaux. Ne dit-on pas que nul n'est prophète
chez soi ? Qu'à cela ne tienne, Tall ne s'est pas
découragé et a assuré le bal le jour
suivant dans le quartier St Léon au bonheur de
ses fans. C'est avec la section junior du mythique Harmonie
Voltaïque, l'un des tous premiers ensembles musicaux
modernes du pays, qu'il a véritablement débuté
sa carrière musicale avant de s'imposer pendant
la période révolutionnaire chez Dési
et les Sympathics, comme le chanteur attitré du
groupe. A l'époque, Tall Mountaga entamait des
études en droit à l'université de
Ouagadougou. Il allie avec brio musique et étude
pour finir par créer en 1995 son propre groupe
Afuni, (Afrique Unie), un nom qui prône l'intégration
africaine. Tall ne se contente pas d'être un artiste-musicien-chanteur-interprète-compositeur,
il est aussi à la tête d'une " entreprise
culturelle ". Les musiciens permanents de son orchestre
sont tous salariés, sans oublier le personnel que
fait vivre les lieux de réjouissance à ciel
ouvert qu'il gère et anime en VSD. L'album "
Tu dis quoi ? " sorti en deux volumes avec au total
13 titres est l'expression du savoir-faire de l'artiste,
mais aussi de sa philosophie musicale faite d'interprétations
de vieux succès d'artistes nationaux, souvent oubliés
parce qu'ayant " percé " à une
époque lointaine où la musique au Faso nourrissait
difficilement son monde. A ce cocktail, Tall a entrepris
d'ajouter des compositions personnelles. En réalité,
c'est en 1988 que Tall sort son premier album avec Dési
et les Sympa avant d'entamer une carrière solo.
Malheureusement, la qualité approximative d'un
single sorti en 1992 et d'un album auto-produit dans un
studio de huit pistes (Mi tampi) en 1997 vont ternir l'éclat
de cette étoile montante de la musique burkinabè.
Le déclic viendra en 2002 par le biais de Akili
production qui permettra à ce polyglotte, qui manie
avec brio plusieurs langues du Burkina et de la sous région,
de monter véritablement sur le piédestal.
Burkina Gigamix sorti en 2002 des studios Seydoni l'a
incontestablement révélé à
ceux qui ne le connaissaient pas encore. Pourtant, depuis
des années auparavant, Mountaga Tall vivait déjà
de son art, bien qu'ayant un diplôme de droit en
poche. Il fait partie du cercle fermé des musiciens
africains qui ont eu l'opportunité de jouer sur
la scène légendaire de l'Olympia à
Paris. C'était à la faveur des Jeux de la
Francophonie de 1994. De simple chanteur, il est devenu
aussi musicien à force de travail et maitrise l'orgue
avec dextérité. Joyeux anniversaire artiste
!
Par Ludovic O Kibora
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Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
Ces
analphabètes qui nous gouvernent !
Qu'appelle-t-on analphabète ? L'Encyclopédie
Encarta le définit ainsi qu'il suit : "Personne
qui n'a appris ni à lire ni à écrire".
Il convient d'y ajouter une précision cependant
: une personne peut être alphabétisée
dans une langue, mais être analphabète dans
une autre. Ainsi, une personne peut parfaitement maîtriser
le grec alors qu'elle est entièrement analphabète
en arabe ou en mooré. Si l'on refuse que celle-ci
soit analphabète en ces langues, alors il faudra
trouver un autre mot pour désigner ces genres de
personnes qui constituent en fait l'énorme majorité
des cas des lettrés du monde. Ce qui vient d'être
dit, doit nous permettre de saisir l'aspect tendancieux
de certaines définitions dans des documents de
référence comme les encyclopédies
et les dictionnaires. Il conviendrait peut-être
de dire qu'un analphabète est tout simplement :
"Une personne qui ne sait ni lire ni écrire
une langue qu'elle parle" ! Dans cette acception,
notre débat peut commencer.
Commençons par les membres du gouvernement du Burkina
Faso. Posons-leur la question simple : "Messieurs,
que ceux qui savent lire, écrire et compter dans
leur langue maternelle lèvent la main." Combien
lèveraient la main, d'après vous chers lecteurs
de Focus Africa ? Quel que soit le bout par lequel on
prend le problème, quelle raison peut amener un
individu qui a fréquenté jusqu'à
l'université, à ne pas ressentir le besoin
de savoir lire et écrire dans sa langue maternelle
? Je ne vois personnellement qu'une seule : le désintérêt.
On voit donc l'hypocrisie de ces gens quand ils encouragent
et injectent des miettes dans l'alphabétisation,
pour ensuite sortir soutenir des slogans du genre: "L'analphabétisme
est un frein au développement du Burkina !"
Si cela est vrai, quelle part ont-ils eux, dans ce processus
de stagnation ?
Prenons ensuite les 111 députés du Burkina
Faso. Combien peuvent-ils lire, écrire et compter
dans leur langue maternelle ? Personnellement je l'ignore,
mais je suis prêt à parier que c'est la majorité
plus qu'écrasante, pour utiliser des concepts à
la mode et qui leur sont chers. Combien sont-ils capables
de tenir un discours cohérent dans ces langues
autour de concepts tels que : développement, mondialisation,
nouvelles techniques de communication, Internet ... sans
reprendre tout simplement les termes français,
ne fournissant donc aucun effort de traduction intelligible
dans ces langues, (si tant est qu'ils soient convaincus
que cela soit tout simplement possible) ? Cela vous semble-t-il
normal que des gens qui sont élus pour représenter
les intérêts de nos populations viennent
s'asseoir sur les deux fesses dans l'hémicycle,
pour parler dans une langue que ces dernières ne
comprennent point, alors qu'ils ont presque tous fait
la campagne en ces langues dites locales ? Quelles preuves
peuvent-ils donner à ces électeurs qu'ils
les défendent vraiment ? Pensez-vous que si les
débats des Députés étaient
faits dans les langues nationales, de façon à
ce que nos populations comprennent parfaitement ce qui
se dit à l'Assemblée nationale, elles resteraient
aussi silencieuses comme c'est le cas présentement
? Par conséquent, croyez-vous que nos honorables
élus veulent vraiment être compris du peuple
qui les a élus ?
Enfin des cadres dirigent tous les secteurs de la vie
nationale : directeurs généraux, directeurs
simples, chefs de services et d'entreprises, gouverneurs,
préfets etc. Combien d'entre eux peuvent-ils lire,
écrire et compter, chacun (e) dans sa langue maternelle
?
Nous sommes du reste presque sûr que beaucoup de
ceux qui liront ces lignes se demanderont à quoi
sert-il qu'on sache ou non lire et écrire dans
sa langue maternelle ? Qu'est-ce que cela changerait !?
Il faut dire à tout ce beau monde, qu'ils sont
d'abord des analphabètes suivant la définition
que nous venons d'énoncer, puis que cela est tout
simplement anormal, parce que les Africains sont les seuls
au monde dans ce cas de figure ! Cela ne vous dit rien
? Rattachez à cette situation africaine toutes
les tares de nos sociétés actuelles, simplifiez
le tout par la raison, et vous aurez la réponse
: les Africains ne cherchent jamais du côté
où se trouvent les solutions à leurs problèmes
!
Quelqu'un m'a affirmé que le Président du
Faso, Blaise Compaoré savait lire, écrire
et compter en mooré ! Si cela est, bravo ! Monsieur
le Président, mais pourquoi ne pas proposer cela
à qui de droit (ministres, députés,
présidents d'institutions, hauts cadres) et surtout
s'adresser aux populations dans les langues qu'elles comprennent
? Vous rendriez certainement un énorme service
au développement de votre pays. Peut-être
que cela mérite d'y réfléchir !
Joseph KI-ZERBO : La natte des autres: pour un développement
endogène en Afrique, Actes du colloque du Centre
de recherche pour le Développement Endogène
(CRDE), Bamako, 1989, Paris, Dakar, Karthala / CODESRIA
Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr
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