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Bouillon de Culture

Les chercheurs écrivent l'histoire des royaumes et chefferies du Burkina Faso précolonial




En décembre 2005, un colloque organisé par l'institut des sciences des sociétés (INSS) du CNRST avait invité chercheurs et universitaires à réfléchir sur la problématique des formes d'administrations des regroupement socio-culturels vivant sur le territoire qui allait constituer après bien de péripéties politico-historiques, le Burkina Faso. C'est le résultat de ces échanges sur l'histoire précoloniale du Burkina Faso qui vient d'être publié sous forme d'ouvrage en mai 2009.Dirigée par les chercheurs Pierre Claver Hien et Moustapha Gomgnimbou, cette entreprise conduite par le département sciences juridiques, politique et de l'administration de l'INSS répond à un souci fondamental de réhabilitation d'une mémoire très souvent tronquée à dessein. " Pour ce qui est de l'histoire de l'Afrique dite précolonial en particulier, la nécessaire " distanciation " que nous devons voir par rapport aux écrits des explorateurs et autres administrateurs coloniaux, ne saurait constituer une fin en soi comme l'ont souligné des séminaristes. L'objectif demeure la réécriture d'une histoire africaine à partir de matériaux endogènes et exogènes (également passé au crible de la critique historique) et en recourant à des concepts pertinents élaborés avec la collaboration des autres sciences Humaines et Sociale telles l'anthropologie, la sociologie, les Sciences politiques…" Ces quelques mots du préfacier de l'ouvrage, le professeur Malien Doulaye Konaté, président de l'Association des Historiens Africains, traduit toute la philosophie qui a soutenu le processus d'élaboration des articles qui concourent à cet ouvrage. En le parcourant on comprend aisément pourquoi l'empire moaaga n'a jamais existé ou encore comment les populations dites gourounsi sont loin de correspondre au qualificatif "d'acéphale" jadis utilisé par les explorateurs et autres chercheurs coloniaux pour les caractériser. Avec ses 405 pages, 16 articles (des cartes et des illustrations) " l'histoire des royaumes et chefferie au Burkina Faso précolonial " est un document qui interroge le passé afin de mieux baliser l'Avenue du progrès économique et social. Ce que confirme le Pr Basile Guissou dans son avant propos : " A l'heure où l'Afrique en général et le Burkina Faso en particulier est à la recherche de solutions relatives à des institutions adaptées à son contexte socio-culture, à la démocratie, à la bonne gouvernance, il est indispensable d'interroger nos institutions traditionnelles pour y puiser ce qu'il y a de positif et qui peut nous aider à mettre en place des institutions originales tenant compte de nos réalités. C'est ce devoir patriotique que le CNRST à travers l'Institut des Sciences des Sociétés s'attelle à accomplir. " En tout cas, cet ouvrage concocté par les chercheurs de l'INSS et qui a connu la contribution inestimable d'enseignants de l'université de Ouagadougou dont celle de l'imminent professeur Jean-Baptiste Kiethega, est une preuve de plus que les chercheurs, trouvent. A bon entendeur….Bonne lecture !

Ludovic O. Kibora

L'impasse de Issa Saga
Un triste destin de fille rurale

Notre titre vous fait certainement penser à l'histoire de la pauvre Nathalie Perkouma, petite fille de 15 ans torturée par un officier supérieur de l'armée burkinabè, chez qui elle travaillait comme bonne à tout faire. Quel monde ! Fille rurale échouée en ville à la recherche de ce mieux-être qu'elle n'a pas eu depuis sa naissance dans son milieu d'origine pauvre et démuni, la petite Nathalie ne s'imaginait pas que la ville si attractive serait synonyme pour elle d'enfer. Simple parenthèse, mais de sérieuses coïncidences avec le court métrage burkinabè sorti en 2008 dont le commentaire suit.
Une impasse est une ruelle sans issue ou encore une situation ne présentant pas d'issue favorable. Ces définitions que nous donne le petit Larousse illustré édition 1998 s'applique parfaitement au sort de l'héroïne du film l'Impasse du réalisateur burkinabè Issa Saga. Dans une fiction de 26 minutes, Issa Saga montre comment une jeune fille (Poko), brillante élève au village, sera emmenée en ville par un couple de citadins qui fera d'elle une bonne à la merci de coups de gueules d'une patronne esclavagiste. Les parents de Poko comptaient beaucoup sur la réussite citadine de leur fille, qui avait pourtant déjà été promise en mariage à un jeune homme du village. Dans l'antre du loup, Poko parviendra grâce à son courage et à la témérité de son instituteur du village à échapper aux pièges de la ville, mais le retour au village va la mettre devant l'obligation de répondre à la sollicitation de son époux prédestiné. Le destin d'une jeune fille africaine se trouve ainsi ballotté entre peste et choléra. Le mariage forcé sujet encore actuel dans plusieurs villages burkinabè en ce début du 21ème siècle est dénoncé avec précision par le réalisateur qui montre comment le marchandage se fait sans tenir compte des intérêts de la jeune fille. Si avec ce premier film de fiction de sa carrière de réalisateur, Issa Saga revient sur un thème longtemps évoqué par la filmographie africaine, c'est que les traditions ont véritablement la peau dure. A travers la pérégrination de Poko entre ville et campagne, c'est aussi le courage d'une jeune fille africaine qui refuse la facilité et qui veut se battre pour s'en sortir qui est célébrée. Bien que déjà mature et doté d'un certain charme, Poko évite les chemins de la facilité et choisi de gagner sa vie à la sueur de son front. Mais l'adversité sociale est trop forte. A ce courage venu du village, la camera de Saga oppose le manque d'humanisme des citadines évoluées et sophistiquées qui, malgré leur niveau d'instruction assez élevé, sont préoccupées par leur confort personnel. La caricature est dure, mais ne manque pas de réalisme. Même si en matière de gestion des filles de ménage, le mauvais rôle est toujours attribué aux femmes, alors quedes exemples comme ceux de " la bonne et du Colonel " sont légions dans nos villes. Dans un jeu parfait, Delphine Ouattara qui incarne la patronne de Poko, dans le film, arrache des murmures de désapprobation au public de la salle obscure tellement elle s'identifie bien à son rôle de mégère. Abdoulaye Komboudri, quant à lui, habitué des répliques humoristiques, parvient tout de même à se fondre dans la peau d'un père de famille calme et sérieux. Lorsqu'un artiste revient sur un sujet plusieurs fois exploré, il lui faut savoir innover, avec une bonne dose d'originalité. Au delà des images claires, des gros plans fréquents sur les visages qui nous font vivre les émotions et sentiments des personnages, la fin tout en suspens de l'Impasse est une trouvaille qui est à l'honneur du réalisateur. Le happy end que le spectateur est en droit d'attendre pour que prenne fin les supplices de l'héroïne-victime qu'il a adopté au fil du récit se transforme en grosse interrogation. L'impasse invite ainsi chacun à continuer le film dans sa tête, puisque la réalité est souvent plus dure que la fiction. L'impasse a obtenu lors du FESPACO 2009 le " Prix spécial de la Loterie Nationale du Burkina (LONAB) " d'une valeur de 2 000 000 F CFA. Bon encouragement pour un début.*

Ludovic O. Kibora


 

Le CEP au village


Les épreuves du Certificat d'étude primaire élémentaire (CEP) ont débuté le 9 juin pour la session de 2009. Dans l'école primaire publique de Bouktenga dans la circonscription d'éducation de base d'Ourgou-Manéga, à plus de 50 kilomètres à l'est de Ouagadougou, la trentaine (plus exactement 14 filles et 12 garçons) de candidats doit se rendre à Ourgou, centre d'examen le plus proche à 14 kilomètres pour y passer les trois jours que dura l'examen. Le départ est programmé la veille aux environs de 11 heures. Une charrette à traction asine transporte les bagages (nattes, vêtements, lampes, seau, vivres, ustensiles de cuisine, etc.). Les gosses, eux, marchent derrière. Dans une ambiance plutôt bon enfant, ils arriveront à destination après deux heures de marche-repos. Ensuite, il leur faudra se bousculer à la fontaine afin de puiser l'eau pour le repas du soir et la douche avant un sommeil réparateur qui devrait les remettre d'aplomb pour affronter les épreuves du lendemain. Pour entreprendre cet internat, chaque parent a dû débourser la somme de 750F CFA pour son rejeton et APE (Association des parents d'élèves) et COGES (Comité de gestion de l'école) ont offert respectivement 6000 et 5000F CFA. Quant à la commune très sollicitée, elle n'a pu offrir à chaque enfant que la somme de 300 FCFA. Il passe le même CEP que ceux qui en ville n'ont qu'à traverser la rue pour être dans leur salle d'examens, lorsqu'ils ne sont pas déposés à moto ou en voiture avec un morceau de sandwich dans le sac. Vous avez dit égalité des chances ? Une telle situation est loin d'être insolite, encore moins unique ici au Faso, mais n'est pas toujours su de tous les Burkinabè citadins surtout ceux qui " sont plus égaux que d'autres", pour paraphraser le comique français Coluche. Pourtant, ça se passe à une soixantaine de kilomètres des lumières de Ouaga 2000.

Ludovic O. Kibora


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Afrique a besoin
de dirigeants d'exception

 

Il est une donnée qui échappe souvent aux Africains lorsqu'ils se penchent sur les anomalies fonctionnelles de leurs Etats. Certains pensent que les principes fondateurs d'un Etat digne de ce nom, et qui sont d'essence occidentale, ne sont pas suffisamment maîtrisés. Ce serait alors la raison majeure pour laquelle les structures étatiques ne sont point cohérentes, ce qui aurait pour conséquence le dysfonctionnement que l'on constate. S'il y a probablement du vrai dans cette manière de percevoir les choses, cette anomalie constatée est en réalité de moindre importance par rapport au fait que la qualité des hommes qui nous dirigent est la véritable raison de bien de difficultés dans la gestion des Etats africains. En effet, au-delà de la valeur et de la qualité intellectuelle qui souvent manquent aux principaux dirigeants des Etats, à cause de raisons diverses ou des conditions particulières de leur accession au pouvoir, de même qu'au copinage dans le choix de leur entourage, il reste que la moralité et la dignité restent incontestablement ce qui leur manque le plus.
D'abord, du fait que la quasi-totalité de nos dirigeants sortent des grandes écoles et les instituts supérieurs dits modernes, leur moralité et cette notion d'honneur et de dignité qui faisaient que l'Africain traditionnel préférait la mort à la honte, leur manquent totalement. Beaucoup de ces dirigeants ont un idéal de vie tel que ce qui leur importe le plus, c'est leur propre profit dans toute action qu'ils entreprennent : "Qu'est-ce que je gagne ?", "Quel intérêt ai-je dans telle entreprise ?", tels sont leurs arguments massues. Certains, par vantardise ou plus exactement par bêtise, affirment : "J'ai tel diplôme, il me faut tel salaire !", oubliant que les salaires ne doivent pas être liés à des diplômes autant qu'aux possibilités de chaque pays ! N'est-ce pas qu'il faut d'abord produire les biens, avant d'espérer les consommer ? Pour nos grands hommes, cette évidence n'est pas aussi claire. L'un des problèmes qui doit par conséquent recevoir un traitement adéquat, c'est le genre de dirigeants qui seront les plus aptes à diriger les Etats africains à l'heure actuelle. Nous avons besoin d'hommes d'exception pour ce faire, et ce sont des quidams qui prétendre le réussir ! Pourquoi faut-il croire que nous ayons un tel besoin de ce genre d'hommes de très grande particularité ?
Cela se comprend aisément puisque l'Etat africain, du fait de son histoire récente et même actuelle, a des contraintes particulières qu'il faut absolument vaincre :
L'avidité des ex-colons n'est pas encore terminée. Ces derniers font semblant d'être partis alors que ce sont eux qui veulent tirer toutes les ficelles de nos Etats soi-disant indépendants. Par conséquent, vouloir être dirigeant dans nos pays, c'est accepter d'aller contre leurs intérêts qui sont le contraire de ceux de nos populations. Et comme chez eux, "La fin justifie les moyens", ils sont prêts au pire pour sauvegarder leurs avantages. Cela signifie que quelqu'un qui n'est pas prêt à accepter des risques pour contrer leurs manipulations ne pourra jamais être un bon dirigeant dans nos contrées. Mais ces risques vont précisément contre la façon de voir de nos élites, surtout prêtes à vouloir le beurre et l'argent du beurre. A la moindre difficulté, ils préfèrent s'allier aux ex-dominateurs pour opprimer leurs propres peuples. C'est le contraire de ces dirigeants veules et poltrons, apatrides et stupides, qu'il faudra à l'Afrique. Nous avons besoin d'hommes courageux, à la limite téméraire à la Thomas Sankara pour ce continent, à l'heure actuelle.
Il faudra de même des dirigeants imaginatifs, inventifs, créatifs. Pourquoi ? Parce que dans nos pays en train de vouloir se dresser, tout doit être inventé. Les copistes, les singes sont de peu d'utilité dans un tel cas de figure. Ce qui est le cas de la quasi-totalité de nos dirigeants. Le plus grand danger qui menace l'Afrique depuis son indépendance, c'est de vouloir faire entrer nos populations, nos sociétés dans des moules qui ne sont pas faits pour elles. Et, malheureusement, c'est là les défauts essentiels de nos dirigeants, éduqués pour adopter au lieu d'adapter la modernité à nos aspirations les plus profondes ! Si les premiers responsables n'ont pas ces qualités de créativité et d'inventivité, il sera difficile de pouvoir seulement compter sur d'autres pour ce faire. L'adage africain affirme bien que : "Seuls les tortues savent par où passer, pour se mordre !", entendant par là qu'il est impossible à celui qui n'a pas une qualité donnée, de pouvoir réellement l'apprécier chez les autres. Le fait de l'entourage n'est donc pas entièrement suffisant pour gérer la question de l'inventivité, de la créativité à outrance. Il faut donc que les premiers responsables eux-mêmes disposent de ces qualités.
Comme on le voit, il ne sera pas facile pour nous, d'avoir des dirigeants de cette stature, mais en même temps, c'est la condition à remplir pour avoir le moindre espoir, la moindre chance de réussir à bâtir nos nouveaux Etats sur du roc.

Anne-Cécile ROBERT : L'Afrique au secours de l'Occident.
Editions de l'Atelier/ les Editions Ouvrières, Paris 2006

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009