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Journées du KARITE: le Kamoaga à l'honneur!
YAGMA 2004 : Dieu et la fête !
La pomme du Sahel pour vous tenter !
Corruption au Burkina: Le PNUD confirme le REN-LAC
Les polluants sont dans nos murs


Journées du Karité: Le Kamoaga à l'honneur !

"Consommons ce que nous produisons, produisons ce que nous consommons ". Ce mot d'ordre semble être réactualisé à mesure que les années avancent. La preuve est faite par le Projet national karité (PNK) qui a organisé les journées de karité du 12 au 15 février dernier.
Une cinquantaine de groupements de femmes y ont pris part. Elles ont montré leur savoir- faire dans la transformation du beurre de karité. Des produits cosmétiques aux produits gastronomiques, en passant par des mets succulents faits à base du beurre de karité ne pouvaient qu'épater les visiteurs. Ces produits bien que prisés connaissent des problèmes d'écoulement. Mme Yerbanga de l'association Wend la sida, de la province de la Sissili, reste néanmoins confiante: " Pour le moment, il n' y a pas de commande de l'extérieur, mais avec l' aide du ministère de la Promotion de la femme, ces problèmes seront surmontés. Notre souhait, c'est de bénéficier de crédits pour pouvoir nous approvisionner en noix de karité pendant que les prix sont bas." Ces préoccupations sont partagées par d'autres actrices du secteur. L'association Rim tarab som, spécialisée dans la transformation du beurre de karité en produits cosmétiques, déplore les difficultés liées au marché. A ces journées, il n'y avait pas que les productrices du beurre de karité ; des partenaires artisans qui fabriquent des outils semi industriels y étaient aussi . Ils exposaient leur presse à savon, des tables de découpage, des concasseurs, des décortiqueuses. Tous ces instruments servent de support pour le travail du beurre de karité. Tibila Omar Rouamba, patron de l'atelier kato, met son génie au service de ces "femmes de karité". Il fabrique des concasseurs et des décortiqueuses motorisés. Ces outils permettent aux femmes de transformer leur matière première en gagnant du temps. Lauréat de plusieurs prix d'invention, il travaille en étroite collaboration avec le PNK.
Les statistiques du ministère du Commerce indiquent qu'entre 1996 à 1998, le Burkina Faso a exporté pour environ 5 milliards de F.Cfa d'amendes de karité. Ce qui en fait la troisième source de devises du pays après le coton et le bétail. 88% des ménages ruraux burkinabè consomment le beurre de karité contre 25% en ville. Le beurre de karité exporté est utilisé dans la confiserie et la biscuiterie.
Le rendez-vous du 12 au 15 février a permis aux productrices d'échanger sur les difficultés liées à leurs activités, car elles sont conscientes que l'émancipation de la femme passe aussi par son indépendance économique et financière n

Merneptah Noufou Zougmoré



YAGMA 2004
Dieu et la fête !

Récitation du chapelet, célébration eucharistique et adoration du Saint-sacrement ont été les points forts du pèlerinage de Yagma. La communauté catholique du Burkina y a effectué son traditionnel office le dimanche 15 février 2004. Pour beaucoup, cette occasion rime aussi avec fête et de réjouissances autour de la nourriture et la boisson.
Il s'appelle Donatien. Il est venu, avec sept autres amis, de la paroisse du quartier de la Pâte d'Oie : " Yagma, c'est le lieu où tout le monde se retrouve. C'est quelque chose de bien. Après la fatigue, on vient se racler la gorge avec le dolo en attendant l'Action de Grâce. " Comme ce groupe de jeunes, ils sont nombreux les pèlerins qui succombent à l'attrait de la nourriture vendue en ce lieu. Le temps d'une journée, les alentours de ce site marial sont transformés en un grand marché où le menu est très varié et en quantité suffisante. Pour s'en procurer, il suffit que l'on ait de l'argent. Toutefois, s'il y a une chose qu'aucun de ces commerçants n'a à envier à la plupart de ses concurrents, c'est bien le manque d'hygiène.
Les cheveux bien crépus et habillé d'une chemise rouge (salie par la graisse qu'elle ne cesse d'amasser), Paul vend de la viande de porc. En cette période d'harmattan faite de vents incessants et d'épaisses couches de poussière, il s'affaire à découper, sur une table qui n'arrête pas de grincer et à l'air libre, la viande qu'il propose à la clientèle : " Je viens de Pabré. Avec le porc que j'ai acheté à 15000f, je compte avoir 25000f après la vente. " Comme Paul, beaucoup sont les commerçants pour qui le pèlerinage de Yagma est une aubaine. Ici, seul l'argent importe. La nourriture, exposée à la poussière, sur laquelle les mouches pullulent, constitue une menace pour la santé du client. Un client qui, par ignorance ou par négligence, semble peu soucieux de l'hygiène des aliments.
Comme ce pèlerin qui a gardé l'anonymat, certaines personnes, ne résistant pas à la faim ou à la soif, suspendent la prière pour se détendre : "Les prêtres ont interdit de vendre la nourriture pendant la messe. Mais les gens ne respectent pas la l'interdiction."
Certains cabarets spontanés grouillent de monde pour le grand bonheur des dolotières comme Lucienne : "J'ai envoyé deux fûts. J'espère que ça va marcher pour que je puisse gagner 25000f." Jésus n'avait-il pas raison de chasser ces insouciants marchands du Temple ? n

Souleymane Zaré

 

La Pomme du Sahel pour vous tenter !

"Elle est croustillante, savoureuse, juteuse, désaltérante. Hummm. J'aime bien cette pomme du sahel, mais je crains qu'elle ne soit du génétiquement modifiée ", clame la bouche pleine, Abdoulaye Senghor.
La pomme du Sahel, fruit des greffes entre le jujubier local (Mugunuga en Mooré, Tomono en Dioula ) et un cultivar indien n'est nullement un produit génétiquement modifié, affirme un pépiniériste de l'INERA. Similaire à la pomme française par le goût et la forme (mais 2 fois moins grosse ), la pomme du Sahel a meilleure saveur que le fruit du jujubier local. "L'appellation pomme du Sahel est malheureuse car cette pomme n'a rien avoir avec la pomme française que nous connaissons. J'aurai proposé qu'on lui trouve un nom beaucoup plus africain et notamment burkinabè pour cadrer à notre contexte ", regrette cet autre parrain.
La pomme du sahel est un fruit plus gros et à la pulpe charnue (10 fois supérieure à celle du fruit local). A la température ambiante, elle à une durée de vie de 3 à 5 jours. Gardée au réfrigérateur, elle atteint deux semaines. Elle peut être dégustée fraîche ou transformée en confiture. C'est le 15 juillet 2001 que les chercheurs du Département productions forestières de l'INERA ont en terre les plants greffés. Les premiers fruits ont été récoltés le 03 novembre 2001.
"Ces espèces améliorées peuvent contribués à la lutte contre la pauvreté et à une meilleure alimentations de nos populations", se convainc le docteur Nessan Désiré Coulibaly, directeur de la station (Inera) de Di, dans le Sourou (Nord-Ouest du Burkina).
La pulpe de la pomme du sahel est riche en vitamine A et C. Sa teneur en fer et en calcium est relativement élevée. Il y a trois variétés de pommes du Sahel ; le Gola, l'Umran et le Seb. L'arbre de la variété Seb peut atteindre 10 m de haut et produire entre 35 kg et 100 kg de fruits. La variété Umran donne de gros fruits (33 à 50 g) avec un rendement de 190 kg. La variété Gola a un port étalé, parfois rampant et son rendement peut atteindre 100 kg à l'état adulte. Cette variété produit très tôt. Les plants de ces variétés de jujubier peuvent être cultivées dans les concessions comme plantes ornementales. Des privés pourront s'investir dans la plantation de ces fruitiers. Ces arbustes ont une production fruitière précoce et importante. Arrosés, ces nouvelles espèces produisent deux fois l'an, même si la seconde récolte est moins importante que la première
De son nom scientifique, zizyphus mauritiana Lam., le jujubier local est un arbuste épineux dont le fruit, les feuilles et le bois sont appréciés des hommes et des animaux. Les feuilles sont utilisées pour l'alimentation humaine et animale. Le fruit est consommé frais ou séché. Le fruit sec peut être transformé en farine pour faire de la pâte, gâteau, boissons, bouillie. Le bois, résistant aux termites, est utilisé pour la fabrication de manches d'outils, de jougs de bœufs. C'est aussi un bon bois de chauffe et du bon charbon de bois. La racine, l'écorce et les feuilles sont utilisées dans diverses préparations médicinales : hémorroïde, diarrhée, vomissement, maux de ventre, plaie…

Ramata Soré



Corruption au BURKINA:
Le PNUD confirme les diagnostics du REN-LAC

Après la présentation du rapport mondial en juillet dernier où le Burkina était déjà mal placé, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) enfonce le clou en rendant public son rapport national 2003 portant cette fois-ci sur le thème : "Corruption et développement humain." Premier du genre sur ce thème au plan international, ce rapport confirme ce que l'on savait déjà à travers les rapports réalisés par le Réseau national de lutte anti-corruption (Ren-Lac) : le phénomène de la corruption a pris de l'ampleur ces dernières années dans la patrie des "hommes intègres". Son ancrage dans la société burkinabè serait perceptible dans plusieurs secteurs. Les forces de sécurité et les douanes constituent encore les domaines les plus touchés, selon les enquêtés. Le milieu politique et les marchés publics et la Justice suivent de près. Ce positionnement inquiète l'organisme onusien car, ce sont même les organes de surveillance, de contrôle ou d'application des lois censés jouer un rôle stratégique dans la prévention ou la répression de la corruption ou un rôle de contre-pouvoir qui sont gangrenés par le fléau. Dans le langage populaire, on dirait que "c'est la tête qui est pourrie." Or, selon l'adage, si la tête est pourrie, tout le corps le sera. Les rédacteurs du rapport ne perdent pas de vue cette assertion : "L'efficacité des stratégies de lutte contre la corruption nécessite avant tout une volonté politique ferme des pouvoirs publics." Ceci d'autant plus que "la grande majorité des enquêtés estime que le gouvernement (à 59,6%) ou le Parlement (à 59,2%) ne lutte pas contre la corruption. " Pire, " plus de la moitié des personnes [estiment] que pour faire la politique (et occuper les positions de ministre, député ou maire), il faut être corrompu. " Il ne suffit donc pas de multiplier des textes de loi et des structures contre la corruption. Mais plutôt de " rationaliser tout ce dispositif et de mettre en place un système national d'intégrité fondé sur la transparence et l'imputabilité… " On pourrait commencer par demander aux gouvernants de se conformer à la disposition de la constitution leur imposant la déclaration de leurs biens, déclaration qui sera portée à la connaissance du public. Au Niger et au Mali, cela est effectif. Pourquoi pas au Burkina, surtout que la loi fondamentale l'exige et les autorités clament tous les jours leur foi en la bonne gouvernance.

Idrissa Barry


Les polluants dans nos murs

La pollution, c'est loin d'être uniquement les grandes catastrophes écologiques de Tchernobyl (1986 en Ukraine) ou de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse (septembre 2001 en France). Nous vivons quotidiennement exposés aux multiples dangers constitués par des "composés chimiques très stables qui servent comme pesticides ou sont employés dans l'industrie… ", dans les champs et dans nos domiciles. Au Burkina, on les utilise principalement dans la culture du coton, de la canne à sucre et dans les unités industrielles. Leur utilité ne fait donc pas l'ombre de doute. Seulement, il s'est avéré au fil des années, que ces produits sont lourds de conséquences. Une grande quantité de biens d'infrastructures et d'équipements, notamment les transformateurs et des condensateurs électriques qui arrivent au terme de leur vie utile, peuvent laisser s'échapper des produits chimiques dangereux. Ils libèrent, en effet, des polluants toxiques qui ont une sinistre particularité de persister dans l'environnement pendant des années, voire des décennies avant de se décomposer. C'est la raison pour laquelle on les appelle les " polluants organiques persistants" ou " POPs ". Ce sont des mines anti-personnel à retardement à la différence qu'ils se déplacent sur de longues distances selon un processus connu sous le nom d' " effet sauterelle ". Rejetés à un endroit du monde, les POPs peuvent être transportés dans l'atmosphère jusque vers des régions très éloignées de leur source originale. C'est donc un phénomène qui épouse l'ère du temps : la mondialisation. N'y épargne ni l'homme, ni la faune, ni la flore. Chez l'humain, les POPs sont susceptibles de provoquer des cancers, d'endommager les systèmes nerveux central et périphérique, d'altérer le système immunitaire, de perturber le fonctionnement de l'appareil reproducteur et d'interférer dans le système normal du nourrisson et de l'enfant. Au stade actuel, les experts ont identifié 12 POPs qui doivent faire l'objet de mesures immédiates à l'échelle mondiale, parce que très nuisibles pour la santé. Une convention sur les POPs a été adoptée à Stockholm (Suède) le 22 mai 2001 sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Le Parlement burkinabè l'a ratifiée en octobre dernier ; donnant le feu vert au ministère de l'Environnement et du Cadre de vie d'élaborer un plan de mise en œuvre de la dite convention. A cet effet, des ateliers de sensibilisation en direction des décideurs et des hommes de médias ont déjà eu lieu. Comme dans d'autres domaines, la lutte contre les POPs exige un changement de comportements. La Sonabel, notre centrale nationale d'électricité continue, par exemple d'utiliser des produits à forte potentialité POPs ainsi que les usines de la zone industrielle de Kossodo, installées sans études préalables de leurs impacts sur l'environnement. Dans les boutiques, les commerçants continuent également de vendre les pesticides, notamment les "moustiquos coq" contre les moustiques, mais aujourd'hui reconnus comme faisant partie des POPs à éliminer. Le danger n'est donc pas loin, il est dans nos murs.


Idrissa Barry

 


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 février 2004