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Bouillon de Culture


Après FANTAN FANGA, Adama Drabo Tire sa reverence !



Etymologiquement le mot fantan signifie en dioula, bambara, celui qui manque de force, donc de pouvoir. Les Maliens Adama Drabo et Ladji Diakité en choisissant de coréaliser un film sur le pouvoir des pauvres n'ont pas voulu faire un simple jeu de mots, car en réalité, le pauvre a un pouvoir qu'il doit savoir exploiter à bon escient. En effet, en lieu et place de tout dénuement matériel, "la force du pauvre, c'est son énergie vitale", précise un acteur du film. Sous la forme d'un conte dit par une tante la veille d'un jour sans classe pour cause de grève des enseignants, l'intrigue de Fantan Fanga est bâti autour d'un crime rituel accompli dans le but d'assouvir des intérêts politiques égoïstes. Sur fond de dénonciations subtiles, de clins d'œil assez visibles et sans faux semblant sur la situation socio-politique du Mali, partant de l'Afrique, le film dépeint avec plein de réalisme le quotidien d'un continent qui embrasse une démocratie importée en y intégrant les détours que lui offrent certaines pratiques culturelles locales. Si seule la vérité des urnes doit prévaloir, il faut mettre à contribution les sciences occultes pour amener ces urnes à dire la vérité que l'on veut pour soi. Alors, dans ce domaine, opposition et parti au pouvoir font jeu égal. La vie n'est-elle pas un théâtre gigantesque ? Quoi de plus normal que nos deux réalisateurs aient mis en avant-scène de leur histoire la troupe théâtrale "des sans voix". Alors l'expressivité du message n'est pas que dans la dénomination de la troupe, elle est dans la nature même des acteurs dont chacun traîne un handicap physique quelconque. C'est autour de ces minorités souvent marginalisées (Albinos, nain, sourd-muet, handicapé physique, etc.) que "Le Pouvoir des pauvres" prend son envol. En évoquant des questions d'actualités, nos deux réalisateurs maliens nous rappellent douloureusement les tares des sociétés africaines en ce début du 21ème siècle. Film militant sur le droit des minorités? Pas seulement ! Fanta Fanga va plus loin en baladant son miroir sur les boulets qui empêchent un développement socio-politique véritable de l'Afrique. C'est souvent de façon directe que Adama et Ladji décrivent des situations qu'ils connaissent pour les avoir vécues. C'est pourquoi pendant toute la trame du récit, la réalité fait corps avec la fiction à tel point que même des flics font de la moto sans casque comme il n'est pas rare d'en voir dans les rues des cités africaines. Entre tradition et modernité, la camera insiste sur le fait qu'il n'est point besoin d'un discours manichéen pour une dénonciation juste et réaliste. Le mal et le bien peuvent être d'un même côté, tout dépend de la cupidité des hommes qui ne voient que leurs intérêts égoïstes. C'est ainsi que Drabo et Diakité font une sorte de promotion des sciences occultes positives de leur terroir, comme pour dire que dans l'occultisme africain, il y a du bon comme du mauvais. Dans cette intrigue politico-policière qui mêle satire sociale et engagement militant contre des maux de leur société, nos deux réalisateurs donnent sans le dire la voie de sortie de l'ornière. Avec de belles images aux senteurs locales et un son maîtrisé, le message est transmis par une poignée d'acteurs au fait de leur art. Alors, entre Fafa (Souleymane Diakité), Doussou (Djénéba Koné), Magna (Gabriel Konaté), il est difficile de déterminer qui est l'acteur principal même si par endroit, on croise des répliques un peu théâtrales. En outre, de petits problèmes de transition entre les plans dérangent quelque peu le suivi de ce film d'urgence, riche en symboles forts. Adama Drabo qui s'est fixé pour mission de produire une trilogie sur le Pouvoir a déjà réalisé en 1997 Taafé Fanga (le pouvoir des pagnes). Avec Fantan Fanga qui vient de sortir douze ans plus tard, il ajoute une corde à son arc. Mais hélas ! pour que Donniya Fanga (le pouvoir du savoir) qu'il avait en projet, puisse voir le jour, le concours de ses pairs est indispensable pour une réalisation à titre posthume. Adama Drabo qui s'était révélé aux cinéphiles lors du Fespaco 91 avec son premier long métrage "Ta dona" nous a subitement quitté le 15 juillet dernier à Bamako où il est né en janvier 1948. Adama Drabo a exercé longtemps le métier d'enseignant de 1968 à 1978 avant d'embrasser celui de cinéaste au sein du Centre national de production cinématographique (CNPC) du Mali qu'il intégra en 1979. Il fit ses armes aux côtés de son compatriote Cheick Omar Sissoko dont il fut l'assistant réalisateur sur son film "Nyamanton" (la leçon des ordures). Avec cette disparition, le 7ème art africain perd un réalisateur très au cœur de sa société, prudent et perspicace. Adieu artiste!

Ludovic O. Kibora

Le Pulaaku s'expose au Centre culturel français Georges Méliès

Des tableaux de Souley Barry sur le mur circulaire de la salle de la rotonde. Ils parlent élevage, pâturage, bœufs, bergers peuls. Ils côtoient des vêtements, des parures et autres morceaux d'étoffes. Sur des présentoirs, des objets utilitaires, des ustensiles de cuisines, des instruments de musique. Bref ! Tout ce qui distingue le Peul des autres populations du Burkina Faso. Peuple de nomades et d'éleveurs par excellence, les Peuls sont un peu partout en Afrique au sud du Sahara. L'élégance de leur culture, la finesse de leur art sont à l'image du physique de la gente féminine de cette population qui, bien que pratiquant le mariage précoce, magnifie la femme au foyer. Beauté, grâce, volupté et force guerrière, voici la combinaison de traits culturels de ce groupe socio-culturel que l'Association Culture, Tourisme et Développement Agro Pastoral (ACTDAP) "Weltaaré" a choisi de faire voir au public du Centre culturel français de Ouagadougou du 11 au 28 juillet 2009 à travers l'exposition Pulaaku . La revue Pullorama, édité au Cameroun, dit ceci : "Le pulaaku est l'ensemble des valeurs socio culturelles des Fulbe. Il est à la fois leur manière de vivre et leur raison d'être. C'est donc une éthique qui définit la philosophie et les règles de la vie individuelle et collective." C'est donc dans l'intention de faire connaitre ce concept, ce mode de vie par "ceux qui côtoient les Peuls sans les connaitre véritablement", que depuis environ quatre ans, Amadou Sidibé et ses compères ont pris leur bâton…de pèlerin pour organiser à travers le pays, festival de musique (à Bobo- Dioulasso) et des expositions itinérantes (dans différentes régions du Burkina Faso). Connaitre ces éléments identitaires est important car selon la revue citée plus haut "tout Pullo est supposé avoir du pulaaku. Certes, il peut faillir dans sa conduite, mais il se distinguera toujours par quelques traits de pulaaku. "quelque mince que devienne la fibre du pulaaku, elle ne rompt jamais."
A travers cette noble mission, l'ACTDAP œuvre pour une meilleure intégration entre les peuples. Ne dit-on pas que la tolérance et l'acceptation de l'autre passent nécessairement par une connaissance réciproque? Culturellement vôtre !

Ludovic O. Kibora

 

Poème
L'Afrique danse !

Depuis la nuit des temps, l'Afrique danse !
Elle danse, elle danse, sans jamais s'arrêter !

L'Afrique a dansé sous les fouets douloureux de l'esclavagiste !
Dans les négriers par-dessus l'océan,
les plantations d'Amérique,
L'Afrique a chanté, pleuré et dansé !
Ivre de joie et d'espoirs illusoires,
L'Afrique a dansé au rythme de ses "indépendances" !

Aujourd'hui encore, l'Afrique danse !

L'Afrique danse sur la terre ensanglantée
de Patrice Lumumba !
Ô Lumumba ! Ton sacrifice pour ton peuple serait-il donc vain ?
L'Afrique danse sur les charniers putrides de la lagune Ebrié !
L'Afrique danse pour vénérer ses dictateurs sanguinaires !
Dans les églises, les mosquées, les temples, l'Afrique danse !
Même dans les rues de Paris,
l'Afrique danse !

Mais pendant que l'Afrique danse,
Le monde avance sans elle, et contre elle.
L'Amérique écrase tout sur son passage;
L'Europe s'unit pour ne pas périr;
La Chine s'éveille et fait trembler le monde;
L'Inde émerge et fait entendre sa voix.
Mais l'Afrique, nuit et jour, chante et danse !
Et du fond de sa tombe, Ki-Zerbo ne cesse
de crier:
" A quand l'Afrique ? A quand l'Afrique ?
A quand l'Afrique…? "

Frédéric Koulansouonthé PALÉ
Université de Ouagadougou




 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Afrique est-elle mûre pour la démocratie ?

Le débat est toujours d'actualité. Il pourrait être scruté sous plusieurs angles, qu'il restera toujours sujet à polémique. Les péripéties politiques multiformes qui agitent le continent noir actuellement ne font qu'emmener de l'eau au moulin. On se souvient encore du tollé soulevé par Jacques Chirac alors Premier ministre de la République française lorsqu'il déclara du côté de la lagune Ebrié : "L'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie." ! A l'époque, une telle déclaration fortement tintée de visées politiciennes semblaient essentiellement destinée à soutenir un vieil ami de la France (Félix Houphouët Boigny) empêtré dans des difficultés inextricables. Comme ses opposants le traitaient de tous les noms d'antidémocrates, Chirac pensait bien l'aider en soutenant du haut de son titre et de sa civilisation, que de fait si Houphouët avait ces attitudes dictatoriales, c'était tout simplement parce que l'Afrique était encore un jeune continent en matière de démocratie, et que donc cela n'était nullement la faute de son ami et frère. Mais en dehors de toute arrière-pensée politicienne, Chirac n'avait-il pas raison de soutenir qu'il y avait problème entre démocratie (entendez occidentale) et mentalité africaine ? Comment peut-on poser un tel problème de manière dépassionnée, pour voir les inadéquations éventuelles entre ce système politique et la réalité mentale de l'Africain ?
La première tare (et peut-être la plus sérieuse) de la démocratie occidentale par rapport à la vision de l'Africain semble se trouver dans les fondements culturels mêmes de ce système, dont l'essence se base sur la liberté individuelle. Cette dernière qui est un pur produit d'un individualisme européen exacerbé veut que tout être humain, à partir d'un certain âge, soit totalement indépendant par rapport à tout autre, y compris ses propres géniteurs ! Le peuple eurasiatique qui a généré celui d'Occident est né dans des conditions particulières. De plus, ce fut un peuple essentiellement pastoral. Une certaine conjonction de réalités lui a donc façonné une mentalité propre, axée précisément sur l'individualisme. Or l'être humain produit toujours des systèmes en phase avec son mental, ses réalités physiques, climatiques, historiques et géographiques. De tous les peuples du monde, celui d'Occident a cultivé l'individualisme à un niveau si profond, que certains de ses comportements sont à peine compréhensibles, sans initiation à son génie particulier. Ainsi, la démocratie dont nous parlons convient comme un gant au mental de l'Occidental. En effet, pour que celle-ci fonctionne correctement, il faut que chacune des composantes de la société soit entièrement libre (individualiste) mentalement et légalement, pour être en mesure d'exercer correctement ses choix. Pour un peuple grégaire et communautaire comme le peuple négro-africain, il n'est pas certain que les dispositions mentales créées par l'évolution et les réalités mentales, sociales, historiques et géographiques, permettent un individualisme suffisant pour être un bon pratiquant-démocrate. Un père libéral et un fils communiste auront énormément plus de facilités à vivre ensemble à l'occidentale qu'à l'africaine ! La pratique démocratique par les pays négro-africains semble confirmer parfaitement le bien-fondé de l'argumentation. Quand on regarde par exemple l'attitude de nos pays depuis près d'un demi siècle, on est obligé d'en convenir. Il n'est même pas question ici, d'une jeunesse dans l'exercice, comme certains, y compris monsieur Chirac, tentent de nous le faire croire. S'il en était ainsi, la chose aurait progressé en s'améliorant avec le temps. Mais force est de se rendre compte que c'est tout à fait le contraire. Plus nos pays durent dans le mouvement, plus ils avancent à reculons ! Qui peut honnêtement affirmer que les pratiques démocratiques africaines d'aujourd'hui soient meilleures que celles des débuts de nos " indépendances " des années 1960 ? Inventée par et pour un contexte individualiste, la mayonnaise a de la peine à prendre dans des contextes sociaux opposés ! Sans aucune intention de vouloir jeter l'enfant avec l'eau du bain, il semble donc raisonnable de garder un esprit critique suffisant, seul à même de nous permettre de trouver de vraies réponses à nos problèmes. Les difficultés diverses qui s'accumulent sur notre chemin par rapport au système politique actuel de nos Etats ne doivent-elles pas nous inciter à inspecter d'autres solutions ? Et dans ce sens, les systèmes africains endogènes ne doivent-ils pas avoir aussi et surtout nos préférences ? C'est peut-être en cela que l'adage africain est fondé à affirmer que : "De la manière dont s'est enroulée la scolopendre, c'est de la même manière que son fils devrait le faire." !

Fatou Kiné CAMARA : Pouvoir et justice dans la tradition des peuples noirs.
L'Harmattan 2004

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 31 juillet 2009