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Bouillon de Culture

Artistes unis pour Norbert
" On ne va pas se taire… "



"Norbert Zongo, dossier classé ?" Cette question hante plus d'un depuis le non lieu prononcé le 18 juillet 2006. Les artistes musiciens d'ici et d'ailleurs reviennent à la charge pour comprendre et surtout demander que le dossier bouge. Qu'il sorte du tiroir du greffier pour atterrir sur le bureau d'un juge d'instruction. Didier Awadi le demande car "l'histoire ! Elle est là. Norbert était la plume de vérité qu'on a buté là ; brûlé par le feu, éliminé là ! Je veux qu'on me dise fisabililaye ! Pourquoi le tuer ? Pourquoi le buter ? Pourquoi le viser ? Pourquoi déguiser ? Pourquoi ne pas dire ? Arrêter de fuir ! Le dossier les gêne, à moi de l'ouvrir !" L'interpellation est forte, poignante et sans concession. Elle résume le sens de l'album "Norbert Zongo, dossier classé ?" sorti le 29 novembre dernier à Koudougou devant le domicile familial du journaliste assassiné. Autour de Didier Awadi (Sénégal), Tiken Jah Fakoly et Ismael Isaac (Côte d'Ivoire), Smockey et Sam's K le Jah (Burkina), la Nigérienne Miss Safia et les Burkinabè Zedess, Faso Kombat, Slam, Obscur Jaffar, Nafremy, Sana Bob et la Chorale du Collectif rendent un vibrant hommage de huit titres au fondateur du journal L'Indépendant. "10 ans d'impunité" est le titre inédit de l'œuvre. Il porte la griffe de tous les artistes. Voici son refrain chanté par Tiken : "Ils ont tiré sur Norbert… ils ont voulu le faire taire, puis ont brûlé tout ce qui restait, ont classé le dossier; mais on ne va pas laisser faire. Ils peuvent nous museler ; tant qu'ils ne seront pas jugés, on ne va pas se taire !" Outre ce titre, on a "Mon crime" de Zedess, "Borry Banna" de Sam's K le Jah, "Hommage à Norbert Zongo" de Natremy, "Les fruits de la lutte pour une vie", une composition de Smockey ; "Crime à Sapouy" de la Chorale du Collectif, "10 ans d'impunité remix" qui est un cocktail de témoignages de personnalités sur la vie et le combat de Norbert. Parmi ces personnalités, on peut citer entre autres Me Halidou Ouédraogo, Me Bénéwendé Sankara, le Pr Ki-Zerbo et Robert Ménard de RSF. Il y a enfin le morceau "Norbert Zongo vous parle", un extrait de la communication de Norbert à Koudougou devant les travailleurs de Faso Fani en 1998. C'est une œuvre de belle facture, bien arrangée par le Studio Abazon de Smockey. Pour le moment, l'album est tiré à 1000 exemplaires de CD. Il est disponible au Centre national de presse Norbert Zongo (CNP/NZ) et chez les revendeurs. Selon Abdoulaye Menes Diallo de Semfilms, structure porteuse du projet avec le CNP/NZ, les fonds tirés de la vente de l'œuvre serviront à la construction d'une stèle en mémoire à Norbert Zongo. Une idée très appréciée par la famille Zongo. Robert Zongo, petit-frère de Norbert, pense que les artistes musiciens font œuvre utile car "avec cet album, les nouvelles générations sauront qui était Norbert et pourquoi il a été assassiné".

Idrissa Barry




Alpha trompé dans l'affaire Zongo ?

Samedi 29 novembre. A Koudougou, les Nuits Atypiques de Koudougou (NAK) battent leur plein. Pour cette dernière soirée de spectacle, la star ivoirienne Alpha Blondy est à l'affiche. Les Koudougoulais sont contents d'accueillir Alpha, celui-là même qui a chanté "au clair de la lune, mon ami Zongo…" C'est l'occasion rêvée pour rendre hommage à Norbert Zongo, au jour J-15 du 10 è anniversaire de son assassinat. Mais cette euphorie sera tempérée quand on apprendra un peu plus tard qu'"Alpha a encore retourné sa veste". Il aurait affirmé, à son arrivée le 27 novembre à Ouagadougou, avoir été trompé par Reporters Sans Frontière (RSF) en 2000 pour qu'il chante pour les journalistes embastillés ou tués. Robert Ménard ferait, à ses yeux, une exploitation abusive de sa chanson. C'est pourquoi, il l'aurait retirée de son répertoire. Voilà qui choque, mais ne surprend pas, pour bon nombre d'observateurs. Depuis ses accointances avec la première dame du Faso, Alpha est allé de reniements en reniements, disent-ils. Pour preuve, dans son dernier album, le texte de sa chanson " Thomas Sankara " aurait été beaucoup altéré au point qu'on a du mal à saisir le message véhiculé. La constance dans l'engagement n'est donc pas son dada. Quoi de plus normal que son frère et "ennemi juré", Tiken Jah Fakoly surfe sur ses contradictions pour s'affirmer comme le digne héritier des grands noms du reggae en Afrique ? Avec ses jeunes frères et sœurs artistes de la Côte d'ivoire, du Sénégal, du Niger et du Burkina, il vient de prouver une fois de plus sa fidélité au combat pour la justice en dédiant un album à la mémoire de Norbert Zongo, tombé sous les balles assassines le 13 décembre 1998 à Sapouy. "Norbert Zongo, dossier classé ?", c'est le titre de l'album hommage des 13 artistes. Alpha, lui, ne gardera pas de bons souvenirs de Koudougou. A peine 1000 personnes ont assisté à son concert n

Idrissa Barry

 

Collectif contre l'impunité
La culture comme un instrument de la lutte


L'artiste a dit que : "la mort est un crétin. Quand on est avec elle, on est attentif à ce que dit sa famille". Si cette assertion est vraie, du ciel, Norbert Zongo est en train d'écouter les complaintes qui lui sont dédiées. Des chants arrachés sous le feu de la douleur parce qu'on le sait mort dans une croisade contre l'impunité. A la première heure de la lutte du Collectif contre l'impunité, le maestro François Ouédraogo, l'ingénieur artiste et sa chorale composent "Crime à Sapouy", devenu l'hymne du mouvement "Trop c'est trop". La chorale qui est antérieure à la création du Collectif a connu plus d'essor avec ce dernier. L'holocauste de Sapouy a créé un déclic. En 2000, à la demande des militants, la chorale sort un album. M. Ouédraogo et sa chorale continuent de trainer leurs bosses sur les aires de lutte où entre deux discours, ils proposent aux militants de la mélodie avec des textes de lutte.
S'inscrivant dans la même lignée que la chorale du Collectif, un regroupement d'artistes, à l'occasion du 10ème anniversaire de l'assassinat de Norbert Zongo, a produit un album pour lui rendre hommage. L'intitulé de l'opus, "Norbert Zongo dossier classé ?" est un moyen de pression morale pour persuader les commanditaires que le peuple attend toujours Justice et Vérité. Pour un des initiateurs du produit, Sams'K le Jah, Norbert est un exemple de courage pour la postérité. C'est la soif de la Justice qui l'a conduit au sacrifice suprême, ajoute-t-il. Smokey, membre du groupe, pense qu'il n'y a pas de raison que toutes les couches sociales ne se dressent pas pour crier "trop c'est trop" contre le crime de Sapouy. Son constat sur le front de la lutte est que le message passe, mais les gens sont toujours habités par le sentiment de la peur. Par exemple, quand certains artistes ont été contactés pour participer à l'album hommage à Norbert, ils ont décliné car ils ont peur des "représailles". Smokey salue le nouvel esprit qui anime le front citoyen qui semble décidé à travailler en réseau. Le collectif des artistes unis pour le rap africain en est un cadre et le nouvel élan qui a permis la réalisation de "Norbert Zongo dossier classé ?" constitue un autre. Pour le patron du studio Abazon, le combat ne peut qu'aboutir que dans la synergie d'action n

Merneptah Noufou Zougmoré


Norbert, l'écrivain

Journaliste émérite, Norbert Zongo fut aussi un grand homme de Lettres. Les élèves, étudiants et autres membres d'association de jeunes prenaient du plaisir à suivre ses conférences-débats qu'il n'hésitait pas à animer parce qu'il était tout simplement convaincu qu'il avait pour responsabilité de participer à l'éducation de la jeunesse. Normal! Norbert fut d'abord un instituteur. Après avoir fréquenté le Cours Normal de Koudougou où il obtint son Brevet d'études du premier cycle en 1969, Norbert passa avec succès le concours des instituteurs. Déjà à cette époque, il avait créé au sein de l'établissement scolaire, son journal : "la voix du Cours Normal". Le philosophe qualifie d'homme contemplatif celui qui va au gré du vent. Norbert était loin de cette image, lui qui a toujours voulu que les jeunes burkinabè puissent se dresser contre vent et marée, sachent dire non ! lorsqu'il fallait refuser qu'on hypothèque leur avenir. C'est certainement l'une des raisons qui ont conduit ses bourreaux à décréter que : "cet homme est dangereux !" et de signer par là même, son arrêt de mort un certain 13 décembre 1998. L'histoire est ainsi faite. Ceux qui détiennent la poudre et le canon ont toujours eu peur de ceux qui n'ont que le son de leur voix et la glissade de leur plume pour crier "justice !" Hommes pusillanimes! Mais, Norbert lui-même n'écrivait-il pas qu'"Un homme doit savoir et pouvoir affronter son destin. Ce qu'il porte dans son caleçon est le symbole de ce devoir." (In le parachutage) Le crime était odieux et il est à l'image des exécuteurs de celui dont la vie se résumait à cet engagement : "Liberté, j'écris ton nom !" Mais, les idées grâce aux écrits n'ont-elles pas la peau dure? A l'image de la boutade lancée par cet homme libre à ses geôliers : "coupez-moi la tête, vous n'arrêterez pas mes idées !", Norbert est parti, mais ses idées demeurent. Beaucoup les ont lues à travers les pages de son journal L'indépendant, mais il a aussi laissé à la postérité deux œuvres littéraires pleines de prémonition et d'enseignements qui ne prennent pas de rides.
Avec Rougbêinga, ce grand écrivain avait obtenu le 2ème prix du Grand Prix National des Arts et des Lettres en 1988. Il le publiera à son propre compte en 1990, d'ailleurs comme le Parachutage sorti deux ans plutôt. Le parachutage qui a été réédité chez l'Harmattan en novembre 2006, est venu confirmer aux yeux de nombreux lecteurs burkinabè et d'ailleurs, le talent de l'homme de Lettres que fut Norbert Zongo.

Avec ses personnages de roman dans un univers non moins romanesque, Norbert aborde un sujet qui s'est, ces derniers jours, invité au devant de l'actualité nationale : Existe-t-il un coup d'Etat bon ou mauvais ? Ou, est-ce qu'un coup d'Etat ne fait que démarrer un cycle infernal de violence avec en arrière plan une voix off qui crie "ôte-toi que je m'y mette !" ? En tout cas, l'histoire de Gouama, le "Père Fondateur de la Nation", Président de la République de Watinbow, mérite bien un commentaire de texte. Dans un style clair et limpide, Norbert décrit les intrigues de palais à travers les pérégrinations du "Guide éclairé" qui réussit à se jouer de ses geôliers grâce à un âne et des étudiants qu'il avait emprisonnés pour "communisme". Comme quoi, la vengeance est l'arme des faibles. Cela, notre rescapé animé par l'ardent désir de reconquérir son trône l'apprendra à ses dépends. Démocratie bananière, Françafrique, corruption, gabegie, alcoolisme, Armée et Pouvoir, le Parachutage est un concentré de dénonciation de tous ces boulets qui au pied du continent noir, l'empêchent de prendre son envol véritable. La quête permanente de la liberté anime la trame de ses deux romans qui, sans être autobiographiques, constituent une sorte de miroir jumelle que l'auteur ballade sur son temps en faisant ressortir ses plus fortes convictions. N'écrivait-il pas à l'image du sage du village que "la vie d'un homme est comme la gibecière du chasseur, seul son effort et son courage la remplissent" (in Rougbêinga).A bon entendeur…bon courage !

Ludovic O. Kibora

 









 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Afrique et la question de la langue, un nœud gordien

Il coule de source que dans la recherche de l'unité du continent noir, la question de la langue devra absolument être tranchée. Dans ce domaine, il semble que l'Afrique peut mieux faire que l'Europe. Encore faut-il le savoir ! On conçoit généralement que l'Union européenne a comme base essentielle, l'économie. C'est un choix qui sied au mental occidental et à sa vision du monde. Quiconque est loup ne se comporte-t-il pas comme tel ?
En choisissant le swahili comme langue africaine au niveau de l'Union Africaine (UA), les décideurs africains ont agi sagement. Il faut simplement déplorer la lenteur de la mise en œuvre, laquelle nous permettra certainement des bonds prodigieux en avant !
Si au niveau africain, la chose semble donc prendre un contour intéressant, c'est au niveau des Etats que le problème semble le plus coriace à résoudre. Du moins au niveau de la plupart des "Etats nains" comme les appelait le professeur Cheikh Anta Diop. Et pourquoi ?
Deux anecdotes pourraient indiquer comment se pose concrètement l'obstacle. Sous la Révolution au Burkina Faso, le président Sankara avait demandé au service dans lequel nous travaillions, de produire un document qui mette clairement en lumière les éléments favorables aux langues nationales dans la reforme éducative qui était envisagée. Il précisait de lui proposer la ou les langue (s) qui conviendraient le cas échéant. L'équipe à laquelle nous faisions partie donna tous les atouts et proposa une seule langue nationale. Raison majeure : si on propose plus d'une, on ouvre obligatoirement la voix à la multiplicité qui est de fait un non-sens ! Notre directeur, avant d'envoyer le document à la présidence du Faso, sans tenir compte des arguments de ses cadres, en ajouta une deuxième. Cette dernière était sa langue maternelle. Deuxième anecdote : nous avons raconté cette histoire à un ami, un très haut cadre supérieur. Il fut d'accord avec nous pour trouver l'attitude de notre directeur inqualifiable, jusqu'au moment de la découverte de la langue proposée par l'équipe ci-dessus mentionnée. En apprenant que cette langue n'était pas la sienne, il changea d'attitude pour soutenir le directeur qui avait la même langue que lui ! Il proposa même qu'en cas d'hésitation, il faudrait passer, pour résoudre le problème, par la démocratie !Pour lui, c'est la langue de l'ethnie majoritaire qui devrait être choisie.
Comme on le voit, le choix d'une langue nationale dans de telles conditions sera difficile à opérer dans beaucoup de pays africains, une fois la bataille de sa nécessité gagnée. L'idée de passer le choix de la langue nationale par le vote n'est ni intelligente, ni conséquente. Malgré les mérites de la démocratie, elle ne saurait intervenir aucunement ici : "On ne recherche jamais la chèvre noire, par une nuit sans lune", assure la sagesse africaine !
Le problème de la langue est si important, qu'on ne pourra jamais confier conséquemment sa gestion à une population, fût-il sous le couvert d'une quelconque démocratie. L'histoire qui est notre grand enseignant ne donne aucun exemple où une telle question fut tranchée de cette manière ! Qui dit mieux ? L'élite d'un Etat normal devrait comprendre la nature de chaque problème, pour en saisir les mécanismes de mise en œuvre. On devrait savoir dans ce sens, qu'il est parfaitement possible d'abandonner une langue majoritaire, et donc bien positionnée pour être langue nationale, au profit d'une autre qui a de meilleurs atouts de réussite pour la mise en œuvre. Ici, la forme a autant d'importance que le fond ! Combien parmi l'élite africaine dont la langue ne serait pas retenue sont-ils prêts à accepter de voir au-delà de leur nombril ? Voilà comment se pose concrètement l'équation de cette incontournable problématique ? Malheureusement, l'expérience concernant l'intelligentsia africaine, si vraiment elle existe, ne nous inspire point de très grands espoirs. Il reste alors qu'il faut souhaiter que le Très Haut, dans sa grande clémence, nous dote de premiers responsables de génie. Sinon la mayonnaise aura beaucoup de mal à prendre. Dans tous les cas, tout le monde devra savoir que : "On ne prend jamais l'hippopotame avec une ligne" ! Intellectuels de tous les pays africains, soyez patriotes, cela n'a rien de marxiste !

Cheikh Anta Diop : L'importance de la langue nationale. Conférences de Niamey. 1984


Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 déc. 2008