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"Paroles
d'orpheline" d'Aïcha Chloé
Elle prête sa voix à l'âne d'une célèbre
émission qui traite des questions paysannes sur
les écrans de " la chaîne du plaisir
partagé ", dénommée " Télé
kodo ". Mais, détrompez-vous, car ce masque
recouvre une tête bien faite et un visage qui, dans
la réalité, est un concentré de jouvence
et de sourire. Elle s'appelle à l'état civil
Aïcha Boro et son nom de plume est Aïcha Chloé.
Paroles d'orpheline est son premier roman, bâti
sur une charpente de chronique autobiographique par endroits.
Plus de trois cents exemplaires de cette uvre sortie
des Presses Universitaires de Ouagadougou et éditée
par le ministère de la Culture, des Arts et du
Tourisme, ont été vendus en l'espace de
deux mois. L'écriture, c'est son dada. Ce n'est
donc pas par hasard si elle s'est retrouvée étudiante
des Salaka Sanou, Albert Ouédraogo, Louis Millogo
et les autres à la fac de Lettres. Celle qui attend
de soutenir sa maîtrise es Lettres modernes écrit
depuis le jeune âge, sur tout ce qui lui passe entre
les mains. L'histoire de ce livre a donc commencé
il y a belle lurette. A Gantou (c'est du Hampaté
Bâ ?) en pays San ou quelque part dans un quartier
de Ouaga. Peu importe ! L'héroïne qui est
la narratrice omnisciente de l'intrigue a perdu très
tôt son père et subi les misères du
" plaçage " chez une proche parente,
qui n'était pas loin d'avoir une pierre à
la place du coeur. Ces phénomènes sont courants
en Afrique où l'on vante tant, les vertus de l'hospitalité
et de l'éducation communautaire. Heureusement,
il y a l'oncle Abou qui décide de s'occuper sur
le tard des enfants dispersés et presque tous nés
hors mariage de feu son frère. Mais, imaginez des
adolescents qui doivent prendre conscience qu'ils sont
frères et surs et partager le même
toit pour l'avenir sous la responsabilité d'une
jeune " go" de 19 piges ? Pas facile de gérer
les humeurs, les pulsions libidinales aussi. Et l'auteur
sacrifia sur l'autel de l'honneur le crime incestueux.
La maltraitance et l'abandon des enfants transpirent des
lettres qui crient : Education où es-tu ?
Ecriture simple et limpide, l'uvre de la nouvelle
écrivaine burkinabè Chloé se lit
comme
une bande dessinée. Ce n'est donc pas
pour rien qu'elle détiendrait dans sa gibecière
de nombreux scénarios de film qui attendent réalisateur.
Du vraisemblable enrobé dans un chocolat de fictions
aux contours multiformes, voici le secret de la cuisinière
Boro qui, à travers cette centaine de pages, a
concocté un plat dont les délices pourront
faire plaisir aussi bien aux grands qu'aux touts petits.
Morceau choisi : " Mon professeur de physique chimie
avait coutume de dire que l'on peut être pauvre
et garder sa dignité, moi je pense qu'il faut situer
la part des choses : jusqu'à quel point sommes-nous
pauvres ? Et jusqu'à quel point sommes-nous fort
d'esprit ? " A méditer absolument !
Ludovic O. Kibora
Sid
Ka Walmdé veut crier sa vérité musicale

Au commencement, il y avait Zombra Yacouba et Segda Ablassé.
Zombra dit Prince joue de la guitare traditionnelle depuis
1979 et a fait ses preuves dans le Djamana percussion
du Kôrô Cissé à partir de 1990.
Segda, quant à lui, achevait une Licence en philo
à l'Université de Ouagadougou en 1992 tout
en suivant ses copains du Benda Band (" comment je
dois faire ? Na maana wana " ). Mordu de musique,
il se contentait de danser et d'applaudir pour soutenir
les autres. Voilà qu'il décide de se jeter
à l'eau en commençant par secouer les maracas,
pour devenir ensuite percussionniste et chanteur de cet
ensemble instrumental dénommé Sid ka walmde,
(la vérité ne se chuchote pas en langue
nationale mooré). Entre temps, l'ami Yoni Evariste,
technicien du son, est arrivé avec sa lounga sous
les bras, puis Moussa Compaoré vint avec son bendré
et enfin, ( the last but not the least), Sétou
Ouattara venue d'Abobo gare depuis 1997, transite par
de prestigieux ensembles artistiques du Ouaga, avant de
déposer sa voix chaude et ses pas de danse du terroir
au sein de cet groupe de joyeux copains. Ainsi est né
un ensemble instrumental Sid ka walmdé, qui se
donne pour mission de produire " en les améliorant,
les rythmes du terroir, tel que le Djeka, le Wiré,
le Warba, le Liwaga, etc. ; dans l'optique de leur intégration
dans la musique moderne burkinabè. " Nobles
objectifs pour une poignée de jeunes qui répètent
depuis janvier 2005, dans la cour du Musée national
sis à Dassasgo. Après des séances
hebdomadaires de durs labeurs, ils ont jugé le
moment propice pour se faire connaître du grand
public, alors même que leur premier album est en
gestation avec des chansons en mooré et dioula.
En tout cas, les quelques fruits déjà mûrs
de la grappe ont bon goût et laissent présager
des lendemains chantant. Avec une dizaine de titres dans
la besace, Sid ka walmde veut entendre les critiques du
public, avant d'entrer au studio Benda production où,
avec la contribution d'Etienne qui vit en Suisse, il espère
sortir un véritable bijou musical. Il importe cependant
que le dévouement de ces jeunes qui se démènent
souvent avec des bouts de ficelles soit soutenu par ceux
qui croient que le rayonnement de l'art au Pays des Hommes
intègres peut être un facteur de lutte contre
la pauvreté. A bon entendeur
Ludovic O. Kibora
"Hongono, l'étranger
de passage" inaugure avec brio la Termitière
Deux musiciens distillent un rythme d'instruments traditionnels,
des sonorités au parfum de l'Afrique occidentale.
Décor sobre, lumière simple dans un CDC
(Centre de développement chorégraphique)
qui reçoit son premier spectacle depuis ceux de
son inauguration en fin d'année 2006. Sur la scène
s'exprime l'Autre, tout en mouvement. Celui qui voyage
pour s'enrichir, donner et recevoir. Voyage synonyme de
découverte, de rencontre et d'amour. Mais l'étranger,
c'est aussi celui du sketch du comique Reynaud. Le boulanger,
las des rejets, rentre chez lui et est regretté
par tout le village où il vivait immigré.
L'expression corporelle très révélateur
d'Audrey, Alice et les autres entraînent un public
acquis d'avance dans des rêveries qui sont une autre
forme de voyage. La parfaite coordination de la gestuelle
avec ces sons du terroir, tantôt mélancoliques
tantôt saccadés traduit de la part des artistes
du jour un travail intense en amont.
" Hongono, l'étranger de passage ", à
travers une mise en scène originale, explore une
thématique qui a donné depuis toujours de
la matière à la littérature et aux
arts du spectacle. Peut-il en être autrement pour
des artistes pour qui voyager, c'est exister ? Et lorsque
des cultures se rencontrent, il y a forcement choc des
sentiments : attrait ou rejet. L'ignorance renforce la
haine, mais l'échange, la connaissance et la tolérance
transforment " l'enfer c'est les autres " en
" à travers autrui, je vis. " Qui ( ici
où ailleurs) n'a jamais fait l'expérience
de son " étrangéïté ? "
Voilà en substance la symbolique de l'expression
scénique des deux danseuses venues de France (Audrey
Nion et Alice Maurissanne), et de leurs compères
Burkinabè que sont Boukaré Nikiéma
et Boukary Séré. Les 35 minutes d'histoires
individuelles et collectives, d'expression de sentiments
simplement humains sur les coins et recoins de cette scène
où chacun se cherche, se découvre et vit
l'autre, ont été rendues possibles grâce
au projet " d'une rive à l'autre ".
Alice qui déclare sans sourciller : " La danse,
c'est ma vie ", vient souvent au Burkina Faso où
vit père. Avec Audrey, elles ont rencontré
les deux danseurs burkinabè lors du Festival Dialogues
de corps en 2005 (pause studieuse !). Alors, ils se sont
dits : " Si cette passion nous est commune, elle
résonne en nous de façon différente
du fait de nos cultures et de nos parcours respectifs.
" Voilà comment est partie l'idée de
cette résidence de création financée
par une bourse " Défi jeune " et qui
a eu pour cadre un mois durant, La Termitière,
le tout nouveau centre administré par Salia nï
Seydou. Le spectacle de ce samedi 20 janvier, malgré
son côté chantier, recèle de qualités
esthétiques indéniables qui pourront s'améliorer
grâce à un additif scénographique.
Et puis, quelques minutes en plus dans le déroulement
du chrono permettront certainement à Kéré,
le petit bissa, de mieux cerner le jeu de ces acteurs
qui parlent autrement qu'avec des mots. Pour un baptême,
l'Etranger a réussi son passage, au point qu'un
spectateur séduit a chuchoté : " C'est
Alice au pays des merveilles ! " Ces jeunes gens,
après cet examen de passage, ont désormais
besoin de soutiens conséquents pour évoluer
dans un monde où le simple talent artistique ne
suffit pas pour écumer les scènes. En attendant,
le projet continue avec certainement un happy end pour
le film que réalise Henri depuis le départ
de l'aéroport de Paris.
LOK
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