NOS RUBRIQUES


Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier1

Dossier 2

Dossier 3

 

 


 

 

 

 

Bouillon de Culture

Liberté, il peint ton non !

Des toiles, des sculptures faites essentiellement d'objet de récupération, une vingtaine d'œuvre pour une première exposition en solo du jeune plasticien burkinabè Innocent Ouédraogo. Deux semaines dans les locaux du Hangar 11, cet atelier et lieu d'expo sis au quartier Kolog-naaba, voilà le temps choisi par Inno pour faire voir au public ouagalais ce qu'il a sur le cœur. L'encouragement des amis Fred, Garel et les autres et l'engagement d'une personnalité dont la robustesse se dessine aux âges, ont été à la base de cette animation particulière. L'empereur Almamy Samory Touré qui a vaillamment résisté à la pénétration coloniale en Afrique de l'Ouest avait pour leitmotiv : " lorsqu'un homme refuse, il dit Non ! " Le jeune artiste Inno ne dit pas autre chose lorsqu'il donne à voir une société dans laquelle subsiste cette difficulté de dire Non. Non à l'injustice, non à l'impunité. Le constat peut paraître excessif, mais la réalité est tout de même têtue : la peur de la vérité, et de ses conséquences, la peur de la mort entraîne de facto la difficulté de refuser ouvertement l'inacceptable. Tout cela n'est qu'entrave à toute avancée sociale (pour être plus timoré). Norbert Zongo traduisait cela avec sagesse dans une formule désormais historique " le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien ! " Innocent Ouédraogo lui a décidé de s'exprimer par ses toiles et ses compositions hétéroclites très parlantes à l'âme de celui qui prend la peine de les contempler. Expressions philosophiques, tableaux et sculptures de la vie dont le beau est dans le sens. " Ma démarche, c'est dire à travers l'art plastique, ce qui vient du fond de moi. Je ne suis pas pour l'esthétique primaire." Paroles d'artiste engagé ! Ne comptez donc pas sur Inno pour vous proposer des œuvres ornementales qui peuvent être accessibles à tous sans une expressivité au delà du visible a priori. Il assigne une finalité à son art. C'est donc avec justesse qu'il déclare : " Une œuvre qui ne dérange pas, qui ne participe pas au débat national est pour moi stérile. " Pied de nez à l'art pour l'art, profession de foi d'un jeune téméraire dans un monde où les coups de pinceaux et autres coupés-cloués ne nourrissent pas forcement leurs adeptes. Propos prétentieux serait-on tenté de dire, mais lorsqu'on suit l'itinéraire du jeune Inno, on finit par se convaincre qu'il s'agit d'un véritable cri de cœur d'un artiste qui veut vivre son engagement au bout des doigts. Il aurait peut-être mieux gagné sa vie dans la photographie pour laquelle il a été formé en 1996 en Côte d'Ivoire, pays de son enfance, mais l'appel de cette autre forme artistique fut très fort. Et puis, il y avait les précieux conseils des aînés tels Claude Marie Kabré, Pierre et j'en oublie. Alors, il entreprit de redonner une seconde vie, une autre expressivité aux objets de récupération dont la vue lui suggère des messages à imprimer, comme la forme de ses toiles qui lui montre la voie des Vérités. Art transition, art passerelle entre les temps mais aussi entre les cultures, les productions de ce jeune plasticien qui a du mal à vendre ses œuvres à ses compatriotes ( c'est pas nouveau !) interpellent la conscience. Pour une première grande sortie nationale, on peut dire qu'Inno a du mordant dans ce qu'il fait. Comme la persévérance ça eut payé….En attendant, Inno qui réside à St Louis du Sénégal y fait l'occasion de l'art social pour apporter son soutien aux causes justes. Il ambitionne d'aller plus loin. Dans un futur proche, il a en ligne de mire la prochaine Biennale artistique de Dakar (Dak'art 2010) qui pourrait être un tremplin pour son ascension vers les sommets. Dommage qu'après lecture de ces lignes, "City Soleil", l'hommage à Haïti, aura été démonté (l'expo ayant été clos le 28 février), retenez toutefois qu'Inno est un artiste de l'actuel qui veut bousculer son monde pour que les choses avancent. Bon vent l'artiste !

Par Ludovic O Kibora

Haiti, toujours dans
le coeur des Africains

L'élan de solidarité créé par le tremblement de terre qui s'est produit le 12 janvier dernier en Haiti continue toujours de susciter des mobilisations. Des célébrités de la musique africaine, à l'image de leurs consoeurs et confrères américains, ont participé à un grand concert organisé au stade Léopold-Sédar-Senghor, à Dakar, ce samedi 06 mars, un concert en solidarité avec des victimes du tremblement de terre.
Alpha Blondy, Wasis Diop, Youssou N'Dour, Lokua Kanza, Oumou Sangaré, Sékouba Bambino, Papa Wemba, Omar Pène, Baba Maal, Aïcha Koné, Idrissa Diop, Ismaël Lo et bien d'autres artistes ont participé au concert dénommé "Afrik for Haïti". Les recettes de cette manifestation seront reversées aux victimes du séisme haïtien.
Outre les artistes africains, plus de 21 pays africains ont contribué aux opérations de secours en Haïti et cela à travers les 51 millions de dollars qu'ils ont offert. Le déluge qu'a connu Haiti a touché bons nombre d'Africains du fait des liens historiques. D'abord Haïti est un pays presque de descendants d'esclaves africains. Ensuite parce que Haiti a été la première république noire à mettre fin à la domination française en 1802 et à être dirigé par un Noir. Selon les comptes publiés par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), au rang des pays africains ayant fait les contributions, on a le Maroc avec 33 millions de dollars, le Ghana 3 millions, la République démocratique du Congo (RDC) 2,5 millions, la Guinée équatoriale 2 millions, le Nigéria 1,5 millions; l'Algérie, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Gambie, la Namibie, le Sénégal et la Tunisie 1 million de dollars chacun.
Ramata Soré



Koto Brawa, un musicien qui bouge !

Vivant dans l'hexagone avec femme et enfant, Koto Brawa est un jeune musicien burkinabè qui, après avoir fait ses preuves derrière la grosse caisse, a décidé de… chanter maintenant. Résultats, c'est un premier album mis sur le marché depuis bientôt trois ans (Meet-IK ). Cependant, l'artiste n'a pas voulu se limiter au micro et aux baguettes. C'est pourquoi avec des amis, il a créé l'Association pour la promotion et la sauvegarde du patrimoine culturel universel (APROSPACU). L'artiste musicien Koto Brawa est secrétaire général de l'association, et est appuyé dans cette tâche par Jean-baptiste Meyer-Bisch (au son) et Benjamin Blanchet (à la video). L'association a effectué une première activité au Burkina Faso. Il s'est agi d'une tournée dans le sud-ouest du pays pour enregistrer des musiques traditionnelles (Birifor, Lobi, Djan, Gan, Pougouli, etc.) du 28 janvier au 6 février 2010. Ce premier festival qui a enregistré près de 1500 participants côté public et environ 200 artistes a été clos par un mini festival de musique danse et théâtre, les 6 et 7 février 2010 avec les artistes suivants : Kontômè (Bobo Dioulasso), Koto Brawa (France/Burkina), troupe de la francophonie (Diébougou), troupe de UJFRAD (Diébougou), Kam Sié Benjamin et Kam Koye de Diébougou. La mission de l'APROSPACU dans le Sud-Ouest a permis de répertorier des musiques anciennes en voie de disparition en vue de les conserver sur des supports numériques. Après ce retour sur la terre des ancêtres, les dieux du terroir semblent vouloir apporter leur bénédiction au fils du pays en cette année 2010. Tenez- ! Reparti à Paris, Koto avec son groupe composé de Jean Baptiste Meyer-Bisch: Guitare et Chœurs, Jean Sébastien Massanet: Basse et Chœurs, Raphaël Herlem: Saxophone et chœurs, Jeanne Dury: Piano et Chœurs, a déjà des dates (comme on le dit dans le jargon du milieu) alléchantes. Il est invité à assurer le 13 mars avec le groupe Yapa la première partie de Victor Démé, qu'enfant il côtoyait à Bobo Dioulasso. The last but not the least, il sera sur le podium de Justin Adams, le guitariste du mythique de Led Zeppelin et Juldeh Camara le 21 mai 2010. Bon vent l'artiste !

Ludovic O. Kibora

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

Que l'année nouvelle soit belle pour tous !



L'histoire atteste de façon permanente que lorsque l'Africain souhaite s'exprimer face à toute situation importante socialement, spirituellement, psychologiquement ou moralement, il chante des incantations, fait une prière et peut même danser. Si mes lecteurs me le permettent, je leur souhaite une bonne année 2010 à travers cette prière que nos ancêtres de la Vallée du Nil dédiaient à l'une de leurs plus importantes divinités, la Déesse Hathor, symbole de beauté et d'amour. Peut-être serait-on tenté de se demander Pourquoi ? Eh bien ! parce que le Tout Puissant nous a permis d'atteindre une nouvelle étape qui comportera ses épreuves, mais cela n'est-il déjà pas suffisant de lui rendre grâce pour nous avoir permis d'atteindre ce nouveau cap ? Et pourquoi donc s'adresser à une divinité plutôt que Dieu lui-même ? Parce que c'est ainsi que nos ancêtres ont toujours procédé. De plus, comment Dieu ne serait-il pas fier et heureux qu'on le loue à travers ses propres œuvres et sa propre créature, en reconnaissant le travail magnifique qui est le sien ?

Que ton visage est beau,
Lorsque tu apparais en gloire,
Lorsque tu es joyeuse,
Hathor, vénérable Dame de Senmen
Ton père Rê exulte quand tu te lèves,
Ton frère Shou rend hommage à ta face,
Thot, puissant en breuvage t'appelle, ô puissante.
La Grande Ennéade est dans le plaisir et l'allégresse.
Les babouins sont devant ta face et dansent pour Ta Majesté,
Les hitys frappent le tambourin pour ton ka.
Les êtres chantent pour toi les hymnes et te font des adorations.
Les hommes et les femmes te prient de leur donner l'amour.
Les vierges ouvrent pour toi les festivités et te donnent leur esprit.
Tu es la Dame de la Louange, maîtresse de la danse.
Grande d'Amour, maîtresse des femmes et des filles nubiles.
Tu es Dame de l'ivresse aux fêtes nombreuses,
Dame de l'oliban, maîtresse de "tresser-la-couronne",
Dame de la gaieté, Dame de l'exultation,
A la Majesté de laquelle on joue de la musique,
Pilier djed féminin vénérable, baï femelle,
Dame de Bougen,
Tu es la Dame du sistre-sekhem, maîtresse de la Ménat et du sistre-sesechet,
Vers le ka de laquelle on élève l'ouncheb.
Tu es la Dame de la danse, maîtresse des chants,
Dont la face brille chaque jour, qui ignore le chagrin.
Puisses-tu présenter ton beau visage
Au roi de Haute et de Basse-Égypte, Seigneur du Double Pays.

Je souhaitais vous faire partager la force qui transparaît à travers ce beau texte qui était de fait une incantation. On devine la splendeur qui sera la sienne dans la langue qui l'a créé ! On voit à travers lui, pourquoi nos ancêtres réussissaient des choses qu'on pense aujourd'hui impossibles, uniquement à travers la puissance du verbe ! S'il est vrai que toutes les religions reconnaissent que Dieu a créé en parlant, il n'est plus permis de douter que la parole soit vraiment puissante. La chute du poème est : " Puisses-tu présenter ton beau visage au roi de la Haute et de la Basse Egypte, Seigneur du Double Pays ", c'est-à-dire au pharaon. Pour nous Africains de 2010, c'est qui le roi de la Haute et de la Basse Egypte ? Pouvons-nous réellement accepter que nos chefs d'Etat d'aujourd'hui méritent un si bel hommage ? A chacun de répondre. Mais on peut tout de même se poser la question de savoir pourquoi une si belle déclamation à l'une des plus grandes divinités se termine pour ainsi dire sous les pieds de pharaon ? La raison était simple mais péremptoire : le pharaon était le chef de l'Etat, le chef de l'armée, et le plus grand prêtre du temple. De ce fait, on pouvait réellement l'appeler le représentant de Dieu sur terre. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs on l'appelait Sara c'est-à-dire "fils de Dieu". L'un explique ainsi l'autre. Bonne année 2010 à tous et à chacun : santé, force, détermination et combativité ! La paix viendra bien plus tard, après la victoire. Pas avant ! "Il faut toujours chercher dans la même nature, les moyens de faire ou de défaire une chose. C'est pourquoi, nous lions le bois avec le bois, jamais avec le fer !", disaient nos ancêtres. Que cela est vrai !

http://www.esoterika.org/dotclear/index.php?2005/08/20/151-hymne-a-hathor

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 mars 2010