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La biographie de THOMAS SANKARA
relookée par Bruno Jaffré

Après deux ouvrages sur la vie et l'uvre du leader
charismatique de la révolution burkinabè d'août
83, Bruno Jaffré, jeune français de 52 ans a tenu
à commémorer à sa façon les 20 ans
de l'assassinat de Thomas Sankara. Non pas seulement en prenant
part à la caravane internationale partie de Mexico et
qui a achevé sa course planétaire à Ouagadougou
le 15 octobre 2007, ou en animant régulièrement
le site http://thomassankara.net, mais en mettant sur le marché
une nouvelle version de la biographie du héros national
burkinabè, dont la première édition de
1997, manquait forcément quelques éléments.
Dans cette " nouvelle édition revue et augmentée
" sur le séjour sur terre de Thomas Sankara publié
chez l'harmattan en 2007, cet ingénieur de recherche,
plutôt passionné de télécommunications,
se montre historien analyste perspicace. " Même si
nous ne cachons pas notre sympathie pour Thomas Sankara, cet
ouvrage ne se veut pas un hommage mais le résultat d'une
prospection longue et difficile ". Profession de foi d'un
auteur qui a découvert le Burkina profond bien avant
la Révolution du 4 août 1983.
En six chapitres, les 341 pages de cet ouvrage constituent une
véritable caméra baladée sur le parcours
socio-politique de celui que le peuple burkinabè appelait
affectueusement Tom Sank. De l'enfance, à sa fin tragique
un après midi d'octobre 1987, l'auteur décrit
le cheminement de l'homme avec force détails et anecdotes
qui font la richesse de l'uvre. Les rappels historiques
sur l'évolution de la Haute Volta de la colonisation
à nos jours interviennent dans la narration pour donner
plus d'éclairage à l'actualité de Sankara
et de la Révolution. L'usage de la première personne
par un auteur qui assume son propos, exprime par endroits, la
profondeur de la recherche sur des sujets sensibles. L'enfance
de Sankara à Gaoua, se lit comme un roman et l'on comprend
aisément pourquoi et comment l'homme n'est pas arrivé
là par hasard. Les nombreux témoignages recueillis
par Jaffré dans le proche entourage du défunt
président, lui permettent le long des lignes laissées
par sa plume de chroniqueur omniscient, de donner à l'ouvrage
des allures de roman qui, a défaut de faire rêver
le lecteur, l'invite à la réflexion profonde.
Cette réflexion qui a conduit l'auteur lui-même,
au-delà du sentimentalisme romantique, à analyser
l'homme Sankara dans sa gestion des affaires de l'Etat et de
la Révolution internationale. Les relations difficiles
avec les organisations syndicales, les contradictions entre
les organisations membres du Conseil National de la Révolution,
les précipitations diverses
tout est décrit
avec la distance qui sied à l'objectivité, sur
la base de déclaration des acteurs et/ou de documents
écrits. On comprend alors pourquoi les choses ne sont
pas si simples que cela sur l'échiquier politique international,
lorsque sur une vingtaine de pages l'auteur décortique
la thèse du complot extérieur dans l'assassinat
de Thomas Sankara, qui en cycliste persévérant
s'est retrouvé esseulé sur une pente raide avec
de part et d'autre des précipices. Homme étoile,
il s'en est allé comme dans un sacrifice de kamikaze
nippon, pour que sa vie et son uvre serve à jamais
d'exemple. " Si l'on ne peut identifier la révolution
à la seule action de Thomas Sankara, par contre, il n'est
pas exagéré d'affirmer que Sankara s'est lui identifié
au processus engagé dans son pays et qu'il n'a alors
vécu que pour sa réussite ". Affirme l'auteur
qui s'interroge sur la définition du concept du Sankararisme
qui pourrait faire tâche d'huile si la graine de l'unité
véritable animait tous ceux qui se réclament de
l'idéal de celui qui a donné jusqu'à sa
vie pour eux. La chronologie bien documentée sur l'itinéraire
de la Révolution burkinabè et la riche bibliographie
qui clôture l'ouvrage, finissent de convaincre sur le
travail de fourmi entrepris par un auteur qui à l'écriture
de son troisième livre sur Sankara a voulu réunir
le maximum d'informations justes, même si vingt ans après,
certains documents privés ou officiels demeurent encore
inaccessibles. " Nous avons tenté de faire le point
de ce qui peut être reconstitué avec les moyens
que nous avions à notre disposition, mais il reste pourtant
une insatisfaction au terme de ce travail. En effet, nous avons
conscience de ne pas avoir totalement achevé ce travail.
Pour le mener à bien, il aurait fallu avoir accès
aux archives du CNR et disposer de plus d'écrits personnels
de Thomas Sankara ". En plus de la sincérité
du propos, c'est une invite à la poursuite du remplissage
des pages de l'histoire contemporaine, du Burkina. Celle qui
a, à un moment donné constitué le phare
espoir des opprimés du monde entier
Ludovic O. Kibora
Récréatrales
2008
La Quarantaine pour mieux façonner la
transgression
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Cela fait déjà quelques années que les
Résidences panafricaines d'écriture de création
et de formation théâtrale (RECREATRALES) se sont
imposées sur la scène internationale comme un
carrefour incontournable de rénovation du théâtre
africain. Cette rencontre biennale qui réunit à
Ouagadougou les professionnels des planches depuis 2002, a voulu
donner dans l'innovation positive encore pour sa 5ème
édition. Coté forme, les étapes passent
de deux à trois. Côté fond pour l'édition
2008, c'est "cent jours pour un théâtre qui
interroge !". Les éditions précédentes
ont toujours servi de cadre à des échanges francs
et directs entre les différents acteurs (dans tous les
sens du mot) de la scène. C'est surtout le fruit des
réflexions menées en commun en 2006, qui ont amené
les principaux organisateurs à repenser les RECREATRALES
dont les articulations pour 2008 sont : la Quarantaine (du 28
décembre au 05 fevrier) la Résidence de création
(15 août au 7 octobre) la Plate-forme Festival (du 08
au 15 octobre).Véritable mise en quarantaine des auteurs
et metteurs, l'étape qui a véritablement débuté
le 05 janvier se veut un laboratoire où l'on s'exprime
en toute sincérité afin de forger des expériences
novatrices et toute improvisation au sortir des résidences
à venir. L'appel à candidatures lancé en
juillet 2007 a permis de retenir sept (7) projets (Bénin,
Burkina Faso, Côte d'Ivoire + Burkina, Cameroun, Congo
Brazza, Niger, Togo) pour concocter quelque chose qui sera une
sorte de théâtre en perpétuelle réinvention,
qui transgresse les règles préétablies
dans l'optique d'être toujours en parfaite symbiose avec
le public. Cela devrait permettre à la plateforme finale
d'octobre 2008, d'être un espace d'avant-garde de la créativité
théâtrale et non un festival de plus. Pour mettre
sur orbitre ces "OTNI : Objets théâtraux non
identifiés ", le thème "Transgression"
qui a été retenu pour la présente édition,
plus qu'un concept est un plan de travail qui doit inspirer
les 70 privilégiés, sélectionnés
pour cette mise en quarantaine. 70, car en plus des auteurs
et metteurs en scène des sept projets retenus pour les
dialogues les yeux dans les yeux, les acteurs du traditionnel
"Côté cours" des Recréatrales,
les techniciens et scénographes, les femmes de Grand-Bassam,
partageront cette retraite studieuse, qui vise à donner
au monde une nouvelle image du théâtre africain.
Comme le dit si bien Etienne Minoungou, directeur des Récréatrales,
"Le dramaturge doit mettre son art au service de la gestion
de la cité, car derrière une idée artistique
on doit avoir une idée politique dans le bon sens du
terme". Dans la situation de nos Etats où la démocratie
traverse des zones de turbulence, la création doit pouvoir
s'élever au dessus de la mêlée pour aider
au changement positif. La Quarantaine qui a cours en ce moment
est donc une occasion originale qui devrait booster la créativité,
mais c'est aussi une invite au questionnement de l'artiste sur
l'utilité sociale de sa création. Avec cette formule
trois en un (le labo de création, l'atelier de production
et la scène d'expression) qui s'étale de janvier
à octobre 2008, les RECREATRALES, tentent là une
expérience nouvelle qui devrait faire école si
au moment des bilans, la beauté de la théorie
se joue de connivence avec la vérité de la scène.
Le théâtre, c'est le texte et le jeu, deux terrains
sur lesquels si la compréhension et les regards sont
bien croisés, c'est le public qui, toujours en tire le
meilleur profit. Choisir de transgresser les règles d'un
héritage lointain, c'est oser relever le défi
d'aller plus loin, en voulant faire mieux que de reproduire
à la manière de l'homme contemplatif. Comme on
dit chez nous : "Honte à celui qui n'a pas fait
mieux que son père ! ". La Quarantaine est cette
étape-reflexion sur le legs, en vue de faire mieux. Noble
entreprise qui nécessite engagement, courage et persévérance
Ludovic O. Kibora
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Toé et Dulieu
s'interrogent sur la préservation de la biodiversité
au Faso
" A l'Est du Burkina Faso, dans les provinces de
la Tapoa et du Gourma, se trouvent actuellement les réserves
fauniques les plus importantes du pays. L'existence de
ce capital est renforcée par le fait que ces zones
jouxtent les réserves des pays voisins (Bénin,
Niger) et forment ainsi un ensemble unique en Afrique
de l'ouest, communément appelé "le
parc régional W", qui est à cheval
sur les trois pays et tire son nom de la forme des méandres
du fleuve Niger, lequel constitue sa limite nord-est".
Dès l'introduction, de leur ouvrage de 134 pages,
Patrice Toé (Enseignant à l'université
polytechnique de Bobo) et Dominique Dulieu (écologiste)
plantent un décor de verdure et de vie naturelle,
que l'action prédatrice de l'humain est en train
de saper. Ressources naturelles entre conservation et
développement, un titre à l'apparence éclectique
et qui force la lecture pour nous amener à découvrir
la richesse de ces résultats de recherches publiés
chez l'Harmattan (Paris), dans la collection études
africaines, en 2007. L'image de la couverture qui montre
une plaque "forêt villageoise de Kpankpaga"
trônant au milieu d'une plantation de coton, nous
situe d'emblé sur les nobles intentions des auteurs,
celles qui veulent démontrer que le développement
est possible si et seulement si nous prenons soin de ce
que la nature nous a gracieusement offert. Mais hélas
! Tel n'est pas toujours le cas. Nos deux chercheurs qui
ont travaillé depuis 2001 dans le cadre d'un programme
de conservation durable de la biodiversité dans
ce lieu à cheval sur le Burkina, le Bénin
et le Niger, ont voulu à travers cet ouvrage attirer
l'attention des autorités et des populations sur
la nécessité d'engager les luttes qui vaillent
la peine d'être menées pour la sauvegarde
de nos écosystèmes. " Doit-on intégrer
la logique marchande, lieu de prédilection des
autres, par l'exploitation extensive du coton, obéissant
à des logiques d'occupation extensive et destructrice
de l'espace et fonder sa légitimité sur
un développement durable ou doit-on mettre en avant
le rôle de réservoir de biodiversité
et de conservation du Parc W ? " Voilà l'une
des interrogations couperets qui ont servi de trame d'investigation
aux auteurs de ce livre facile d'accès. Après
une présentation historique du " Parc W ",
les auteurs ont étalé les logiques des acteurs
de la filière coton dont l'Est du Burkina, la région
dudit parc est devenu ces dernières années
une zone de prédilection. Ils prennent le soin
de signaler aussi comment d'autres acteurs se battent
depuis des années pour la conservation de ce parc.
La critique serait simpliste et légère si
nos deux chercheurs n'avaient pas choisi de répondre
à la question : que faire ? Entre réalités
socio-culturelles, logiques économiques et nécessités
de survie il faut bien se frayer un chemin qui ne va certainement
pas contenter tout le monde, mais qui aura à moyen
et long terme des effets bénéfiques sur
les populations locales. C'est en cela que le clin d'il
à l'agriculture bio, plutôt à la culture
du coton biologique est intéressant. Expérimentée
dans la douleur dans plusieurs pays de la sous région
dont le Burkina, cette forme de production pourrait être
une alternative louable à la dégradation
de l'environnement de ce joyau écologique qu'est
le " Parc W ". Il convient de souligner que
le Parc W est devenu en novembre 2002 "la première
réserve de biosphère transfrontalière
en Afrique et également la plus grande de la planète
". Cette aire majestueuse dont bénéficie
le Burkina a été classée depuis la
période coloniale, d'abord comme "Zone refuge"
ensuite comme "Réserve totale de faune".
Voici que de nos jours, 47 ans après l'indépendance
politique du pays, elle est l'objet de pressions diverses
de la part des fils du terroir qui ne semblent pas mesurer
toute son importance. Ce sont là entre autres constats
qui se dégagent de la lecture de cet ouvrage scientifique
qui apporte sa contribution à l'edificication d'un
véritable développement durable.
L'argent tout de suite et maintenant, ça permet
de résoudre des problèmes ponctuels, mais
qu'en sera-t-il de l'avenir ? Juste une question de responsabilité
devant les générations futures.
Ludovic O. Kibora
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Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
La bataille
des margouillats
Dans le Mandé traditionnel, on a
pris l'habitude de dire aux jeunes le conte suivant :
"Pour des raisons qu'on n'a jamais pu établir,
deux margouillats mâles débutèrent
dans une merveilleuse matinée une bataille majuscule.
Ni l'un ni l'autre n'entendit les nombreuses demandes
de pardon, de magnanimité ou de surpassement en
ces genres de situation. Las de séparer sans succès
les bagarreurs, la société des margouillats
tint conseil et décida de solliciter l'aide de
plus grands qu'elle. Ils envoyèrent des délégués
voir le chef de la basse-cour. Après leurs explications,
le coq se dit incompétent pour intercéder
dans une bagarre de margouillats. Les délégués
sollicitèrent l'aide du bélier. Ce dernier
avec une parfaite mauvaise foi, leur demanda comment il
s'en sortirait si les bagarreurs décidaient de
s'attaquer à lui ? Les margouillats délégués
décidèrent de confier leur sort au taureau.
Ce dernier prit à peine le temps de les écouter,
qu'avec un meuh ! assourdissant, il s'en alla brouter
une grosse touffe d'herbes. Pendant tout ce temps, les
combattants margouillats poursuivaient leur bataille.
Ils bataillèrent jusqu'à midi. Ils montèrent
sur les murs des maisons, dans les arbres, et sur le toit
des maisons, se dominant tour à tour. Vers le coucher
du soleil, ils décrochèrent du toit de la
maison d'une vieille femme du village, et tombèrent
ensemble dans le foyer rempli de braises. Leur chute fit
voler de toutes parts les braises incandescentes. Ces
dernières mirent le feu à la maison de la
vieille qui, sans le secours des hommes trop loin de la
maison, mourut dans l'incendie. A la cérémonie
du septième jour de la mort de la vieille femme,
on sacrifia le coq. Celui du quarantième jour,
vit le sacrifice du bélier. Quant au taureau, il
fut immolé au centième jour. Ainsi, pour
avoir négligé de séparer la bataille
des deux margouillats, le coq, le bélier et le
taureau moururent tous dans les conséquences de
cette bagarre." !
La leçon qui transparaît de ce conte est
éloquente, mais semble malheureusement ne donner
aucun conseil à la société d'aujourd'hui.
Il est fréquent de voir dans notre monde actuel,
que chacun semble ne s'intéresser qu'à la
résolution de son seul problème. On oublie
ainsi que le problème de chacun provient parfois
et même souvent de la conséquence d'actes
d'autrui. Lorsqu'une injustice est commise à l'égard
de quelqu'un, on a pris l'habitude de ne pas s'y intéresser,
et même parfois de s'en foutre royalement ! Or la
vie en société devrait emmener un autre
comportement. En tout cas, la société traditionnelle
de l'Afrique avait une toute autre philosophie de la vie
en société. La chose a même suscité
des proverbes : "Lorsque la barbe brûle, que
les cheveux fassent attention.", "Les enfants
mangent les fruits pour faire mal au ventre des vieux.
", "Tant que tu n'as pas traversé la
rivière, ne te moques pas de celui qui se noie
! ", etc. Mais que voulez-vous : "Tant que la
bouillie n'a pas brûlé la langue de l'enfant,
sait-il que la refroidir n'est pas une perte de temps
?" ! Les remous sociaux qui agitent depuis quelques
années la société burkinabé,
semblables en tous points de vue au contexte de la bataille
des margouillats, sont une illustratif frappante du conte
ci-dessus. Les élèves, les étudiants,
les fonctionnaires, les hommes de la troupe,
se
battent chaque groupe de son côté. Ils sont
matés les uns après les autres, alors qu'une
action concertée aurait donné probablement
plus de fruits. Quand est-ce que les hommes deviendront-ils
suffisamment intelligents pour comprendre qu'une bataille
de margouillats peut entraîner la mort du coq, du
bélier et même de l'énorme taureau
?
Conte mandé.
Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr
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