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FESPACO 2009
Avec l'Etalon d'or,
TEZA rallonge la liste de ses trophées

Hailé Guérima n'est pas un inconnu du FESPACO.
Lors de l'édition de 1993, il avait remporté le
prix de la meilleure image avec Sankofa. Né en Ethiopie
en 1946, il vit aux Etats-Unis depuis 1968, enseigne dans une
université de Washington et est membre de la Los Angeles
Black Film Makers. Il fait partie des rares cinéastes
africains pour qui le devoir de mémoire est plus qu'un
credo. La part qu'occupe l'histoire de son peuple dans ses nombreux
films est donc importante. C'est ainsi qu'il est question d'esclavage
dans Sankofa (1993), Bush mama (1976), Moisson formule A des
3000 ans (1975) ou de colonialisme dans Adwa (1999)
TEZA sorti en 2008 est un concentré des thèmes
favoris du réalisateur qui au-delà des rappels
historiques, lutte contre toute forme d'injustice. L'histoire
se passe en Ethiopie dans les années quarante. Anberber
est rentré au pays après son séjour en
Allemagne pour apporter sa contribution à l'émancipation
de son peuple. Il veut s'engager à combattre tous les
maux qui minent le développement de son pays. C'est l'époque
révolutionnaire d'un Mengistu Hailé Mariam, qui
est venu avec beaucoup d'espoir mettre fin à la monarchie
d'Hailé Sélassié qui avait maintenu le
peuple dans un certain obscurantisme et une pauvreté
structurelle. Vive donc la révolution ! Hélas!
Les bonnes intentions seules ne suffisent pas à transformer
positivement un monde. Ne dit-on pas que même le chemin
de l'enfer en est pavé ? Alors entre ceux qui sont convaincus
de l'idéal révolutionnaire avec sincérité
et abnégation et ceux qui songent à assouvir d'autres
intérêts inavoués, il s'engage une lutte
sournoise, souvent ouverte et violente, devant le peuple médusé
qui croyait pourtant que
Anberber qui rentrait au pays
pour faire uvre utile est pris dans ces tourbillons de
luttes intestines entre factions rivales. Déçu,
il décide donc de repartir d'où il est venu. Cependant,
dans un Leipzig dont le cur bat pourtant à l'Est,
on lui fait comprendre qu'il n'est pas chez lui. Victime de
racisme, l'acteur principal retourne en Ethiopie qui est son
pays malgré tout.
Film long de 140 minutes, TEZA mêle histoire et actualité
avec une justesse déconcertante. Déjà lors
des 22ème Journées cinématographiques de
Carthage, l'autre festival panafricain de cinéma qui
se tient tous les deux ans à Tunis, il avait décroché
la distinction suprême, le Tanit d'or. A la Mostra de
Venise, il s'en est sorti avec le prix spécial du jury
en plus du prix du meilleur scénario. La Fédération
Africaine de la Critique Cinématographique réuni
en congrès à Ouagadougou pendant le FESPACO 2009,
lui avait déjà, 24 heures avant la publication
du palmarès officiel, attribué le prix de la critique
africaine. C'est donc en toute logique que le jury officiel
conduit par le réalisateur Burkinabè Gaston Kaboré
a honoré Hailé Guérima en lui décernant
au stade du 4 Août de Ouagadougou, l'étalon d'or
de Yennenga pour son film. Hailé a rencontré de
nombreuses difficultés pour produire un document de six
heures qu'il a " charcuté " pour donner le
chef-d'uvre primé le soir du 7 mars 2009 à
Ouaga. Dans une interview accordée à notre confrère
marocain, Hassouna Mansouri, il déclarait ceci : "Il
m'a fallu attendre deux ans pour le tournage de six jours. Je
ne suis pas content de mon tournage en Allemagne. J'avais beaucoup
d'idées pour chaque lieu de tournage que vous voyez dans
mon film sauf la partie allemande. (
) j'avais passé
plus de trois ans à repérer les lieux, tout ceci
s'est révélé inutile à cause du
manque d'argent. Mais dans la partie éthiopienne fondamentalement,
j'ai tourné là où j'ai voulu." Travail
et persévérance sont les maîtres mots qui
ont toujours guidé la camera de ce infatigable réalisateur
qui porte l'Afrique indéfiniment, malgré son long
exil américain. Félicitations l'artiste !
Ludovic O. Kibora
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Le
FESPACO De Koanda SAHAB
Koanda Sahab est un artiste pas comme les autres. Pour
réaliser ses uvres, il fait les poubelles
d'abord. C'est avec ces matériaux hétéroclites
constitués d'un maximum de vieilles ferrailles
qu'il confectionne ses sculptures. Depuis 2001, suite
à une rencontre avec le Délégué
Général du FESPACO, Baba Hama, il avait
aux détours de ses expos dans les lieux culturels
de Ouaga décidé de faire voir ses créatures
aux nombreux visiteurs qui débarquent dans la capitale
burkinabè à cette occasion. L'expérience
fut concluante. Alors, pour célébrer les
40 ans du FESPACO, l'artiste Sahab a fait montre de créativité.
Le visiteur qui franchit le portail du siège du
FESPACO est accueilli par une multitude de sculptures
en ferraille de récupération au milieu d'une
pelouse de gazon vert. Il s'agit d'anciennes sculptures
de l'artiste, mais aussi de nouvelles qu'il a confectionné
pour la circonstance, en y incluant le thème du
cinéma. Dans le hall de l'immeuble, ce sont des
pare-brise de véhicule que l'artiste a transformé
en tableaux peints expressifs aux couleurs variées,
qui vous pendent au-dessus de la tête. Sahab prouve
par là qu'il est un artiste multi domaines. Ceux
qui ont suivi la cérémonie d'ouverture de
la fête du cinéma africain le samedi 28 février
au stade du 4 Août de Ouagadougou ont dû voir
une moto entièrement sortie des ateliers de Koanda
Sahab, prendre les devant d'une procession avec, accroché
à l'arrière, douze drapeaux représentant
les pays lauréat de l'Etalon de Yennenga depuis
la première édition du FESPACO. C'est sur
l'initiative de la chorégraphe Irène Tassembedo
que Sahab a mis à disposition cette moto originale
qui attire forcement les regards. Au FESPACO 2009, Sahab
a reçu de nombreux mots d'encouragement et de félicitations
de la part des visiteurs qui ne cessaient de défiler
en ces lieux. Auparavant, certains hôtels de la
ville lui avaient déjà ouvert leurs portes
pour des expos, mais l'artiste veut aller loin et pour
cela compte sur l'intérêt des communes pour
ses créatures. L'envie de l'artiste aujourd'hui,
c'est faire voyager au maximum ses productions. La principale
difficulté pour lui, c'est la disponibilité
de la matière première. Les ferrailles ont
acquis ces dernières années une valeur marchande
inestimable, à tel point que Sahab qui les récupérait
directement dans les décharges publiques est obligé
de les acheter. L'autre difficulté est l'écoulement
de ses objets d'art. En attendant, entre l'artiste et
le cinéma, c'est une histoire d'amour qui va durer
encore longtemps. Bon vent l'artiste !
Ludovic O. Kibora
Projection insolite
Mardi 03 mars 2009, il est 18h30 lorsque le public qui
a pris d'assaut la salle du ciné Neerwaya s'impatiente
déjà de voir Courting justice de la Sud-africaine
Jane Lipman. Ce film qui parle des femmes juges noires
devrait être immédiatement suivi de Lieux
sacrés du Camerounais Jean-Marie Teno. Entre temps,
la présentatrice du jour annonce que la projection
va prendre un léger retard. Pour meubler le temps,
elle raconte une blague difficilement rigolote et demande
si des volontaires dans le public peuvent en faire autant.
Une voix en provenance de l'arrière de la salle
crie : " on est venu pour voir des films ! ".
Hilarité générale. Où est
passé le DVD du film de Lipman ? Il serait entre
les mains du jury officiel
où plutôt
en route vers le ciné Neerwaya en provenance du
Jury officiel. Dans le cafouillage général,
quelqu'un dans la salle se lève, brandit un DVD
et propose qu'on le projette en attendant Courting justice,
car Jean-marie Teno, en véritable gentleman, ne
tenait pas à ce que son film passe avant celui
de la Dame d'Afrique du Sud. La présentatrice prend
le DVD avec hésitation en disant : "je vais
proposer à la cabine de projection, je ne sais
pas s'ils vont accepter." On est tout de même
à un Festival international de films avec des films
sélectionnés plusieurs semaines à
l'avance et une programmation rigoureuse ! Quelques minutes
plus tard, les lumières s'éteignent progressivement
et le film commence. Le public découvre avec plaisir
la Bicyclette d'Alphonse, un film du Rwandais Eric Kabera
qui n'était nullement dans la sélection
officielle. Nous sommes au FESPACO et nulle part ailleurs
! Mais, bon, le public a aimé l'histoire de ce
jeune rwandais qui parvient à transformer son vélo
en y montant un poste transistor. Kabera a eu un sacré
coup de pub. Après cet intermède d'une dizaine
de minute, Teno a finalement accepté que son film
passe avant celui de Lipman après avoir déclaré
devant la salle consentante qu'il assistait cette année
après ses 25 ans de FESPACO à une édition
" pathétique et lamentable. " A bon entendeur
rendez-vous
à 2011 !
Ludovic Kibora
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MYS
chante l'espoir

Son nom à l'Etat civil, c'est Moussa Yabré. Comme
nom d'artiste, il a choisi MYS (prononcez en anglais). Il fait
de l'Afro-soul. Il a débuté tout petit avec son
frère jumeau. C'est en Côte d'Ivoire qu'ils ont
commencé à s'exercer à la musique. Quand
ils sont rentrés au bercail, la passion pour l'art musical
s'est accentuée. Pour accomplir leur rêve, ils
créent les Twin et sorte l'album "Show me the way".
En 2000, MYS venait de sortir de l'Ecole national des enseignants
du primaire (ENEP) pour enseigner dans un village en province.
Au bout de quelques années, il abandonne les classes
pour se consacrer entièrement à sa passion. Il
revient à Ouaga pour faire la promotion de l'opus nouvellement
sorti. Mais l'aventure des twin fait long feu. Il s'hiberne
pendant plusieurs années pour travailler son nouvel album.
Celui-ci sort en 2008 et porte le titre : "je n'ai que
ma voix ".
L'album a été produit par une jeune structure
du nom de Vision parfaite dont les responsables sont Tahirou
Barry et Yaniagaté Karim. Zakaria Mamboué et Sam
Zongo Etienne, arrangeurs bien connus de la place, ont apporté
une touche technique dans l'arrangement de l'album. L'uvre
a été récompensée à la dernière
édition du Clip d'or de la Radio Télévision
du Burkina (RTB) en s'adjugeant le prix spécial.
MYS chante l'amour et la justice qui doivent constituer, à
ses yeux, le fondement de la vie. L'artiste est chrétien
et ne manque pas de louer le seigneur. Dans un des titres de
l'opus, le ton est donné : "qui suis-je pour que
tu m'aimes tant et pour que tu verses ton sang pour moi.".
Pour qu'il n'y ait pas d'amalgame, MYS pense que les fondamentaux
des religions sont les mêmes. Il chante alors pour tous
les hommes et non pour une chapelle. La vie comme dit le poète
: "c'est être deux et n'être qu'un. Deux âmes
qui se fondent en un ange, c'est le ciel." Les hommes,
à partir d'un certain moment de leur existence, souffre
d'une maladie "merveilleuse" qu'est l'amour. L'artiste
ne déroge pas à cette règle de la vie et
comme il ne chante souvent que du vécu, MYS entraîne
les mélomanes dans l'univers de la passion sentimentale
: "Depuis le premier jour, j'ai su que tu étais
mon amour. Avec ton sourire glamour, ton regard me jouait des
tours. Tout seul dans mon lit, dans ma chambre noire, j'ai encore
à l'oreille le son de ta voix comme tambour. C'est vrai
que l'amour a ses raisons que la raison ignore et mon amour
pour toi est plus qu'un lingot d'or." L'artiste envoie
l'amoureux de la musique dans les jardins paradisiaques de l'amour.
Il invite ses fans à ne jamais perdre espoir. MYS s'est
remis sur orbite avec cet album de 11 titres et promet d'aller
à la conquête de ses fans. Les concerts sont prévus
à Ouagadougou et à l'intérieur du pays
dans les mois à venir.
Merneptah Noufou Zougmoré
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Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
Peut-on
faire l'économie des langues africaines dans la
construction
de l'Etat moderne ?
L'une des questions les plus controversées
dans l'Afrique noire d'aujourd'hui, c'est peut-être
celle de savoir si l'on peut ou non se passer des langues
nationales africaines dans la construction des Etats modernes.
Même si pour l'instant, ceux qui minimisent nos
langues semblent plus nombreux, il est évident
que leur position ne saurait être considérée
ni comme rationnelle ni comme productrice. Elle n'est
pas rationnelle, parce que c'est visible qu'aucun peuple,
parmi ceux qui ont compté dans l'histoire, n'a
adopté une attitude de rejet de sa langue. Si cela
était une bonne chose, on aurait eu dans l'histoire,
au moins quelques cas du genre. Or apparemment, c'est
le désert complet à ce niveau. Il n'est
donc pas rationnel que nous espérions inventer
une loi entièrement nouvelle, dans la direction
du comportement social des gens qui recherchent un chemin
d'épanouissement. Cette façon de voir n'est
point productrice non plus, parce que depuis que nous
avons cette attitude d'adoption des langues étrangères,
aucune invention ne semble possible à notre niveau.
Nous sommes donc réduits à la profession
de copistes et de consommateurs des produits, y compris
intellectuels d'autrui. Et cela s'explique simplement,
entre autres, par la loi des nombres dans la montée
vers l'invention. Plus un groupe est grand, plus les possibilités
et même la probabilité de produire des génies
de tous genres deviennent importantes. Avec les langues
héritées des colonisateurs, nous n'avons
pratiquement aucune chance de donner une éducation
à la fois quantitative et qualitative aux générations
qui montent. Aucune ! Tant que nous adopterons cette attitude,
il nous faudrait toujours choisir entre une éducation
élitiste qui impliquerait nécessairement
des gros moyens pour une quantité insignifiante
de personnes, et une autre destinée à produire
un grand nombre d'alphabétisés, de niveau
très moyen et pratiquement inutilisables dans les
faits.
Ce qui conforte notre position, c'est l'histoire elle-même.
Elle démontre que nous ne sommes pas les premiers
à vivre cette situation. Même les Français
qui sont nos références dans presque tous
les domaines sont passés par le même chemin.
Il fut un temps en effet, où la France, pays indépendant,
avait une élite qui parlait latin. Ainsi les jugements
des Français par exemple se faisaient en latin,
une langue que le peuple ne comprenait pas. Parfois, des
traductions étaient assurées en français
pour ceux-ci dans certaines circonstances, comme ce qu'on
fait aujourd'hui dans les langues nationales pour les
Burkinabè qui passent en jugement. Il a fallu des
élites conscients du ridicule de la situation,
pour décider de traduire tout le savoir en français,
et de faire des pressions pour que les dirigeants se décident
enfin à entrer dans le jeu. L'un des groupes les
plus importants dans ce travail fut précisément
les Encyclopédistes comme Diderot, Voltaire, Montesquieu,
Rousseau, Condillac, Jaucourt, etc. Leur combat aboutit
de même à l'adoption du français comme
langue nationale de la France. Il est donc faux de croire
que le français se soit tout naturellement imposé
comme langue nationale. Il a fallu à un certain
moment le décréter, politiquement !
Quand est-ce que les Africains qui nous dirigent vont-ils
comprendre que pour se développer, on ne peut pas
se contenter de consommer ce que les autres produisent
? C'est tellement simple à comprendre. Toute l'histoire
de l'humanité indique que tous ceux qui ont progressé,
ce sont ceux qui ont produit des créateurs et des
inventeurs. La Révolution Démocratique et
Populaire de Thomas Sankara avait un slogan significatif
: "Produisons ce que nous consommons et consommons
ce que nous produisons" ! Que cela était juste
! Seulement pour produire, il faut avoir et la matière,
et les connaissances, et le génie. Tout le monde
sait que l'Afrique ne manque pas de matière. En
rien ! Les connaissances s'acquièrent dans une
éducation digne de ce nom. Quant au génie,
il apparaît avec les grands nombres. Dans une société
qui n'a que dix ou vingt pour cent de sa population éduquée,
on a moins de chances d'avoir des génies en nombre
significatif, que celle qui a cent pour cent de sa population
éduquée. Une population qui est éduquée
dans sa propre langue a plus de chance de produire des
génies, qu'une autre, éduquée en
langue étrangère. Une population qui a un
système éducatif intégré a
plus de chance d'avoir des génies et des créateurs,
qu'une autre dont l'éducation est extravertie ou
inadaptée. Mais devant toutes ces possibilités
éducatives, l'Afrique est toujours du mauvais côté.
Et ses dirigeants ne semblent même pas s'en rendre
compte. C'est cela l'un des plus grands drames actuels
du continent noir.
KI-ZERBO Joseph : Eduquer ou périr : impasse
et perspectives africaines.
Paris, Unicef-UNESCO, 1990.
Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr
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