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Bouillon de Culture

Poussi Sawadogo parle de sagesse africaine

" Yangrin est de la famille des faiseurs de pluie de kukin, un village de la savane. Les membres de cette famille portaient les patronymes Sawadogo qui signifie nuage dans la langue du terroir et se réclamaient d'une origine céleste. Leur ancêtre serait descendu du ciel par un fil de coton. Maître de forces atmosphériques, ils peuvent faire tomber la pluie et détourner le vent. C'est parmi eux que se recrutent les " maîtres de terre " qui offrent les sacrifices aux autels du village. (…) ce groupe contribua à épargner la société des fléaux tels que la famine, la sécheresse et la maladie. " C'est par ces phrases simples et accessibles que Poussi Sawadogo plante le décor de son ouvrage de 105 pages, auto-produit par CRYSPAD dans la collection Mémoires et Cultures. Petit traité de sagesse. A travers l'histoire de Yangrin du Burkina Faso, est un " ouvrage inclassable " condensé de restitutions de faits historiques à travers les pérégrinations d'un homme bourré de sagesse. Pouvait -il en être autrement lorsqu'on jette un coup d'œil sur le parcours de l'auteur qui fait partie du lot des premiers docteurs en histoire sortis de l'université de Ouagadougou (2004) et qui en sus enseigne la diplomatie et la communication, parce que son cursus scientifique lui a permis d'acquérir des connaissances dans ces domaines. Doyen fondateur du CRYSPAD, Poussi Sawadogo ne se contente pas de débiter son savoir théorique dans les amphis au profit d'étudiants sans doute attentionnés. Il monte sur scène. C'est pourquoi en plus des activités menées au profit de la paix, son premier ouvrage qui vient de sortir en ce début 2008, est une façon romancée de montrer comment plus de sagesse et de spiritualité peuvent nous aider à vivre dans le meilleur des mondes possibles. Entre chronique historique et description ethnographique, le chemin de Yangrin semble par endroit se confondre à celui de l'auteur qui ne manque pas d'occasion pour apprendre des autres. Morceaux choisis : " Yangrin se constitua un réseau de vieux à qui il faisait recours selon la nature de son problème. Il se souvint d'un entretien qu'il eut un jour avec un sage foulbé, fondateur d'une école de spiritualité. Il traita de la vie, du mariage, de la richesse, de la sécurité, du conflit, du travail, de liberté, de l'égalité et d'autres sujets fort intéressants. " Mais, qu'on ne s'y méprenne, Yangrin n'est pas Kaïdara du défunt baobab du Macina et Poussi semble plutôt être Pengwendé, le digne héritier de Yangrin. N'écrit-il pas à la page 103 qu' : "en reconnaissance à l'œuvre de Yangrin, Pengwendé donna à son école la dénomination de Centre de Recherche-diffusion Yangrin Sawadogo sur la Paix et le Développement (CRYSPAD). Passionné par la recherche et éducateur par vocation, Pengwendé consacra sa vie à enseigner la sagesse. "Ainsi, l'ouvrage est teinté de résultats de contacts fructueux que l'auteur a eus entre autre avec le Dr Ly Boubacar, le sage de Dori, le Général congolais Benoït Mundelé-Ngolo ou encore l'universitaire préfacier de l'œuvre Jean-François Obembé. C'est auprès des hommes engagés dans la recherche permanente de la paix par les voix de sagesse que l'auteur a forgé ses armes pour bâtir ce livre qui va indéfiniment le placer sur le piédestal des nouveaux apôtres de la paix. Cette paix qui s'abreuve à la marre de la sagesse et de la culture africaine positive : tolérance et spiritualité. Ecrit à la lecture facile, le petit traité de sagesse, en plus des nombreux proverbes qui l'émaillent, offre au lecteur des connaissances socio-culturelles sur les Yarsé, ce groupe socio-culturel apparenté aux Moosé. Des références bibliques à celles du coran en passant par les savoirs culturels divers, qui enseignent la grandeur de l'âme et de l'esprit, cet écrit un résumé des sources d'inspiration de l'auteur pour la promotion de son entreprise de paix et de résolution de crises. Toutes choses qui pourraient inspirer par ailleurs, le lecteur qui sait lire entre les lignes n

Ludovic O Kibora


Floby
Un destin tracé

Les 72 heures Yeleen et la scène de Jazz à Ouaga en 2006 avaient permis pour les premières fois à l'artiste musicien Floby de s'exprimer. En son temps, tous ceux qui savaient apprécier la musique avaient parié sur sa réussite. Aujourd'hui, Floby a grandi en expérience. Ce n'est plus un musicien des premières parties mais un artiste plein. Le 5 avril dernier au centre culturel français/ Georges Méliès (CCF/GM) l'amoureux de Rosine a fait danser plus d'un. Jeune musicien aux talents incommensurables, sa voix, ses textes et sa maîtrise du mooré enivrent le mélomane. Sa musique requinque les pessimistes. Quand Floby chante " Yilgkoom " le géomancien, lui demandant d'intercéder auprès des génies pour lui prédire l'avenir, beaucoup de mélomanes se voient dans cette posture. Car l'avenir de plus d'un jeune aujourd'hui semble compromis. L'artiste n'est que le miroir de sa société. Lui-même vivant les vicissitudes de son environnement, son inspiration ne peut que corroborer l'exact vécu de la masse. L'enfant de Andemtenga dans le Kouritenga prodige de la musique burkinabè sait donner espoir aux " ghettoman ", les jeunes des bas quartiers, à travers Sor-zuug Kamba. L'ambiance du 5 avril au CCF achève de démontrer que le destin de Floby est tout tracé. Il a réussi à captiver les amoureux de la musique par l'album " Mam soré ". La preuve, c'est à l'unisson que le public reprenait ses chansons. Autre fait qui plaide pour la beauté de sa musique c'est le mélange symphonique entre instruments traditionnels et modernes. La déclame, les paraboles en mooré et les textes français qui peignent notre univers comme dans la chanson Espérance font de Floby l'artiste de son peuple. Comme autrefois quand il s'est agi de le mettre en selle on a permis aussi à Stéphanie une nouvelle artiste de faire son entrée sur scène. Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. Elle est entre les mains de Papus de Merveille production. Ce producteur d'artistes musiciens sait détecter les bons grains et prend le temps pour les peaufiner. Les jours à venir nous promettent une " galette " délicieuse. Ce que Stéphanie a donné à voir présage de lendemains enchanteurs pour sa future carrière. Sa voix chaude et langoureuse invite à la danse. Floby et Stéphanie ont produit un beau spectacle. Après ce concert, Floby devrait se rendre en France pour des spectacles.

Merneptah Noufou Zougmoré


Le CARTEL
Synergie pour une créativité théâtrale !

" A la source de toute connaissance, il y a une idée, une pensée, puis l'expérience vient confirmer l'idée", écrivait Claude Bernard. Une vision à laquelle Victor Hugo souscrit en ajoutant : "L'idée sans le mot serait une abstraction, le mot sans l'idée serait un bruit. Leur jonction est leur vie". La Fédération théâtrale du Cartel s'inscrit parfaitement dans cette logique. Inaugurée le 4 avril dernier, elle est l'œuvre de quatre grosses pointures du théâtre burkinabè : Alain Héma du Théâtr'Eclair, Ildevert Méda du Théâtr'Evasion, Anatole Kouama de Grâce Théâtre et Etienne Minoungou de la Compagnie Falinga (Président de la Fédération). Ils ont décidé d'unir leurs forces et de regarder désormais dans la même direction. L'objectif général du Cartel est de contribuer au renforcement de la citoyenneté au niveau local et régional à travers des projets populaires menés dans le domaine des arts de la scène. Pour ce faire, une place de choix est accordée à la professionnalisation des différents métiers de la scène au Burkina Faso. Cela parce que le théâtre de création n'est pas seulement le vecteur d'un message, mais aussi un lieu d'expérimentation formelle qui vise à emporter le spectateur dans un autre univers, à le faire s'identifier à des personnages différents de lui et de son quotidien. Ce théâtre doit alors pouvoir se reposer sur des scénographes, des costumiers, des éclairagistes, des musiciens bien formés. Parmi les projets conjoints de la Fédération, il y a les Récréâtrales (Résidences panafricaines d'écriture, de création et de formation théâtrales). Elles ont déjà connu 4 éditions depuis leur création en 2002. Concernant les projets spécifiques à chaque compagnie, on note le Casting Place Publique, Bains artistiques... du Théâtr'Evasion, Paroles Croisées, Classes d'Art... de Théâtre Eclair, Café théâtre, Humour, One man show de Grâce Théâtre. Le Cartel entend développer et mettre en pratique un théâtre de création citoyen. Pour Etienne Minoungou, il s'agit d'une démarche toute nouvelle. Ceci en ce sens que les créations de théâtre "à texte" se déploient très souvent dans le cadre de co-productions avec des pays du Nord, et dans le but d'être présentées avant tout à un public du Nord. Pourtant, les expériences menées au sein du CITO (Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou) ces dernières années montrent que le théâtre d'auteur peut aussi être le support d'une démarche artistique subtile, et que le public populaire apprécie les productions de qualité si elles sont montées avec des exigences professionnelles et de respect de son auditoire. La création théâtrale peut ainsi constituer un véritable instrument de renforcement de la citoyenneté, en suscitant la réflexion, mais aussi en apportant au public le plaisir de la rencontre avec une véritable oeuvre d'art. Pour parvenir à ses objectifs, le Cartel prévoit entre autres activités, l'appui à la création artistique et aux politiques culturelles locales et régionales, l'éducation artistique, le théâtre de proximité, la professionnalisation des métiers de la Scène. C'est un grand challenge pour les artistes en quête de créations toujours plus incisives. A en croire Henry Bataille : "Regarder, c'est être peintre. Souffrir c'est être poète. De l'union de la plastique et de l'âme, on peut faire naître le plus bel art vivant intégral : le théâtre" !

Arsène Flavien Bationo


 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Etat africain doit-il être un Etat-nation ou un Etat multinational ?

Toute l'histoire de l'Afrique indique que l'Etat négro-africain a toujours tendu vers la construction d'une structure multinationale. L'Etat pharaonique est la première manifestation africaine claire d'un pays multinational. En effet, aussi loin que remonte son histoire, cet Etat montre que la prise en compte de tous les groupes sociaux a été un souci permanent. C'est la raison pour laquelle, le pays a été divisé en quarante-deux nomes ou provinces, avec une autonomie assez large. Les aspects culturels particuliers étaient pris en compte au niveau de chaque nome. C'est ainsi que des divinités étaient parfois spécifiques à ces nomes. Et loin d'être un Etat esclavagiste (comme la Bible a tenté de le faire croire), l'Egypte a au contraire favorisé tous les étrangers qui ont vécu sur son territoire. L'histoire d'un Joseph, esclave vendu par ses propres frères, malgré les distorsions historiques construites par cette Bible, montre la réalité de ce que nous avançons. Petit à petit, les qualités de Joseph le montèrent à un haut niveau du pharaonat, au point d'occuper les charges d'un dignitaire respecté. Moïse, né d'une famille étrangère, se hissa de même au sommet de l'Etat. Certains étrangers firent même mieux. Ce fut le cas du pharaon Bocchoris. Soldat de l'armée pharaonique et d'origine asiatique, des circonstances particulières lui permirent de devenir souverain du pays. Même si c'était pour un temps assez court, même si c'était sur une partie seulement du territoire ! Une telle réalité n'a jamais existé, à notre connaissance, en Europe.
Le Mandén nouveau, comme le baptisèrent les fondateurs de l'empire du Mali, fut une autre manifestation de cette façon de concevoir le pouvoir d'un Etat. Tout d'abord par rapport à la composition de ceux qu'on appela les Archers ou les Chasseurs. Il ressort clairement de leurs textes, qu'aucune considération ethnique ne fut de mise dans la composition des différentes structures de l'Etat. Il en fut de même au niveau de la Charte de Kurukan Fuga. Les corps de métiers qui constituèrent la base de production du pays se répartirent sans aucune autre base que celle des habitants eux-mêmes. A ce jour, personne n'a pu faire ressortir une attitude de rejet d'une composante du pays sur la seule base de la race ou de sa conception religieuse. Naturellement, les corporations fondées sur des familles ont existé. Mais cela était uniquement dû à la proximité, à l'apprentissage par imitation des pères et des mères, que par souci de se singulariser uniquement et consciemment sur la base d'une famille ou d'un clan. Ainsi, toutes les composantes des Etats africains ont toujours été prises en compte dans le respect strict des spécificités culturelles, religieuses ou autres. De cette manière, à part certaines charges qui faisaient nécessairement appel à des groupes familiaux ou claniques, comme les clans des princes, tous les citoyens du Mandén ont été traités également, en ne tenant compte que des capacités de chacun. C'est la raison pour laquelle des ethnies aussi différentes que les Touareg, les Wolof, les Malinké, les Bambara, les Songhaï, les Peuls, les Toucouleurs, les Dialonké, ont tous pu vivre en bonne intelligence, pendant de longues décennies ensemble au pays de Soundjata Kéita . Si cela a pu être, c'est parce que chaque groupe était respecté dans son essence, sa culture, bref dans toutes ses spécificités propres, au détriment d'une intégration aux forceps.
Quel que soit donc le royaume ou l'empire pré colonial africain, même parmi les plus petits, aucun n'a été constitué sur la base d'un groupe entièrement homogène. Mais aucun n'a cherché non plus, la réalisation d'un Etat-nation. Tous ont vécu sur le socle multinational. " Même incapable de monter dans l'arbre grimpé par son aïeul, on doit au moins s'agripper sur son tronc " ! Sage proverbe africain. Mais les Africains d'aujourd'hui sont-ils encore conscients de telles réalités ? On est malheureusement fondé à penser le contraire ! Mieux cependant ne vaut-il pas tard que jamais ?

Ki-Zerbo Joseph : Histoire de l'Afrique noire.
Hatier, Paris. 1978

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 20 Avril 2008