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Bouillon de Culture

Adieu poète combattant !


L'histoire de l'humanité foisonne de récits d'hommes "cube maggi", c'est-à-dire de ces humains qui, à l'image de ce bouillon très populaire en Afrique, sont aptes à s'adapter à toutes les sauces politiques, pourvu que la ménagère ait le doigté nécessaire pour les y jeter. Cependant, il y en a aussi qui, au risque de leur vie, gardent leurs convictions de jeunesse à un âge très tardif. Aimé Césaire, père-fondateur du mouvement de la Négritude, écrivain et politique engagé, est de cette race là. Au moment où il tirait sa révérence, il avait toujours le même verbe haut, martelé avec la même verve. Il a démontré par sa vie que tout combat noble et juste se doit d'être éternel, face à l'adversité d'un monde dont les formes de l'oppression des laissés-pour-compte ne fait que changer. " Symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés " à travers son combat " pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines ". C'est l'hommage du président français Nicolas Sarkozy (ça ne s'invente pas !). Aimé Césaire que tous les écoliers burkinabè connaissent à travers l'histoire de la Négritude (avec Léon-Gontran Damas et Senghor L. Sédar) a passé sa vie entière à faire coïncider ses prises de positions politiques avec ses productions littéraires. Combattant anti-colonialiste et anti-raciste depuis l'adolescence, il est le fondateur du Parti Progressiste Martiniquais (1957) qui revendique l'existence d'une communauté historique martiniquaise. Maire de Fort-de-France pendant 56 ans (1945 à 2001), Césaire a vécu en homme de conviction jusqu'en cette matinée du 17 avril 2008, où il rangea définitivement sa plume à l'hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, à 94 ans.
En signe de protestation contre la loi de février 2005 dont un article reconnaissait " le rôle positif de la présence française outre mer ", il avait refusé de rencontrer M. Sarkozy (ministre de l'Intérieur ) lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005. Réagissant en sage africain, il l'avait finalement reçu en mars 2006 tout en prenant soin de lui offrir son célèbre Discours sur le colonialisme. Malgré son amitié pour le poète président Senghor dont il disait de sa rencontre : "Ça a déterminé le cours, pas seulement de ma pensée, mais tout simplement de ma vie. C'était une orientation nouvelle pour moi parce qu'en découvrant l'Afrique, je me découvrais moi-même et à travers l'Afrique, je découvrais la Martinique " ; Césaire lui, avait choisi de ne pas porter de gants lorsqu'il s'agissait de défendre ses positions progressistes. Cela le rendait admiratif de Nelson Mandela qu'il célébrait à l'occasion et de Cheik Anta Diop. De ce dernier, il déclarait à Serge Bilé le 26 juin 2007 lors d'un de ces pèlerinages annuels que les Sénégalais avaient l'habitude d'effectuer en Martinique : " C'est un homme qui compte incontestablement dans le grand mouvement de réveil de la culture noire et de la culture africaine. Son livre est essentiel. Il concerne non seulement l'Afrique, mais aussi sa diaspora. Cheick Anta Diop a contribué à donner à l'Afrique son passé et en redonnant à l'Afrique son passé, il a redonné peut-être son passé à l'humanité ". Césaire est parti, ses œuvres demeurent. Du cahier d'un retour au Pays Natal à la Tragédie du Roi Christophe en passant par Discours sur le colonialisme ou Une saison au Congo, etc. ses vers sonneront encore longtemps la mobilisation contre l'injustice, l'oppression de l'humain. Jugez-en vous-mêmes à travers cet extrait du mythique Cahier d'un retour au pays natal:
"Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai".
Et je lui dirais encore : "Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir."
Et venant je me dirais à moi-même :
"Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... "
Véritable Che Guevara, de la plume, Césaire a prouvé tout le long de sa vie, que les belles lettres pouvaient aider à libérer le monde. Voilà qui doit inspirer la génération actuelle des étudiants en Lettres dans nos pays en développement, qui assez souvent, doutent de l'impact social de leur discipline. Repose en paix poète combattant des causes justes !

Ludovic O Kibora


Trafic d'objets archéologiques, l'exemple de la douane Rouennaise

Courant 2006, des douaniers de la ville de Rouen en France sont intrigués par des bagages d'un couple français qui rentrait au bercail, certainement après un long séjour passé au "Pays des Hommes intègres". Pourquoi faire voyager autant de pierres et de morceaux de poteries ? Se sont-ils certainement demandé. En continuant leurs investigations, ils découvriront dans le même lot de bagages des truelles, burins, ciseaux, etc. tout l'arsenal du parfait archéologue. Il n'en fallait pas plus pour aiguiser leur curiosité, ce qui va les conduire à mettre le grappin sur un important trafic d'objets archéologiques en provenance du Burkina Faso. 262 pièces datant de 1000 à 1300 ans, voilà le trésor culturel subtilisé par ces maraudeurs d'un autre genre. Dans un esprit de parfaite collaboration, les autorités françaises contactées par les services de l'ambassade du Burkina à Paris mettront tout en œuvre pour restituer ces objets au Burkina Faso dans un délai record de Six (6) mois. C'est pour " célébrer ce retour au pays natal " selon le mot du ministre de la Culture, Philippe Savadogo, que ces objets ont été officiellement réceptionnés par le Musée national le jeudi 17 avril 2008 (le jour où quittait ce monde le poète Aimé Césaire), en présence de l'Ambassadeur de France au Burkina Faso et du consul honoraire du Burkina à Rouen, dont l'accompagnement a été considérable pour l'aboutissement heureux de cette affaire.
Le trafic illicite des biens culturels est un phénomène qui touche tous les pays du monde. Cependant, il est plus important dans les pays pauvres d'Afrique où malgré parfois l'existence d'une législation adéquate depuis la convention de l'UNESCO de 1970, les moyens matériels et financiers font cruellement défaut pour mettre en place un système de veille efficace. Ajouté à cela, la corruption et la veulerie des hommes favorisent l'exportation des pans entiers des trésors culturels passés et actuels de nos sociétés.
Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l'UNESCO, déclarait en 2007 : "Le pillage efface irrémédiablement le contexte de la découverte, c'est-à-dire une partie essentielle du témoignage historique d'un objet ou d'un site archéologique. Mais ce sont les communautés touchées qui subissent le plus grand dommage, perdant ainsi leur patrimoine culturel, une partie de leur histoire et, pour les objets destinés au culte, de leur tradition religieuse ". C'est pourquoi Jean-Claude Dioma, directeur du Patrimoine culturel, a publiquement suggéré à la directrice du Musée national de s'attacher les services du Pr. Jean-Baptiste Kiethega et de son laboratoire d'archéologie pour permettre à ces objets frauduleusement extirpés de leur contexte de retrouver toute leur âme culturelle. L'histoire ne nous dit pas où sont passés les trafiquants, peut-être que leur interrogatoire aurait pu faciliter la tâche aux chercheurs qui doivent s'atteler à faire parler ses objets sur leur provenance géographique et leurs appartenances culturelles. Mais bon ! A partir du moment où on a le pain, la recherche du beurre ou de la confiture est une question de cuisine interne n

Ludovic O. Kibora


Jazz à Ouaga
Ça commence ce soir…


La 16è édition du Festival Jazz à Ouaga débute ce 25 avril ; ce, jusqu'au 3 mai 2008. 17 groupes d'ici et d'ailleurs sont conviés à la fête. 150 artistes donneront 16 concerts de musique jazz et assimilée à Ouaga, Bobo, Ouahigouya, Zorgho, Kaya, Pô et Yako. Au nombre des artistes ou groupes étrangers, on aura Ba Cissoko de la Guinée, Anita Freeman des Etats-Unis, les Woody de la Côte d'Ivoire, Mike Del Ferro des Pays-Bas, Yapa Jazz Quartet de France… Baowendsom, Max Ray Band, Dicko fils, Bil Aka Kora, et Eugène Kunker représenteront le Burkina. Bil a été lancé sur le plan international grâce au Festival. Depuis l'année dernière, il a initié une série de concerts live en acoustique avec des artistes locaux. Kunker est aussi un ancien du festival. Cette année, le thème du festival est : " Le jazz dans la cité : un facteur de développement local ". Jazz à Ouaga 2008 ambitionne, par la décentralisation de ses activités, d'animer et de faire vivre les villes intérieures du pays. Le festival espère ainsi booster un tant soit peu l'économie locale de ces contrées. Pour inciter les artistes à s'intéresser de plus en plus au Jazz, un concours Jazz performance est prévu. Six groupes sont en compétition : Belmond, Baowendsom, Toumboudé, Max Ray Band, Jazz stagiaire et Dicko Fils. Trois prix seront décernés à l'issue du concours : le Saxo d'or, le Saxo d'argent et le Saxo de bronze. Depuis ses débuts en 1992, le festival se veut une tribune de promotion du Jazz. Cette musique est née aux Etats-Unis au début du XXè siècle. Ses ancêtres sont les work songs, chants de travail des esclaves africains et les chants religieux, negro spirituals et gospel, exécutés dans les églises lors des cérémonies religieuses. Le Jazz est un ensemble à la fois sonore et corporel. C'est la parodie, la gaieté, la fête, les joyeux échanges. Il caractérise la liberté de l'individu. Cependant, le jazz exprime également la douleur, l'oppression. La musique est chargée de plaintes et de moqueries, d'ironie, de révolte et de revendications. Elle ouvre le droit au solo, à l'improvisation et à la liberté d'échanges. Tout ceci fait que Jean-Marie Djiguemdé et Anselme Sawadogo, deux des responsables du festival, voient en Jazz à Ouaga, " un formidable vecteur d'ouverture au monde, de métissage culturel, d attractivité pour le Burkina ". Ce soir même, dès 20h30 au CCF, le programme prévoit en concert d'ouverture, Ba Cissoko de la Guinée. Une semaine durant, rêves, émotions et vibrations feront leurs effets. Dans la plus grande harmonie n

Arsène Flavien Bationo


 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Etat africain doit-il être un Etat-nation ou un Etat multinational ?

Toute l'histoire de l'Afrique indique que l'Etat négro-africain a toujours tendu vers la construction d'une structure multinationale. L'Etat pharaonique est la première manifestation africaine claire d'un pays multinational. En effet, aussi loin que remonte son histoire, cet Etat montre que la prise en compte de tous les groupes sociaux a été un souci permanent. C'est la raison pour laquelle, le pays a été divisé en quarante-deux nomes ou provinces, avec une autonomie assez large. Les aspects culturels particuliers étaient pris en compte au niveau de chaque nome. C'est ainsi que des divinités étaient parfois spécifiques à ces nomes. Et loin d'être un Etat esclavagiste (comme la Bible a tenté de le faire croire), l'Egypte a au contraire favorisé tous les étrangers qui ont vécu sur son territoire. L'histoire d'un Joseph, esclave vendu par ses propres frères, malgré les distorsions historiques construites par cette Bible, montre la réalité de ce que nous avançons. Petit à petit, les qualités de Joseph le montèrent à un haut niveau du pharaonat, au point d'occuper les charges d'un dignitaire respecté. Moïse, né d'une famille étrangère, se hissa de même au sommet de l'Etat. Certains étrangers firent même mieux. Ce fut le cas du pharaon Bocchoris. Soldat de l'armée pharaonique et d'origine asiatique, des circonstances particulières lui permirent de devenir souverain du pays. Même si c'était pour un temps assez court, même si c'était sur une partie seulement du territoire ! Une telle réalité n'a jamais existé, à notre connaissance, en Europe.
Le Mandén nouveau, comme le baptisèrent les fondateurs de l'empire du Mali, fut une autre manifestation de cette façon de concevoir le pouvoir d'un Etat. Tout d'abord par rapport à la composition de ceux qu'on appela les Archers ou les Chasseurs. Il ressort clairement de leurs textes, qu'aucune considération ethnique ne fut de mise dans la composition des différentes structures de l'Etat. Il en fut de même au niveau de la Charte de Kurukan Fuga. Les corps de métiers qui constituèrent la base de production du pays se répartirent sans aucune autre base que celle des habitants eux-mêmes. A ce jour, personne n'a pu faire ressortir une attitude de rejet d'une composante du pays sur la seule base de la race ou de sa conception religieuse. Naturellement, les corporations fondées sur des familles ont existé. Mais cela était uniquement dû à la proximité, à l'apprentissage par imitation des pères et des mères, que par souci de se singulariser uniquement et consciemment sur la base d'une famille ou d'un clan. Ainsi, toutes les composantes des Etats africains ont toujours été prises en compte dans le respect strict des spécificités culturelles, religieuses ou autres. De cette manière, à part certaines charges qui faisaient nécessairement appel à des groupes familiaux ou claniques, comme les clans des princes, tous les citoyens du Mandén ont été traités également, en ne tenant compte que des capacités de chacun. C'est la raison pour laquelle des ethnies aussi différentes que les Touareg, les Wolof, les Malinké, les Bambara, les Songhaï, les Peuls, les Toucouleurs, les Dialonké, ont tous pu vivre en bonne intelligence, pendant de longues décennies ensemble au pays de Soundjata Kéita . Si cela a pu être, c'est parce que chaque groupe était respecté dans son essence, sa culture, bref dans toutes ses spécificités propres, au détriment d'une intégration aux forceps.
Quel que soit donc le royaume ou l'empire pré colonial africain, même parmi les plus petits, aucun n'a été constitué sur la base d'un groupe entièrement homogène. Mais aucun n'a cherché non plus, la réalisation d'un Etat-nation. Tous ont vécu sur le socle multinational. " Même incapable de monter dans l'arbre grimpé par son aïeul, on doit au moins s'agripper sur son tronc " ! Sage proverbe africain. Mais les Africains d'aujourd'hui sont-ils encore conscients de telles réalités ? On est malheureusement fondé à penser le contraire ! Mieux cependant ne vaut-il pas tard que jamais ?

Ki-Zerbo Joseph : Histoire de l'Afrique noire.
Hatier, Paris. 1978

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 Avril 2008