|
"Consommons ce que nous produisons,
produisons ce que nous consommons ". Ce mot d'ordre semble
être réactualisé à mesure que les années
avancent. La preuve est faite par le Projet national karité
(PNK) qui a organisé les journées de karité
du 12 au 15 février dernier.
Une cinquantaine de groupements de femmes y ont pris part. Elles
ont montré leur savoir- faire dans la transformation du
beurre de karité. Des produits cosmétiques aux produits
gastronomiques, en passant par des mets succulents faits à
base du beurre de karité ne pouvaient qu'épater
les visiteurs. Ces produits bien que prisés connaissent
des problèmes d'écoulement. Mme Yerbanga de l'association
Wend la sida, de la province de la Sissili, reste néanmoins
confiante: " Pour le moment, il n' y a pas de commande de
l'extérieur, mais avec l' aide du ministère de la
Promotion de la femme, ces problèmes seront surmontés.
Notre souhait, c'est de bénéficier de crédits
pour pouvoir nous approvisionner en noix de karité pendant
que les prix sont bas." Ces préoccupations sont partagées
par d'autres actrices du secteur. L'association Rim tarab som,
spécialisée dans la transformation du beurre de
karité en produits cosmétiques, déplore les
difficultés liées au marché. A ces journées,
il n'y avait pas que les productrices du beurre de karité
; des partenaires artisans qui fabriquent des outils semi industriels
y étaient aussi . Ils exposaient leur presse à savon,
des tables de découpage, des concasseurs, des décortiqueuses.
Tous ces instruments servent de support pour le travail du beurre
de karité. Tibila Omar Rouamba, patron de l'atelier kato,
met son génie au service de ces "femmes de karité".
Il fabrique des concasseurs et des décortiqueuses motorisés.
Ces outils permettent aux femmes de transformer leur matière
première en gagnant du temps. Lauréat de plusieurs
prix d'invention, il travaille en étroite collaboration
avec le PNK.
Les statistiques du ministère du Commerce indiquent qu'entre
1996 à 1998, le Burkina Faso a exporté pour environ
5 milliards de F.Cfa d'amendes de karité. Ce qui en fait
la troisième source de devises du pays après le
coton et le bétail. 88% des ménages ruraux burkinabè
consomment le beurre de karité contre 25% en ville. Le
beurre de karité exporté est utilisé dans
la confiserie et la biscuiterie.
Le rendez-vous du 12 au 15 février a permis aux productrices
d'échanger sur les difficultés liées à
leurs activités, car elles sont conscientes que l'émancipation
de la femme passe aussi par son indépendance économique
et financière n
Merneptah Noufou Zougmoré
|
YAGMA
2004
Dieu et la fête !
Récitation du chapelet, célébration
eucharistique et adoration du Saint-sacrement ont été
les points forts du pèlerinage de Yagma. La communauté
catholique du Burkina y a effectué son traditionnel
office le dimanche 15 février 2004. Pour beaucoup,
cette occasion rime aussi avec fête et de réjouissances
autour de la nourriture et la boisson.
Il s'appelle Donatien. Il est venu, avec sept autres amis,
de la paroisse du quartier de la Pâte d'Oie : "
Yagma, c'est le lieu où tout le monde se retrouve.
C'est quelque chose de bien. Après la fatigue, on
vient se racler la gorge avec le dolo en attendant l'Action
de Grâce. " Comme ce groupe de jeunes, ils sont
nombreux les pèlerins qui succombent à l'attrait
de la nourriture vendue en ce lieu. Le temps d'une journée,
les alentours de ce site marial sont transformés
en un grand marché où le menu est très
varié et en quantité suffisante. Pour s'en
procurer, il suffit que l'on ait de l'argent. Toutefois,
s'il y a une chose qu'aucun de ces commerçants n'a
à envier à la plupart de ses concurrents,
c'est bien le manque d'hygiène.
Les cheveux bien crépus et habillé d'une chemise
rouge (salie par la graisse qu'elle ne cesse d'amasser),
Paul vend de la viande de porc. En cette période
d'harmattan faite de vents incessants et d'épaisses
couches de poussière, il s'affaire à découper,
sur une table qui n'arrête pas de grincer et à
l'air libre, la viande qu'il propose à la clientèle
: " Je viens de Pabré. Avec le porc que j'ai
acheté à 15000f, je compte avoir 25000f après
la vente. " Comme Paul, beaucoup sont les commerçants
pour qui le pèlerinage de Yagma est une aubaine.
Ici, seul l'argent importe. La nourriture, exposée
à la poussière, sur laquelle les mouches pullulent,
constitue une menace pour la santé du client. Un
client qui, par ignorance ou par négligence, semble
peu soucieux de l'hygiène des aliments.
Comme ce pèlerin qui a gardé l'anonymat, certaines
personnes, ne résistant pas à la faim ou à
la soif, suspendent la prière pour se détendre
: "Les prêtres ont interdit de vendre la nourriture
pendant la messe. Mais les gens ne respectent pas la l'interdiction."
Certains cabarets spontanés grouillent de monde pour
le grand bonheur des dolotières comme Lucienne :
"J'ai envoyé deux fûts. J'espère
que ça va marcher pour que je puisse gagner 25000f."
Jésus n'avait-il pas raison de chasser ces insouciants
marchands du Temple ? n
Souleymane Zaré
|
| |
La Pomme
du Sahel pour vous tenter !
"Elle est croustillante, savoureuse, juteuse, désaltérante.
Hummm. J'aime bien cette pomme du sahel, mais je crains qu'elle
ne soit du génétiquement modifiée ",
clame la bouche pleine, Abdoulaye Senghor.
La pomme du Sahel, fruit des greffes entre le jujubier local (Mugunuga
en Mooré, Tomono en Dioula ) et un cultivar indien n'est
nullement un produit génétiquement modifié,
affirme un pépiniériste de l'INERA. Similaire à
la pomme française par le goût et la forme (mais
2 fois moins grosse ), la pomme du Sahel a meilleure saveur que
le fruit du jujubier local. "L'appellation pomme du Sahel
est malheureuse car cette pomme n'a rien avoir avec la pomme française
que nous connaissons. J'aurai proposé qu'on lui trouve
un nom beaucoup plus africain et notamment burkinabè pour
cadrer à notre contexte ", regrette cet autre parrain.
La pomme du sahel est un fruit plus gros et à la pulpe
charnue (10 fois supérieure à celle du fruit local).
A la température ambiante, elle à une durée
de vie de 3 à 5 jours. Gardée au réfrigérateur,
elle atteint deux semaines. Elle peut être dégustée
fraîche ou transformée en confiture. C'est le 15
juillet 2001 que les chercheurs du Département productions
forestières de l'INERA ont en terre les plants greffés.
Les premiers fruits ont été récoltés
le 03 novembre 2001.
"Ces espèces améliorées peuvent contribués
à la lutte contre la pauvreté et à une meilleure
alimentations de nos populations", se convainc le docteur
Nessan Désiré Coulibaly, directeur de la station
(Inera) de Di, dans le Sourou (Nord-Ouest du Burkina).
La pulpe de la pomme du sahel est riche en vitamine A et C. Sa
teneur en fer et en calcium est relativement élevée.
Il y a trois variétés de pommes du Sahel ; le Gola,
l'Umran et le Seb. L'arbre de la variété Seb peut
atteindre 10 m de haut et produire entre 35 kg et 100 kg de fruits.
La variété Umran donne de gros fruits (33 à
50 g) avec un rendement de 190 kg. La variété Gola
a un port étalé, parfois rampant et son rendement
peut atteindre 100 kg à l'état adulte. Cette variété
produit très tôt. Les plants de ces variétés
de jujubier peuvent être cultivées dans les concessions
comme plantes ornementales. Des privés pourront s'investir
dans la plantation de ces fruitiers. Ces arbustes ont une production
fruitière précoce et importante. Arrosés,
ces nouvelles espèces produisent deux fois l'an, même
si la seconde récolte est moins importante que la première
De son nom scientifique, zizyphus mauritiana Lam., le jujubier
local est un arbuste épineux dont le fruit, les feuilles
et le bois sont appréciés des hommes et des animaux.
Les feuilles sont utilisées pour l'alimentation humaine
et animale. Le fruit est consommé frais ou séché.
Le fruit sec peut être transformé en farine pour
faire de la pâte, gâteau, boissons, bouillie. Le bois,
résistant aux termites, est utilisé pour la fabrication
de manches d'outils, de jougs de bufs. C'est aussi un bon
bois de chauffe et du bon charbon de bois. La racine, l'écorce
et les feuilles sont utilisées dans diverses préparations
médicinales : hémorroïde, diarrhée,
vomissement, maux de ventre, plaie
Ramata Soré
Corruption au
BURKINA:
Le PNUD confirme les diagnostics du REN-LAC
Après la présentation du rapport mondial en juillet
dernier où le Burkina était déjà mal
placé, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)
enfonce le clou en rendant public son rapport national 2003 portant
cette fois-ci sur le thème : "Corruption et développement
humain." Premier du genre sur ce thème au plan international,
ce rapport confirme ce que l'on savait déjà à
travers les rapports réalisés par le Réseau
national de lutte anti-corruption (Ren-Lac) : le phénomène
de la corruption a pris de l'ampleur ces dernières années
dans la patrie des "hommes intègres". Son ancrage
dans la société burkinabè serait perceptible
dans plusieurs secteurs. Les forces de sécurité
et les douanes constituent encore les domaines les plus touchés,
selon les enquêtés. Le milieu politique et les marchés
publics et la Justice suivent de près. Ce positionnement
inquiète l'organisme onusien car, ce sont même les
organes de surveillance, de contrôle ou d'application des
lois censés jouer un rôle stratégique dans
la prévention ou la répression de la corruption
ou un rôle de contre-pouvoir qui sont gangrenés par
le fléau. Dans le langage populaire, on dirait que "c'est
la tête qui est pourrie." Or, selon l'adage, si la
tête est pourrie, tout le corps le sera. Les rédacteurs
du rapport ne perdent pas de vue cette assertion : "L'efficacité
des stratégies de lutte contre la corruption nécessite
avant tout une volonté politique ferme des pouvoirs publics."
Ceci d'autant plus que "la grande majorité des enquêtés
estime que le gouvernement (à 59,6%) ou le Parlement (à
59,2%) ne lutte pas contre la corruption. " Pire, "
plus de la moitié des personnes [estiment] que pour faire
la politique (et occuper les positions de ministre, député
ou maire), il faut être corrompu. " Il ne suffit donc
pas de multiplier des textes de loi et des structures contre la
corruption. Mais plutôt de " rationaliser tout ce dispositif
et de mettre en place un système national d'intégrité
fondé sur la transparence et l'imputabilité
" On pourrait commencer par demander aux gouvernants de se
conformer à la disposition de la constitution leur imposant
la déclaration de leurs biens, déclaration qui sera
portée à la connaissance du public. Au Niger et
au Mali, cela est effectif. Pourquoi pas au Burkina, surtout que
la loi fondamentale l'exige et les autorités clament tous
les jours leur foi en la bonne gouvernance.
Idrissa Barry
Les polluants
dans nos murs
La pollution, c'est loin d'être uniquement les grandes
catastrophes écologiques de Tchernobyl (1986 en Ukraine)
ou de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse (septembre 2001 en
France). Nous vivons quotidiennement exposés aux multiples
dangers constitués par des "composés chimiques
très stables qui servent comme pesticides ou sont employés
dans l'industrie
", dans les champs et dans nos domiciles.
Au Burkina, on les utilise principalement dans la culture du coton,
de la canne à sucre et dans les unités industrielles.
Leur utilité ne fait donc pas l'ombre de doute. Seulement,
il s'est avéré au fil des années, que ces
produits sont lourds de conséquences. Une grande quantité
de biens d'infrastructures et d'équipements, notamment
les transformateurs et des condensateurs électriques qui
arrivent au terme de leur vie utile, peuvent laisser s'échapper
des produits chimiques dangereux. Ils libèrent, en effet,
des polluants toxiques qui ont une sinistre particularité
de persister dans l'environnement pendant des années, voire
des décennies avant de se décomposer. C'est la raison
pour laquelle on les appelle les " polluants organiques persistants"
ou " POPs ". Ce sont des mines anti-personnel à
retardement à la différence qu'ils se déplacent
sur de longues distances selon un processus connu sous le nom
d' " effet sauterelle ". Rejetés à un
endroit du monde, les POPs peuvent être transportés
dans l'atmosphère jusque vers des régions très
éloignées de leur source originale. C'est donc un
phénomène qui épouse l'ère du temps
: la mondialisation. N'y épargne ni l'homme, ni la faune,
ni la flore. Chez l'humain, les POPs sont susceptibles de provoquer
des cancers, d'endommager les systèmes nerveux central
et périphérique, d'altérer le système
immunitaire, de perturber le fonctionnement de l'appareil reproducteur
et d'interférer dans le système normal du nourrisson
et de l'enfant. Au stade actuel, les experts ont identifié
12 POPs qui doivent faire l'objet de mesures immédiates
à l'échelle mondiale, parce que très nuisibles
pour la santé. Une convention sur les POPs a été
adoptée à Stockholm (Suède) le 22 mai 2001
sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE). Le Parlement burkinabè l'a ratifiée en octobre
dernier ; donnant le feu vert au ministère de l'Environnement
et du Cadre de vie d'élaborer un plan de mise en uvre
de la dite convention. A cet effet, des ateliers de sensibilisation
en direction des décideurs et des hommes de médias
ont déjà eu lieu. Comme dans d'autres domaines,
la lutte contre les POPs exige un changement de comportements.
La Sonabel, notre centrale nationale d'électricité
continue, par exemple d'utiliser des produits à forte potentialité
POPs ainsi que les usines de la zone industrielle de Kossodo,
installées sans études préalables de leurs
impacts sur l'environnement. Dans les boutiques, les commerçants
continuent également de vendre les pesticides, notamment
les "moustiquos coq" contre les moustiques, mais aujourd'hui
reconnus comme faisant partie des POPs à éliminer.
Le danger n'est donc pas loin, il est dans nos murs.
Idrissa Barry
|