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Bouillon de Culture

Kizito et Smockey aux Kora de Lagos



Le dynamisme de la musique burkinabè ces dernières années a conduit de nombreux chanteurs et musiciens de ce pays vers les grandes scènes du monde. Les Kora, victoires de la musique africaine, initialement organisés chaque année en Afrique du Sud ont vu défiler sur le podium, Amety Méria, Idak Bassavé et surtout le jeune prodige (! ?) Madson qui nous est revenu avec un trophée digne de son talent. Cette année, la cérémonie de la phase finale des Trophées Kora Awards de la musique africaine, édition 2008-2009, aura lieu le samedi 11 avril 2009 à Lagos (Nigéria). Cette cérémonie des Trophées Kora Awards de la musique africaine devait avoir lieu en décembre 2008. Elle a été reportée afin d'améliorer son déroulement qui change de site. Dans la catégorie Meilleur Artiste ou Groupe Africain hip hop notre Smockey national est nominé en même temps que le Malien Mokobe, deux Nigérians, un Sud Africain et un Kenya. C'est peu dire que d'affirmer que le jury aura du fil à retordre. The last but not the least, c'est dans la catégorie Meilleur Artiste ou Groupe Africain Reggae, où Kizito le reggæ man à la voix chaude, au timbre bien de chez nous, croisera le micro avec quatre autres talents africains venus d'Ouganda et des pays voisins du Ghana, Bénin et Nigeria. Pour cette édition où les francophones s'en sortiront à coup sûr avec une distinction de Meilleur Artiste ou Groupe Traditionnel (Suivez le programme !). Dans les autres catégories, la bataille risque d'être rude entre anglophones et francophones pour désigner le grand gagnant du prix d'une valeur d'un million de dollars US. Kizito, qui vit à Paris est rentré au pays pour requérir la bénédiction des ancêtres. Son dernier album "Bayiri" est en ce moment en train d'être distribué par Bilieve digital, une structure, qui fait à fond dans la musique et le numérique. Après Lagos, advienne que pourra, il fera sa tournée européenne en commençant par la Norvège, l'Angleterre, etc. Le manager qu'il partage avec le grand I Jah Man a du métier. Il fut co-producteur de l'émission "Galaxie" qui était tant prisée des téléspectateurs burkinabè. Déjà, de la flèche d'or à Paris, en passant par Auxerre, ce dernier lui a permis de faire pas mal de Caf Conç (Café concert pour les moins branchés !) dans l'hexagone. Smockey quant à lui, vient de se rappeler au bon souvenir des liberticides en contribuant de façon majestueuse à l'album hommage à Norbert Zongo, après avoir tiré à bout portant avec son "Code Noir" sur l'hypocrisie socio-politique, Kizito et Smockey, deux styles un même combat ! Avec leur verve puissante contre l'impunité et l'injustice, leur nomination aux Kora awards est déjà une victoire, quelque soit la décision des juges en avril prochain au pays de l'immortel Fela Anikulapo Kuti. Que le Gourounsi et son esclave Bissa portent ensemble haut le drapeau du "Pays des Hommes intègres" avec le genre de musique qu'ils distillent, c'est plus qu'un mérite. Et ça c'est pas de la pub!

Ludovic O Kibora

" Le bourgeois gentilhomme "
Quand paranoïa et vantardise font bon ménage !

La compagnie Marbayassa a réussi son pari : celui de réadapter la célèbre pièce de Molière "Le bourgeois gentilhomme" au contexte burkinabè et de la jouer en Mooré et en Français devant des amoureux des planches qui tantôt riaient à se tordre le cou, qui tantôt s'indignaient face aux frasques des comédiens. C'était le 09 janvier 2009 au Centre Culturel Français de Ouagadougou. Le spectacle a été joué en plein air. Ce choix a permis d'établir une plus grande proximité entre les comédiens et le public. Il a surtout permis d'envisager une meilleure réceptivité du message. La mise en scène et la chorégraphie de cette pièce revisitée sont respectivement l'œuvre d'Hubert Kagambéga et de Lévy Koama. Les comédiens ont également eu le génie nécessaire pour incarner les différents personnages, surtout celui de M. Jourdain, personnage principal. Ce dernier est rongé par sa propension vaniteuse à accéder à une classe sociale qui n'est pas la sienne. "gros bouffon", "dindon superbe", il confond l'être et le paraître, l'essence et les apparences. Il pense inconsciemment que l'habit fait le moine. L'un des effets comiques les plus constants réside dans ce perpétuel décalage entre ce que M. Jourdain veut paraître et ce qu'il est. Ses propos vont à l'unisson : ils révèlent son ignorance, son étroitesse d'esprit. Son langage est riche en impropriétés, en approximations, quand il n'apparaît pas ampoulé et pâteux. Au nom de ses prétentions, M. Jourdain se conduit en être sottement vaniteux. Il quémande l'admiration tant il est vrai qu'il n'existe que par le regard d'autrui, il se pavane auprès de gens qui ne sont pas forcément qualifiés pour porter un jugement de goût. On le voit indécis, embarrassé par un mode de vie inhabituel. Il révèle sa couardise en apprenant l'escrime (sport de combat avec l'épée). Il étale son entêtement car il a une haute opinion de sa personne. Enfin, autoritaire, M. Jourdain a tendance à écraser les faibles et à poursuivre de ses colères ceux qui se moquent de lui, ceux qui n'admettent pas son point de vue. Au nom de sa folie, il décide que sa fille épouserait un gentilhomme et l'opposition des siens fait monter les enchères. Sa vanité, son irascibilité, son jugement déformé par ses lubies se conjuguent ici pour le confiner dans l'erreur. Ainsi naïveté, vanité, égoïsme, autoritarisme sont-ils les maîtres mots de ce portrait. "Le bourgeois gentilhomme" ou "Naaba" en Mooré, qui a été joué pour la première fois en 1670 à Paris, est toujours d'une très forte actualité car la folie des grandeurs amène bien de personnes à perdre le Nord. Tout en faisant recours à l'humour, la Compagnie Marbayassa a quand même pu mettre le doigt sur une plaie de la société. Elle est arrivée à faire comprendre au public que M. Jourdain était en réalité prisonnier d'une lubie. Cette folie le conduit à se construire un univers fermé qui n'a plus beaucoup de rapport avec le monde réel. En effet, les événements extérieurs ne sont acceptés que s'ils viennent conforter sa vanité, s'ils lui présentent une image flatteuse de lui-même. À l'inverse, toute personne qui tendrait à lui rappeler sa situation réelle déclenche chez lui des colères farouches. M. Jourdain choisit petit à petit un univers autistique où il se complaît dans la sotte admiration de lui-même. Cette contemplation narcissique lui ôte tout esprit critique et l'on comprend qu'il devienne le jouet d'autrui, tout particulièrement des gens les moins scrupuleux. Mais il y a aussi une peinture sociale de la folie de M. Jourdain ou tout du moins une peinture des conséquences sociales de sa passion. Il veut imposer son univers à autrui. Ses conceptions et sa volonté dévoyée le conduisent à dilapider sa fortune, à tyranniser les siens, à mettre en danger son ménage, travailler au malheur de sa fille. Le travers n'abîme pas seulement l'individu, mais aussi l'ordre social. Pour Hubert Kagambéga, l'objectif premier de cette pièce était de rendre le théâtre accessible à toutes les couches tout en favorisant la forte interactivité. "Le bourgeois gentilhomme" a été conjointement adapté par la Compagnie Marbayassa du Burkina Faso, l'Etoffe des rêves de la France et Louxor du Togo. Le théâtre étant universel et son message intemporel, il faut saluer cet effort qui participe incontestablement à un plus grand dialogue des civilisations.

Aimé Franck Bazié

 

Toussy
Une voix pour louer Dieu !




"Action de grâce". C'est le titre du tout premier album de Toussiane Julienne Zinsoné dite Toussy. Depuis son concert dédicace du 09 octobre 2008, l'œuvre fait son petit bonhomme de chemin au plaisir des férus de musique religieuse. L'artiste soutient que son album a été concocté exclusivement pour magnifier l'Eternel dont l'amour pour les hommes est infini et inconditionnel. "Ma paix", "Chante ma vie", "Aimons-nous", "Marie, notre mère", "Dieu fidèle" et "Louez Dieu", sont les 06 titres d' "Action de grâce". La musique pour Toussy, est une passion d'enfance. Avant de se lancer dans une carrière solo, elle a évolué dans plusieurs ensembles musicaux de Ouagadougou : Orchestre municipal, Orchestre du Kundé du secteur12 (ex-orchestre Le Monde)…Elle s'inscrit dans le registre de la chanson religieuse, car dit-elle, "je veux consacrer mon temps au Seigneur". A sa soirée dédicace en octobre 2008, l'ambiance était particulièrement électrique. Adji, Yoni, le guitariste Vincent de Paul, l'Abbé Joseph Kinda et la chorale St Michel de Kologh-Naaba dont Toussy est membre, ont tenu, de par leurs prestations respectives, à marquer d'une pierre blanche la sortie de l'album "Action de grâce". Finaliste du concours Faso Academy en 2006, Toussy propose une variété de sonorités et de rythmes aux mélomanes avec son œuvre. On y retrouve du Warba, du Soukous, du coupé décalé… Sur scène, avec une voix au timbre bien trempé, elle partage cette joie de vivre qui fait tant languir. Tout au long de la finale de Faso Academy 2006, on a senti une véritable complicité et une amitié pas du tout feinte entre elle et les autres prétendants à la consécration. D'ailleurs, il y a quelques mois, elle était présente sur le plateau de la RTB pour la sortie officielle de l'album "Couleur Ebène" de Sandrine. Cet album est également de belle facture et bien de personnes se plaisent à en fredonner des titres. Toussy garde donc un très bon souvenir de Faso Academy et invite tous ceux qui veulent se lancer dans la musique à croire à leur potentiel et à prendre surtout le temps de fourbir leurs armes dans le milieu du show biz. Son expérience personnelle est un exemple de combativité et de détermination. Elle a consacré de nombreuses années de sa vie à se former musicalement et, aujourd'hui, elle en apprécie les fruits. Les morceaux d'"Action de grâce" sont vifs, entraînants, faits pour susciter l'émotion. L'artiste a une grande dévotion pour la Vierge Marie, qui a su, à ses yeux, chanter les merveilles de Dieu. Pour Toussy, la musique religieuse a valeur de témoignage personnel d'adhésion à la foi chrétienne. Par ce genre de musique, la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et d'amour, une attente confiante de l'intervention salvifique de Dieu. Du reste, d'innombrables croyants ont alimenté leur foi grâce aux mélodies qui ont jailli du cœur d'autres croyants. Leurs cœurs se sont ouverts à la densité expressive de la parole, dont la musique est la servante. A travers sa musique Toussy veut donc jeter des ponts entre le message du salut et les hommes qui sont sensibles à la beauté, car la beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance, permettant ainsi un dialogue fécond.

Aimé Franck Bazié



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

Une leçon venue
de Berkeley

Depuis 2006, des hommes vivent permanemment dans des arbres de l'université de Berkeley, une banlieue de San Francisco aux Etats-Unis d'Amérique. Sont-ils des sauvages ayant retourné à la préhistoire, ou des hommes devenus fous à lier ? Point du tout ! Sont-ce des personnes qui participent à une série de jeux télévisés dont de si nombreux téléspectateurs sont si friands ? Pas davantage ! Ces êtres qui n'ont plus abandonné leurs sites d'arbres depuis deux ans déjà sont des manifestants qui refusent que les arbres sur lesquels précisément ils vivent soient coupés, afin de permettre la construction d'un terrain de jeu ! Ils estiment que quelle que soit l'importance du sport pour l'être humain, la nature l'est davantage. Ces hommes pensent que les autorités qui ont pris la décision de construire ce terrain à cet endroit-là, malgré tout le respect qu'on doit à leur rang, ne sont point des dieux dont les quatre volontés doivent être exécutées " sans hésitation ni sans murmure ". Si anonymes qu'ils soient, si petits et si inconnus qu'ils puissent être, ces manifestants estiment qu'ils sont des citoyens américains, qui ont les mêmes droits devant la loi que les responsables de l'université. Alors, que pensez-vous qu'il arriva ? Les autorités responsables de la décision de construire le stade pensent, quant à eux, être dans leur bon droit et estiment que les " singes " d'un moment ont tort d'empêcher leur action. Alors elles ont esté en justice ! Et le long processus judiciaire suit son cours depuis deux ans. Pendant ce temps, les manifestants vivent dans leurs arbres, alimentés par des supporteurs, journellement ! Comment toutes ces choses vont-elles se terminer ? Tout laisse prévoir qu'au bout du processus judiciaire, une décision sera rendue par la justice, et cette dernière s'imposera à tous. Si les manifestants gagnent le procès, les autorités trouveront un autre endroit pour construire leur terrain. S'ils le perdent, ils descendront tranquillement des arbres et regagneront leurs maisons et le terrain sera construit après qu'on aura abattu les quelques dizaines d'arbres sur lesquels ils se perchent pour le moment ! Cela sera possible, parce que chacun des protagonistes a confiance que la justice sera impartiale ! Voilà ce que c'est qu'un pays où les hommes sont civilisés. Aucun coup de semonce pour montrer qu'on est les plus forts et qu'on tient le pouvoir. Aucun appel à une quelconque force de l'ordre pour venir protéger l'université ! Aucun gaz lacrymogène pour montrer qu'on en a pas mal en stock, qu'on en a vu d'autres, et qu'on ne se laissera distraire par quiconque veut montrer qu'il a des idées ou qu'il dispose d'appuis occultes dans une quelconque opposition, officielle ou clandestine !
Si les Etats africains pouvaient avoir l'intelligence de copier rien que les bons exemples de ceux qui étaient naguère nos colonisateurs ! Au moins on pouvait rêver de construire des Etats solides, même en apparence dans un premier temps, afin de franchir le pas de la construction du véritable Etat africain vraiment consistant cette fois, fondé sur les valeurs de nos ancêtres ! L'Etat qui sera le modèle et qui dans le futur servira d'exemple un peu partout à travers le monde ! Dans les années 60-70, de jeunes étudiants africains reprochèrent à celui qui est désormais connu sous le nom de Sage de l'Afrique, Amadou Hampâté Ba, d'être un auxiliaire du colonialisme. Il leur rétorqua que venant de la part de ceux qui pouvaient être ses petits-fils, toutes les plaisanteries étaient admises, mais pas la diffamation : "Me traiter d'auxiliaire du colonialisme, c'est me diffamer, parce que je ne suis pas auxiliaire du colonialisme. Je suis colonialiste, fils de colonialiste, petit-fils de colonialiste, mais un plus colonialiste est venu me coloniser" ! leur lança-t-il. Et comme ils soutenaient qu'il était dépassé, il leur répondit : "Non je ne suis pas dépassé ! C'est vous qui n'êtes pas arrivés" ! Quand est-ce que les dirigeants africains arriveront-ils ?

1-http://www.sfgate.com/cgi-bin/object/article?o=8&f=/c/a/2008/08/22/BABG12G2A2.DTL).
2- Charles Burress : Berkeley tree-sitters still refuse to leave.
Chronicle Staff Writer. Friday, August 22, 2008.
San Francisco Chronicle
(bekaten@gmail.com)


Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 janvier 2009