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Lieux Saints, de Jena-Marie
Teno
Les difficultés structurelles du Cinéma Africain
Le réalisateur Jean-Marie Teno est un habitué
du FESPACO qu'il visite depuis 25 ans. Lors de l'édition
2007 il a été séduit par le quotidien de
gens de peu, dans un quartier populaire et central de Ouagadougou,
Saint Léon. Le film ne s'intéresse pas à
l'histoire de ce quartier dont le nom vient de l'un de ses premiers
occupants qui serait jadis converti au christianisme. Il s'attache
plutôt au cadre de vie des populations et aux activités
que mène un groupe de résidents pour s'en sortir.
La camera baladeuse de Teno pénètre les ruelles
de St Léon avec un naturel déconcertant. Gros
plans sur une sortie de messe du dimanche à la cathédrale,
tableau similaire sur les musulmans en prière à
la grande mosquée centrale de Ouagadougou, plantent le
décor de ce film qui ne parle pas pourtant de religion
mais de situation géographique d'une catégorie
de citadins. Ceux que de nombreux festivaliers ne verront jamais
pendant leur FESPACO parce que confinés entre hôtels
et salles de projections. Lieux saints n'est pas non plus une
critique contre ces étrangers qui viennent et qui s'en
vont sans tenter un rapprochement avec les populations du pays
d'accueil. Il s'agit beaucoup plus d'un film sur le cinéma
africain. Le vidéo-club de Bouba sera au cur du
récit du réalisateur commentateur. Dans ce qu'il
appelle abusivement " ciné Club " Kôrô
(le grand frère) Bouba fait uvre utile en permettant
aux films d'ici et d'ailleurs d'être accessibles au public
du quartier à moindre coût (50F CFA la séance).
En achetant ou louant des VCD de films piratés il fait
une programmation digne des grandes salles de cinéma
qui se ferment progressivement dans nos cités africaines.
Sa philosophie sur la question du public est simple il faut
rendre le film tout simplement accessible au plus grand nombre.
Ce qui n'est pas le cas actuellement des salles traditionnelles
de cinéma en Afrique. Il est suivi dans cette vision
par le réalisateur Burkinabè Idrissa Ouédraogo
qui reconnaît que le cinéma africain doit faire
sa mue et descendre au niveau des bas quartiers où il
a un public potentiel qui n'a cependant pas les moyens de voir
les films dans les salles même non couvertes. Pour qui
produit-on les films ? Si c'est pour le public, il faut les
mettre à la disposition de ce public en tenant compte
de son pouvoir économique. La production de VCD et autre
DVD de qualité à prix abordable pourrait être
une alternative. La preuve est faite que les africains sont
friands de leurs cinémas qu'ils n'arrivent pourtant pas
à voir. Au Burkina Faso une nouvelle race de réalisateurs
l'a bien compris en faisant grâce au numérique,
des films proches des populations. Malgré les insuffisances
techniques dont recèlent certains de ces films à
petits budgets, ils font salles combles dès qu'ils sont
programmés. Le cinéma populaire est comme un miroir
: chacun y va pour se voir ou voir son environnement humain
et physique autrement. Cela doit être à l'esprit
des réalisateurs. Le documentaire de Teno pose la question
fondamentale du cinéma africain qui mérite une
réflexion de tous les acteurs du 7ème art africain,
de la réalisation à la distribution en passant
par la production. Cependant le film de Teno ne s'arrête
pas à ce seul niveau du public, il force la comparaison
entre le cinéma africain, et le griot dans les sociétés
africaines. Pour cela, a défaut d'un griot véritable
(c'est plus souvent une affaire de caste) il braque sa camera
sur le bien nommé Jules César, lui aussi résident
de St Léon et fabriquant de djembé cet instrument
qui transmet sons et messages. "Le cinéma c'est
comme le griot des temps modernes" , affirme tout sourire
le jeune jules César Bamouni qui démontre le lien
étroit entre l'instrument de sa passion et l'activité
de Bouba qu'il soutient en ameutant le public. En partant des
histoires de vie simples des gens du quartier, qui discutent
de la vie socio-politique de leur pays autour du thé,
on comprend très vite que le réalisateur a trouvé
un bon prétexte pour poser les problèmes de fond
du cinéma africain. Celui du public d'abord, ensuite
en filigrane les questions du financement et du message. On
n'est donc pas surpris de voir la camera quitter les quartiers
Saints pour faire des gros plans deux kilomètres plus
au nord sur la façade du ciné Neerwaya ou sur
celle du ciné populaire de Wemtenga à environ
4 kilomètres de là. On appréciera tout
particulièrement le clin d'il hommage fait à
Henri Duparc le réalisateur ivoirien qui a, sa vie durant
fait de bons films populaires et de qualité. Avec cette
énième réalisation, Jean-Marie Teno prouve
qu'il a une certaine maîtrise du film documentaire. Les
images très éloquentes accompagnées par
une musique très posée du rappeur burkinabè
Smockey, montrent le quotidien d'une cité où la
misère n'est pas trop distante géographiquement
parlant de l'opulence. Ce film fera certainement salle comble
dans le "ciné club" de kôrô Bouba,
mais il serait bon qu'il soit vu par des professionnels du domaine
afin de susciter des réactions positives et des changements
d'attitudes.
Ludovic O. Kibora
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Zacharia
TIEMTORE écrit sur les TIC dans l'éducation
Les technologies de l'information et de la communication
constituent de nos jours un enjeu majeur pour le monde
en développement, pourvu qu'on sache les exploiter
à bon escient. On a longtemps péroré
sur ces nouveaux outils qui ouvrent la porte du progrès
universel sans bien regarder la réalité
concrète comme on le dit souvent au Faso. C'est
ce qui a conduit Zacharia Tiemtoré, Docteur en
science de l'éducation et communicateur, à
écrire un ouvrage de 227 pages (publié chez
l'harmattan à Parsi en 2008) sur le sujet. Technologie
de l'information et de la communication, éducation
et post-développement en Afrique, tel est le titre
de ce livre qui navigue entre le baobab et la carte mémoire.
Pour que les TIC insufflent une dynamique au développement
socio-économique à l'Afrique, il ne suffit
pas de se contenter de déclarations d'intentions
ou de vux pieux, il faut aller sur le terrain. Ce
que l'auteur a fait lui-même en effectuant des enquêtes
au Burkina Faso. Alors-là, la réalité
est effarante, négativement parlant. Même
dans l'éducation, ce secteur important de toutes
les transformations positives de la société,
les choses ne volent pas si haut. Dans une démarche
de chercheur, l'auteur scrute, questionne, analyse et
pose. Sa conclusion est toute simple : "Tout d'abord,
il est bon de rappeler que je partage la conviction que
lorsque les TIC sont utilisées intelligemment,
elles facilitent et accélèrent la réalisation
de certaines tâches dans les activités diverses.
C'est du reste ce qui m'engage à dire qu'il est
essentiel d'uvrer pour une réelle appropriation
de ces objets techniques, une appropriation que je conçois
comme un processus au bout duquel, chacun serait capable
en dehors de tout à priori, d'identifier et de
formaliser des usages à valeur ajoutée des
objets techniques." A bon entendeur
Ludovic O. Kibora
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"Anséko"
de la Compagnie Mun-nana
Promouvoir la culture par l'oralité

Du 22 au 27 septembre prochain, se tiendra à Tougan,
le Festival international de l'oralité et des Arts, Anséko.
Le festival a été créé par la Compagnie
de théâtre Mun-nana, elle-même créée
en mars 2001 sous l'initiative de la conteuse et comédienne
burkinabè, Mariam Koné. Le festival connaitra
sa quatrième édition cette année après
les éditions de 2006, de 2007 et de 2008. Elle devra,
avec la présente édition, prendre toutes ses marques
pour devenir une biennale, selon Mariam Koné, directrice
de la Compagnie. Bien connue dans le milieu du cinéma
et du théâtre au Burkina, cela fait sept ans maintenant
qu'elle a ajouté cette autre corde à son arc,
celle de conteuse professionnelle. Avec le festival "Anséko"
traduit du dioula "comme nous pouvons", elle s'est
fixé l'objectif de faire la promotion de l'oralité
et des arts (africains, burkinabè et San) à travers
un programme dominé par les chants, la musique, la danse,
le théâtre et les contes, qui sont des formes diverses
de l'oralité. La troupe de théâtre et de
conte, Mun-nana, organise depuis 2005 des ateliers dénommés
"Contes au Féminin". L'objectif de ces ateliers
est d'encourager les femmes à se former et à se
professionnaliser dans le domaine des contes car jusqu'en 2002,
il n'y avait que des hommes sur ce terrain.
Le conte tout comme le théâtre est un art qui participe
à la sensibilisation et à l'éducation des
populations. Cependant le conte est très peu connu de
même que les conteurs eux-mêmes sont pratiquement
dans l'ombre, a déploré Mariam Koné. Charles
Ouattara, Ildevert Méda, Albert Bulgo (Chrysostome dans
la série "vis-à-vis") sont ses devanciers,
tous pourtant connus plutôt comme des vedettes de théâtre
ou de cinéma. Cette insuffisance, selon Mariam Koné,
doit être corrigée par les conteurs et conteuses
eux-mêmes. La Compagnie Mun-nana est essentiellement constituée
de femmes parce que ce sont elles qui, en Afrique, passent le
plus de temps avec les enfants et autrefois, elles contaient
et chantaient pour les bercer, s'est justifiée la directrice.
Il faut donc repasser par la femme pour ramener le conte dans
la cellule familiale. Mais au-delà de la famille, la
Compagnie explore déjà d'autres sphères.
En 2008, le festival a fait l'expérience d'introduire
le conte à l'école. "L'idée de base,
selon la directrice, est d'introduire le conte à l'école
comme outil pédagogique et de développement de
l'expression orale et de l'imagination des élèves
par l'écoute et la restitution de contes avec leurs propres
mots et leur identité".
Les femmes de Mun-nana espèrent mener une carrière
professionnelle de conteuses. Quant à la directrice,
elle a déjà à son compte une pièce
théâtrale intitulée "La Folle et la
Tabatière" écrite en 2005 et un recueil de
contes "Londolo et le grand caïlcédrat".
Elle a créé un spectacle de contes pour conteuses
dénommée "Dou et Douman" et participe
à différentes manifestations et festivals de contes
au Burkina et à l'étranger.
Boukari Ouoba
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Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
Après
le déluge, la question pourquoi ?
New-York a eu son 11 septembre en 2001. L'histoire retiendra
désormais que Ouagadougou aura eu son premier septembre
2009. Est-ce la montée dans le mois qui explique
l'ampleur plus grande de la tragédie de New-York
par rapport à Ouagadougou ? On peut spéculer.
Tout est différent quand même entre les deux
drames Ces questions sont néanmoins des détails
par rapport à l'essentiel. Ce qui nous semble le
plus important dans ce genre de situations, ce sont les
comportements des sociétés. Pour rappel,
on se rend compte qu'après le 11 septembre, les
USA sous la férule de Georges Bush, ont pris des
décisions graves dans le sens de la sécurité
du pays. La guerre d'Irak, la prison d'Abou Ghraib, la
création d'unités spéciales d'espionnage
et de contre-espionnage, etc. ne sont que quelques exemples
de celles-ci. Tous les moyens y passèrent, des
plus légaux aux plus illégaux ! Si on peut
parfois reprocher les mesures prises, on ne pourrait cependant
condamner la prise de mesures ! Cette dernière
est la réaction normale d'autoprotection d'une
société organisée. On dit habituellement
que toute société et même tout individu
conscient est tenu de profiter de ses échecs pour
progresser. Ce n'est donc pas le fait de réagir
qui souvent fait problème, mais c'est la manière,
le sens, la philosophie qui sous-tend cette réaction
qui compte. De fait, les vraies sociétés,
les vrais hommes s'inspirent toujours de l'exemple du
fils de Gê, Antée. C'est la mythologie grecque.
Le mythe fait d'Antée un personnage qui devenait
toujours plus fort chaque fois qu'il subissait une défaite
! Seulement pour réussir pareille prouesse, il
faut maîtriser les paramètres essentiels
de la vie, de son destin, de ses propres capacités
et de la vision spécifique du monde de son entité
sociale.
Pour en revenir aux dernières (de fait les premières
selon tous les témoignages crédibles) inondations
de Ouagadougou, il faut faire plusieurs remarques. Nos
autorités, qui doivent être nos défenseurs
(puisqu'elles l'ont promis ou occupent des postes qui
les y autorisent et les y contraignent), devant prévoir
chaque situation agréable ou difficile, n'ont malheureusement
pas toujours su réagir de la meilleure manière
qui soit. Elles n'étaient d'ailleurs pas toujours
aux endroits où il faillait, au moment où
il le fallait, avec les comportements adéquats.
Certaines avaient le sourire pendant qu'elles s'exprimaient
sur le drame, d'autres et pas toujours des moindres, étaient
tout simplement affichées aux abonnés absents
! Les autres, chacune à qui mieux-mieux, mena sa
bataille à la manière des chiffonniers.
On sentait dans tous les cas, que rien de semblable n'avait
été prévu, pour des gens qui devraient
en principe savoir que gouverner, ce n'est pas seulement
régner, mais surtout prévoir. Heureusement
d'ailleurs que la catastrophe est juste arrivée
le jour de la rentrée gouvernementale, faisant
en sorte que la quasi-totalité de nos dirigeants
était présente à Ouagadougou. Heureusement
oui, bien sûr, mais cela même n'était-il
pas un signe ?
A notre sens, et sans remettre en cause les mesures prises,
qui souvent ont été de bon aloi, il faut
déplorer que les réflexes d'antan, du temps
de nos pères comme diraient l'autre, aient complètement
manqué. En effet, pour un drame de cette ampleur,
arrivé pour la première fois dans le pays,
on aurait pu et ce n'est pas encore trop tard, se poser
la question du pourquoi ? Pourquoi cela est-il arrivé
et pourquoi à Ouagadougou ? On peut déjà
voir les remarques narquoises de certaines personnes à
cette question : "C'est simple, c'est le changement
du climat qui en est la cause, tout le monde le sait",
répondraient-ils ! Oui certes, cela n'est probablement
pas faux. Est-ce cependant tout ? Si des drames du genre
sont normaux après les bêtises humaines depuis
un certain temps sur notre environnement, pourquoi ceux-ci
touchent-ils certains endroits et pas d'autres ? Même
si le Burkina n'est pas très grand, on peut se
demander pourquoi un rayon aussi étroit, aussi
réduit que Ouagadougou et ses environs ? Car on
le sait depuis, il a plu pratiquement sur tout le pays
ce premier septembre, mais nulle part, on n'a eu un drame
de l'ampleur de celui de la capitale! Cela n'est-il pas
suffisant pour qu'on cherche un éventuel "pourquoi"?
Et ne peut-on faire confiance au philosophe qui a affirmé
que : "Pour pouvoir trouver sans chercher, il faut
avoir cherché sans trouver" ? Dans notre cas,
cherche-t-on seulement ? Il faut croire que chercher des
solutions au drame humain est tout à fait légitime.
Mais la sagesse africaine est formelle : "Lorsqu'on
se cogne le pied et qu'on s'écroule, inutile de
chercher quelque chose au niveau de la chute ; il faut
plutôt regarder à l'endroit où l'on
s'est cogner le pied" !
Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr
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