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Bouillon de Culture

Kayaman, un rasta bien de chez nous


Kayaman

Kaya, chef lieu de la province du Sanmatenga. A deux pas du marché central, collé à l'entrée principale de la gare de la compagnie de transport OA, un mec aux dread locks très naturels travaille avec sérieux et entrain. Il a tout le look d'un vrai jamaïcain avec son couvre-chef aux couleurs de ce pays et ses cheveux tombant qui n'ont connu ni peigne ni ciseau depuis plusieurs années. Lui, c'est Sawadogo Rasmané, surnommé Kayaman (l'homme de Kaya) par les amis et connaissances qui ont vite fait d'identifier son style de vie à la philosophie prôné par Bob Marley et les autres. Ils n'ont pas eu tort, car depuis une vingtaine d'années, à chaque 11 mai, pour commémorer la disparition du Pape du reggæ, Kayaman est l'invité des radios locales de la place et achève la soirée par l'organisation d'un spectacle grandiose en hommage à son idole. Cependant, le reste de l'année, l'homme qui a appris la percussion grâce à un père qui animait l'orchestre des cérémonies d'initiation, met ses talents de djembefola à la disposition des touts petits, s'il ne le monnaye pas pour égayer les manifestations des plus grands. Il y a trois ans de cela ; avec un groupe d'amis, il a tenté de monter un orchestre moderne sur la base d'instruments de musique prêtés par une bonne volonté en provenance de Ouagadougou, mais l'expérience a tourné court. Alors, tout en gardant contact avec ses compagnons, Kayaman anime en solo. L'artiste n'est pas que musicien. En plus du métier de mécanicien de véhicule à deux roues qu'il exerce pour vivre, il a trouvé la géniale idée d'apprendre auprès d'un ami Ouagalais, à confectionner des porte-monnaie avec des noix de coco. Véritables objets d'art utilitaire, ces sortes de petites outres munies d'une fermeture et d'une corde, se vendent difficilement aux résidents de la ville. Mais lorsque des touristes viennent à passer, notre rastaman, se voit récompenser le fruit de son labeur. Dans un français approximatif il vous explique comment il a quitté son village pour venir faire école dans cette ville capitale de sa province. Et comme sur ce plan ça n'a pas trop donné il a voulu gagner sa vie autrement. Kayaman est conscient que son look dérange car très facilement d'aucuns lui colle des épithètes qui ne lui ressemblent pas. Son choix il l'a fait de façon consciente et l'assume dans un milieu socio-culturel pas toujours ouvert a ces images, surtout lorsqu'on est un gagne-petit. l'Association Beog Kaomba du secteur n° 4 lui a fait confiance en lui demandant d'initier ses enfants au djembé, et les nombreux motocyclistes qui font appel à ce sympathique quinquagénaire savent qu'il est loin d'être un rasta fou. Kayaman comme son nom ne l'indique pas (suivez mon regard !) est un artiste discret et réaliste, qui sait que dans un environnement pas toujours favorable, il faut savoir lier du bois au bois pour oser inventer l'avenir. Bon vent l'artiste !

Ludovic O Kibora



Musée communal de Kaya
L'utile et l'agréable


Lorsque vous êtes de passage dans la capitale du Sanmatenga et qu'un habitant de la ville vous invite au musée, n'imaginez que pas que c'est pour vous faire admirer des objets d'art. le plus souvent, c'est pour vous faire découvrir les mets succulents du sympathique maquis restaurant qui a élu domicile en ces lieux. Pourtant, au delà des boissons fraîches et des plats savamment cuisinés mis à la disposition des clients par Notre Dame des Merveilles, le très prolixe conservateur Célestin Sawadogo vous fera découvrir d'autres merveilles, celles des cultures burkinabè avec un accent particulier sur la région du centre nord. L'exposition commence depuis la cour de cette ex-maison de la femme où une gigantesque meule traditionnelle et un hangar d'attente royal, vous rappellent que vous êtes en pays Moaaga. Dans la maison où les objets d'arts et rituels sont exposés aux regards des visiteurs du mardi au samedi, un cheval en bois bien harnaché, un pouf royal et d'autres accoutrements de souverain, symbolisent le pouvoir du Dima de Boussouma, l'un des cinq grands roi moose et peuples apparentés. Puis, l'expo se fait national : sculptures en bronze, bois, pierre expriment le savoir faire artistique, mais aussi et surtout la profondeur symbolique de certains objets rituels qui côtoient les hommes dans leur vie quotidienne. Du pays lobi au pays Kasena en passant par les Bobo, les San, les moose du centre, le musée regorge d'une collection d'objets culturels qui vient des quatre coins du Burkina Faso. Des reproductions de photographies de l'époque coloniale offertes par un ami Français, renforcent le coté historique de ce décor qui parle à la mémoire. Les deux modestes salles qui accueillent l'essentiel de ces objets d'art auraient pu être mieux achalandé lorsqu'on connaît l'importance des trouvailles réalisées lors des fouilles archéologiques effectuées dans le nord du pays ces dernières années. La litanie du manque de moyen matériel et financier finira cependant par vous convaincre, surtout que les musées ne font pas recette sous nos cieux, où les priorités sont légion et ne font que croître au fil des ans. En attendant, le musée de Kaya tente d'apporter sa discrète contribution au devoir de mémoire, en réhabilitant des pans entiers de notre histoire et de nos cultures. œuvre utile par excellence. C'est en 1995 qu'il a ouvert ses portes avec l'exposition "Que savons nous du Sanmatenga", puis suivra en 1997 l'expo intitulé "À la découverte du mobilier traditionnel." En 2006, avec le concours de la communauté de Wallonie Bruxelles, l'expo "l'allée des Rois "y séjournera deux semaines pendant les vacances scolaires avant de faire une sortie bien remarquée lors du SIAO de la même année. De nos jours, on trouve encore sur les présentoirs, quelques objets rescapés de la dernière expo montée en fin 2006 dénommée "cultes et statuaires." En plus des pratiques culturelles contemporaines, le musée de Kaya c'est aussi un cours d'histoire du peuplement de cette région. Tenez ! pour beaucoup d'entre nous qui croyions que le terme Sanmatenga, signifie "la terre de l'or" comme la traduction littérale du mot le stipule, la visite du Musée nous en donne la vraie version. Ce nom serait dérivé de celui du premier roi de Kaya Sand Bondo (Sand Bond tenga = terre de Sand Bando) qui aurait régné à partir de 1471 pendant 45 ans. Toponymie renforcée par le nom de son 23ème successeur, Naaba Sanema (Sanmatenga = terre de Sanema) qui a marqué les esprits par sa probité et ses actes de bravoure. Alors si vous avez l'occasion d'aller au Musée de Kaya, ne vous contentez plus désormais de la nourriture du ventre, faite vous servir aussi avec la modique somme de 500F CFA celle de l'esprit, c'est tout aussi important. Cela s'appelle joindre l'utile à l'agréable

Ludovic O. Kibora



Sillanka Wundi
Un centre communautaire pour raviver une langue qui se meurt

Mercredi 18 juin 2008, c'est jour de marché à Pensa dans la province du Sanmatenga. L'affluence particulière d'un public endimanché dans les rues et sentiers de cette commune "rurale" n'est pas forcement due à ce rendez-vous périodique de vente et d'achat. A deux pas de là, dans le quatier-village de Bagkiemdé a lieu un événement particulier: l'inauguration d'un centre communautaire comprenant une salle d'alphabétisation et un bâtiment annexe. L'alphabétisation c'est bien connu, contribue positivement au développement d'un pays. Si le Burkina Faso est classé dans la queue des pays les moins avancés selon le rapport du PNUD sur le développement humain durable, c'est entre autres raisons, la faute au taux d'alphabétisation des adultes qui est très bas. A Pensa et ses environs, les taux de scolarisation ne sont pas fameux. A Bagkiemdé, les agriculteurs éleveurs préfèrent souvent déscolariser leurs rejetons avant la classe de CM, afin qu'ils se consacrent aux travaux champêtres ou suivent le bétail à travers monts et vallées. L'inauguration d'un centre d'alphabétisation dans un tel village est donc un événement d'une portée sociale très importante. Le Sillanka est la langue parlée par les Sillanko (des Soninké) population d'origine mandé, qui selon le recensement général de la population et de l'habitat de 2006 compte dans cette zone 980 âmes, parmi lesquelles à peine 680 parviennent encore à parler leur langue. Ce peuple minoritaire entouré de Peuls et de moose a été "découvert" depuis 1981 par le Pr. Gérard Kédrébéogo linguiste et directeur de l'Institut des Sciences des Sociétés (INSS), à l'époque où il a entrepris de décortiquer leur langue pour soutenir un Ph D sur le sujet à Houston aux Etats-Unis. En 2007, il soumet un projet intitulé revitalisation du Sillanka, une langue minoritaire en voie de disparition au Burkina Faso, à l'UNESCO. Le Programme pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et sur les langues en Danger initié par l'UNESCO depuis 1993 a trouvé le projet du chercheur Burkinabè pertinent et n'a pas hésité à lui accorder un financement qui a permis la réalisation d'un lexique Sillanka/français, une monographie sur l'histoire du peuplement des Sillanko qui a connu la contribution de l'historien Moustapha Gomgnimbou et the last but not the least, l'alphabétisation initiale d'une trentaine de sillanko et la construction d'un centre communautaire. C'est donc dans l'allégresse que les populations de Bagkiemdé ont célébré l'inauguration de ce centre placé sous le haut patronnage du Pr. Basile L. Guissou Délégué Général du CNRST et en présence du Maire de Pensa. Selon les statistiques de l'UNESCO, une langue disparaît dans le monde toutes les deux semaines et 50% des 6000 langues parlées actuellement sont en voie de disparition. C'est donc la diversité culturelle, voire le développement harmonieux de milliers de groupes sociaux qui sont hypothéqués. La valorisation de nos langues et de nos cultures est la seule voie pour un développement durable véritable. Vivement que des projets du genres se multiplient pour le bonheur des populations oubliées

Ludovic O. Kibora


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

La femme et l'exercice
du pouvoir
en Afrique noire

A l'université de Ouagadougou, une jeune étudiante a demandé, il n'y a pas longtemps, si la clause de la Charte de Kurukan Fouga qui stipule que : Le taureau confié ne doit pas diriger le parc, n'était pas une manière détournée de dire que jamais la femme ne devrait diriger l'homme ? Ayons le courage de le reconnaître : les analyses des intellectuels africains d'aujourd'hui et de tous les africanistes tendent à démontrer que l'Afrique a toujours été un continent qui a minimisé la femme au point de l'avoir considérée, plus qu'en Asie ou en Europe, comme un être malsain et éternellement mineur. Cette manière de voir la femme traduit une ignorance crasse ou une très mauvaise foi. En effet, ceux qui ont fait un minimum d'efforts de compréhension savent la place importante, sinon primordiale que l'Afrique a de tout temps (sauf dans l'Afrique moderne évidemment) réservé à la femme. Les exemples sont nombreux. Prenons simplement le niveau de la gestion de l'Etat, qui a presque constitué partout ailleurs dans le monde, le domaine réservé des hommes. Au-delà du fait indéniable de la réalité du nombre considérable de reines négro-africaines, on dispose maintenant de textes qui montrent qu'une telle chose n'était que naturelle, puisque pierre angulaire du pouvoir négro-africain. Prenons un seul article de la Charte de Kurukan Fuga. Il est explicite : En plus de leurs occupations quotidiennes, les femmes doivent être associées à tous nos gouvernements. On peut aisément mettre au défi quiconque de montrer une telle disposition dans les constitutions même modernes d'Europe et d'Asie. Sans compter que la charte dont il est question date du XIII è siècle. Et que la pratique date de beaucoup plus loin. On ne peut plus être étonné de l'étonnement d'un Ibn Battouta au XIV è siècle, qui trouvait la reine malienne un peu trop libre à son goût, surtout en rapport avec les préceptes musulmans! Le pauvre ne pouvait comprendre que même musulman, le monarque malien était si habitué à certaines lois sociales, qu'il ne pouvait faire autrement. Comment ne pas comprendre dans ces conditions que pendant plus d'un demi millénaire, seules des reines dirigèrent Méroé et Napata ? Les fameuses Candaces qui mirent les troupes du général Pétrone en déroute, aux temps où dirigée par César Auguste, Rome voulait imposer sa loi à tous les peuples de la terre, sont-elles connues ou leur histoire est-elle enseignée dans les écoles africaines ? Nos fameux professeurs d'histoire connaissent-ils seulement ces réalités? Méroé et Napata, c'est beaucoup plus ancien que le Mali. Or, on peut même remonter encore plus loin dans l'histoire de l'Afrique. La même réalité reste là, intangible, inaltérable ! Jusque dans le premier Etat connu dans le monde entier, c'est-à-dire l'Egypte des Pharaons, on retrouve invariablement la femme jouant un rôle important, sinon prépondérant dans la marche de la chose publique. Toutes ces réalités inclinent à penser que la Charte de Kurukan Fuga était obligée de prévoir pour les femmes une place de choix dans la gestion de l'Etat. Et Samory Touré en stipulant que : Si tu ne peux protéger le faible et braver l'ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes qui t'indiqueront le chemin de l'honneur, ne faisait que perpétuer une tradition vieille de plusieurs millénaires. Il signifiait que les femmes étaient les références absolues de la manière dont l'homme d'Etat devait se comporter !
Quel que soit donc le bout par lequel on le prend, l'Afrique s'est toujours, sauf dans son histoire moderne fortement néocoloniale, imposée le fait que la femme soit incontournable dans la gestion de l'Etat. Seule la méconnaissance de notre propre réalité peut faire croire le contraire. On peut conclure que notre éducation moderne est un désastre. Mais comme l'assurent les Africains, n'est-il pas vrai que, comme le certifie le poussin sans plumes : "La longue vie est une large couverture !" Que les jours se suivent encore longtemps, longtemps !

Atelier régional de concertation entre traditionalistes mandingues et communicateurs des Radios Rurales :
La charte de Kurukan Fuga Kankan (Guinée) du 02 au 12 mars 1998.

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2008